Bonjour à toutes (et peut-être à tous, qui sait!)

Nous y voilà : le dernier chapitre d'Obsession(s) est là ! Avec beaucoup de retard certes mais il est parfois difficile de mettre un point final à une histoire qui nous tient particulièrement à cœur… J'espère vraiment qu'il vous plaira et que vous jugerez la fin acceptable. Si vous l'aviez imaginée autrement, n'hésitez pas à me le dire!

Je ne vais pas vous retenir plus longtemps ici. Je vous souhaite une bonne lecture et, comme d'habitude, on se retrouve à la fin du chapitre !

Disclaimer: Twilight et ses personnages appartiennent à S. Meyer. Je ne fais que m'amuser avec eux (pour la dernière fois bouhouhooouuu...).


Seattle, 3 ans et demi plus tard…

- « Bella, bébé… Réveille-toi… »

- « Humpf »

Quelque part dans les brumes de mon demi-sommeil, je l'entendis s'esclaffer doucement au dessus de moi. Il était proche. Si proche que je pouvais sentir l'odeur combinée de son aftershave et de son eau de cologne de luxe.

- « Oh, quelqu'un est grognon ce matin. Ou devrais-je plutôt dire 'en cette première heure de l'après-midi' ? »

Treize heures ? Déjà ?!

- « Pas envie de me lever » marmonnai-je contre mon oreiller.

- « Et pourtant… »

- « Pourquoi on ne passerait pas la journée au lit ? Ca fait une éternité qu'on n'a plus fait ça »

Et j'exagérais à peine. Ma dernière session d'examens en tant qu'undergraduate (nb : aux Etats-Unis, le cycle d'undergraduate correspond à celui de baccalauréat universitaire) s'était terminée quelques jours auparavant et, même si je m'en étais tirée avec les honneurs, elle avait été particulièrement rude. J'avais eu beau avoir dormi la moitié du temps depuis, je n'avais toujours pas récupéré les heures de sommeil que j'avais sacrifiées pour étudier. La perspective d'une journée au lit me paraissait donc être l'idée du siècle… surtout s'il la passait avec moi.

- « Et louper les réjouissances organisées pour ta remise des diplômes ? Hors de question »

Mon grognement fit redoubler son hilarité. Sérieusement, je ne voyais pas pourquoi tout le monde faisait un fromage de cette journée. Okay, j'allais être diplômée mais ce n'était pas comme si j'en avais fini avec les études… Puisque j'avais moi aussi choisi la voie professorale, il me restait trois années de master à réaliser avant de me lancer sur le marché de l'emploi. Alors vraiment, toute cette effervescence me semblait clairement anticipée et ces festivités, futiles.

Rester sous la couette avec Edward semblait être un programme bien plus alléchant !

Les yeux clos, je tâtonnai à la recherche de sa main et quand je finis par la trouver, je le tirai vers moi d'un coup sec. Son corps s'écrasa de tout son poids sur le mien et j'ouvris un œil pour voir qu'il avait déjà revêtu son costume. L'Armani bleu nuit.

Mon préféré.

- « Et si je te promets un autre type de réjouissances ? »

Son regard clair s'assombrit instantanément et je fus obligée de serrer les cuisses en le voyant se lécher les lèvres.

- « Les trois fois de la nuit dernière ne t'ont pas suffi ? »

Urgh.

- « Quand il s'agit de toi, tu sais bien que je n'en ai jamais assez »

Pour appuyer mon propos, j'écartai les cuisses et ondulai du bassin. Instantanément, son désir s'éveilla contre mon sexe nu. Je souris. Edward et moi avions beau être ensemble depuis près de quatre ans, nous démarrions toujours au quart de tour lorsqu'il s'agissait de sexe. Contrairement à bien d'autres couples, la routine ne nous avait pas rattrapés. C'était même tout le contraire. Depuis qu'il m'avait demandé d'emménager avec lui deux ans plus tôt, nos rapports avaient gagné en qualité, en intensité… et en fréquence. Surtout en fréquence. Mon amant était une créature insatiable et rien ne m'excitait plus que d'être tirée de mon sommeil en pleine nuit pour satisfaire la moindre de ses envies. Et il me le rendait bien. Je ne comptais plus le nombre de fois où je m'étais réveillée avec ses longs doigts autour de mes cuisses…

et sa langue sur mon clitoris.

- « Alors, tenté ? »

Je balançai une nouvelle fois mes hanches contre les siennes et fus récompensée par un grognement animal.

- « Oh bébé, tu n'as pas idée. Et si je n'avais pas cette putain de réunion dans moins d'un quart d'heure, crois-moi, je t'aurais déjà montré à quel point. »

Si sa première phrase m'avait complètement allumée, la deuxième, elle, me fit l'effet d'une douche froide.

Sa réunion. Sa foutue réunion avait lieu aujourd'hui.

- « Oh. »

- « Scherman et les autres m'attendent pour… tu sais ? Mettre les derniers détails au point. Followill m'a dit qu'il y aurait un discours alors… »

Je fis de mon mieux pour lui offrir un sourire convainquant. C'était de plus en plus difficile quand ce sujet revenait sur le tapis, ces temps-ci.

- « Je comprends »

Je le repoussai légèrement pour m'extraire du lit et il m'observa enfiler un t-shirt avec un regard curieux. Instinctivement, je posai ma main sur la table de nuit pour prendre ma pince à cheveux… et étouffai un juron lorsque je me rendis compte qu'elle n'y était pas.

- « Est-ce que ça va ? »

- « Tu n'aurais pas vu ma pince à cheveux ? La bleue ? »

J'ouvris le tiroir avant de le fermer rageusement pour ouvrir le suivant.

J'étais pourtant sûre de l'avoir laissée là hier soir !

- « Je ne sais pas ce que j'ai en ce moment… J'égare tout ! »

- « Bella »

- « Mon t-shirt préféré des Beastie, mon exemplaire de Jane Eyre, l'écharpe que ta mère m'a offerte à Noël, notre fichu ouvre-bouteille… »

- « Bella… »

- « Et maintenant ça ! »

- « BELLA ! »

Je me tournai vers lui, surprise par son haussement de ton. Edward ne haussait jamais le ton avec moi.

- « Ce n'est qu'une foutue pince, nom de Dieu ! Maintenant, est-ce que tu vas répondre à ma question ? »

- « Ta question ? »

- « Est-ce que ça va ? Je veux dire, par rapport à ma réunion et le fait que je- »

- « Tout va très bien » mentis-je avec empressement. « Ne t'en fais pas »

Il me jaugea d'un œil critique, pas tout à fait convaincu.

Parfois, j'avais envie de me mettre des baffes pour être aussi transparente.

- « Tu en es vraiment sûre ? Parce que tu sais très bien que je peux tout- »

- « Edward » l'interrompis-je d'une voix douce. « On en a déjà discuté et tu sais ce que j'en pense. Inutile de revenir là-dessus, d'accord ? Maintenant file, tu vas être en retard »

Il resta quelques secondes à me scruter, à la recherche de la moindre trace d'incertitude. Quand il n'en vit aucune, il soupira et se leva pour me rejoindre. Ses grandes mains vinrent encadrer mon visage pour le relever vers le sien. Il était inquiet.

- « Tu me le dirais si ça n'allait pas, n'est-ce pas ? »

- « Ca va. C'est juste… que j'aurais aimé rester au lit avec toi quelques heures de plus, c'est tout. Ca va être une longue journée. » éludai-je.

- « Je te promets de me rattraper ce soir »

Il déposa un baiser sur ma joue avant de venir frôler mon oreille de ses lèvres.

- « Et je te ferai jouir tellement fort que ça nous vaudra une nouvelle crise de nerfs des voisins »

Et juste comme ça, il réussit à dissiper mes idées noires et m'arracher un vrai sourire. Il fallait dire que nos nouveaux voisins du dessous étaient quelques peu… pénibles. Au moindre bruit suspect, ils débarquaient chez nous pour se plaindre. Au début, nous avions veillé à faire attention à nos moindres fais et gestes – ce qui, compte tenu de ma maladresse, avait relevé du défi quotidien – mais nous avons rapidement compris que cela ne servait à rien. Ils n'étaient toujours pas contents. Jamais, à vrai dire. Et par-dessus le marché, nous avions appris qu'ils se comportaient comme ça avec la plupart des autres locataires de l'immeuble. Alors, nous avons changé de tactique et décidé de les rendre dingues à coups de cris d'extase rarement exagérés, et ce dans l'espoir de les faire dégager de là le plus tôt possible. Ca nous avait valu quelques engueulades. De nombreux fous rires aussi...

- « Des promesses, toujours des promesses, Monsieur Cullen »

- « Des promesses que je tiens toujours, Bella. Particulièrement si elles te mettent en scène toi, nue et à mon entière disposition »

Il agrippa ma nuque et m'embrassa passionnément, me coupant la parole ainsi que le souffle.

Cet homme serait ma mort un jour ou l'autre.

