Appartement 17B

Auteur : C'est moi !

Date de création : Fic débutée en Janvier 2009. Terminée en Mai 2009.

Genre : Amour, humour.

Dénégation : Seuls les personnages que j'ai créés m'appartiennent (vous reconnaîtrez vite ceux que je n'ai pas créés !). Je ne tire évidemment aucun profit financier de ces écrits.

Notes :

- Sachez que je mets toujours un point d'honneur à faire très attention à mon orthographe. Cela étant dit, malgré ma vigilance et de nombreuses relectures, si quelques fautes me font l'affront de vouloir persister, j'implore votre indulgence.

oOo

- Je vous laisse quinze jours !

Elle savait que ce délai n'était pas négociable. Ce crétin venait de passer un quart d'heure à s'envoyer des fleurs en lui rabâchant quel homme avenant et gentil il était de ne pas la virer sur le champ bien qu'il en eût parfaitement le droit. Heureusement, il avait raccroché si vite qu'elle n'eut pas le temps et donc pas le besoin de se forcer à le remercier de son « obligeance ».

Après avoir reposé son portable, elle plongea son visage dans ses mains et poussa un grognement de fureur. Puis elle réalisa que quinze jours, c'était très court, et qu'il ne valait mieux pas qu'elle perde son temps et son énergie en fulminations certes justifiées mais inutiles.

Elle enfila alors rapidement son manteau, attrapa son sac, sortit de l'appartement, descendit les deux étages en dévalant les marches quatre à quatre, tira sur la lourde porte cochère de l'immeuble pour l'ouvrir et se retrouva enfin dans la rue où le froid piquant de ce mois de janvier la saisit immédiatement.

Il était un peu plus de dix heures du matin et le quartier était déjà très animé. Elle remonta le col de son manteau, s'engouffra dans le flot incessant de passants et parcourut rapidement la centaine de mètres qui la mena au petit café où elle avait ses habitudes.

Il y faisait chaud, il y régnait une ambiance conviviale, et rien que le fait de voir ce brave Joe derrière son comptoir l'apaisait toujours quels que soient ses problèmes du moment.

- Je te sers ton café tout de suite ma belle, lança le barman en la voyant entrer.

Et sans même qu'elle n'ait eu besoin de passer sa commande. Elle lui fit un petit signe de la main, à la fois pour approuver, le remercier et le saluer. Elle se dirigea ensuite vers le petit présentoir à journaux et s'empara d'un exemplaire du canard local.

- Tu connais pas la dernière ? demanda-t-elle à Joe en s'approchant du comptoir.

- Non, dis-moi.

- Tu sais que ma propriétaire est décédée il y a trois semaines ?

Joe, occupé à remplir une tasse de café brûlant, hocha la tête.

- Et bien c'est son fils qui a hérité de l'appartement, et comme il veut pas avoir à entretenir une location, il va le vendre, et il vient de me dire qu'il me laisse quinze jours pour débarrasser le plancher.

- Quinze jours ! répéta Joe avec indignation. Mais il a pas le droit, c'est trop court !

- Si. Il a le droit. Il aurait même le droit de me mettre à la porte dans la seconde. Ma proprio était adorable, elle me laissait l'appart' pour un loyer dérisoire, mais elle n'a pas été fichue de faire rédiger un contrat correct, expliqua-t-elle. Donc il n'est pas valable et je dois m'estimer heureuse d'avoir quinze jours pour me retourner et ne pas me retrouver à la rue.

- C'est moche, concéda Joe en déposant sa tasse de café devant elle.

Elle haussa les épaules, fataliste, remercia Joe pour le café, prit sa tasse et l'emporta avec elle jusqu'à une petite table au fond de la salle. Une fois installée, elle ouvrit sans tarder son journal à la page des petites annonces.

