A l'approche de la nuit


Disclaimer: Je malmène encore ces pauvres personnages, mais ils ne m'appartiennent pas, étant l'entière propriété de J.K. Rowling.

Pairing: Hermione Granger / Severus Snape, mais je m'autorise quelques dérives ^^

Rating : T, mais au vu des idées qui remplissent mon esprit tordu, cela à te fortes chances de passer au M !

Note de l'auteur : Coucou tout le monde ! Comme promis, je reviens viiiite avec un nouveau (LONG) chapitre ! Merci à tous ceux qui m'ont laissé des reviews pour le dernier chapitre, merci à ceux qui m'ont lu aussi, même après tout ce temps :)

J'espère que ce chapitre vous plaira !

Un gros grooooos merci à Sandra, qui a très courageusement acceptée de reprendre son dur travail de béta ! Toute faute restante est mienne bien sûr -)


Chapitre Douze : De l'autre côté

Le jour se leva bien trop rapidement au goût de Hermione.

Lorsque quelqu'un frappa à sa porte pour la réveiller –Tom ou Snape- elle n'en avait aucune idée, cela faisait déjà plus d'une heure qu'elle était parfaitement éveillée. Elle était alerte, mais était restée immobile entre les draps, se sentant tout aussi exténuée que la veille.

Après ces quelques coups frappés à la porte, elle se força pourtant à se lever et à utiliser la salle de bain. Une fois dans la douche, pourtant, elle eut du mal à en sortir, souhaitant rester sous le jet d'eau brûlant pour le reste de sa vie, si possible. La sensation de l'eau fouettant sa peau et réveillant ses membres endormis était pour ainsi dire la chose la plus agréable qu'elle ait ressentit ces deux derniers jours. Elle se força pourtant à couper l'eau et à s'habiller.

Enfiler l'ensemble noir que Lavande lui avait prêtée fut pour le moins difficile. Elle n'aurait pas cru que cela puisse être aussi douloureux, de simplement boutonner une veste, ou d'enfiler un pantalon. Elle ne croisa pas une seule fois son reflet dans le miroir, alors qu'elle nattait ses cheveux.

Dumbledore lui avait fournit toutes les informations 'officielles', elle savait donc que l'enterrement aurait lieu à onze heures, ce qui lui laissait encore près de trois heures à perdre. Mais elle savait aussi que ces trois heures allaient être passées en transport en commun. Elle avait informé le Directeur du fait qu'elle souhaitait utiliser des transports moldus. Cela aurait été beaucoup plus simple et rapide de transplaner quelque part dans sa ville natale, mais cela lui semblait plus adéquat de prendre le train.

Elle voulait se sentir moldue, aujourd'hui. Elle leur devait bien ça.

Quand on vint à nouveau frapper à sa porte, elle alla ouvrir. C'était bien Snape, cette fois-ci, habillé d'un parfait ensemble moldu. Pantalon, cravate et veste noirs, assortis d'une chemise blanche.

Hermione resta quelques secondes à le fixer, bouche entrouverte, honnêtement choquée par cette vision. Elle réalisait à cet instant qu'elle n'avait jamais vu le professeur Snape portant autre chose que ses éternelles robes noires de Poudlard. Des robes si épaisses et informes qu'elle n'avait aucune idée de la forme de son corps…pas que cela ait une quelconque importance, bien entendu.

Alors oui, de le voir ainsi, habillé de façon si formelle et moldue, c'était tout simplement choquant. Mais pas entièrement d'une mauvaise façon.

Elle sut qu'il avait bien noté sa réaction par le sourcil qu'il leva, comme s'il la défiait de faire une quelconque remarque. Mais elle était intelligente, et referma la bouche sans dire quoi que ce soit.

« Bonjour, professeur, » finit-elle pourtant par balbutier, se sentant soudain à nouveau mal à l'aise. La situation était tellement étrange.

Il hocha la tête en signe de salut, le visage à nouveau froid et inexpressif. « Il est temps d'y aller, si vous désirez arriver à l'heure. »

Elle approuva à son tour d'un signe de tête, avant d'aller récupérer sa valise.

Durant le trajet jusqu'à la gare –qu'ils firent en taxi- ils n'échangèrent pas un mot. Pas plus que dans le train qui les mena jusqu'à Whitley. A mi-chemin, Hermione commença à regretter de ne pas avoir simplement transplanée, finalement. Ce n'était pas le silence qui les entourait qui la dérangeait. Certes, celui-ci était légèrement inconfortable, mais elle gardait son regard rivé sur le paysage qui défilait derrière la vitre, tandis que Snape, en face d'elle, était plongé dans la lecture d'un long parchemin.

Le problème venait du fait qu'à chaque minute qui passait, elle se rapprochait de plus en plus d'un lieu qu'elle voulait à tout prix éviter, à cet instant. Ce lieu, et surtout les personnes qui s'y trouveraient.

Elle ne savait pas exactement qui serait présent, mais elle en avait une vague idée. Les frères de son père, Henry et Steven, ainsi que leurs épouses, sa tante Denise, qui ne l'avait jamais aimé –et qu'elle n'avait jamais appréciée en retour…A part cette tante aigrie, elle n'avait pas de réelle raison de craindre ce face à face imminent avec sa famille et leurs amis. Mais cela faisait tellement d'années qu'elle ne les avait pas vu, elle n'avait aucune idée de ce qu'ils savaient sur la mort de ses parents, et son étouffant sentiment de culpabilité lui donnait l'impression qu'ils la pointeraient tous du doigt…

…qu'ils la traiteraient d'assassin.

Personne ne viendrait pour elle.

Elle se trouva à regretter profondément le fait que Harry et Ron n'aient pas été autorisés à quitter le château. Elle comprenait les raisons logiques, bien sûr, Harry ne pouvait pas prendre de tels risques. Mais elle aurait vraiment apprécié la présence d'un ami aujourd'hui, de quelqu'un qui puisse comprendre sa détresse. Même sans échanger un seul mot avec eux, le simple fait qu'ils soient , à ses côtés, cela lui aurait fait un peu de bien.

Inexorablement, elle glissa son regard sur Snape, toujours absorbé par sa lecture.

Elle ne pouvait vraiment pas dire qu'il était là en tant 'qu'ami'. Seulement quelques semaines plus tôt, il n'avait été que son professeur de potions… un professeur particulièrement exécrable, qui ne s'était jamais montré juste envers elle ou ses amis, mais qu'elle avait néanmoins toujours respecté.

Qu'était-il, à présent ?

Le mois qui venait de s'écouler avait été si…étrange. Il y avait d'abord eu cette semaine, durant laquelle il n'avait cessé de la fixer, sans raison apparente…puis cet incroyable cours de potions qui la faisait encore rougir d'embarras –il avait sincèrement semblé avoir perdu la raison. Et puis il y avait les cours d'Occlumancie, et ce qu'elle avait vu dans son esprit, ce qu'elle avait ressenti…

Il l'avait accompagné chez ses parents. Il n'avait pas posé de questions, n'avait pas cherché à savoir pourquoi elle faisait ce qu'elle faisait, n'avait pas tenté de la dissuader…

Et à présent, il l'accompagnait sans une seule complainte à l'enterrement de ses parents, s'accoutrant et se déplaçant comme un moldu.

Bien sûr, elle ne voulait même pas penser à ce qu'il s'était passé dans son bureau, moins de deux jours auparavant.

Il dut finir par sentir son regard sur lui, car il releva soudainement la tête, et leurs yeux se rencontrèrent. Elle comprit à cet instant qu'il savait pertinemment qu'elle le fixait depuis un moment. Et pourtant, il était tellement difficile à lire.

Son visage était toujours dénué d'expression, à part peut-être ses grimaces sarcastiques et moqueuses, ou les rictus de colère qu'elle avait pu voir en quelques rares occasions. A l'heure actuelle, aucuns de ces sentiments n'étaient visibles, mais elle savait qu'il était loin d'être insensible. Elle en avait eu la preuve en entrant dans son esprit. Il était tout simplement un maître lorsqu'il s'agissait de masquer toute trace de son humanité.

Elle aurait souhaité pouvoir avoir ce genre de maîtrise.

« Pourquoi êtes-vous là ? » demanda t-elle alors, et son audace la surprit elle-même.

S'il avait été lui aussi surpris, elle n'en montra pas le moindre signe, bien sûr. Il se contenta de lever à nouveau un sourcil. « Je vous accompagne, Miss Granger, comme cela était prévu. »

Il avait une fois encore prononcé son nom avec une pointe de sarcasme, ce qui ne l'irritait même plus, après toutes ces années. Elle était pourtant persuadée qu'il savait exactement ce qu'elle avait insinué dans sa question, et qu'il savait qu'elle savait. N'étant pas du genre à se contenter de ce genre de réponse vague, elle s'apprêta à la lui poser à nouveau –de manière plus précise. Elle fut cependant stoppée par l'arrêt du train.