- « On se voit à la cérémonie ? »

- « Je serai la fille avec le chapeau carré et la toge immonde »

Il s'esclaffa et donna une petite tape sur mes fesses encore nues.

- « Tu seras radieuse, poupée. Comme toujours. »

Ses doigts caressèrent mes joues avec révérence et un frisson me remonta l'épine dorsale. Son regard… Il y avait quelque chose dans son regard. Quelque chose de nouveau que j'avais eu l'occasion de voir de plus en plus souvent ces derniers jours. Je ne parvenais pas à mettre le doigt dessus mais ce dont j'étais certaine, c'était que ce quelque chose n'était pas là avant et que ça me faisait étrangement vibrer.

- « J'ai hâte d'être à ce soir. J'ai une surprise pour toi »

- « Une surprise ? »

Il acquiesça et je plissai les yeux, suspicieuse. Je n'étais pas le genre à apprécier les surprises.

- « Tu comptes m'en dire plus ? »

- « Aucune chance. Ce ne serait plus une surprise sinon »

Je fis une moue à laquelle il répondit par un clin d'œil sexy.

Ce qu'il pouvait être… distrayant !

- « Il faut vraiment que j'y aille. A tout à l'heure, bébé »

Avec ça, il m'embrassa une dernière fois avant de disparaître hors de la chambre. Quelques secondes plus tard, j'entendis la porte de l'appartement claquer et presque instantanément, mon portable vibra sur la table de nuit.

Reçu le vendredi 30 juin 2015 à 13h19

De : Rose

C'est le grand jour pour toi, tronche de cake. On débarque dans le quart d'heure pour passer une aprèm entre gonzesses. Au programme : film, empiffrage et relooking complet. J'offre les sushis donc, pas d'excuse.

A la mention du mot en « S », mon estomac gronda d'une façon presque inhumaine. Bon sang, j'étais affamée. Depuis quand n'avais-je plus pris un repas digne de ce nom ? Sans perdre une seconde, j'appuyai sur la touche « Réponse ».

Envoyé le vendredi 30 juin 2015 à 13h20

A : Rose

Tu as dit le mot magique. Je me rends. A tout de suite !

Puisque tout le monde semblait si enthousiaste à l'idée de cette journée, je décidai d'y mettre un peu du mien et d'en profiter moi aussi. Après tout, Charlie et Sue faisaient le déplacement exprès et j'étais heureuse de les revoir. Sans compter que Carlisle et Esmée seraient là, eux aussi. La cérémonie de remise des diplômes d'Alice n'avait lieu que demain mais ses parents avaient tout de même tenu à venir plus tôt pour assister à la mienne, me prouvant une fois de plus combien ils étaient adorables.

J'eus un sourire tendre en repensant à la première fois où ils m'avaient invitée à dîner. Tout le stress que j'avais ressenti lorsqu'Edward m'avait parlé de leur invitation s'était évanoui à la minute où j'avais franchi la porte des Cullen et qu'Esmée m'avait prise dans ses bras, sous le regard bienveillant de son mari. Entre anecdotes sur l'enfance de mon petit ami et visionnage d'albums photos, j'avais passé une délicieuse soirée et depuis, il ne se passait pas une semaine sans qu'ils ne prennent de mes nouvelles par téléphone ou par e-mail. Pour eux, je faisais tout simplement partie de la famille…

Et le sentiment était totalement réciproque.

Je profitai du quart d'heure suivant pour prendre une douche rapide et me laver les cheveux. Quand vint le moment d'enfiler mes sous-vêtements, j'eus beau retourner tout mon tiroir : impossible de mettre la main sur mon deuxième bas en nylon.

Il ne manquait plus que ça à ma liste d'objets disparus !

Ce fut dans cet état-là – à savoir fulminante et le peignoir ouvert sur un soutien-gorge, un tanga et un unique bas – que mes deux amies me trouvèrent à peine dix minutes plus tard.

- « Bon sang, cette pièce pue le sexe ! » s'exclama une Rosalie encombrée en entrant dans le salon. « Je présume que vous avez passé ces deux derniers jours à fêter la fin de tes exams sous la couette ? »

Pas que sous la couette, pensai-je en me remémorant la manière dont Edward m'avait accueillie deux jours plus tôt, quand j'étais rentrée de mon dernier examen, ou encore de celle dont il m'avait tirée de ma sieste la veille au soir, lorsqu'il était rentré de ses délibérations.

Si le canapé sur lequel Alice prenait place pouvait parler…

- « No comment » marmonnai-je en me débarrassant de mon bas orphelin tout en réajustant mon peignoir.

J'ignorai son rire gras et allai ouvrir la grande baie vitrée qui donnait sur notre terrasse. L'air humide de cette journée de juin pénétra dans la pièce en même temps que les rayons du soleil qui, une fois n'est pas coutume, brillait haut dans le ciel.

La journée promettait d'être belle…

- « Mon frère est déjà parti ? » questionna Alice.

- « Il avait une réunion avec le doyen de la fac. Il nous rejoindra directement à la cérémonie »

- « C'est à 18 heures, c'est ça ? »

J'acquiesçai et vint m'installer à ses côtés.

- « Comment tu te sens ? » m'enquis-je en pointant son ventre proéminent.

Elle en était bientôt à huit mois de grossesse. Plus qu'un et je serai officiellement tata d'une petite Grace. Ca avait été une surprise pour tout le monde, y compris les principaux intéressés. Alice avait appris la nouvelle lorsque mon frère était en congrès à l'étranger et elle avait carrément flippé. Il avait fallu une semaine entière avant qu'elle se décide à le mettre au courant, trop effrayée qu'elle était à l'idée qu'il décide de ne jamais revenir quand elle lui dirait qu'elle s'était transformée en Kinder Surprise – ses mots, pas les miens – sans son accord. Alors, quand Jasper a pris le premier avion pour Seattle et l'a demandé de l'épouser, là, au beau milieu d'un aéroport bondé, avec des larmes de bonheur plein les yeux, le moins que l'on puisse dire, c'est que ça lui avait fait un choc. Elle avait immédiatement accepté et ça faisait maintenant deux mois qu'ils étaient officiellement mari et femme.

- « Enorme, monstrueuse et à bout de forces. Et toi ? »

- « Plutôt pas mal en comparaison »

Elle grogna en laissant rouler sa tête sur le dossier du canapé.

Le même dossier où Edward m'avait…

Focus, Bella !

- « Arrête un peu de râler ! » intervint Rosalie en disposant le contenu de notre lunch sur la table basse « Etre enceinte est censé être fun, non ? »

- « Je n'ai jamais dit que ça ne l'était pas. Nausées matinales mises à part, ces six derniers mois ont été géniaux ! Plus besoin de me battre pour avoir une place dans les transports en commun, ni de faire la file à la caisse du supermarché… Sans compter que Jasper est aux petits soins avec moi et que, il faut bien l'admettre, j'ai des nichons spectaculaires ! »

Elle désigna sa poitrine – qui avait au moins triplé de volume – et Rosalie se mit à ricaner.

- « De quoi tu te plains alors ? »

Alice grogna d'une façon loin d'être élégante.

- « J'ai pris vingt kilos. Vingt ! Vous vous rendez compte ? Je commence à ressembler à… à une baleine échouée sur une plage ! »

- « Lili, tu es superbe. Vraiment » la rassurai-je.

Mieux que ça : elle était rayonnante. Alice Cullen Swan était la preuve vivante que ce cliché selon lequel une femme n'étais jamais plus belle qu'enceinte était justement loin d'en être un.

- « Non Bella, je serai superbe quand je pourrais porter des fringues qui me mettent en valeur et une paire de Manolo ! »

Elle se leva soudainement et se mit à faire les cent pas.

- « L'autre jour, j'ai eu la bonne idée de repasser ma combinaison préférée de dessous sexy, histoire de surprendre ton frère. Tu sais de quoi j'avais l'air avec mes résilles ? D'un rôti de dinde tout ficelé ! »

Rosalie éclata de rire et j'eus toutes les peines du monde à ne pas en faire autant.

- « Vous trouvez ça drôle ? » fulmina-t-elle, les poings vissés sur les hanches.

- « Alice, tu attends un bébé » tempérai-je. « Ton poids devrait être le dernier de tes soucis, tu ne crois pas ? D'autant plus que ça n'est que temporaire »

Elle se laissa retomber sur le fauteuil et soupira doucement.

- « Ouais, je sais. C'est juste… que j'ai hâte qu'elle soit là. Vraiment hâte »

- « Nous aussi on a hâte » sourit Rose. « Patience, le lutin »

- « Et j'ai hâte de pouvoir manger des sushis à nouveau » geignit-elle en zieutant langoureusement le plateau qui se trouvait sur la table. « Vraiment vraiment hâte »

Elle se tourna vers nous, la mine sérieuse et menaçante.

- « D'ailleurs, quand j'aurai enfin accouché, oubliez les fleurs ! Je veux que vous m'apportiez une bouteille de champ' et des sushis. Rien d'autre. Je compte m'empiffrer et me saouler jusqu'au coma »

- « Compte là-dessus » rigolai-je en rompant mes baguettes.

