Rébellion d'un Gryffondor.

Harry s'énerve encore une fois, mais cette fois-ci c'est plus sérieux, pas comme d'habitude où il capitule après avoir écouté leurs arguments et autres raisonnements fallacieux, enfin fallacieux d'après lui car ce n'est pas du tout ce qu'il en est heureusement ! Dumbledore ne s'amuserait jamais à ça.

Enfin toujours est-il que les membres de l'ordre le maintiennent prisonnier dans la maison de Sirius. Pas le droit de sortir, ni même de mettre le nez contre les vitres, alors les ouvrir hein ! Pas la peine d'y penser.

Si seulement il pouvait envoyer un hibou à ses amis, mais même pas ! Est-ce que ces empêcheurs de tourner en rond croyaient que les mangemorts étaient tout autour de la maison jours et nuits depuis qu'il avait fini ses études ? C'est-à-dire depuis deux mois ?

Mais là il n'en peut plus, il faut qu'il sorte de cette maison, c'est vital pour sa santé mental. Déjà être là est pénible. Les souvenirs de son parrain sont encore présents dans son esprit. Depuis que Sirius est tombé derrière le voile, il se reproche sa mort, alors vivre ici ne l'aide pas à oublier. Et puis il lui manque cruellement.

La plupart des nuits il en fait des cauchemars et avec Voldemort qui ne le laisse pas tranquille, lui aussi. Faisant de ses nuits un enfer peuplé de cadavres et de sang. Le matin le laisse vide de toutes sensations et souvent il se retrouve devant la cuvette des toilettes vomissant tripes et boyaux, le corps moite et un peu fiévreux.

Severus Snape regarde le gamin debout dans la cuisine les mains crispées le long de son corps, les yeux verts assombris par la colère et les lèvres pincées, tout le corps raidi. Il peut comprendre l'état de Potter, celui-ci dépérit à vue d'œil enfermé entre ces quatre murs.

Mais surtout ce sont les visions que le lord noir lui envoie qui le perturbent. Rien qu'à voir sa tête le matin il sait quand le gamin est torturé par les images et c'est de plus en plus souvent, toutes les nuits en faite et ce depuis un mois.

Comment a-t-il fait pour tenir le coup jusqu'à maintenant ? Non, parce que les membres de l'ordre ont beau dire, pas un d'entre eux ne supporteraient ce que Potter endure.

Severus Snape connaît le lord et il sait de quoi est capable l'homme, celui-ci est d'une cruauté sans bornes. Aimant torturer et tuer les moldus et les sorciers qui n'adhérent pas à sa cause ou ceux qui lui désobéissent, ou alors ceux qui n'ont pas l'honneur de lui plaire et dont il se méfie.

Oui l'homme est cruel, menteur, manipulateur, un assassin en puissance, un monstre qui aime l'odeur du sang et de la peur. Un homme néanmoins malin, un guerrier des plus puissants, un être sans foi ni loi. Et si quelqu'un a le malheur de se mettre en travers de sa route, il le paie chèrement de sa vie.

-Harry, soit raisonnable, adjure Dumbledore pour la dixième fois. Je sais que ce que nous te demandons est pénible, mais tu peux comprendre que nous ne voulons que ton bien.

-Mon bien ! Articule le jeune homme entre ses dents, signe chez lui d'un stress évident. Cela fait deux mois que vous me retenez prisonnier dans cette maison. Deux mois de privation de toute sorte, pourquoi ne pas me tuer tout de suite ! Le résultat sera le même !

-Harry, ne dis pas ça, abjure Remus Lupin. On le fait pour toi, pour que tu puisses avoir une chance de combattre tu-sais-qui.

-Ben voyons ! Une chance de combattre, ou une chance de me faire tuer ?

-Monsieur Potter vous êtes un ingrat, avance Maugrey fol-œil. Nous faisons tout notre possible pour vous aider.

-Je ne vous ai rien demandé, répond Harry de mauvaise foi, car il sait bien qu'il a besoin d'eux s'il veut réussir un jour à battre l'autre cinglé. Je vais sortir d'ici et le premier qui m'en empêche tâtera de ma baguette.

Bien sûr qu'il ne le fera pas, mais là il n'en peut plus alors il menace, il ne lui reste plus que ça. Remus et Snape se lèvent, renversant les chaises derrière eux en amorçant un geste pour le retenir.

-Monsieur Potter, je vous le déconseille formellement….

