Mon projet de "romance" (c'est un grand mot...) entre Bellatrix et Barty Jr voit enfin le jour ! Il devrait y avoir trois ou quatre actes, selon comment je découpe la suite et l'acte II est déjà bien entamé.

Le rating M est certainement plus justifié que dans Chienne, car il y a des scènes à caractère sexuel (mais a priori moins de violence). Rien de cru ou d'obscène cependant ; je reste relativement pudique si on peut dire. Je dois admettre que j'appréhende un peu, car c'est plus explicite que toutes mes autres fics. Je ne sais pas ce qu'en penseront mes plus fidèles reviewers.

Bien entendu, tout appartient à Rowling, si ce n'est l'idée de mettre Bella et Barty ensemble... Pour ceux qui connaissent mes autres écrits, il y aura par la suite des références subtiles à Rédemption. Tellement subtiles que ça vous échappera peut-être. Les créatures (vous les reconnaîtrez) présentes dans ce premier acte sont aussi issue de mon imagination.

Sur ce, je vous souhaite une agréable lecture !


Les Aimants.

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Acte I : Attirance

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Le fanatisme a cela de particulier qu'il défit les lois de la logique. Il est unilatéral, sans condition, sans limite. Il agit comme un élan, comme une poussée dans le dos qui permet à celui qui l'expérimente de décupler son énergie.

Quant au fanatique, cette pauvre créature dénuée du sens des réalités, il n'admet pas – au contraire de l'admirateur – de seulement partager l'objet de son culte. Il veut l'exclusivité. Et pour cela tous les moyens sont bons. La crainte de la mort devient sujette à la moquerie. Qu'est-ce que périr au service de sa foi ? Qu'est-ce que souffrir si on a la bénédiction du divin ? Et là où le gourmand cache son vice, le fanatique, lui, s'en targue. « Voyez ma dévotion ! » crie-t-il à qui veut l'entendre… et plus particulièrement à qui ne le veut pas.

Alors, il convient de s'interroger :

Que font deux fanatiques, quand leurs chemins se croisent ?

Se repoussent-ils, à la manière de ces aimants qui semblent résister de toutes leurs forces au plus infime rapprochement ? Se fuient-ils avec fureur malgré le Destin qui s'entête à vouloir les réunir ?

Ou bien s'attirent-ils jusqu'à un inexorable contact ? Jusqu'à être soudés l'un à l'autre ; fer contre fer, peau contre peau ?

C'est ici précisément que se situe la question à laquelle nous allons tenter d'apporter une réponse.

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Bellatrix Lestrange se souciait peu du calendrier. Elle ne fêtait ni l'Armistice de la guerre des Mages, ni ne participait aux réjouissantes de la Saint Merlin. La seule date qu'elle s'autorisait à célébrer était celle où son Maître avait inscrit dans sa chair la Marque des Ténèbres. Le vingt-trois juin 1969. Cette année-là, après avoir pris connaissance de ses résultats aux A.S.P.I.C. – elle avait notamment remporté trois Optimal avec brio – elle s'était accordée une petite heure de préparation pour revêtir sa plus belle robe, puis elle avait transplané au quartier général des Mangemorts – Morgane seule savait comment elle avait obtenu l'adresse – et s'était agenouillée avec empressement aux pieds de son suzerain. Onze ans plus tard, on se souvenait encore du sourire démoniaque qui en ce jour avait incurvé ses lèvres carmin.

Quelle ne fut donc pas la surprise de Bellatrix en découvrant le fanfaron campé fièrement sur le perron du manoir Rosier, une semaine tout pile avant la date anniversaire. Une haine viscérale naquit aussitôt en elle, une haine physique venue du plus profond de ses tripes, qui grimpa le long de son œsophage en y distillant un dégoût nauséeux.

