- Titre : Take your Chance

- Auteur : Shinigami's Bride

- Genre : Romance, yaoï

- Couple : Harry/Edward

- Disclaimer : Les personnages de Harry Potter et de Twilight ne m'appartiennent pas ( malheureusement pour moi T_T ), l'histoire appartient à l'auteur Shinigami's Bride ( c'est-à-dire moi si vous n'avez pas encore tilté xD ).

- Petit mot de l'auteur : Après un temps incalculable où aucune idée n'a pu germer dans mon pauvre cerveau attrophié, Dame Inspiration m'est enfin revenue et, au bout d'une journée complète d'écriture, je viens de mettre un point final à ce chapitre qui s'est beaucoup trop fait attendre et qui, pour la peine, est plus long que les précédents. Sur ce, je ne vous fais pas languir plus longtemps, je vous laisse le découvrir.

Bonne lecture !


Chapitre 8

Miroir, mon beau miroir...

- Tu es sûre que tu ne veux pas que je vienne avec vous ?

- Mais non, Jazz. Tout ira très bien, je n'ai rien vu dans mes visions qui pourrait gâcher cette journée alors ne t'inquiète pas, dit Alice, tentant de rassurer son amour d'empathe. Harry et moi, nous allons simplement faire du shopping à Port Angeles et j'ai déjà promis à Carlisle de ne pas le fatiguer.

Assis sur leur lit, Jasper savait qu'il pouvait avoir confiance en les visions de sa compagne mais il ne pouvait s'empêcher d'être inquiet tout de même. Depuis les évènements avec Bella, l'ancien soldat se sentait plus protecteur vis-à-vis de sa famille et de savoir sa compagne loin de lui, avec un humain, était difficilement conciliable avec sa nouvelle humeur.

Pourtant, il se força à l'accepter, comme le disait Alice, rien de mal ne devait arriver et, étrangement, il avait confiance en Harry. Le jeune homme semblait parfaitement responsable et ne se mettrait pas sciement en danger. Ce fait acheva de le convaincre et il acquiesça.

- Alice ! Nous devons partir si tu ne veux pas arriver en retard ! résonna la voix de Carlisle depuis la porte d'entrée.

- Oui, j'arrive !

Et sur ces mots, Alice prit son sac à main, donna un baiser à son compagnon et s'en alla de son pas sautillant vers la sortie. Jasper ne put retenir le sourire attendri qui lui étira les lèvres, mais lorsque la voiture du médecin se fut éloignée, il poussa un lourd soupir et essaya de se détendre en se répétant que tout allait bien se passer.

- Il n'arrivera rien de mal, tu connais l'efficacité du pouvoir d'Alice, lui dit la voix d'Edward près de lui.

- Je sais mais elle ne peut rien face à des événements imprévisibles et je n'aime pas ne pas être près d'elle pour m'en assurer.

- Je suis sûr que tout se passera bien, tenta de l'apaiser le télépathe au pas de sa porte.

- Nous verrons bien et je note que tu n'es pas plus rassuré que moi, même si je pense que ton inquiétude pour cette sortie n'a pas seulement pour but le bien-être d'Alice, remarqua le blond en adressant un sourire en coin à son frère.

Il vit son cadet froncer les sourcils, visiblement intrigué par ses propos. A ce constat, l'empathe sourit davantage et se permit d'être plus explicite.

- J'ai bien vu que tu n'étais pas indifférent à Harry. Quand il est arrivé, tu es sorti de cette torpeur dans laquelle tu t'étais replongé après le départ de Bella. Tu cherches sa compagnie quand il est près de toi et tu épies la moindre information le concernant avec autant de subtilité qu'un éléphant dans un magasin de porcelaine, conclut-il avec un rictus amusé.

- Je ne vois pas de quoi tu parles, se renfrogna Edward, sur la défensive.

- Inutile d'essayer de le nier, autant mes pensées te sont accessibles, autant tes émotions n'ont aucun secret pour moi. Ce garçon t'intrigue et je ne suis pas le seul à l'avoir remarquer. Alice l'a bien vu et s'en réjouit, elle qui cherchait un moyen de te sortir de ton abattement et ça ne lui donne que plus envie de se rapprocher d'Harry. Quand à Carlisle, il a bien noté ton soudain intérêt pour la santé de son patient et il commence à se poser des questions dès que tu n'es plus là pour intercepter ses pensées.

