Voici la suite du début en deux parties de la saison 2 d'Halcyon! Je vous épargne un cliffhanger pour cette fois. Mais attention, juste pour cette fois! L'épisode 3 devrait paraître en décembre comme prévu.

Le site dédié à Halcyon: halcyon. e- monsite. c om.

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Episode 2.02 : Le prix d'une vie

Une vie ne vaut rien, mais rien ne vaut une vie.
(André Malraux)

Résumé des évènements évoqués dans la saison précédente :
Une partie de ces évènements a lieu dans la série Alias, qui ne m'appartient pas et le reste, dans ma fanfiction Programme Halcyon qui emprunte personnages et intrigues à Alias.

Elisha Clode et Sydney Bristow, venant de découvrir qu'elles sont sœurs, ont été infiltrées au Covenant ensemble pendant plus d'un an et appris à se connaître dans l'appartement qu'elles partageaient à Rome.

Lors d'une mission à Hong Kong, Elisha et Jack sont séparés de Sydney. Ils sont tous deux arrêtés par la CIA et le NSC et placés en détention, tandis que Sydney perd connaissance et se réveille sans souvenir des deux années précédentes.

Elle redécouvre bien des changements dans son ancienne vie, dont sa nouvelle petite sœur ! Elle ment à la CIA pour être envoyée en mission, s'enfuit et récupère un logiciel secret défense qu'elle utilise comme moyen de pression pour faire relâcher son père… et Elisha Clode, malgré ses réserves. Les deux jeunes femmes emménagent à nouveau ensemble, Elisha porte un bracelet traceur, doit consulter la psy de la CIA et n'a pas le droit de sortir du bâtiment de la CIA sans être accompagnée.

Deux agents de la CIA, Klein et Rotter, sont enlevés à Berlin par le Covenant, qui fait parvenir la tête de Klein à la CIA pour attirer leur attention. Puis l'organisation propose un échange entre Rotter et Choi Suk, ancien du K-Directorate et du LTTE retenu prisonnier à l'étage souterrain du bâtiment de la CIA à Los Angeles.

Lindsay, directeur du NSC, donne son feu vert mais pendant l'échange, il envoie des hommes pour arrêter les membres du Covenant et récupérer l'otage sans relâcher Choi. L'opération échoue et la CIA perd les deux. MacKenas Cole obtient de Choi Suk un contact qui le conduit à Sark, qu'il fait enlever.

* Générique *

Quelque part dans une pièce sombre et fermée à clé. 18 juin 2005.

« Bonjour, monsieur Sark, avait énoncé Cole dans le contre-jour de l'embrasure de la porte. Vous l'ignorez peut-être encore, mais nous allons faire de grandes choses ensemble.

- Si vous avez besoin de mes services, il y avait des moyens plus simples d'attirer mon attention, remarqua le mercenaire.

- Mais voyez-vous, il se trouve qu'il ne s'agit pas exactement de ce genre de contrat. Plutôt un accord du type… la bourse, ou la vie. »

Maison de Sydney, Los Angeles. 18 juin 2005.

Sydney se réveilla en sursaut, regardant autour d'elle. Le lit était vide. Elle se laissa retomber sur l'oreiller.

« Tout va bien, Syd ? s'inquiéta alors Michael en entrant dans la pièce avec un plateau petit-déjeuner.

À son apparition, le visage et les pensées de la jeune femme s'éclairèrent.

- Vaughn, tu es là !

- Où d'autre serais-je ? s'étonna-t-il. À Santa Barbara ?

- Vous devriez savoir qu'il a un prénom, l'informa alors une femme blonde assise sur sa commode, les jambes croisées. Michael, prononça-t-elle avec toute l'emphase de son accent britannique distingué en se levant pour embrasser ce dernier. Je suis la femme de Michael Vaughn. »

Sydney se redressa d'un bond dans son lit, bien réveillée cette fois. Vaughn et Lauren avaient disparu. L'espionne passa la paume de sa main sur son front trempé de sueur et se frotta les yeux, tentant de chasser ce rêve idiot. Elle se demanda un instant ce que le docteur Barnett en dirait, avant de décider qu'il était hors de question de le lui raconter.

Un coup d'œil vers le réveil cinq heures du matin. Inutile d'espérer se rendormir pour l'instant, aussi elle sauta hors du lit et se dirigea vers la cuisine pour boire un verre d'eau, de lait, ou peut-être de vodka – elle déciderait en chemin.

« Tout va bien, Syd ? s'enquit Clode, attablée au comptoir de la cuisine, en la voyant arriver.

- Ah, tu es là. Du mal à dormir ?

- Toujours les mêmes rêves, souffla la mercenaire, qui semblait aussi peu réveillée que son aînée, avant de se reprendre devant son air perplexe : Désolée, j'ai encore oublié. On… en avait parlé, à Rome.

- Ah ?

- Je sais que tu ne t'en souviens pas, débita vite la jeune femme. Je vais devoir accepter que tu n'es plus la même personne qu'à l'époque, que tu ne le seras peut-être plus jamais. C'est juste que… mon amie me manque.

- C'est ce que nous étions ? Des amies ? demanda Sydney, oscillant entre la curiosité et le scepticisme.

- Quelque chose comme ça, répondit Elisha en haussant les épaules. Ne t'y trompe pas, on se disputait pour tout et pour rien, mais… on faisait une bonne équipe.

- Et qu'est-ce que je t'ai dit sur ces fameux rêves ? J'aurais bien besoin d'un remède miracle.

