Un silence de plomb régnait dans la salle. Toutes les questions se bousculaient dans ma tête, me donnant le tournis. Mélie. Il avait dit Mélie. J'avais donc vu juste, il connaissait ma mère. Mais moi je ne le connaissais pas. Et j'étais pratiquement certaine que mon père non plus. Lui me fixait, et je pus distinguer quelques cheveux blancs dans ses mèches blondes. J'allais prendre la parole quand il commença à parler.

-Je n'aurais jamais pensé un jour te rencontrer Ava. Tu es aussi belle que ne l'était ta mère.

-Cela ne me dit pas comment vous connaissez Mélie. Enfin, connaissiez pour être plus précise.

J'étais sur la défensive. J'avais peur de ce qu'il allait me dire. Je lui avais parlé sèchement, et ma voix n'avait pas tremblée d'un pouce. Ethan me dévisageait, sachant parfaitement que je ne lâcherais pas l'affaire. J'étais là, ce n'était pas pour rien.

-Je la connaissais en effet. Elle restera la femme la plus incroyable qu'il m'eût été donné de rencontrer.

-C'est vrai. Ma mère était unique. Un solide bijou, qui s'est soudain brisé. Sans aucune raison valable.

-C'est ce que tu crois Ava. Tu ne sais rien.

-Hum, oui. Mais vous vous savez pas vrai?

-Tu n'as rien besoin de savoir.

Il se moquait de moi? Ses yeux avaient beau refléter une sincère tristesse, cela ne changeait rien au fait qu'il se taisait. Je ne voulais pas perdre le contrôle de moi-même. Mes poings étaient serrés, je fulminais.

-V-vous ne voulez rien me dire?

-Ce n'est pas si facile. Je n'en ai pas le droit. Comprends-moi...

C'en était trop. J'explosais littéralement.

-Vous vous foutez de moi hein?!

-Ava, calme toi, me dit Ethan.

-Non! Non je ne me calmerais pas! Ma mère avait rendez-vous avec vous, elle venait vous voir plusieurs fois par semaine, je l'ai vu dans son agenda. Vous allez peut-être le nier?!

-Ava...

-Et là, vous me regardez avec pitié, en continuant de vous taire! Je ne supporte pas le regard plein de compassion des gens autour de moi! Je le hais, je l'ai beaucoup trop supporté! Je n'en peux plus vous pouvez comprendre ça non?!

Mes larmes jaillissaient à flot sur mon visage. Ma vue était brouillée, mais je m'en fichais. Ethan exerçait une pression sur mon bras, pour ne pas que je tente de sauter sur le médecin.

-Je peux le comprendre oui. Je sais ce que tu ressens. La frustration. La colère. Le chagrin. Le sentiment d'avoir été abandonnée par Mélie. C'est cela n'est ce pas?

Stupéfaite, je laissais tomber mes bras le long de mon corps. Ce qu'il venait de dire.... C'était exactement ce que je refoulais au fond de mon être. Il lisait parfaitement en moi.

-Que pouvez vous savoir à ce que je ressens?

-Tes yeux ne mentent pas. Ce sont les mêmes que Mélie.

-Mélie avait les yeux bleus.

-Je ne parlais pas de la couleur. Mais plutôt des sentiments qu'on peut y distinguer.

Ses paroles me frappaient. Mes larmes ne coulaient plus à présent. Je fixais le sol, impassible. Je ne comprenais rien à ce qu'il disait.

-T-tout ça, ce sont des conneries, finis-je par dire.

-Non Ava. Justement non.

-Ma mère était heureuse. Souriante. La raison pour laquelle elle s'est tuée, je ne la connais pas. Mais vous si, n'est ce pas?

Il soupira, et je relevais la tête vers lui.

-Je sais certaines choses, oui.

Une question traversa mon esprit. Il fallait au moins que je lui pose celle-là.

-Nous sommes dans quel domaine médical ici?

-La psychologie. Je suis psychothérapeute.

Psychologie? Ma mère avait des problèmes au point d'aller voir un psychologue? Ça n'avait aucun sens. Pourquoi? Je m'assis sur une chaise, et posa les mains sur mes genoux. Ethan hésita, puis vint s'asseoir près de moi, posant sa main sur la mienne.

-Je vous écoute.

Le Dr Raiford n'insista pas, et je le vis s'asseoir en face de moi. Ses yeux scrutaient mon visage pâle. J'étais à présent prête à écouter la vérité. L'unique vérité.

