A/N: Voici finalement le cinquième chapitre ! C'est un chapitre relativement important, alors j'espère que les choses seront compréhensibles pour les lecteurs. Je voudrais sincèrement remercier Irohana ainsi que Maru-san pour leurs encouragements. Vos reviews me donnent la force de continuer d'écrire cette histoire !
Première note: Dans ce chapitre, les personnages se déplacent de ville en ville par train. En ce qui s'agit des distances parcourues et le temps que cela prend, j'ai fait des recherches sur les chemins de fer d'Europe. Les heures sur lesquelles je suis tombée sont celles d'aujourd'hui. J'ignore si elles étaient les mêmes à l'époque de la Deuxième Guerre Mondiale. Je suis désolée si cela vous induit en erreur.
Deuxième note: Le texte en allemand a été traduit par un traducteur en ligne. Il est fort possible qu'il soit tout sauf exact. Je m'en excuse.
Dernière note : Je ne sais pas s'il me sera possible de mettre à jour ce fict d'ici la fin de novembre, car je participe à NaNoWriMo (un concours d'écrire où il faut écrire 50000 mots en trente jours).Si ce n'est pas possible alors nous nous reverrons au mois de décembre ! D'ici là, vous aurez peut-être un nouveau fict d'Hetalia à lire écrit par moi =3


Londres, Angleterre – Octobre 1945

Une petite neige fine tombait depuis pratiquement deux heures maintenant. Sa consistance n'était pas suffisamment épaisse pour couvrir le sol. Elle s'y posait puis fondait au bout de quelques minutes. Le ciel avait une couleur grise menaçante. Pas un seul rayon de soleil ne parvenait à percer la dense couche de nuages.

L'atmosphère triste et sombre reflétait bien ce que ressentait Arthur en ce moment. Perdu dans ses pensées et le front appuyé contre la vitre froide de la voiture, il ne voyait pas le paysage maussade défiler devant ses yeux. D'ailleurs, son esprit était tellement occupé et embrumé qu'il n'aurait pas été capable d'apprécier la vue même s'il avait essayé. Son corps en entier le faisait souffrir. Il ne se rappelait pas avoir déjà autant souffert, peu importe les guerres auxquelles il avait participé auparavant. Les souvenirs de la nuit passée ne cessaient de lui revenir en tête, menaçant de le submerger et de provoquer une nouvelle crise de larmes. À chaque fois, il parvenait à penser à autre chose, mais ses forces faiblissaient lentement. Chaque petit mouvement, chaque petit cahotement de la voiture sur la route inégale mettait à rude épreuve son corps meurtri et son esprit déclinant.

Assis à sa droite, Ludwig n'avait pas prononcé un seul mot depuis le début du voyage. Il se contentait de se tenir de son côté de la banquette, les yeux fixés sur un point invisible se trouvant de l'autre côté de la fenêtre. Son esprit ressemblait à un maelström. Une seconde il se sentait coupable, l'autre il était fier de ses accomplissements. D'un côté, il savait que ce qu'il avait fait était inhumain, alors que de l'autre il avait fait cela pour le bien de son pays. Seulement, une petite voix ne cessait de lui dire qu'il n'avait pas la moindre raison d'être fier de ses accomplissements, qu'ils aient été commis pour son pays ou non. Premièrement, cela ne se faisait pas d'aller contre la volonté d'une autre personne, même en temps de guerre. Et puis, il y avait le fait qu'Arthur n'avait rien dit, peu importe à quel point il avait été torturé.

L'Allemand ne pouvait s'empêcher d'être légèrement admiratif envers le Britannique. Avec ce qu'avait subi ce dernier, il n'aurait été que normal qu'il parle et révèle ses secrets pour cesser de souffrir. Mais il n'avait rien dit, rien dévoilé. Pas un seul mot sur les plans des Alliés, sur où pouvaient se trouver les nations recherchées. Rien. Et même si cela aurait dû frustrer Ludwig, ce n'était pas arrivé. Il avait ordonné aux soldats d'arrêter leur torture puis de soigner leur prisonnier. S'il n'avait pas encore parlé, rien ne le convaincrait plus.

À ce moment, le jeune Allemand ressentait un mélange de culpabilité et de pitié. Culpabilité pour avoir blessé d'avantage un homme déjà par terre et de la pitié pour avoir vu l'ancien empire dans une telle position. Il se souvenait, lorsqu'il était encore jeune et connu sous le nom du Saint Empire Germanique, que son frère, Gilbert, lui parlait souvent des exploits du royaume d'Angleterre. Ludwig avait été émerveillé de savoir qu'un seul pays pouvait s'étendre sur un quart de la planète en ayant des colonies.

Maintenant, alors qu'il regardait Arthur Kirkland, son visage pâle, ses yeux éteints, son uniforme allemand trop grand pour lui et taché de sang, il se demandait où était passé la puissance mondiale d'autre fois.