Son angoisse, qui s'était légèrement atténuée alors que son esprit était totalement concentré sur Snape, revint avec une telle force qu'elle approchait maintenant de la panique. Avait-elle été tellement absorbée dans sa contemplation qu'elle n'avait pas entendu l'appel annonçant leur arrivée à la station ?

Elle était figée dans siège, incapable de faire le moindre geste, prise d'une terreur sans nom. La station de Whitley était loin d'être la dernière de la ligne, et l'arrêt serait donc relativement court. Snape avait l'air de s'en rendre compte, car sans un mot, il attrapa sa valise, avant de se saisir de son bras et de la remettre sur ses pieds. Son geste était étonnement plus doux que ce qu'elle aurait cru. Peut-être un peu sec, mais c'était surtout parce qu'ils étaient pressés. Il ne la relâcha que lorsqu'ils arrivèrent devant la sortie, où il la fit descendre avant lui. A peine furent-ils descendus sur le quai que le train redémarra, s'éloignant rapidement, alors qu'Hermione sondait les environs.

Une partie d'elle –qui n'était pas occupée à être terrorisée- espérait presque trouver un visage familier. Mais qui donc serait venu à sa rencontre ? Le dernier de ses grands-parents vivant était décédé quelques mois avant son entrée à Poudlard, et une fois encore, elle n'avait aucun lien fort avec ses oncles, tantes ou cousins. Elle n'avait pas de frère ou sœur.

N'avait plus de parents.

Son regard se posa sur une jeune fille non loin, qui devait avoir quelques années de plus qu'elle, et qui était descendue d'un autre wagon. Elle l'observa, alors qu'elle poussait une exclamation de joie non contenue, avant qu'elle ne se jette dans les bras d'une femme plus âgée. Sa mère. Les deux femmes s'enlacèrent avec ferveur, riant et pleurant à moitié, échangeant des mots de retrouvailles qu'elle ne pouvait entendre de là où elle se tenait.

Elle sentit sa gorge se serrer à nouveau de façon atrocement douloureuse, obstruée par cette boule de chagrin qui ne disparaîtrait jamais, lui semblait-il. Dans sa poitrine, son cœur lui donnait l'impression d'avoir été une nouvelle fois transpercé par une lame chauffée à blanc.

Elle avala difficilement sa salive, se forçant à redresser la tête, comme si de rien n'était, ignorant les tremblements pour le moins violents de ses mains, qu'elle s'empressa de dissimuler dans les poches de sa veste. Sa panique venait à nouveau d'être remplacée par cet épais brouillard. Elle commençait à réaliser qu'il devait s'agir d'un étrange mécanisme de protection.

« Nous devrions prendre un taxi, » dit-elle alors, sans oser regarder l'homme qui se tenait toujours à ses côtés. Elle avait l'impression que n'importe quel contact humain, aussi infime soit-il, suffirait à la faire craquer.

Il ne répondit rien, mais elle pouvait parfaitement imaginer son habituel hochement de tête. Elle se dirigea donc vers le premier téléphone à proximité, sachant qu'il la suivait silencieusement.

Un quart d'heure plus tard, ils étaient donc à bord d'un autre taxi, assis côte à côte, et semblant s'ignorer royalement. En réalité, la nervosité d'Hermione était réapparue aussi subitement qu'elle s'était atténuée, et semblait pire que jamais. Elle avait le sentiment qu'elle allait bientôt vomir le petit déjeuner qu'elle n'avait d'ailleurs pas avalé. Elle n'avait rien mangé depuis la veille, et savait quelque part que jeûner n'était pas une bonne idée, mais son estomac était bien trop noué pour qu'elle puisse avaler quoi que ce soit.

Elle avait peur d'affronter ce qu'il restait de sa famille. Peur de se retrouver confrontée aux cercueils vides de ses parents. Cela allait sembler si réel, cela allait être réel.

Elle ne pouvait plus rien faire pour dissimuler ses tremblements à présent, et elle ressentait l'intense envie de se mettre à hurler.

Aussi douée soit-elle, elle n'avait malheureusement pas le pouvoir d'arrêter le temps, et bien trop vite, le taxi les déposa à destination. Il ne s'agissait pas d'une église. Hermione en savait assez sur ses parents pour savoir qu'aucun d'eux ne pratiquait de religion en particulier. Ils lui avaient dit très jeune qu'elle était libre d'en avoir une, si elle en ressentait le besoin, et qu'ils soutiendraient toujours ses décisions.

Malgré l'absence de pratique, ses parents avaient pourtant été élevés dans des familles croyantes, et seraient donc enterrés dans un cimetière. Dumbledore lui avait donné tous les détails, expliquant qu'il n'y aurait qu'un simple service pour la famille et les amis, avec un prêtre qui lirait quelques passages de la Bible, avant que les cercueils –vides !- ne soient mis en terre.

A présent qu'elle se tenait à l'entrée du cimetière en question, elle se trouva à nouveau dans l'incapacité totale de bouger, fixant sans les voir les dizaines de pierres tombales qui s'étalaient devant ses yeux. Elle ne remarqua même pas que Snape s'était éloigné pour aller parler à un employé.

Ce fut la main qu'il posa à nouveau sur son bras qui la ramena à la réalité, et elle tourna un regard brumeux et écarquillé sur lui.

« Il est temps, » dit-il simplement, apposant une légère pression sur son bras pour la forcer à avancer.

Dès qu'elle commença à marcher, pourtant, il retira sa main, et l'espace d'une seconde, elle aurait souhaité qu'il ne la relâche pas. Elle se fichait bien des réflexions que pourrait faire sa famille, si elle arrivait au bras d'un homme qui avait deux fois son âge. Un geste de réconfort était un geste de réconfort.

Ils avancèrent et avancèrent encore, Hermione fixant résolument ses pieds. Elle ne s'arrêta que lorsqu'elle sentit, plus qu'elle ne vit, Snape s'arrêter à ses côtés.

Elle redressa automatiquement la tête, et se faisant, elle croisa les regards d'une vingtaine de personnes, tous habillés de noir. Ils la fixaient tous d'un air sombre et définitivement accusateur. Ils se tenaient devant deux cercueils flambants neufs, maintenus au dessus de deux tombes fraîchement creusées par des appareils prévus à cet effet.

Hermione ne réalisa pas qu'elle était en train de vaciller et de perdre pieds, jusqu'à ce qu'elle sente deux mains fermes l'agripper par derrière. Elle le laissa soutenir tout le poids de son corps pendant quelques instants, appréciant inconsciemment le sentiment qu'à cet instant elle partageait avec lui le poids de son fardeau. Elle finit par reprendre totalement ses esprits, cependant, et elle se redressa aussi 'fièrement' que possible, se forçant à soutenir les regards des gens en face d'elle, tout en recommençant à s'approcher.

Une partie d'elle aurait voulu lancer un regard à Snape, pour le remercier silencieusement de son soutien mais elle savait que si elle voulait survivre à cette journée, elle allait devoir se concentrer sur une chose à la fois.

A sa grande surprise, lorsqu'elle fut assez proche de la petite assemblée pour voir leurs expressions plus en détails, elle réalisa immédiatement que ce qu'elle avait pris pour du reproche n'était en fait que de la sympathie et du chagrin. Eva, la femme de son oncle Steven, fut la première à s'approcher d'elle.

« Je suis vraiment désolée, Hermione… » dit-elle doucement. « Toutes mes condoléances, vraiment. »

Elle s'avança, souhaitant clairement la prendre dans ses bras, mais Hermione eut un mouvement de recul instinctif. Elle s'en voulut immédiatement d'avoir repoussée ainsi sa tante. Elle n'avait cherché qu'à la réconforter, après tout, et n'était-ce pas ce qu'elle avait souhaité recevoir, moins de trente minutes auparavant ?

Alors, avant que la vexation ne puisse totalement s'afficher sur le visage d'Eva, Hermione lui tendit la main, indiquant sans ambiguïté qu'elle n'était pas contre toutes les formes de contact physique. Sa tante prit donc sa main entre les siennes, la serrant avec force et lui offrant un sourire triste, avant de s'éloigner…non pas sans avoir lancé un regard curieux derrière l'épaule d'Hermione –sans aucun doute à Snape.

Et c'est ainsi que la procession de poignées de main débuta. Ils passèrent tous devant elle, les uns après les autres, lui offrant leurs condoléances et lui serrant la main, et elle les remerciait d'une voix éteinte. Elle était toujours sous le choc, ne comprenant pas pourquoi personne ne lui en voulait, pourquoi personne ne l'accusait, à juste raison. Sa tante Denise semblait être la seule à la hauteur de ses craintes, à en juger par la froideur de son regard, et le manque de douceur dans sa poignée de main.

Puis le prêtre arriva. Ce dernier voulu également offrir ses sincères condoléances à Hermione, qui ne put rien faire d'autre que hocher la tête, la gorge à nouveau douloureuse.

Le prêtre alla ensuite se placer devant les cercueils, et commença son sermon. Hermione savait qu'elle aurait dû écouter chacun de ses mots, qu'elle aurait dû essayer de les retenir à jamais, car c'était après tout la dernière chose qu'elle se rappellerait concernant ses parents.