Qui était donc ce vil petit intriguant qui osait paraître devant le Maître avant même de savoir s'il avait ou non validé sa dernière année scolaire ? Comment osait-il se pavaner de la sorte ? L'effronté ! Il avait encore sur les mains l'encre de sa dernière épreuve ! Et elle devinait, toujours dans sa besace, les contours racornis d'un manuel d'histoire abondamment consulté au cours des derniers mois écoulés…

Elle s'arrêta à sa hauteur, levant imperceptiblement le menton pour le dévisager. Il lui rappelait vaguement quelqu'un, mais elle ne parvenait pas à mettre un nom sur son visage. Il était grand et maigre. Son dos affichait la courbure cyphotique de ces garçons qui grandissent trop vite et exécutent les tâches contrariantes de leur vie quotidienne avec la mauvaise volonté coutumière de l'adolescence. Au bout de ses jambes frêles, ses pieds traînaient machinalement au sol, fauchant les pâquerettes et remuant les graviers par automatisme. Sa posture relâchée, son rictus obscène et le ricanement coincé au fond de sa gorge ajoutait quelque chose de sordide à sa physionomie globale – Bellatrix songea qu'il avait tout d'une hyène famélique.

L'insolent arborait un long blouson de cuir râpé par-dessus ses robes noires. Une trace d'impact, au coude, prouvait qu'il avait déjà participé à des duels antérieurement. Bon point pour lui, approuva-t-elle.

Une chevelure filasse, sèche et cassante, sertie d'un épi indomptable à l'arrière, retombait en quelques mèches folles devant ses prunelles livides. Il a les yeux d'un mort. A ce constat elle manqua de tressaillir et se rabroua mentalement pour cet instant de faiblesse éphémère. Elle ne pouvait pas se permettre de flancher devant une potentielle future recrue.

Il la prit de court en interrompant le fil de ses pensées :

« Bon. C'est pour aujourd'hui ou pour demain ? »

Il avait une voix traînante et désagréable qui acheva de le condamner.

« Endoloris. »

Il s'écroula sur le sol en émettant un bref glapissement de surprise et de souffrance mêlées. Il apprendrait aujourd'hui sa première leçon : on ne provoquait pas impunément Bellatrix Lestrange.

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Il paradait d'un groupe à l'autre, la manche relevée pour l'occasion. De cette manière, il était certain que nul ne pourrait rater la Marque toute fraîche ainsi mise en évidence ; boursoufflée, elle mutilait son avant-bras et il en suintait trois grosses gouttes noirâtres. Bellatrix ressentit le désir quasi-irrépressible d'appuyer ses deux pouces sur la plaie enflée, de raviver la douleur de ce gosse prétentieux.

« Bella ? » Rodolphus lui jetait des regards nerveux depuis plusieurs minutes déjà. « Quelque chose ne va pas ? »

Elle retint un soupir et se confectionna un sourire de circonstance avant de le rejoindre près du buffet.

« J'ai un peu soif, c'est tout », prétendit-elle.

Et il lui servit un grand verre de vin rouge sans plus s'interroger.

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« Croupton. »

Son salut glacial n'eut pas l'effet escompté. Loin de sembler effarouché, le jeune Bartemius afficha au contraire un sourire accru, lequel creusa une fossette profonde dans sa joue crayeuse. Elle serra les dents pour contenir son irritation, consciente que l'exaspérante recrue ne s'en amuserait que davantage si jamais elle se hasardait à l'exprimer.

« Je dois te faire visiter le domaine », rappela-t-elle, laconique, d'un ton qui laissait présager tout le peu d'intérêt qu'elle accordait à sa nouvelle mission.

« Ici, c'est pour accéder à l'aile nord. Les douches se trouvent au rez-de-chaussée, dans cette direction. C'est bon à savoir pour quand tu rentreras de certaines opérations… salissantes.

– Je paris que les grands pontes ont des appartements privés avec salles de bain en marbre et minibar intégré », rêvassa-t-il en détaillant distraitement les lieux.

Bellatrix fit claquer sa langue contre son palais, bien décidée à ne pas confirmer ses présomptions, aussi avérées soient-elles.

« Là-bas, c'est un des principaux lieux de réunion. Tu y seras convié pour les projets de grande envergure… Si jamais tu y participes. »

Comme prévu, il ne goûta pas à sa raillerie et le lui fit comprendre par une œillade froide et acérée. Sans se laisser démonter, elle poursuivit sa présentation du manoir Rosier et le précéda finalement pour gravir une volée de marches. L'escalade de ce premier palier offrit à Barty la vision exquise de deux chevilles graciles, autour desquelles ondulait un pan de robe décidemment trop long. Trop occupé à agacer son guide, il n'avait pas eu le temps de détailler ses formes plus qu'avantageuses.