- Justement, tu oublie que je suis incapable d'entendre les pensées d'Harry et qu'il peut me repousser de son esprit. Je n'ai pas envie de revivre la même chose qu'avec Bella et je préfère m'assurer qu'il n'est pas un danger pour notre famille, argumenta le télépathe, sûr de lui.

- C'est un fait, il est étrange qu'il ait un tel pouvoir et il faut surveiller ça, j'en conviens. Mais je reste convaincu qu'il n'y a pas que ça qui te motive.

- Penses ce que tu veux, ça m'est complètement égal.

Et sur ce, Edward quitta la pièce et se rendit dans sa chambre. Mais il ne put ignorer la pensée de Jasper qui disait qu'il se voilait la face et que son départ, ou plutôt sa fuite, pouvait passer pour un aveu. Il grogna d'agacement et fit claquer la porte de sa chambre pour montrer sa désapprobation à son frère.

Après un instant, les pensées de Jasper furent toutes dirigées sur du base-ball et il comprit que l'empathe était descendu au salon pour regarder un match à la télé en compagnie d'Emmett qui n'avait rien entendu de leur discussion, trop absorbé par le match. Edward capta aussi que Rosalie se trouvait dans le garage, occupée à bichonner sa voiture et n'avait rien entendu non plus. Quand à Esmée, celle-ci était trop plongée dans ses projets de décoration pour faire attention à quoique ce soit d'autre.

Edward soupira de soulagement, il n'avait pas envie de subir d'autres interrogatoires, et décida de se changer les idées avec un bon livre. Pourtant il n'arriva pas au bout de la première page que les sous-entendus de Jasper revinrent le hanter et il referma le livre brusquement.

" Il a tort, je n'ai pas d'autre intérêt que la sécurité de notre famille. Je n'ai pas d'arrière-pensée autre que de nous protéger. Je dois m'assurer qu'Harry n'est pas un danger pour nous, c'est la seule raison qui existe !"

Etrangement, cette pensée sembla sonner faux et cela l'exaspéra d'autant plus. Puis, n'y tenant plus, il ouvrit la fenêtre de sa chambre, sauta dehors et se mit à courir vers les bois.

Pendant ce temps, Alice et Carlisle arrivaient en vue de l'hôpital et la voyante trépignait d'impatience sur son siège. Carlisle le remarqua et sourit d'amusement, sa fille n'avait aucune patience et ressemblait à un jeune chiot devant une balle.

- N'oublie pas ce que je t'ai dit, lui rappela-t-il, attirant son attention. N'en fais pas trop avec Harry, ménage-le et ne vous faites pas remarquer.

- Oui, je sais ! Jasper et toi n'avez pas cessé de me le rappeler depuis des heures. Combien de fois vais-je devoir dire que j'ai compris le message, je ne vais pas le casser, râla Alice, agacée.

- C'est la dernière fois, je te promets, ricana Carlisle.

Il ne manqua pas le soupir d'exaspération de sa fille et préféra ne pas l'embêter davantage.

Ils arrivèrent au niveau du parking de l'hôpital quelques minutes plus tard et Alice fut la première à remarquer la Mustang garée devant l'accueil.

- Harry est déjà là, tu peux me déposer ici.

Carlisle arrêta sa voiture juste derrière celle d'Harry. Dés qu'ils furent immobiles, Alice sortit de la voiture et souhaita une bonne journée au médecin. Carlisle lui sourit en réponse et suivit des yeux la voyante jusqu'à ce qu'elle soit installée dans l'autre véhicule. Quelques secondes plus tard, la Mustang s'éloigna et Carlisle dirigea sa voiture vers sa place de parking attitrée.

Quand Alice monta dans sa voiture, Harry l'accueillit avec un sourire ravi qui lui fut rendu au centuple avant que la jeune fille n'enjoignit son ami à démarrer avant que son "Papa poule"ne trouva encore un autre motif pour lui faire la leçon et ne les mit définitivement en retard. Harry répondit par un éclat de rire et démarra séance tenante.

