Chapitre 8

Un pas après l'autre (BPOV)

Je courrai à en perdre haleine, me rattrapant de justesse au comptoir pour ne pas trébucher. La secrétaire leva les yeux dans ma direction et me lança un regard empli de pitié. Je n'avais pas la moindre idée de l'état dans lequel j'étais, mais je m'en fichais. Le plus important, c'était Edward. Quand à cette bonne femme, elle pouvait bien aller au diable que ça ne m'affecterait pas plus qu'autre chose.

_ Bonjour, décrochai-je difficilement. Où … où Edward Masen a-t-il été emmené ?

_ Vous êtes de sa famille ?

Merde. Comment est-ce que j'allais faire ?

Bella, c'est pas si difficile ! Regarde la jolie bague que tu portes à ton annulaire et tu sauras comment rentrer …

_ Fiancée, lançai-je, brandissant ma main gauche devant elle. Je suis sa fiancée.

Elle marmonna quelque chose avant de me répondre.

_ Il a été emmené au bloc. Attendez dans le couloir, un médecin viendra vous voir quand l'opération sera finie.

Je hochai de la tête, incapable de sortir le moindre mot. Tyler venait de me rejoindre et m'aida à m'asseoir, tout mon corps tremblant violemment. Ce n'était pas le choc d'avoir vu tout ce sang et ces corps inertes, qui me rendait dans cet état pitoyable. Non. C'était de savoir que celui que j'aimais par-dessus tout était entre la vie et la mort en ce moment même. Par ma faute. Si jamais il ne s'en sortait pas vivant, jamais je ne pourrais me le pardonner.

_ Tyler, est-ce que tu peux prévenir les amis d'Edward, s'il te plaît ? Je parle de ceux qui travaillent avec lui. Je sais qu'ils comptent beaucoup et qu'il aimerait qu'ils soient à ses côtés, demandai-je d'une voix chevrotante. Je n'allais pas tarder à craquer.

_ Bien sûr. Je m'en occupe, soyez tranquille. Essayez de ne pas trop vous en faire, me conseilla-t-il tout en s'éloignant.

Je regardai sa silhouette s'éloigner tandis qu'une larme solitaire coula sur ma joue. Suivie d'une deuxième et pour finir, d'un torrent salé. Je sanglotais bruyamment dans le couloir, déversant toutes mes peurs, ma colère, mon angoisse et ma tristesse face à la situation actuelle. Edward. Il avait toujours été mon idéal, malgré notre rupture douloureuse. Quand nous étions plus jeunes, il était bien moins mature, plus insouciant et rebelle, mais j'avais aimé aussi cette partie de lui.

Evidemment. Tu aimes tout de lui.

Et c'était foutrement vrai. J'avais été si amoureuse d'Edward que j'aurais pu mourir pour lui. Mais je ne connaissais rien du nouvel Edward. Celui que je revoyais dix ans après, ténébreux et torturé. Brutal et doux à la fois. Mystérieux.

Splendide.

Oh oui, il avait toujours été superbe, mais cette aura autour de lui … Je ne savais pas décrire ce que je ressentais à chaque fois que je le voyais. Il était si beau que je manquais parfois de m'étrangler d'émotions quand mes yeux se posaient sur lui. Son charisme faisait taire les plus éhontés, sa voix veloutée coupait toutes représailles dans leur élan. Sa brutalité et sa sauvagerie me laissaient pantelante de désir, assoiffée de lui. Ses baisers étaient un avant-goût de paradis. Ses caresses me procuraient un plaisir inimaginable. Je n'osais même pas imaginer ce que ce serait lorsque je le recevrais à nouveau en moi.

Bordel de dieu, ce mec est parfait.

Tu en doutais encore ?

Le pire dans tout ça, c'était Jacob. Je ne savais plus du tout où j'en étais avec lui comme avec Edward. Qu'étions nous, tous les trois, hein ? J'aimais Edward tout comme j'aimais Jacob.

Idiote ! Pourquoi te voiler la face plus souvent ?

Me voiler la face ? Evidemment. Tout mon monde ne tournait qu'autour d'Edward. Comme toujours. Toutes mes pensées et songes étaient tournés vers lui. Même quand il n'était pas là, j'avais la sensation qu'il rôdait autour de moi, me surveillant, prenant soin de moi. Il m'aimait. Bordel, oui il m'aimait. Il me l'avait dit. Mon cœur trépignait de joie rien qu'à ce souvenir, et je voulais être auprès de lui, lui chuchoter des mots d'amour, le taquiner, lui jeter des œillades coquines. Ce que je n'avais jamais fait avec Jacob.