La voiture s'arrêta après deux heures de route dans la petite ville portuaire du nom d'Harwich. L'endroit, contrairement à Londres, semblait un peu plus vivant. Les bombardements ne l'avaient pas atteinte et les gens tentaient de vaquer à leurs occupations de façon normale. Cependant, à plusieurs endroits, les signes de la guerre étaient visibles. Des commerces abandonnés, des usines d'armements, des posters de motivation et de recrutement, clairement plus de femmes et d'enfants que d'hommes déambulant dans les rues. Il y avait aussi la présence de plusieurs soldats allemands se promenant entre les résidents. La plupart des gens de la localité faisaient de grands détours afin de les éviter. Certains auraient probablement voulu leur lancer des regards assassins, mais n'osaient pas défier l'autorité. Ils avaient tous entendu des histoires d'horreur où des soldats zélés avaient exécuté des civiles uniquement parce qu'ils n'aimaient par leur façon de les regarder.

Ludwig sortit de l'automobile en premier. Il portait son uniforme d'officier, ce qui lui donnait un air encore plus imposant que d'habitude. Les simples soldats se dépêchèrent de le saluer sans qu'il ne leur porte vraiment attention. Il contourna ensuite la voiture et ouvrit la porte à Arthur, au grand damne de leur chauffeur. L'Anglais, qui était toujours appuyé contre la portière, serait tombé sur le pavé de béton si Ludwig n'avait pas eu la rapidité de le retenir. Pendant une seconde qui sembla durer des heures pour ce dernier, il tint Arthur contre lui, ne sachant pas trop où mettre ses mains pour ne pas trop lui faire mal. Finalement, il l'aida à se redresser. Légèrement brimé dans sa fierté malgré sa condition, Arthur le repoussa mollement en marmonnant quelque chose.

- Rottenführer Hammerschmidt, Commença le jeune soldat qui les avait conduit jusqu'ici. Le ferry sera prêt à partir dans cinq minutes. Si vous voulez bien me suivre…

Il fit un geste de la main en direction d'un petit bâtiment surplombant la vaste étendue d'eau séparant les îles britanniques du restant de l'Europe. L'eau du canal brillait d'un gris argenté sous les lourds nuages. Un navire de taille moyenne était amarré au port. Ce devait être le ferry faisant le lien entre les deux étendues de terre.

Gentiment, Ludwig posa une main au creux des reins d'Arthur et le poussa légèrement pour le faire avancer. Ce dernier lui jeta un regard ennuyé mais se mit en marche malgré tout. Sa démarche étrange ne laissait rien de vague à propos de ce qui lui était arrivé hier soir et le jeune soldat s'en rendit apparemment compte à voir la façon dont il le regardait. L'Anglais l'ignora promptement et entra dans la petite bâtisse.

Plusieurs soldats allemands s'y trouvaient. Ils relevèrent la tête à son entrée pour le regarder curieusement. La plupart d'entre eux n'avaient pas la moindre idée de qui était Arthur Kirkland, mais voyant leur nation avec un jeune homme à la mine abattue, ils devinèrent aisément qui il était.

Un des hommes en uniforme lui cria quelque chose qu'Arthur ne comprit pas. Cependant, ce devait être largement déplacé, car Ludwig lui-même sembla offensé. À grandes enjambées, il se dirigea vers l'importun et lui aboya quelques mots de façon si brusque qu'Arthur remercia le ciel de ne pas être l'homme se faisant réprimander.

Par la suite, ils sortirent du bâtiment par la porte arrière qui donnait sur le petit quai. Ici, le vent soufflait en bourrasques apportant l'odeur salée de la mer et était glacial. Parfois, un petit flocon de neige tombait des nuages couleur acier.

- Il va y avoir une tempête bientôt… Murmura Arthur en regardant le ciel.

Ludwig le regarda sans comprendre, mais ne posa pas de questions. Toujours de manière gentille mais insistante, il le fit avancer pour qu'il marche sur la passerelle afin de se retrouver à bord du ferry. Habituellement, le navire conduisant à l'Europe était bondé du soir au matin. Aujourd'hui, il ressemblait à Londres avec son allure vide et fantomatique.

Arthur s'assit sur l'un des inconfortables bancs de bois se trouvant près d'une large baie vitrée afin de voir l'océan. Cette vue lui rappelait cruellement l'époque où il avait été un pirate, l'époque où il était craint de toutes les autres nations d'Europe. Ce temps semblait tellement loin, maintenant. Il se demanda un instant si ces siècles de règne sur les autres nations n'avaient été qu'un rêve tellement il se sentait tout sauf grandiose en ce moment.

Le moteur démarra quelques minutes plus tard. Le ferry se mit en mouvement, doucement bercé par la houle. Le jeune Anglais accueillit le sommeil à bras ouverts.

Quelques trois heures et demies plus tard, Ludwig le réveilla à nouveau. Arthur grogna légèrement, la douleur l'envahissant à nouveau. Il n'était plus assis sur le banc, mais plutôt couché et une couverture avait été posée sur lui. Il fit comme si c'était normal et la repoussa pour se lever. Il se sentait un peu moins mal que le matin et ne voulait plus avoir à compter sur l'aide de l'Allemand. Ce dernier lui jeta un regard incertain avant de lui faire signe de le suivre. Ils sortirent du ferry par la longue passerelle. Une fois à l'extérieur, ils furent assaillis par un vent violent. La casquette de Ludwig fut emportée dans la rafale. Il allait la rattraper lorsqu'elle tomba dans les eaux glaciales où elle disparut. Un petit sourire se dessina sur les lèvres d'Arthur à la vue de ce spectacle.

