Note: 10 mois que je n'avais pas fait de mise à jour. Toutes mes plus profondes excuses aux lectrices et lecteurs. Ma muse était vraiment partie en vacances. J'ai enfin réussi à la rattraper. Espérons que je ne la laisserai pas filer à nouveau...

Dans le chapitre précédent

Grèce, au Sanctuaire : un affrontement assez violent oppose Éaque à Sylphide, puis à Minos. Leurs querelles sont interrompues par Kanon et Aldébaran, qui ont fait prisonnier Rhadamanthe et Rune, évanoui. Devant la tension existant entre les Spectres, prêts à s'entretuer, Kanon décide de se retrancher dans les appartements de Perséphone, en gardant Rune sous sa garde.

Sous le Temple de Sounion, Kiki intervient pour sauver Bàlint et Ishara, acculés par Sylvénius. Les deux vampires s'échappent, mais se font enlever plus loin alors qu'ils avaient promis de regagner le Temple d'Élision.

Japon, QG de l'Ordre : Saga reçoit la visite d'Aphrodite et Angelo, et fait mine de ne pas croire à la théorie de la possession avancée par Aphrodite. De son côté, Camus fait part de ses soupçons sur Ambre à Milo, qui ne le croit pas. Ambre, quant à elle, se retrouve face à Salem, qui lui propose un marché, en mettant dans la balance la vie de sa sœur. Celle-ci erre dans les sous-sols du QG de l'escadron de Venise, poursuivie par de mystérieux prédateurs…


Chronique XIV : Hostilités (2/4)

Japon, Quartier Général de l'Ordre d'Ermengardis, 5 juin 2004, 2h00 (June 5, 2004, 5 :00 PM, GMT +9 :00)

Chambre d'Ambre

Salem s'approcha avec un sourire narquois sur les lèvres, son corps translucide chaloupant au gré de sa démarche féline. Plus que jamais, elle se sentait comme un chat jouant avec une souris.

« Mais avant de t'exposer les termes de notre futur accord, laisse-moi te poser une question : pourquoi jouer aux infiltrés ? Sylvenius est pourtant un ennemi commun à l'Ordre et à la Milice Noire…

− Nous ne poursuivons pas le même objectif, voilà tout », rétorqua la Française.

Le démon poussa un léger ricanement, cachant ainsi l'incompréhension que suscitait la réponse.

« Tiens donc… il me semble pourtant qu'il n'y ait pas une grande différence. La Milice est une émanation de l'Ordre, à l'origine.

− Tu caches mal ton jeu. Tu te demandes bien pourquoi, hein ? railla Ambre. Pour ta gouverne, sache que nos positions s'opposent quant au sort des Grands Anciens : l'Ordre veut les retrouver, tous, et les rassembler au même endroit. Belle erreur tactique ! La Milice, elle, reste fidèle à sa mission originelle : garder les vampires cachés pour l'éternité, afin que jamais ils ne soient réunis et même pire, libérés. »

Le sourire de Salem s'agrandit. Eh bien voilà ! Le commandant de la Milice lui offrait d'elle-même les arguments pour poser les conditions de leur accord. Elle allait pouvoir cesser de bluffer et de tâtonner.

« C'est bien ce que je pensais, répondit-elle sur un ton hautain. C'est pour cela que je suis certaine que mon offre va te paraître très intéressante… »

Et une fois qu'elle aurait noué le deal avec cette femme, elle irait parlementer avec la Grande Prêtresse Eleny pour offrir son aide contre la Milice. Il fallait toujours s'assurer d'être du côté du gagnant en période trouble, même si on était un puissant démon de la vengeance.

O

Ambre avait bien conscience que Salem essayait de la mener en bateau. Le démon y serait sans doute parfaitement parvenu avec un simple mortel, ce qu'elle n'était pas. Avec toutes ses heures de service et les connaissances accumulées sur l'occulte, elle était parfaitement bien placée pour savoir que ce genre de créatures proféraient des mensonges avec la même aisance qu'elles flottaient dans les airs, ou traversaient les murs.

Et là, Salem mentait effrontément.

Elle n'allait donc pas se gêner pour faire de même. Ambre glissa d'ailleurs un œil sur le petit coin salon, près de la fenêtre : il fallait qu'elle s'en rapproche. Tous ses pièges à esprit s'étaient montrés inefficaces, mais elle avait encore en réserve une jolie surprise pour ce démon de la vengeance.

« Très bien : propose, et je te dirai si cela m'intéresse », lâcha-t-elle d'un ton contrarié, reculant discrètement vers un canapé bas.


Grèce, Sanctuaire Terrestre, 5 juin 2004, 20 h 10 (June 5, 2004, 5 :10 PM, GMT +3 :00)

Temple d'Élision, appartements de Perséphone

Kanon et Aldébaran trouvèrent sans difficulté les appartements de Perséphone grâce au plan que Kiki leur avait laissé. Vastes et bien agencés, ils constitueraient un excellent camp de base pour la suite des événements. Cependant, le silence et le manque d'activité du temple commençaient à déranger Kanon. Où étaient donc passés tous les serviteurs ? Kiki leur avait bien parlé de ce soi-disant monstre qui errait entre ces murs. Avait-il dévoré tous les habitants ?

Kanon fronça les sourcils à l'idée : décidément, il n'était certainement pas au bout de ses surprises. Dans ses bras, Rune s'agita en s'agrippant un peu plus fortement à ses épaules.

« Je vais aller le coucher. Il est tard et il vaudrait mieux commencer à protéger les accès contre cette créature dont nous a parlé Darius… enfin, Kiki.

– Je m'en occupe. »

Faisant pleine confiance à Aldébaran, Kanon pénétra dans une grande alcôve avec un large bassin, assez spacieux pour permettre à deux personnes de se baigner ensemble.

« Jacuzzi privé… Eh bien, ils ne s'embêtent pas les dieux de nos jours ! Si Angelo voyait ça, il serait vert. »

Une porte se dessinait dans le mur, menant vraisemblablement à une chambre. Par chance, elle n'était pas verrouillée. Il la poussa et aperçut enfin ce qu'il cherchait : un magnifique lit double trônait dans la pièce, sur lequel il s'empressa de poser délicatement son fardeau. Rune devait se sentir à l'aise dans ses bras, puisqu'il s'agrippa fermement à ses épaules quand Kanon essaya de se dégager.

« Allez Rune, il faut me lâcher maintenant.

– Je… ne… veux… pas… Ne me laissez pas », marmonna l'évanoui en l'attirant à lui.

Kanon échoua à se redresser et finit par retomber sur le Balrog. Mécontent de se retrouver dans cette position un peu ridicule, il parvint à s'extirper de l'étreinte du Spectre.

« Ne m'abandonnez pas.

– Personne ne t'abandonne Rune. Repose-toi. »

Le Spectre sembla enfin se calmer, laissant à Kanon le loisir de l'ausculter un peu mieux. À première vue, il avait perdu du poids par rapport à ce qu'il se souvenait de lui. Tâtant ses poignets, il vit les emblèmes de la milice noire. Ça, il s'y attendait. Il s'assit sur le bord du lit et rechercha les traces de morsure, toujours visibles dans le cou décharné. Leur aspect lui confirma qu'elles n'avaient guère plus de dix jours. Il tiqua lorsqu'il s'aperçut que l'hématome sur sa tempe s'était résorbé.