-Si Mélie est venue me voir, ce n'est pas pour raisons médicales. Du moins pas au début. À la base, elle venait me voir moi.

-Comment ça?

-Je connais ta mère depuis longtemps. Depuis bien des années maintenant.

-Q-quoi?

-Oui... Nous sommes, pour ainsi dire de vieux amis d'enfance.

-Je… n'en savais rien.

-C'est normal. Ta mère n'est pas originaire d'Ocklahoma.

-Je le sais ça. Mais comment vous connaissiez vous ?

-Nous sommes amis depuis le collège. Nous avons passé la plus grande partie de notre scolarité ici, ensemble. Nous étions dans la même classe, du collège au lycée. Mélie et moi-même étions inséparables. Toujours fourrés ensemble, à faire les quatre-cent coups.

Je ne pus m'empêcher de sourire, en imaginant ma mère à mon âge, se comportant comme une vraie gamine. Elle devait être si belle, si radieuse à cette époque.

-Mélie était vraiment très belle à cette époque, elle l'a toujours été. Tous les garçons lui courraient après, mais elle s'en moquait, elle disait qu'elle n'avait pas besoin d'un homme dans sa vie, qu'être seule lui suffisait largement.

-Hum… J'imagine vraiment ma mère se comporter comme ça.

-Oui. Tu lui ressembles beaucoup. La même expression, la même beauté, la même gentillesse. Vous seriez devenues les meilleures amies du monde.

-Nous l'étions. Jusqu'à ce que tout se brise d'un coup.

Je le vis fermer les yeux, et fut agacée de voir qu'il ne disait rien. Il savait la vérité, alors pourquoi me la cacher plus longtemps ?

-Mais nous nous éloignons de la véritable raison de ma présence ici. Je suis là pour savoir pourquoi elle a fait ça. Qu'est-ce qui l'a poussé à commettre cet acte, hein ?

-Ava, calmes-toi, me répéta Ethan pour la deuxième fois.

-Non ! J'ai attendu suffisamment longtemps, je veux savoir bon sang ! Vous ne pouvez donc pas comprendre ce que je ressens ?

Le Dr Raiford leva ses yeux vers moi, et une nouvelle fois, je me perdis dans l'abîme azur qui me fixait. Pourquoi ? Comment pouvait-il exercer une telle attraction sur moi ? J'avais l'impression de le connaître, alors que je ne l'avais jamais vu auparavant. Non. Je savais pourquoi je pensais ça. Parce qu'il me regardait de la même manière, dont il devait regarder Mélie. C'était certain.

-Ava, je ne veux pas te faire souffrir. Il y a parfois des choses qui ne valent pas la peine d'être connues. Et dans ton cas, il est mieux que tu ne saches rien.

-Vous appelez ça une réponse vous ? Non. Ça n'en ai absolument pas une. Et vous voulez savoir ? Je déteste les gens qui se mentent à eux-mêmes.

Il se leva d'un mouvement brusque, qui me fit sursauter, et je croisai son regard rempli de souffrance. Un regard qui me mit mal à l'aise. Vraiment.

-Tu ne comprends pas Ava ? J'essaye de te faire comprendre que cela ne t'engendrera que de la souffrance. Tu ne crois pas que tu as assez souffert comme ça ?

-Je…

-C'était une erreur pour toi de venir ici ! Ne reviens pas, ne reviens plus jamais !

Il m'avait craché ces mots sans peine, et j'étais demeurée figée sur ma chaise. La pression de la main d'Ethan sur la mienne me fit reprendre mes esprits, et je me levai, tremblante comme jamais. Je me dirigeai vers la porte, et osa un dernier regard dans sa direction. Il fixait ma place vide d'un regard vide, comme si m'avoir dit ça l'avait détruit. Ethan me poussa hors de son bureau, et nous nous retrouvâmes dans le couloir. Je sentis Ethan me prendre dans ses bras, et il ne dit rien. J'étais bien incapable de parler. J'avais peur. Peur de ce que je venais de dire, de ce que je venais de faire. Il y avait eu tant de douleur dans son regard inexpressif... Mais qu'aurais-je du dire sinon cela? Je n'avais dit que ce que j'avais sur le coeur, rien de plus. Rien que ce qui me torturait au plus haut point. Ce qui me déchirait l'être. Ces questions incessantes, je les avais enfin posé. Mais je n'avais pas eu de réponse. Du moins pas celle que j'attendais. Je n'avais pas à me sentir coupable. Et pourtant. Un profond sentiment de remord s'emparait de moi. Nous sortîmes de l'hôpital, et durant le trajet pour le retour, je restais silencieuse, plongée dans mes pensées. Je voyais Ethan me surveiller du coin de l'oeil. Il scrutait mon visage, à la recherche de la moindre expression, mais je demeurais impassible. Une fois arrivés, il me prit la main et la serra doucement.