L'Allemand se remit rapidement de la perte de sa casquette. Pas le moindrement troublé par cet événement, il fit signe à son prisonnier de se remettre en marche. Ils embarquèrent ensuite dans une nouvelle voiture qui les conduirait à Amsterdam et d'où ils prendraient le train pour Berlin. Arthur avala difficilement. Il ne lui restait plus que quelques heures avant de connaître son sort. La peur le tenaillait comme jamais depuis sa capture. Allait-il être exécuté ? Condamné à des travaux forcés ? Obligé de servir dans l'armée allemande afin d'envahir d'autres pays ? Peu importe ce qui allait lui arrivé, ce ne serait rien de bon.

Le voyage dans les rues de la Hollande se passa en silence. Le paysage était légèrement différent de celui de l'Angleterre, à défaut de la désolation. Plusieurs combats avaient fait rage dans ces contrées, et partout il était possible de voir des corps ensanglantés, des habitations détruites, des armes et même des chars d'assaut alliés en train de rouiller dans des champs. Pas une seule fois une âme qui vive ne fut visible. À croire que tous les Hollandais avaient disparu.

Ils arrivèrent à Amsterdam en début d'après-midi. Un petit soleil timide pointait parfois entre les nuages, mais pas suffisamment pour réchauffer l'atmosphère. Ici, contrairement à la contrée, il y avait de la vie. Tout comme à Harwich, citoyens ordinaires et soldats allemands se côtoyaient toujours avec la même méfiance. La ville n'était pas en ruines, mais plusieurs bâtiments semblaient décrépis et désuets. Les gens se hâtaient, ne se parlaient pas et ne voulaient que retourner au plus vite dans leur petit nid douillet.

Tous les trains de la gare avaient été réquisitionnés par l'armée allemande afin de transporter des troupes, des armes et des vives aux quatre coins de l'Europe. Arthur ne fut pas surpris de voir plusieurs drapeaux nazis rouge et blanc suspendus à l'intérieur des wagons. Encore une fois, les soldats le regardaient avec un air dédaigneux. Il fit de son mieux pour les ignorer. Il ne voulait pas qu'ils croient que leur opinion lui faisait quelque chose. Et c'était le cas. Pourquoi se serait-il soucié de ce que des enfoirés de boches pouvaient penser de lui ? Ils se roulaient dans leur satisfaction d'avoir envahi l'Europe en entier, comme s'il y avait une quelconque fierté à tirer de cela. Ils pensaient qu'en positionnant une armée dans chaque pays qu'il n'y aurait pas de rébellion et que tout se passerait facilement. Mais oh, comme ils avaient tort. Présentement, les gens étaient terrifiés après qu'autant de bombes aient explosé autour d'eux, seulement, bientôt, leur esprit combatif ressortirait. Ils prendraient les armes et chasseraient l'envahisseur. Arthur imagina alors les soldats se trouvant devant lui en train de brûler ou de se faire tuer par des faux maniées par des paysans. Ce petit rêve éveillé lui arracha un léger sourire amusé.

Lui et Ludwig furent redirigés dans l'un des derniers wagons du train. C'était une pièce exiguë. Les murs rapprochés et tapissés d'un matériau rouge donnaient une impression de petitesse étouffante. Néanmoins, l'air était chaud et le vent était coupé. L'Anglais prit place près de la fenêtre. Il ne voulait pas nécessairement voir défiler le paysage, il voulait simplement faire semblant d'être absorbé afin que son kidnappeur ne lui parle pas.

- Combien de temps avant d'atteindre Berlin ? Demanda-t-il même s'il ne voulait pas débuter une conversation.

- Environ six heures et quart si tout se passe bien. Nous ne ferons probablement pas d'arrêts en route, d'ailleurs.

Le Britannique se contenta d'hocher légèrement la tête. Un peu plus de six heures avant de connaître ce qui allait lui arriver… Cela semblait beaucoup et très peu en même temps.

Le train s'ébranla peu de temps après leur arrivée et se mit en marche. Il gagna de la vitesse à l'entrée d'un tunnel et bientôt, le paysage devint flou.

Arthur ignorait combien de temps s'était écoulé depuis l'embarquement lorsqu'un soldat entra dans leur petit compartiment. Il salua respectueusement Ludwig avant de lui donner un morceau de papier. L'Anglais le reconnut comme étant une communication arrivée par télégramme. Il allait reporter son attention sur le décor lorsqu'il remarqua l'expression de pur effarement de Ludwig. Serait-ce une mauvaise nouvelle ?

Les yeux bleus de Ludwig rencontrèrent le regard d'Arthur.

- Jones a été capturé à Paris.

Moscou, Russie – Octobre 1945

Les prisonniers étaient dans des états différents. Toris Lorinaitis, Raivis Galante et Eduard Von Bock des pays baltes semblaient uniquement secoués. Ils avaient le visage pâle et les yeux hagards, comme s'ils ne comprenaient pas trop ce qui se passaient. Le Lithuanien était le moins pire des trois par contre. Il n'osait pas regarder le Prussien dans les yeux, mais tout dans sa posture démontrait qu'il ne se laisserait pas soumettre si facilement. Gilbert en fut surpris. Il crût que le préféré d'Ivan aurait depuis longtemps pris l'habitude de ne pas se frotter à plus forts que lui.

