Je m'agrippai désespérément à lui. Le cheval filait à une telle allure qu'il m'était presque impossible de voir où nous allions. Nous sortions d'un bois pour traverser un champ. J'enfouis mon visage dans le dos de mon compagnon tandis que la terre, rendue sèche par la période aride que traversait la région, voletait en un nuage de poussière autour de nous, rendant l'air plus irrespirable encore que la chaleur étouffante ne le faisait déjà. La sueur perlait sur mon front, dans mon cou et dégoulinait le long de mon échine. Ma robe, à moité déchiquetée, ne couvrait plus que la moitié de mon corps crasseux et couverts de plaies. Je m'accrochai d'autant plus, alors, à mon aimé, dont la peau redevenait agréablement fraîche.

-Ils ne cesseront donc jamais de nous poursuivre ! pesta-t-il en se retournant pour la énième fois.

Je ne pouvais guère voir nos poursuivants mais je savais pertinemment que son excellente vue ne pouvait le tromper. Il secoua les rênes afin de faire repartir le cheval au galop mais il ne put guère accélérer davantage. Le pauvre animal devait être à bout de force, étant donné la course que nous lui avions déjà fait subir.

-Je suis désolé, Bella... souffla-t-il.

Je relevai la tête, surprise.

-Désolé ? Pour quelle raison ?

-Je t'ai délibérément mise en danger et nous ne pourrons pas leur échapper indéfiniment. J'ai été bien naïf de le croire... Je m'en excuse, bien que je doute que cela te soit vraiment utile, étant donné la situation.

-Ne dis pas de sottises ! Tu m'as sauvé de cette vie qui ne me ressemblait pas, tu m'as sauvé la vie dans ce manoir, tu as sacrifié ce qui t'étais précieux ! Je t'...

Soudain, une ombre surgit face à nous. Le cheval se cambra et poussa un hennissement déchirant auquel ma voix se joignit tandis que je chutais et atterrissait lourdement sur le sol. J'avais dû heurter une pierre ou un quelconque autre objet contondant car ma vue se brouilla rapidement et une douleur lancinante s'insinua à l'intérieur de ma boite crânienne. Je n'eus que le temps de voir mon ami atterrir à quelques mètres de moi, le visage tordu de douleur avant de m'évanouir...