Nous attaquâmes alors chacune notre bento – sans crustacés pour Alice – avec appétit tout en discutant du déroulement de la journée. La cérémonie de remise des diplômes débutait dans un peu moins de quatre heures et Charlie, Sue, Esmée et Carlisle devaient nous rejoindre directement là-bas. Un cocktail d'honneur était prévu juste après et ensuite, nous avions prévu de tous dîner au restaurant, histoire de fêter ça en famille. Une fois encore, Edward avait fait jouer ses relations afin que nous puissions avoir une table au « Rover's », l'un des meilleurs restaurants de la ville, spécialement pour l'occasion.

Mon mec était un homme plein de ressources !

Nous étions sur le point de lancer le dvd de « Magic Mike » – suggestion chaleureuse et très enthousiaste de Rose – lorsqu'on frappa à la porte. Intriguée, j'allai ouvrir et me retrouvai nez à nez avec un énorme bouquet de roses rouges.

- « Mademoiselle Swan ? »

- « Euh… oui ? »

Une tête bouclée apparût par-dessus le bouquet.

- « Une livraison pour vous »

Il me tendit les fleurs ainsi qu'un reçu que je signai rapidement – avec son stylo, étant donné que je fus dans l'impossibilité de retrouver celui qui était toujours sur le comptoir de l'entrée d'ordinaire – avant de prendre congé.

Rose siffla en me voyant revenir au salon.

- « Un nouvel admirateur ? »

- « Ne dis pas de bêtises… » soufflai-je en décachetant la carte.

Un sourire barra mes lèvres lorsque je découvris l'écriture élégante d'Edward.

Quelques roses… pour la plus belle d'entre toutes.

Félicitations, mon amour. Profite bien de cette journée exceptionnelle.

Il me tarde…

Edward.

- « Alors ? »

- « Ton frère doit être l'homme le plus romantique que la terre ait jamais porté, Alice »

Et il était à moi. Rien qu'à moi.

- « Elles font de luif ? Awwwwfff » s'extasia-t-elle, la bouche pleine de riz au vinaigre. « Efmée ferait fi fière ! »

- « Comme quoi tous les hommes de la famille Cullen ne sont pas des égoïstes dépourvus de sentiments » ricana amèrement Rose en plantant une baguette tremblante dans un maki.

Alice me jeta un regard en coin avant de réprimer une grimace. Si nos deux couples avaient passé le fameux cap des trois ans sans encombre, ce n'avait malheureusement pas été le cas pour Rose et Emmett. L'été précédent, lorsque ce dernier avait reçu son diplôme, son promoteur, connaissant son goût prononcé pour les sports automobiles, l'avait mis en relation avec l'un des ingénieurs d'une petite écurie montante, qui avait réussi à gagner sa place dans le championnat du monde. L'ingénieur en question lui avait aussitôt proposé d'assister l'équipe lors du Grand Prix F1 des Etats-Unis à Austin, et il avait été tellement impressionné par ses talents qu'à peine un mois plus tard, il lui proposait d'intégrer l'équipe à plein temps. Une véritable aubaine… si ce n'est que le siège de l'écurie était basé à Woking.

En Angleterre.

Emmett, bien que terriblement enthousiasmé, avait tenu à en parler à Rose avant de donner sa réponse. Et cela avait été catastrophique. Elle l'avait accusé de se foutre de ce qu'elle pouvait ressentir à être celle qu'il laissait derrière lui et il lui avait reproché de vouloir briser le rêve de sa vie. Leur discussion avait tourné court et Emmett était parti en claquant la porte.

Le lendemain, nous apprenions son départ pour le vieux continent.

Rosalie était passée du déni au chagrin, puis du chagrin et à la colère et enfin, de la colère à l'indifférence la plus totale. Depuis, elle avait essayé de l'oublier dans les bras d'autres hommes, dans les études, dans le travail… Mais je savais qu'elle l'aimait toujours. Elle avait beau le nier – ou plutôt refuser d'en parler – ses mains tremblantes et ses yeux humides parlaient pour elle.

Il lui manquait terriblement.

- « Rose… » tenta Alice.

- « Enfin bref, changeons de sujet ! Je ne vais pas laisser cet abruti gâcher ma bonne humeur… On a mieux à faire ! »

Elle sortit son dvd de son sac à main et l'agita sous notre nez.

- « Cinq étalons aux abdos extrêmement léchables et montés comme des ânes ne demandent qu'à se faire reluquer par nous »

Alice avala sa bouchée dans une grimace et agrippa défensivement son ventre.

- « Urgh, Rose ! Un peu de tenue devant le bébé ! »

- « Dit celle qui n'a pas pu s'empêcher de me raconter son rêve cochon avec Channing Tatum pas plus tard qu'il y a deux jours… »

- « Putain, évite de me remettre ces images en tête ! »

- « Celles où il te prend contre la barre de striptease devant toute l'assistance ? »

- « ARGH ! »

Je les laissai à leur combat de chiffonnières et m'éclipsai dans la cuisine avec mon bouquet. Il y avait au moins trente roses et leur parfum discret embaumait déjà l'espace. Je les mis dans un vase et en humai une, tout sourire. J'avais hâte de remercier Edward comme il se devait pour cette délicate attention. D'autant plus qu'il m'avait promis une nuit torride…

Cette journée ne pourra jamais passer assez vite !

- « Bell's, tu t'amènes ? T'es en train de rater le plus incroyable étalage de muscles huilés de l'histoire du cinéma, là ! »

Avec un soupir, je revins à nouveau au salon avec le vase et stoppai net en voyant mes deux amies, du coton entre chaque doigt de pied, siffler leur approbation face à la télévision. A l'écran, cinq demi-dieux se dandinaient, tous pectoraux dehors, au rythme d'une musique horripilante. Mon regard dévia pour tomber sur la table basse, où je repérai trois brosses à cheveux, une pile affolante de bigoudis, une trousse de maquillage digne des plus grands make-ups artists, six flacons de vernis à ongles différents, une housse sombre et au moins trois paires de chaussures.

Seigneur, Rose n'avait pas exagéré lorsqu'elle avait évoqué un relooking complet.

- « Rouge sang ou violet crépuscule, les ongles ? » interrogea Alice en ne quittant pas l'écran des yeux.

Avec un soupir, je m'affalai à côté d'elle en lui chipant son « violet crépuscule » des mains.

Mode Barbie Bella : enclenché !


- « Bella, chérie, ce que je suis heureuse de te voir ! »

- « Moi aussi Esmée » souris-je alors qu'elle me prenait dans ses bras. « Merci d'avoir fait le déplacement un jour plus tôt, ça me fait extrêmement plaisir… Vous avez fait bon voyage ? »

Elle acquiesça et me laissa aux bras de Carlisle, très élégant dans son costume anthracite.

- « Pas trop stressée ? » interrogea-t-il.

- « J'ai surtout peur de trébucher devant tout le campus… Ce qui a de grandes chances d'arriver vu les talons que votre fille m'oblige à porter »

Cette dernière balaya ma remarque de la main.

- « Non discutable. Déjà qu'ils nous forcent à porter cette infâme toge, autant préserver un minimum de classe ! »

- « Tu devrais leur proposer tes services pour en dessiner de nouvelles » proposa sa mère. « Celles-ci doivent avoir au moins vingt ans ! »

- « Vingt années de sueur dégoûtante »

- « Beurk ! Papa, évite de me donner la nausée, s'il te plaît. La journée est déjà assez pénible comme ça avec cette chaleur suffocante ! »

Pour le coup, on ne pouvait pas lui donner tort. Malgré l'heure avancée, le thermomètre affichait toujours près de 25 degrés. Un record pour une ville comme Seattle, même en été.

- « Je me demande ce que font Charlie et Sue… » fis-je en me tournant vers le parterre où plusieurs centaines de chaises avaient été alignées.

La plupart étaient déjà occupées, signe que le coup d'envoi de la cérémonie était sur le point d'être lancé. Et mon père n'était toujours pas arrivé.

- « Vous feriez tous mieux d'aller vous asseoir. Je me charge des retardataires » proposa Rose.

Avec un dernier coup d'œil à l'entrée du campus, j'acquiesçai et allai prendre place parmi les autres étudiants de ma promotion tandis qu'Alice, Jasper, Carlisle et Esmée, s'installaient un peu plus loin. Malgré le nombre impressionnant de couvre-chefs identiques, je repérai rapidement Angela et allai m'asseoir à côté d'elle. Je n'eus même pas le temps de la saluer que déjà, le doyen faisait son entrée sur l'estrade, suivi de près par l'ensemble des professeurs de la faculté de lettres. Quand Edward apparut à son tour, j'entendis des gloussements partout autour de moi.

Certaines choses ne changeront jamais…

- « C'est toi qui lui a conseillé l'Armani ? » interrogea Angela avec un air appréciateur.

Je souris en pensant que je lui avais plutôt conseillé d'enlever l'Armani plus tôt dans la journée.

