A/N: Il y aura plusieurs mentions de différents couples, mais les principaux seront: Ludwig x Arthur et Ivan x Gilbert. En ce qui s'agit des descriptions des villes, je n'ai pas fait énormément de recherche alors il est fort probable qu'il y ait beaucoup d'erreurs. Il se peut aussi qu'il y ait des erreurs dans les notes historiques, ce dont je m'excuse à l'avance.
En réalité, Ludwig n'a pas de nom de famille alors je lui en ai trouvé un. L'Australie n'a pas de prénom humain officiel alors son prénom pour cette histoire sera Dan Harris. J'espère que vous aimerez ce premier chapitre !



Deadend Countdown

Chapitre 1

Matty MacGregor Devory

Août 2009

Londres, Angleterre - Octobre 1945

La première chose qui le frappa fut le silence. Le silence complet envahissant la ville. Pas de coups de fusil, pas de cris, pas d'explosion. Est-ce que la guerre avait duré tellement longtemps qu'il en avait oublié le son de la paix ?

Non, ce n'est pas la paix, se rappela-t-il pour au moins la centième fois de la journée. Il savait que les pays ne se laissaient pas détruire sans avoir livré un combat à mort. Oh, et comment l'Angleterre s'était débattue contre l'invasion des Allemands. Même si à la fin les Anglais n'avaient aucune chance de remporter la victoire, ils avaient combattu avec tout ce qu'ils avaient. Des bombes, des chars d'assaut et des hommes armés de fusils s'étaient tenus aux frontières de l'île, prêts à repousser l'envahisseur. Les corps avaient été fusillés sans la moindre hésitation, tombant les uns après les autres comme des mouches. Les obus avaient éclatés et les tanks avaient roulé sur les restants jonchant le sol. Des milliers de corps gisaient maintenant sur les berges, tenant toujours leur arme dans leurs doigts glacés comme une promesse de se relever à nouveau afin de défendre leur mère patrie.

Alors que l'armée nazie mit le pied pour la première fois à Londres, l'allure de décrépitude de la ville lui fit presque mal. Il se souvenait de Londres avant la guerre, avant que les bombes et les obus ne détruisent tout. Les bâtiments étaient en majeur parti écroulés, les rues défoncées. L'eau coulait des bornes fontaine en longues rigoles le long des trottoirs, entraînant avec elle boue et sang. Des objets hétéroclites jonchaient la voie publique. Et, plus que tout, il remarqua les milliers de cadavres perdus à travers ces choses. La plupart était meurtri ou brûlé au point d'être méconnaissable.

Il se souvenait des Anglais. Alors qu'on disait partout qu'ils étaient bêtes et méchants, il les avait trouvé souriants et aimables, prêt à donner les directions à quiconque leur demandant. Les visages de ceux qu'il avait rencontrés par le passé semblaient lui revenir à ce moment, et il se demanda s'ils étaient parmi ces corps. Ces gens normaux qui n'avaient été que d'innocentes victimes et qui s'étaient trouvé au mauvais moment au mauvais endroit.

La chute de l'Angleterre n'avait pas été un fait surprenant. L'empire se battait depuis plus de quatre ans déjà. Les armes, les minutions et les hommes commençaient déjà cruellement à manqué. Lorsque les Allemands étaient parvenus à chasser les Américains de l'Europe, ce n'était qu'une question de temps avant que l'ancien empire ne tombe. Et tombé il avait fait. Toutes ses importantes cités avaient été bombardées en utilisant le matériel de leur allié. Tous les Anglais restant à l'époque avaient été tué pendant ces attaques. Les autres, plus chanceux, étaient eux vivant dans les campagnes.