Leurs cercueils vides.

Mais elle fut incapable de se concentrer sur les mots du prêtre, dès l'instant même où il commença à parler. A la place, elle se retourna légèrement pour lancer un regard derrière son épaule, voulant voir où Snape avait été se placer. Elle s'était attendue à le voir plusieurs mètres plus loin, préférant – bien sûr- rester à l'écart de l'assemblée.

Mais à son grand étonnement, ce dernier se tenait à seulement deux mètres derrière elle, et leurs yeux se rencontrèrent dès qu'elle posa son regard sur lui. Elle ne détourna pas immédiatement la tête. Elle le fixa pendant encore plusieurs secondes, avant de finalement reporter son attention sur le prêtre…ou du moins de prétendre qu'elle comprenait ce qu'il disait.

Son regard glissa rapidement sur la photo agrandie de ses parents, qui avait été placée sur les pierres tombales. Elle se souvenait exactement de quand cette photo avait été prise, car c'était elle qui s'était trouvé derrière l'appareil.

Cela avait été durant l'été qui avait séparé sa deuxième et troisième année à Poudlard. Ils avaient été en vacances dans le sud de la France, et il avait fait un temps magnifique. Même si les galets qui avaient recouvert les plages ne valaient pas (du tout) le sable doux des plages qui bordaient l'océan, ils avaient adoré la région et le paysage, et avaient passé une grande partie des vacances à prendre des centaines de photos.

Hermione connaissait très bien cette photo, car elle avait la même, dans un de ses tiroirs à Poudlard. Elle avait complètement oublié qu'elle l'avait mise là. Elle l'avait faite développer de façon sorcier pour qu'elle puisse les voir bouger. Sur cette photo, son père prenait une pose qui se voulait sérieuse, un magnifique couché de soleil dans le dos. A l'instant même où Hermione allait prendre la photo, sa mère s'était jetée sur lui par derrière. C'était comme s'il l'avait sentit venir, car il l'avait immédiatement agrippée entre ses bras, la gardant contre son dos. Et ils avaient tourné, riant comme de vrais ados, jusqu'à ce que son père perde l'équilibre et qu'ils s'écrasent durement sur les galets. Sur sa photo version sorcier, elle pouvait voir l'intégralité de ce moment, encore et encore.

Sur ce portrait, ses parents étaient immobiles. Sa mère venait de sauter sur son père, bras autour de son cou, souriant à pleine dents de façon espiègle, tandis que son père était clairement en train d'éclater de rire. Ils avaient étaient heureux, insouciants. Ils avaient cru avoir encore une bonne soixantaine d'années à vivre ensemble.

A présent, leurs corps avaient disparu au milieu de l'océan Pacifique, et tout ce qu'il restait d'eux étaient deux boites à jamais vides, et une photographie qui figerait leur bonheur pour l'éternité.

Jamais auparavant Hermione ne s'était sentie aussi malheureuse.

Chaque respiration qu'elle prenait à cet instant envoyait des décharges de douleurs et de chagrins dans chaque fibre de son être, lui donnant le sentiment qu'elle allait simplement finir par s'écrouler. Ce n'était pas possible, de se sentir aussi tiraillée et écartelée de l'intérieur, et de ne pas finir par tomber en morceau, de ne pas mourir à son tour.

La réaction normale du corps humain dans ce genre de moment était de pleurer, de sangloter, pour évacuer une partie de cette douleur, aussi physique que morale. Mais étrangement, Hermione ne versa pas une larme.

Elle qui avait pourtant tant pleuré dans le passé, et pour tellement de raisons futiles, idiotes même. Elle avait à présent l'impression qu'elle avait épuisé sa réserve de larmes, ou que s'il lui en restait, elle ne méritait pas cette sorte de délivrance.

Elle passa donc le reste de cette courte cérémonie à fixer un point invisible, juste au dessus de l'épaule du prêtre, le visage impassible, les joues sèches. Dans l'assemblée, elle pouvait entendre des reniflements et le son de mouchoirs étant sortis de leurs emballages plastiques.

Mais la fille unique des Granger, elle, ne pleurait pas.

La cérémonie se termina par la mise en terre des deux cercueils, encore un évènement qui se déroula de façon floue et indistincte pour Hermione. Elle était bien trop occupée à retenir son envie de se laisser tomber dans un trou, avec eux.

Et puis, c'était fini.

Il n'y aurait bien entendu pas de réception qui ferait suite à l'enterrement. Mais comme si cela était une coutume éternelle lorsqu'il s'agissait d'enterrer des gens –ou de prétendre de le faire- la foule ne se dispersa pas immédiatement. Les gens se rassemblèrent en petit groupe, pour échanger leurs souvenirs respectifs des défunts.

Hermione, qui aurait bien transplanée sans attendre une seconde de plus en direction de Prés-au-Lard, aurait donc préférée rester isolée et ignorée de tous. Mais bien entendu, étant effectivement la fille unique des Granger, les gens voulaient lui parler, partager toutes ces anecdotes qu'ils avaient à raconter sur ses parents, lui parler de leur enfance, puis de leur travail, et bien sûr d'elle, aussi.

Elle était entrain d'écouter son oncle Henry raconter comment son père avait décidé de «soigner les dents du chat » quand il avait eu cinq ans, lorsqu'elle entendit quelqu'un prononcer son nom. Sauf qu'il ne s'agissait pas d'un appel pour attirer son attention.

Quelqu'un, derrière son oncle, parlait d'elle, et ne cherchait pas à le faire de façon discrète. Elle sut dans l'immédiat qu'il s'agissait de sa tante Denise, et elle se concentra juste assez pour entendre la fin de sa phrase.

« ….leur brisait complètement le cœur. »

Elle ne pouvait bien sûr pas affirmer savoir de quoi il retournait, mais tout ce qu'elle savait, c'était que ce n'était pas positif. Elle sentit à nouveau cette lame s'enfoncer en elle, accompagné d'un autre sentiment, pour le moins surprenant étant donné les circonstances.

L'irritation. Une profonde irritation, proche de la colère.

« Pardon ? » demanda t-elle donc, d'une voix claire et forte, ce qui stoppa tout le monde dans leurs conversations diverses.

Lorsque Henry comprit qu'elle ne le fixait pas lui, mais quelqu'un derrière lui, il se retourna avant de se décaler. Denise mit quelques secondes à réaliser qu'Hermione s'était adressée à elle en particulier…ou bien peut-être avait-elle simplement prétendu ne pas comprendre, pour que tous les regards aient le temps de se tourner vers elle.

Finalement, elle se retourna pour faire face à Hermione, affichant un air exagérément interrogatif et surpris.

« Hermione ? » demanda t-elle d'une voix qui s'accordait parfaitement à son expression.

« Qu'est-ce qui leur brisait le cœur, exactement ? » demanda t-elle d'une voix glaciale, la gorge pourtant affreusement serrée. Mais cette étrange colère animait tout son être, et c'était tellement mieux que les autres sensations qui l'accaparaient encore, seulement quelques secondes plus tôt.

Denise feignit de ne pas comprendre ce qu'elle voulait dire, et Hermione s'empressa de continuer avant qu'elle ne puisse recommencer à l'ignorer : « Je sais très bien que tu parlais de moi, n'essais pas de me mentir. »

Tous les regards étaient rivés sur les deux femmes. Sa tante eut l'air gêné pendant quelques instants, mais à nouveau, Hermione était persuadée que ce n'était qu'une comédie sa tante avait toujours adoré répandre son venin entre les membres de la famille, devant une audience attentive, si possible. Et effectivement, quelques secondes plus tard, son air embarrassé disparu pour devenir plus sérieux, voir même légèrement méprisant.

« Je disais que malheureusement, tes parents n'avaient pas été gâtés, car leur seul enfant -qu'ils adoraient sans limites, ce n'était un secret pour personne- les ignorait totalement. »

Un choc intense explosa en elle, et elle sentit ce sentiment s'afficher sur son visage, alors qu'elle posait des yeux écarquillés sur sa tante, qui ressemblait étrangement à Ombrage à cet instant. Elle savait que ce qu'elle disait était faux, bien entendu. Ses parents avait su combien elle les aimait.

Mais pour que sa tante en vienne à faire ce genre de remarque, cela voulait dire….cela voulait dire que ses parents en avaient parlé à un moment ou un autre.

« Quoi ? » Elle réalisa à peine que sa voix était à peine plus élevé qu'un murmure, sentant soudain la colère et la totalité de son énergie la quitter, remplacées par quelque chose d'autre, quelque chose proche de l'humiliation.

Et le chagrin, bien sûr. Elle pouvait sentir tous les yeux sur elle, brûlants et avides d'en savoir plus. Avides de la condamner, de l'accuser et de la rendre responsable de la mort de ses parents. Car elle le méritait.

Elle le méritait.

Denise se redressa un peu plus, et son air dédaigneux n'était plus du tout camouflé à présent.