- « Non, il a fait ça tout seul »

- « Sexy et fashion friendly ? Professeur Cullen est définitivement le mec idéal ! »

Et elle n'était pas la seule à le penser. Les années avaient beau passer, Edward rencontrait toujours un succès monstre auprès des femmes, que ce soit sur le campus ou en dehors. Tant et si bien que lorsque nous avons décidé de rendre notre relation publique, juste après l'accord passé avec Eleazar Denali, je suis devenue l'ennemie jurée d'une bonne poignée d'étudiantes. Malgré ma nature discrète, ma disparition soudaine du séminaire de littérature française avait fait jaser. Les rumeurs les plus folles avaient circulé sur notre compte, la plus rocambolesque étant qu'Edward et moi avions couché ensemble lors d'une soirée un peu trop arrosée dans une quelconque sororité, que j'étais tombée enceinte et que je l'avais menacé de tout révéler aux autorités universitaires s'il ne faisait pas en sorte qu'on puisse rester ensemble pour élever le bébé.

Certaines filles ne manquaient pas d'imagination !

Au bout d'un certain temps, quand il était clair que mon ventre ne s'arrondissait pas, que les autorités ne se manifestaient pas et qu'Edward paraissait bien trop heureux que pour vivre avec moi sous la contrainte, les ragots avaient fini par se calmer d'eux-mêmes. Et depuis, nous vivions une relation sereine, loin de tout scandale.

Même si…

Nous avions bien eu une petite frayeur, un an plus tôt. Un soir, alors que nous nous apprêtions à sortir, nous avions trouvé une lettre dans notre boîte aux lettres, adressée à nos deux noms. Le papier à lettres, frappé du sceau de la famille Denali, m'avait brulé les doigts et mon pauvre cœur avait fait une embardée en découvrant l'identité du destinateur. Les yeux ronds, j'avais parcouru les quelques lignes rédigées de cette écriture toute en rondeurs et inclinaisons élégantes et très rapidement, l'angoisse avait fait place à l'incrédulité. Je m'étais alors tournée vers Edward, qui avait lu par-dessus mon épaule, et j'avais su que je ne rêvais pas lorsque j'avais vu la même surprise que moi dans son regard.

Il n'y avait pas de doute possible : cette lettre était bien une lettre d'excuses.

Une lettre d'excuse signée de la main de Tanya Denali.

A travers elle, celle qui avait tout fait pour nous séparer nous demandait pardon pour tout le mal qu'elle nous avait fait. D'après elle, son séjour en clinique lui avait ouvert les yeux sur la personne qu'elle était et cette lettre était pour elle l'étape qui lui permettrait de classer toute cette histoire comme appartenant au passé. A peine quelques semaines plus tard, nous apprîmes ses fiançailles avec le chanteur d'un groupe bien connu de Seattle, qu'elle avait apparemment rencontré durant sa cure, dans les pages du Seattle Weekly. Sur les clichés, ils avaient l'air heureux, amoureux. Cela m'avait considérablement apaisée et je savais que c'était également le cas pour Edward.

Ce n'est qu'à partir de ce moment là que nous avons mis toute cette histoire derrière nous.

Définitivement.

- « Chers parents, chers étudiants, aujourd'hui est un grand jour… »

Les premiers mots du discours du doyen de la faculté de lettres me ramenèrent au présent. Autour de moi, l'audience s'était faite silencieuse, écoutant religieusement les paroles de celui qui, dans quelques minutes, leur remettrait le passeport vers le monde du travail pour les uns, et vers un futur master pour les autres. La majeure partie du corps enseignant de la faculté était présente sur scène, Edward en bout de file. Mon regard intercepta le sien et le sourire qu'il m'adressa fit battre mon cœur un peu plus vite.

- « … mais avant toute chose, je me dois de vous annoncer une nouvelle importante. Le professeur Cullen, ici présent, n'enseignera plus à la Seattle University à la rentrée prochaine. »

J'avais beau être la première à avoir été mise au parfum, entendre la nouvelle de vive voix fut comme un terrible coup à l'estomac. Des murmures s'élevèrent instantanément dans l'assemblée et le Doyen rappela tout le monde à l'ordre.

- « Monsieur Cullen s'est vu offrir un poste de professeur de littérature romane au sein de la prestigieuse université de Berkeley »

A côté de moi, Angela s'étouffa presque avec sa propre salive.

- « Et même si cette nouvelle m'attriste profondément, je ne peux que le féliciter d'avoir accepté la proposition »

Il se tourna vers Edward et d'un geste, le pria de le rejoindre au centre de l'estrade. En voyant mon petit ami s'avancer d'un air confiant, la sensation de malaise qui m'avait gagnée le matin même et qui avait fini par se dissiper grâce aux quelques heures passées avec Alice et Rosalie me revint avec une force inouïe. D'un coup, tout devenait affreusement réel. Tangible. Inévitable.

Edward partait. Il quittait Seattle pour la Californie.

- « Ca a été un plaisir de collaborer avec vous, professeur Cullen et je vous prie de recevoir, au nom de cette faculté, nos chaleureuses félicitations et nos plus sincères remerciements pour les services rendus ces quatre dernières années »

La secrétaire du département vint à son tour au centre du podium et lui tendit un énorme bouquet de fleurs ainsi qu'un paquet rectangulaire décoré d'une énorme cocarde rouge. Autour de moi, tout le monde se mit à applaudir tandis qu'Edward échangeait de franches poignées de mains avec ceux qui étaient dorénavant ses anciens collègues. Le cœur au bord des lèvres, je me mis moi aussi à applaudir et lorsque le regard d'Edward finit par trouver le mien, je fis de mon mieux pour ravaler le sentiment de détresse qui me bouffait de l'intérieur depuis deux mois.

Deux foutus mois.

- « Berkeley… tu parles d'une évolution de carrière ! » s'extasia Angela. « J'arrive pas à croire que tu m'aies caché ça… Je pourrais presque t'en vouloir, si je n'étais pas aussi contente pour vous deux ! Vous partez quand ? »

Elle finit par se tourner vers moi et ce qu'elle vit dans mon regard lui ôta immédiatement son sourire.

- « Tu pars bien avec lui, n'est-ce pas ? »

L'appel du Doyen à le rejoindre sur scène coupa court à la conversation et avec un sourire d'excuse, je quittai mon siège pour aller me placer dans la file d'étudiants agglutinés au pied de l'estrade, la laissant frustrée et pleine d'interrogations. Je m'immisçai volontairement entre deux étudiants que je ne connaissais ni d'Eve, ni d'Adam, et attendis patiemment mon tour en essayant d'éviter de repenser à la dernière question d'Angela. Durant la demi-heure suivante, nous fûmes conviés, un à un, à recevoir notre fameux diplôme de bachelor, celui pour lequel nous avions travaillé durant quatre longues années, des mains de celui qui gérait le département d'une main de maître. Quand ce fût mon tour, je pus entendre les exclamations enthousiastes de toute ma famille et un sourire – heureux cette fois – barra mes lèvres. Scherman me serra fermement la main et quand je me tournai pour rejoindre le parterre d'étudiants, Edward me couva d'un regard rempli de fierté.

- « Je t'aime » mima-t-il du bout des lèvres.

Je hochai la tête et mon sourire se fit tremblant.

Moi aussi, je l'aimais.

Et c'était pour cette raison et uniquement celle-là que je devais le laisser partir.


- « Tu rends ton vieux père très fier gamine, tu le sais ça ? »

Je me blottis dans les bras de mon père, heureuse de le revoir. Une fois n'est pas coutume, il avait revêtu un costume. Sans cravate, d'accord mais tout de même ! J'appréciais l'effort.

- « Je le sais. Merci d'être là »

- « Félicitations Bella » sourit Sue, très élégante dans sa robe légère. « Et désolée pour le retard. Nous nous sommes un peu… perdus en route »

- « Aucun souci. Comment va Seth ? »

- « Oh, il va très bien. Il m'a chargée de te féliciter, lui aussi. Il aurait aimé être là mais il est coincé à La Push sur son nouveau chantier. La femme d'un de ses hommes a accouché… »

- « La veinarde » bougonna Alice.

- « … et il a dû le remplacer pour pouvoir terminer le projet à temps »

- « Je comprends » acquiesçai-je.

Depuis le fameux Noël chez Charlie, le petit Seth semblait avoir définitivement trouvé sa voie. Il était dorénavant un chef de chantier respecté, à la tête de sa propre entreprise. Sue avait d'abord déploré son choix de ne pas poursuivre des études universitaires mais voir son fils s'épanouir dans le milieu de la construction lui avait rapidement fait changer d'avis.

Il était fait pour ça. Ca se sentait.

Je bus une gorgée de vin blanc frais, courtoisie de la faculté.

- « Dis-lui de m'appeler à l'occasion » ajoutai-je. « Qu'on aille manger un bout ensemble lors de ma prochaine visite à Forks »

- « Compte là-dessus »

- « En parlant de manger un bout, à quelle heure Edward a réservé pour le Rover's ? Je pourrais engloutir un bœuf entier ! » s'exclama Alice en saisissant une poignée de chips.