Et maintenant, alors qu'ils marchaient sur Londres, ils n'étaient salués que par des cadavres. La vue était plus que déprimante, mais il semblait le seul à s'en soucier. Il regardait où il mettait les pieds, faisant attention de ne pas écraser un cadavre par mégarde. Derrière lui, il pouvait entendre les chars d'assaut écraser les corps morts. Les os craquaient comme de vulgaires copeaux de bois. La bile lui monta à la gorge et il dut faire un effort pour garder une expression neutre. Démontrer de la sympathie n'était pas quelque chose qu'un soldat allemand se devait de faire.

La marche s'arrêta quelques minutes plus tard devant un énorme manoir ayant connu des jours meilleurs. Il ne s'y connaissait pas le moindre du monde en architecture, mais il devinait que le bâtiment était très âgé. Malgré sa beauté, la bâtisse n'avait pas été épargnée par les bombes. Le haut toit était effondré d'un côté. De la brique jonchait le gazon qui avait dû être taillé à la perfection autrefois. Plusieurs poutres de bois écrasaient un jardin où quelques petites fleurs tentaient de pousser. Le manoir avait dû être impressionnant au temps de sa grandeur.

Ils restèrent planté devant le bâtiment un moment. Son cœur se mit à débattre dans sa poitrine. Oh, il n'était pas idiot, il savait qui vivait dans cette maison. Il savait que s'il l'attrapait et le rapportait en Allemagne, cela signifierait la fin complète de l'ancien empire d'Angleterre.

England… Arthur Kirkland…

Il ferma les yeux un moment, tentant de se calmer. Il se souvenait la première fois où il avait rencontré Arthur Kirkland. C'était quelques temps avant la Première Guerre Mondiale. Bien entendu, il avait entendu parler de lui et de ses exploits par l'entremise de son grand frère. Il s'attendait donc à voir un grand homme à l'allure imposante et au regard assassin. Ce qui lui fut présenté comme étant le fameux Arthur ressemblait à un adolescent. Il était petit, maigre et à l'apparence faible. Mais ce n'était qu'une apparence. Malgré tout, il avait la présence imposante de quelqu'un ayant l'habitude de se faire respecter. Il s'avéra être une personne intelligente et impressionnante. Ce qui l'avait le plus subjugué était ses vifs yeux verts. C'était les yeux de quelqu'un ayant vu plus que son quota de sang versé, le regard sage d'une personne ayant vécu des centaines d'années malgré d'énormes difficultés. Malgré son apparence fragile, Arthur Kirkland l'avait impressionné. C'était quelqu'un qui pouvait se montrer dangereux si le besoin s'en faisait sentir.

Mais maintenant qu'il avait été battu, serait-il aussi dangereux ?

La porte avant était débarrée. Les soldats allemands ressentirent néanmoins le besoin de l'enfoncer. Le battant de bois alla se cogner violement contre le mur intérieur et ils firent leur entrée, arme à la main.

L'intérieur ressemblait au reste de la ville. Du verre provenant des fenêtres brisées jonchait le sol de marbre recouvert de boue. Des morceaux de bois, de tissu et de métal s'entrelaçaient un peu partout. Une odeur de brûlé régnait dans le hall sombre.

C'est alors que le premier coup de feu se fit entendre. Par instinct, tous les soldats se mirent à couvert derrière des piliers ou des meubles retournés. Le silence se fit alors. Tous regardaient autour, tentant de déterminer d'où la balle était partie. Le déclique d'armes se chargeant raisonna dans la pièce.

- Ne tirez pas ! Cria-t-il en abaissant le fusil de l'homme se trouvant le plus près de lui. Ne lui faites pas de mal !

Certains des soldats le regardèrent comme s'il était fou, mais personne n'osa tirer. Ils restèrent cachés, attendant des ordres.

Il aperçut un reflet lumineux venant du balcon surplombant le hall. Ce devait être le soleil se reflétant sur le métal d'une arme. Le voilà.

- Rottenführer Ludwig Hammerschmidt, qu'est-ce que nous devons faire ? Demanda un jeune soldat se tenant à côté de lui.

- Vous restez ici, je m'en occupe. Répondit l'interpellé.