Alors qu'elle les épluchait tranquillement depuis quelques minutes en sirotant son café, elle fut interrompue par la petite blonde aux boucles folles et à la trentaine pétillante qui déboula soudainement dans l'établissement, commanda un thé en passant d'un pas rapide devant le bar et vint s'asseoir en face d'elle.

- Qu'est-ce que tu fais ? lui demanda-t-elle en se tordant le cou pour essayer de lire ce que contenaient les pages du journal ouvert sur la table.

- Bonjour Lizzie ! Oui, je vais bien, merci, et toi ?

Lizzie la fixa un instant puis leva les yeux au ciel en secouant la tête.

- Oui, ok,bonjour à toi aussi. Qu'est-ce que tu fais ?

- Je me cherche un nouveau toit. Il faut que j'aie quitté mon appart' au plus tard dans quinze jours.

- Pourquoi ?

Elle lui expliqua les raisons de cette expulsion sans ménagement.

- Dommage, se navra Lizzie. C'était un plan en or ton truc. Tu le louais pour une bouchée de pain !

- Je sais, mais c'est comme ça.

- Tu peux venir habiter chez moi si tu veux… Juste en attendant que tu trouves quelque chose.

- T'es gentille mais c'est minuscule chez toi. Y a à peine assez de place pour toi.

- Mouais, reconnut Lizzie dans une petite moue tandis que Joe lui apportait son thé fumant.

- Et, y a un truc pas mal là. Écoute ça : Jeune homme sérieux cherche colocataire pour partager bel appartement, centre ville Chicago…

- Tu veux prendre une colocation ? l'interrompit Lizzie avec étonnement.

- Si je veux un truc correct, c'est la meilleure option. J'ai pas les moyens de me prendre un appart' toute seule et je veux pas d'une chambre de bonne miteuse située dans une rue malfamée où je risquerais de me faire violer à chaque fois que je rentrerai du boulot en pleine nuit.

- D'accord mais tu pourrais aussi tomber sur un coloc' psychopathe, ce serait pas beaucoup mieux, lui fit remarquer Lizzie.

- On verra bien. S'il a une tête de fou j'accepterais pas la colocation, et puis c'est tout.

Elle sortit son portable de son sac à main et composa le numéro indiqué sur l'annonce.

- Tu perds pas de temps toi ! rigola Lizzie.

- Je n'ai que quinze jours. Si j'ai rien trouvé d'ici là je serai obligée d'aller chez mon père et ça, c'est hors de question.

Après trois sonneries, quelqu'un décrocha et elle fut subjuguée par la voix grave et suave qu'elle perçut à l'autre bout du fil. À tel point que l'homme dut répéter son « allô » une deuxième fois pour qu'elle reprenne enfin ses esprits et se mette à parler.

- Euh… oui… bonjour… je vous appelle suite à l'annonce que vous avez passée, disant que vous recherchiez un colocataire. C'est pas précisé homme ou femme alors…

- Non, en effet, ça n'a pas d'importance, je n'ai pas de préférence, lui indiqua l'homme. Vous seriez intéressée ?

- Possible.

- Vous voulez qu'on fixe un rendez-vous pour qu'on se rencontre et que vous puissiez visiter l'appartement ?

- Euh… oui, je veux bien.

- Dites-moi quand ça vous arrange ?

- Je sais pas trop mais je suis assez pressée… Est-ce qu'il serait possible qu'on se voit aujourd'hui ?

- Vous pouvez passer ce soir à partir de 18 heures si vous voulez.

- Oui, ça m'irait.

- L'adresse de l'immeuble est indiquée dans l'annonce mais je vous précise que c'est l'appartement 17B, au dix-septième étage donc.

- Dix-septième ! Y a un ascenseur au moins ?

- Oui, rigola l'homme, et il tombe presque jamais en panne. Je peux prendre votre nom ? demanda-t-il ensuite plus sérieusement.

- Oui… mon nom… bien sûr… euh… Parker. Sara Parker.

- Très bien. C'est noté. À ce soir alors.