Je cherchai Edward des yeux, sans jamais le trouver. Il devait probablement discuter avec l'un ou l'autre professeur quelque part.

- « On est censés y être dans un peu plus d'une heure »

- « Une heure ?! Mais il est déjà presque 20 heures ! »

- « On ne savait pas exactement combien de temps allait durer la cérémonie… »

- « Je vais jamais tenir » gémit-elle théâtralement. « On passerait pas au Mc Drive, vite fait ? »

- « Alice ! » gronda faussement Esmée.

- « Quoi ? Je pourrais tuer pour un cheeseburger et des potatoes »

Quand elle vit le regard que lui lançait Jasper, elle tenta de négocier.

- « Juste un tout petit milk-shake à la fraise alors ? S'il te plaît Jazzinou ! »

Mon frère roula des yeux et sortit les clés du pick up familial de sa poche. Réussir à négocier le milk-shake devait probablement se situer au-delà de ses espérances et nous savions tous que la faire renoncer à ce snack improvisé était une bataille perdue d'avance. Alors autant ne pas opposer de résistance…

- « On se retrouve sur place ? »

- « Ta faiblesse te perdra fiston » le taquina Charlie.

Les relations s'étaient considérablement améliorées entre eux. Ils n'en étaient pas au point de se téléphoner toutes les semaines mais ils s'étaient vus plus de fois ces trois dernières années que les seize précédentes, après que Renée ait quitté Forks pour Phoenix. Ca faisait chaud au cœur.

- « Tu sais ce qu'on dit » sourit Jasper en s'éloignant. « 'Ce que femme veut…' »

- « Exactement alors, s'il te plait, magne-toi ! » grogna Alice, déjà à plusieurs mètres devant nous.

Esmée et Carlisle ne tardèrent pas à leur emboîter le pas, désireux de se rafraîchir à leur hôtel avant de se rendre au restaurant. Ils me chargèrent d'en informer Edward, qui était toujours aux abonnés absents.

- « Qu'est-ce que ça va être quand ton frère aura deux femmes à la maison ! Elles ne vont faire qu'une bouchée de lui »

- « Il a de qui tenir » se moqua gentiment Sue. « Tu étais un vrai papa gâteau, je te signale ! »

- « Ca, c'est bien vrai ! » acquiesça Rosalie. « Moustache sévère ou pas, vous êtes et resterez toujours le petit papounet de Bella »

- « Humpf » grogna-t-il pour toute réponse, nous faisant ricaner toutes les trois.

Mais mon sourire se figea lorsque je repérai un invité surprise s'avancer vers nous.

- « Voilà un son qui m'avait manqué »

Les yeux de Rosalie s'élargirent de surprise avant de se tourner brusquement vers ceux de son propriétaire. Ce dernier nous salua un à un, avant de plonger son regard azur dans celui de ma meilleure amie.

- « Hey, Rose »

- « Qu'est-ce que tu fiches ici ? »

Emmett soupira, mal à l'aise. Comme nous tous, d'ailleurs.

- « Je… »

- « Tu quoi ? »

- « J'aimerais qu'on parle. Si tu le veux bien »

- « On n'a plus rien à se dire, toi et moi. Tu as été très clair sur ce point quand tu as décidé de partir il y a plus de six mois sans même te retourner »

Son calme apparent, s'il me laissait particulièrement admirative, sembla agacer Emmett au plus haut point.

- « Ne sois pas comme ça… »

- « Quoi, tu vas me dicter ma façon d'être, maintenant ? »

- « Cinq minutes, Rosalie. C'est tout ce que je te demande »

- « C'est déjà de trop »

- « Qu'est-ce que tu attends de moi ? Que je te supplie, c'est ça ? C'est ça que tu veux ? »

Il lui agrippa le bras, ce qui la fit sortir de ses gonds.

- « Ce que je veux, c'est que tu me fiches la paix une bonne fois pour toutes ! » hurla-t-elle. « Alors si tu as quelque chose à me dire, fais-le maintenant ou tire-toi ! »

Une dizaine de curieux tournèrent la tête vers notre petit comité mais Rosalie et Emmett ne parurent pas s'en soucier, trop occupés qu'ils étaient à régler leurs comptes.

- « Tu veux vraiment qu'on ait cette conversation ici ? En plein milieu d'une foutue réception universitaire ? »

Il désigna l'assemblée d'une main. Rose ne cilla pas. Elle voulait ça. Elle avait attendu cette confrontation tellement longtemps que le fait d'avoir une assistance était le cadet de ses soucis.

- « Très bien ! » sourit-il amèrement. « Tu veux savoir ce que je fais ici, Rose ? Je vais te le dire. Je suis là parce que je t'aime et que contrairement à toi, j'ai choisi de ne pas abandonner »

- « Tu es celui qui est parti Emmett, pas moi ! De nous deux, tu es celui qui n'était pas sûr de ses sentiments ! »

- « Tu crois que je suis parti parce que je ne t'aimais pas assez ? » fit-il, incrédule.

- « Ca me paraît clair, non ? »

- « Errr, on va vous laisser… » intervint Charlie.

- « Pour une fille si intelligente, tu peux être vraiment stupide parfois ! »

Les yeux de ma meilleure amie s'élargirent de fureur.

- « Stupide ?! »

- « Putain, ouais ! Tout ce temps, ce sont toujours mes sentiments qui ont été remis en cause mais jamais les tiens ! »

- « Les miens ? Mais tu savais parfaitement ce que je ressentais pour toi, Emmett ! J'étais amoureuse de toi ! Je t'aimais, bordel ! »

Des larmes trop longtemps contenues se mirent à déborder de ses yeux et Emmett, Sue et moi nous avançâmes d'un même mouvement vers elle.

- « Alors pourquoi tu ne m'as pas suivi Rose ? Hein ? Pourquoi ? »

Il prit son visage en coupe et l'amena à quelques centimètres du sien. Son désarroi était partout sur son visage, de ses joues rouges à ses yeux larges et humides.

- « Si tu penses que je ne t'aimais pas assez pour rester alors la réciproque est vraie : tu ne m'aimais pas assez que pour me suivre »

- « C'est faux ! » s'exclama-t-elle. « Je t'aimais, Emmett. Je t'aime toujours ! »

Il prit une profonde inspiration avant d'exhaler, l'expression la plus sérieuse du monde.

- « Assez pour me suivre en Europe ? »

Sa question resta suspendue dans les airs de longues secondes. Tous les regards étaient braqués sur Rosalie. Une Rosalie vulnérable, à cran et folle d'amour pour cet homme qui était venu la reconquérir. Tout le monde retenait son souffle mais je savais. Je savais qu'elle accepterait. Parce qu'ils étaient faits l'un pour l'autre et que s'ils n'en étaient pas convaincus avant, leur rupture avait au moins eu le mérite de leur ouvrir les yeux à ce sujet.

Presque imperceptiblement, elle hocha la tête et je vis distinctement tout l'air disparaître des poumons d'Emmett avant qu'il ne l'emprisonne de ses bras puissants. Les épaules de Rose se mirent à tressauter tandis que ses mains s'enfonçaient dans les épaules de l'homme de sa vie.

- « Allez circulez, y'a rien à voir ! » éructa Charlie à l'attention des quelques parents et étudiants qui profitaient du spectacle.

Ces derniers se mirent aussitôt à se disperser et lorsque la voie fut dégagée, mon père passa un bras sur mon épaule et un autre sur celle de Sue pour nous emmener vers le bar, histoire de leur laisser un peu d'intimité nous aussi. En leur jetant un dernier regard par-dessus mon épaule, je vis que Rose souriait, les yeux fermés, alors qu'elle était blottie contre le torse d'Emmett.

Je ne pus m'empêcher de sourire aussi, soulagée de la voir plus heureuse que je ne l'avais vue ces six derniers mois.

- « Isabella ? »

A quelques mètres de nous, madame Aubry, la responsable de la bibliothèque de la fac, était appuyée sur l'une des tables hautes dressées pour l'occasion. Elle salua Charlie et Sue, qui continuèrent leur chemin vers le bar, avant de m'adresser ses sincères félicitations.

- « Ma lettre de recommandation vous a-t-elle été d'une quelconque aide ? »

- « J'ai reçu plusieurs réponses positives »

Deux des universités sur les cinq à qui j'avais envoyé mon dossier d'admission avaient accepté de m'enrôler dans leur programme pour les trois années suivantes.

- « Vous n'avez pas encore arrêté votre choix ? »

- « Pas encore non »

Car même si elles étaient toutes les deux des choix respectables, aucune ne constituait mon premier choix. Celui qui changerait tout.

Celui pour lequel je n'avais toujours pas reçu de réponse.

- « Veillez tout de même à ne pas trop tarder. Votre dossier a beau être excellent, certaines universités peuvent se montrer très impatientes »

Son conseil, bien qu'avisé, réveilla une sensation désagréable au creux de mon estomac.

Le temps qui passe était mon ennemi, ces dernières semaines.