- Tu as dit que c'était normal. Tu m'as parlé de la mort d'un de tes contacts, un Egyptien. Et tu as dit que tu étais là, si j'avais besoin de parler.

- Whaouh, je suis douée pour les conseils bidon.

- C'était tout ce dont j'avais besoin, assura Clode, songeuse.

- Mochtar, murmura Syd.

- Euh… c'est une insulte dans quelle langue ?

- C'était le nom de mon contact. Mochtar.

À cet instant, les deux jeunes femmes entendirent racler la porte de derrière. Elles se redressèrent d'un bond, tous leurs sens soudain en alerte. Quand le bruit se renouvela, Sydney brandissait le pistolet caché dans le frigidaire, cachette choisie après délibération avec Clode. Elle fit signe à cette dernière qu'elle la couvrait, et elles s'approchèrent de la porte.

Elisha posa la main sur la poignée, jeta un coup d'œil à Syd pour vérifier qu'elle était en place – et à cet instant celle-ci sentit au plus profond d'elle-même que c'était vrai, qu'elles formaient une bonne équipe, se comprenant instinctivement. Mais elle se reconcentra vite et était prête à toute éventualité lorsque la porte s'ouvrit.

De l'autre côté, un homme d'une petite soixantaine d'années, tout en longueur, les cheveux presque blancs. Il avait les yeux d'un animal traqué et sembla soulagé de voir les deux femmes.

« Lazarey ? souffla Clode, relâchant sa garde et le faisant entrer.

- Lazarey ? s'étonna à son tour Sydney. Le diplomate russe assassiné ?

La remarque lui attira un regard ébahi du défunt en question, tandis que Clode fermait la porte derrière lui et semblait rassembler ses forces pour l'explication qui s'en suivit :

- Elle a perdu la mémoire des deux dernières années, indiqua-t-elle d'abord à Lazarey, avant de se tourner vers Syd : Je te présente Andrean Lazarey, qui te connaît sous le nom de Julia Thorne. Le Covenant t'a envoyé le tuer mais tu as organisé une mise en scène et depuis, il se cache1. Il t'a aidée à retrouver certains objets de Rambaldi et il était notamment avec nous au Pérou2.

- Et je suis le père de Julian Sark3, ajouta-t-il devant une Sydney médusée. C'est à son sujet que je dois vous parler.

- Il va bien ? s'inquiéta Elisha, son accent irlandais ressortant sous le coup de l'émotion – son aînée avait cru comprendre que les deux psychopathes ne faisaient pas que du tricot ensemble.

- Je l'ignore, répondit le diplomate avec une anxiété perceptible. Mais il a été enlevé et tout me porte à croire que le Covenant est responsable. »

Niveau souterrain, bâtiment de la CIA à Los Angeles.

« Je vous ai déjà dit tout ce que je savais, s'agaça Bogdan Efremov derrière la vitre de sa cellule au sous-sol des locaux de la CIA.

- Eh bien vous allez me le répéter, fit Katya Derevko d'un ton péremptoire. Le Covenant détient votre ancien voisin de chambrée et un excellent agent de la CIA, père de famille de surcroit, dans une de leurs planques, et s'il y a la moindre chance de trouver ne serait-ce qu'un petit indice sur la ville, le pays ou le continent où ils se trouvent, alors je passerai des heures à vous écouter sans broncher.

- Vous n'aviez qu'à ne pas disposer de Choi comme d'une vulgaire marchandise. C'était un peu cavalier de votre part, et j'aime autant vous dire que si vous espérez m'utiliser de la même façon, je ne me laisserai pas conduire à l'abattoir comme un mouton !

- N'avez-vous pas encore compris que vous êtes un investissement, rien de plus, rien de moins ? Tant que vous restez utile, vous n'avez rien à craindre. Parlez-moi de ces planques.

- Je ne les connais pas ! s'énerva le prisonnier avant de s'enquérir : Vous savez s'ils l'ont gardé en vie ? Choi ?

- Mais ma parole… vous vous inquiétez pour lui ? comprit la Russe. C'est trop mignon !

- Non, c'est juste que… enfin, je me sentais moins seul quand on pouvait discuter un peu.

- Alors aidez-moi à le ramener, s'impatienta Katya. Où le Covenant a-t-il pu les emmener ? »

Bureaux de la CIA à Los Angeles, salle de briefing.

Projetée sur l'écran géant, une vidéo de surveillance d'une banque. Sark apparaissait, accompagné d'un homme qui braquait manifestement une arme sur lui par-dessous sa veste. Ils s'entretenaient avec le directeur, puis repartaient.

« Ces images ont été filmées il y a une dizaine d'heures à Saragosse, en Espagne, indiqua Will Tippin. L'un des clients de ce réseau bancaire était Andrean Lazarey, diplomate russe exécuté l'an dernier.

Will fit son possible pour ne pas jeter un coup d'œil vers Sydney, d'autant que Lauren Reed avait redressé la tête à ces mots, clairement intriguée.

Trois heures plus tôt, l'analyste avait été réveillé par la sonnerie de son téléphone portable. À l'autre bout du fil, la voix de Sydney qui lui demandait de les rejoindre, Clode et elle, précisant que c'était important comme si l'heure de son appel n'était pas assez inquiétante.

Le temps de sauter dans les premiers vêtements qui lui passaient sous la main puis dans sa voiture, il arriva chez les deux sœurs vers six heures trente. Syd l'attendait à la porte et le conduisit jusqu'au salon, où Elisha était assise aux côtés d'un homme d'âge mur qui lui tenait la main, sans que Will parvienne à déterminer lequel des deux réconfortait l'autre.