Le jeune homme sembla hésitant à l'idée de le laisser partir seul mais n'en dit rien. Le blondinet lui donna une tape dans le dos avant de contourner le pilier derrière lequel ils avaient pris refuge et se diriger vers le grand escalier menant au balcon. Il déposa son M1 volé à un Américain sur le sol avant de dégainer son Luger accroché à sa ceinture. Il serait inutile d'avoir un fusil automatique après tout.

Ludwig monta les escaliers sans bruit. Un épais silence l'entourait. Grâce à un énorme contrôle de soi, son cœur ne débattait même pas.

En haut des marches, il s'accroupit afin de pouvoir observer le deuxième plancher sans être vu. Et là se tenait, comme il l'avait deviné, Arthur Kirkland. Caché derrière un pan du mur, il observait ce qui se passait plus bas au travers les barreaux de la clôture courrant le long de la galerie. Il tenait son Thompson M1928 contre le creux de son épaule, le doigt sur la gâchette. Seulement, Ludwig remarqua que ses mains tremblaient. Il serait donc inutile de tirer, car la balle n'atteindrait probablement même pas sa cible.

L'Allemand profita de l'hésitation de son adversaire. Rapidement, il se releva et sauta sur l'Anglais. Les yeux verts de ce dernier s'agrandirent de surprise. Il n'eut pas le temps de viser pour tirer que déjà, Ludwig lui tombait dessus. Ils tombèrent à la renverse sur le sol. Le revolver d'Arthur lui glissa des mains, entre les barreaux de la clôture et heurta le sol dallé plus bas. Désarmé, il ne se laissa cependant pas faire. Il mordit violement la main le maintenant plaqué par terre, goûtant le cuir et la poussière. Il frappa ensuite fortement son adversaire dans l'estomac. Ce dernier laissa échapper quelques jurons en allemand. Alors qu'un autre coup l'atteignait un peu plus bas cette fois, il frappa Arthur violement à la joue à l'aide de la crosse de son revolver. Du sang revola de sa bouche, allant tacher son uniforme. L'Allemand se releva péniblement, tentant d'ignorer la douleur.

- Ne rends pas les choses plus compliquées. Lança-t-il d'un ton relativement menaçant.

Il empoigna l'autre jeune homme et l'obligea brusquement à se remettre sur ses pieds.

- Va te faire foutre ! Cria Arthur en lui lançant un regard meurtrier.

Ludwig l'ignora complètement. Il lui saisit le bras droit et lui tordit dans le dos avant de faire de même avec l'autre. Il lui tint les poignets d'une main, se servant de son autre pour lui passer les menottes. L'Anglais continua de marmonner des insultes, mais ne semblait plus enclin à vouloir se débattre. La bouche en sang, il se contenta de garder la tête baissée. À quoi bon tenter de se déprendre si la personne vous retenant prisonnier avait une poigne de fer ?

L'Allemand allait le pousser pour le faire avancer lorsqu'il remarqua les taches rouges couvrant l'uniforme d'Arthur. Certainement, il ne pouvait pas avoir perdu tout ce sang ? Cela expliquait probablement pourquoi il ne s'était pas vraiment débattu. Il n'en avait plus la force.

Pris d'une certaine pitié pour son adversaire, Ludwig l'agrippa par la taille et le souleva de terre.

- Je ne suis pas un vulgaire sac de patates, sale boche !

N'écoutant pas les insultes qui se remirent à pleuvoir, le jeune homme retourna voir les autres soldats qui l'attendaient au pied de l'escalier. Ils regardaient leur prisonnier avec des expressions variant entre la méfiance et la curiosité.

Avec toute la fierté étant possible d'avoir en se retrouvant dans une position aussi fâcheuse, Arthur les ignora royalement. Il avait mal, il était fatigué et il aurait juste voulu pouvoir perdre connaissance afin d'ignorer ce qui allait se passer.