- Oui, à ce soir. Au revoir.

Tandis qu'elle rangeait son portable dans son sac, Sara remarqua que son amie la fixait en secouant la tête d'un air consterné.

- Pourquoi tu fais toujours ça ? se désola Lizzie.

- Tu le sais très bien, rétorqua Sara pour avorter la discussion.

Hors de question en effet d'aborder encore une fois un sujet cent fois débattu.

oOo

Il était 18 heures passées de 10 minutes lorsque Sara arriva à l'adresse indiquée dans l'annonce. Debout devant la porte de l'immeuble, elle prit le temps d'observer les alentours ; c'était de toute évidence un quartier plutôt chic. Elle leva ensuite la tête et dut faire quelques pas en arrière pour prendre l'entière mesure de l'immense façade en pierres blanches du bâtiment qui s'étirait sur plusieurs dizaines de mètres vers le ciel.

À la faveur d'une personne qui sortait de l'immeuble, elle put se glisser à l'intérieur avant que les portes ne se referment. Elle apprécia le décor sobre mais classe du hall pendant qu'elle se dirigeait vers l'ascenseur.

Dans la cabine qui l'emmenait vers le dix-septième et dernier étage, Sara se demanda comment la moitié du loyer d'un des appartements de ce bâtiment pouvait réellement être au prix précisé dans l'annonce. À la vue du standing de l'immeuble, ce prix lui semblait en effet indécemment dérisoire. Elle repensa alors aux propos de Lizzie et imagina qu'un tarif si attractif pouvait être la ruse d'un horrible psychopathe pour attirer ses victimes à son domi… Ting ! Le tintement musical qui accompagnait l'ouverture des portes de l'ascenseur tira Sara de ses pensées.

Elle sortit de la cabine, jeta un coup d'œil sur sa gauche et lut l'inscription 17A sur la porte ; elle tourna la tête sur sa droite et trouva cette fois l'inscription 17B. Elle avait un peu plus de 3 mètres à parcourir pour aller sonner. Elle en avait moins d'un à faire pour remonter dans l'ascenseur et fuir avant qu'il ne soit trop tard, avant qu'elle ne se retrouve prise au piège.

Pesant le pour et le contre de chacune des deux options, Sara en vint à se rappeler la voix qu'elle avait entendue au téléphone. Et elle ne put concevoir que la nature ait doté un dangereux pervers d'une telle merveille. Elle choisit de parcourir les 3 mètres, prit une profonde inspiration et toqua.

Après quelques secondes, elle perçut des bruits de pas en approche derrière la porte qui finit par s'ouvrir, dévoilant un grand brun aux cheveux très courts, aux yeux très bleus et au sourire très ravageur.

- Vous devez être Sara, c'est ça ?

Bon sang ! Sa voix était encore plus envoûtante quand elle ne passait pas par un combiné de téléphone. Et à l'entendre prononcer son prénom, Sara fut parcourue d'un léger frisson. Pas un frisson de froid, malgré les températures négatives qui sévissaient depuis plusieurs jours. Pas un frisson de trouille, cet homme ayant l'air de tout sauf d'un psychopathe. Non, c'était un frisson de plaisir grisant.

Perdue dans sa contemplation, elle se reprit cependant rapidement afin qu'il n'ait pas une fois encore à se répéter pour arriver à la faire parler.

- Euh oui… oui, oui, c'est ça, je suis Sara. Quelqu'un sortait en bas au moment où j'arrivais, alors je suis entrée sans sonner à l'interphone, je suis désolée.

- Y a pas de quoi. C'est pas comme si je ne voulais pas de votre visite.

Il fit un pas sur le côté pour s'écarter du passage et l'invita à entrer.

- Moi c'est Michael, se présenta-t-il en tendant une main vers Sara.