Parce que c'était vrai. Je ne m'étais jamais comportée comme ça avec Jacob. Si … passionnée. Ouais, c'était le mot. Edward savait réveiller en moi l'aspect le plus éhonté et passionné qui ne demandait qu'à sortir au plein jour. Avec lui, j'étais entière et heureuse, tout simplement. Ma relation avec Jacob avait toujours été platonique. Ce n'était pas ce dont j'avais besoin. Je voulais être dominée, être avec un homme qui sache se montrer à ma hauteur, qui sache me dompter.

Comme Il sait si bien le faire …

Ouais. Edward avait toujours su comment calmer mes colères, mes angoisses, mes craintes ou bien mes chagrins. Comme s'il me connaissait comme sa poche, à vrai dire. Peut-être que pour certains, ça pouvait être dérangeant, mais pas pour moi. J'avais besoin qu'il me connaisse entièrement, qu'il n'ignore plus rien de moi. J'avais tellement besoin de lui en cet instant. Je voulais retrouver la chaleur de ses bras, l'euphorie qui m'emplissait à chacun de ses baisers, l'excitation à chacune de ses caresses. Je voulais que mon cœur batte à nouveau la chamade pour lui, surtout lorsqu'il me faisait un de ses sourires tordus que j'affectionnais tant.

Je ne savais pas s'il existait un sentiment plus puissant que l'amour, mais j'en doutais sincèrement. Ce que j'éprouvais pour Edward était indescriptible. Même le verbe aimer ne me semblait pas assez vaste pour décrire toute la puissance de ce que je ressentais pour lui. Je donnerais ma vie pour lui sans hésiter. En un sens, je le comprenais, quand il me protégeait. Edward avait toujours eu ce côté protecteur envers moi, et ça s'était sans doute renforcé avec les années.

Plus je pensais à lui, plus mes larmes coulaient, inépuisables. Tyler n'était toujours pas de retour, mais je savais qu'il ferait son maximum pour accéder à ma requête. La patience n'avait jamais été mon fort, mais à ce moment précis, c'était carrément insoutenable. J'avais besoin de savoir comment il allait. Et ces foutus médecins restaient enfermés dans ce putain de bloc opératoire.

Bella, ils essaient de sauver sa vie, je te rappelle.

Oh bon sang, qu'est-ce que j'allais devenir s'il ne s'en sortait pas ? Je devais déjà tirer au clair mes sentiments envers Jacob. Pour nous trois. Parce que ni Jacob, ni Edward ne méritaient cette putain de situation. Je n'avais pas le droit de les faire souffrir ni l'un, ni l'autre. Je devais simplement écouter ce que mon cœur me disait.

Et il criait haut et fort le nom d'Edward.

Evidemment.

Ça avait toujours été lui.

Je ne savais pas encore comment j'allais faire pour annoncer à Jacob que notre mariage n'aurait pas lieu. Nul doute qu'il allait me détester, me haïr pour le laisser dans un moment aussi délicat, mais on ne pouvait pas continuer sur ce chemin là. C'était beaucoup trop. Je n'avais aucune idée de comment j'allais lui annoncer la nouvelle. Avec le procès, il ne serait pas vraiment disponible pour que l'on puisse parler tranquillement et que je lui explique que mes sentiments avaient changé.

Une lettre, peut-être ?

Ca faisait horriblement cliché et lâche. Je ne voulais pas qu'il pense que j'avais peur de l'affronter et lui dire en face que notre couple tombait à l'eau. Mais la lettre était la seule option envisageable pour le moment, à vrai dire. Bien sûr, une fois que je serais assurée qu'Edward irait bien, je ferais un saut à la villa pour me débarbouiller et prévenir Jacob que je ne serais pas très présente les prochains jours. Ma place était aux côtés d'Edward et nulle part ailleurs.

Mes yeux me piquaient férocement, ayant versé trop de larmes amères et désespérées. Tyler était de nouveau à mes côtés, tentant vainement de me calmer, de contrôler l'espèce d'hystérie vers laquelle je me dirigeais à grands pas. Et lorsque je reconnus au loin la silhouette massive d'Emmett, quelque chose se rompit en moi. Sans doute la dernière chose, le dernier pilier qui me permettait de ne pas flancher totalement. Sans réfléchir, je courrai et me jetai dans les bras du colosse, secouée de violents sanglots.

Il me souleva comme si j'étais un poids plume et m'installa sur un de ces fichus sièges inconfortables typiques des hôpitaux. Me berçant doucement, je ne comprenais pas un traître mot de ce qu'il murmurait à mon oreille, mais ça me faisait un bien fou. Il était un des seuls liens que j'avais avec Edward, et bon sang, j'en étais foutrement heureuse.