Ludwig donna l'ordre à ses hommes de chercher la maison puis les alentours afin de voir s'il n'y avait pas d'autres survivants. Ils saluèrent puis obéirent.

Traînant toujours son fardeau, il sortit de la bâtisse. Tanks et jeeps roulaient maintenant partout dans la ville. Les cadavres étaient poussés dans un coin reculé par une pelle mécanique. Le feu commençait déjà à les dévorer, répandant une odeur de chair brûlée dans l'air. Arthur ne put réprimer un sanglot en voyant ce à quoi était réduit son peuple.

Une jeep s'arrêta à leur hauteur. Un jeune soldat salua cordialement Ludwig et lui dit qu'il devait le conduire au Q.G. nouvellement établi à l'endroit où se trouvait jadis le parlement anglais.

L'Allemand poussa Arthur sur la banquette arrière, hésita une seconde, puis s'assit à côté de lui. Ce ne serait pas prudent de laisser le prisonnier seul à l'arrière. Malgré son air affaibli, peut-être avait-il encore quelques tours dans sa manche.

Le chemin se fit dans un silence pesant. L'Anglais n'était pas du tout enclin à parler à ses kidnappeurs et Ludwig ne voyait pas l'intérêt de faire la conversation. Il n'avait jamais été bavard et que pouvait-il bien dire à quelqu'un qu'il venait de vaincre ?

- Tu penses vraiment que les Allemands vont être capables de conquérir le monde ? Commença Arthur sur un ton glacial. Tu es vraiment un gamin naïf pour croire des sornettes pareilles. L'Angleterre est peut-être tombée, mais ça ne veut rien dire du tout.

- Tu n'es pas au courant des dernières nouvelles on dirait bien. La moitié de l'Europe de l'ouest nous appartient déjà. Les Russes sont retournés se cacher chez eux en croyant que nous allons nous faire avoir encore une fois par le froid. Le Japon vient d'envahir la Chine. Tu risques de revoir Yao très bientôt.

L'expression de l'Anglais passa de neutre à inquiète en passant par la colère. Voilà des nouvelles bien peu rassurantes. Il ne s'inquiétait pas pour Ivan. Personne n'avait jamais réussi à le vaincre sur son territoire. Mais encore… Arthur s'était crû invincible puisque son pays se trouvait sur une île, et voilà qu'il venait de se faire envahir.

Mettant sa fierté de côté, il demanda davantage d'informations sur ses alliés

Curieusement, Ludwig répondit à toutes ses questions sans hésitation.

- Tu sais que les Américains ont capitulé après leur cuisante défaite en Hollande, quelques temps après que les Russes aient crû avoir pris Berlin. Tous les navires quittant l'Europe sans y être autorisés sont coulés. Ce qui veut dire que tous les alliés autres que ceux se trouvant en Europe vont se faire tuer en tentant de rentrer chez eux.

La nouvelle fit l'effet d'un coup de poing à Arthur. Il releva la tête pour regarder son ennemi droit dans les yeux.

- Est-ce que vous avez capturé… ?

- Jones ? Non, pas encore. Nous avons une petite idée de l'endroit où il se trouve par contre. Pour le moment, il n'y a que toi et Wang Yao qui avez été fait prisonniers.

L'Anglais soupira de soulagement. Il avait confiance en Alfred, il savait que cet idiot trouverait le moyen de se cacher et de venir le sauver. Il était un héros, après tout. Cette pensée ne le réconforta pas le moindre du monde. Il ne doutait pas qu'Alfred allait tout tenter pour le sauver, il doutait simplement de son intelligence. L'Américain n'allait pas rester terré quelque part à attendre le moment opportun. Il allait se lancer tête baissée en Allemagne et très probablement se faire capturer. Il avait toujours sous estimé les Allemands après tout.

- Seulement… Continua Ludwig sur un ton un peu moins avenant, Nous savons que pendant toute la guerre, Matthew Williams est resté avec toi. Où est-il ?