« Capacité de guérison accrue par le sang de Bàlint et de Kiki. Fascinant », commenta-t-il.

Il continua son inspection et conclut que Rune ne se trouvait pas dans un si mauvais état, mis à part sa trop grande maigreur.

« Bon, reste là et attends-moi bien sagement. Je vais te trouver quelque chose à manger », assura-t-il au jeune endormi.

En se retournant, Kanon posa le regard sur l'étrange psyché qui trônait à côté de la coiffeuse de la déesse. Il ne sut dire pourquoi, mais une sorte de malaise le prit subitement, comme s'il se retrouvait face à une créature surnaturelle lui susurrant des mots de corruption à l'oreille. D'ailleurs, il eut presque l'impression d'entendre des voix…

« Je dois commencer à fatiguer, c'est tout », conclut-il.

Il attrapa l'objet à bras le corps, et le traîna à sa suite, le sortant de la chambre pour la mettre dans la vaste salle d'eau. Puis il s'éclipsa des appartements pour rejoindre Aldébaran et l'aider à tout barricader.

Il n'avait pas fait un pas à l'extérieur que le miroir s'enflamma brusquement, avant de reprendre son aspect normal.

Repère des Spectres

Valentine s'approcha de la porte de la chambre qu'il partageait avec Sylphide, glissant un discret regard à l'intérieur. Il avait laissé quelques minutes au Basilic pour se calmer, mais cela aurait-il été suffisant ? Incertain de l'accueil que lui accorderait son bouillant camarade, il hésita à rentrer sans prévenir et finit par toquer sur le battant.

« Laisse-moi tranquille !

– Je sais que tu es furieux, mais laisse-moi au moins te soigner…

– Tu ne sais rien du tout !

– Tu m'en veux parce que je ne suis pas venu à ta rescousse contre le Juge Éaque, c'est cela ? »

La Harpie avait dit cela sur un ton tellement désolé que le Basilic se retourna et lui lança un regard las.

« Le problème avec nous six, c'est que, jusqu'à présent, nous n'avons vu que nous-mêmes, alors que se tramait sous nos yeux un complot beaucoup plus vaste et plus important que nos petites personnes, lâcha Sylphide.

– Je ne comprends absolument pas de quoi tu parles », répondit Valentine en serrant nerveusement entre ses mains les quelques gazes et une pommade qu'il avait récupérées dans leur coin pharmacie. « Je ne demande qu'à t'écouter et à comprendre ta colère. »

Sylphide darda de ses prunelles bleu-azur son ami de toujours, celui-ci ne parvenant pas à discerner s'il s'agissait de méfiance, de rancune, ou tout simplement d'une colère générale.

« Très bien… »

Valentine esquissa un petit sourire de soulagement puis vint s'asseoir à côté de son ami, posant son nécessaire à soin sur la couverture. Il écarta ensuite le col de chemise, s'empara du pot de crème puis commença à masser la peau violacée. Éaque n'y était vraiment pas allé de main morte.

« Désolé, s'excusa-t-il lorsque Sylphide grimaça de douleur.

– Ce n'est rien, j'en ai vu d'autres. »

Le Basilic resta silencieux tout le temps que durèrent les soins, semblant se calmer progressivement au fur et à mesure que son hématome était traité. Une fois le pansement fixé, Valentine remit un peu d'ordre puis se releva.

« Alors, que se passe-t-il ? » se hasarda-t-il.

Sylphide prit une profonde respiration avant de lâcher :

« C'est une longue histoire, alors ne m'interromps pas. »

Il lui raconta tout ce qu'il savait, d'une traite, ne retombant dans le silence que pour contempler son camarade, pâle comme la mort.

« C'est terrible… c'est une catastrophe ! » murmura la Harpie d'un air épouvanté.

« Tu comprends maintenant pourquoi je prends aussi mal le comportement des Juges ? Leur petite querelle interne n'a plus lieu d'être compte tenu des enjeux. Où sont-ils d'ailleurs ?

– Je crois qu'ils se sont réunis dans la chambre du Seigneur Éaque.

– Parfait. Il est temps de les mettre au courant de la situation, et par la même, de les remettre face à leurs responsabilités. »

Sylphide se leva d'un air décidé, arquant un sourcil lorsque Valentine se pendit littéralement à son bras pour le retenir.

« Syl', tu ne songes tout de même pas à aller les interrompre ?

– Bien sûr que si !

– Cela ne t'a donc pas suffi de te battre avec le Seigneur Éaque et manquer de te faire tuer ?

– Il faut croire que non. De toute façon, je suis déjà allé trop loin pour m'arrêter en si bon chemin. Ils doivent savoir ce qui se passe réellement ici », rétorqua Sylphide en obligeant son ami à le lâcher.

Puis il se dirigea vers la porte et sortit, Valentine le suivant sur les talons tout en l'exhortant à ne pas commettre cette folie.

Du côté des Juges, chambre d'Éaque

« Ne crois pas que tu vas continuer à esquiver de la sorte longtemps », menaça Minos, une veine barrant son front en témoignage de sa colère. Une fois de plus, Éaque s'était enfoncé dans le mutisme le plus total, se contentant d'afficher un petit sourire sadique et satisfait. « Pourquoi te conduis-tu ainsi ? D'abord Rune, maintenant Sylphide ? Tu comptes nous éliminer un à un, ou quoi ?

– Minos, je ne crois pas…

– Toi, tu te tais ! » grinça le Griffon à l'intention de Rhadamanthe. « Mais ne t'inquiète pas : j'ai également des questions à te poser, et entre autres, de savoir pourquoi tu ne m'as rien dit sur tes projets concernant Rune.

– Ah, parce que tu crois qu'il va te dire la vérité ? » railla le Garuda en toisant ses collègues d'un air narquois. « Vu la façon dont il m'a berné, je dirais qu'il ne faut surtout pas se fier à sa parole.

– Ma parole vaut mieux que la tienne, à mon avis », gronda Rhadamanthe.

Éaque lui jeta un regard amusé.

« Surprenant de la part de celui qui est venu piquer son lieutenant à un autre Juge. Remarque, Minos va peut-être te rendre la pareille, puisqu'il a déjà pris la liberté de soustraire ton Basilic à ma Justice.

– Ne sois pas stupide ! cracha le Griffon. Et ne cherche pas à détourner la conversation : celui qui est mis en accusation, ici, c'est toi, et personne d'autre ! »

O

Les yeux du Garuda brillèrent d'une lueur dangereuse. Sa fureur était peut-être encore invisible, mais elle était bien là, et la douleur qui irradiait de sa mâchoire, où un magnifique bleu s'étendait, n'arrangeait rien. Il se dressa de toute sa hauteur, venant se placer devant le Norvégien.

« Fais attention à ce que tu dis… Tu as beau être notre aîné, cela ne te donne nullement le droit de me juger. On ne juge pas un fils de Zeus, même en étant de la même filiation ! »

Un frisson d'irritation parcourut Éaque lorsqu'il vit le petit sourire moqueur qu'il connaissait si bien ourler les lèvres de Minos. Leur bonne vieille joute verbale allait une fois de plus recommencer. Restait à savoir si cette fois-ci aussi, il parviendrait à garder son calme sans étrangler le Griffon.