« Vous êtes Andrean Lazarey, avança-t-il – comme toute la division, il savait que le NSC enquêtait à ce sujet.

- Y a-t-il une seule personne qui ignore que je suis mort ? tenta de plaisanter le diplomate, ses traits restant figés par l'inquiétude. Vous ne faites pas les choses à moitié, ma chère, ajouta-t-il en regardant Sydney.

Tippin comprit que son amie devait avoir organisé la fausse mort de Lazarey durant sa période sous couverture au Covenant. Mais ce n'était pas le sujet du jour, à en juger par les mines d'enterrement du ressuscité et de la transfuge.

- C'est le père de Julian, annonça effectivement cette dernière. De Sark, se reprit-elle aussitôt – mais ce n'était pas comme si Will n'avait pas déjà eu des soupçons à ce sujet la découverte de ce lien de famille le surprenait davantage.

- Je l'ai abandonné enfant, expliqua Lazarey, anticipant sa question. J'espérais le protéger de mes ennemis, mais ils sont de toute évidence parvenus à le retrouver. D'abord Halcyon, et maintenant le Covenant. Ils veulent récupérer son héritage.

- Comment l'avez-vous appris ?

- Lorsque nous nous sommes retrouvés il y a un peu plus de six mois, je l'ai prévenu que cela pourrait arriver. J'ai toujours voulu que mon fils hérite un jour du patrimoine de ma famille, qui ne se résume pas à de l'argent, mais j'étais loin de me douter à l'époque de la mise en scène de mon assassinat que cela pourrait le mettre en danger. J'ignore d'ailleurs encore comment ils ont découvert son identité. Mais Dieu merci, nous avons pu mettre en place un piège. La banque m'a contacté, ou plutôt a cru contacter mon notaire, il y a quelques heures, comme convenu dans le cas où un héritier se présentait. Et comme convenu, ils ont demandé à cet héritier un échantillon d'ADN pour effectuer un test. C'est un subterfuge que Julian et moi avons imaginé pour forcer ses ravisseurs à l'amener deux fois à la banque et me laisser le temps d'agir. En l'occurrence, de vous prévenir.

- Là où tu interviens, dit Sydney, c'est pour communiquer cette information à la CIA sans mettre en danger Lazarey en révélant qu'il est en vie. »

- Nous avons contacté le directeur de la banque, reprit Will en reposant sa tasse de café noir, qui nous a expliqué que Sark s'était présenté comme l'héritier de Lazarey. Ce dernier avait mis en place un protocole de sécurité pour que seul son fils puisse récupérer le contenu de son coffre personnel, qui selon la rumeur contient toute la fortune des Romanov4. L'homme accompagnant Sark a semblé assez contrarié qu'il faille revenir le lendemain, une fois que la banque aura réalisé un test ADN en urgence.

- L'avez-vous identifié ? interrogea l'agent Reed.

- C'est Gordei Volkov, intervint Sydney. Directeur d'opération du Covenant depuis un an, après avoir quitté les services secrets russes et joué les tueurs à gage quelques temps. C'est à lui que j'ai repris le logiciel de Rambaldi5, ce qui ne lui a peut-être pas valu de promotion…

- Le Covenant serait-il en train de se reconvertir dans les enlèvements avec rançon ? s'étonna Dixon. D'abord Klein et Rotter, maintenant Sark…

- Nous pensons que les deux affaires sont liées, expliqua Tippin en faisant signe à Cecilia Hagan de prendre sa place devant l'écran.

La jeune femme se leva précipitamment et remit en place sa frange blonde, de toute évidence un peu mal à l'aise de devoir s'exprimer devant cette dizaine de personnes toutes plus expérimentées qu'elle. Se forçant à lever ses yeux bleus vers ces dernières, elle commença :

- D'après le timing que nous avons pu reconstituer, Sark a probablement été enlevé une heure à peine après l'échange de prisonniers dans le désert de Sonora. Tout nous porte à croire qu'il avait rendez-vous avec un contact et qu'il était relativement en confiance, puisque nous n'avons pas retrouvé les corps d'éventuels renforts que le Covenant aurait dû éliminer. Quant à Choi Suk, nous n'avons toujours pas retrouvé son cadavre non plus, alors que si le Covenant avait voulu en faire un exemple, il aurait certainement été placé bien en évidence. Connaissant ses connexions dans le monde des organisations terroristes, il est raisonnable d'imaginer que ce soit lui qui ait fourni à ses ravisseurs les informations nécessaires pour atteindre Sark.

Ses deux mains jointes pour se donner une contenance, l'analyste junior retourna s'asseoir sous le regard satisfait de Will… qui remarqua le sourire discret de félicitations que l'agent Simmons adressait à Hagan depuis l'autre côté de la table. Alors ces deux-là tentaient bel et bien l'aventure, pensa-t-il distraitement.

- Nous pouvons donc supposer que Volkov et Sark retourneront à la banque demain, conclut Dixon en vérifiant d'un regard autour de la table que les autres participants étaient du même avis. Ce qui veut dire qu'ils ne pourront guère s'éloigner de Saragosse. Que savons-nous des planques du Covenant en Espagne ?

- Je n'ai rien pu tirer d'Efremov, admit à regret Katya Derevko. Il a eu peu de contacts directs avec le Covenant et j'ai bien peur qu'en la matière, nous l'ayons déjà pressé comme un citron.