« Tu m'as très bien entendu, » dit-elle avec ce même dédain. « Combien de fois j'ai eu Jane au téléphone, me disant combien tu lui manquais, mais que tu n'appelais jamais, que tu n'écrivais jamais, que tu préférais passer tes étés avec des garçons plutôt que d'aller voir tes parents. Je ne sais pas ce qu'ils avaient décidé d'aller faire en Australie, mais cela ne m'étonnerait pas si tu nous apprenais que tu étais en train de jouer les adolescentes incomprises à Sydney et qu'ils étaient venus te chercher. Et maintenant, ils sont morts, et leur propre fille ne verse même pas une larme à leur enterrement ! »

Hermione sentit l'air quitter ses poumons, comme si elle venait littéralement de recevoir un violent coup dans l'estomac. Elle était incapable de bouger, incapable de parler, bien incapable de trouver quoi répondre à ça.

Tout ce qu'elle pouvait faire, c'était sentir la douleur revenir, revenir avec tellement de force, oh Merlin, elle se sentait écartelée, elle les avait tué, elle les avait tué !

Et puis, perçant le lourd silence qui s'était installé dans l'assemblée, une voix s'éleva derrière elle : « Vous êtes une idiote. »

Le tourbillon de pensées sombres et l'avalanche d'émotions douloureuses se calma subitement, stoppés par le retour de la surprise. Snape. Elle tourna immédiatement son regard vers lui, n'arrivant pas à croire qu'il avait pu s'adresser à elle de cette façon, pas après le comportement qu'il avait eu en sa présence depuis l'instant même où elle avait appris la mort de ses parents.

Et effectivement, ce n'était pas elle qu'il fixait, mais sa tante. Il s'était rapproché sans qu'elle le sache, pour se retrouver à nouveau à à peine deux mètres d'elle. Son expression était comme toujours impossible à lire, mais il semblait émaner de lui des ondes puissantes, qu'elle aurait interprété comme étant de l'irritation. Mais cela était impossible, le 'connaissant'. Pourquoi se sentirait-il aussi concerné par ce qui lui arrivait ?

Incapable de s'en empêcher, elle reposa son regard sur Denise, qui avait pris un teint rouge pivoine, et qui semblait totalement outrée.

« Je vous demande pardon ? » demanda t-elle de son ton le plus hautain.

« Je disais que vous étiez une idiote,» répondit Snape sans un instant d'hésitation, de sa voix la plus glaciale et sans appel, qu'il réservait habituellement exclusivement à ses élèves lorsqu'il monologuait sur leur manque de cerveaux. « A vrai dire, je pense ne pas être loin de la vérité en disant que vous êtes tous des idiots ici. »

Immédiatement, de petites exclamations outrées et choquées se firent entendre, les gens se regardant et murmurant entre eux, tandis que Hermione passait son regard de Snape à l'assemblée. Elle ne parvenait toujours pas à croire que cette scène était vraiment en train d'avoir lieu.

Son oncle Stephen fut le premier à réagir, son teint ayant lui aussi rougit de façon impressionnante: « Je ne vous permets pas de- »

« Silence. » Le coupa Snape, et comme cela était toujours le cas lorsqu'il demandait le silence dans sa salle de classe, tout le monde se tut dans la seconde. Même dans ce lieu totalement étranger, au milieu d'inconnus, il semblait au meilleur de sa forme. « Pour qui donc est-ce que vous vous prenez, à juger ainsi quelqu'un dont vous ne connaissez rien ? »

« Vous pouvez parler ! » s'exclama immédiatement Denise, qui avait maintenant tourné au violet. « On ne sait même pas qui vous êtes, et vous vous permettez de nous insulter ! »

« Je suis un professeur d'Hermione. » répondit-il, imperturbable. « Ce qui veut dire que j'ai passé sans l'ombre d'un doute beaucoup plus d'heures accumulées en sa présence que vous tous réunis ici. Pour ce qui est de ses parents, personne ici présent à part Hermione Granger ne peut affirmer savoir qu'elle était la nature de leur relation. Mais je peux vous dire de source sur que cette jeune fille aurait été prête à donner sa vie pour sauver celles de ses parents. Et je ne pense pas me tromper, madame, en stipulant que les seuls êtres qui comptent pour vous à ce jour sont un ou deux chats ou peut-être un chien, et qu'ils seraient loin de sacrifier leur pâté pour sauver votre misérable vie. »

Si Hermione n'avait pas été aussi choquée et dévastée, elle aurait sans le moindre doute éclaté de rire à cet instant.

La tête de sa tante était tout simplement incroyable, plus pourpre que jamais, et mourant définitivement de honte. Car ce n'était un secret pour personne dans la famille que Denise était en effet une vieille fille aigrie, et qu'elle partageait sa maison avec trois chats et un chiwawa.

Hermione posa à nouveau ses yeux écarquillés sur Snape il affichait son plus beau rictus dédaigneux, celui qui terrorisait le plus les premières (et septièmes) années. Une partie d'elle aurait voulu le remercier pour ce soutien plus qu'inattendu, mais elle était bien incapable de dire quoi que ce soit.

Fixant toujours la foule silencieuse et contrariée, Snape fit quelques pas pour la rejoindre, avant d'agripper son bras, à nouveau sans dureté.

« Hermione, je crois que le notaire vous attend. »

Dans la seconde qui suivait, ils se dirigeaient vers la sortie. Et le dernier regard qu'Hermione lança derrière elle fut destinée à la photo de ses parents.


Assise sur la moquette de son salon, Hermione fixait sans vraiment la voir la table basse qui se trouvait devant elle. A côté d'elle se trouvait un carton ouvert, et à première vu à peine rempli. Après avoir rencontré le notaire, elle avait su qu'elle devrait retourner chez elle et vider sa maison des objets qui lui tenaient le plus à cœur.

Une fois encore, elle avait à tout prix tenu à le faire de façon moldue.

Snape s'était montré d'une patience légendaire aujourd'hui –mis à part son petit débordement au cimetière- mais elle avait bien vu que la perspective de la voir remplir plusieurs dizaines de cartons avait à nouveau testé ses limites, même s'il n'avait rien dit. Elle lui avait alors demandé de lui montrer un sort qui lui permettrait d'augmenter le volume des cartons. Elle se contenterait d'un par pièce. Il lui avait donc fait une rapide démonstration, et sans surprise, elle avait maîtrisé le sort en moins de dix minutes. Il était ensuite allez s'installer à la table de la salle à manger pour 'corriger des copies', tandis qu'elle montait à l'étage. Elle avait déjà débarrassé sa chambre, et était passée rapidement dans les salles de bain, avant de redescendre et de commencer le salon.

C'était une tâche longue et laborieuse. Son esprit ne cessait de se déconnecter, comme si son propre cerveau tentait de lui faire comprendre qu'elle était folle de penser pouvoir tout faire aujourd'hui. Mais elle n'avait pas le choix. Ordre de Dumbledore, non ? Enterrement, notaire, maison, puis retour à Poudlard.

Il était plus de dix-sept heures, et la nuit était presque tombée, mais elle n'avait même pas la motivation d'allumer la lumière. De temps à autre, elle attrapait un des albums photos qui se trouvaient sous la table basse, et le plaçait dans le carton sans oser les ouvrir. Puis, ses pensées se dirigeaient inexorablement vers ce qu'elle avait appris chez le notaire.

Elle avait été persuadée que ses parents n'auraient pas de testament. Pourquoi donc en auraient-ils fait un ? Ils avaient tout juste quarante ans, les gens pensaient rarement à leur mort de cette façon lorsqu'ils étaient si jeunes.

Et pourtant, c'était bien leur testament que le notaire lui avait lu, alors qu'elle agrippait les accoudoirs de son siège. Ils lui léguaient tout, bien sûr, tout leur argent, toutes leurs possessions. Ils avaient tous deux une 'excellente assurance vie'. Elle pouvait garder la maison, ou pouvait décider de la mettre en vente. Elle récolterait cet argent là, aussi. Si elle décidait de vendre, elle garderait tout ce qu'elle voudrait, et donnerait le reste à des associations.

Le notaire lui avait également tendu une enveloppe, contenant une lettre que ses parents avaient écrite à son attention. Le seul mot sur l'enveloppe était son nom, 'Hermione', écrit de la main de sa mère. Elle aurait reconnu son écriture cursive n'importe où. Elle avait glissé ses doigts sur ce mot, sur son nom, pensant que c'était la dernière fois qu'elle verrait quelque chose écrit de la main de sa mère.

Son prénom, et la lettre qui se trouvait scellée à l'intérieur.

Elle ne l'avait pas encore lu. Elle n'avait pas voulu le faire dans ce bureau stérile et inconnu. Et puis, une fois rentrée chez elle, en compagnie d'un Snape toujours aussi silencieux et complaisant, elle ne s'en était pas senti la force.

Elle ne se sentait plus la force de rien, en vérité. Et pourtant, elle n'avait pas le choix.