En entendant cela, Arthur figea de façon imperceptible. Il serra les dents avant d'hausser les épaules de façon nonchalante.

- Nous avons été séparés lorsque la bombe a explosé. Je ne sais pas où il est.

L'Allemand haussa légèrement un sourcil devant le mensonge mais n'ajouta rien. Son patron allait très certainement trouver un moyen pour faire parler leur prisonnier après tout.

- À l'heure qu'il est, ajouta Ludwig après un moment, Francis Bonnefoy devrait être fait prisonnier lui aussi. Je ne sais pas si tu vas le revoir avant un long moment par contre. En ce qui s'agit de Dan Harris, nous croyons qu'il serait en compagnie de Williams ou Jones. D'autres questions ?

Les larmes aux yeux, Arthur secoua la tête. Est-ce que c'était comme cela que la guerre se terminait ? Les Alliés perdaient ? Comment pouvaient-ils perdre contre de tels monstres ? Le monde en entier avait compté sur eux pour les sauver… Maintenant, les Allemands allaient pouvoir appliquer la solution finale. D'autres millions de gens allaient mourir.

L'Anglais secoua la tête. Non. Tant que les autres ne se faisaient pas prendre, il y avait un peu d'espoir. Il ne pouvait pas croire que Francis soit aussi près de se faire prendre que Ludwig le prétendait. Certes, le Français était un idiot doublé d'une mauviette, mais il était malin, très malin. Il aurait très certainement pris la poudre d'escampette en entendant que les Allemands marchaient sur Paris. Il connaissait mieux sa ville que n'importe qui, alors il y trouverait une cachette sûre. N'est-ce pas ?

Smolensk, Russie – Octobre 1945

La neige tombait en gros flocons blancs depuis les petites heures du matin. Les routes en étaient recouvertes, rendant l'avancée des jeeps et tanks de l'armée allemande difficile. De Smolensk à Moscou, il n'y avait que deux ou trois heures de marche, mais s'effectuant sur des pentes raides et à pique. Ce serait facile de mettre le pied sur une plaque de glace pour se retrouver les os brisés dans un ravin quelques cent mètres plus bas.

Il avait donc été décidé que la marche s'arrêterait ici pour le restant de la journée. À la radio, le météorologue prédisait que la neige cesserait de tomber tôt dans l'avant-midi le jour d'après et que même le soleil risquait de se montrer.

- Hah, ouais, le soleil, dans un endroit aussi merdique…

- Vous avez dit quelque chose, Obergruppenführer Weillschmidt ?

Gilbert Weillschmidt releva la tête en affichant un air ennuyé pour fixer le soldat qui venait de lui parler. Le pauvre homme détourna rapidement les yeux en s'excusant.

Le Prussien détestait beaucoup de choses. Certains auraient même pu affirmer qu'il détestait tout, mais ce qui le rendrait agressif était les gens différents et la neige. Il exécrait le froid, la neige et le vent glacial qui traverse les vêtements peu importe la qualité ou l'épaisseur. Il était donc normal qu'il exècre la Russie avec sa température frôlant rarement plus haut que les dix degrés Celsius.

Oh, personne ne l'avait obligé à se joindre à la troupe qui allait marcher sur Moscou. Certains auraient probablement préféré qu'il reste gentiment à Berlin pour que les soldats s'y trouvant se tiennent tranquilles. Mais non, il avait insisté pour se rendre en Russie, à la grande surprise de tout le monde. Même son petit frère, Ludwig, avait été surpris de l'apprendre. Néanmoins, il n'avait pas pu vraiment riposter puisque son bataillon devait quitter pour l'Angleterre.

Gilbert se demanda si Ludwig avait réussi à trouver cet imbécile de Kirkland. Probablement puisque Londres était en ruines, mais il se souvenait de cet enfoiré dans ses jours meilleurs et à quel point il pouvait être mesquin. Ce trait de caractère n'avait certainement pas changé au travers des siècles et bien qu'il fût rendu faible, il pourrait quand même causé des problèmes; surtout à quelqu'un de naïf comme Ludwig.

