Trois ans plus tard…

- Maman ? Tu viens ? s'impatienta Neena depuis sa chambre.

- J'arrive chérie, deux minutes, lui indiqua Sara.

Elle était en train de laver quelques pièces de vaisselle à la cuisine. Elle termina de rincer les assiettes du dîner, les mit à égoutter sur la paillasse puis attrapa un torchon pour s'essuyer les mains avant d'aller rejoindre sa fille.

En arrivant à l'entrée de la chambre, elle découvrit Neena en train de farfouiller dans un des cartons posés sur le sol. Carton qui, aux vues de la dizaine de peluches éparpillées sur la moquette, devait déjà être vidé de moitié.

- Non, non Neena, qu'est-ce que tu fais ? protesta Sara.

Elle s'approcha et s'accroupit pour remettre les peluches dans leur boîte.

- C'est pas le moment de défaire les cartons, là.

- Mais je cherche monsieur Arthur, expliqua Neena. Je veux dormir avec lui cette nuit.

- C'est lequel monsieur Arthur ?

- C'est le lapin gris avec les grandes oreilles qui pendent.

Sara chercha dans le carton le nounours en question qu'elle finit par trouver. Elle le donna à sa fille qui le serra dans ses bras en sautillant de joie puis elle termina de ranger les autres peluches avant de refermer le carton.

Elle alla ensuite s'asseoir sur le lit, à côté de l'oreiller, tandis que Neena se glissait sous les couvertures. Sara attrapa le livre posé sur la table de nuit, une table de nuit qui, à l'image de la chambre, était quasiment vide et ne supportait plus qu'une petite lampe de chevet.

- Alors… où est-ce qu'on en était ? demanda Sara en commençant à feuilleter le livre.

- On était que Bernard il dit à Evinrude d'aller chercher du renfort parce que Penny est en danger mais qu'on sait pas s'ils vont arriver à temps, indiqua Neena en même temps qu'elle se blottissait contre sa mère.

- Ah oui, se souvint Sara qui trouva enfin la bonne page. Alors…

Elle s'éclaircit rapidement la gorge pour commencer sa lecture.

- « Hélas, le jour se lève, et toujours pas de renfort… »

Neena étouffa un petit cri inquiet et resserra l'étreinte de ses bras autour de son lapin. Sara lui déposa un bisou sur la tête puis reprit la lecture :

- « … L'impitoyable Médusa vocifère : - Dépêche-toi de descendre dans ce trou avant que la marée ne le remplisse. Et rapporte-moi l'œil du Diable… ou tu ne reverras pas ton Teddy ! »

Sara utilisait une voix de vieille mégère pour rapporter les paroles de Médusa, ce qui n'était pas pour rassurer Neena elle la sentit se blottir plus étroitement contre elle.

- « Pour Teddy, Penny ferait n'importe quoi ! Et cette fois, elle a ses amis pour la seconder. Tous trois descendent lentement au fond du gouffre… Brrr… ce qu'il fait froid ! »

Sara s'interrompit le temps de tourner la page pour dévoiler une nouvelle illustration et reprit :

- « Éclairés par une lanterne, les explorateurs fouillent tous les recoins du repère souterrain. Partout, de petits diamants, des émeraudes, des rubis… Mais où est l'œil du Diable ? Soudain, un cri de Bianca : - Viens voir Penny ! Bernard a trouvé quelque chose… Au loin, en effet, un éclat inhabituel sort du crâne d'un ancien flibustier… »

- C'est quoi un flilustier ? demanda Neena.

- FliBustier, corrigea Sara. C'est une sorte de pirate chérie, expliqua-t-elle avant de tourner une nouvelle page. « C'est bien l'œil du Diable qui est caché là ! Bernard et Bianca sont émerveillés ! Le diamant est plus gros qu'eux deux réunis ! Mais justement… Comment sortir de sa cachette un tel monument ? Il va falloir ruser… »

- Papa il pourrait trouver une solution, commenta Neena.

Sara pouffa de rire.

- Oui, certainement, s'amusa-t-elle. Mais comme il est pas dans la grotte avec eux il va falloir qu'ils débrouillent tous seuls. Tu veux savoir comment ils vont faire ?

- Oui !

- Alors…

Sara tourna la page et poursuivit le récit pour conter à sa fille la suite de l'histoire.

oOo

- « … Penny, qui était orpheline, a été adoptée ! Elle et son Teddy ont trouvé un papa et une maman pour les aimer… Qui croira que c'est grâce à deux petites souris que Penny est ici ! Ah, les humains sont ingrats ! Mais peu importe… De toute façon, Bernard et Bianca ont aussi leur cadeau… Le cadeau de Bernard c'est Bianca… Et celui de Bianca, c'est un nouveau voyage en avion avec Bernard ! - Nous aurions peut-être mieux fait de prendre le train, ma chérie… Tu es sûre que tout est en ordre, Evinrude ? - Vive les transports modernes ! s'écrie Bianca, tandis qu'Orville leur ouvre le ciel. » Et voilà, c'est fini !