Natalya et Oksana Alfroskaya, quant à elles, semblaient avoir reçu la volée de leur vie. Gilbert n'avait pas de difficulté à imaginer qu'elles s'étaient toutes les deux violement débattues afin de ne pas être capturées. La Biélorusse ne cessait de lui lancer des regards assassins et si elle n'avait pas été retenue par de massives chaînes, elle lui aurait sauté dessus pour lui arracher les yeux.

L'officier nazi s'approcha de cette dernière, se disant qu'il se devait d'asseoir son pouvoir immédiatement s'il espérait recevoir la quelconque obéissance de ses prisonniers. Elle releva la tête à son approche et ils restèrent quelques longues secondes à se fixer. La jeune femme ne détourna jamais les yeux. Même s'il la regardait de haut, Gilbert eut l'impression que c'était elle qui était en contrôle malgré tout.

- Où est mon frère ? Demanda Oksana.

Pour une fois, sa voix ne semblait pas étouffée de sanglots. Elle avait parlé du ton ferme et assuré de quelqu'un qui en avait vu bien d'autres. Et elle devait s'être retrouvée dans des positions bien plus délicates par le passé.

- Quelque part. Répondit vaguement Gilbert en haussant les épaules. Tu sais, tu devrais me remercier.

L'Ukrainienne sembla légèrement surprise par cette réponse. Elle haussa les sourcils.

- Il allait mourir au bout de son sang quand je suis arrivé à Moscou hier. Si ça l'avait pas été de moi, il serait mort. Alors, tu dois me dire merci.

- S'il a été blessé, c'est par ta faute ! Cracha violement Natalya.

Ses chaînes cliquetèrent alors qu'elle tentait de s'approcher du Prussien. Cependant, elle cessa de se débattre lorsque vague de douleur s'empara de son corps en entier. Son visage se crispa sous l'effort qu'il lui fallait pour rester debout. Néanmoins, ses genoux ne cédèrent pas.

- Hmpf. Y va falloir te faire soigner toi aussi… Marmonna Gilbert sur un ton agacé. Bref !

Il se recula de quelques pas afin de pouvoir avoir tous les prisonniers dans son champ de vision.

- Vos pays font dorénavant partis de l'Allemagne nazie. À partir de maintenant, vous êtes des Allemands ! Bienvenue dans notre grande famille ! Sauf que, vous avez un choix à faire ici : soit vous vous soumettez à nous bien gentiment ou soit nous vous envahissons et prenons le contrôle de vos gouvernements de force. À l'heure qu'il est, tous vos patrons et supérieurs ont été assassinés. La décision vous en revient donc.

Il fit une pause pour que ses paroles aient le temps de faire leur effet.

Les prisonniers commençaient à comprendre le poids de la décision qu'ils se devaient de prendre. Ils se jetèrent tous un regard incertain. Il y avait ici une grosse question de morale. Protéger leur peuple en acceptant tranquillement de se faire gouverner par l'Allemagne nazie ou ne pas marcher sur leurs principes afin de garder leur identité en temps que nation distincte ?

- De plus, Continua Gilbert en souriant de satisfaction. Vous aurez tous deviné que l'URSS est maintenant sous notre contrôle. Mais ce n'est pas le seul pays à s'être joint à nous, de gré ou de force. Ce cher Royaume-Uni a coulé et la France peu avant. La Chine a été envahie par le Japon il y a de ça quelques jours. Les pays avoisinants ont pour la plupart laisser tomber leurs armes et se sont abandonnés à nous sans histoire. Disons que les trois quarts de l'Europe sont maintenant sous notre botte. Une fois que nous aurons mis la main sur toutes les armes, soldats et moyens de transport disponibles, notre prochaine cible sera l'Amérique, bien évidement.

Un long silence s'abattit alors sur la petite pièce. Toris ainsi que ses deux frères affichaient une expression complètement désemparée. Ils ne s'étaient probablement pas attendus à ce que l'expansion nazie se fasse si rapidement.

- Pas question. Répondit Natalya, sa réponse tranchant l'air comme un couteau.

- Je suis d'accord avec elle. Approuva Oksana en hochant la tête. Tu as peut-être eu notre frère, mais il en faudra beaucoup plus pour que l'Ukraine tombe à genoux.

Sa voix tremblait légèrement, mais son regard était assuré. Elle avait le même regard qu'Ivan, froid, calculateur et plein de malices.

- Très bien alors. Soupira Gilbert.

L'annexion de la Biélorussie ainsi que de l'Ukraine ne serait probablement pas trop difficile. Ces deux idiotes le savaient certainement, mais elles agissaient par principes et essayaient de se montrer fortes.

- Et vous trois ? Demanda le Prussien en se tournant vers les trois baltes.

Raivis eut un mouvement de recul lorsque les yeux rouges de Gilbert se posèrent sur lui. Il avala difficilement avant de fixer le sol sans être capable de cesser de trembler.

- La Lituanie va se rendre. Murmura Toris d'une voix blanche. Nous n'avons pas la force d'affronter une armée entière.

Ses deux frères lui jetèrent un regard rempli d'effroi. Le plus vieux évita de les regarder. Cette décision lui faisait mal, mais il n'était pas sot. Son pays n'avait pas la force de frappe nécessaire afin de repousser une invasion. S'il acceptait de se battre, se serait probablement l'entièreté de sa population qui serait décimée.

- L-la Lettonie va se rendre aussi. Ajouta Raivis, ses yeux toujours fixés sur le sol.