Le trajet vers Port Angeles fut calme, ponctué par-ci par-là des idées d'Alice sur les boutiques à visiter, la radio entonnant les derniers hits du moment en bruit de fond. Harry l'écoutait avec un intérêt poli et acquiesçait à la plupart des propositions, les yeux rivés sur la route, ses doigts tapotant sur le volant au rythme de la musique. Le jeune homme sentait au vu de l'enthousiasme de son amie que cette journée promettait d'être tout sauf de tout repos et il en était secrètement ravi. Il avait une fois de plus fait un cauchemar cette nuit et il avait bien besoin de s'occuper l'esprit pour oublier les images morbides qui hantaient ses songes.

Après une demi-heure de route, les deux amis arrivèrent à Port Angeles et trouvèrent une place pour se garer près du cinéma de l'avenue principale. Harry sortit de la voiture le premier et fit rapidement le tour pour tenir la portière de sa passagère.

- Quel gentleman ! dit-elle, souriant en coin.

- J'ai appris du meilleur, se justifia Harry en lui tendant la main pour l'aider à sortir du véhicule.

Alice accepta sa main et sortit lestement de la voiture. Encore une fois, Harry ne put s'empêcher de noter la froideur inhabituelle de la peau de la jeune fille. Ce détail n'avait de cesse de l'obséder depuis la veille. Pourquoi les Cullen avaient-ils tous, enfin ceux qu'il avait pu toucher, la peau aussi froide ?

- Et à qui dois-tu tes parfaites manières de gentleman ? demanda Alice, le faisant revenir à la réalité.

- Mon parrain, Sirius. Il se disait un maître dans l'art de se conduire avec les dames, un vrai tombeur, énonça-t-il en verrouillant sa voiture, un sourire rêveur face à son souvenir.

- Et où est-il aujourd'hui ? Je serai curieuse de le rencontrer.

Harry hésita à répondre à la jeune fille. Premièrement, le souvenir de Sirius lui était encore très douloureux et il n'était pas sûr de pouvoir retenir sa peine. Et deuxièmement, s'il disait qu'il était mort, il était sûr de récolter mille excuses de la part de la jeune fille. Il ne voulait pas faire face à sa pitié et l'ambiance de la journée risquait d'être plomber par sa faute, après tout c'était lui qui en avait parlé le premier.

Aussi préféra-t-il mentir pour cette fois-ci :

- Il est resté à Londres pour s'occuper des affaires familiales.

- Et aurons-nous la chance de le voir prochaînement ? s'enquit la voyante.

- Je ne crois pas, son travail lui prend tout son temps, essaya-t-il de se justifier, espérant que son mensonge ne serait pas détecté.

- Quel dommage ! Peut-être arrivera-t-il à se libérer pour te rendre visite bientôt, se désola Alice, semblant déçue.

- Peut-être... Bon et si nous y allions ! s'écria Harry, désireux de changer de sujet.

La jeune fille acquiesça avec vigueur, attrapa le bras que lui tendit Harry et l'entraîna en direction de l'avenue marchande. Celle-ci ne possédait au bas mot qu'une dizaine de boutiques, moins que ce dont elle était habitué mais la voyante avait décidé d'y aller doucement pour leur première sortie shopping. Les discours et arguments de Carlisle, comme quoi Harry n'avait pas leur constitution et ne pourrait pas suivre son rythme, avaient eu raison de sa fièvre acheteuse et ils s'étaient entendus pour Port Angeles.

Mais la jeune fille n'avait pas dit son dernier mot et s'était promis que pour la prochaine fois, elle convaincrait son ami d'aller à Seattle où les boutiques étaient largement plus nombreuses et beaucoup plus dans ses goûts. Elle s'en réjouissait d'avance.

Faisant contre mauvaise fortune bon coeur, elle fit entrer Harry dans la première boutique de prêt à porter de l'avenue. Celle-ci proposait des collections aussi bien pour femme que pour homme et, bien que n'ayant pas de grandes marques, Alice dut convenir qu'elles n'étaient pas mal du tout.