Il sursauta violemment, pris au dépourvu quand elle annonça : « Au bout de ce couloir, il y a ce qu'on appelle le Petit Salon. C'est là qu'on planifie le gros des hostilités.

– Ça a l'air douillet », nota-t-il.

Il eut la satisfaction de la voir se raidir, jointures blanches et mâchoires crispées. Il possédait certes un don hors-norme pour horripiler son entourage, il n'en était pas moins vrai qu'il était rarement parvenu à un résultat semblable en si peu de temps. Décidemment, cette Bellatrix le distrayait beaucoup.

Tandis qu'elle entamait l'ascension d'un second niveau, il suivit du regard la taille fine et les hanches marquées que moulaient très adéquatement l'étroite tenue ; le roulement des reins, le doux balancements de chair l'émurent sensiblement ; était-elle seulement consciente des répercussions que sa garde-robe pouvait avoir sur les individus Mangemorts de sexe masculin – soit près de la totalité des effectifs du Lord ? Il la jugea assez mesquine pour cela. Après tout elle devait bien avoir discerné quelques fois le contrecoup physique qui en résultait. Les amples tenues sorcières ne masquaient pas tout…

Et justement, il lui sembla qu'elle avait suivi le cheminement de ses pensées. Elle ne cria pas au scandale, en vérité ne prononça pas un seul mot quant à la lubricité qu'elle lui devinait brusquement. Elle lui dédia simplement son sourire le plus suave, découvrant de ce fait une rangée de dents à l'éclat ravageur. Il déglutit. Elle entreprit d'achever son tour de la demeure et, troublé, la bouche pâteuse, il demeura muet jusqu'à la fin de la visite.

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Un rire clair sortit Bartemius de sa torpeur. Bellatrix lui déroba l'ouvrage qui reposait sur ses genoux et, tout en secouant la tête de gauche à droite, s'esclaffa franchement :

« Bébé Barty ne devrait pas lire ça ! Ce sont des lectures pour adultes ! Après Bébé Barty va faire des cauchemars toute la nuit…

– Rends-moi mon grimoire !

– Ttt, ttt, sois mignon avec tes aînés.

– Rends. Moi. Mon. Grimoire. »

Il s'était redressé et toutes traces de sommeil avaient déserté son visage. Pour la première fois depuis qu'elle le connaissait, il paraissait véritablement contrarié.

« Ne me fais pas croire que tu comprends ça à ton âge, rétorqua-t-elle vertement. Tu fais ça pour te faire mousser auprès d'Avery et sa clique, mais ça ne prend pas avec moi. »

La colère du jeune homme fondit instantanément.

« Idiote », souffla-t-il.

Elle cilla, trop éberluée pour riposter. Il en profita pour récupérer son bien.

« Pour ton information, j'ai eu douze B.U.S.E. et onze A.S.P.I.C. »

Les traits de Bellatrix s'adoucirent une seconde et il crut la question réglée. Néanmoins il avait à peine posé les yeux sur une page qu'elle susurrait : « Tes notes à Poudlard ne valent rien ici. Que tu connaisses les propriétés du nombre d'or en arithmancie, ça nous fait une belle jambe… mais ça ne nous aide pas. »

Elle s'approcha. Sa proximité le troubla quelque peu. Elle le sentit. Elle en joua, en levant la main pour caresser sa joue. La peau frémit sous son contact. Sa voix se mua en un murmure à peine audible : « Laisse ce genre de manuels à des plus expérimentés que toi. Tu as beau être un petit génie, tu n'as pas les années de pratique suffisantes.

– Et qu'est-ce que tu en sais, Bella ? »

En éructant le surnom, il avait planté ses iris opalins dans ceux, bruns, de la sorcière qui lui faisait face.

« Je le sais, va. J'en suis passée par là moi aussi, figure-toi. »

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Elle pila net face à lui.

« Oui ? » l'interrogea-t-il courtoisement.

A côté d'eux les frères Lestrange, déroutés par le brusque arrêt de Bellatrix, s'apprêtaient à suivre le déroulement de la confrontation.

« Douze B.U.S.E., amorça-t-elle. Ça signifie que tu as suivi toutes les options disponibles. »

Ce n'était pas une interrogation mais Barty acquiesça tout de même. Il ne comprenait pas où elle voulait en venir.