-Professeur Snape, vous savez où vous pouvez vous le mettre votre conseil ! Et toi aussi Remus, enrage le jeune homme. Laissez-moi partir ou je jure que je casse tout dans cette maison ! Et vous ne me reverrez plus.

Le professeur Dumbledore soupire et fait signe aux deux hommes de ne pas bouger. Harry devient incontrôlable, ils ne peuvent s'opposer à lui, cela reviendrait à lui faire mal. Et ça il le refuse catégoriquement.

-D'accord, capitule le vieil homme à contrecœur. Nous te laissons une heure, Harry, mais soit prudent. Les mangemorts sont partout en ce moment, ils te recherchent activement.

-Je sais ! dit le survivant en tournant les talons et en disparaissant dans l'étroit couloir qui relie la cuisine à la porte d'entrée.

-Harry ! Appelle Remus une dernière fois avant que la porte ne claque et jette un froid sur les hommes dans la cuisine.

-Il ne t'écoute déjà plus, Lupin, pas la peine de t'égosiller tu perds ton temps, raille le maître des potions.

-Albus ! Comment avez-vous pu le laisser sortir ? Se retourne furieux Remus en toisant le directeur de l'école ignorant la provocation de Snape.

-Ou c'était ça ou alors il s'enfuyait et il ne revenait plus, avoue le vieil homme découragé. De deux maux j'ai choisi le moindre.

-Et s'il se fait capturer ! Demande d'une voix froide le maître des potions qui aurait bien jeté un stupéfix sur le gamin pour qu'il n'aille pas se faire tuer inutilement. Nous ne serons pas plus avancés !

-Messieurs ça suffit ! Rugit Dumbledore. Je n'ai pas la science infuse, voilà deux mois qu'il est enfermé dans cette maison, il m'étonne même qu'il ait tenu jusque-là.

-Je vais le suivre, dit en se levant Maugrey fol-œil. On ne sait jamais !

-Merci Alastor, soupire Albus Dumbledore. J'allais te le demander mais je ne sais pas si ça va servir à grand-chose, il aura déjà transplané. De plus il est dix-neuf heures, espérons qu'il rentre avant la nuit.

-Ouais, bougonne l'homme à l'œil de verre. Possible qu'il soit parti, mais j'y vais quand même.

L'homme attrape son grand bâton et empreinte le couloir pour se retrouver dans la rue. Comme de bien entendu nulle trace d'Harry.

Dans la maison Snape et Remus se rassoient autour de la table dans un silence pesant que le maître des potions brise.

-Est-ce qu'il va revenir au moins ! Vous êtes certain de ça Albus ? Demande l'homme au regard noir.

-Non, Severus, je ne suis pas certain, et le pire dans tout ça, c'est que je ne peux même pas l'en blâmer, dit le vieil homme en baissant la voix. Nous l'avons poussé au bout de ce qu'il pouvait endurer.

Harry ne se rend pas comme on si attendait chez les Weasley, il ne veut pas qu'on le plaigne ou qu'on l'étouffe et c'est ce qui arrivera immanquablement avec Molly. Le jeune homme traverse la route qui le sépare du square et flâne entre les allées herbeuses et les bosquets de fleurs odorantes qui ont besoin d'être arrosés avec cette chaleur.

Quelques enfants que des mères surveillent s'amusent sur de vieilles balançoires en bois qui ont besoin d'être remises en état. Les bacs à sables débordent de gosses qui jouent avec des pelles et des seaux en plastiques. Des enfants envieux donnent parfois un coup sur la tête d'un autre, ce qui fait accourir aussitôt les mères qui les grondent et les punissent d'une claque sur la main.

La chaleur est accablante en cette fin du mois d'août, heureusement qu'il n'a enfilé ce matin qu'une chemise légère sur son jean.

Le jeune homme s'assoit sur un banc de libre et se surprend à rêvasser. Que serait-il en train de faire en ce moment s'il n'avait pas Voldemort sur le dos ? Bah ! Probablement des études d'auror, ou médicomage peut-être, allez savoir, finalement il n'en sait rien lui-même !

Il aurait pu partir loin et ne jamais revenir, ça oui il y a bien pensé ! Mais un Gryffondor n'est pas un lâche, il ne peut pas les abandonner et s'enfuir. Et puis pour aller où ? Non, décidément il ne peut pas faire ça, c'est contre ses principes et tout ce qu'on lui a enseigné, même s'il se rend compte que tout repose sur lui, il doit vaincre ce monstre qu'est Voldemort.