« Alors, c'est donc cela… C'est pour cette raison que tu te comportes de façon aussi stupide, pour assoir ta position de bâtard… pardon, de fils de Zeus. Il y a juste un hic à ta vision des choses, vois-tu, susurra le Norvégien.

– Minos, je t'en prie, cela ne sert à rien d'envenimer les choses, plaida Rhadamanthe sur un ton presque de reproche.

– Voyons, Wivern, il serait temps qu'il ouvre les yeux et cesse de se bercer d'illusions… »

Éaque grinçant des dents, sachant très bien ce que Minos insinuait sournoisement. Il refusait d'entendre une fois de plus l'histoire qu'il allait lui servir, sans doute dans le but de le déstabiliser. Il voulait que son aîné se taise, quitte même à lui imposer le silence à coups de poing dans sa délicate face. D'ailleurs, l'envie de frapper le Griffon devenait de plus en plus pressante.

« Ferme-la, Minos. Ou je risque bien de défoncer ta petite gueule », lâcha-t-il.

O

Rhadamanthe n'avait rien manqué des signes de plus en plus évidents de rage qu'il sentait déborder peu à peu d'Éaque. Sa vulgarité tint lieu de sirène d'alarme. Il attrapa Minos par le bras, le tirant en arrière, jugeant plus prudent de l'écarter avant que l'orage n'éclate et que les coups ne se mettent à pleuvoir. Oh, il n'avait pas peur de s'interposer, mais son instinct lui disait que ce n'était guère le moment de se laisser aller à ce genre de rixe.

« Ah, mais lâche moi ! » protesta Minos en se dégageant d'un geste sec.

La Vouivre était sur le point de l'agripper de nouveau lorsque la porte s'ouvrit sans ménagement. Telle ne fut pas sa surprise de constater que cette entrée peu cérémonieuse était le fait de son Basilic. À condition que ce dernier acceptât encore d'être catalogué comme son Lieutenant.

« Sylphide, que fais-tu là ? Retourne dans ta chambre, ne reste pas là ! l'enjoignit-il.

– Décidément, je vois que tu n'en es plus à un outrage près, siffla Minos. Fais ce que te dit Rhadamanthe où je te ramène dans tes appartements par la peau des fesses ! »

Le ton du Griffon était encore conciliant, bien qu'il commençât lui aussi à laisser la politesse de côté. Mais Rhadamanthe craignait plus que tout la réaction d'Éaque, qui semblait toujours vouloir faire usage de ses poings. D'instinct, il se plaça entre lui et Minos, barrant également l'accès au Basilic.

« Je ne partirai pas sans que vous ayez tous écouté ce que j'ai à vous dire, répliqua Sylphide. Et ce n'est pas négociable. »

Son maître ne put se retenir de lui jeter un regard sévère par-dessus son épaule. Là, son Lieutenant allait trop loin. Mais son avertissement muet ne servirait à rien, il le savait : Sylphide pouvait être une vraie tête de mule lorsqu'il s'y mettait. C'était d'ailleurs pour cela qu'il l'avait élevé au rang de bras droit.


Grèce, Athènes, 5 juin 2004, 20 h 30 (June 5, 2004, 5 :30 PM, GMT +3 :00)

Hôpital central d'Athènes

Restée à l'écart près de la fenêtre, Marine observait avec un demi-sourire les deux frères absorbés dans leur conversation. Accompagnant leurs exclamations joyeuses par de grands gestes trahissant leur tempérament latin, Aiolos et Aiolia tentaient de combler des dizaines d'années de séparation. Le cadet était bien entendu celui qui avait le plus de choses à raconter, l'aîné étant mort alors qu'il était encore un adolescent.

La vibration discrète de son portable dans la poche de sa veste la ramena à des préoccupations plus terre-à-terre. Elle vit sur l'écran le numéro de l'escadron local et décrocha, soudainement inquiète.

« Marine Terazono, je vous écoute, répondit-elle, une main posée devant sa bouche pour étouffer un peu sa voix.

Madame, nous avons des nouvelles concernant le chevalier qui a été agressé. Un chauffeur de taxi est venu nous porter le message que celui-ci attendait des renforts devant une villa du quartier de Glifara. La villa Meris.

– Êtes-vous certain qu'il s'agit bien de lui ?

Oui. Le chauffeur était terrorisé : il a dit que l'homme avait réussi à soulever sa voiture et lui a promis mille morts s'il ne venait pas nous prévenir.

– Je vois… Et il n'a rien indiqué sur ses motifs ?

Tout ce que nous savons, c'est que le taxi a pris en charge l'homme devant l'hôpital où vous vous trouvez actuellement, et a demandé de prendre en filature une limousine qui venait d'embarquer une femme. C'est tout ce que nous savons.

– Très bien, je vais me rendre sur place sans plus tarder. Envoyez-moi les renforts, nous nous retrouverons là-bas. »

Elle raccrocha avec un soupir, n'aimant pas la tournure que prenait la situation. Et surtout, elle n'appréciait que peu de devoir se lancer dans l'inconnu. Pourquoi le chevalier agissait-il de cette façon au lieu de chercher bien tranquillement la protection de l'Ordre ?

Quelque en fut la réponse, elle devait commencer par mettre à l'abri les deux frères : il n'y avait aucune raison à ce qu'ils soient encore mêlés à tous ces problèmes.

Marine se rapprocha d'eux, un peu honteuse de devoir interrompre leurs trouvailles.

« Je suis absolument navrée de devoir vous déranger, mais je vais vous faire reconduire à notre hôtel. »

O

Perdu dans les bras de son frère et dans le récit de l'obtention de son armure d'or, Aiolia ne s'aperçut pas de la conversation que Marine tenait avec un interlocuteur au téléphone. Tout ce qui comptait pour lui était l'approbation qu'il lisait sur le visage d'Aiolos. Il rendait fier son aîné, ce qui était pour lui un trésor d'une valeur inestimable. Il ne sortit de sa petite bulle de bonheur que lorsque la douce voix de la Japonaise lui parvint.

« Pourquoi veux-tu nous faire reconduire à l'hôtel ? Ne restes-tu donc pas avec nous ? s'étonna-t-il.

– Non, je dois filer pour le quartier de Glifara. Jabu s'y trouve à l'heure actuelle et aurait réclamé des renforts.

– Il est en bonne santé, au moins ? » s'inquiéta Aiolos, se mêlant presque instinctivement à la conversation.

« Tu le connais ? s'étonna son cadet.

– Non, mais c'était lui que je devais retrouver à Athènes. Ne le voyant pas arriver, j'ai eu le temps de m'inquiéter… », expliqua Aiolos en ébouriffant une mèche de la toison blonde de son cadet.

Aiolia ferma un œil et fit mine de s'offusquer d'être pris ainsi pour un gamin. En vérité, il était aux anges : ce genre de marque d'affection lui avait tellement manqué.

« Dans ce cas-là, nous pourrions peut-être t'accompagner, Marine ? proposa-t-il.

– Non, désolée, je ne veux pas vous mettre en danger inutilement.

– Tu ne nous mets pas en danger. Et n'oublie pas : moi aussi je suis en mission », rétorqua Aiolia en se débattant contre son frère qui recommençait de nouveau à lui tripoter les cheveux.

« Et si mon frère vous accompagne, il n'y a aucune raison que je reste en arrière, ajouta Aiolos. De plus, j'aimerais beaucoup rencontrer ce Jabu. »

La jeune femme poussa un profond soupire, son regard se posant tour à tour sur Aiolia et sur Aiolos.