-Si ça ne va pas, n'hésites pas hein?me chuchota t-il entre deux baisers.

-Ne t'en fais pas. Ça va aller.

Une dernière étreinte, et je me faufilais par la porte. Mon père n'était pas encore rentré, comme d'habitude. Je me sentais un peu seule dans ma grande maison. Avant, les rires de ma mère et moi la remplissait continuellement. Cette période était révolue, il fallait bien que je m'y fasse. Je me dirigeais dans la cuisine, farfouillant dans le frigo pour y prendre une bouteille d'eau, et m'installa devant la télé. Je zapais les chaines à toute vitesse, rien ne m'intéressait vraiment. Agacée, j'éteignis la télé et monta les marches qui menaient à ma chambre d'un pas lent. Passant devant la chambre de mes parents, je ne pus résister à l'envie d'y entrer pour tenter de retrouver un peu de sa présence. M'asseyant sur le lit, j'ouvris le tiroir... Pour constater que l'agenda ne s'y trouvait plus. Surprise, je fouillais totalement le tiroir, en vain. Il n'était plus là où je l'avais reposé. Je refermais le tiroir sans un bruit. Si il n'était plus à sa place, cela signifiait que quelqu'un l'avait bougé. L'avait bougé pour que je ne puisse plus le lire. Et il n'y avait qu'une seule personne qui avait pu faire ça. Mon père. Mon père savait donc quelque chose, quelque chose qu'il tentait lui aussi de cacher. Qu'il tentait de me cacher. À moi, sa fille. Mon poing s'abattit d'un geste rageur sur la table de chevet. Pourquoi? Pourquoi me mentaient-ils tous? Qu'est ce que j'avais bien pu faire? Et surtout, qu'est ce que ma mère cachait? Ils étaient tous contre moi. Même mon père. Un éclair me traversa l'esprit. Cela voulait-il dire qu'il savait quelque chose sur sa mort? Ce n'était qu'une supposition, mais c'était tout de même assez étrange. Lentement, je sentis les larmes couler le long de mes joues. J'en avais assez de tout ces mensonges, de ces secrets qui ne servaient qu'à me détruire. Je voulais juste savoir la vérité. Etait-ce trop en demander ? J'entendis la voiture de mon père, et me dépêchai d'essuyer mes larmes. Il me fallait être courageuse si je voulais lui parler. Parce que cette question brûlait mes lèvres, et parce que je devais connaître la raison du fait que l'agenda de Mélie ait soudainement disparu. J'entendis la porte d'entrée s'ouvrir, et je fonçai dans ma chambre, prenant à la hâte un livre posé sur mon bureau pour faire semblant de lire. Il ne m'appela pas pour descendre, ce qui était étonnant. Sans plus attendre, je le rejoignis dans le salon. Mon regard s'attarda sur la bouteille de whisky posée sur la table, et je sentis la fureur me gagner. Poings serrés, je m'avançai vers lui.

-Bonne journée ?

-Normale. Et toi ?

-La même.

Il fuyait mon regard, je le sentais. Mais pourquoi ? Je décidais d'aller droit au but.

-Tu recommences à boire à ce que je vois, dis-je d'une voix glaciale.

-Ne me fais pas la morale Ava. Je fais encore ce que je veux il me semble.

-Ouais. Mais ça faisait longtemps non ? Tu as des choses à te repprocher ou quoi ?

Son regard devint terne, et son visage perdit toutes ses couleurs. Touché. Il avala d'un trait son verre pour s'en resservir un autre.

-Tu ne me dis rien ?

-Je n'ai rien à te dire.

-Ah oui ? Et l'agenda de Maman, il s'est volatilisé tout seul peut-être ?

Il releva ses yeux vers moi avec stupeur, et se releva si vite que j'en eus presque peur.

-Qui t'a permise aussi de fouiller dans ses affaires hein ? Que cherchais-tu enfin ?

-La vérité ! lui crachai-je à la figure.