Harry s'endort, les bras croisés, la tête retombant sur son torse, les jambes légèrement écartées. Les bruits autour de lui s'atténuent pour devenir inaudibles.

C'est un gamin ou plutôt un ado qui le réveille, celui-ci tente de regarder ce qu'il y a dans les poches d'Harry. Le souffle du garçon penché sur lui le fait frémir de colère, bon sang on ne lui foutra jamais la paix ! Même là !

-Dégage, dit d'une voix sourde le Gryffondor.

Le jeune part sans demander son reste devant l'aura agressive d'Harry, qui le fait trébucher en reculant pour fuir.

Deux heures, il a dormi deux heures ! Et sans cauchemars, se dit le jeune sorcier en se levant. Ou va-t-il se rendre maintenant ? Tiens ! Il irait bien faire un tour du côté de Pré-au-lard, et au diable les recommandations du vieux cinglé.

Harry transplane pour le village sans se rendre compte que sa signature magique a laissée des traces facilement reconnaissables pour le mage noir qui partage avec lui une infime quantité du même sang.

Dans la maison de Sirius il ne risquait pas de se faire repérer puisque la maison le protégeait, mais en dehors ! Plus de protection, et plus de mur pour absorber sa magie. Mais ça, Harry ne s'en rend pas compte, personne ne le lui a dit !

Dans le manoir Jédusor situé à l'orée d'un bois, un sorcier vêtu de noir des pieds à la tête sort de la salle de réunion à grands pas, un rictus de mauvais augure sur ses lèvres fines. Gare à celui ou celle qui va en faire les frais, pensent les mangemorts qui le croisent dans le couloir.

Au passage le lord noir hèle son bras droit, un homme au regard froid et gris et à la longue chevelure blonde presque blanche retenue en arrière par un cordon de cuir. Lucius Malfoy sourit. Enfin un peu d'action, il était temps ! Et une sortie avec le lord seuls tous les deux, ça promet d'être exaltant.

Le survivant, ignorant le danger, se promène en cette fin de soirée dans les rues du village. Après s'être assuré que sa baguette se trouve bien dans la poche de son pantalon, le garçon s'engage sur la route qui même à Poudlard. Il veut revoir ce lieu, et plus spécialement le lac, endroit qu'il a toujours apprécié pour son calme et sa tranquillité.

Caché derrière les arbres sur l'autre rive du lac, afin qu'on ne puisse pas le voir du château, Harry s'assoit sur une souche. La nuit tombe doucement. Le jeune homme pense aux jours bénis où il a été heureux, où lui et ses amis étaient insouciants. Pourquoi faut-il que quelqu'un vienne tout bouleverser ? Faire de sa vie un combat de tous les instants ?

Se cacher comme un couard sous la bannière de l'ordre du phénix, Harry se rend compte que ceux-ci ne le laisseront jamais prendre seul ses propres décisions, pourtant c'est bien lui qui doit combattre Tom Jédusor, non ! Au bout d'une heure, résigné, le jeune homme se décide à repartir dans sa prison au square Grimaurd et c'est avec un soupir qu'il se lève.

-Ah enfin tu te décides à refaire surface, demande une voix qu'Harry connaît bien pour l'avoir souvent entendu l'insulter.

-Draco ! Qu'est-ce que tu fais là ? demande Harry en rangeant sa baguette qu'il avait sorti précipitamment.

-Il paraît que tu as poussé un coup de gueule d'après Severus. Ils te recherchent tous et je me disais que tu serais probablement ici, répond le blond aux yeux gris. Rassures-toi je ne leur ai pas dit où tu es, tu as bien le droit d'être seul par moment.

-Ouais et bien tu es le seul à penser ça, ils vont finir par me rendre fou !

-Bon puisque je vois que tu vas bien je retourne chez moi, et je ne dirais rien à Severus promis.

-Draco ! Merci, de ne rien dire et d'être venu me voir, j'apprécie.

-De rien, Harry, les amis c'est fait pour ça, répond le blond avant de disparaître en transplanant.

Harry soupire et lentement sort de Poudlard, se retrouvant sur le chemin du village pour la deuxième fois. Il n'est vraiment pas pressé de rentrer là-bas et d'entendre les recommandations que Remus va lui asséner pour la centième fois.