Elle finit de placer les derniers CD et cassettes vidéo dans le carton, avant de passer à la cuisine. Elle avait pensé que cela serait plus rapide que le reste, mais elle se retrouva à récupérer les tasses fétiches de ses parents, tout ce qui décorait le frigo, même la dernière liste de courses, que sa mère avait sûrement prévu de faire le jour où…

Elle fourra le papier dans le carton, se forçant à ne pas penser. Ne pas penser, ne pas penser, ne pas penser.

Mais elle fut forcée de s'arrêter, s'agrippant soudain au comptoir, et fermant douloureusement les yeux, la respiration rapide. Elle n'arrivait pas à croire qu'elle était réellement en train de vider la maison de ses parents, la maison de son enfance. Cela faisait moins de deux jours qu'elle avait appris leur mort. Elle savait que cette étape, ce 'vidage', était en quelques sortes obligatoire durant le deuil d'êtres aimés, mais elle savait aussi que certaines personnes ne parvenaient pas à le faire avant des semaines, voire des mois.

Deux jours. Deux putain de jours !

Elle savait qu'elle n'était même pas encore sortie de la phase de 'déni' de son deuil, même si elle sentait définitivement l'arrivée de la colère et le poids oppressant de la dépression. L'acceptation ne semblait pas prête d'arrivée.

Et pourtant, elle était là, à vider tout ce qui avait fait sa vie pendant douze ans.

Elle sentit une nouvelle pointe d'intense rancœur la traverser, alors qu'elle repensait à Dumbledore. Dumbledore, qui ne la laisserait jamais ressortir du château pour terminer ce qu'elle avait commencé. Oh non, cela serait vraiment trop risqué, elle pourrait être attaquée, torturée, on pourrait l'utiliser comme appât pour attirer Harry, qui sait. Elle, qui était étrangement précieuse à la communauté magique, simplement parce que son meilleur ami était Harry Potter, mais cela n'était pas suffisant, pas suffisant si vous étiez une sang de bourbe, vos parents pouvaient bien mourir, cela dépendait d'un autre monde, d'un monde inférieur. Et Dumbledore qui la manipulait, qui les manipulait tous, qui ne la laissait pas faire son deuil en paix.

Elle n'avait pas le choix, aucun choix, il n'avait pas voulu les protéger, elle avait été obligée de le faire, obligée de les faire PARTIR, obligée de les voir MOURIR !

Dans un violent excès de colère soudain et incontrôlable, elle se saisit d'un verre qui se trouvait dans le placard en face d'elle, et retenant un cri d'intense frustration et de désespoir, elle le projeta de toutes ses forces contre le mur opposé. Il explosa, bien sûr, déversant une pluie de verre brisé sur le carrelage.

Immobile, elle fixa les débris, son visage toujours contracté dans une expression de colère intense, alors qu'elle tentait de reprendre le contrôle de sa respiration. Elle n'avait toujours pas bougé lorsque la porte de la cuisine s'ouvrit sur Snape. Elle décolla enfin son regard du sol, pour le glisser vers lui, qui semblait loin d'être inquiet, curieux peut-être.

« Ce n'est rien, » répondit-elle d'une voix plate, avant de se détourner pour refermer le placard à verres. « Je suis juste un peu maladroite. » Surtout extrêmement douée pour parvenir à faire 'tomber' un verre de l'autre côté de la pièce.

Elle se tourna juste à temps pour voir Snape sortir sa baguette, prêt à nettoyer les dégâts.

« Non ! » le stoppa t-elle, avec un peu trop de force.

A nouveau, il se contenta de l'observer, fronçant légèrement les sourcils, et elle pouvait voir son impatience ressurgir lentement, mais sûrement. Elle se doutait des efforts qu'il devait faire à cet instant, pour ne pas faire de remarques sur son comportement.

« Je vais nettoyer, » expliqua t-elle rapidement.

Prouvant ses paroles, elle ouvrit le placard sous l'évier et en sortie la pelle et la balayette qui s'y trouvaient. Puis, sans perdre une minute, elle s'agenouilla près des débris et commença à nettoyer. Quelques secondes plus tard, elle entendit la porte se refermer, et elle ferma les yeux.

Cette journée n'en finirait jamais.


Severus avait finalement terminé de corriger ses copies.

A vrai dire, cela lui avait pris beaucoup plus de temps que nécessaire, étant donné la façon dont ses pensées n'arrêtaient pas de dériver aujourd'hui. Il était inhabituellement troublé aujourd'hui. Et il n'aimait pas du tout ça, cela allait de soit.

Il avait grandit avec un père moldu, qui éprouvait une telle aversion pour la magie –et pour sa femme et son fils, la majorité du temps, qu'il avait pour ainsi dire grandit comme un moldu. Cela faisait pourtant des années qu'il n'avait pas eu à se comporter comme l'un d'entre eux. Passer la journée à prétendre qu'il n'avait pas de pouvoir magique, comme il l'avait fait toute son enfance, cela était extrêmement étrange. Mais ce qui était encore plus étrange, c'est qu'il n'éprouvait pas cette frustration qui l'avait si souvent assaillit lorsqu'il était enfant. A vrai dire, à l'heure actuelle, il appréciait presque la 'simplicité' de ce monde.

Ici, si les gens le fixaient, c'était simplement parce qu'ils se demandaient qui il était, et ce qu'il faisait en compagnie d'Hermione, dans de telles circonstances. Aucun d'eux n'avaient de préjugés définis, ceux qu'il pouvait toujours lire dans les regards, que ce soit à Poudlard, ou en dehors.

Il était un professeur détesté, qui frôlait parfois le sadisme. Il l'avait voulu ainsi, car c'était sa meilleure des protections. En tant qu'espion, ses chances de survis dans ce jeu dangereux augmentait avec sa solitude. Si on ne le connaissait pas, si on ne voulait pas le connaître, on ne pouvait pas mettre ses secrets en danger.

Il était emprisonné dans une telle bulle ténébreuse, et depuis si longtemps, qu'on ne le considérait plus que comme un bloc de glace vicieux.

Personne ne semblait prêt à lui faire véritablement confiance. Les Mangemorts pensaient tous plus ou moins secrètement qu'il était un traître (et ils n'avaient pas tord), tandis que les membres de l'Ordre se méfiaient de lui ouvertement. Les autres professeurs le fuyaient comme la peste, et les élèves n'osaient même plus le regarder dans les yeux. Il y avait bien Dumbledore, mais Dumbledore était un cas bien particulier. Il voulait paraître comme le plus sage des sorciers, mais ses façons de faire, sa façon de manipuler les gens, cela le dérangeait de plus en plus.

Mais on revenait toujours à cette éternelle métaphore de jeu d'échec géant. Severus n'était qu'un pion, un fou peut-être, et cela faisait longtemps qu'il n'avait plus d'autre choix que d'avancer sur les cases qu'on lui désignait.

Aujourd'hui, il n'avait rien eu à revendre à personne. A l'enterrement, s'il avait fini par…'intimider la foule', c'était parce qu'ils l'avaient bien cherché.

Il ne savait pas exactement pourquoi il avait défendu Hermione comme il l'avait fait, il n'avait rien eu à y gagner. La raison n'avait pas bien d'importance. Selon lui, une personne endeuillée qui n'avait véritablement rien à se reprocher ne méritait pas d'être ainsi critiquée et humiliée, devant ce qu'il lui restait de famille.

Et puis, il devait avouer qu'il avait pris un certain plaisir à voir l'expression de cette veille pimbêche. C'était une façon de se défouler qui marchait toujours à merveille.

Mais à présent, une bonne partie de sa frustration était revenue. Il détestait voir la jeune fille passer de pièce en pièce, tel un zombie, tentant de mettre en boîte la moitié de sa vie. Il ne désirait pas lui dire quoi que ce soit –car qu'aurait-il pu lui dire ?- mais il pouvait presque voir son désespoir s'agrandir à chaque nouveau carton qu'elle ouvrait et ensorcelait.

Il aurait aimé pouvoir tout mettre lui-même dans un seul carton d'un simple coup de baguette, et lui faciliter la tâche…même si sa raison officielle aurait été qu'il avait hâte de retourner au château, bien sûr.

Elle en avait assez vu, assez fait pour une journée, et il continuait de se demander par quel miracle elle n'avait toujours pas versé une larme aujourd'hui. Cela ne cessait vraiment pas de le surprendre, bien qu'il sache pertinemment que le manque de démonstration physique de voulait pas obligatoirement dire qu'elle ne ressentait rien, au contraire. Il savait qu'elle se culpabilisait, et que ce sentiment, en plus du reste, était en train de la dévorer de l'intérieur. Il était passé maître en ce qui concernait la culpabilité, il connaissait ses morsures empoisonnées, et le dégoût de soi-même qu'elle provoquait.

Entendre le verre se briser dans la cuisine n'avait pas été surprenant. Elle avait tenté de mettre l'incident sur le dos une maladresse passagère, mais il avait vu son expression coléreuse –et le verre de l'autre côté de la pièce. Ce n'était qu'un signe de plus qu'elle était en train d'atteindre ses limites.