Tant pis. Il trouverait un moyen de contacter Londres dès que la neige cesserait afin d'avoir des nouvelles de son petit frère.

Après une autre minute de réflexion, Gilbert se leva. Il réajusta le col de son uniforme bleu avant de s'approcher de la fenêtre pour regarder dehors. La neige tombait en rafales maintenant, rendant la vue difficile. Il aurait aimé pouvoir marcher sur Moscou aujourd'hui même et aller cueillir cet hypocrite de Russe.

Un sourire sombre se dessina sur son visage. Oh, qu'il avait hâte de pouvoir le revoir en situation de supériorité, de pouvoir se moquer de lui en lui disant que ses rêves d'un monde entièrement Russe n'était que belles illusions. Que la vengeance serait douce.

Oui, Ivan Braginski allait être à sa botte dans quelques heures à peine.

Paris, France – Octobre 1945

L'ancienne ville lumière pourrait dorénavant s'appeler la ville des décombres. Tout comme Londres, elle avait été bombardée sans pitié jusqu'à ce que la plupart des bâtiments soient détruits. La tour Eiffel n'était plus qu'un vulgaire amas de métal tordu et rouillé. Les Champs Élysée ressemblaient à un dépotoir. Les cadavres des Français y étaient conduis pour être brûlés. L'Arche de Triomphe tenait encore debout par une force invisible, mais une seule petite secousse serait certainement suffisante pour la faire s'effondrer sur elle-même comme un vulgaire château de cartes.

La cité raisonnait de bruit de pas rythmés et de voix à l'accent allemand. Parfois, un coup de fusil ou deux retentissait au loin. Les blessés étaient tués sans hésitation alors que ceux indemnes étaient conduit au parlement afin d'attendre leur sort dans un agonisant silence.

L'air commençait à rafraîchir en ce soir d'octobre. La France n'ayant jamais été un pays froid, la température restait quand même supportable pour quelqu'un ne portant qu'un léger manteau. Cependant, l'eau débordant des rigoles et des caniveaux étaient glaciale, visqueuse et avait une douteuse couleur rouge.

- Je hais le froid…! Saleté de pays…

- La ferme, Dan ! Bon dieu, les boches sont tout près !

Alfred plaqua sa main gantée sur la bouche de son frère pour le faire taire. Au-dessus de leurs têtes, sur le pont, ils entendirent une dizaine de soldats passés. Ces derniers semblaient prendre la situation à la légère, car ils riaient comme s'ils n'avaient pas le moindre souci.

L'Américain se risqua à jeter un coup d'œil en dehors de sa cachette. Il vit que les soldats avaient encore leur arme à la main. Peut-être n'étaient-ils pas aussi confiants qu'il le pensait.

Lorsque les Allemands furent à une centaine de mètres d'eux, il se retourna vers ses deux frères. Dan tremblait de froid, serrant son manteau contre lui. Sa peau habituellement bronzée avait une teinte livide. Matthew, quant à lui, ne tremblait pas de froid mais plutôt de peur. Il s'était joint aux deux autres trois jours plutôt lorsque les bombardements sur Londres avaient débutés. Arthur savait que ce n'était qu'une question de temps avant que les Allemands n'arrivent et lui avait ordonné d'aller rejoindre Francis en France. Bien entendu, Matthew avait riposté, ne voulant pas laisser l'Anglais seul lorsque son pays allait tomber mais pour une fois, Arthur avait fait preuve de fermeté. Le Canadien n'avait pas eu le choix d'obéir. Une fois en France, il s'était rendu compte que Paris aussi était tombée entre les mains des Allemands et que Francis était introuvable. C'était par miracle qu'il avait pu trouvé Alfred et Dan.