Toujours gentleman, Harry proposa de commencer par la jeune fille et Alice, plus qu'enthousiaste, partit comme une tornade dans les rayons. Harry la suivit et joua de plein gré le rôle de porte-manteau. Après une rapide sélection, Alice les entraîna ensuite vers les cabines d'essayage et s'enferma dans sa cabine avec ses trouvailles. Pour chaque tenue qu'elle essayait, elle ouvrait le rideau et demandait son avis à Harry, et chaque fois il lui répondait en lui faisant moult remarques sur la couleur ou la forme des vêtements. Alice en fut agréablement surprise, jamais elle n'avait eu droit à cette attitude de la part de Jasper lorsqu'elle l'emmenait faire du shopping. La mode n'étant pas son fort, l'empathe se contentait habituellement de sourire ou de dire qu'elle était jolie.

Notant ce détail dans sa liste de bons points attribués à Harry, Alice termina ses essayages et décida de garder trois petits hauts et une mignonne petite jupe plissée. Quand elle eut mis ses articles de côté, elle prit le bras du jeune homme et l'emmena vers le rayon homme. Harry se laissa docilement mener, écoutant d'une oreille attentive les conseils de la jeune fille en matière de mode et donnant son avis de temps à autre alors qu'il servait une fois de plus de porte-manteau mais à son propre usage. Dés que la pile fut assez conséquente, Alice le ramena vers les cabines et ce fut à son tour de faire ses essayages, montrant chaque tenue à la jeune fille pour avoir son avis à son tour.

Une fois de plus, Alice était agréablement surprise, Harry jouait le jeu sans rechigner et semblait prendre en compte toutes ses remarques là où ses frères n'auraient cessé de râler pour la forme avant de la laisser décider pour eux. Décidément, Harry montait de plus en plus dans son estime et elle faisait déjà des plans pour leurs prochaines sorties ensemble.

Sous l'égide de la voyante, Harry choisit de prendre deux t-shirts, un pull moulant et un jean qui lui faisait de jolies fesses dixit Alice. Au moment de passer à la caisse, Alice voulut payer pour eux deux mais Harry s'y opposa, arguant qu'il n'était pas sans le sou, et paya ses achats tout en la remerciant de son attention . Devant tant de politesse, Alice s'avoua vaincue sur ce coup-là mais se jura de réitérer dans une autre boutique, après tout elle avait les moyens et à quoi servait d'avoir de l'argent si ce n'est faire plaisir à ses proches.

Le même genre de scène se reproduit dans les trois boutiques suivantes et, à force d'opiniâtreté, Alice eut gain de cause dans la dernière, voulant à tous prix offrir la splendide veste en cuir qui allait comme une seconde peau au jeune homme. Harry avait fini par craquer devant son regard presque larmoyant, digne du Chat Potté, et se promit d'offrir un cadeau à la jeune fille pour la remercier.

Au bout d'une heure, Harry réclama une pause et proposa à la jeune fille de prendre un café. Ne pouvant refuser au risque de paraître suspecte, Alice accepta et désigna un petit café terrasse non-loin. Harry lui dit alors de prendre les devants pendant qu'il allait déposer leurs achats dans sa voiture, chose qu'ils firent.

Quand il la rejoignit à la terrasse, Harry trouva Alice assise à une table, un mochaccino à moitié entamé devant elle et une tasse de café noir fumante pour lui. Harry s'étonna qu'elle sut ce qu'il voulait et quand il lui demanda comment elle l'avait su, Alice lui fit un sourire mystérieux en invoquant l'intuition féminine. Harry ne se questionna pas plus et but tranquillement son café pendant qu'Alice faisait un premier bilan de leurs achats, vantant les mérites de tel ou tel vêtement et ce qu'il lui faudrait pour compléter sa tenue. Une demi-heure passa ainsi et pendant qu'il alla se rafraîchir aux toilettes, Alice en profita pour vider l'autre moitié de sa tasse dans le pot de fleurs derrière elle.

En revenant, Harry paya leurs consommations auprès de la serveuse, damant le pion à Alice qui ne put empêcher un sourire en coin devant ce nouvel élan de galanterie.