Elle lui donna la sienne en retour et ils purent échanger une rapide poignée de mains. Le contact fut bref mais Sara eut le temps d'apprécier la chaleur et la douceur de sa peau contre la sienne. Elle fit ensuite quelques pas pour poursuivre sa route à l'intérieur de l'appartement. Elle commença à prendre connaissance des lieux tout en desserrant son écharpe et en déboutonnant le haut de son manteau.

Le séjour était spacieux. Il englobait un salon, un coin salle à manger et une cuisine américaine. La nuit était en train de tomber à l'heure qu'il était mais à la vue des deux grandes baies vitrées qui donnaient sur une petite terrasse, Sara devina la luminosité qu'il pouvait régner ici lorsqu'il faisait jour. La décoration était sobre mais sans faute de goût, et le désordre n'avait de toute évidence pas sa place ici.

Michael la regardait - la contemplait serait plus juste - pendant qu'elle faisait plusieurs tours sur elle-même. Puis il la vit s'approcher des fenêtres et s'avança pour l'y rejoindre.

- Les appartements sont légèrement plus petits à cet étage mais en contrepartie on a une terrasse très appréciable l'été, indiqua-t-il.

- C'est exposé plein sud ? interrogea Sara.

- Sud-Ouest.

Sara hocha la tête.

- La vue est magnifique en tout cas, s'émerveilla-t-elle en découvrant le panorama qu'une telle hauteur offrait de la ville illuminée.

Michael partit ensuite en direction d'un petit couloir et Sara ne tarda pas à le suivre.

- Ici c'est mon bureau, indiqua-t-il.

Il ouvrit la porte pour lui faire découvrir la pièce.

- Vous êtes architecte ? demanda Sara en voyant une table à dessin.

- Ingénieur, répondit Michael.

- Oh ! souffla-t-elle avec admiration.

- Ici c'est ma chambre, poursuivit-il en posant une main sur la porte concernée, en face c'est la deuxième chambre, et au fond c'est la salle de bain, termina-t-il en désignant du doigt la porte dressée au bout du couloir.

Sara s'approcha de ce qui était la porte de la deuxième chambre et n'eut qu'à la pousser pour découvrir une grande pièce vide. Elle entra, alla jusqu'à la fenêtre et apprécia la distance qui la séparait de la façade de l'immeuble voisin, distance tout à fait respectable pour un centre ville. Elle fit ensuite quelques pas jusqu'aux deux portes accordéon encastrées dans le mur et les ouvrit pour qu'elles lui révèlent une grande penderie.

- C'est dingue ! J'ai l'impression que cette chambre est plus grande que mon futur ex-appart' tout entier ! s'exclama-t-elle en revenant dans le couloir. Est-ce que je peux voir la salle de bain ? demanda-t-elle.

- Oui, bien sûr, allez-y.

Sara alla jeter un rapide coup d'œil dans la petite pièce puis revint au salon où Michael l'attendait.

- Il est vraiment très chouette cet appartement, s'enthousiasma-t-elle. Le seul problème… c'est que je crois que vous avez dû oublier de mettre un zéro quand vous avez noté le prix du loyer. Parce que c'est pas possible que ce tarif-là soit la moitié du loyer total !

Michael rigola.

- En effet. C'est pas la moitié. Ce n'est que le quart.

Sara resta interdite.

- Je n'ai pas vraiment de problèmes d'argent, expliqua Michael. Je pourrais me le payer tout seul cet appart' si je voulais mais si je prends un colocataire c'est pour deux raisons : premièrement parce que j'ai pas envie que la quasi-totalité de mon salaire passe dans le loyer, ce qui m'empêcherait d'avoir des loisirs à côté, et deuxièmement parce que ça me déprime un peu d'être seul ici, dans tout cet espace.

- Il y avait quelqu'un d'autre avec vous, avant ?

- Je vivais avec mon amie depuis plusieurs années mais elle est partie le mois dernier.

- Oh, je suis désolée, se navra Sara.