Je ne sais combien de temps cela me prit pour me calmer, mais cela faisait le cinquième café que Tyler ingurgitait. Idem pour cet homme blond qui était à côté de lui, et dont j'ignorais parfaitement l'existence. Je me doutais bien qu'il devait être un des amis d'Edward mais j'ignorais qui il était.

_ M. Cullen ? chuchotai-je d'une voix rauque et cassée.

_ Emmett, me corrigea-t-il avant d'essuyer une nouvelle larme qui coulait.

_ Qui est-ce ? demandai-je en désignant le blond d'un signe de la tête.

_ Jazz, se contenta-t-il de répondre.

_ C'est donc lui, le fameux Jasper, soufflai-je plus pour moi-même qu'autre chose.

Emmett me garda dans le cercle protecteur de ses bras jusqu'à ce que le médecin vienne nous donner des nouvelles. Autrement dit, ce qui me semblait être des lustres plus tard. Contre moi, l'estomac d'Emmett grondait, mais j'étais trop inquiète pour penser à manger quelque chose. Edward allait être bientôt amené dans une chambre et je voulais être là dès le départ. Il était hors de question que je le quitte à nouveau. Pas maintenant que je l'avais retrouvé. Oui. Il était vraiment temps que Jacob et moi mettions un terme à notre relation qui courrait à sa perte.

Edward passa dans un brancard, endormi. Les infirmiers l'installèrent confortablement dans la chambre avant de nous autoriser à y entrer à notre tour. Ils ne savaient pas quand Edward se réveillerait. Il faudrait prendre notre mal en patience. L'opération s'était, contre toute attente, assez bien déroulée. Bien sûr, il avait fait plusieurs arrêts cardiaques, mais il était en vie, et c'était tout ce qui comptait. Les médecins ne diagnostiquaient pas de problèmes à long terme, à mon plus grand soulagement.

_ Combien de temps pensez-vous que l'on doive attendre ? questionnai-je du bout des lèvres, hypnotisée par le visage endormi de mon adonis.

_ Je ne sais pas, avoua Jasper.

Il y eut un long silence durant lequel aucun de nous trois ne trouva quoi dire aux deux autres.

_ Vous êtes donc Bella ? interrogea-t-il soudainement.

_ Oui, c'est moi.

_ Edward nous a beaucoup parlé de vous, ricana Emmett.

_ Vous pouvez me tutoyer, vous savez. Je pense qu'on a dépassé ce stade.

Je tentai de sourire, mais je n'en avais plus la force. Seul le réveil d'Edward pourrait me redonner un soupçon de vie. Emmett et Jasper discutaient doucement de leur côté alors que je gardais le regard fixé sur Edward. L'amour de ma vie. Maintenant, je pouvais bien me l'avouer et le reconnaître. Il avait fallu qu'il soit à deux doigts de mourir pour que je m'en aperçoive. Pathétique.

Ma main était posée tout prêt de la sienne et je mourrais d'envie d'enlacer ses longs doigts. Je voulais rétablir un contact entre nous, et effacer ce qui s'était dit avant la fusillade. Oublier toute cette merde et reprendre où nous nous étions arrêtés dans le bureau. Je voulais qu'il me touche à nouveau, il m'embrasse à nouveau, et bordel de dieu, qu'il me fasse sienne à nouveau, encore et encore jusqu'à ce que l'on tombe de sommeil.

_ Qu'est-ce qu'il va se passer pour lui ? Je veux dire, après sa sortie d'hôpital ? soufflai-je doucement, faisant galoper mes doigts vers ceux d'Edward.

_ Il est trop blessé pour retravailler maintenant. Il lui faudra peut-être un mois ou deux pour se remettre complètement. Que ça soit physiquement ou mentalement. Se faire tirer dessus est quelque chose qui reste gravé là-dedans, répondit Jasper, tapotant son front du bout des doigts.

_ Et … qui va s'occuper de lui ?

_ Sais pas encore. On trouvera bien, t'en fais pas, petite Black ! sourit Emmett. On lui trouvera une infirmière sexy et notre petit Eddie reprendra rapidement du poil de la bête.

Je me sentis blanchir d'un seul coup. Une infirmière sexy ? Il en était tout simplement hors de question ! Si Edward devait avoir une infirmière à ses côtés, je veillerais personnellement à ce qu'elle soit la plus repoussante possible. Jasper flanqua un coup de coude dans les côtés du colosse qui se reprit presque aussitôt.

_ Je plaisantais Bells, t'en fais pas. Tu sais bien que notre petit Eddie n'a d'yeux que pour toi, de toute manière. Il ne sait pas ce qu'il rate, ce gamin ! soupira-t-il, prenant une pose dramatique. T'aurais vu ce cul, tout à l'heure ! continua Emmett, un air extatique sur le visage. T'en serais tombée à la renverse, même si t'es une fille !