- Je propose de consulter Sloane, articula alors Sydney, les mâchoires serrées, à la surprise générale. C'est lui qui m'a renseignée sur Volkov, il est donc probable qu'il puisse avoir accès à d'autres informations sur le Covenant.

Derrière le dégoût que suscitait Arvin Sloane chez Clode comme chez la plupart des personnes présentes, en particulier la famille Bristow-Derevko et le directeur Dixon, Will crut lire une forme de reconnaissance envers Sydney. Comme de la surprise que l'espionne soit prête à faire appel à l'ancien directeur du SD-6 pour sauver Sark. Même s'il était clair qu'elle ne se faisait aucune illusion sur les intentions de la CIA…

- Très bien, convint Dixon. Les agents Reed et Bristow ainsi que mademoiselle Clode iront donc interroger monsieur Sloane à Zurich, puis rejoindront Weiss et Simmons qui auront installé un QG d'opération à Saragosse en Espagne. Marshall, vous gérerez les communications pour que tout se déroule sans accroc. Selon les informations fournies par Sloane, nous tenterons d'intervenir avant ou après le second passage de Sark à la banque. Les deux objectifs prioritaires sont d'empêcher le Covenant d'avoir accès à cet argent, et de ramener l'agent Rotter sain et sauf les objectifs secondaires sont de ramener Choi, Sark et tout membre du Covenant qui pourrait nous fournir des informations utiles. »

Comme souvent, Will resta quelques instants dans la salle de briefing déserte avant de retourner au bureau des analystes en pleine ébullition. Il s'était levé bien trop tôt pour ne pas profiter de ce moment de répit.

Les yeux fermés, sirotant le fond de son café, il entendit des bribes de conversation provenant de l'extérieur de la salle, et tendit l'oreille.

« Tu es sûre que tout va bien ? s'inquiétait Jack Bristow sur un ton que Will ne lui connaissait pas – puis il se rappela de la nuit où Sark l'avait relâché, en miettes, et où il était tombé dans les bras de Bristow6, et cette sollicitude lui sembla d'un coup moins étrange. Je comprends tout à fait que tu veuilles participer à cette mission, mais si tu ne t'en sens pas capable, personne ne t'en voudra. Cela ne remettra pas en question ta liberté.

- Je ne peux pas rester à rien faire, murmura Clode si bas que Tippin devinait plus qu'il ne l'entendait. Il faut que… Tu sais, je peux gérer le fait d'être loin de lui. Je pourrais même accepter qu'il me déteste s'il le fallait. Tant qu'il va bien. Il faut qu'il aille bien. »

Peu habitué à entendre la mercenaire sans peurs et sans reproches s'exprimer ainsi, l'analyste ne s'en étonna pourtant qu'un instant après tout, ne ressentait-il pas la même chose pour une certaine personne ?

Bureaux de la CIA à Los Angeles, cabinet du Dr Judy Barnett.

« Mon avion décolle dans moins d'une heure, signala Sydney en arrivant avec dix minutes de retard à sa séance.

- Si la majorité de mes patients n'avaient pas les mêmes emplois du temps chaotiques, je croirais que vous m'évitez, s'amusa Barnett, cherchant de toute évidence à provoquer une réaction.

Par esprit de contradiction, Sydney garda le silence.

- Y a-t-il un sujet en particulier que vous vouliez aborder aujourd'hui ? s'enquit alors la thérapeute.

- Je vais interroger Arvin Sloane, marmonna l'espionne. C'est toujours… traumatisant. Il arrive toujours à trouver un point faible, un angle d'attaque.

- Vous ne croyez pas à sa rédemption ?

- Non. Je ne crois pas que la rédemption soit possible après tout ce qu'il a fait. Et si jamais elle l'est, c'est une affaire entre lui et Dieu. Ou ce fichu Rambaldi. Il m'a fait trop de mal pour que je lui fasse confiance à nouveau. Qu'est-ce que je suis censée faire ? Lui pardonner, tendre l'autre joue ? Très peu pour moi. Je veux bien accepter qu'il soit utile, mais on ne tourne pas le dos à un serpent.

- Votre colère est-elle seulement dirigée vers lui ?

- Non, sans doute pas, admit Sydney. En ce moment, je suis en colère contre la plupart des gens. Et en y réfléchissant, c'était peut-être aussi le cas il y a deux ans. Je m'en rends compte. Je me vois m'énerver sur Clode tout en voyant bien qu'elle fait des efforts, sur Lindsay en dépit des conséquences que cela pourrait avoir pour moi et toute la division… mais je ne peux pas m'arrêter. J'en veux à Vaughn de s'être marié. Alors que dans l'absolu, si j'étais vraiment morte, j'aurais voulu qu'il refasse sa vie. Mais c'est comme si… d'une façon ou d'une autre, il aurait dû sentir que j'étais toujours là, quelque part.

- Vous savez, la colère, comme toutes les autres émotions d'ailleurs, n'a rien de négatif en elle-même. C'est ce qu'on en fait qui change tout. On peut la canaliser, la laisser exploser… ou nous dévorer.

- C'est drôle. C'est encore cette colère qui me rapproche le plus de l'Élue de Rambaldi, à mes yeux. Plus que ce croquis me ressemblant ou ces détails physiologiques comme la taille de mon cœur ou mon taux de plaquettes. Vous savez, ce que dit la Prophétie : « elle réunira mes travaux avec fureur. Une colère ardente.7 » J'ai vu le mont Subasio, mais de toute évidence cela n'a pas suffi à apaiser ce feu.

- Cela vous inquiète ?