Après ça, les deux amis repartirent pour une nouvelle expédition dans les dernières boutiques et Alice ne retint plus sa folie dépensière, ne désirant plus se cacher derrière sa fausse modération. Et si Harry en fut choqué, il n'en montra rien et parut même plutôt amuser lorsqu'il eut l'occasion de voir à l'oeuvre la fashionista dans toute sa gloire en train de faire courir les vendeuses voulant à tout prix la satisfaire.

Alors qu'ils étaient dans une boutique de chaussures, Alice avait fait déballer pas loin d'une dizaine de paire d'escarpin par un vendeur obséquieux plus qu'heureux de la servir, pensant sûrement faire une excellente vente au vu des multiples sacs de sa cliente, et qui se confondit en flatterie mielleuse. Lorsqu'il l'entendit une fois de plus vanter le bon goût de la jeune fille, Harry fit une grimace écoeurée.

Cette scène le ramenait quelques années en arrière, lorsqu'il était l'élu du monde magique et que tout le monde lui faisait mille courbettes tout en l'abreuvant de leur hypocrisie. L'image de Fudge, le Ministre de la Magie, se perdant en flatterie et commisération à son égard fut la plus forte et il se gifla mentalement pour le sortir de son esprit tant sa vision le dégoûtait.

Lorsque le spectacle affligeant de ce commerçant, que son amie semblait prendre plaisir à faire saliver, commença à le blaser, Harry détourna la tête vers l'extérieur de la boutique, cherchant quelque chose qui pourrait le distraire. Il promena son regard sur la rue passante quand une enseigne retint son attention. Il s'agissait d'un magasin d'antiquités comme il en existe beaucoup mais pour une raison étrange, le sorcier se sentit aussitôt attirer par cette boutique.

N'y tenant plus, il s'approcha d'Alice et lui chuchota :

- Je vais chez l'antiquaire en face, rejoins-moi quand tu auras fini de t'amuser.

Alice lui fit un sourire entendu et continua de torturer le vendeur en réclamant d'autres chaussures. Harry ravala un rire moqueur et sortit de la boutique. En quelques pas, il se retrouva devant le magasin d'antiquités et, après un rapide coup d'oeil à la vitrine, entra à l'intérieur.

Au premier abord, rien ne différenciait cette boutique d'antiquités d'une autre. Elle se constituait d'une grande pièce en longueur, des vieux meubles d'époques trônaient aux quatre coins, des tapis persans roulés reposaient le long d'un mur, des tableaux s'entassaient les uns sur les autres sur une longue file, une grande bibliothèque composées de livres reliés occupait tout un pan de mur et des tas de bibelos en tout genre remplissaient les étalages. Pour un peu, cette atmosphère feutrée et mystérieuse, l'odeur caractéristique de défraîchi et cet amoncèlement d'objets un peu partout lui rappelaient la Salle sur Demande à Poudlard et son immense bric-à-brac.

Avec un sourire nostalgique, il parcourut tranquillement la boutique, son attention s'arrêtant sur divers objets comme une vieille montre à gousset finement ouvragée, un coupe-papier en argent ou encore deux figurines en porcelaine.

Il marqua un temps d'arrêt quand ses yeux se posèrent sur un échiquier. Le plateau semblait façonner dans un bois précieux magnifiquement lustré et les pièces scuplter avec tellement de minutie qu'elles en paraissaient vivantes. Mais le plus flagrant était qu'elles ressemblaient comme deux gouttes d'eau au jeu d'échec géant dont ses amis et lui avaient triomphé pendant leur première année. Cette découverte le plongea de nouveau dans ses souvenirs, il se revoyait encore, âgé de 11 ans, tellement minuscule comparé aux monumentales pièces de jeu et Ron qui menait la partie, allant jusqu'à se sacrifier pour lui permettre de continuer leur mission.

Rien que de repenser à son meilleur ami lui apporta un sentiment de réconfort mais aussi d'amertume. Il aurait tellement aimé le sauver, lui et tant d'autres.

Revenant au temps présent, il promena un doigt caressant sur le plateau et s'apprêta à saisir le cavalier noir.

" Joli, n'est-ce pas ?"dit une voix dans son dos, le faisant sursauter.