Contre toute attente, j'éclatai de rire. Emmett était vraiment un gars à part, et ça me plaisait. Il paraissait être le genre d'ami sur lequel on pouvait compter en toute circonstance. De même pour Jasper, même s'il était bien plus posé et réfléchi.

Aux antipodes l'un de l'autre.

J'étais heureuse pour Edward. Avoir de tels amis étaient important. Et puis, il méritait d'être entouré de personnes fiables. Parce qu'il était Edward, tout simplement.

L'amour te rend absolument niaise, est-ce que tu en as au moins conscience ?

Bien sûr que je le savais. Il m'avait toujours fait un effet du diable, et même allongé dans ce lit, profondément endormi, salement amoché et entubé de partout, il m'éblouissait encore. Je ne me lasserais jamais de le contempler. Peut-être que c'était ça le grand amour ? Eprouver tant de choses pour quelqu'un que parfois, vous aviez la gorge nouée. Aimer tant que votre cœur ne supporte plus ce trop plein de sentiments. Imaginer le reste de votre vie à ses côtés, tenter de deviner lesquels de ses traits vos futurs enfants hériteront.

Bien sûr qu'Edward est l'homme de ma vie. J'ai été la plus parfaite des idiotes pour en avoir douté.

_ A quoi tu penses ? demanda subitement Jasper, me regardant d'un air inquiet.

C'est alors que je remarquai que mes joues étaient à nouveau baignées de larmes. Bon sang, je ne m'arrêterais donc jamais de pleurer ?!

_ Oh … euhm, rien de spécial, mentis-je, reniflant et essuyant rapidement mes larmes.

_ Tu devrais essayer de dormir, petite. Je te secouerais personnellement si Edward se réveille avant toi, ricana le colosse, secouant son siège par la même occasion.

Je souris à nouveau et mes doigts comblèrent les derniers centimètres, se nouant à ceux d'Edward. Je n'osais même plus lever la tête pour jeter un coup d'œil à ses amis. Mes joues me brûlaient furieusement, et je m'installais derechef contre Edward, ma tête posée contre sa jambe gauche. Je fermais les yeux et aussitôt, des souvenirs de la fusillade me revinrent en tête. Ou plutôt, l'état dans lequel se trouvait Edward. J'eus l'impression d'avoir le cœur au bord des lèvres, prête à vomir toutes mes tripes.

Et pourtant, je me forçais à les revoir une dernière fois, afin de pouvoir tourner la page une bonne fois pour toute. Edward était sain et sauf, et c'était le plus important. Avec cette nouvelle information bien en tête, je laissais les images affluer à nouveau.

Je me revoyais courir dans sa direction, hurler de toutes mes forces devant le spectacle horrible qu'il m'avait offert. Le pire avait été lorsque Tyler lui avait ouvert la poitrine pour finalement lui sauver la vie.

J'étais si reconnaissante envers Tyler pour tout ce qu'il avait fait pour nous, que je ne savais même pas comment le remercier. Bientôt, il n'aurait plus à me protéger puisque je quitterais Jacob. Il faudrait donc que les mafiosos trouvent un autre moyen de pression pour le faire flancher. En ce qui concernait mon avenir, tout était flou et incertain. Qu'est-ce que j'allais faire ? Qu'est-ce que j'allais devenir ? Je n'en avais strictement aucune idée. Bien sûr, j'avais mon boulot et je l'adorais. Mais mes questions concernaient surtout Edward. Qu'est-ce qu'on allait devenir, lui et moi ?

Dès que je le pourrais, je lui annoncerais ma prochaine rupture avec Jacob, et j'espérais qu'il voudrait bien de moi. Parce que Dieu m'en soit témoin, si jamais il me rejetait, je préférais mettre fin à ma vie sur le champ. Elle ne valait plus rien sans lui. Comment avais-je pu passer à côté de ça si longtemps ?

Jacob, ma petite. Jacob.

Ouais. J'étais tant absorbée dans l'idée de me convaincre que je l'aimais, que finalement, j'étais passée complètement à côté de la plaque. J'avais même failli passer à côté de l'histoire merveilleuse qu'Edward et moi vivions. Comment avais-je pu être aussi stupide ?

Rattrape-toi dès son réveil, et tes remords s'en iront d'eux même.

Oui. C'était sans doute le mieux à faire. Et c'est dans cette optique que je sombrai à peine quelques minutes plus tard.

*

C'est Edward qui me réveilla, à peine quelques heures plus tard. Pris d'une violente quinte de toux, il se secouait violemment. Mon cœur s'accéléra brutalement.


Seigneur, il est enfin réveillé.