- « Pourriez-vous passer à la bibliothèque après la cérémonie ? J'ai rassemblé les quelques effets personnels que vous avez oubliés… »

- « Oh ! Je ne me souvenais pas y avoir laissé quoi que ce soit… »

- « Ce ne sont que quelques bricoles mais il serait dommage de ne pas les récupérer » sourit-elle en me tendant la clé des lieux. « J'ai tout placé dans une caisse, sur mon bureau. Passez dès que vous le pouvez et vous n'aurez qu'à remettre la clé dans mon casier demain. Je vous fais confiance »

Avec ça, elle m'adressa un clin d'œil et, après m'avoir souhaité bonne chance pour la suite de mon parcours, elle s'éclipsa vers un groupe de professeurs qui bavardaient devant le bar improvisé. Me retrouvant seule, je contemplai silencieusement la plaine, qui baignait désormais dans la lumière orangée, presque pourpre, de cette fin de journée. La plupart des étudiants avaient déjà déserté les lieux, préférant poursuivre les festivités en famille ou entre amis, lors d'une des nombreuses fêtes données sur le campus et d'un coup, l'absence d'Edward à mes côtés se fit presque oppressante. La cérémonie était officiellement terminée depuis bientôt trois quarts d'heure et il n'était toujours pas réapparu. Sortant mon téléphone portable de ma pochette, je vérifiai rapidement que je n'avais raté aucun appel ou message.

Rien. Nada. Nichts.

Ne pouvant m'empêcher de me sentir un peu vexée, je rédigeai rapidement un sms à son attention.

Envoyé le vendredi 30 juin 2015 à 20h08

A : Edward

Tu penses pouvoir te libérer bientôt ?

- « Errr Bella ? Il faut qu'on passe rapidement à notre hôtel, histoire de faire notre check-in. On était tellement en retard que nos bagages sont toujours dans la voiture »

- « Oh ! Hum… Pas de problème, papa. On se rejoint au restaurant ? »

- « Edward n'est pas là ? » s'inquiéta Sue.

Au même moment, mon téléphone vibra dans ma main.

Reçu le vendredi 30 juin 2015 à 20h10

De : Edward

Scherman refuse de me lâcher… Il vaut mieux qu'on se rejoigne directement au Rover's, bébé.

- « Il est… retenu » grinçai-je en rangeant mon téléphone sans même lui adresser une réponse.

Je savais que lui en vouloir était irrationnel, voire même capricieux mais notre temps ensemble était compté désormais et je ne pouvais m'empêcher de jalouser ceux à qui il accordait un peu de ce précieux temps alors que nous pourrions le passer ensemble.

Comme tu dis : irrationnel et capricieux.

Mon irritation n'échappa pas à Sue, qui fronça les sourcils en faisant un pas vers moi.

- « Tu veux que je reste avec toi pendant que Charlie fait le check-in ? »

- « C'est gentil Sue mais ce n'est pas la peine. Je vais en profiter pour passer à la bibliothèque récupérer quelques affaires » décidai-je en lui montrant la clé que Madame Aubry m'avait donnée quelques minutes plus tôt.

- « Il n'y a que toi pour aller à la bibliothèque le jour de ta remise de diplômes ! » s'esclaffa mon père dans une tentative pour détendre l'atmosphère. « La plupart des étudiants auraient plutôt tendance à vouloir y mettre le feu »

Je roulai des yeux et enroulai mon bras autour de ses épaules dans une brève embrassade.

- « La réservation est prévue pour 21 heures. Tâchez de ne pas vous perdre en chemin cette fois ! » le taquinai-je gentiment.

Un sourire aussi malicieux que furtif barra ses lèvres et je me demandais l'espace d'un instant si ces deux là s'étaient vraiment perdus en chemin en venant ici.

Ils n'avaient tout de même pas…

Uh, évite de penser à ça !

- « Sois gentille et cesse de te moquer du piètre sens de l'orientation de ton vieux père, tu veux ? Crois moi, je ne louperai ce dîner pour rien au monde » fit-il d'un air entendu.

Avec ça, il prit la main de Sue dans la sienne et la tira à sa suite en direction du parking.

- « A tout à l'heure, gamine ! »

Je leur adressai un signe de la main et pris la direction opposée à la leur. J'avais un peu moins d'une heure pour récupérer mes affaires à la bibliothèque, tout ramener chez nous et rejoindre tout le monde au restaurant. Mieux valait ne pas trop traîner.

Tandis que le soleil se couchait, j'avançai en direction du parc qui bordait les murs de la vieille bibliothèque. L'endroit était carrément désert et je profitai un instant de la paisibilité ambiante, appréciant la façon dont les derniers rayons du soleil coloraient les lieux. J'aimais cet endroit… mais l'aimais-je assez que pour y rester ? La S.U. avait été la première université à avoir accepté ma demande de candidature et j'y avais passé quatre années formidables mais aurais-je le courage de rester ici alors qu'Edward s'en allait, lui ? Alors que les souvenirs de nous deux aux quatre coins du campus ne cesseraient de m'assaillir ? Toutes ces questions en amenèrent inévitablement une autre, que j'avais essayé de reléguer dans un coin de ma tête sans jamais vraiment y parvenir…

Etions-nous assez forts pour vivre une relation à distance durant les trois prochaines années de notre vie ?

J'aimais Edward. Je l'aimais même à la folie… Et je savais que lui aussi m'aimait. Après tout, il avait offert de refuser ce poste à Berkeley pour moi, alors que c'était tout ce dont il avait toujours rêvé. Mais nous avions beau être tous les deux sûrs de nos sentiments, la réalité était là : Seattle était à plus de 1300 kilomètres de Berkeley. Près de quatorze heures de route. Et plus j'y pensais, plus cette distance me paraissait insurmontable…

Et si notre couple n'y survivait pas ?

La perspective d'être loin de celui qui était devenu toute ma vie il y a quatre ans de cela me fit instantanément monter les larmes aux yeux et, appuyée contre un vieux banc en bois, je m'exhortai au calme. Je ne devais pas pleurer. Pas ici, ni ailleurs.

Pas tant qu'il restait un espoir, aussi mince soit-il, de partir pour la Californie avec lui. Pas tant qu'il était toujours ici, avec moi.

Je devais profiter de chaque instant que nous avions encore ensemble, car ils étaient précieux et rares et comptés.

Forte de cette nouvelle résolution, j'accélérai le pas et me retrouvai bientôt devant l'imposante bâtisse qu'était la bibliothèque de lettres. Je grimpai une à une les marches en pierre et insérai rapidement la clé dans la serrure, comme je l'avais fait un nombre innombrable de fois ces quatre dernières années. Je repérai immédiatement la caisse évoquée par Madame Aubry sur le bureau principal de la pièce et m'en approchai.

Ce que j'y vis me laissa complètement… perplexe.

Mon t-shirt préféré des Beastie Boys.

Mon exemplaire de Jane Eyre.

Un bas en nylon.

Notre tire-bouchon.

Mon marque-page fétiche.

L'écharpe offerte par Esmée à Noël.

Mon flacon d'eau de cologne.

Le stylo du comptoir de l'entrée.

Et ma pince bleue. Celle sur laquelle je ne parvenais pas à mettre la main ce matin-même.

- « Qu'est-ce que c'est que ce foutu bordel ? »

Est-ce que c'était une espèce de blague ? Parce que pour ce qui était de l'écharpe, du flacon de parfum ou encore de Jeanne Eyre, je pouvais encore croire que je les avais approtés et oubliés ici mais pour le reste… Qu'est-ce que je j'aurais bien pu venir faire ici avec un tire-bouchon ou un bas en nylon ?

Une séance de dégustation « spéciale » avec Edward dont tu ne te souviendrais pas ?

Grotesque.

De un : je me souvenais de TOUTES mes séances « spéciales » avec Edward.

Et de deux : cela faisait une éternité que lui et moi nous étions retrouvés à la bibliothèque pour l'une de ces séances « spéciales »…

à mon grand désarroi !

Avec un soupir d'agacement teinté de légère frustration sexuelle, je m'emparai de la boîte et quittai les lieux. Résoudre ce mystère allait devoir attendre car non seulement les quelques verres de vin dégustés lors de la réception ne rendaient pas mes idées très claires mais en plus, j'étais pressée car attendue. En moins de dix minutes, je parvins à l'entrée de notre immeuble et pénétrai à toute hâte dans l'ascensceur. Mon téléphone vibra dans ma pochette en même temps qu'un « ding » annonçait mon arrivée à bon port.

- « Oui ? »

- « Dis-moi que je ne suis pas en train de faire une erreur monumentale… »

J'éclatai de rire en sortant de l'espace confiné.

- « Tu n'es pas en train de faire une erreur monumentale, Rose »

- « Tu ne sais même pas ce que je suis en train de faire ! » grogna-t-elle.

- « Eh bien, je suppose que tu n'es pas en train de m'appeler en plein milieu d'une formidable séance de réconciliation sur l'oreiller… »

- « Emmett veut que je parte avec lui. Genre… maintenant. On a un avion dans moins d'une heure »

Je m'arrêtai abruptement au beau milieu du couloir.