- Je ne sais pas. Je n'y crois pas. Je ne veux pas y croire. Mais il y a des choses troublantes. Comme ces trois Temps prédits par Rambaldi, qui coïncident avec ma mort en 2003, l'évasion de Clode en 2004 et ma perte de mémoire en mai dernier.

- Comment l'interprétez-vous ?

- Je ne sais pas. C'est sans doute censé prouver que je suis bien l'Élue, que ce n'est pas ma mère comme j'avais voulu m'en convaincre. Et que tout cela, ces deux ans perdus, cela fait partie d'un plan. Un plan élaboré ou au moins révélé par un inventeur mystique il y a cinq siècles. Pour tout vous dire, l'idée m'est extrêmement désagréable. »

Siège social d'Omnifam, Zurich, Suisse. 19 juin 2005.

Les trois jeunes femmes étaient assises côte à côte, de la plus blonde à la plus brune, Elisha ayant le plaisir de servir de tampon entre les deux femmes de la vie de Michael Vaughn, qui avait de toute évidence des goûts des plus éclectiques. L'agressivité dans la pièce était palpable, et la mercenaire faillit pousser un soupir de soulagement à l'entrée d'Arvin Sloane, qui canalisa en un instant toutes les ondes négatives.

Puis elle s'empressa de se préparer au pire et tenta de se détendre en faisant un pari mental : le champion du monde en lancer de pomme de discorde allait d'abord s'attaquer aux liens du sang avant d'aborder les triangles amoureux.

« Comme je suis heureux de vous revoir, s'exclama le philanthrope flamboyant en s'asseyant à son bureau, en face de ses hôtes.

- Nous avons besoin d'informations sur les planques du Covenant en Espagne, plus précisément aux alentours de Saragosse, annonça Lauren.

- Qu'est-ce qui vous incite à penser que je pourrais en avoir ?

- Le fait que vous aviez un dossier sur les directeurs d'opération du Covenant la dernière fois que je vous ai parlé, répliqua Sydney.

Clode lut sur les traits de Sloane qu'il allait envoyer une pique et se jeta à l'eau :

- Arrêtons de tourner autour du pot. Sydney est ma sœur, Vaughn a épousé Lauren et vous savez tout sur nos moindres ressentis. Vous êtes vraiment désolé pour nous et ça vous fait planer. Okay, on a compris. Ça c'est fait, maintenant est-ce qu'on peut aussi passer les atermoiements et autres menaces, et avoir les infos tout de suite ?

Sortant de sa transe, Ely remarqua trois paires d'yeux médusés fixés sur elle. Elle avait craint de s'attirer les foudres de l'une ou l'autre de ses accompagnatrices, mais non – on aurait même pu prendre l'éclat furtif dans leurs yeux pour de l'admiration… et de la gratitude. Mais bon, cela devait être un effet d'optique.

Sloane, quant à lui, mit un instant à reprendre sa respiration avant de sourire, bon perdant :

- Cela a le mérite d'être clair. Voici un dossier sur les planques européennes du Covenant dont j'ai connaissance, dit-il en tendant un classeur à Elisha. Je pense que vous trouverez votre bonheur aux alentours de la page dix.

La mercenaire ouvrit le document à la page dite, le plaçant de façon à ce que Sydney et Lauren puissent lire. Il s'agissait d'un entrepôt à quelques kilomètres de Saragosse, au sujet duquel il était notamment précisé : présence probable d'un complexe souterrain.

- Personnellement, se permit de lancer Ely qui savourait sa victoire, je préfère ce type de document aux biscuits chinois à la Rambaldi. Courir après des objets vieux de cinq-cents ans pendant toute sa vie pour recevoir un sermon sur la paix dans le monde, très peu pour moi… Rappelez-moi dans quelle langue ce message était ? En grec, peut-être ? envoya-t-elle avant de se lever.

Une fois en bas de l'immeuble, près de l'une des deux fontaines en forme de triangle sans base qui l'encadraient8, Sydney attrapa le bras d'Elisha.

- Irina ! s'exclama-t-elle, s'attirant un regard perplexe de la part de l'agent Reed. Je n'arrive pas à croire que j'étais passée à côté. La paix, en grec, c'est irini9… Quand as-tu fait le rapprochement ?

- À l'instant, en fait, avoua Clode avec une petite moue.

- Intéressant, » souffla Lauren tandis que Sydney secouait la tête de gauche à droite, abasourdie.

Un avion au-dessus de la France.

Lauren comptait profiter du trajet en avion pour contacter le Covenant elle avait été accaparée par Dixon après le briefing, puis par Lindsay en visioconférence pendant quasiment tout le vol jusqu'à Zurich et au début de celui en direction de Saragosse.

C'était sans compter sur Sydney Bristow, qui vint s'asseoir à côté d'elle avec un sourire timide et un regard interrogateur. Lauren répondit à son sourire et ferma son ordinateur portable, tenant à ménager la chèvre et le chou et consciente qu'elle ne gagnerait rien à se la mettre à dos.

« Je me suis dit que nous pourrions discuter, commença l'agent de la CIA. Nous allons devoir travailler ensemble, et on ne peut pas dire que je vous aie montré mon côté le plus favorable jusqu'ici…

- Vous n'êtes revenue que depuis moins d'un mois, l'apaisa Lauren. Je comprends tout à fait qu'il vous faille du temps pour vous adapter.

- Oui, souffla Sydney. Vous savez… tout le monde trouverait normal qu'on se déteste… mais ce serait dommage, non ?