« Toutes les options disponibles, reprit-elle, ça signifie l'étude des moldus dans le lot.

– Oui… »

A présent , il souriait crânement.

L'instant d'après, il se retrouvait plaqué contre le mur du corridor, une baguette enfoncé contre sa gorge, tout près de sa pomme d'Adam. Il retrouva son sérieux exceptionnellement vite.

« Tu es un espion à la solde de Dumbledore, hein ? » Elle le secoua. « Dès le début, je me suis dit que tu tournais pas rond… Je le savais ! Un traître ! Un…

– Lâche-moi ! aboya-t-il.

– Et ton père qui vise le poste de Ministre de la Magie… J'aurais dû m'en douter ! Un cafard du Ministère, un bon petit fils à papa… voilà ce que tu es… »

Cette dernière injure plus que tout le reste le fit sortir de ses gonds. Il la bouscula violemment.

« Ce n'est pas mon père ! s'emporta-t-il d'une voix dangereusement stridente. C'est un pleutre, un lâche, un vulgaire traître à son sang ! Je n'ai rien à voir avec lui ! »

Rodolphus tenta d'intervenir mais Bellatrix chassa la main qu'il posa sur son épaule d'un geste agacé.

A nouveau Barty la repoussa avec force, la contraignant à reculer de quelques pas.

Il s'enflamma : « Je ne te permets pas de remettre en cause mon intégrité ! Je suis peut-être bien le plus loyal d'entre tous, ici, alors tes calomnies réserve-les à quelqu'un d'autre ! »

Ce fut d'une voix froide mais calme qu'elle clôtura leur dispute :

« Le plus fidèle d'entre tous ? Quelle présomption ! Quand tu auras servi onze ans, tu pourras parler de dévouement. En attendant, essaye plutôt de garder profil bas… »

Elle attrapait le bras de son époux, signifiant par là son départ immédiat, quand Bartemius passa aux aveux : « Mieux on connait son ennemi, plus on a d'armes pour le soumettre. C'est pour cette raison, l'étude des moldus. Au cours de l'Histoire on a trop souvent négligé de se renseigner sur ses adversaires. Je ne voudrais pas qu'on répète cette erreur. »

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Ils se tenaient accroupis derrière le buisson, plus silencieux que la nuit elle-même. Le bâtiment qu'ils épiaient présentait à leur vue une façade massive trouée d'une multitude de fenêtres. Quelques unes, éclairées, laissaient deviner les contours de ses occupants – ombres mouvantes et surnaturelles.

Mal installé, Barty dansa d'un pied sur l'autre et le léger crissement des ronces sous sa botte résonna à ses oreilles comme s'il eût s'agit d'un épouvantable vacarme. Il sursauta quand, sans un bruit, Bellatrix tourna sa tête vers la chaussure fautive et lui dédia un coup d'œil assassin. Il leva innocemment les paumes et haussa les épaules, autant pour s'excuser que pour minimiser sa faute. Insensible à la manœuvre, elle se contenta de rouler des yeux, une moue rigide plaquée aux lèvres.

Ce gosse va tout faire rater, maugréa une petite voix sous la voûte crânienne de la sorcière.

Elle lui attrapa doucement le poignet, pour attirer son attention et lui fit signe de la suivre. Elle entreprit de se faufiler entre les arbrisseaux, ignorant les piqûres d'épines aussi bien que les toiles d'araignée qui s'accrochaient à ses vêtements – parfois accompagnées de leurs propriétaires. Ensuite elle traversa une longueur de gazon à découvert, le dos courbé pour ne pas trop s'exposer à la vue d'une éventuelle sentinelle. Barty hésita une seconde, davantage pour envisager un itinéraire moins risqué que par réelle peur du danger mais, constatant qu'il n'y avait pas de meilleure alternative, il se résigna à imiter son aînée. Après tout, songea-t-il, elle sait ce qu'elle fait. Depuis le temps qu'elle est Mangemort elle a accumulé des techniques qui ont dû faire leurs preuves. Il marcha donc en ligne droite, s'agenouilla derrière une statue et se hâta de rejoindre l'espace étroit situé sous un balcon de l'étage supérieur où Bellatrix l'attendait.