Michael arqua un sourcil perplexe.

- Pour votre rupture, s'expliqua-t-elle.

- Non, on a pas rompu, rigola Michael.On était pas ensemble. C'est une amie, pas une petite amie. Et elle est partie parce qu'elle a décroché un job à Washington.

- Ah, d'accord. Est-ce que je peux vous poser une question ?

- Oui.

- Vous fumez ?

- Euh… non.

- Tant mieux, approuva Sara. Parce que je supporte ni l'odeur, ni la fumée de cigarette et ça aurait pu être un vrai problème si je devais venir habiter ici. Et vous, vous avez des questions à me poser ?

- Euh oui… enfin… j'en avais pas trop préparées, bafouilla Michael, mais euh… je sais pas… vous êtes célibataire ?

Sara écarquilla les yeux et Michael regretta aussitôt d'avoir posé cette question sans doute mal interprétée.

- Non, enfin ce que je veux savoir, se reprit-il précipitamment, c'est si je dois m'attendre à voir un éventuel petit ami passer du temps ici ?

- Non, répondit Sara.

Elle pinçait ses lèvres pour ne pas laisser transparaître son amusement face à l'embarras dans lequel Michael s'était plongé tout seul et dont il avait essayé de se dépatouiller plus ou moins habilement.

- D'accord. Euh… est-ce que je peux savoir ce que vous faites comme métier ?

- Je suis médecin résident au Northwestern Memorial. J'ai fini mon internat l'année dernière.

- Vous travaillez dans quel service ?

- Je bosse principalement aux urgences.

- Ah, c'est bien, ça doit être intéressant.

- C'est surtout très stressant mais j'aime bien : déterminer rapidement l'origine du problème, trouver un moyen de le résoudre encore plus vite... C'est très stimulant. Par contre, au niveau des horaires… enfin je veux dire c'est pas fixe. Je pourrais être amenée à rentrer très tard, partir très tôt, suivant les gardes…

- C'est pas un problème, assura Michael. J'ai un sommeil de plomb. Et sinon… vous m'aviez dit ce matin au téléphone que vous étiez pressée de trouver un nouveau logement, est-ce que je peux savoir pourquoi si c'est pas indiscret ?

Sara esquissa un sourire en coin en le regardant avec suspicion.

- Si vous croyez qu'on me fout à la porte pour loyers impayés, vous n'y êtes pas du tout !

Elle entreprit donc de lui expliquer les raisons de son départ précipité.

- Ah oui ! Quinze jours ça laisse en effet peu de temps pour se retourner, confirma Michael une fois qu'elle eut fini son récit.

- Oui, c'est très court. Bien sûr je pourrais retourner habiter chez mon père en attendant, si je trouve rien d'ici là je serai pas à la rue, mais… honnêtement… si je pouvais éviter d'avoir à le faire…

- Vous ne vous entendez pas avec votre père ?

- Si, on s'entend bien… mais pas quand on est dans la même pièce. Le truc c'est qu'il a des idées très arrêtées, j'ai également des idées très arrêtées, mais manque de chance, ce sont pas les mêmes, déclara-t-elle avec fatalisme.

- Et bien écoutez, si je peux vous éviter le désagrément d'une cohabitation avec votre père, ce sera avec plaisir, proposa Michael dans un sourire

- Vous voulez dire que… vous acceptez que j'habite ici ? en déduit Sara avec étonnement.

- Je vois aucune raison de refuser.

- Mais… vous n'avez pas d'autres personnes à voir ? D'autres candidatures à étudier ?

- Non, lui assura-t-il catégoriquement.

Il tendit aussitôt son bras vers le petit carnet qui était ouvert sur la table à côté de lui et le referma d'un coup, afin qu'il ne se retrouve pas trahi par les deux autres rendez-vous qui y étaient notés mais qu'il s'empresserait d'annuler.