- C'est vrai, acquiesça l'agent de liaison. J'espère que nous pourrons l'éviter. »

À sept kilomètres de Saragosse, Espagne.

« Oui, elles devraient arriver d'une minute à l'autre, soufflait l'agent Simmons au téléphone. On lancera sans doute l'intervention peu après. Ne t'inquiète pas, cette fois-ci je resterai au QG avec Reed pour assurer les liaisons radio et la surveillance. Les voilà, je te laisse, ajouta-t-il en voyant la voiture de location des trois femmes se garer de l'autre côté de la rue. Moi aussi.

- La jolie petite analyste ? s'enquit Weiss avant de murmurer d'un air conspirateur : Ah, j'avais oublié, c'est un secret...

Simmons se contenta de hausser les épaules en faisant coulisser la porte du van pour y laisser entrer Bristow, Clode et Reed.

- Bon vol ? s'enquit-il, préférant couper l'herbe sous le pied de Weiss au cas où il aurait pensé lancer une allusion à Cecilia.

- J'ai connu pire, répondit Clode en constatant que ses deux compagnes semblaient perdues dans leurs pensées. Vous avez pu vérifier les infos de ce cher Arvin ?

- Marshall a examiné les images satellite, confirma Eric. Je le laisse vous expliquer.

- Euh, balbutia le génie des gadgets dont le visage apparut sur l'écran de l'ordinateur, il y a bel et bien un sous-sol où j'ai détecté une, hum, dizaine de signes de chaleur, dont trois isolés. À partir de l'historique des images et du moment de leurs captures respectives, il est fort probable, euh, qu'il s'agisse de Sark, Choi et Rotter. J'ai aussi pu… repérer des allées et, euh, venues de membres du Covenant, dont MacKenas Cole et Gordei Volkov.

- Ils sont encore à l'intérieur ? s'enquit Lauren.

- Cole est reparti il y a deux heures, dit Simmons, mais Volkov doit toujours être là. Dixon nous a donné le feu vert pour intervenir dès votre arrivée.

- Mais avant ça, je dois savoir si je peux compter sur toute l'équipe, énonça Weiss en fixant Clode, bientôt imité par les trois autres.

- Vous voulez connaître mes motivations ? L'homme que j'aime est prisonnier dans cet entrepôt, martela-t-elle, et la seule indication que j'aie de son état est ce petit point rouge sur l'écran. Alors tant que vous ne me demandez pas de le ramener à Los Angeles les menottes aux poignets, oui, vous pouvez compter sur moi. »

Sous-sol de l'entrepôt, Saragosse.

« Passenger pour le QG. Je suis en place, chuchota Clode dans sa radio.

- Mountaineer pour le QG. Moi aussi, prononça la voix de Sydney.

- Retriever en place, crépita celle de Weiss quelques secondes plus tard. C'est parti, je répète, feu vert pour l'intervention.

Elisha ouvrit la plaque du conduit d'aération du sous-sol, où les trois agents s'étaient introduits quelques minutes plus tôt, avant de se séparer pour rejoindre chacun la salle où était détenue la personne qui leur avait été assignée.

Faites que Julian aille bien. Elle ne savait pas à qui elle adressait cette phrase, ni même si c'était une injonction ou une supplique. Concentre-toi, lui souffla la voix d'Halcyon, et pour une fois elle fut bien obligée d'approuver.

La jeune femme se laissa glisser jusqu'au sol de la cellule, se demandant furtivement combien de fois elle avait pu effectuer ces mêmes gestes. Face à elle, dans un recoin sombre, une forme humaine était accroupie sur une couverture étalée à même le sol. Avant d'en discerner les traits, Ely sut qu'elle était blessée. Se demanda l'espace d'un instant si Marshall avait pu se tromper, si cela pouvait être Julian.

« Choi ? interrogea-t-elle en approchant prudemment.

- Clode ? lui répondit une voix affaiblie qui était néanmoins indéniablement celle du Coréen, tandis qu'il exposait son visage au faible rayon de lumière filtrant à travers le chambranle de la porte. Je ne croyais pas que quelqu'un viendrait.

- Je sais ce que ça fait, sourit Elisha. Vous êtes en état de crapahuter dans les tuyaux ?

- J'ai bien peur que non, répondit l'ancien du K-D en désignant une vilaine blessure à son genou, assortie aux écorchures sur son visage et aux brûlures sur ses bras, caractéristiques d'électrocutions.

- Ils vous ont torturé. Pour que vous leur donniez Sark ?

Choi acquiesça douloureusement. Ely ravala sa salive.

- Bon, appuyez-vous sur moi. Passenger pour le QG, j'ai Choi. Il est blessé. Le couloir est dégagé ?

- Positif, répondit la voix agréablement chaleureuse de Marshall dans son oreillette.

- Retriever pour le QG, j'ai Sark. Retour par là où je suis arrivé.

Ely dut se faire violence pour ne pas demander de nouvelles du jeune homme. Plus tard, s'exhorta-t-elle en déclenchant la petite charge de C4 qu'elle venait de placer sur la serrure, avant d'ouvrir la porte d'un coup de pied.

Soutenant le Coréen, elle commença à progresser vers la sortie.

- Oh là là, vous allez avoir de la compagnie, Passenger, l'avertit Marshall.

- Mountaineer pour le QG, j'ai Rotter. Nous prenons le couloir pour rejoindre la position de Clode et Choi.

- Ely, trois individus arrivent sur vous par le prochain couloir à droite, et un par derrière, paniquait Marshall depuis LA.