Elle l'accueillit avec un rictus hautain. Bartemius comprit qu'elle avait certainement mal interprété son instant d'immobilisme. Comme le silence était la règle première à respecter dans ce genre d'opérations, il renonça à s'expliquer. Il en aurait le temps plus tard.

Il remarqua distraitement un arachnide aux longues pattes remontant la chevelure de sa partenaire. Il tendit la main pour chasser la bête. Bellatrix le regarda faire, sous ses lourdes paupières à demi baissées. Un éclat malicieux s'alluma dans ses prunelles et Bartemius recula, embarrassé. Une fois encore il se retrouvait face à la perspicacité redoutable de sa partenaire ; elle savait pertinemment le pouvoir qu'elle avait sur lui. Elle avait noté à plusieurs reprises son regard embrumé qui s'attardait sur ses lèvres ou sur son corps.

Mettant fin à cet épisode troublant, elle serra sa baguette et Barty assista à la métamorphose. Quelque chose se durcit dans ses yeux sombres. Pour un peu, on aurait pu lire sur chaque pupille le mot « implacabilité ». Sa mâchoire se contracta soudain. Elle irradiait de détermination. Lorsqu'elle fit volteface, le coude fléchi pour être prête à riposter si nécessaire, il ne put s'empêcher d'admirer sa bravoure infaillible.

Elle passa l'extrémité de sa baguette sur la serrure et décela l'alarme magique associée. Tant pis pour la discrétion. Elle démolit la porte – Bartemius avait rarement vu un sortilège du Bélier aussi bien exécuté. Ils pénètrent dans le Hall où une sonnerie aigüe les accueillit ; il songea aux cris des Mandragores et convia que cette stridence n'avait pratiquement rien à leur envier.

Ils allaient emprunter le grand escalier de marbre quand une armure rutilante se détacha de son socle pour leur barrer la route. Barty échappa une exclamation de stupeur lorsque leur opposant brandit haut sa masse d'arme. Avec une souplesse hors norme, Bellatrix se coula sur le côté, échappant de justesse aux pics acérés. Elle para le coup suivant par un charme de bouclier.

L'armure n'eut pas le loisir de réitérer son attaque. Elle enchaîna en vitesse trois ou quatre maléfices – Bartemius n'en connaissait qu'un seul dans le lot – et leur adversaire s'écroula bientôt dans un grand fracas métallique.

Sans s'accorder un instant de répit pourtant bien mérité, elle courut enjamber les marches deux à deux, le jeune homme sur ses talons. Parvenu à l'étage, celui-ci s'interrogea brièvement en tournant l'angle du couloir. Où sont-ils ? Où est leur comité de réception ? Bellatrix s'engouffra dans une pièce illuminée – la lueur des bougies leur parvenait par une raie jaunâtre, sous la porte.

Il y avait bien une présence qui se découpait devant la fenêtre. Du dehors ils avaient cru deviner l'ombre d'un sorcier mais ce qu'il y avait là, devant leurs yeux écarquillés, n'étaient certainement pas un être humain. Il s'agissait d'une forme noire, aussi palpable qu'un nuage de fumée. Et, Barty s'en aperçut bien vite alors qu'elle bondissait vers eux, aussi modelable qu'une nuée d'insectes.

Bellatrix se retrouva une seconde désemparée tant les évènements ne collaient pas avec ses prévisions. Barty, aussi impuissant qu'elle, tenta le seul sort qui lui vint à l'esprit. Son Patronus, alligator maigrelet, surgit devant la chose. Le soulagement qu'il éprouva, en la voyant reculer, se disperser pour former un brouillard gris avant de se recondenser plus loin, était sans borne.

Ils quittèrent les lieux. Voyant que Bellatrix s'apprêtait à monter un étage supplémentaire il s'empara de son bras.

« Tu ne comprends pas ? hurla-t-il pour couvrir le rugissement de l'alarme. C'est un piège ! Ils nous attendaient ! »

Elle essaya de se débattre.

« Le Maître veut qu'on lui ramène Bones ! » protesta-t-elle, hagarde.

Dans son dos, d'autres silhouettes sombres se pressaient. Le Patronus de Barty ne pourrait plus les contenir très longtemps.

Le garçon, en lui emprisonnant l'autre poignet, se demanda comment on pouvait être à la fois aussi talentueuse en magie et aussi dénué de bon sens.