J'étais partagée entre le soulagement de le voir enfin émerger, mais j'avais aussi terriblement peur car cette putain de quinte de toux ne se finissait pas.

_ Hey, Eddie, sourit Emmett.

Nous étions calmes, tous les trois. Tyler n'étaient pas avec nous ; je l'avais envoyé s'occuper de Jacob et l'assurer que tout allait bien en ce qui nous concernait. Il avait été hors de question que je quitte ne serait-ce qu'une maudite seconde, le chevet d'Edward. Plus jamais.

Edward ouvrit la bouche comme s'il allait parler, mais aucun son n'en sortit. Je ne fus pas étonnée puisque le médecin nous avait prévenus, lorsqu'il était sorti du bloc opératoire ; Edward ne pourrait sans doute pas parler pendant les prochains jours. Sa gorge avait beaucoup souffert lorsqu'il avait craché du sang et ses cordes vocales étaient irritées. Même si je n'avais pas compris ce foutu jargon médical, j'avais saisi l'essentiel du problème et ça me suffisait.

Il n'empêchait qu'Edward commençait à s'énerver de ne pas pouvoir parler. Jasper se leva et plaça une main réconfortante sur son épaule avant de parler ;

_ Le médecin a dit que tu ne pourrais sans doute pas parler dès ton réveil. Ta gorge est fortement irritée avec tout le sang que tu as craché, apparemment. Dans une petite semaine, tu seras capable de parler normalement.

De mon côté, je n'avais pas ouvert la bouche et me contentait de le dévorer des yeux, soulagée de le voir enfin parmi nous. Même si le médecin nous avait promis qu'il était sorti d'affaire, son réveil était ce dont j'avais besoin pour que mes nerfs se relâchent totalement. Et bon sang, j'avais une foutue envie de verser toutes les larmes de mon corps, tellement j'étais soulagée.

Tu vas finir par passer pour la chialeuse de service, tu sais ?

Edward me fixa quelques secondes, sans aucune expression. Il devait sans doute se demander ce que je faisais là, dans cette chambre d'hôpital, à son chevet. Parce qu'au vu de la manière dont je l'avais traité avant que la fusillade n'ait lieu, logiquement, je n'aurais strictement rien à faire ici.

_ Allons boire un café, Bella. On préviendra le médecin en passant, déclara Jasper, m'attrapant par l'épaule pour me pousser gentiment vers la sortie.

Je ne résistais pourtant pas à l'envie de toucher Edward une dernière fois. Je fis donc demi-tour et embrassais doucement sa tempe avant de finalement suivre Jasper. Il prévint un des médecins du réveil d'Edward puis nous dirigea à travers les différents couloirs, comme s'il connaissait déjà l'endroit comme sa poche. Ce qui me fit rire sottement. Une sorte de petit rire hystérique dû à mon soulagement intense. Il me jeta un coup d'œil amusé sans pour autant faire le moindre commentaire. Ce dont je lui fus gré. Mais une fois que nous fûmes assis dans un petit coin isolé, un café fumant dans les mains, il sortit de son mutisme temporaire.

_ Alors, Bella. Qu'est-ce qu'il se passe au juste entre Edward et toi ?

_ C'est … compliqué, soupirai-je avant de boire une gorgée du liquide brûlant.

_ Mais encore ? insista-t-il, se penchant dans ma direction.

_ Je vais quitter Jacob, annonçai-je tout à trac alors qu'il me sourit, visiblement satisfait de ma réponse.

_ Pour Edward, j'imagine, murmura-t-il, perdu dans ses pensées.

_ Edward et moi avons eu une … passe difficile, hésitai-je, me souvenant tout de même que je parlais à l'un de ses meilleurs amis. La passion est le moteur de ce que nous sommes, lui et moi. Quand on ne passe pas notre temps à s'aimer, on se détruit.

_ Et ça t'effraie, en conclut-il, neutre.

_ Bordel, oui. Edward est de loin la meilleure chose qu'il me soit arrivée dans la vie. J'ai bien cru que jamais je ne m'en remettrais la première fois. Je veux dire par là, quand nous avons rompus. Notre amour était quelque chose de si beau ... Je ne dis pas ça parce qu'il s'agissait de nous. On se parlait avec le coeur et la passion. Finalement, ça nous a détruit. Jacob a su recoller les morceaux de mon cœur brisé, continuai-je après un silence. Enfin, c'est ce que j'avais cru. Quand Edward est arrivé avec Emmett à la villa, dire que j'étais en état de choc était un putain d'euphémisme. Il était encore plus beau que dans mes souvenirs, avouai-je, rêveuse.

Jasper ricana, visiblement plus détendu qu'au début de cette conversation.