Harry se retourna prestement, sur ses gardes, il ne l'avait pas entendu approcher. Pourtant il était sûr qu'il n'y avait personne d'autre dans la pièce une seconde auparavant.

L'homme devant lui avait dans la soixantaine, de taille moyenne, vêtu d'un costume brun un peu rapiecé, les cheveux gris plaqués en arrière, de petites lunettes rectangulaires posés devant des yeux bleu à l'air rieur et un sourire malicieux sur son visage, visiblement fier de son effet.

Bien qu'encore refroidit par le fait de s'être fait surprendre, Harry se força à se détendre et lui répondit aimablement :

- Oui, c'est très joli.

- C'est une pièce unique vous savez, je l'ai trouvé dans un vide-grenier pendant une brocante sur Fleet Street, à Londres.

La mention de Londres titilla son intérêt et l'homme sembla le voir car son sourire s'agrandit.

- Il vous intéresse, dit-il et ça n'était pas une question.

- Je dois avouer qu'il est très tentant, reconnut Harry.

- Vous jouez ?

- Un ami m'a initié, dit-il en retour. En quoi est-il fait ?

- Le plateau est en bois de rose 2,3cm, chaque case peintes à la main mesure 55mm, les pièces blanches ont été taillé dans de l'ivoire venant tout droit du Kenya et les noires dans de l'ébène originaire d'Inde.

Au contenu du discour et à sa façon de l'énoncer, Harry trouva que l'homme ressemblait un peu à Mr Ollivander, le marchand de baguettes du Chemin de Traverse. Décidément, il était prompt à la nostalgie aujourd'hui.

Prenant son silence pour de l'hésitation, l'antiquaire joua son va-tout :

- Si vous voulez réfléchir encore un peu, j'ai d'autres pièces tout aussi intéressante au fond de ma boutique. Jetez-y un oeil et prenez votre décision quand vous serez sûr.

Harry acquiesça à la proposition et repartit en exploration, laissant le vendeur retourner à ses occupations. Il flâna quelques minutes entre les étalages et les meubles, son regard se perdant sur les différents articles alors que, dans son esprit, le désir d'acquérir l'échiquier se fit plus brûlant. Certes cela lui rappelait l'ami qu'il avait perdu mais Merlin n'avait-il pas dit qu'il devait aller de l'avant et penser d'abord à lui. De plus, il n'avait pas que des mauvais souvenirs et l'échiquier lui rappelerait les longues parties animées jouer très tard dans le dortoir des Griffondors. Et puis, il aimait beaucoup jouer aux échecs et, s'il était là, Ron lui botterait sûrement les fesses pour ne pas avoir saisi l'occasion.

Décidé, il fit volte-face pour aller parler au vendeur quand un drap attira son attention. Il n'y avait pas de quoi, c'était un drap quelconque qui avait connu de meilleurs jours mais il recouvrait quelque chose. Quelque chose d'assez imposant et, pour une raison qui lui échappa, qui sembla avoir sur lui une sorte d'attraction.

Son instinct lui fit comprendre que c'était important et, jusqu'ici, il ne lui avait jamais fait défaut.

D'un pas prudent, il s'avança jusqu'à atteindre l'étoffe et, les doigts démangés par la curiosité, il l'agrippa avant de la tirer d'un coup sec.

Quand le drap tomba à terre, Harry n'en crut pas ses yeux. Ce n'était pas possible, ça défiait toute logique et pourtant il était là.

Le Miroir du Riséd. Ou tout du moins, sa parfaite réplique.

Haut de près de trois mètres, sa surface glacée était terne, usée par le temps et presque complètement dépolie, et l'encadrement était noirci par d'épaisses couches de saleté.

Pendant une seconde, il imagina qu'en tendant la main et en grattant un peu, il retrouverait l'éclat doré du cadre et, qu'à son sommet, serait gravé les mêmes inscriptions que dans son souvenir. Mais il se reprit, c'était impossible que ce miroir soit celui qu'il croyait. Après l'affaire de la Pierre Philosophale, il ne l'avait plus revu et quand il avait cherché à savoir ce qu'il était advenu de lui, Dumbledore lui avait affirmé qu'il avait été mis à l'écart, en sécurité.