- Bon, reprit Sara qui avait du mal à contenir un sourire ravi. Alors euh… comment ça se passe ? On doit signer un contrat de colocation ?

- Oui. Je vais prévenir mon propriétaire que j'ai trouvé une nouvelle colocataire et il va nous faire un bail de colocation. Il est notaire de profession, alors il fait ça lui-même, ça simplifie les démarches. Vous me rappelez juste votre nom, demanda Michael en attrapant un stylo et de quoi noter, Parker c'est ça ?

- Euh… non.

Michael la regarda avec perplexité.

- En fait je vous ai donné ce nom-là pour que vous ne soyez pas influencé dans votre décision, que ce soit dans un sens ou dans un autre, expliqua Sara. Mon vrai nom c'est Tancredi.

- Comme le gouverneur ?

- Oui… Je suis sa fille, dut-elle avouer. C'est éliminatoire comme détail ? redouta-t-elle avec une petite grimace.

- Non, je vois pas pourquoi ça le serait. C'est vous qui allez vivre ici, pas lui.

Sara afficha un sourire soulagé.

- Je suis désolée, je sais que c'est pas très sain de débuter sur un mensonge mais je sais aussi d'expérience que mon nom peut m'ouvrir des portes autant qu'il peut m'en fermer. C'est pour ça qu'il m'arrive souvent d'avoir recours à ce petit subterfuge face aux gens qui me connaissent pas.

- Je comprends. Mais votre prénom, c'est bien…

- C'est bien Sara, oui, le coupa-t-elle.

- Tant mieux, approuva Michael. Parce que je trouve qu'il vous va très bien.

Sara sentit le rose lui monter aux joues et baissa les yeux.

- Pardon, je voulais pas vous embarrasser, s'excusa Michael.

- Et bien c'est raté, annonça-t-elle dans un petit rire en relevant la tête.

Michael se rendit ensuite auprès du petit meuble dans l'entrée, ouvrit un tiroir, s'empara d'une clef et revint vers Sara en la lui tendant.

- Considérez que vous êtes ici chez vous, déclara-t-il. Enfin… si on doit vivre ensemble, il serait peut-être plus facile de se tutoyer, non ?

- Oui, approuva Sara en hochant la tête.

- Alors… tu es ici chez toi, recommença-t-il en représentant la clef à Sara qui s'en empara sans manquer d'apprécier au passage la petite intimité qui venait de se créer grâce au tutoiement. Tu emménages quand tu veux.

- D'accord. Merci. Il me faudra juste le temps de faire mes cartons, de me débarrasser des meubles que je pourrai pas amener ici, donc ce sera sûrement en fin de semaine.

Michael opina puis il écrivit quelque chose sur une page de son bloc note avant de la déchirer pour la donner à Sara.

- C'est le numéro, pour le digicode de la porte de l'immeuble. Y aura pas toujours quelqu'un pour sortir au moment où tu arriveras, expliqua-t-il avec un clin d'œil.

- Oui, rigola Sara en saisissant le papier qu'elle rangea dans son sac avec la clef. Bon, et bien je crois que je vais y aller maintenant, je prends ma garde dans moins d'une heure.

Michael la raccompagna jusqu'à la porte qu'il lui ouvrit. Avant de sortir, Sara se retourna pour regarder une dernière fois l'appartement. Elle poussa un soupir ravi.

- Y a une heure encore je maudissais mon proprio, déclara-t-elle, mais maintenant je crois que je vais lui faire livrer un panier de muffins pour le remercier de m'avoir conduite jusqu'à toi… enfin, jusqu'à cet endroit je veux dire, se reprit-elle.

- Bon courage pour ta garde, lui souhaita Michael.

- Merci. Bonne soirée.

Sara sortit de l'appartement et Michael referma la porte derrière elle, avec l'étrange sentiment qu'il devrait, lui aussi, faire envoyer un panier garni à cet odieux propriétaire qui avait involontairement mené cette femme à lui.