« Très bien, vous pouvez venir avec moi. Mais il faudra rester en retrait, surtout si cela tourne au vinaigre, prévint-elle.

– À la bonne heure ! »

O

Aiolos poussa un « pff ! » de protestation lorsque son cadet lui échappa des bras pour se lever et aller planter une bise sur les joues soudainement empourprées de Marine.

« Mais… tu n'y penses pas… qu'est-ce qu'il te prend ? s'écria-t-elle.

– Rien, je suis tout simplement heureux, voilà tout ! »

Le Grec se retint d'éclater de rire en voyant son cadet se faire rabrouer plus directement lorsqu'il tenta de voler un deuxième baiser à la jeune femme. Premièrement, parce que son frère n'avait aucune délicatesse ni subtilité, et deuxièmement, il était évident qu'il en pinçait pour la belle. Il ne manquerait d'ailleurs pas de le railler sur ce point-là. Malgré lui, Aiolos esquissa un sourire mélancolique, songeant avec bonheur à tous les « moments entre frères » qu'il allait pouvoir s'offrir avec Aiolia. Une existence totalement nouvelle, qu'il croyait à jamais inatteignable, s'ouvrait enfin à lui.

Il écrasa une petite larme qui pointait au coin de son œil droit, puis se leva.

« Aiolia, cesse de faire ton sale gosse et mettons-nous en route », gronda-t-il gentiment.


Grèce, Sanctuaire Terrestre, 5 juin 2004, 20 h 30 (June 5, 2004, 5 :30 PM, GMT +3 :00)

Temple d'Élision, appartements de Perséphone

Aldébaran acheva de clouer avec entrain une latte de bois, condamnant par la même une porte menant sur un nième couloir. Perséphone avait décidément un goût prononcé pour les passages secrets.

« Bien, voilà, il reste donc la porte principale qui donne sur le couloir menant à la salle du trône. Je fixerais des lattes dès que Thétis et Kiki seront de retour. Inutile d'avoir à défaire les barricades juste après les avoir mises », annonça-t-il en posant marteau et clous sur une petite table.

« J'espère que ton dispositif va fonctionner. Kiki avait l'air de dire qu'il y avait de drôles de bestioles traînant dans le coin », remarqua Kanon sans lever le nez du plateau qu'il était en train de confectionner.

« Bien sûr que cela tiendra. Je ne fais pas des barricades en papier mâché, figure-toi ! » rétorqua fièrement le Brésilien, visiblement satisfait de son travail.

« Loin de moi l'idée d'insinuer une telle chose…

– C'est pour ton petit protégé ? demanda Aldébaran en désignant les victuailles du menton.

–Rune n'est pas mon « petit protégé », d'abord… » renifla Kanon, affichant soudainement son mécontentement.

Et le mot était faible : la situation lui paraissait hautement absurde à tout point de vue. À commencer par le fait qu'il se retrouvât garde du corps personnel du suffisant procureur de Minos. Il se demandait d'ailleurs bien ce que cela allait donner une fois le jeune homme sorti des limbes de son évanouissement.

« Ah, parce que tu n'es pas son protecteur, par hasard ?

– Aldé., ne remue pas le couteau dans la plaie. Merci ! »

Le Grec appuya sa remarque bien sèche par un regard signifiant bien que c'était inutile, voire même dangereux, d'insister. À son plus grand damne, il n'obtint qu'un sourire amusé de la part du géant.

« Tu as raison, ce n'est pas bien de tirer sur l'ambulance… »

Kanon lui adressa un regard noir puis se dirigea vers les appartements privés, portant son plateau bien garni.

O

Lentement, tout doucement, Rune reprenait conscience. Cela commença par la vague sensation qu'il était étendu sur une surface molle, sa tête reposant sur quelque chose de duveteux. Inconsciemment, ses doigts caressèrent le drap, lui apprenant qu'il était bien couché sur un lit. Puis il réussit à ouvrir les yeux, son regard trouble ne parvenant à saisir qu'un environnement sombre aux contours mal délimités. Il se souleva comme il put pour se redresser, appuyé sur ses coudes, cherchant vainement à comprendre où il se trouvait. Effort vain, puisqu'il se laissa retomber en arrière.

Il soupira de fatigue et referma les yeux.

Rune les rouvrit aussitôt, entendant le bruit de gonds qui tournent, puis ceux de pas. La vue toujours embrumée, il distingua vaguement une haute silhouette s'approchant de lui. Ce devait être un homme, avec des cheveux plutôt longs.

« Seigneur Minos ? » demanda-t-il d'une petite voix chevrotante.

Il se sentait si faible que les larmes lui montèrent presque aux yeux. Il allait même s'en excuser lorsque son visiteur posa quelque chose sur un meuble à côté du lit et se pencha sur lui.

« Doucement, reste tranquille. Tu reviens de loin. »

Cette voix ! Il la connaissait. C'était même la dernière qu'il ait entendue avant que son corps ne vole en éclat. Il était alors aux Enfers, affecté au Tribunal de la Première Prison en remplacement de Minos.

« Kanon… Kanon des Gémeaux ! »

Sa voix s'était faite plus forte soudainement, et sa vue se rétablit presque complètement. Une forte décharge d'adrénaline lui permit même de se redresser sur le lit, alors que son regard se riva à celui légèrement turquoise de son vis-à-vis.

O

Le Grec se figea, fasciné par l'intensité du regard du Spectre. Il était également étonné du manque de réaction du jeune homme, mais le mit sur le compte de la fatigue et du stress. Il se ravisa bien vite lorsqu'il suivit le regard de Rune, pour le voir se poser sur le plateau, et plus précisément, sur le couteau à côté de l'assiette. Il eut juste le temps de se jeter en arrière, repérant l'éclat bleuté de la lame lui passer à quelques centimètres du visage.

« Espèce d'enfoiré ! gronda le Spectre.

– Du calme, je ne te veux aucun mal.

– Dommage, parce que moi, j'ai bien l'intention de te faire payer ce que tu m'as fait ! »

Kanon eut juste le temps de se baisser pour éviter la lame qui alla se ficher dans le bois de l'un des montants du lit. Non content d'avoir essayé de le transpercer avec ce projectile, Rune se redressa sur le lit pour attraper le vase trônant sur la table de chevet et le lui lancer, le visant à la tête. Une fois de plus, le Grec parvint à l'esquiver, lorgnant sur la porte comme échappatoire.

Il devait bien se rendre à l'évidence : il avait un Balrog en mode hystérique sur les bras.

« James, je te maudis de m'avoir collé une mission pareille ! » jura-t-il intérieurement en s'engouffrant dans la salle d'eau, Rune sur les talons.

O

Thétis et Kiki firent leur apparition dans la salle principale jouxtant les appartements privés de Perséphone. À leurs mines déconfites et les regards attentifs avec lesquels ils balayèrent la pièce, Aldébaran comprit tout de suite qu'il y avait un problème.

« Quelque chose ne va pas ? se hasarda-t-il.

– Je suppose que les deux vampires ne sont pas ici, non plus, soupira Thétis.

– Non. Pourquoi, ils devraient ? »

La jeune femme poussa un autre soupir avant de se tourner sur son jeune équipier.

« Tu le sauras la prochaine fois. On ne peut pas faire confiance à un buveur de sang.