Un avion ? Dans moins d'une heure ?

- « Wow. C'est… »

- « Rapide, je sais. Le Grand Prix d'Italie a lieu dans deux jours et il faut qu'il soit rentré en Angleterre d'ici demain. D'où ma question : est-ce que je suis en train de faire une erreur monumentale, ou pas ? »

- « Rose » la calmai-je en déposant ma caisse au sol. « De toutes les personnes que je connais, tu es celle dont l'instinct m'inspire le plus de confiance et je sais ce que ton instinct te dicte là, en ce moment »

- « Mais et si - »

- « Il n'y a pas de 'mais' qui tienne, Hale. Vous vous aimez, Emmett et toi alors fonce ! Tu n'as rien à perdre et tout à gagner dans cette histoire »

Un long soupir s'échappa de l'autre côté du combiné, avant de se transformer en rire.

- « Tu as foutrement raison »

J'entendis distinctement le zip d'un sac de voyage que l'on ferme.

- « Je vais le faire. Je vais le faire ! Je pars avec Emmett ! »

Je secouai la tête en riant de son enthousiasme.

Son bonheur était communicatif…

- « Merci Bell's. Pour tout. Et désolée de ne pas être là ce soir… »

- « Ne t'inquiète pas de ça. File. Tu vas râter ton avion à rester là à me parler… »

- « Je t'aime, Swan. T'es la meilleure »

- « Je t'aime aussi » dis-je avec émotion. « Appelle-moi dès que tu foules le sol britannique »

- « J'y manquerai pas… Et je compte sur toi pour annoncer la nouvelle aux autres »

- « Sans faute ! »

- « Je file ! See you soon my dear » rit-elle avec l'accent anglais le plus terrible que j'aie jamais entendu.

Elle raccrocha et je restai un moment à contempler l'écran de mon téléphone, un sourire géant sur les lèvres. Rose partait vivre en Angleterre avec Emmett. Comme ça, sur un coup de tête alors que ce matin-même, elle était persuadée que tout était bel et bien fini entre eux et qu'elle ne le reverrait jamais. C'était à la fois incensé… et d'une évidence folle.

Tout est bien qui finit bien !

Tout à coup, le besoin d'annoncer la bonne nouvelle à tout le monde se mit à bouillir dans mes veines et je me dépêchai d'extirper les clés de l'appartement de ma pochette. Je n'aurais qu'à balancer la caisse sur le comptoir de la cuisine et filer au Rover's.

Ce soir, nous n'allions pas uniquement fêter mon diplôme. Nous fêterions aussi les retrouvailles de deux personnes chères au cœur de notre grande famille, pensai-je en tournant la clé dans la serrure.

La porte grinça… et je stoppai net.

Dix… Vingt… Cinquante bougies, posées à même le sol, traçaient un sentier étroit allant de là où je me trouvais au bout du couloir, attisant instantanément ma curiosité.

- « Il y a quelqu'un ? » interrogeai-je à tout hasard en déposant prudemment la caisse dans l'entrée.

Lentement, presque au ralenti, je parcourus les quelques mètres du couloir et bifurquai vers le salon. Des bougies, par centaines cette fois, avaient été allumées dans toute la pièce. Leur flamme vivace et étincelante, couplée aux tapis de pétales de roses sur lequel je me tenais immobile, donnaient à la pièce un air follement romantique.

J'étais… abasourdie.

- « J'ai cru que tu n'arriverais jamais… »

Sa voix me tira de ma contemplation silencieuse.

Il était là, appuyé nonchalamment contre la rambarde de la terrasse, alors que je le pensais de l'autre côté du campus à s'adonner à des mondanités. Il portait toujours son Armani mais avait ôté la veste pour rouler les manches de sa chemise sur ses avant-bras.

Il était magnifique. Il me coupait le souffle.

- « Edward » soufflai-je.

Avec un sourire, il quitta la terrasse et s'avança vers moi, pénétrant l'ambiance féérique qu'il avait lui-même créée.

- « Tu m'attendais ? »

- « Depuis un moment déjà… »

Il s'arrêta à un mètre de moi et c'est là que je le vis. Ce regard. Le même qu'il avait ce matin lorsqu'il m'avait annoncé me réserver une surprise pour ce soir.

C'était donc ça ? Une soirée romantique en tête à tête ? N'étions-nous pas attendus au restaurant ? Ses parents et les miens étaient bien là, pourtant…

- « Je ne comprends pas » avouai-je en secouant la tête.

Pour toute réponse, il me tendit une grande enveloppe en papier kraft et mon cœur se mit à battre plus vite. Elle était frappée de l'emblème de l'USF.

L'Université d'Etat de San Francisco.

- « Ouvre-la » encouragea-t-il en observant mes mains tremblantes.

Mes yeux quittèrent l'enveloppe pour se planter dans son regard clair et confiant, avant d'y revenir. Lentement, presque précautionneusement, je la décachetai en en extirpai son contenu.

Son épais contenu.

Mes yeux se remplirent de larmes lorsque je lus l'intitulé de la lettre et Edward fit un pas vers moi.

- « Bella ? » fit-il d'une voix qui trahissait une certaine panique.

- « Je suis prise… »

- « Tu l'es ? »

- « 'Très chère Mademoiselle Swan' » récitai-je, des trémolos dans la voix. « 'Nous avons le plaisir de vous informer que votre dossier a été accepté et que-' »

- « Bordel, tu l'es ! Tu es prise ! »

Ses bras puissants encerclèrent ma taille pour me soulever et tandis qu'il me faisait tourner dans les airs, mes yeux quittèrent enfin le papier pour à son visage. Son rire heureux provoqua instantanément le mien et pour la première fois depuis des semaines, je m'autorisai à laisser libre cours à mes larmes. Seulement cette fois, c'était des larmes de pur bonheur.

J'étais prise ! Je partais en Californie avec lui !

- « Je n'arrive pas à y croire ! » pépiai-je quand il me déposa au sol. « Je vais à San Francisco ! »

Il saisit mon visage de ses grandes mains et ses pouces balayèrent rapidement mes joues humides.

- « Je le savais » souffla-t-il. « J'étais persuadé que tu serais acceptée »

Etourdie, je me penchai vers lui et goûtai à ses lèvres rieuses. L'une des ses mains migra vers mes cheveux, qu'il agrippa férocement pour me maintenir contre lui tandis que l'autre, elle, saisit ma main. Je lui cédai ma langue dans un soupir ravi et il l'accueillit de la sienne dans un feulement exalté. Nous bataillâmes longuement, langoureusement, savourant cette nouvelle que nous n'attendions plus et qui avait fini par arriver.

Lorsque je me pressai un peu plus contre lui cependant, il s'écarta de moi, à bout de souffle et beau à se damner. Sa main errante revint à ma joue, qu'il caressa avec révérence avant de faire un pas en arrière… et de mettre un genou à terre.

Ma main libre vola à mes lèvres lorsqu'il sortit un écrin de velours noir de la poche de son costume et qu'il releva ses yeux clairs vers moi.

Oh mon Dieu, il allait le faire !

- « Bella, il y a une éternité de cela, tu m'as brisé le cœur en refusant me m'épouser sous prétexte que le moment était mal choisi… »

Il m'adressa un sourire enjôleur et je ne pus m'empêcher de le lui rendre, le cœur battant une folle chamade.

Il était en train de le faire !

Il était réellement en train de le faire !

- « Depuis ce jour-là, je n'ai cessé de le chercher, ce bon moment. Et il me semble qu'aujourd'hui, après quatre ans de relation et la certitude de partir ensemble pour le sud du pays, je l'ai enfin trouvé »

Il ouvrit l'écrin et mon souffle se bloqua dans ma gorge lorsque je découvris la bague la plus somptueuse qu'il m'ait été donné de voir. Le cœur en était ovale, bordé de pierres rondes placées en rangs inclinés qui étincelaient. La monture était délicate, fine et en or, fragile réseau qui sertissait les diamants.

Je n'avais jamais rien vu de pareil.

- « Epouse-moi, Bella. Accepte de devenir ma femme et tu feras de moi le plus heureux des hommes que cette terre ait jamais porté »

Dans ses yeux, à travers mes larmes, je pouvais lire tout l'amour qu'il me portait mais aussi de l'impatience et de la vulnérabilité. A court de mots, je glissai mes mains dans ses cheveux pour venir crocheter sa nuque. Il y avait tellement de choses que je voulais lui dire… Je voulais lui dire que je lui appartenais et ce, depuis le jour où il avait frappé à la porte de ma chambre pour la première fois. Je voulais lui dire qu'il était l'homme de ma vie et que je n'avais jamais été aussi heureuse de toute mon existence. Je voulais lui dire qu'il était mon soleil, mon étoile, qu'il était fait pour moi et que j'étais faite pour lui.

Je voulais lui dire des tas de choses, mais j'étais délicieusement étouffée par tout le bonheur qu'il me donnait. Alors, je me contentai du minimum.