- Et merde. Marmonna Alfred en s'appuyant contre le mur de briques. Il faut pas rester ici. C'est qu'une question de temps avant qu'ils se mettent à fouiller les caniveaux.

- Où est-ce qu'on peut aller ? Demanda Matthew sur un ton incertain. La ville fourmille d'Allemands. Ils vont nous trouver tout de suite.

- Il faudrait savoir s'ils ont pris Francis. Ajouta Dan en claquant des dents. Si oui, ça sert strictement à rien de rester ici. On est trois, on peut rien faire contre leur armée au complet.

- Je sais, laissez-moi réfléchir.

L'Australien et le Canadien se jetèrent un coup d'œil incertain mais n'ajoutèrent rien. Alfred affichait une expression totalement sérieuse, quelque chose qui était rare de voir chez lui.

Il était vrai que leurs options étaient des plus limitées. Toute l'Europe de l'ouest était dorénavant occupée par l'armée nazie. Aucun pays n'était donc sûr pour les Alliés. Les nations tombaient les unes après les autres et personne ne savait quel sort les attendait. Aux dernières nouvelles, Yao avait été fait prisonnier, ce qui signifiait que toute l'Asie passait sous contrôle allemand et d'après Matthew, l'Angleterre devait être tombée elle aussi. Ce qui signifiait qu'Arthur avait été très certainement fait prisonnier.

- Je m'inquiète pour Arthur… Marmonna le Canadien comme s'il lisait dans les pensées de son frère. Je sais qu'il ne se laissera pas prendre si facilement, mais il ne pourra rien contre un régiment en entier.

- Arrête ça, Matthew. Ça sert à rien de penser à lui pour le moment. Répliqua Alfred. Il faut plutôt trouver un moyen de se sortir du pétrin nous-même. Après on verra ce qu'on peut faire.

Les yeux mauves de Matthew devinrent humides mais il secoua la tête. Alfred avait raison, après tout. S'ils se faisaient prendre, ça en était fini des Alliés.

- Bon, écoutez. Déclara l'Américain après un moment.

Il s'accroupit et sortit de la poche de son manteau d'aviateur une carte de Paris humide qu'il étendit tant bien que mal sur le sol. Il sortit ensuite une petite lampe de poche pour l'éclairer. Ses deux frères se penchèrent à leur tour pour la regarder.

- Nous sommes ici. Dit Alfred en pointant un coin de la carte.

- Non. Répliqua Matthew. Nous sommes là. C'est écrit que ce caniveau traverse d'ouest en est Paris. Il est rencontré par plusieurs autres plus petits tout le long du chemin. Francis m'a dit un jour qu'il y avait aussi un système d'aqueduc souterrain datant de très longtemps et qui n'était plus utilisé aujourd'hui. Il est à peu près parallèle aux caniveaux. Donc, on pourrait se déplacer sous la ville, sans risques de se faire prendre, en utilisant cette carte.

Dan et Alfred fixaient leur petit frère avec de grands yeux, comme surpris qu'il ait eu une bonne idée. Ce dernier rougit légèrement devant toute l'attention.

- Okay, c'est bien beau, mais comment on fait pour accéder à l'aqueduc, hein ? Demanda Dan en fixant la carte.

Matthew réfléchit un instant, tentant de se rappeler ce que Francis lui avait raconté jadis. Ses souvenirs s'entremêlèrent pendant un moment avant qu'il ne réussisse à mettre le doigt sur ce qu'il cherchait.

- Sous Versailles. Déclara-t-il en pointant le château sur la carte. Louis XV s'est servi de ces passages secrets pour tenter d'échapper à la guillotine.

Alfred hocha la tête avant de replier la carte pour la ranger.

- Je sais pas pourquoi, Dit-il avec un sourire, mais j'ai l'impression qu'on risque de trouver Francis là-bas.

Et ils se remirent en route, pataugeant dans l'eau vaseuse.