_ Parle-moi un peu de vous deux. Edward n'a jamais rien voulu nous dire concernant son passé.

_ Jamais ? répétai-je, étonnée. Mais vous n'êtes pas un truc du genre, meilleurs potes, tous les trois ?

_ C'est pas parce qu'on est proche qu'on se connaît par cœur, répondit Jasper, haussant les épaules. Edward est le plus mystérieux de nous trois, concernant son passé. On sait qu'il était pas du tout un enfant de chœur, mais ça s'arrêtait là.

_ Edward a toujours habité à Forks, enfin je crois. Son père est mort il y a des années et sa mère, Esmée, s'occupait de lui toute seule. Je ne sais pas ce qu'il est arrivé à son père, ni quand il est mort. Apparemment, Edward ne parlerait plus du tout à sa mère, mais je ne sais pas pourquoi. Peut-être qu'il vous en a parlé ?

_ Nan, grimaça-t-il. Il a coupé les ponts, alors ?

_ La dernière fois que je suis allée à Forks, je suis passée chez lui, enfin chez Esmée, histoire de voir ce qu'il était devenu, mentis-je légèrement, dissimulant mes véritables motivations à ce moment-là. Esmée m'a dit qu'elle n'avait pas vu Edward depuis des années. Qu'il s'était enfuit sans rien lui dire. Et depuis, c'était silence radio.

_ Et comment ça se passait entre vous ? s'enquit-t-il, visiblement très curieux de découvrir l'Edward du passé.

_ C'était THE bad boy à Forks High School. On lui mettait sur le dos de multiples trafics qui en fait, n'étaient que des rumeurs bidon. Il était en quelque sorte le sex symbol de ces dames, souris-je, encore amusée à ce souvenir.

_ Sex symbol, hein ? ricana Jasper. Pourquoi ça ne m'étonne même pas ?

_ Edward était aussi un crétin, arrogant et prétentieux. C'est pour ça que je le détestais.

Mon interlocuteur éclata de rire face à la description de son ami.

_ Pourtant il s'est bien passé quelque chose entre vous, non ?

_ C'est bien connu qu'au lycée, parfois on faisait des travaux en binômes …

_ Tu devais bosser avec lui, continua le blond, hochant pensivement de la tête.

_ Ouais. C'est comme ça qu'on a finalement appris à vraiment se connaître. Je me suis aperçue qu'il n'était pas le connard fini que je pensais qu'il était. Et de son côté, il a compris que ce n'est pas parce j'avais de bonnes notes que j'étais complètement dérangée.

_ Aucun doute, vous deviez faire une sacrée paire ! pouffa mon voisin.

_ C'est vrai qu'on était pas très bien assortis, concédai-je, souriant, amusée. C'est en travaillant ensemble qu'on a vraiment appris à se connaître et que j'ai fait tomber sa carapace. On s'est rapprochés sans vraiment s'en rendre compte pour finalement, sortir ensemble.

Je fronçai les sourcils alors que je me remémorai la fin brutale de notre relation. Je ne savais pas si j'étais prête à en parler à Jasper. C'était quelque chose de vraiment personnel et je pensais que j'en avais déjà assez dit à son sujet. Mais quelque chose dans son regard me fit changer d'avis. Je savais intuitivement que je pouvais faire confiance à Jasper. Qu'il n'allait pas me trahir ou crier sur tous les toits ce que je m'apprêtais à lui dire.

_ Et ensuite ? questionna-t-il, croisant ses bras sur sa poitrine.

_ Le soir du bal, notre relation a pris un cap beaucoup plus … intime, rougis-je furieusement, ce qui le fit rire. Et le lendemain, j'ai été réveillée par un Edward qui s'escrimait contre son mur, les mains en sang. Je n'ai jamais rien compris à ce qu'il s'était passé. Il ne m'en a jamais parlé non plus. On s'est quitté un peu brutalement, en fait. J'ai attendu qu'il revienne et m'explique pourquoi il s'était énervé comme ça.

_ Il n'est jamais venu ?

_ Non, répondis-je tout en secouant la tête. Mon retour à Phoenix était prévu depuis longtemps, mais je l'avais retardé parce que ce que je vivais avec Edward était foutrement important pour moi. Du coup, quand j'ai compris qu'il ne viendrait pas s'excuser, j'ai plié bagages et suis finalement partie pour Phoenix, comme c'était prévu à la base.

_ Et vous vous êtes revu, entre temps ? interrogea-t-il, se grattant la tête, comme s'il réfléchissait.

_ Non. Ça faisait dix ans qu'on ne s'était pas vu.

_ Dix ans ? répéta Jasper, s'étouffant avec son café. Bordel, ça faisait dix ans que vous vous étiez pas vu ?