- Ah, très bien. Il ne reste que toi, Eduard.

Les regards se posèrent sur le dernier des prisonniers n'ayant pas encore parler. Le jeune homme avait les yeux fermés et semblait en pleine méditation.

- Je n'ai pas le choix de me rallier à mes deux frères. Comme Toris le dit, nous n'avons pas la force de repousser vos attaques. L'Estonie se joindra à l'Allemagne nazie.

- Bon ! C'était encore plus facile que je l'avais espéré ! S'exclama Gilbert en affichant un grand sourire. Ivan va être trop heureux d'apprendre que ses trois chiens de poche vont couler avec lui. Quant à ses deux affreuses sœurs, et bien, ça sera tant pis pour elles et bon débarras.

Avec une certaine appréhension, Toris releva la tête pour regarder le Prussien. Il hésita quelques secondes, semblant chercher son courage avant d'ouvrir la bouche :

- Monsieur Weillschmidt, Commença-t-il. Qu'est-il arrivé de… qu'est-il arrivé de Feliks ?

- Ah, ce stupide Polonais ? T'en fais pas, il est six pieds sous terre maintenant.

Gilbert s'apprêtait à tourner les talons pour s'en aller sur cette note lorsque la porte de la pièce s'ouvrit, interrompant sa sortie dramatique. Un soldat à l'allure bourrue entra, tenant dans sa main une longue bandelette de papier qu'il tendit à son supérieur. Ce dernier la prit d'un air contraint avant de la lire. Ses yeux rouges s'agrandirent de surprise avant de se poser sur le nouveau venu.

- C'est une blague, non ?!

- N-non, Obergruppenführer Weillschmidt. Ce qui est écrit est tout à fait vrai. Nous venons de recevoir la communication à l'instant.

L'expression d'étonnamment fut rapidement remplacée par une expression d'immense satisfaction. Affichant un grand sourire, il se tourna vers ses prisonniers qui affichaient un air mal à l'aise.

- Mes très chères dames, Commença Gilbert sur un ton moqueur. Ce que je viens de recevoir là va peut-être vous faire changer d'avis et vous démontrer que votre résistance est futile.

Il agita le morceau de papier sous le nez de Natalya et Oksana.

- Figurez-vous donc que ce putain d'Américain, Alfred Fuckin' Jones, vient d'être capturé en France. C'est la fin des Alliés. L'Allemagne a gagné. Maintenant, on vous embarque pour Berlin ! Faites bon voyage !

Paris, France – Octobre 1945

Une certaine tension régnait dans la petite cachette des réfugiés du bombardement. Les Parisiens survivants avaient été mis dans la confidence sur ce que les nations s'apprêtaient à faire et ils devinaient que l'heure était relativement grave. Si le plan fonctionnait, ils auraient peut-être une mince chance de reprendre leur ville.

Malgré l'heure très matinale, tout le monde était debout. Le feu, allumé le soir précédant, brûlait toujours faiblement, mais pas suffisamment pour réchauffer l'endroit.

Un peu en retrait, les quatre nations discutaient à voix basse. Parfois, la voix portante d'Alfred résonnait contre les hautes parois du plafond ou un toussotement se faisait entendre de la part de l'Australien qui avait attrapé un vilain rhume, mais sinon, ils murmuraient.

C'est alors qu'une femme dans la trentaine s'approcha du petit groupe d'un pas hésitant. Puisque personne ne sembla la remarquer, elle toucha légèrement le bras du Canadien. Ce dernier se retourna, les sourcils haussés, affichant une expression de surprise. Puis un gentil sourire se dessina sur ses lèvres. Lui, contrairement aux deux anglophones, pensa la dame alors qu'Alfred et Dan la regardaient avec un air ennuyé, semble relativement gentil.

- Excusez-moi, Commença la femme en affichant une expression embarrassée. Je ne veux pas vous déranger pendant que vous discutez de choses importantes, mais vous êtes un médecin ?

Matthew la fixa un instant sans comprendre. Voyant que le jeune homme ne semblait pas réaliser ce qu'elle voulait dire, elle pointa le bandeau enserrant son bras représentant la croix rouge.

Le Canadien n'avait rien d'un médecin accompli. Seulement, pendant la guerre, des soldats ordinaires étaient désignés pour accomplir le rôle de médecin sur le champ de bataille. Leur seule tâche consistait à aider les blessés en leur donnant de la morphine et en appliquant du sel ainsi qu'un pansement sur leur plaie. Par la suite, ceux-ci étaient conduits aux campements situés à l'extérieur du champ de tir où de véritables médecins les soignaient.

Puisque tous les membres de sa famille lui avaient strictement interdit de se rendre en terrain dangereux mais qu'il voulait tout de même aider l'effort de guerre, Matthew avait choisi d'aider les médecins. Au début, tout le sang, les blessures béantes et les os brisés lui donnaient mal au cœur. Maintenant, il lui semblait presque normal d'insérer une de ses mains dans une large plaie pour y attraper une artère déchirée afin d'arrêter l'hémorragie.

- Hm, oui en quelques sortes ? Répondit le Canadien.

La femme retroussa alors la large manche de sa chemise. Une profonde entaille courrait de son coude à son poignet, si profonde que l'os était visible à travers les chairs meurtries.

Francis émit une exclamation de surprise.