Il ne put aller plus loin dans ses réflexions, l'antiquaire revint vers lui et le surprit dans sa contemplation.

- Je vois que vous avez trouvé cette vieille relique, dit-il en couvant le miroir d'un regard ennuyé. Mon grand-père l'a trouvé dans un ancien garde-meuble après la Grande Dépression, beaucoup de gens manquaient cruellement d'argent et vendaient leurs objets de famille pour se renflouer.

- Pourquoi était-il couvert ? Il n'est pas en vente ? demanda Harry, intrigué.

- Malheureusement, comme vous le voyez, il n'est pas en très bon état. Un restaurateur me coûterait trop cher alors je le garde couvert faute de mieux.

- Mais est-il en vente ? insista le jeune homme, le regard perdu sur la surface dépolie.

- Oh, il l'est, comme tout ce qui est ici. Mais sa taille et son état ont vite découragé les quelques curieux qui l'ont vu et ceux qui ont demandé son prix ont vite fait de demi-tour. De plus, même avec les moyens, je ne vois pas qui voudrait d'un vieux miroir aussi ostentatoire dans la région. Je crains qu'il ne reste là à prendre la poussière encore longtemps.

Harry se perdit dans sa contemplation du miroir. Quand il croisa son reflet, il eut comme une sorte d'inspiration et les mots sortir de sa bouche avant même qu'il ne s'en rendit compte :

- Je le prends !

A ces mots, l'antiquaire le regarda comme s'il était fou, les yeux écarquillés, n'arrivant pas à croire ce qu'il venait d'entendre.

- Je vous demande pardon ? dit-il, pas sûr d'avoir bien compris.

- Je le prends, répéta Harry en dardant l'homme d'un air décidé.

- Vous êtes sûr ? C'est qu'il n'est pas donné et les frais pour l'entretien vont vous coûter les yeux de la tête, tenta de tempérer le commerçant.

- Peu importe son prix ou ce qu'il m'en coûtera ensuite, je veux ce miroir, argumenta le jeune homme, son ton devenant plus ferme.

- Réfléchissez bien, ce n'est pas une décision à prendre à la légère. Il est au dessus de vos moyens, croyez-moi. De plus, il est très imposant, je ne vois pas où diable vous pourriez l'entreposer.

Mais Harry ne voulut pas en entendre davantage et décida d'utiliser son arme secrète pour faire taire toute protestation. Il sortit son porte-feuille de la poche de sa veste et dévoila aux yeux de l'antiquaire sa carte Visa Infinite. Jusque-là, il avait utilisé une autre carte, moins tape-à-l'oeil pour ne pas attirer les soupçons d'Alice ou des commerçants sur sa situation réelle, mais là il n'avait pas le choix.

A la vue de la carte noire frappée du logo d'une célèbre banque britannique, le vieil homme resta bouche-bée. Jamais de sa vie, il n'avait eu l'occasion d'en voir une d'aussi près, cette carte n'étant réservé qu'à une certaine élite.

Pour le réveiller, Harry l'agita sous son nez et, quand il lui sembla avoir de nouveau toute son attention, il lui dit :

- Je prendrai également l'échiquier que j'ai vu en arrivant.

- Euh... Oui, très... bien, veuillez me suivre, bégaya le vendeur en se dirigeant vers la caisse.

Le jeune homme lui emboîta le pas et, arrivé au comptoir, il tendit sa carte à l'homme qui la saisit d'une main tremblante avant d'enregistrer la transaction. Quand ce fut fait, il rendit la carte à son propriétaire et lui donna le reçu confirmant son acquisition.

- A quelle adresse dois-je faire livrer vos achats ? demanda l'antiquaire, revenu à son état normal.

- Laissez, je vais envoyer quelqu'un récupérer le miroir, dit-il tout en sortant son portable pour appeler le manoir.

- Très bien, Mr Potter, acquiesça l'antiquaire, se souvenant du nom qu'il avait lu sur la carte.

- Par contre, pourriez-vous emballer l'échiquier, je le prends avec moi.

- J'ai exactement ce qu'il vous faut, s'empressa de dire l'homme en se baissant sous son comptoir.