Je ne répondis pas mais acquiesçai.

_ Putain, il est encore pire que ce que j'avais cru, soupira-t-il, se donnant une légère tape sur le front.

_ De quoi tu parles ? sourcillai-je, confuse.

_ C'est à Edward de te parler de tout ça, ma belle. Pas à moi. Vous devez faire une sacrée mise au point tous les deux, et bon dieu de merde, dites vous ce que vous avez sur le cœur !

J'acquiesçai à nouveau, muette. Ouais, il était temps qu'Edward et moi ayons une discussion à cœur ouvert. Que l'on se dise tout sans exception, parce que ça nous bouffait de l'intérieur. Et maintenant que j'étais certaine de ma décision concernant Jacob, plus rien ne me retenait, et je pouvais enfin lui dire les mots qui me brûlaient les lèvres à chaque fois qu'il était avec moi.

_ Et si on remontait ? proposai-je, jetant par la même occasion, mon gobelet vide dans une poubelle.

_ Ouais. Allez viens petite Bella, sourit Jasper, m'attrapant par l'épaule comme il l'aurait fait avec n'importe qui.

L'ascenseur s'ouvrait et nous rigolions toujours à propos de petites anecdotes que Jasper venait de me raconter lorsque la réalité nous revient brusquement à la figure, emportant tout sur son passage.

Emmett était là, dans le couloir, tournant en rond comme un lion dans sa cage. Il se rongeait les sangs, jetant de constants coups d'œil en direction de la chambre d'Edward.

Il est arrivé quelque chose.

Sans même réfléchir, mes jambes me portèrent d'elles-mêmes au chevet d'Edward et je manquais de m'écrouler quand je vis ce qu'il se passait.

Un médecin et deux infirmières essayaient de le réanimer à coups de défibrillateur. Je me sentis flancher d'un seul coup, et Jasper me rattrapa juste avant que je ne m'écroule. Je fermais les yeux, laissant couler de nouvelles larmes. Serait-on jamais tranquille ? Pourquoi s'acharnait-on contre lui ? Bon dieu de merde !!

_ Bella, ça va aller, il va s'en sortir, souffla doucement Jasper, tapotant sur mon épaule.

Mais quand je levais le regard dans sa direction, je vis qu'il n'était pas plus convaincu que moi. Et c'était ce qui faisait le plus mal. Nous doutions tous de sa putain de guérison. Il était hors de question que je songe une minute de plus à ce qu'il se passerait s'il venait à mourir parce que bon sang, il n'avait pas le droit de me faire ça ! Pas maintenant que j'étais prête à tout plaquer pour lui. Et s'il le fallait, j'étais même prête à aller chercher son petit cul de merdeux chez les cieux, pour le ramener parmi nous.

Le médecin sortit de la chambre, accompagné des deux infirmières, un moment plus tard. Il nous offrit un sourire rassurant, ce qui me permit d'espérer à nouveau.

_ Son état est stable pour l'instant, mais il lui faut beaucoup de repos. Il ne faut plus que ce genre d'incident se reproduise pour l'instant. Autrement, ça risquerait de lui être fatal, souligna le médecin avec gravité. Vous devriez rentrer chez vous, il a besoin de repos.

_ Qu'est ce qu'il s'est passé, bordel ? demanda Jasper, une fois le médecin partit.

_ On était en train de plaisanter à propos de l'infirmière, tu sais, Rosalie. Et Edward a voulu rire, mais il s'est étouffé, raconta Emmett, complètement mortifié. Putain, tout ça, c'est de ma faute. Il aurait pu y rester à cause de moi ! s'énerva-t-il, plantant son poing dans le mur, creusant un léger fossé.

_ Cullen, tu vas arrêter ça tout de suite ! cracha le blond, furieux. C'est pas ta faute, okay ? Alors maintenant tu vas te la fermer cinq minutes, et on va rentrer tranquillement. On va dormir et ça va nous clarifier les idées une bonne fois pour toute. Bella, tu restes ici. Edward a besoin de toi. Et puis, ça m'étonnerait que tu veuilles partir, de toute manière, ajouta-t-il, compréhensif. Vois avec les médecins, normalement, en tant que fiancée, tu as le droit de faire installer un autre lit dans la chambre de ton compagnon.

J'acquiesçai, un léger sourire sur les lèvres, tandis que les garçons ne retenaient pas leur hilarité face au titre que je m'étais appropriée sans même qu'Edward ne soit au courant. Bah, ça n'avait pas d'importance pour le moment. On s'occupera de rectifier ça plus tard.

_ On se voit demain, d'accord ? ajouta-t-il avec plus de douceur alors que je hochai la tête.