-Il n'y a rien à savoir ! Disparaîs de ma vue Ava !

Furieuse, je lui lançai un regard méprisant, avant de tourner les talons et de monter dans ma chambre à toute vitesse. Je claquai sans ménagement la porte, et me jetai sur mon lit. Il savait quelque chose c'était évident. C'était la deuxième fois dans la journée qu'on me criait de partir. Décidément. Sans faire de bruit, je sortis de ma chambre pour me diriger vers le bureau. Je fouillais partout, dans chaque recoin. Puis mon regard se posa par hasard sur une boîte en métal qui se trouvait dans un tiroir, sous une pile de lettres. Je m'en saisis, et fut fascinée par la gravure de celle-ci. Cela représentait un paysage japonais, avec des cerisiers et des geishas. Je savais que ma mère adorait ce pays, elle y avait été dans sa jeunesse, elle me l'avait raconté. Passant ma main délicatement sur le couvercle, je l'ouvris. Il y avait plusieurs lettres, et des photos aussi. Je les regardai rapidement, constatant avec surprise que Mélie se trouvait toujours sur celles-ci, mais accompagnée toujours du même homme. Ils semblaient tous les deux heureux, et malgré moi, je ne pus m'empêcher de me dire qu'ils allaient bien ensemble. Ce n'était pas mon père sur la photo. C'était un autre homme, tout aussi séduisant. J'avais l'impression de l'avoir déjà vu. Et la sérénité qu'affichait ma mère sur les photos me rendit nostalgique des moments que nous passions ensemble. Un détail m'intrigua. Stupéfaite, je fis tomber la boîte sans m'en rendre compte. La main tremblante, je ramassais les photos et les lettres pour les remettre à toute hâte dedans. Sur la photo, ma mère affichait un ventre rond qui laissait deviner qu'elle était enceinte. Alors pourquoi l'homme sur la photo n'était pas mon père ? Je tournais la photo. Celle-ci avait été prise il y a de cela dix-huit ans. Dix-huit ans. Peu avant ma naissance. Le regard vide, je regardai à nouveau la photo. L'homme se tenait à ses côtés, la main posé sur son ventre. Ils étaient tous les deux enlacés, comme s'il n'existait plus rien autour d'eux. La panique me gagnait. J'avais peur d'avoir compris. D'avoir malheureusement compris. Son regard. Je l'avais déjà vu. Des yeux bleus clairs comme l'océan, intensément chaleureux. Les mêmes yeux qui m'avaient troublé au plus profond de mon être, les mêmes yeux qui m'avaient supplié de faire marche arrière. Ses yeux à lui. Au Dr Raiford. Je plaquai la main sur ma bouche pour étouffer mon cri. Je sentais mon souffle s'accélérer, ma poitrine se serrer. Emportant la boîte avec moi, je me dépêchais de retourner dans ma chambre. Je la cachais dans l'armoire, et me laissais tomber sur le lit. J'avais peur. Je ne comprenais plus rien. Qui était cet homme ? Etait-ce… Non ! Je ne voulais même pas y penser ! Je ne voulais même pas laisser mon cerveau s'attarder sur cette question tout simplement sans aucun sens. Et pourtant elle en avait un. Mais ça, plutôt mourir que d'y songer. Je tâchais de reprendre mon calme, encore trop secouée par ce que je venais de découvrir. Il faudrait que j'en parle à Ethan. Absolument. Et mon père. Devrais-je l'éviter ? Oui. C'était la meilleure des choses à faire pour l'instant. Du moins je voulais m'en convaincre. Un long frisson me parcourut et j'eus soudain l'impression que la pièce s'était refroidie d'un coup. Je ne pris pas la peine de me changer, et me coucha directement. Même sous ma couette, j'avais encore la peau glacée. Les images se bousculaient dans ma tête, et une lourde migraine commençait à s'emparer de moi. J'avais peur, vraiment. Peur de la vérité. Moi qui voulait à tout prix la connaître, je la craignais à présent. Et une seule. Une seule question me hantait. Qui étais-je réellement ?

Fin de la deuxième partie.


Combien de temps? Deux mois je crois? Ouais deux longs mois que je n'ai pas écrit wow! J'ai eu la soudaine envie de réécrire, ne me demandez pas pourquoi ^^. Donc c'est la fin de la deuxième partie, hé oui, ce sera en trois parties en fait.

Voilà bisoux Mireba.