Elle était remontée à l'étage à présent, pour s'occuper de la chambre de ses parents, sans doute…cela faisait tout de même près de deux heures qu'elle y était, et même s'il n'était pas particulièrement pressé, il devait avouer qu'il commençait à sérieusement s'ennuyer. La nuit était tombée depuis un bon moment, et il se sentait pour le moins idiot, à attendre de cette façon, dans le noir, sans rien faire d'autre que de penser, penser, et penser encore.

Finalement, fatigué de rester là à ne rien faire, il se leva du fauteuil qu'il avait occupé pendant près de quarante-cinq minutes, et entreprit de monter les escaliers. Tout comme le rez-de-chaussée, l'étage était plongé dans les ténèbres. Son élément.

Après toutes ces années à avancer dans le noir, il semblait presque avoir développé une vision nocturne.

Il avança, dépassant la porte qu'il savait être la chambre d'Hermione. Il ouvrit la porte suivante –la salle de bain. Lorsqu'il ouvrit celle qui se trouvait au fond du couloir, il sut qu'il était arrivé à destination.

Et pas seulement parce qu'Hermione se trouvait allongée sur le grand lit qui avait un jour appartenu à ses parents.

Le carton qu'elle avait ensorcelé pour cette pièce se tenait ouvert devant lui, entre lui et le lit. Ses yeux ne s'attardèrent que brièvement sur l'objet. Reportant rapidement son regard sur la jeune fille qui se trouvait sur le lit, il s'avança.

Elle était recroquevillée sur elle-même, complètement au bord du lit. Plutôt que d'utiliser un des oreillers à sa disposition, elle avait utilisé un de ses bras à cet usage. Son autre bras pendait dans le vide, et en l'observant plus minutieusement, il réalisa que son bras n'était pas la seule chose qui supportait sa tête. La moitié de son visage était enfoui dans ce qui semblait être un pull d'homme.

Détournant le regard, car la voir ainsi déclenchait un sentiment inhabituel en lui, quelque chose d'autre attira son attention. Une feuille de papier était tombée au sol, juste sous sa main qui pendait mollement hors du lit.

Severus se pencha et l'attrapa. Plissant les yeux, il comprit qu'il s'agissait d'une lettre. Une simple déduction logique lui fit comprendre qu'il devait s'agir de la lettre que le notaire avait remise à Hermione, quelques heures plus tôt.

Il savait qu'il aurait dû la reposer par terre, ou sur la table de nuit…mais la curiosité l'emporta. Il sortit sa baguette et l'alluma faiblement pour éclairer la feuille.

« Hermione,

J'écris cette lettre au nom de ton père et de moi-même, après que nous ayons passé plusieurs heures à discuter de ce que nous pourrions te dire. Trouver les mots justes, tout en sachant qu'ils ne seront lus que si nous mourrons…ce n'est pas un exercice facile, et pourtant, tu sais à quel point j'aime l'écriture.

Je commencerai donc par te dire que je suis désolée. Je suis désolée que tu doives lire cette lettre. Car cela signifie que nous ne sommes plus là, et que tu es sans l'ombre d'un doute déchirée par le chagrin. Perdre ses parents est une épreuve que tout être humain doit affronter, mais ce n'est pas juste pour autant, surtout pas si jeune.

Curieuse comme tu es, tu dois te demander pourquoi nous prenons la peine d'écrire un testament.

Je ne te cacherais pas la vraie raison. A nouveau, si tu en viens à lire cette lettre, c'est la dernière explication que je peux te donner, et je tiens à être honnête. A l'heure où j'écris cela, tu es repartie il y a seulement quelque jours pour Poudlard, pour faire ta dernière année d'études. Ton père et moi savons que tu ne nous dis pas tout en ce qui concerne les problèmes de ton monde, et nous l'acceptons. Je sais que tu cherches surtout à nous protéger, et à éviter que l'on se fasse trop de soucis pour toi.

En vérité, nous nous faisons du souci pour toi depuis le jour où tu as pris le train pour la première fois. C'est si difficile de te savoir si loin, de ne te voir que quelques semaines par an, de moins en moins au fils des ans. Ne prends pas cela comme un reproche s'il y a bien quelque chose que je veux éviter, c'est que tu te sentes coupable d'une quelconque façon. Les enfants grandissent et s'éloignent, tout comme les parents vieillissent et disparaissent. Ce n'est pas facile, mais c'est la vie.

Et ta vie, à toi, est si différente de la notre.

Je sais que les choses sont plus graves que ce que tu nous dis, simplement en regardant notre propre journal télé. Les incidents et morts étranges continues à s'accumuler, deviennent de plus en plus inquiétants, et malgré tes précautions, nous nous faisons énormément de soucis pour toi. Je sais que le pire peut arriver d'un moment à l'autre, et pas seulement à cause de la guerre qui fait rage dans le monde magique, où de celles du monde 'moldu'. A nouveau, nous en avons parlé longuement avec ton père, et sommes venu à la conclusion de préparer notre testament, 'juste au cas où'.

Le destin est une chose tellement subtile et insaisissable. Personne ne connaît la façon dont il va mourir. On s'inquiète à cause de la guerre, et au final, un simple accident de voiture peut vous ôter la vie.

Quel que soit la façon dont nous sommes partis, je le regrette. Je regrette de ne pas pouvoir te dire ces mots en personne. Je regrette toutes ces choses que nous avions prévues de faire et n'avons jamais faites. Mais je chéris surtout tous nos souvenirs, tous ces années passées à tes côtés, à te voir grandir à voir ta curiosité grandir plus vite que la taille de tes vêtements, tout comme ton intelligence, ton sale caractère, et ton espièglerie. Tu es si douée, Hermione, tu es une jeune femme brillante et pleine d'avenir, nous n'en avons jamais douté. Où que le destin t'emporte, sache que nous serons toujours avec toi, et que nous t'aimons.

En espérant que cette lettre reste à jamais scellée.

Jane Granger. »

Et en dessous, ajouté par une main clairement plus masculine :

« Si tu doutes et que tu as peur, si tu crains de ne pas prendre la bonne décision, ferme tes livres, et écoute ton cœur, ma puce. C'est le meilleur conseil que ton vieux papa puisse t'offrir, de là où je me trouve. Une décision du cœur n'ait jamais la mauvaise, quelques soient les conséquences.

Christopher Granger. »

Sa lecture finit, Severus glissa à nouveau son regard sur Hermione. Il remarqua immédiatement quelque chose qu'il n'avait pas pu voir avant sans la lumière, même faible, de son lumos.

Elle semblait dormir profondément, mais dans son sommeil, les traits de son visage étaient douloureusement contractés, et ses joues étaient baignées de larmes. Toutes les larmes qu'elle n'avait pas pleuré durant cette longue journée, parce qu'elle n'en avait pas eu la force, ou parce qu'elle se l'était refusé, elles coulaient à présent dans son sommeil.

Il se retrouva à fixer ses joues, étrangement fasciné. Une fois encore, des larmes, il en a vu un grand nombre au cours de sa vie quarante-huit heures plus tôt, presque à la minute près, c'était déjà elle qu'il avait laissé pleurer entre ses bras. Mais ces larmes là étaient différentes. Ce n'était pas des larmes de peur ou de terreur, des larmes de nervosité et d'humiliation provoquées par des remarques glaciales et sarcastiques. Elles n'étaient pas des résultantes d'une simple poussée d'émotions. Ces larmes là, elles venaient d'une douleur bien plus profonde, une douleur qu'aucun mot ne pouvait décrire ou expliquer, et que rien d'autre que le temps ne pouvait apaiser. Lactus Lacrima. Les larmes des endeuillés. C'était des larmes qui venaient directement du cœur, les larmes de l'âme. Severus connaissait bien ces larmes, finalement.

Car c'était les seuls qu'il s'autorisait à verser.

A cet instant, il eu presque envie de tendre la main vers son visage, vers cette joue humide qui brillait faiblement à la lueur de sa baguette. Il voulait sentir ce liquide habituellement tiède sous ses doigts, sachant que ce qu'il sentirait serait froid, ayant depuis longtemps perdu sa chaleur au contact figé de l'air. Et il ne comprenait pas cette pensée.

Il ne comprenait pas pourquoi glisser ses doigts sur sa joue semblait soudain être un geste qu'il pouvait se permettre, alors qu'il touchait si rarement les gens de façon vraiment volontaire et sincère.

Car les gens qu'il touchait la majorité du temps finissaient blessés ou morts.

Cet inattendu désir de connexion, même infime, était surprenant. Mais pas désagréable. C'était tout simplement…nouveau.

Il ne sut jamais s'il aurait osé frôler sa joue au final. Car sans aucun signe annonciateur, elle rouvrit les yeux.


Hermione n'avait pas réalisé qu'elle s'était endormie, jusqu'à ce qu'elle se réveille subitement et se retrouve à fixer Severus Snape, qui se tenait au dessus d'elle.

Sa réaction instinctive –se redresser hâtivement ou avoir l'air choqué peut-être, ne vint jamais. C'était comme si le trouver là, à la regarder, était la chose la plus naturelle du monde.

La surprise l'envahit rapidement, pourtant.