- Pourquoi ne pas avoir dit que vous étiez blessée plus tôt, ma chère ? Demanda-t-il d'un ton sincèrement inquiet.

- Je ne voulais pas vous embêter avec cela. Je sais que vous avez des choses plus importantes que moi à vous soucier. Vous devez sauver le monde, après tout.

- Laissez-moi voir ça. Dit gentiment Matthew. Assoyez-vous.

Il s'agenouilla sur le sol et la dame en fit de même. Il observa ensuite la blessure. C'était une coupure importante, mais relativement nette, probablement causée par un objet tranchant.

- Alfred, tu peux aller me chercher mon sac s'il te plaît ? Demanda Matthew sans lever les yeux.

Voyant que son frère ne bougeait pas, le Canadien releva les yeux pour le regarder. L'Américain affichait une expression confuse, puis il grogna de façon agacée. En ce moment, il ressemblait à un enfant à qui ses parents avaient refusé une friandise.

- Tu sais que j'comprends rien quand tu parles en français, Matthew !

- Oh. Je suis désolé. Pourrais-tu aller me chercher mon sac ?

Toujours en faisant la moue, Alfred obéit sans rechigner cette fois. Matthew ne put retenir un petit sourire attendrit.

- Il est vraiment mignon. Murmura la blessée sur un ton amusé.

Les joues de Matthew prirent une couleur rosée et il s'efforça d'afficher un air confus, comme s'il ne venait pas de se faire prendre en train d'observer amoureusement son frère. Ce dernier revint avec le sac en question, brisant heureusement le moment d'inconfort.

Le Canadien entreprit ensuite de recoudre la plaie. Ce n'était pas une tâche qu'il avait l'habitude de faire, mais il s'y appliqua le mieux possible. Il couvrit ensuite le tout d'un solide pansement avant d'essuyer ses mains sur son pantalon.

- Vous devrez changer le pansement tous les jours et éviter de mouiller votre plaie, sinon elle va s'infecter et les points de suture ne tiendront pas.

La blessée hocha la tête pour démontrer qu'elle comprenait avant de sourire à son tour.

- Je vous remercie beaucoup.

Matthew rougit à nouveau. Les remerciements le mettaient toujours mal à l'aise. Néanmoins, il combattit sa gêne pour faire un sourire en retour avant de retourner vers les trois autres qui avaient repris leur discussion. Lorsqu'il arriva, Francis releva la tête. Le Canadien fut légèrement surpris par son expression sérieuse.

- Je suis toujours pas d'accord avec ce plan. Marmonna Alfred.

Il avait depuis longtemps abandonné l'idée de crier après le Français pour avoir concocter cette stratégie, en particulier parce que son jeune frère semblait prêt à le suivre. Matthew, bien que pouvant se montrer courageux, n'était pas un héros. En plus, il avait peine à prendre des décisions par lui-même et avait la mauvaise manie de se tourner vers un de ses parents dès que quelque chose sortait de l'ordinaire. L'envoyer seul dans les bras de l'ennemi était pratiquement du suicide. Seulement, Alfred avait cessé de riposter en voyant la détermination briller dans les yeux mauves de son frère. Matthew comprenait les risques et les acceptait.

D'ailleurs, ils avaient tous leur part à jouer là-dedans. L'Américain ne pouvait se permettre de jouer au protecteur envers ses deux jeunes frères.

- Moi non plus j'suis pas d'accord. Approuva Dan en fronçant les sourcils.

Matthew le regarda d'un air incertain avant de poser sa main sur son épaule.

- Tu ne devrais pas t'en faire pour moi, d'accord ? Tu es malade, alors contente-toi de te soigner. Les gens ici ont besoin de vous.

L'Australien roula les yeux même s'il savait que le blondinet avait raison.

- Il serait temps d'y aller. Déclara Francis après quelques secondes de lourd silence.

Les trois autres figèrent en entendant son ton. Ces mots sonnèrent comme un glas. Le plan se mettait en marche maintenant. C'était un plan de grande envergure, pas uniquement pour sauver leur peau mais qui pourrait mettre un frein à l'expansion nazie.

Le Canadien hocha la tête en tentant de faire un sourire rassurant. La peur commença à grandir en lui sans qu'il ne parvienne à la faire taire. Il savait que s'il se montait terrifié, Alfred sauterait sur l'occasion pour trouver une excuse afin qu'il ne parte pas. Et pendant un instant, Matthew eut presque envie que son grand frère ne le retienne. Il voulait rester avec lui où il se sentait en sécurité. Pendant un bref moment d'égoïsme, le monde sembla venir en second plan et sa propre sécurité en premier. Puis, il se ressaisît pour chasser ces pensées. Cela ne servirait à rien de rester bien à l'abri, les bras croisés, alors que les Allemands pouvaient leur mettre la main dessus à tout moment. Et lorsque cela arriverait, il n'aurait plus jamais la chance d'être loin du danger, que ce soit avec son frère ou non.

Alfred hésita une seconde avant de soupirer de découragement. Il jeta un regard noir à Francis, comme si tout cela était de sa faute, mais retira malgré tout son bomber jacket. Il se sentait dévêtu et exposé sans son manteau, comme dénudé de son statut de pilote.