– Je ne crois pas qu'ils aient menti. Il y a certainement une explication à tout cela. Je l'ai lu dans leurs regards : ils me faisaient vraiment confiance ! » protesta Kiki.

Thétis secoua la tête en réponse à ce que le jeune Atlante prétendait avant d'exposer la situation au colosse.

« Kiki est intervenu pour empêcher Sylvenius de s'en prendre à Ishara et Bàlint. Il les a laissés s'échapper avec la promesse qu'ils nous rejoignent dans ce temple. Je te laisse bien sûr deviner la suite.

– Je vois. Et bien, sans surprise, ils ne sont pas là… »

Aldébaran et ses deux interlocuteurs sursautèrent en entendant un bruit de poterie se brisant contre une porte. Cela provenait de l'alcôve avec le bassin.

« Que se passe-t-il ? » s'étonna Thétis.

Le Brésilien lui répondit par un sourire entendu.

« Oh, je pense que le petit protégé de Kanon a dû se réveiller… Les retrouvailles… tout ça. »

O

« Je vais te tuer ! »

Une fois de plus, les excellents réflexes de Kanon lui permirent d'esquiver le nouveau vase que le jeune homme lui lança à la figure. Le bon côté des choses étant que Rune avait brûlé toutes ses cartouches : il n'y avait plus d'objets décoratifs ayant résisté à sa colère.

« Est-ce que tu vas te calmer, à la fin ? siffla-t-il.

– Jamais. Pas tant que tu seras encore vivant ! »

Rune effectivement ne plaisantait pas. Kanon ne put d'ailleurs rien faire lorsque son adversaire lui fonça dessus, le heurtant de plein fouet, suffisamment fort pour le faire basculer en arrière, dans le bassin. Il ne revint de sa surprise lorsqu'il s'enfonça dans l'eau, le Balrog lui retombant dessus, ses mains agrippées à son cou. Heureusement pour lui, Rune n'était pas au sommet de sa forme : Kanon n'eut guère de mal à lui faire lâcher prise et à le repousser.

« Non, mais, ce n'est pas bientôt fini ces gamineries ! Tu as fini de jouer à l'hystérique ! »

Trop, c'était trop ! Kanon n'avait fait qu'esquiver les coups durant les dernières minutes, mais il lui démangeait de plus en plus de frapper. Repoussant tant bien que mal la vague de colère qui menaçait de déferler en lui, il sortit du bassin et tira Rune à sa suite, non sans lui avoir filé une gifle bien sonore.

Surpris par ce geste et sans doute épuisé par son accès de folie, le jeune homme ne trouva même pas à protester.

Kanon pesta encore quelques minutes de plus en s'ébrouant au bord du bassin. Rune s'était réfugié contre le mur à quelques mètres, et tétanisé, ne remarquait pas la petite flaque qui se formait à ses pieds, l'eau cascadant de sa longue tunique et de sa chevelure. Il ne réagit que lorsque Kanon enleva sa chemise et la balança sur un triclinium d'un geste rageur, puis entreprit d'enlever son jeans trempé.

« Mais… un peu de pudeur, voyons ! »

Le Grec lança un regard surpris puis moqueur à l'auteur de cet inattendu rappel à l'ordre. Rune baissa immédiatement les yeux, encore plus perdu qu'avant. Sa tunique déchirée découvrait une partie de son torse et sa chevelure claire gorgée d'eau pendouillait lamentablement. Il avait l'air d'un naufragé qu'on aurait extirpé d'un océan tourmenté.

« J'ôte mes vêtements mouillés pour les faire sécher. Tu ferais bien de faire de même… manquerait plus que je doive te soigner d'une pneumonie », rétorqua Kanon.

Sa colère fit place à l'amusement lorsque les yeux de Rune s'arrondirent en le voyant se mettre totalement à nu sans plus de façon.

« Quoi ? Ne me dis pas que tu n'as jamais vu un homme à poil ? » railla Kanon. Il bomba le torse et posa ses mains sur les hanches dans une pose de conquérant, toisant le Spectre avec un regard disant clairement : « C'est moi le mâle dominant ici ! »

« Non… enfin, si… » balbutia Rune avant de demander, honteux et gêner : « As-tu besoin de t'exhiber ainsi devant moi ?

– Que veux-tu, l'exhibitionnisme, c'est de famille », rétorqua Kanon en arrachant un rideau à une fenêtre. Il le noua à sa taille, s'en faisant une toge improvisée. « Voilà, mademoiselle du Balrog se sent-elle mieux maintenant ? »

Cette raillerie lui avait échappé sans qu'il ne cherche vraiment à la retenir : l'image du Procureur de la deuxième prison se prenant pour un dieu et jugeant en toute partialité les pauvres âmes des trépassés lui était revenue du fin fond de son esprit. Cependant, à y regarder à deux fois… C'était plutôt Rune qui ressemblait à un trépassé. Kanon se reprit en apercevant les marques dans le cou de Rune, et se remémora l'objet de sa mission secrète : assurer la sécurité et le rapatriement de celui-ci. Ce n'était pas le moment de l'enfoncer encore plus : de toute façon, Rune avait déjà commencé à creuser sa tombe. Le sortir du trou tiendrait de la gageure.

Sans se départir toutefois de son air d'ours mal léché, il s'approcha du jeune homme et abattit une main près de son visage, l'autre plongeant dans son cou pour toucher les quatre points rougeâtres.

« Ceci est une trace de morsure de vampire, assez fraîche d'ailleurs, car elle est loin d'être cicatrisée… Que t'est-il arrivé exactement ? »

Rune eut l'air accablé et baissa le visage, mais Kanon le força à le relever et à le regarder dans les yeux. Il savait plus ou moins ce qui s'était passé, mais il avait besoin de tous les détails pour se faire une idée exacte de la situation.

« Je t'en prie, Kanon, laisse-moi. »

Rune tenta de détourner les yeux, mais Kanon l'empêcha cette fois-ci de détourner le visage.

« Que s'est-il passé, Rune ? »

Des larmes gonflèrent dans les yeux améthyste puis roulèrent sur les joues blanches. Rune était en train de s'effondrer, ce qui à sa plus grande surprise, fit presque pitié à Kanon. Pourtant, il maintint la pression.

« Bàlint… Il m'a agressé il y a une dizaine de jours, et il m'a fait boire son sang, avouant dans un sanglot le Spectre.

– Et ? Vas-y, continue…

– Mon agonie a duré des jours et des jours, durant laquelle j'ai erré entre cauchemars et douleurs. » Rune tenta de réprimer un nouveau sanglot, mais échoua lamentablement alors que ses larmes étaient plus abondantes. « Il ne m'a pas fait boire suffisamment de sang pour que je me transforme. Il a appelé cela l'équilibre », poursuivit-il avant d'éclater en pleure.

Kanon comprit que la moquerie n'était plus de mise. Rune craquait, laissant échapper toutes les émotions qu'il avait dû cacher aux autres Spectres. Entre deux sanglots, les mots s'échappaient de sa bouche, impossibles à retenir. Ce genre de crise, Kanon en avait déjà vu parmi ses compagnons d'armes : il se rappelait d'ailleurs très bien de Camus s'effondrant dans les bras de Milo.

« Que s'est-il passé ensuite ? » demanda-t-il plus doucement, guidant lentement le Balrog contre lui.

