Note : Première fic CH, elle date un peu -_-

Un petit coucou à mon ancienne béta Comte de la Fère ;)


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Terrain mouvant

- Waouhaaa !! ha ha ha ha, j'ai bien bu…. Hips ! Olalala, oh oui ça j'ai bien bu… Quelle nuit ! Hips ! Oula… Un peu trop bu, quand même…

L'homme tanguait dangereusement ses pieds et dans un dernier ricanement, il s'appuya contre le mur.

- Bah ! pas normal… tiens plus l'alcoooool !!?

Pas bien ça, pensa-t-il dans un rire assourdi, tandis que sa main tâtonnait à la recherche de la poignée de la porte. Après un instant de flottement, il put enfin ouvrir la porte de son appartement. Il leva une paupière pour regarder à l'intérieur. Ouvrir avait été aisé; maintenant, rester à entrer. Il fut un instant hésitant quant à la marche à suivre. Devait-il se laisser glisser sur le sol et ramper ? Ou, plus dignement, tenter de marcher. Oui, mais comment fait-on déjà ?! Avancer un pied puis l'autre et ainsi de suite, s'expliqua-t-il à lui-même le plus sérieusement du monde. Il était assez fier de lui ! Qui a dit qu'il était stupide, hein ?

- Ouaaaais…! Même saoul… Moi, le meilleur, maugréa-t-il.

Oui mais là… Trop difficile, décida-t-il finalement en se laissant tomber lourdement au pied du mur. Vraiment trop bu ! Il allait certainement le payer demain en récoltant une superbe gueule de bois carabinée !

C'était étrange tout de même, le parquet ondulait ! Allez, c'est pas le moment de faire des vagues, grommela-t-il en posant ses mains sur le sol pour l'empêcher de tanguer. C'est mieux, approuva-t-il. Ce fut donc à quatre pattes qu'il parvint à entrer. D'un coup de pied, il repoussa la porte avant de se laisser aller. Allongé de tout son long, les bras et jambes écartés, il ferma les yeux. Il n'avait pas encore la force de bouger. Et surtout, songea-t-il, il fallait attendre que le plafond arrête son manège, à vouloir monter et descendre sans cesse. On n'est pas dans une fête foraine ! Et puis, son cœur ne résisterait pas longtemps à ce train là… Une fois que le plafond eut consenti à se figer, Ryô se redressa en prenant sa tête entre ses mains.

- Merde ! Grimaça-t-il, sentant un étau lui encercler le crâne.

Dans un grognement, il se releva, chancela quelques secondes et jugea que le canapé serait un lieu plus approprié que son lit pour commencer sa nuit. Deux minutes plus tard, alors que soleil pointait derrière les stores des fenêtres du salon, un ronflement des plus sonores résonna.

- Mmm… dormir…, murmura-t-il en se retournant avant de se redresser brusquement, les yeux écarquillés…

Son cerveau embrumé venait de le rappeler à l'ordre : Il avait oublié quelque chose d'important !

- Bordel ! Kaori ! S'exclama-t-il en bondissant sur ses pieds. C'est aujourd'hui qu'elle revient !!!!!


En regardant la nuit à travers le hublot, Kaori soupirait. Son voisin, visiblement d'humeur joyeuse, bavardait continuellement… A son grand désespoir ! Plus d'une fois, elle se retint de lui crier de se taire, mais elle se contentait de lui adresser un vague sourire ou encore un hochement de tête, approuvant tous ses dires sans savoir exactement de quoi il lui parlait.