Pendant ce temps, Francis prit des ciseaux de chirurgie se trouvant dans les affaires de son fils et entreprit de couper les cheveux de ce dernier. Les longues mèches blondes tombaient l'une après l'autre sur le sol froid. Matthew les voyait à ses pieds. Son cœur se serra légèrement. Les gens le confondaient toujours avec Alfred et maintenant la ressemblance serait encore plus frappante.

- C'est fait. Annonça le Français après quelques minutes.

Le Canadien glissa une main dans ses cheveux, trouvant la sensation de les sentir ses courts des plus étranges. Il jeta un coup d'œil incertain à ses deux frères qui ne semblaient pas plus enchantés que lui. Il retira ensuite son propre manteau qui l'aurait identifié comme étant Canadien, le plia soigneusement et le déposa sur le sol. Alfred lui tendit alors sa bomber jacket. Matthew hésita un quart de seconde avant de l'empoigner pour l'enfiler. Le vêtement était un peu trop grand pour lui; les manches descendaient jusqu'à la dernière jointure de ses doigts.

- T'as l'air d'un héros quand t'es habillé comme ça ! Déclara Alfred.

- C'est vrai que tu ressembles vachement à Alfie hein… Approuva l'Australien. On pourrait presque vous méprendre si vous aviez la même couleur de yeux.

- Je ne pense pas pouvoir être un héros comme toi, Alfred. Soupira Matthew. Mais je compte au moins essayer.

Il ajusta le manteau puis en remonta le col de fourrure avant de mettre ses mains dans les poches.

- Tiens-toi droit. Commenta Francis en souriant gentiment. Et souris beaucoup. Tu es supposé personnifier Alfred, après tout.

Matthew fit comme son père lui disait, mais son sourire n'avait rien d'assuré comme celui de son frère. Malgré tout, n'importe qui aurait pu le méprendre pour ce dernier.

- Il faut que vous y alliez maintenant. Ajouta le Français.

Son ton disait qu'il ne voulait pas le laisser partir. Seulement, Francis avait conscience que pour obtenir quelque chose il était nécessaire d'en sacrifier une autre. Il savait par contre que son Matthieu chéri lui reviendrait sain et sauf. Il avait une confiance inébranlable en lui.

Le Canadien hocha la tête. Il se tourna vers Dan qui semblait sur le bord des larmes, chose vraiment très surprenante venant de lui. Matthew n'en dit point mot et se contenta de serrer son jeune frère contre lui. Ce dernier lui rendit chaleureusement son étreinte. Il sembla sur le point de dire quelque chose mais se ravisa à la dernière seconde.

Alfred le prit alors gentiment par le bras pour l'entraîner vers la sortie. Matthew eut presque envie de riposter mais n'en fit rien et suivit son frère. Il fit un dernier signe de la main aux deux membres de sa famille puis aux Parisiens qui affichaient un air légèrement anxieux.

Le soleil avait débuté sa course dans le ciel à peine deux heures plus tôt. L'air était encore glacial à une heure si matinale. Cependant, le ciel était d'un bleu limpide et sans nuage à des kilomètres à la ronde. Il n'y aurait donc pas d'averse aujourd'hui. Ce n'était qu'une bien maigre satisfaction, mais un point positif dans un océan de points négatifs.

Les deux frères marchèrent en silence pendant quelques minutes, tous les sens en éveil afin de ne pas se faire prendre. Ils devaient se rendre un peu plus à l'est de leur cachette, à l'endroit où les soldats débutaient leurs patrouilles. La ville en ruines leur donnait froid dans le dos et ils allongèrent le pas.

Une fois arrivés à destination, le silence qui fut confortable devint désagréable. Aucun des deux ne savait que dire. Alfred regarda sa montre avant de jeter un coup d'œil aux alentours. S'il se faisait prendre avec son frère, tout leur plan tombait à l'eau. Il ne savait seulement pas quoi dire. S'il s'était agit de quelqu'un d'autre que Matthew, il aurait lancé une de ses phrases typiques du style : ''T'en fais pas ! Le héros surveille tes arrières !'', mais il savait que ce genre de clichés ne rassureraient pas son frère.

- Ça va aller ? Demanda l'Américain sur un ton sérieux que lui-même avait peine à reconnaître.

La gorge serrée, Matthew hocha la tête. Il ne voulait pas parler, car il savait qu'Alfred entendrait les sanglots dans sa voix.

D'un geste nerveux, le plus vieux des deux repoussa les mèches blondes qui lui tombaient sur le front. Pourquoi devait-il être si nul avec les mots ? Arthur saurait quoi dire dans un moment critique comme celui-ci !

Finalement, se disant que les actions sont toujours plus efficaces que les mots, il passa ses bras autour des épaules de Matthew et l'attira contre lui pour le serrer fortement. Le Canadien laissa échapper un petit cri de surprise, ne s'y étant pas attendu. Une fois la stupéfaction passée, il n'hésita pas une seconde à lui rendre son étreinte. Cette fois, les larmes se mirent à couler sur ses joues sans qu'il ne puisse les retenir.

- Aww… Pleure pas Matt… Ça me plaît vraiment pas de te laisser partir comme ça… Si tu veux, on peut tout annuler. J'suis sûr que cet idiot de Francis pourrait concocter un autre plan.

Matthew renifla avant de secouer la tête.

- N-non… Je ne doute pas que Francis pourrait inventer quelque chose d'autre, mais je sais aussi que ce ne serait pas aussi raffiné que ce plan là. Ça va aller.