Ses bras à peine refermés autour du corps de Rune, celui-ci partit dans une crise de larmes qui dura bien cinq minutes, laissant Kanon quelque peu désemparé. Il caressa gentiment son dos jusqu'à ce que le Balrog se calme.

« Rune… Vas-y, tu peux tout m'avouer. J'ai besoin de tout savoir pour t'aider.

– Il m'a dit que je faisais face à trois possibilités : soit je devenais un vampire, soir je mourrais, soit je survivais.

– C'est bien d'avoir le choix », commenta Kanon en souriant malgré la banalité de sa réplique. En tout cas, ce que lui racontait Rune collait totalement avec ce que lui avait appris Eleny. Sauf qu'elle avait grandement sous-estimé l'état psychologique du Spectre. « Et ensuite ?

– Darius m'a trouvé à l'agonie et m'a ramené ici », répondit Rune, tentant de réprimer sa crise de larmes. « Éaque voulait me tuer avant que je ne me transforme, mais Minos n'a pas voulu. Il est resté à mon chevet presque tout le temps, pendant que je délirais… Et puis… »

Les paroles de Rune s'étouffèrent de nouveau dans les sanglots. Kanon resserra son étreinte, le berçant comme on console un enfant.

« Shhh, du calme…

– Et puis Perséphone nous a rendu nos pouvoirs, juste le temps de punir Bàlint. Je me suis rétabli durant quelques heures, mais Perséphone nous a trahis », poursuivit le Balrog d'une voix tremblante, son visage toujours enfoui dans la poitrine de Kanon. « Je suis retombé dans l'agonie, et je pensais que ma fin était proche. Et puis Darius m'a fait boire quelque chose, et Rhadamanthe m'a veillé… J'ai survécu.

– C'est une bonne chose. »

Rune secoua la tête, ses mains se crispant contre la peau nue de Kanon, le griffant presque.

« Non, j'aurais dû mourir ! Je me suis aperçu que je ne supportai plus la lumière », haleta Rune avant de se remettre à sangloter.

Kanon baissa des yeux surpris sur le jeune homme dont le dos était désormais secoué par des sanglots incontrôlables.

« Tu ne supportes plus la lumière ? répéta-t-il sur un ton faussement étonné, caressant avec douceur la longue chevelure claire.

– La lumière me brûle, comme elle brulerait un vampire », répondit Rune en tentant de se maîtriser. Il releva le visage, rougi par les larmes. « Mes compagnons se sont mis à me craindre, même Minos et Rhadamanthe. Même si Minos me disait que tout allait bien se passer, je savais que ma fin était proche. Je me suis mis à écrire mes mémoires. » Il s'arrêta, refoulant avec peine son émotion. « Puis Rhadamanthe est venu me chercher… Il m'a dit qu'ils avaient fait un choix, que je devais mourir… J'étais d'accord avec cela. Tout ce dont j'avais besoin, c'était d'un jour supplémentaire pour terminer mes mémoires. Mais il n'a pas voulu… Après, je ne me souviens pas… »

Les larmes se mirent de nouveau à rouler sur son beau visage. Malgré son initiale aversion pour le Spectre, Kanon se sentait touché par ce récit. Il chassa une larme de son pouce, puis une autre, tout en soutenant Rune dont les forces commençaient à décliner.

« Je sais… C'est à ce moment-là que nous sommes arrivés, n'est-ce pas ?

– Il aurait certainement mieux valu que je meure. » Rune ouvrit grands ses yeux, étincelants comme deux joyaux. « Ma vie n'est qu'un cauchemar… Je n'ai jamais demandé à redevenir humain, et encore moins un vampire ! »

Rune appuya de nouveau son visage contre la poitrine de Kanon et se remit à pleurer, silencieusement. Kanon le laissa faire, continuant à lui prodiguer des caresses et des mots d'encouragement.

« Toi, tu as besoin d'une bonne nuit de sommeil… Mais sache que tu n'es pas en train de te transformer en vampire. On en reparlera demain », murmura-t-il.

Rune hocha mécaniquement de la tête, amorphe et toujours collé contre Kanon. Le Grec comprit que s'il ne prenait pas les choses en main, ils risquaient de passer la nuit plantés là. Il le prit d'en ses bras et le porta dans la chambre d'à côté. Arrivé prêt du lit, il le remit sur ses jambes et le déshabilla complètement, puis l'étendit sous les draps blancs. À aucun moment, Rune ne protesta, comme s'il avait été privé de volonté.

« Et bien, je n'aurais jamais pensé qu'un jour je te borderai dans un lit… » soupira Kanon en passant une main dans la longue chevelure.

« Pourquoi m'aides-tu alors que tu me détestes ?

– Parce que je suis déjà passé par là », répondit Kanon en s'asseyant à ses côtés. Il se garda bien de relever la dernière partie de la phrase. « Arrête de te poser des questions, Rune, et dors. Tu en as besoin. »

Le Balrog se tourna sur le flanc, quelques mèches claires venant cacher son visage. Il laissa sa tête s'enfoncer dans son oreiller et poussa un long soupire.

« Quelle ironie : l'homme qui m'a jadis terrassé est en train de m'aider. Moi qui pensais que tu abrégerais mes souffrances.

– C'est ce que je suis en train de faire. »

Au grand soulagement de Kanon, Rune n'ajouta rien et finit par fermer les yeux. Le Grec ramassa les vêtements laissés aux pieds du lit : si la tunique était irrattrapable, le pantalon n'avait subi aucun dommage. Il repassa dans l'alcôve pour récupérer ses propres vêtements, puis retourna dans la chambre pour les pendre à un valet. Enfilant un peignoir tiré d'un placard, Kanon entreprit ensuite de vérifier que toutes les issues étaient condamnées, à part celles donnant sur la salle d'eau et le reste des appartements où se trouvaient ses compagnons.

« Voilà une bonne chose de faite ! »

Retournant près du lit, il put constater que Rune était désormais profondément endormi.

« C'est bien ça… Joue à la belle au bois dormant au moins jusqu'à demain matin ! » lança Kanon en s'asseyant sur le siège à côté. « J'espère juste qu'on n'aura aucun visiteur cette nuit. »

O

« On dirait qu'il s'est calmé », constata le Brésilien lorsque les bruits suspects cessèrent dans la pièce voisine.

« Donc, vous avez pu entrer en contact avec les Spectres, commenta Thétis. Quel est leur état d'esprit ? Sont-ils prêts à coopérer ? Quand pourrais-je les rencontrer ?

– Eh bien… Comment dire ? Il vaut mieux laisser passer la nuit, en espérant qu'elle leur portera conseil. Ils étaient sur le point de s'étriper les uns les autres d'après ce que nous avons pu constater.

– Je vois. Il est plus que temps de les faire sortir d'ici. Ils doivent commencer à tourner en rond dans ce temple inhospitalier… Il faudra cependant que je les rencontre dès demain matin, pour échafauder un plan d'évasion. Le mieux serait de s'échapper au plus tard la nuit prochaine. Plus nous resterons en ce lieu, plus nous aurons de risques de nous faire repérer par le Sanctuaire Terrestre. Je ne pense pas que les maîtres dudit Sanctuaire se montrent tendres avec nous s'ils nous coincent…

– J'en doute fort », acquiesça Aldébaran. Il désigna ensuite une autre porte, voisine de celle menant à l'alcôve où s'était engouffré Kanon. « Il y a un petit salon avec ce qu'il faut de triclinium et de coussins. Tu pourras t'y installer pour la nuit. Moi, je reste là pour monter la garde. Au cas où… Tu restes avec moi, Kiki ?