Elisha tenta d'accélérer, mais Choi était trop faible. Elle sentait sa peau bouillir à travers sa chemise, et il était à peine conscient maintenant – et pesait de tout son poids.

- Je commence à en avoir marre de sauver vos grosses fesses, s'énerva-t-elle sans qu'il semble l'entendre.

- Passenger, ils vous repéreront dans moins de dix secondes, prévint Simmons.

La jeune femme regarda autour d'elle, à la recherche d'une issue, puis déposa son fardeau au sol et se mit en position de combat.

Le premier homme qui apparut devait peser cent-vingt kilos pour deux bons mètres et, Elisha le soupçonnait, pas un seul gramme de graisse. Ne te laisse pas déstabiliser, la force n'est pas tout, l'encourageait la voix d'Halcyon. Oui, mais ça aide, répliqua-t-elle en son for intérieur.

Il ne commit pas l'erreur de lui foncer dessus et approcha très calmement, ce qui la privait d'énergie cinétique à réutiliser. Elle venait tout juste d'éviter un direct droit à cent kilomètres heure quand les trois autres gardes débouchèrent de leur couloir. C'est ce moment que choisit Sydney pour annoncer par radio :

- On a un petit contretemps.

Clode n'avait pas souvent douté de sa capacité à se sortir d'une situation… et s'apprêtait à l'envisager lorsqu'elle entendit un bruit derrière elle : c'était la tête d'un de ses assaillants, que Julian venait d'écraser contre le mur.

Elle lui aurait bien demandé ce qu'il faisait là, ou à la réflexion se serait plutôt jetée dans ses bras, mais il restait trois armoires à glace belliqueuses.

Ely saisit le bras du colosse et s'arcbouta pour le tirer en avant, et d'un regard, son ami comprit ce qu'elle avait en tête. Entraîné par son poids, le garde voltigea entre ses deux confrères et jusqu'aux mains secourables de Sark, qui parvint à le projeter au sol mais eut plus de mal à l'y maintenir.

Pendant ce temps, Elisha bataillait avec les deux autres gardes, de gabarit bien plus raisonnable. Lorsqu'elle parvint à assommer le dernier, Julian était déjà à l'autre bout du couloir. Ils échangèrent un regard et la jeune femme aurait tant voulu lui expliquer la situation, lui dire ce qu'elle ressentait. Elle s'y apprêtait, elle allait faire fi de son micro et de tous les agents qui écoutaient… mais c'est à ce moment que Sydney arriva, accompagnée de l'agent Rotter.

- Pas un geste ! s'exclama Syd – mais Julian disparaissait déjà dans un autre couloir. QG, Sark s'enfuit. Où est Weiss ?

- Ici, répondit ce dernier en sortant d'une cellule, se massant les tempes.

- Tout va bien ? s'enquit Rotter auprès de Clode, qui restait figée tandis que Sydney jetait un œil à la bosse sur la tête de Weiss.

- Oui, se reprit-elle. Elisha Clode, ravie de vous rencontrer en vie, ajouta-t-elle en lui serrant la main avant de soulever Choi et de se glisser sous son bras droit.

- Moi de même, » répondit l'agent avec un sourire, prenant le bras gauche du Coréen pour l'aider.

Bureaux de la CIA à Los Angeles, cabinet du Dr Judy Barnett. 20 juin 2005

« Et on est simplement sortis de l'entrepôt, relatait Elisha. Sydney et Rotter avaient déjà mis hors d'état de nuire les trois gardes restants.

- Vous ne vous êtes pas beaucoup étendue sur cette rencontre avec Julian Sark, remarqua la thérapeute.

- Oui, je suppose que je… repoussais le moment de vous en parler. C'était… bref. Comme… Comme une goutte d'eau quand on meurt de soif. Le supplice de Tantale. On n'a pas pu échanger un seul mot, juste un regard, alors qu'il mérite tellement mieux. Au moins une explication. Je veux dire, cela faisait déjà des mois qu'il mettait sa vie en suspens pour me couvrir, me voir une fois de temps en temps, sans jamais poser de questions. Alors qu'il avait ses propres problèmes.

- Et qu'auriez-vous aimé lui dire ?

- Qu'il me manque, murmura la jeune femme en haussant les épaules. Que je donnerais tout pour être avec lui, mais que ma place est ici pour l'instant. Que je l'aime, finit-elle dans un souffle, les yeux dans l'eau.

- Qu'en est-il de vos relations avec vos collègues ?

- Je prends mes marques, je suppose. Peu à peu. J'ai un peu moins peur de m'imposer. Quand Weiss a remis en cause ma loyauté, je n'ai pas hésité à le renvoyer dans les cordes. Tout en étant honnête…

- Comment ça ?

- Je lui ai dit qu'il pouvait compter sur moi tant qu'il ne me demandait pas de faire Julian prisonnier. Et c'est vrai que… j'appréhende d'éventuelles autres « rencontres » en mission, car je serais bien incapable de lui tirer dessus ou de l'arrêter.

- En fait, vous avez toujours été dans le même camp, énonça la psychologue en demandant confirmation du regard.

- Je ne sais pas. Je n'avais jamais vu les choses comme ça, mais oui, en quelque sorte. Nous avons souvent partagé les mêmes employeurs et quand je ne faisais confiance à personne, il était celui dont je me défiais le moins… Mon statut de transfuge en semi-liberté ne peut pas y changer grand-chose. »

Maison de Sydney, Los Angeles.

Eric avait sonné à la porte après le dîner, une bouteille de tequila à la main. Il n'avait rien dit, arrivant simplement au moment où Sydney avait besoin d'un ami.