- Hm… C'est bizarre à dire mais je vais être rassuré juste quand tu vas être à Berlin avec Arthur hein…

- J'espère bien que je serai avec lui.

Gentiment, Alfred essuya les larmes de son frère. Ce geste, si banal, lui rappela l'époque où ils n'étaient encore que des enfants et où sa plus grande mission était de veiller sur Matthew afin qu'il ne se fasse pas mal alors qu'ils jouaient dehors.

- Il faut que tu y ailles, Al.

L'interpellé hocha la tête. Il tourna les talons, jeta un dernier coup d'œil à son frère avant de reprendre la direction de leur cachette au pas de course. Il savait que s'il s'arrêtait, il retournerait le chercher.

Matthew le regarda s'éloigner le cœur gros. Lentement, il pivota sur ses talons afin de regarder autour de lui. Pour l'instant, il n'y avait personne à portée de vue, mais ce n'était qu'une question de temps. Une troupe de reconnaissance de soldats allemands devait passer par-ci dans quelques minutes. Le Canadien n'avait qu'à rester où il était afin qu'ils le voient et le capturent. C'était plus facile à dire qu'à faire, par contre. Ce ne serait pas du style d'Alfred de se laisser prendre si facilement. Il tenterait de se sauver et se débattrait dès que quelqu'un métrerait la main sur lui.

Cela ne faisait pas cinq minutes qu'Alfred l'avait quitté que la terreur l'envahit. Son estomac se tordit douloureusement, ses muscles se tendirent, la sueur commença à couler sur son front et se respiration se fit sifflante. Malgré le vent glacial qui soulevait ses mèches blondes récemment coupées, la température de son corps semblait monter en flèche. Il déglutit avec peine et se rendit compte que sa bouche s'était asséchée. Il n'avait jamais ressenti une aussi grande peur depuis la Première Guerre Mondiale. Mais à cette époque, Arthur avait été à ses côtés afin de le rassurer. Aujourd'hui, il se trouvait complètement seul dans un environnement des plus hostiles. Derrière chaque décombre, derrière chaque mur à moitié effondré pouvait se trouver un soldat allemand prêt à lui sauter dessus. Pendant un moment, Matthew regretta de ne pas avoir accepter l'offre d'Alfred de garder une arme sur lui. Il ne se s'en serait probablement pas servie, mais sentir le métal froid dans sa paume moite aurait pu lui apporter un peu de courage. Instinctivement, il remonta le col de fourrure de la veste de son frère. Son odeur était encore perceptible dans le matériel. Cela le rassura quelque peu. Il se devait d'être fort et courageux comme son grand frère. Cela serait peut-être sa chance de se faire remarquer et qui sait, lui donner le courage nécessaire pour lui avouer ses sentiments. À cette simple pensée, ses jours prirent une teinte rosée.

Les bruits de pas passèrent inaperçus. Ce n'est que lorsqu'il sentit l'embout froid d'un revolver sur l'arrière de son crâne qu'il comprit que les Allemands l'avaient trouvé. Son cœur manqua un bond, mais son visage garda une expression neutre. Alfred n'aurait pas laissé paraître sa peur sous aucun prétexte. Hah, il n'aurait probablement même pas eu peur.

Une main gantée se referma sur ses mèches de cheveux pour lui tirer la tête vers l'arrière. Il se retrouva à fixer un soldat aux yeux bleu foncé. Ce dernier l'observa longuement. Par bonne mesure, Matthew tenta de se défaire de l'emprise sans détourner les yeux pour ne pas démontrer sa peur, sans grand succès. Le soldat le relâcha à son grand soulagement avant de se tourner vers ses compatriotes. Ils échangèrent quelques paroles en allemand que le Canadien ne comprit évidement pas, mais leur ton indiquait la surprise. Finalement, leur attention se reposa sur lui.

- Tu ne serais pas Alfred F. Jones ?

L'accent de l'homme s'étant adressé à lui était tellement prononcé que le Canadien ne devina plus q'il ne comprit la question. Il s'efforça de prendre l'air arrogant que son frère arborait souvent.

- Ouais. Répondit-il, imitant l'accent Yankee d'Alfred admirablement bien.

Les Allemands se jetèrent un nouveau coup d'œil.

Puis, tout se passa très rapidement. Il reçut un violent coup de crosse de revolver derrière la tête. La douleur explosa à l'intérieur de son crâne. Des milliers d'étoiles dansèrent devant ses yeux. Vaguement, il eut l'impression que ses genoux se dérobaient sous lui. Une fois à genoux sur le sol, un des soldats lui tordit les deux bras derrière le dos afin de lui passer des menottes ; objet inutile duquel Alfred aurait pu se débarrasser sans problème. Ensuite, quelqu'un le saisit par le devant de sa veste pour le remettre sur ses pieds. Il grogna légèrement, peu habitué à ce genre de traitement brusque. Pendant qu'il était retenu, un autre soldat le fouilla afin de s'assurer qu'il n'avait pas d'arme. N'oubliant pas de jouer le jeu, Matthew émit un grognement contrarié alors que tout ce qu'il aurait voulu faire était se mettre à pleurer.

Finalement, on le poussa dans une certaine direction. Avec toutes ces armes braquées sur lui, le jeune homme n'hésita pas à se mettre en marche.