Mue par une impulsion, je les pris tous les deux dans mes bras, dans le besoin d'avoir un contact physique avec eux. De mon côté, il n'y avait bien sûr, aucune ambigüité, mais nous nous étions soutenus mutuellement aujourd'hui et en ce sens, je me sentais proche d'eux. Ils me rendirent mon étreinte, et c'est après un dernier sourire encourageant qu'ils s'éloignaient tous les deux.

Je songeais à ce "privilège" de faire installer un autre lit dans la chambre d'un patient.

Un des avantages de porter une bague à l'annulaire gauche. Profites-en bien chérie !

Je me mis à rire toute seule à cette pensée et l'infirmière à mes côtés me lança un drôle de regard.

_ Dure journée, lançai-je en guise d'explication.

_ Ne vous en faites pas, je comprends parfaitement. Relâcher la pression peut faire beaucoup de bien, mais peut aussi provoquer des réactions inattendues, sourit-elle tout en m'adressant un clin d'œil complice.

_ Je suis Bella, me présentai-je, tendant poliment la main.

_ Rosalie, répondit la superbe infirmière, me serrant la main énergiquement.

_ Dites, pendant que j'y pense. Il paraît que l'on pourrait installer un autre lit dans une chambre. C'est vrai ?

_ Oui, mais tout dépend de la nature des liens que vous entretenez avec le patient.

Je lui désignais mon annulaire gauche avec un sourire. Rosalie m'adressa un nouveau clin d'œil et interpella un de ses collègues.

_ Hey, Matthew !

_ Oui ? répliqua l'interpelé.

_ Tu veux bien installer un autre lit dans la chambre …, ajouta-t-elle, se tournant vers moi pour que je complète sa phrase.

_ 323, lui répondis-je.

_ 323, répéta Rosalie beaucoup plus fort.

_ C'est comme si c'était fait, rétorqua le dénommé Matthew avant de s'éloigner à nouveau.

_ Vous voulez qu'on vous dépose un repas, tout à l'heure ?

Je la regardais, les yeux exorbités. Personne n'était sans ignorer que la nourriture dans les hôpitaux était infecte. Se moquait-elle de moi ?

_ Je crois que j'ai ma réponse, s'exclama-t-elle en riant. On commande mexicain avec l'équipe. Vous commandez avec nous ?

_ C'est gentil, mais je suis simplement épuisée. Je vais attendre que l'on installe le lit et je vais m'écrouler dessus comme une masse. J'ai eu une dure journée. Merci quand même !

_ Pas de quoi. Bonne nuit, dans ce cas, lança Rosalie avant de s'éloigner et de me faire un petit signe de la main auquel je répondis de bon coeur.

Il ne fallut guère longtemps à cet adorable Matthew pour remonter et venir installer un lit dans la chambre d'Edward. A ma demande, on colla les deux lits ; celui d'Edward et le mien. Matthew m'envoya un sourire attendri avant de quitter la pièce et me souhaiter une bonne soirée. Grimpant sur le lit, j'enlevais mon gilet plein de sang et m'allongeai aux côtés d'Edward.

Sa respiration était calme, et cela me rassura. Son visage était si paisible quand il dormait que je ne résistais pas à l'envie de tracer ses traits du bout des doigts. Il remuait légèrement et tendit inconsciemment son visage vers ma main. Je souris, pleine de joie. Peut-être que tout n'était pas mort entre nous ? Que j'arriverais à réparer les pots cassés ? Qui sait ?

Je nouais mes doigts aux siens et me collait à lui sans pour autant entraver les tubes auxquels il était relié. Posant ma tête près de la sienne, je bougeais légèrement pour pouvoir murmurer à son oreille.

_ Je t'aime.

Epuisée, je me replaçais et me laissait engloutir par le sommeil.


Mes excuses pour ce retard, mais à ma décharge, j'avais un boulot monstre. Prière de me pardonner ;)

J'espère que ce chapitre vous plaira ! Personnellement, j'ai bien aimé l'écrire. On comprend un peu mieux Bella, et surtout, on peut anticiper les événements à suivre. Donc voili, voilou.

Ensuite, mes petites réponses aux non-inscrites :

Angel : Encore merci pour tes Reviews qui sont tout simplement adorables et qui me touchent beaucoup. J'espère que tu as trouvé cette suite à la hauteur de tes espérances ;)

Nancy : Tu ne comptes tout de même pas porter plainte contre cette pauvre Rosalie, tout de même ? ^^. Ne t'en fais pas, elle va jouer son rôle d'infirmière attentionnée à merveille.

Et voilà, c'est tout pour aujourd'hui ! Pleins de bisous pour vous, mes lectrices, et j'attends vos impressions avec impatience !

Cécyle.