Une demi-heure plus tard, ils étaient installés côte à côte sur le canapé et avaient vidé la moitié de la bouteille. Une boule de chaleur envahissait la poitrine de Sydney, et un nuage de coton enveloppait ses pensées.

« Alors, tu as rencontré Lauren, dit Weiss. Tu crois que ça va aller, la voir tous les jours ?

- Oui, je veux dire, elle a l'air sympa… tenta Sydney.

- Tu la détestes, affirma son ami.

- Je la déteste, confirma-t-elle. Je veux dire, ça n'a rien à voir avec elle, c'est juste…

- La femme de Vaughn, termina-t-il pour elle.

- Tu sais quoi ? dit-elle, impatiente de changer de sujet. Il y a quelques avantages à perdre toutes ses affaires dans un incendie.

- Ah bon ? s'étonna Weiss, l'air tout aussi embrumé qu'elle.

- … à mourir et revenir à la vie, continua la jeune femme sur sa lancée tout en versant deux nouveaux shots de tequila.

- Non, non, protesta Eric en tentant de relever la bouteille au-dessus de son verre. Bon, d'accord, juste un petit alors…

- Pense un peu à… tout ce papier accumulé au fil des ans. Des coupures de journaux… les albums de promo du lycée… des vêtements que je n'allais jamais, jamais plus porter… des photos, commença Syd avant de comprendre ce que cela voulait dire, n'y ayant pas encore pensé… des cadres photo, continua-t-elle en sentant les larmes lui monter aux yeux.

Ses photos d'anniversaire, quand elle était petite, les photos d'elle et Danny, de Fran, les photos de sa mère lorsqu'elle n'était encore que Laura Bristow…

- Oui mais quand même, réagit Eric, étranger à la douloureuse prise de conscience de Sydney… Il doit bien y avoir quelque chose que tu avais… et qui te manque terriblement maintenant ?

Malgré ses efforts, l'espionne ne put s'empêcher de penser immédiatement à Vaughn, et son ami s'en aperçut, puis corrigea vite en balbutiant :

- Je voulais dire une chose, un objet.

- Je sais ce que tu veux dire, le rassura Sydney, n'arrivant pourtant pas à chasser l'image de Michael de ses pensées. J'avais… un exemplaire de la première édition d'Alice au Pays des Merveilles, ma mère me l'avait offerte pour mes cinq ans. Malgré ma relation… compliquée, avec elle, c'était… un des objets auxquels j'étais vraiment attachée.

À cet instant, Elisha Clode sortit de sa chambre et s'approcha doucement.

- Euh, désolée de vous interrompre, j'ai entendu votre conversation, disons que je ne pouvais pas faire autrement, souffla-t-elle en mimant quelqu'un qui buvait à la bouteille avant de sourire avec un haussement d'épaules. Vous parlez fort. Donc, je t'ai entendu parler d'Alice au Pays des Merveilles, et il faut que tu saches qu'athair t'en a offert une autre première édition pour Noël dernier, pour remplacer celle que tu avais perdue. Elle doit être quelque part dans ces cartons, ajouta-t-elle en désignant les quelques affaires qu'elles n'avaient pas encore déballées, avant de s'en approcher, de soulever quelques livres et d'exhiber fièrement l'exemplaire en question. Tu y avais glissé les quelques photos que tu as pu récupérer, merci le stockage de fichiers sur Internet… J'ai pensé… que tu voudrais l'avoir, souffla-t-elle en le tendant à Sydney.

- Merci, » ânonna cette dernière, tenant le livre entre ses mains comme un trésor.

*Générique de fin*


1 Voir épisode 3 : Double jeu.

2 Voir épisode 12 : À tombeau ouvert.

3 Voir épisodes 12 : À tombeau ouvert, et 13 : Quelqu'un de bien.

4 Lazarey est un héritier de la famille royale russe des Romanov, voir épisode 3 : Double jeu.

5 Voir épisodes 19 et 20 : Le monde change… … et nous avec.

6 Épisode 1.22 d'Alias (57 minutes), également cité dans l'épisode 5 d'Halcyon : Le calme avant la tempête.

7 La prophétie de Rambaldi concernant l'Élue : en anglais « This woman here depicted will possess unseen marks. Signs that she will be the one to bring forth my works, bind them with fury. A burning anger, unless prevented. At vulgar cost, this woman will render the greatest power unto utter desolation. This woman, without pretense, will have had her effect, never having seen the beauty of my sky behind Mount Subasio. Perhaps a single glance would have quelled her fire. »

Traduction française : « Cette femme ici représentée possèdera des marques invisibles. Des signes qu'elle sera celle qui révèlera mes travaux, les rassemblera avec fureur. Une colère ardente, à moins d'être arrêtée. Au prix du commun, cette femme réduira en cendres la plus grande puissance. Cette femme, sans mentir, aura eu son effet, n'ayant jamais vu la beauté de mon ciel derrière le mont Subasio. Peut-être un seul coup d'œil aurait-il apaisé sa fougue. »

8 Voir l'épisode 15 : Plus loin on plonge dans l'avenir, pour la description de l'immeuble. Il est cylindrique et entouré de deux fontaines en forme de triangle sans base, ce qui vu du ciel donne l'œil de Rambaldi : o.

9 En grec ancien, εἰρήνη (eirènè) = paix. En grec moderne, c'est ειρήνη (irini). C'est l'origine des prénoms Irène, Irina et Eireen, ainsi que du mot « irénique ».