« Elle n'est pas ici ! »

Le Patronus s'évanouit. Ils coururent sans se concerter.

Dans sa fuite, Bellatrix manqua une marche. Il pivota, exécuta deux pas hâtifs et lui tendit la main pour l'aider à recouvrer son équilibre. Il jeta un Patronus à l'aveugle, par-dessus son épaule, en priant pour que sa consistance soit suffisante pour leur accorder une petite avance sur leurs assaillants.

Ils parvinrent finalement dans le parc et transplanèrent après avoir franchi la grille.

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Ils remontèrent la sente sans un mot, trop exténués pour formuler des phrases intelligibles. A la vue du manoir Rosier, Barty lâcha un léger soupir de satisfaction. Il observa le faciès impavide de Bellatrix du coin de l'œil et s'émerveilla de son sang-froid. Celle-ci sourit, un peu ironiquement, et il fit mine de regarder ailleurs ; elle avait le chic pour toujours le surprendre en pleine contemplation de sa personne.

Elle le conduisit dans un salon intimiste où régnait une chaleur agréable. Le feu ronflant projetait sur le parquet des reflets d'or et d'ambre. A la demande de ses membres courbaturés, il s'écroula sur un divan, les bras écartés et ses chaussures encore maculées de terre déposées sur un coussin dodu. A nouveau, elle afficha son sourire empli de sarcasme. Il était toutefois trop épuisé pour s'en montrer froissé.

Elle se servit une liqueur de groseille dans un verre au pied longiligne avant de s'installer, jambes croisées, sur un fauteuil moelleux.

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Sa voix claqua, dure et impersonnelle :

« Tu devrais faire plus d'exercice. »

Barty secoua la main dans le vide, l'air de dire « j'y penserai ».

« Tu te feras tuer si tu n'es pas un peu plus endurant, insista-t-elle.

– Ne me fais pas croire que tu t'intéresses à ma survie, Bella. »

Le garçon provocateur venait de refaire surface. Elle ricana, pas vexée pour un sou.

« Bien sûr que non, renchérit-elle. Mais le Maître semble… t'apprécier. » Elle énonça cette vérité sans dissimuler son incrédulité. « Il voudrait… » Elle renifla de dédain. « Il veut que je m'occupe de toi, que je t'enseigne ce que je sais.

– Vraiment ? »

Elle n'aurait su dire si c'était l'attention du Lord à son égard ou la perspective de passer davantage de temps en sa compagnie qui le réjouissait ainsi. Il s'était en tout cas relevé à demi et ses yeux brillants lui mangeaient une partie du visage. Un môme devant son cadeau de Noël, ne put-elle s'empêcher de penser. Il ne lui avait jamais paru aussi jeune que ce soir-là. Un attendrissement teinté de dérision lui étreignit le cœur. Etait-ce à ça que je ressemblais, moi aussi, en entrant dans les rangs du Seigneur des Ténèbres ?

« Je ne savais pas… bredouilla-t-il. Que… qu'Il… s'intéressait à mon sort… Je… »

Le visage de la sorcière se ferma subitement. Elle n'aimait pas qu'on lui volât la vedette auprès du Maître. Elle aimait encore moins qu'il se désintéressât de l'honneur qu'elle lui faisait en acceptant de le prendre pour élève ; comme si ça allait de soi ! s'offusqua-t-elle.

Puis Barty cessa de bégayer.

« Tu dois être ravie d'être mon mentor, hein ? »

Elle serra les mâchoires pour encaisser son ton goguenard.

« Ne sois pas impertinent, Bébé Barty, glissa-t-elle, onctueuse, après s'être reprise. Avec le temps tu apprendras que j'offre des… contreparties, à ceux qui savent rester sages. »

Il rougit violemment. La bouche de Bellatrix s'étira pour former une courbe narquoise. Les adolescents sont si impressionnables…

Elle posa son verre et quitta sa place. Bartemius suivit son déplacement des yeux, désarçonné par l'infime déhanchement qu'il devinait sous l'habit de Mangemort. Il sentit sa gorge s'assécher tandis qu'elle s'approchait, pas après pas, sans empressement. Le bras sur lequel il était appuyé faiblit sous lui, l'articulation oscilla mais tint bon.