- C'était bien, approuva Neena avant de pousser un long bâillement.

Sara lui déposa un baiser sur le front, referma le livre et alla trouver une petite place dans un des cartons pour l'y ranger. Puis elle revint vers le lit pour border sa fille.

- Allez, tu fais un gros dodo maintenant.

- Non, attends, je veux voir la photo d'abord.

- Mais tu l'as déjà vue des dizaines de fois, soupira Sara avec lassitude.

- Mais je veux encore, supplia Neena avec une petite moue à laquelle il était difficile de résister.

- Bon, se résigna Sara.

Elle sortit de la chambre pour y revenir quelques secondes plus tard avec une petite photo qu'elle tendit à sa fille.

Neena contempla le cliché d'un regard fasciné. Elle finit par poser l'éternelle question dont elle connaissait mais ne se lassait pas d'entendre la réponse :

- Ce sera où ma chambre ?

- Là, lui indiqua Sara pour la énième fois en pointant du doigt sur la photo la partie de la maison en question. Ces deux fenêtres-là, ce sera ta chambre.

- Elle va être grande ! s'impressionna Neena.

- Très, confirma Sara. Mais en attendant, tu dors encore une dernière fois dans celle-là, déclara-t-elle en récupérant la photo avant d'aider sa fille à s'installer correctement dans son lit.

- Et on va avoir un grand jardin ?

- Oui…

- Avec une balançoire ?

- Bien sûr.

- Et on pourra avoir un chien comme Lizzie ?

- Euh… ça on verra…

- Ou alors un chat ? proposa Neena. Ou une souris, comme Bernard et Bianca. C'est possible, LJ il a une souris !

- Oui, oui, mais bon… c'est beaucoup de travail et de responsabilités un animal, alors faut bien réfléchir avant d'en prendre un… On pourra commencer avec un poisson rouge si tu veux, négocia Sara.

- Ouais ! s'enthousiasma Neena. Je l'appellerai… monsieur Bulle !

- Comme tu veux, rigola Sara. Mais en attendant que monsieur Bulle arrive, mademoiselle Scofield fait dodo !

Sara remonta la couverture sur les épaules de sa fille, caressa doucement ses longs cheveux qui présentaient la même couleur que les siens, et attendit qu'elle ait fini de bâiller pour lui déposer un long baiser sur la joue.

- Bonne nuit chérie, souffla-t-elle à son oreille.

- Bonne nuit, marmonna Neena, la voix déjà endormie et les paupières lourdes.

Sara éteignit la lampe de chevet puis quitta la chambre en refermant délicatement la porte derrière elle.

Elle retourna ensuite à la cuisine pour poursuivre l'empaquetage des derniers ustensiles. Elle ne garda à portée de main que le strict nécessaire pour le petit-déjeuner du lendemain matin. Et elle venait de fermer un dernier carton quand elle perçut une légère agitation en provenance du palier de l'étage. La porte de l'appartement ne tarda pas à s'ouvrir et Michael entra, suivi par Lincoln et Sucre.

- Neena est couchée, s'empressa de leur faire savoir Sara afin qu'ils ne fassent pas trop de bruit.

- Ça fait longtemps ? demanda Michael.

- Une vingtaine de minutes.

Il partit vers la chambre de sa fille avec l'espoir qu'elle ne dorme pas encore pour qu'il puisse lui souhaiter une bonne nuit.

- Alors ? demanda Sara. Est-ce que tout est fin prêt ?

- Ouais, soupira Lincoln. Mais j'ai bien cru qu'on allait jamais arriver à finir à temps. Vous auriez pu choisir une maison où y avait pas toute la déco à refaire !

- Je t'assure que dans toutes celles qu'on a visitées y aurait forcément eu des travaux à faire. Je crois même qu'on a choisi celle où y en avait le moins besoin finalement.

Sucre retira son blouson pour le pendre à son bras et Sara aperçut une trace de peinture sur la manche de son tee-shirt.

- Attendez, ôtez-moi d'un doute là : vous vous êtes pas encore battus à coups de pinceaux, j'espère ? interrogea-t-elle.

- Non non, la rassura Sucre. C'est juste que je me suis appuyé sur le chambranle d'une porte, je pensais qu'il était pas encore peint… mais en fait si, murmura-t-il avec un petit sourire piteux.

Sara secoua la tête entre amusement et affliction.

- Tu vois, c'est aussi pour ça que je pensais qu'on allait jamais réussir à finir, reprit Lincoln. Sucre n'a pas arrêté de nous saloper le boulot ! En plus de mettre ses épaules ou ses doigts partout sur la peinture fraîche, il nous a bousillé cinq morceaux de tapisserie en étalant la colle du mauvais côté !

- Oui mais c'était du papier peint beige aussi ! Alors y avait quasiment pas de différence de couleur entre le recto et le verso ! se défendit Sucre.