Car malgré la pénombre de la pièce et son cerveau encore embrumé par le sommeil, elle réalisa immédiatement que, pour la première fois de sa vie, elle voyait le visage de Snape dénué de tout masque froid ou impassible.

Il y avait bel et bien une émotion qui contractait ses traits. Elle aurait été incapable de dire quoi exactement. Et ses yeux, même dans la pénombre, possédaient un éclat qu'elle n'avait jamais vu auparavant.

Puis, son propre regard descendit légèrement, pour réaliser qu'il tenait la lettre de ses parents entre ses doigts.

Instantanément, l'étrange moment qui venait de passer éclata comme une bulle de savon, alors qu'elle se redressait vivement. Elle attrapa la lettre et la tira durement, et il fut si surpris par ses gestes brusques et soudains qu'il ne fit absolument aucun effort pour l'en empêcher.

Lorsqu'elle releva la tête vers lui, ses joues étaient en feu et elle affichait une mine furieuse lui, cependant, avait retrouvé son expression neutre et totalement dénué de gêne, comme si elle ne venait pas de le surprendre en train de violer son intimité.

« Vous n'aviez pas le droit de lire ça ! » s'exclama t-elle, furieuse. « C'est privé et ça ne vous regarde en aucune façon. »

Mais sa réponse –« Calmez-vous.» - lui parvint d'une façon désagréablement étouffée, et les ténèbres de la chambre devinrent soudainement plus opaques que jamais.

Elle se sentit retomber en arrière sur le lit, le corps affreusement lourd.

Elle revint à elle moins de deux minutes plus tard.

Snape était penché au dessus d'elle. « Vous avez fait un malaise, » lui annonça t-il d'un ton neutre. « Depuis quand n'avez-vous pas mangé, Miss Granger ? »

« J'ai passé la journée avec vous, » marmonna t-elle, se sentant soudainement nauséeuse et très, très irritable. « Vous savez pertinemment que je n'ai rien mangé. »

Il se redressa, semblant légèrement agacé lui aussi : « Je pensais que vous aviez mangé quelque chose quand vous étiez dans la cuisine. Je suis votre 'garde du corps', miss, pas votre nounou. »

Malgré son agacement, il avait déjà sorti une fiole d'une des poches intérieures de sa veste, fiole qu'il lui tendait à présent.

« C'est une potion énergisante. Buvez. »

Son ton était sans appel. Se sentant toujours nauséeuse et extrêmement faible, et attrapa la fiole entre des doigts moites et tremblants, et avala son contenu sans poser de question. L'effet fut instantané. Elle était toujours exténuée, mais sa nausée avait disparu, ainsi que la désagréable impression que son corps pesait une tonne.

Sa colère, elle, était toujours bien présente.

« Vous avez lu ma lettre, » répéta t-elle alors, se rasseyant –moins vivement- et ignorant totalement le sandwich qu'il venait de faire apparaître et qu'il lui tendait.

« Mangez, » fut sa seule réponse.

« C'était une lettre privée. »

Il soupira, clairement au bout de sa patience : « Miss Granger. Mangez ce sandwich, avant que je vous force à l'avaler. Croyez-moi, je connais plusieurs façons douloureuses d'arriver à mes fins. »

Il ne comprenait pas. Elle voulait rester en colère. Car ce n'était que dans ces rares moments que le reste de ses sentiments négatifs –le chagrin, la culpabilité, lui laissait quelques instant de répit.

Mais voulait-elle vraiment se disputer avec la seule personne qui lui avait montré un tant soit peu de compassion, aujourd'hui ? Il avait eu tellement d'occasions de se montrer sévère et sans cœur, mais il n'avait à aucun moment profité de sa position de pouvoir. Mais elle savait que si elle continuait de lui crier dessus, il ne resterait pas aussi clément. Voulait-elle vraiment faire ressortir son personnage froid et sadique ?

Comme un ballon qu'on dégonfle, toute sa colère s'évanouie subitement, et il ne resta plus qu'une intense fatigue. Alors, vaincue, elle attrapa le sandwich, et commença à manger en silence.

Il dut voir quelque chose changer sur son visage, car sa propre expression froide se modifia également, légèrement. Il reprit un air plus neutre, semblable à celui qu'il avait affiché toute la journée.

Après quelques minutes de mastication silencieuse, son sandwich rapidement terminé, elle baissa finalement les yeux pour les poser sur la lettre. Elle réalisa alors qu'elle l'avait malencontreusement froissée dans sa hâte de lui retirer des mains. Elle s'empressa de la lisser à nouveau, avant de la plier soigneusement et de la remettre dans son enveloppe.

Alors qu'elle était occupée à sa tâche, il parla à nouveau. Et ce qu'il lui dit figea non seulement son geste, mais également la totalité de son corps.

« Il faut que vous cessiez de vous sentir coupable. »

Une fois le choc initial passé, elle releva lentement la tête vers lui, jusqu'à ce que leurs regards se rencontrent. Il avait dit cela d'une voix calme, presque basse, comme s'il lui parlait sérieusement et sincèrement pour la première fois de sa vie.

Et bien entendu, sa première réaction fut de se braquer.

« Je ne pense pas que vous puissiez prétendre savoir ce que je ressens ou non,» dit-elle donc rapidement, avec un peu trop de force, avant d'ajouter : « Et je ne vois pas de quoi vous voulez parler. »

Ce qui, bien sûr, n'arrangea pas son cas.

Il parut ne pas l'entendre, ou bien choisit de l'ignorer totalement: « La culpabilité est un sentiment vicieux et empoisonné, » continua t-il, comme si elle n'avait jamais parlé. «Une fois qu'il prend possession de vous, il s'enracine et ne vous quitte plus. »

Elle le fixa, incapable de trouver quoi répondre à cela. Son côté le plus immature et fatigué voulait lui dire 'Qu'est-ce que vous y connaissez à la culpabilité de toute façon, vous n'avez pas de cœur,' mais c'était tellement stupide et inutile qu'elle n'ouvrit pas la bouche. Car une autre partie d'elle était tout simplement choquée par cette discussion soudaine et inattendue…et surtout si juste.

Car elle se sentait coupable. Elle se sentait si terriblement coupable. Mais elle l'avait mérité, non ? Sans elle, sans ses actions irréfléchies, ses parents seraient toujours-

« Arrêtez, » lui ordonna t-il d'une voix plus dure, comme s'il avait lu dans ses pensées. Ou bien était-ce son visage qui était trop expressif, et la réapparition brutale de sa culpabilité était plus que visible sur ses traits fatigués et creusés.

Elle aurait pu combattre. Elle aurait pu garder sa fierté de Gryffondor jusqu'au bout et continuer de nier. Lui dire qu'elle n'avait aucune envie d'en parler, surtout pas avec lui, et qu'il n'avait aucun droit de lui parler de cette façon de toute manière.

Mais à quoi bon, vraiment ? Elle était exténuée, et la lourdeur de ses membres s'accentuait à chaque seconde qui passait, malgré la potion et la nourriture.

A quoi bon ?

Alors, se forçant à garder ses yeux rivés aux siens, malgré son envie de baisser le regard, elle murmura : « Je ne peux pas arrêter. »

Il la fixa, sans ciller, d'une façon si étrange qu'elle sentit son cœur s'accélérer légèrement dans sa poitrine. Elle avait subitement l'impression que jamais avant ce soir là, il ne l'avait vraiment regardé. Elle, pas seulement l'élève qu'il avait presque détesté pendant si longtemps.

Il la regardait elle, et lui parlait comme…comme à une égale.

« Nous savons tous les deux que vous êtes une jeune femme intelligente. Si vous êtes parvenue à protéger votre esprit d'intrusion extérieure, vous pouvez parvenir à contrôler ce genre d'émotion de la même façon. C'est une question de concentration, et surtout de volonté. »

Elle se demanda si lui aussi, il réalisait qu'il venait de parler d'elle comme d'une 'jeune femme'. A son âge, elle était souvent désignée comme 'jeune fille', ce qui était normal. Elle n'avait que dix huit ans après tout, même si intérieurement, elle avait toujours eu l'impression qu'elle avait au moins une quinzaine années de plus. Elle se rappela alors que sa mère avait utilisé le même terme dans sa lettre. Etait-ce que la raison pour laquelle il l'avait utilisé ? Parce que les mots étaient encore frais dans son esprit ?

Et pourquoi était-ce soudain si important ?

Elle écoutait le reste de ses mots, bien sûr, et même si elle comprenait leur signification, à nouveau, elle ne comprenait pas ce qu'ils voulaient dire.

C'était comme s'il lui avait dit 'Dans dix ans, vous ne souffrirez plus autant à cause de la mort de vos parents.' Car oui, elle le savait, le temps pansait les blessures, même les plus profondes, laissant parfois de vilaines cicatrices derrière lui. Mais tout ce qu'elle pouvait répondre à ce genre de remarque était 'Dans dix ans oui, mais qu'est-ce que je peux faire maintenant ?'

Lui dire de contrôler son sentiment de culpabilité était tout aussi impensable à cet instant. D'autant plus qu'elle pensait vraiment mériter chaque pincement douloureux dans sa poitrine.