Le jeune homme sursaute subitement, un bruit inquiétant vient de se faire entendre juste derrière lui, et ce ne sont pas des animaux ,ou alors si, mais à deux pattes ceux-là ! Harry se retourne brusquement et aperçoit une silhouette plantée au milieu de la route. D'un geste vif il pointe sa baguette vers l'homme mais avant qu'il ait pu jeter un sort, quelqu'un placé derrière lui prononce une incantation et un rayon jaune le foudroie sur place.

Harry se sent chuter sans qu'il ne puisse rien faire. Il n'a pas eu une seule chance de se défendre ou de riposter puisqu'il a été atteint dans le dos. Sa main lâche sa baguette qui tombe par terre. Ses genoux raclent le sol, ensuite plus rien, le néant, le vide.

L'homme aux yeux gris se penche et ramasse la baguette qui a roulée au bout de ses pieds.

-Brises-la, Lucius, dorénavant il n'en n'aura plus besoin, ordonne Voldemort. Et ramasses-moi cette chose, dit-il d'un air dégoûté en désignant Harry de sa main blanche. Retournons au manoir avec notre précieux colis.

Le blond caresse la baguette du survivant du bout de ses doigts avant de la briser et d'en jeter les morceaux au loin dans les bouquets d'arbres. L'homme range sa propre baguette avant de prendre Harry Potter et de retransplaner pour le manoir Jédusor.

Son arrivée avec Potter dans les bras fait un tapage de tous les diables, tapage que Voldemort a tôt fait de faire cesser.

-Au cachot Lucius ! Sans rien à manger ni à boire et pas de visite, le premier qui désobéira sera puni sévèrement, dit tout haut le mage noir pour que tous ses mangemorts l'entendent. Seul Lucius aura ce privilège, est-ce compris ?

Les hommes opinent, sûr qu'ils n'y mettront pas les pieds, ils ne tiennent pas à se faire torturer par leur maître. Surtout que celui-ci à la baguette facile et que, souvent emporté dans son élan, les malheureux qui le défient ne s'en remettent jamais. Non ils meurent tout simplement dans d'atroces souffrances.

Au matin au square Grimmaurd c'est la panique, Harry n'est pas rentré de la nuit. Remus se frotte nerveusement les mains en marchant de long en large dans la cuisine tandis que Snape renifle de désapprobation.

-Est-ce que finalement le jeune homme a décidé de fuir ? demande Alastor à Dumbledore. Pas moyen de mettre la main dessus, ni chez les Weasley ni à Godric Hollow. Aucune trace Albus, je suis désolé.

-Et je ne peux rien faire, ajoute le professeur de potion. Ma couverture a été découverte et si je retourne là-bas je suis mort.

-Je sais Severus, tu n'y es pour rien, j'aurais dû me méfier de ce nouveau professeur qui furetait dans tout le château et qui posait trop de questions.

-Oui, je ne vous le fais pas dire, Albus, le sermonne Alastor Maugrey. Vigilance…

-Ah ça va avec ça, fol-œil ! S'énerve Remus. Ce n'est pas ça qui va ramener Harry !

-Ne t'énerve pas, Lupin, s'agace Snape qui ne peut s'empêcher de regarder le corps du loup évoluer devant lui. Corps qu'il trouve tout à fait à son goût soit dit en passant.

-Comment savoir s'il a fait une simple fugue ou s'il a été capturé par Voldemort ? demande Maugrey.

-Le gamin n'a pas fait de fugue, trop Gryffondor pour ça, assène Severus Snape qui revient au présent et n'a plus les yeux rivés sur le loup. Et puis ce n'est pas le genre à fuir, pas monsieur Potter, non décidément ce n'est pas lui ça.

-Tu suggères qu'il a été capturé, Snape ? demande Remus en serrant les poings de colère. Te voilà donc satisfait n'est-ce pas ? Tu ne l'auras plus dans les pattes.

-Severus, comment peut-on savoir ? Intervient le directeur de Poudlard avant que les deux hommes n'en viennent aux mains.

-Les rumeurs, Albus, seulement par les rumeurs, répond le maître des potions en le regardant droit dans les yeux.

Et peut-être aussi par mon contact dans les rangs du lord, pense Snape. Mais ça il le garde pour lui.

Tous deux savent que si le Gryffondor est tombé entre les mains de Voldemort, il y a de grandes chances qu'ils ne le revoient plus vivant. Le vieil homme se lève de sa chaise et sans un mot disparaît dans la cheminée dans une fumée verte. Il n'y a plus rien à dire, seulement prier Merlin et espérer un sacré coup de chance pour qu'Harry s'en sorte.

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Relu et corrigé par Aurysadik.