De retour de la chambre de Neena, Michael affichait une mine quelque peu dépitée.

- Elle dort déjà ? comprit Sara.

- Oui, à poings fermés, lui confirma-t-il en s'approchant pour venir l'embrasser rapidement.

- Oh ! Tu sens le White-spirit à plein nez, grimaça-t-elle. Étonnant que ça l'ait pas réveillée.

- Ouais, Sucre m'en a renversé sur le pantalon.

Sara se retourna aussitôt vers Sucre, les lèvres pincées pour contenir au mieux son amusement. Il leva les yeux au ciel.

- Oui, bon, d'accord, ça va ! On a compris que je serais pas désigné « ouvrier de l'année » !

- Au fait, reprit Sara à l'attention de Lincoln cette fois, Veronica m'a appelée cet aprèm', elle m'a dit que finalement, avec Lizzie, elles ont prévu de fêter les un an de Noah et des jumeaux en même temps le week-end prochain.

- Ouais, confirma-t-il. Et entre nous je suis épuisé d'avance. Ils sont quand même très remuants les gosses de Lizzie.

- Oui enfin Noah n'est pas mal non plus dans son genre, lui fit remarquer Michael.

- Évidemment ! C'est Lucas et Sammy qui ont une mauvaise influence sur lui ! rétorqua Lincoln pour prendre la défense de son fils.

- Mouais, marmonna Michael, sceptique.

Il savait son neveu naturellement doté d'une vitalité hors mesure et si les fils de Lizzie n'avaient rien à lui envier, ils n'avaient également rien à lui apprendre en la matière.

- Bon, on récapitule comment on s'organise pour demain…

Il sortit un trousseau de clefs de la poche de son pantalon et le lança à Lincoln.

- … je te laisse les clefs de la maison et ce qui serait bien c'est qu'avec Sucre vous y soyez pour… disons 10 heures. Normalement les déménageurs seront ici dès 8 heures…

Michael interrogea Sara du regard et elle hocha la tête pour confirmer.

- … je sais pas trop pour combien de temps ils en auront pour tout charger mais ils seront au moins quatre ou cinq, ça devrait pas être trop long. Donc oui, il faudrait que vous soyez prêts à les accueillir là-bas pour 10 heures. Nous on vous rejoindra une fois qu'on aura rendu les clefs de l'appart' au proprio… Et Maricruz est toujours d'accord pour s'occuper de Neena demain matin ?

- Ouais, ouais, répondit Sucre. Elle passera la prendre avant que les déménageurs arrivent.

- Parfait, approuva Michael. En espérant juste qu'elle soit de meilleure humeur que ces derniers jours, murmura-t-il ensuite.

- Eh ! C'est les hormones, c'est pas de sa faute, la défendit Sucre.

- Oui, oui, je sais, je lui en veux pas.

- Bon, bah si tout est au point on va rentrer nous, déclara ensuite Lincoln.

Sucre opina.

- Je suis désolée de ne pas vous proposer de café, se navra Sara. Mais tout est au fond des cartons.

- Ouais, t'inquiète, l'excusa Lincoln. Par contre vous aurez intérêt à nous payer le champagne quand vous aurez fini de vous installer dans la maison, glissa-t-il avec un clin d'œil.

- Évidemment !

- Aller, bonne soirée, à demain !

Michael raccompagna Lincoln et Sucre et les remercia pour le coup de main avant de refermer la porte sur eux. Il revint ensuite vers Sara, l'enlaça tendrement et déposa un long baiser sur les lèvres.

- T'as fini avec les cartons ? s'assura-t-il avant d'aller plus loin.

- Oui, confirma-t-elle.

Alors il reprit ses lèvres plus langoureusement. Il insinua ses mains sous son haut pour aller caresser la peau chaude de son dos et Sara le laissa faire avec plaisir jusqu'à ce que les vapeurs de White-spirit qui se dégageaient de son pantalon ne l'indisposent trop.

- Michael… ça sent vraiment très fort, lui fit-elle savoir avec un petit sourire désolé.

- Ouais, soupira-t-il avec résignation. Bon, et bien je vais aller me déshabiller et prendre une douche.

Michael partit en direction de la salle de bain mais après avoir fait quelques pas, il s'arrêta, se retourna, et revint vers Sara avec une lueur intéressée dans le regard.

- Tu pourrais peut-être… venir la prendre avec moi, proposa-t-il.

- Ou comment joindre l'utile à l'agréable ? suspecta Sara en arquant un sourcil.

- Ce serait la dernière fois en plus, argua-t-il. Enfin ici je veux dire.

Sara considéra la proposition quelques secondes, fit mine de peser le pour et le contre pour faire durer le suspense.

- Alors va pour une dernière fois, déclara-t-elle enfin en tendant sa main à Michael qui la saisit pour l'entraîner avec lui vers la salle de bain.