- « Oui »

- « Oui ? » répéta-t-il, ses yeux fouillant les miens.

Avec un sourire à m'en dévisser les mâchoires, je tombai à genoux devant lui et grimpai à califourchon sur ses cuisses. Proche, toujours plus proche et en même temps, jamais assez.

- « Oui, oui, mille fois oui, Edward Cullen… Rien ne me rendrait plus heureuse que de devenir ta femme »

Un sourire au moins aussi large que le mien éclaira tout son visage et, l'espace d'un instant, il ferma les yeux comme s'il n'y croyait pas. Je n'y croyais pas non plus à vrai dire et pourtant, cela venait bien de se produire : Edward venait de me demander de l'épouser et je lui avais dit oui.

Je lui avais dit oui !

Et j'étais prête à lui répéter ce « oui » encore et encore, s'il le fallait.

- « Tu vas devenir ma femme… »

Il souleva ma main gauche entre nous et le contact du métal froid contre mon annulaire déclencha une salve de frissons dans tout mon corps. J'observai avec émerveillement la lumière des bougies se refléter dans la pierre, puis se refléter dans ses yeux.

Ses yeux, qui m'avaient fait chavirer il y a quatre ans déjà.

- « Et tu vas devenir mon mari »

Il porta ma main à ses lèvres et en embrassa le diamant du bout des lèvres avant de glisser ses mains dans le bas de mon dos pour me rapprocher encore un peu plus de lui. Nous étions si proches que je pouvais sentir son souffle erratique balayer mes joues et son cœur affolé tambouriner contre ma poitrine.

- « Isabella Marie Swan Cullen »

- « J'aime comment ça sonne » souris-je en crochetant ses épaules.

- « Pas autant que moi, bébé »

Ses lèvres s'emparèrent enfin des miennes dans un baiser chaud, lent et plein de promesses. Aucun de nos baisers n'avait encore eu la même saveur que celui-ci et cela ne le rendait que meilleur.

Nous allions nous marier.

Nous allions nous marier !

- « Il va falloir trouver une date, un traiteur, peut-être même- »

- « J'ai d'autres projets dans l'immédiat » sourit-il, enjôleur, tandis qu'il se mettait à se mouvoir sous moi, durci par l'envie.

Ses lèvres douces vinrent picorer mon cou de baisers humides et j'eus toutes les peines du monde à réfréner ma propre passion. Que n'aurais-je pas donné pour l'avoir sous moi, mais nu cette fois, à fêter nos fiançailles comme il se doit…

- « Edward, les autres nous attendent au Rover's… »

- « Négatif » fit-il d'une voix rauque en promenant le bout de sa langue le long de ma clavicule.

Mmmmh… attend quoi ?

- « Négatif ? »

- « Ton père et le mien étaient au courant de mes projets pour ce soir. Ils se chargent d'excuser notre absence »

Je m'éloignai de lui, stupéfaite par cette révélation.

- « Charlie était au courant ? »

- « Tu ne me croyais pas assez fou que pour ne pas lui annoncer mes intentions avant de te faire ma demande ! »

J'eus un élan d'admiration teinté d'amusement en l'imaginant demander ma main à mon grincheux de père.

J'aurais bien aimé voir ça !

- « Tu es tellement courageux » minaudai-je en glissant mes doigts dans sa tignasse désordonnée.

- « Charlie a fait moins d'histoire que je ne le pensais… si on omet le fait qu'il m'ait accidentellement fait passer par-dessus bord juste avant d'aller amarrer notre barque »

- « Il a fait quoi ?! »

- « Tu m'as bien entendu… »

Incapable de m'en empêcher, j'explosai de rire. Beau joueur, il m'accompagna et pour la millionième fois au moins depuis notre rencontre, je m'émerveillai de la beauté de cet homme.

- « Alors c'était avec lui que tu es parti pêcher il y a quelques semaines, pas avec Emmett… »

- « Bingo »

Il eut un sourire coupable en calant une mèche de mes longs cheveux derrière mon oreille. Craignait-il que je lui en veuille pour ce tout petit mensonge alors qu'il venait de m'avouer que mon père avait bien failli intenter à ses jours pour avoir osé demander ma main ? Oh, il était à croquer…

- « Je voulais faire les choses dans les règles »

- « Je te reconnais bien là » fis-je en lui adressant un clin d'œil complice.

Edward et ses fameuses « règles »…

- « Ca en valait le coup. Définitivement »

Avec un sourire, je couvris ses lèvres des miennes et nous engageai dans un baiser passionnel qui raviva immédiatement les braises de notre désir.

Je le voulais, ici et maintenant et pour toujours.

Ou du moins pour toute la nuit…

- « Nous ne sommes donc pas attendus au Rover's… »

- « Pas le moins du monde » sourit-il.

- « Ce qui fait que nous avons toute la nuit pour mettre ces… hum… projets dont tu parlais tout à l'heure à exécution ? »

Pour ponctuer ma demande, je roulai des hanches contre lui et couinai un peu en sentant son érection massive se presser contre mon centre en feu.

- « Hin hin… »

- « Et je peux savoir de quels projets il s'agit ? » frémis-je tandis que sa langue plongeait dans le creux situé entre mes clavicules.

- « Te faire dire le mot 'Oui' au moins un bon millier de fois supplémentaires… mais pour une toute autre raison »

Avec ça, il me souleva de ses bras puissants pour inverser notre position et me clouer au sol et nous rîmes à gorge déployée lorsque nous percutâmes le parquet luxueux de l'appartement un peu trop durement. Autour de moi, les pétales de roses se mirent à virevolter tandis qu'Edward se penchait au dessus de mon visage.

- « Toute la nuit ? »

- « Toute la nuit » acquiesça-t-il. « … et toutes les suivantes »

Je caressai sa joue, émerveillée par tout ce que cet homme me faisait ressentir depuis notre rencontre, et impatiente de voir ce que le futur nous réservait.

Mais je n'avais plus aucun doute. Désormais, tant que nous serions ensemble, rien ne pourrait arrêter notre course au bonheur.

- « Je t'aime » soufflai-je contre ses lèvres.

- « Je t'aime aussi, Bella. Pour toujours »

Et c'est le sourire aux lèvres que je m'oubliai, bienheureuse, dans cette étreinte au goût de bonheur et d'éternité.

Fin.


Et voilà…

C'est avec beaucoup de tristesse, mais aussi énormément de soulagement il faut le dire, que je mets un point final à "Obsession(s)" en cette froide soirée du lundi 7 janvier 2013. "Obsession(s)" est mon premier bébé... Cela fait déjà plus de 3 ans et demi que j'ai commencé à la publier et si le succès des premiers chapitres m'étonnait déjà à l'époque, ce n'est rien comparé à ce que je ressens aujourd'hui, en faisant le bilan de cette aventure…

Avec vos 4.039 reviews à l'heure où j'écris ces mots, vos 938 mises en favoris et vos 950 mises en alerte, vous me comblez de bonheur. Sans vous, il est clair que cette histoire serait restée dans un tiroir ou dans un coin de ma tête de rêveuse et cela aurait été dommage car, mine de rien – et même si ça fait cliché – je pense que publier cette histoire m'a fait grandir. Sans vouloir raconter ma vie, j'écris depuis mes plus jeunes années, sans avoir jamais osé montrer mon travail à qui que ce soit. Pudeur, manque de confiance en moi, peur de décevoir… Les raisons sont nombreuses. Puis, avec « Obsession(s) », j'ai décidé de sauter le pas. L'anonymat garanti par le site y a été pour beaucoup et avec le recul, je ne regrette rien. J'ai appris que ce que j'écrivais pouvait plaire et ça m'a enfin donné le courage de soumettre un manuscrit à un éditeur.

Je suis encore en plein travail pour l'instant mais je voulais d'ores et déjà vous remercier car c'est grâce à vous, à vos encouragements, vos coups de pied au cul et vos conseils avisés, que j'ai enfin réussi à dépasser cette peur trop grande de la critique.

Alors encore une fois MERCI. Pour votre patience, votre soutien sans faille, vos encouragements, vos messages touchants et encore un millier d'autres choses que je ne saurai exprimer ici.

Vous avez été mon roc ces trois dernières années et je vous aime.

Pour celles qui m'ont posé la question : ne vous inquiétez pas. J'ai plusieurs projets en cours et je reviendrai vous les proposer dès que je le pourrai. 2013 va être pour moi l'année du changement avec un nouveau boulot et mon mariage (hiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii !) qui se profilent tout doucement mais je garderai toujours du temps pour vous, histoire de continuer à vous divertir et à m'amuser. Je ne sais par contre pas encore si j'écrirai un futuretake sur « Obsession(s) ». Peut-être un jour, en cas d'extrême nostalgie ?

En tout cas, je vous souhaite à toutes (et à tous ?) un excellent début d'année et j'espère vous voir exploser le compteur à reviews une dernière fois avant la fin !

Je vous embrasse,

Votre dévouée Voodoooo'