Un regard. Une rue. L'oubli. Se déchirer pour mieux recoudre les fils d'une nouvelle histoire. Souffrir. Aimer. Partir. La peau et sa chaleur au soleil. Les tout commençant de rien.

Thunder – Boys like Girls

Bella

J'adorais l'odeur de ma peau en été. C'était un mélange de crème solaire, de chaleur et de soleil. Le soleil, pour une fois, était présent depuis quelques jours. Je passais mon temps libre dehors, un livre à la main. J'étais allongé dans l'herbe, celle-ci jouant avec mes cheveux, chatouillant mon ventre et mes jambes dénudés.

Profiter.

Vivre.

Sourire.

Je poussai un soupir de contentement et regardai ma montre. 14.00. Et mince. Je devais justement retrouver ma mère chez Jasper à 14.00. Je me levais précipitamment et remis ma petite robe d'été colorée correctement.

-Mamilou ! Criai-je en rentrant dans la petite maison de celle-ci.

-Oui, ma belle. Je sais. Tu dois y aller.

-Me préviendras-tu un jour que je suis en retard ?

-Eh, ma jolie ! Tu devras bien te débrouiller seule un jour.

Elle m'envoya un clin d'œil. Je l'embrassais et sortis de la maison.

-Met tes tongues ! me dit-elle avant que je claque la porte.

Mamilou c'était Louise. Elle avait 70ans et vivait seule, ayant perdu son mari il y a quelques années. Moi, j'avais 53ans de moins. Je l'a considérais comme ma grand-mère alors que j'habitais chez elle depuis à peine un mois. Dans un mois j'entrais à la fac de lettre de Seattle. Renée, ma mère, elle, habitait à Renton, petite ville de la banlieue de Seattle. Nous étions toutes les deux d'accord que c'était plus pratique de vivre sur place. Elle payait déjà un appartement à Jasper, mon frère jumeau, qui vivait avec Alice, ma meilleure amie et sa petite-copine depuis 2ans. Alice de son côté, s'occupait des autres factures. Or je n'avais pas envie de m'immiscer dans leur intimité, mais nous ne roulions pas sur l'or. J'avais fait quelques recherches sur internet pour finalement trouver une association. Nous étions logés et nourris chez une personne âgée seule et ainsi nous l'a sortions de sa solitude. C'est ainsi que je rencontrais Mamilou. Nous avions décidé que j'emménagerais déjà chez elle avant la rentrée afin de nous habituer à vivre ensemble. Et j'étais vraiment bien tombé. Je n'aurais pu rêver mieux. J'adorais Mamilou.

Ma mère vivait avec Phil et elle en rayonnait. Elle venait d'accoucher il y a quelques mois d'Athanaël et cela lui allait très bien. Elle respirait la joie de vivre. J'allais enfin revoir ce petit bout d'chou. Ma mère avait eu du mal à me laisser partir, tout comme mon frère, mais en voyant la taille d'Athanaël elle s'était enfin rendue compte que ses « bébés ont grandis ».

Que Jasper et moi ne vivions plus ensemble était une bonne chose dans un certain sens. Nous avions cette sorte de connexion qu'on tous les jumeaux. Je l'appelais quand il me manquait de trop et inversement. Ne plus être sous le même toit nous apprenais à grandir plus vite. Il restait malgré tout mon sang, ma chair, ma moitié et je l'aimais plus que ma propre vie.

Alice était ma meilleure amie depuis notre déménagement à Renton. Je ne vivais ici que depuis deux ans. En plus d'être la nouveauté de cette petite ville nous n'étions même pas américains. Enfin, pas entièrement. Mon père est américain. Ma mère française. Il s'est enfui alors que nous n'étions même pas nés et ma mère a alors pris un vol pour la France. Durant les avant-dernières vacances d'été, ma mère à rencontré Phil et en ai tombé amoureuse. Spontanée et excentrique comme elle est, elle nous a embarqués, Jazz et moi, avec elle pour que nous allions vivre avec lui. Je ne regrette en rien son choix, elle le méritait et était seule depuis trop longtemps. Lorsque je suis arrivé à Renton je ne parlais pas anglais, a part ce qu'on m'avait appris au collège. C'est-à-dire pas grand-chose. J'étais donc « la française ». Jasper « le français ». Alice m'a accueillie à bras ouvert et son excentricité mon attirée. Elle était juste naturelle avec nous. Elle me présenta Angela, la seconde fille la plus important pour moi à ce jour. Angela, ma douce et discrète Angela que j'aimais tant. Alice s'occupa aussi de Jasper et ils sortirent ensemble au bout de quelques mois. Nos progrès en anglais furent rapides et aujourd'hui je me débrouille très bien. Ma mère voulait que nous continuions à parler français à la maison pour ne rien perdre… Jusqu'à ce que l'on s'éloigne. Ce qui est resté est surtout mon accent français. Il est léger mais présent. Alice m'a dit que les garçons le trouvaient craquant. N'importe quoi.

Je marchais dans les rues de Seattle pied nu, mes tongues à la main –ce qui me valait quelques coups d'œil indiscret. Je connaissais le chemin entre chez Mamilou et Jasper par cœur, j'aurais pu y aller les yeux fermés. Je chantonnais un vieux tube français : « Avec le temps » de Léo Ferré. Ma mère écoutait cet artiste en boucle. Je n'aimais pas tellement la foule alors je m'amusais toujours à prendre des petites rues peu côtoyés. Avant de quitter une rue commerciale de la ville, je m'arrêtais au magasin de Pascal, qui vendait des fruits et des légumes.

-Bonjour mademoiselle, me salua Pascal en français.

-Bonjour !

Je lui tendis un paquet de fraise et un de cerise.

J'allais partir après avoir payé lorsqu'il me dit :

-Prends une abricôôôt, tou adorees ça.

J'en pris un dans une cagette en m'exclamant :

-Merci, mais je parle anglais Pascal !

-Pas aussi bien que je parle français ! M'adressa-t-il en me faisant un clin d'œil.

-C'est ça, oui !

Je riais en sortant du magasin.

Je tournais à droite en croquant dans mon abricot. Mmh. Ce gout. J'adorais les abricots autant que les fraises et les cerises. J'aimais la couleur de ces fruits. Leur douceur.

De mes petits pieds maladroits, je tentais le diable, et me fit à faire le funambule sur le bord du trottoir. Je fixais le bout de la rue. Lorsque je me sentis trébucher, je reportais mon attention sur mes pas. Je soupirai et me remis finalement sur le trottoir. Je voulais arriver entière chez Jasper.

Je relevai la tête et c'est là que je le vis. Pour quelques secondes. Il m'était inconnu. Et c'était frustrant. Il avait le visage levé vers le ciel, un sourire en coin sur son visage. Il passa sa main dans ses cheveux blonds vénitien, ce qui les décoiffa plus encore qu'ils ne les étaient déjà. Il était grand. Elégant.

Je baissai la tête, ma timidité refaisant surface. En quoi avais-je le droit de le dévisager comme cela ? Je revisualisais son visage sans le regarder. Sa peau lisse, parfaite, un peu bronzé. Son nez droit. Sa lèvre supérieure légèrement plus fine que l'autre. Ses joues rosies par le soleil.

Je relevais la tête le plus discrètement que je pus pour voir la couleur de ses yeux. Il croisa mon regard.

Je m'aventurais alors dans un océan sans fin. Un océan vert émeraude.

Il continua son chemin. Moi le mien.