– Bien sûr, répondit le jeune homme.

– Nous ne saurions en effet nous montrer trop prudents », acquiesça Thétis en se dirigeant vers ladite pièce. « Prévenez-moi si vous voyez quoi que ce soit de suspect. Je ne compte pas fermer l'œil tout de suite. »


Italie, Venise, 5 juin 2004, 19 h 40 (June 5, 2004, 5 : 40 PM GMT + 2 :00)

Sous-sol du quartier général de l'Escadron de Venise

La jeune femme frissonna lorsqu'elle entendit une nouvelle fois cet imperceptible battement d'ailes se rapprocher d'elle avant de mourir à quelques mètres. Agathe ralluma son téléphone portable, s'en servant comme d'une lampe électrique improvisée pour visualiser les environs immédiats. Comme précédemment, son regard ne rencontra que de vieilles pierres, des tombes multiséculaires éventrées ou affaissées sur elles-mêmes, pataugeant dans la boue de la lagune.

Cependant, le doute n'était plus permis pour elle : elle était suivie. Sa gorge se serra d'un cran à l'idée que ses poursuivants ne devaient rien avoir d'humain et au constat que son téléphone portable allait bientôt se trouver à cours de batteries.

« Il faut que j'avance… que je sorte de là… », s'encouragea-t-elle d'une voix voilée par l'angoisse.

Ses mystérieux poursuivants semblèrent en prendre prétexte pour se montrer plus offensifs. Une aile aux plumes tranchantes vint frôler sa joue de si près qu'elle sentit le sang coulé d'une légère entaille. Ce fut pour elle une sorte de déclencheur de panique : Agathe se mit à courir droit devant elle, se rappelant avec plus ou moins de certitude avoir aperçu une porte dans le fond de cette pièce.

« Laissez-moi tranquille ! » hurla-t-elle sans se retourner, des vrombissements menaçants résonnant à ses oreilles tandis que de minuscules ailes s'accrochaient à sa chevelure.

Elle se rua sur la porte, la heurtant presque de plein fouet. Désormais acculée, elle sentit de légères morsures sur ses avant-bras et sur ses épaules, tandis que quelque chose plantait de petites griffes pointues dans son dos pour mieux l'escalader. Elle chercha le loquet à tâtons tout en faisant de grands gestes pour se dépêtrer des créatures qui clairement l'attaquaient. Dans un sursaut de sang-froid, elle réussit à se reculer suffisamment pour entrouvrir la porte et se glisser dans la pièce suivante. Elle referma derrière elle, s'écartant du bois vermoulu du battant lorsqu'elle entendit des coups et des vociférations parvenant de l'autre côté.

Agathe trembla, rallumant son téléphone portable pour constater qu'elle se trouvait dans une nouvelle chambre funéraire. Et que ses avant-bras étaient tachés de sang, s'échappant des petites morsures créées par de minuscules dents aiguisées.

« Il faut que je sorte de là… vite ! »

Elle se remit à courir, haletante de peur.

Palais Visconti

Plus déchaîné que jamais, le vampire millénaire se matérialisa dans son atelier secret, ses immenses ailes battant furieusement autour de lui sans considération pour les objets qu'il envoyait ainsi valser. Ses proies s'étaient volatilisées, sans qu'il ne puisse rien faire, alors qu'il se trouvait à quelques mètres d'eux ! Dire qu'iI avait été sur le point d'annihiler les résistances de Bàlint et le forcer à avouer les emplacements des cercueils manquants !

Tout ça à cause de ce maudit Atlante et cette garce de Néréide ! D'un nouveau battement d'ailes, Sylvénius pulvérisa une malheureuse statue, envoyant promener la tête de la Diane chasseresse contre une grande psyché.

La suite ne lui échappa bien entendu pas : il se tourna vers le miroir lorsque celui-ci absorba la tête en marbre, comme s'il l'avalait. Sylvénius s'approcha de lui prudemment, en conservant sa forme primitive qui lui assurait sa pleine puissance, sentant très clairement qu'un pouvoir incommensurable émanait de l'objet.

« Il ne sied pas au digne descendant de Kharna de laisser libre cours à sa colère. Je vous croyais plus maître de vous », gronda une voix caverneuse alors que la surface de la psyché s'embrasa. « De plus, votre échec n'en est pas un : vos deux vampires ont été enlevés par les sbires de l'un de vos alliés. Vous les retrouverez bien vite. »

Sylvénius retroussa ses lèvres, faisant saillir ses canines meurtrières.

« À qui ai-je l'honneur ? Je vous trouve bien renseigné… », demanda-t-il, s'efforçant de contenir le mieux possible son irritation croissante.

« Le nouveau maître des Enfers… qui désire s'entretenir avec le futur maître de cette Terre. Des titres glorieux, certes, mais que nous risquons de devoir préserver contre des ennemis communs puissants. »

Sylvénius plissa ses yeux rouge sang et laissa son corps reprendre sa forme humaine, montrant ainsi sa bonne volonté à écouter les arguments de son incandescent visiteur. Il venait de saisir très clairement l'identité de celui-ci.

« Je suis tout ouïe…

– Vous n'aurez pas à le regretter. Une fois que le Sanctuaire Terrestre et l'Ordre d'Ermengardis auront pleinement compris nos intentions de conquête, ils oublieront leurs querelles passées le temps de faire front contre nous. Ce qui n'est plus qu'une question de jours. Il nous faut faire de même et les devancer pour mieux les écraser.

– C'est-à-dire… ?

– Je sais que vous désirez faire venir vos semblables en ce monde pour le conquérir. Je vous promets tout le soutien nécessaire à vos desseins, vous aiderai à retrouver les pierres ouvrant le passage à votre dimension en échange de votre soutien contre nos ennemis communs. Une fois ceux-ci défaits, nous n'aurons qu'à partager les biens que nous aurons ainsi conquis. »

La voix se tut, un brasier incandescent continuant à illuminer d'un rouge sang le vampire et la pièce. Sylvénius ne répondit pas tout de suite, les yeux rivés sur les flammes, pondérant chaque parole qui venait de lui être dite. Il avait beau être une créature de la nuit, épouser le mal sous toutes ses formes avec un plaisir sadique, il restait tout de même méfiant. Ce n'était pas tous les jours que le diable en personne venait lui proposer de pactiser avec lui, promettant par la même occasion un partage équitable de leurs conquêtes. C'était d'ailleurs surtout l'aspect « équitable » du marché qui le gênait le plus : Lucifer ne devait être cru en aucun cas.

Cependant, le marché était tentant, et le servirait un temps. Sylvénius ne se faisait pourtant aucune illusion sur la façon dont cette entente se terminerait.

« Je pense que vous avez su attiré mon attention sur nos intérêts communs », se contenta-t-il de répondre de façon éludée.

« J'en suis certain. Je vous apporterai les preuves de ma bonne foi très bientôt. »

Ce fut la dernière phrase qui lui parvint avant que le miroir ne reprenne son aspect normal.