« Pourquoi est-ce que vous souhaitez tellement me voir arrêter de culpabiliser ? » demanda t-elle alors, non seulement parce qu'elle ne savait quoi dire d'autre, mais aussi simplement par pure curiosité. « Ce n'est pas comme si cela allait porter des torts aux autres, seulement à moi-même. »

« C'est là que vous vous trompez, » répondit-il sans un instant d'hésitation, et avec une vivacité qui la surpris beaucoup. Un autre moment de silence suivit sa réplique, avant qu'il ne reprenne, d'une voix plus calme, mais également plus basse, et presque teintée de regret : « La culpabilité finit toujours par ressurgir, à un moment où un autre. »

Elle le regarda, le plus sérieusement du monde, imaginant le nombre de choses qui pouvaient le pousser lui à se sentir si coupable. Connaissant sa position d'espion au service de Voldemort, il n'était pas difficile de comprendre ce qu'il insinuait.

Elle en savait assez sur ce que les Mangemorts faisaient à leurs victimes pour avoir une bonne idée de ce qu'il avait voulu dire. Pourtant, elle ne put s'empêcher de demander : « Qu'est-ce qui vous fait vous sentir si coupable ? »

Elle était presque surprise par sa propre audace. Elle n'avait plus rien à perdre. Et ce qui était en train de se passer résonnait en elle d'une façon si particulière. Tous deux immobiles, à moitié cachés aux yeux de l'autre par les ténèbres qui dominaient la pièce, elle sur le lit, lui, debout en face d'elle…se parlant presque à cœur ouvert.

Elle ne pensait pas qu'il allait lui répondre, mais cela ne lui coûtait rien de demander.

A sa grande surprise, pourtant, il lui répondit : « La même raison que vous. »

Elle sentit son visage afficher la surprise et l'incrédulité qui explosa instantanément en elle face à cette révélation. Ce n'était absolument pas la réponse à laquelle elle s'était attendue. Que voulait-il donc dire par 'La même raison que vous ?'

Il put clairement lire ce défilé d'interrogations sur son visage, et après un autre moment de silence, il recommença à parler. Non pas sans avoir détourné les yeux avant, brisant le contact visuel.

« Ma mère est morte lorsque j'étais en septième année. »

Silence.

Hermione n'en croyait pas ses oreilles. Venait-il vraiment de lui avouer une telle chose ? C'était presque impensable. Et pourtant, elle savait qu'elle n'était pas en train de rêver, car tout le reste, ses douleurs sourdes et ses pensées sombres, étaient toujours belles et bien présentes, attendant un simple moment d'inattention pour l'étouffer à nouveau.

Mais à cet instant, l'étonnement était ce qui dominait. L'étonnement, et le désir ardant d'en savoir plus. Jamais elle n'aurait cru possible que Snape puisse se confier à elle, d'une telle façon. Lui qui était si mystérieux et indescriptible… Elle avait l'impression qu'il venait d'autoriser la naissance d'une connexion entre eux, aussi minime soit-elle.

Et elle voulait tout faire pour conserver cette connexion.

Alors elle demeura silencieuse, le fixant intensément, bien qu'il évite toujours soigneusement de la regarder, ses yeux fixés sur un point invisible, quelque part sur le mur de la chambre.

« Je sais ce que vous avez vu, quelques semaines plus tôt, durant notre leçon. Je sais que vous avez vu quel genre…d'homme, mon père était. Cela ne devrait pas trop vous surprendre si je vous disais qu'il a causé la mort de ma mère, un soir où il n'a pas… 'su s'arrêter à temps'. »

Il glissa à nouveau son regard dans le sien, et Hermione sentit un frisson la traverser. Elle aurait voulu lui dire qu'elle était désolée, vraiment. Elle ne souhaitait à personne de voir un de ses parents mourir.

Mais cela aurait semblé totalement…inapproprié. Elle avait peur que le moindre mot qu'elle pourrait prononcer le stopperait et qu'il se refermerait totalement, redevenant froid et inexpressif. Car à cet instant, même si elle n'aurait pu dire avec certitude quelle émotion son visage exprimait, il avait clairement laissé tomber une barrière.

« Je sais ce que vous ressentez, parce que je l'ai ressenti aussi, le jour où j'ai appris sa mort, » reprit-il enfin. Sa voix était doucereuse, mais elle n'aurait pas pu être plus différente que de celle qu'il utilisait habituellement dans la froideur de ses cachots. « Et quelque part, j'ai également tué mon père. »

A cette affirmation, la bouche d'Hermione s'ouvrit, comme pour dire quelque chose, mais encore une fois, que pourrait-elle dire ? Venait-il de lui avouer qu'il avait tué son père ? Non, la façon dont il l'avait formulé laissait penser qu'il se sentait en quelque sorte responsable.

C'était un sentiment qu'elle comprenait.

« Vous ne vous êtes jamais demandé pourquoi le Seigneur des Ténèbres me faisait tellement confiance ? »

Ce changement soudain de sujet la prit totalement au dépourvu, et après un autre moment silence étonné, elle humecta ses lèvres avant de répondre : « J'avoue que cela m'a traversé l'esprit une ou deux fois. »

Il plissa légèrement les lèvres, comme dans un semi-sourire, mais il n'y avait rien de drôle dans ce geste. « Cela n'ait pas vraiment surprenant venant de vous. »

A nouveau, c'était une remarque qu'elle aurait qualifié de sarcastique…s'il l'avait dit avec sarcasme. Mais il n'y avait aucune moquerie dans sa voix. C'était une simple constatation, une constatation qui était tout à fait vraie d'ailleurs.

« Dès l'instant où j'ai pris la stupide décision de rejoindre ses rangs, il y a de ça de très nombreuses années, il a porté un intérêt…particulier en ma personne. Ce qui est assez rare venant de lui. »

Le côté surréel de cette conversion n'arriva pas à empêcher la curiosité d'Hermione d'être piquée encore davantage, et elle attendit, presque impatiemment, qu'il s'explique.

« Le Seigneur des Ténèbres a une façon très particulière d'initier ses Mangemorts, » continua t-il, avant de marquer un instant de pause volontaire. Puis : « Il leur demande d'aller tuer la personne qui leur à causer le plus de tord au cours de leur vie. »

Il n'aurait pas vraiment eu besoin d'en dire plus. Dès l'instant où il prononça ces mots, Hermione sut exactement quelle avait été cette personne pour Snape. Et de toute évidence, il vint lui aussi la conclusion qu'elle avait compris, car il ne prit pas la peine de préciser.

« Peu de gens se souviennent qu'il était Tom Jedusor avant d'être… » Il se stoppa, incapable de prononcer son nom. « Et de ce fait, peu de personnes savent que son père était moldu, et qu'il a été une de ses premières victimes, alors qu'il était encore très jeune. Dès lors, tout jeune homme qui se présentait à lui avec le désir de le servir, et possédant également le désir de se venger de leur père, et bien…disons qu'il les considère différemment. »

Hermione resta muette. Rien de ce qu'elle pourrait dire serait adéquat, après de telles révélations.

Snape, perdu dans ses souvenirs, semblait à peine la voir à cet instant, les yeux dans le vague. « Et je l'ai cherché. Et je l'ai retrouvé. Malheureusement, n'ayant plus aucun contact avec lui depuis sa fuite après la mort de ma mère, je n'avais aucun moyen de savoir qu'une rupture d'anévrisme avait déjà mis fin à sa vie trois mois auparavant. »

Hermione ouvrit la bouche, surprise, mais la referma bien vite, alors qu'il posait à nouveau son regard sur elle, la regardant véritablement cette fois.

« Je ne l'ai pas tué, mais s'il avait été en vie, je n'aurais même pas hésité une seule seconde. Car si je l'avais fait seulement un an plus tôt, ma mère aurait encore été en vie. Et croyez-le ou non, même les actes inachevés peuvent vous remplir de culpabilité. »

A nouveau, un long de silence s'en suivit, où ils ne firent rien d'autre que de se fixer, presque sans siller. Se voyant d'un œil différent.

Finalement, il conclut : « Vous n'avez pas provoqué cet accident, Hermione. Vos parents sont morts parce que vous avez tenté de les protéger. » Il s'arrêta là, mais elle put presque entendre ce qu'il n'avait pas dit

'Je souhaiterai pouvoir dire la même chose.'

« Le résultat est le même… » finit-elle par murmurer, sans jamais le quitter des yeux. « Mes parents sont toujours morts. »


N/A : C'est fou comme ce chapitre regorge de bonne humeur ! :D Je vous rassure, ils retournent à Poudlard dès le prochain chapitre, et les choses devraient avancées pour nos deux héros :))

Je retourne aux USA dans 2 jours, donc je vais être un peu 'busy', mais le nouveau chapitre est presque fini, donc j'espère ne pas vous faire patienter très longtemps !

Come toujours, n'oubliez pas la petite review, qui fait toujours tellement plaisir à l'auteur ! :D Merciiiii ^^