Son émotion n'échappa guère à Bellatrix qui en ressentit une narcissique satisfaction et, lorsqu'elle se pencha vers lui, elle trouva désopilants ses yeux agrandis par l'étonnement.

« Je ne t'ai pas remercié pour tout à l'heure… »

Confus, il ne trouva rien à répondre. Elle fit glisser son index le long de sa joue imberbe en humidifiant ses lèvres, machinalement. Il déglutit.

Elle murmura : « Alors… merci d'avoir fait demi-tour pour m'aider. »

Elle se courba davantage, effleura ses lèvres des siennes. Elle ne fut pas surprise de les trouver presque charnues, d'une douceur juvénile et timide. Elle appuya le baiser. Elle perçut le plissement du tissu, quand il tendit la main vers sa nuque. Elle anticipa le moment où il entrouvrirait la bouche, mais le laissa faire, divertie par l'appréhension qu'il ne manquerait pas de manifester. Oui, il hésitait. Le petit génie n'a pas souvent eu affaire aux filles, comprit-elle. Lorsqu'il s'enhardit, dardant la langue en dehors de sa cavité, elle rompit le contact, un rire au fond de la gorge.

« Allons, allons, Bébé Barty… » Elle lui flatta le sommet du crâne, comme elle aurait pu le faire pour modérer un chiot un peu trop joueur. « Je n'ai pas pour habitude de débaucher les petits garçons. »

Il fut vexé par la moquerie. Frustré aussi, devina-t-elle. Elle jubilait en quittant la pièce. Elle ne se retourna pas, ce n'était pas la peine. Elle savait qu'il ne la quitterait du regard qu'à l'instant où elle délaisserait son champ de vision.

Si Bellatrix Lestrange était une duelliste hors-paire il fallait aussi lui reconnaître un talent certain pour bénéficier de la protection de son entourage masculin. Elle ne dédaignait pas user des charmes que la Nature lui avait octroyés si cela pouvait lui permettre de réchapper à un sortilège lancé à son encontre. Ainsi par exemple, contre la promesse d'une nuit, Macnair lui avait déjà sauvé deux fois la mise.

Elle se demanda pensivement jusqu'où pourrait aller Croupton.

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Barty jeta ses chaussures au bas du lit et se débarrassa rapidement de ses robes encombrantes. Il se glissa sous la literie fraîche, ferma les paupières, se retourna sur le côté, sur le ventre, tapota l'oreiller pour qu'il gagne du volume, se retourna d'un bond pour se mettre sur le dos à nouveau, rouvrit finalement les yeux. Rien à faire, il ne parviendrait pas à trouver le sommeil.

Il observa un instant la fissure au plafond avant de se perdre dans la contemplation de la grisaille nocturne. Il pensait à ce maudit baiser, à cette maudite sorcière ; à ses mollets sensuels, à sa démarche lascive de vipère. Il étouffa un grognement dans son coussin, lorsqu'il sentit, plus bas, l'excitation monter. Impossible de dormir, maintenant, c'était définitif.

Il essaya de faire le vide, fixa la lézarde comme si sa vie aurait pu en dépendre.

Et puis, fatigué de lutter, il céda. Il coula une main dans les profondeurs, sous les épaisses couvertures, embrassa d'un contact ferme cette satanée chair qui s'émouvait pour rien, et soupira, gémit un peu, alors que sa tête était pleine de Bellatrix Lestrange.

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Rodolphus était déjà sous les draps quand elle entra dans la chambre que leur avait allouée Mrs Rosier. Il lui adressa un regard curieux mais ne prononça pas un mot quand elle se dévêtit et éteignit la lumière.

Dans le noir, il glissa une main autour de sa taille, voulut l'étreindre mais elle se dégagea.

« Pas ce soir. »

Il recula silencieusement vers son côté du lit, conciliant comme toujours.

Alors Bellatrix passa un index songeur sur le pourtour de ses lèvres, se remémorant la douce caresse d'une bouche candide contre la sienne. Ce soir, elle avait envie de naïveté, de maladresse, de jeunesse ; cela faisait bien longtemps qu'elle avait oublié ce qu'était l'innocence.

La pureté n'existe que pour être corrompue. Et ce soir, justement, elle avait diablement envie de corrompre l'ignorant que Merlin avait placé sur sa route.