France, Lyon, 5 juin 2004, 19 h 55 (June 5, 2004, 5 : 55 PM GMT + 2 : 00)

Colline de Fourvière, non loin du théâtre antique

Le soleil dardait encore de ses puissants rayons de soleil, continuant d'accabler les derniers touristes qui quittaient les lieux sous la demande insistante de haut-parleurs. Quelques ronchons protestèrent sur le fait que le site était habituellement ouvert même aux visites nocturnes, ce à quoi le personnel de l'organisation répondait invariablement que c'était une « circonstance exceptionnelle ».

« Sans doute du fait du Comte de Grandfort », songea Shion en observant la foule se disperser avant de reporter son regard sur la troupe composée d'une dizaine d'hommes en treillis. Leur expédition prenait de plus en plus une tournure militaire qui le déconcertait un peu.

Un léger bruit provenant de la poche de sa veste attira son attention. Qui pouvait bien l'appeler à un moment pareil ?

« Allo. Sonam Kalsang à l'appareil », répondit-il. Il avait fini par assimilé le fait de se présenter avec un nom d'emprunt.

« Shion, c'est Saga. J'espère que je ne te dérange pas trop ? »

Le Tibétain ne put s'empêcher d'esquisser un faible sourire : tien, son ancien assassin qui prenait des gants avec lui, comme s'il était encore le Pope.

« Non. Mais au fait, cela t'arrive-t-il de dormir la nuit ? Il est quoi au Japon : deux heures du matin ? s'étonna-t-il.

– Compte tenu des questions qui se pressent dans ma tête, non, j'ai du mal à dormir. Mais peut-être parviendras-tu à me donner des réponses. »

Le sourire de Shion s'effaça immédiatement. La voix de Saga semblait à la fois mystérieuse et grave.

« Il y a un problème avec l'un des nôtres restés au quartier général ?

– Possible… il s'agit d'Angelo. »

La main de Shion se crispa sur le téléphone à cette annonce. Il ne pouvait s'ôter de l'esprit qu'il avait sa part de responsabilités dans la façon dont le Cancer avait mal tourné. Si seulement il avait pu le protéger de Clavénius…

« Dis-moi…

– Aphrodite pense qu'Angelo a été possédé à un moment de sa vie, et que cette possession est sur le point de recommencer. Je le crois aussi. Est-ce que tu sais s'il y a eu des précédents chez les chevaliers du Cancer, et si oui, à quand remontent les premières manifestations psychopathes chez les porteurs de l'armure ? »

Le Bélier resta abasourdi par les questions, ne s'attendant pas à ce que soient abordées de telles hypothèses. Et pourtant, celles-ci lui avaient tourmenté l'esprit plusieurs fois depuis le début du XIXe siècle, jusqu'à la période plus récente où Clavénius avait commencé ses pratiques innommables.

« Vers 1801, ou 1802, le chevalier de l'époque a commencé à développer des comportements anormalement violents, mais heureusement épisodiques. Ceux-ci se sont retrouvés dans les générations suivantes, avec des tendances de plus en plus sadiques et perverses. Je ne suis pas intervenu, je pensais que c'était l'armure qui modifiait ainsi les caractères de ses porteurs successifs. Tout comme les Surplis modifient l'apparence et le caractère de leurs porteurs… »

Il se mordit les lèvres, se sentant plus coupable que jamais. L'intuition lui disait qu'il aurait dû essayer de creuser la question au lieu de laisser les chevaliers du Cancer s'enfoncer dans la violence.

« Et tu n'as pas en tête un événement spécial qui serait survenu à l'un des porteurs, sans doute antérieur à 1801 ou 1802 ? » répliqua Saga.

Le visage au charme vénéneux de Salem apparut soudainement des tréfonds de la mémoire de Shion. Ses actes avaient été cruels, et sa fin pitoyable. Mais sa destinée sortait du lot des autres chevaliers du Cancer.

« Il y a eu Salem, morte en 1744. Elle était la sœur cadette d'Ariadna, chevalier du Cancer décédé durant l'attaque du Sanctuaire par les Spectres en 1743. Elle était une manipulatrice née et n'a pas hésité à me séduire pour camoufler ses méfaits. Je l'ai démasquée sur le tard, apprenant qu'elle avait tué sa propre sœur et éliminé le successeur désigné de l'armure pour s'en emparer. Elle s'est finalement suicidée durant son incarcération.

– Comment a-t-elle mis fin à ses jours ?

– Quelle importance ?

– Cela en a… comment ?

– Elle a retourné les Vagues d'Hadès contre elle. »

Shion arqua un sourcil en entendant vaguement dans le combiné Saga s'écrier : « Ça y est, on la tient ! »

« Que veux-tu dire ?

– Son suicide ne prouve pas que son âme ait effectivement gagné le royaume d'Hadès, n'est-ce pas ? Elle a très bien pu se contenter de devenir un pur esprit, débarrassé de toute enveloppe charnelle. C'est un raisonnement qui se tient, qu'en penses-tu ? »

Shion ne trouva pas la force de répondre sur le coup. L'hypothèse du Gémeau aurait pu lui paraître farfelue s'il n'avait pas déjà été confronté à l'esprit machiavélique de Salem. Ce genre de plan ne pouvait germer que dans un esprit à la fois sadique, masochiste et surtout dérangé.

« Elle a très bien put, en effet… cela expliquerait effectivement bien des choses », répondit-il. Il était même tenté de répondre : « Hélas ! »


Japon, Quartier Général de l'Ordre d'Ermengardis, 5 juin 2004, 3h00 (June 5, 2004, 6 :00 PM, GMT +9 :00)

Jardin, non loin du pavillon

La découverte qu'il venait de faire n'aurait pas été si grave, Saga aurait presque manifesté de la joie d'avoir percé à jour ce secret plusieurs fois centenaire. Cependant, il était bien trop tôt pour se réjouir : il avait découvert l'existence de ce pur esprit, certes. Il restait à découvrir comment l'abattre, désormais. Mais avant cela, il faudrait également saisir ses motivations : les raisons pour lesquelles elle s'en prenait à Angelo, et surtout, pour qui cette Salem « roulait ». Le Gémeau avait énormément de mal à concevoir que le retour de cet esprit maudit soit une pure coïncidence, et encore moins qu'il soit totalement déconnecté des autres événements qui avaient frappé ses compagnons et lui-même.

« Quoi que tu fasses, Shion, soit très prudent. Si elle est capable de frapper ici, je la crois capable d'agir également en France. Ce genre de créatures n'a que faire des notions d'espace et de temps. Et si comme tu viens de me l'affirmer, tu es lié à sa chute, alors tu dois être sur la liste de ceux dont elle cherche à se venger.

– Je vais faire de mon mieux, répondit Shion. Mais pour l'instant, ma priorité est de découvrir ce qui se cache sous le théâtre romain de Fourvière. Nous descendons sous terre dans quelques minutes.

– Bon courage à toi, Shion. »

Sur ces quelques mots d'encouragement – qui étaient sincères, quoi qu'en pense l'intéressé –, Saga coupa la conversation téléphonique, puis posa son regard sur la silhouette noire du pavillon. Ses compagnons semblaient être parvenus à trouver le sommeil, puisqu'aucune lumière ne filtrait. À part une seule, d'un bleu des plus lumineux et étranges, provenant de la chambre d'Ambre.

Il s'en étonna un peu, puis revint à son principal sujet de préoccupation : trouver un moyen de débusquer et de mettre hors d'état de nuire cette Salem.

À suivre dans la Chronique XIV : Hostilités (3/4)