Ce voyage lui sembla durer une éternité. Elle refusa toute alimentation mais accueillit avec soulagement toute boisson que les hôtesses pouvaient lui apporter. Il faisait si chaud dans cet avion ! C'est étrange d'ailleurs, songea-t-elle avec lassitude, il est climatisé non ? Laissant cette pensée la quitter et bercée par l'incessant monologue de son voisin, songea-t-elle de nouveau à son séjour à New York et un sourire naquit sur ses lèvres. Ce mois passé en compagnie de sa sœur avait tout simplement été féerique ! Et elle devait bien l'avouer, jamais elle ne s'était sentie aussi bien. Presque sereine. Et pourtant…

Partir loin de… « lui » avait été la décision la plus difficile qu'elle ait jamais eu à prendre de sa vie. Mais… Mais depuis le mariage de Miki, elle avait ressenti le besoin irrépréhensible de s'éloigner. Rien dans l'attitude qu'il affichait depuis ce jour où elle avait cru que tout allait enfin changer ne correspondait en réalité à ses espoirs. N'avait-il pas avoué qu'il l'aimait !? Oh bien sûr, elle ne pouvait pas le nier, il avait changé. Plus de moqueries, plus de paroles blessantes… Plus rien, en somme… Il l'évitait, et même lorsqu'il acceptait un travail, il s'arrangeait pour qu'elle n'y participe pas. Oui, évidemment, elle aurait pu se mettre en colère, crier, hurler ou encore lui fracasser le crâne à coup de massue… Mais elle n'en avait rien fait. Alors le coup de téléphone de Sayuri était tombé à point nommé. Elle avait accepté. Il ne l'avait pas retenue…

Quelqu'un la secouait doucement et Kaori réalisa alors qu'elle s'était assoupie. Elle ouvrit des yeux immenses pour contempler le visage inquiet d'une jeune hôtesse.

Nous allons bientôt atterrir, mademoiselle, vous devez attacher votre ceinture.

Avec un sourire d'excuse, elle obéit d'une main molle et maladroite. Son voisin qui s'était enfin tu, la regardait étrangement depuis quelques minutes et Kaori sursauta lorsqu'il posa une main hésitante sur son front.

- Mais vous êtes brûlante ! Vous croyez que vous pourrez débarquer ?

Kaori sourit faiblement.

- Il le faudra bien. Quelqu'un m'attend à l'aéroport, répondit-elle en priant pour qu'on ne lui fasse pas faux bond.

- Ma foi… Tant mieux si l'on vous attend… Mais je crois quand même que je vous tiendrais compagnie jusqu'à que votre ami arrive…

- Oh mais, protesta Kaori en rougissant… Je vous en prie, ne vous dérangez pas pour moi !

- Tsss ! Ma femme me battrait à mort si jamais je laissais une demoiselle en détresse, voyons !

Kaori resta un moment interloquée puis adressa un sourire de remerciement à son voisin. La descente de l'avion lui fit tourner la tête et le vertige persista longtemps après que tout mouvement eut cessé et que l'appareil fut au sol.

Suivie de près par son compagnon de voyage, la jeune femme entra enfin dans le hall. Les dalles grises du sol ondulaient de la manière la plus bizarre mais, sachant que ce n'était que son imagination, elle parvint à conserver une allure normale tandis qu'elle traversait l'aérogare.

Un cri qui retentissait un peu trop près de ses oreilles la fit grimacer. Une femme venait de sauter au cou de son compagnon et dans un brouillard, elle observa le couple s'enlacer. Comme dans un rêve, elle se laissa présenter, adressa des sourires de circonstance et les convainquit de la laisser attendre seule que l'on vienne la chercher. Avec un immense soulagement, elle regarda le couple s'éloigner. Elle n'avait aucunement besoin de contempler le bonheur des autres… Elle sentait son cœur battre, ses oreilles bourdonner, elle avait l'impression qu'elle allait s'évanouir…

Kaori fronça les sourcils et se concentra sur la nécessité de ne pas perdre connaissance. Cela fut efficace durant quelques instants. Elle ne s'aperçut pas qu'elle s'arrêtait au beau milieu d'une vaste salle pleine de monde allant et venant en tout sens. Elle ne pensait qu'au ridicule de tomber devant tous ces gens.

Une voix cria son nom :

- Kaori ! Kaori ? Qu'est ce que tu fous plantée comme une imbécile ? Kaori ?!!