Lorsqu'il se releva, il avait entre les mains une jolie boîte en bois lustrée avec une rose gravée en son centre et un joli loquet en fer forgé. Il l'ouvrit et lui montra l'intérieur, le fond était tapissé de velours d'un beau vert forêt et une plus petite boîte reposait au milieu. Lorsqu'il l'ouvrit à son tour, Harry remarqua le même velour vert mais aussi de petits espaces où il reconnut la forme des pièces d'échec. Quand il leva les yeux vers l'antiquaire, celui-ci s'expliqua :

- J'avais l'intuition que vous prendriez l'échiquier et je suis allé chercher cette boîte qui complète le jeu. Normalement, je vous aurai demandé un supplément pour ça mais, au vu de l'immense service que vous venez de me rendre en achetant le miroir, je vous l'offre de bon coeur.

Il ne laissa pas le temps à Harry de protester qu'il alla aussitôt chercher l'échiquier et disposa les éléments à leur place. Il referma la boîte, la recouvrit de papier de soie et la glissa dans un sac qu'il tendit ensuite au jeune homme. Passé sa surprise, Harry sourit au vendeur puis, appuyant sur une touche, appela le manoir. La réponse ne se fit pas attendre.

- Manoir Serpentard, entendit-il dans l'appareil et il reconnut le timbre particulier de son majordome.

- Sébastian, pourriez-vous envoyer quelqu'un avec le camion de livraison à la boutique d'antiquités qui se trouve dans la rue principale de Port Angeles. J'y ai fait une acquisition plutôt volumineuse alors prévoyez deux personnes assez costaud.

- Ce sera fait, Monsieur. Autre chose ?

- Non, ce sera tout. Je devrais être de retour d'ici une heure. Je vous appelerai si j'ai le moindre contre-temps.

- Très bien, Monsieur.

Et sur ces mots, les deux interlocuteurs raccrochèrent. Harry prit le sac et s'apprêta à dire quelque chose au vendeur quand une voix familière retentit derrière lui :

- Harry !

Se retournant, le brun aperçut Alice se tenant à l'entrée du magasin.

- Alice ! Tu as fini de tourmenter ce pauvre vendeur de chaussures ? demanda-t-il avec un sourire en coin.

- Et il s'est laissé tourmenté avec plaisir, répliqua la jeune fille avec un sourire chafouin et deux boîtes de chaussures sous le bras.

Harry retint un rire, Alice était vraiment unique en son genre.

- Tu as trouvé quelque chose qui t'intéresse ? lui demanda-t-elle en portant son attention sur le paquet qu'il portait.

- Oui, j'ai fait une bonne affaire, répondit-il avec un air énigmatique.

- Qu'est-ce que c'est ? le questionna-t-elle, sa curiosité visible à des kilomètres.

- Rien qui n'intéresse une fan de mode comme toi, éluda-t-il, taquin.

- Oh s'il te plaît ! le supplia-t-elle, ressortant son regard de chiot pour l'amadouer.

- Pas maintenant, plus tard, conclut-il, amusé par sa réaction.

Pendant un instant, la jeune fille le fixa de ses yeux dorés, semblant dans une intense concentration, puis il la vit froncer les sourcils et souffler de frustration. En effet, la voyante avait tenté de voir dans le futur ce qu'était le mystérieux paquet mais, bizarrement, elle ne vit rien. Pourtant, elle avait parfaitement vu Harry commander un café noir dans ses visions, ce qui lui avait permis de le faire pour lui.

- Etrange, se dit-elle et elle se promit d'en parler avec sa famille un peu plus tard.

- Alice ? Tout va bien ? l'interpella-t-il, la sortant de ses réflexions.

- Oui, se reprit-elle, retrouvant son air guilleret. Je pensais qu'on pourrait en rester là pour aujourd'hui, qu'en penses-tu ?

- Je suis d'accord, approuva Harry avant de se récrier. Mais j'ai encore une chose à faire ici, tu veux bien m'attendre à la voiture ?

- OK, prends tout ton temps.

Et sur ces mots, elle sortit de la boutique et s'éloigna de son pas sautillant, ses achats se balançant au rythme de sa démarche. Quand il ne la vit plus, Harry se retourna vers l'antiquaire et, l'air grave, lui dit :

- J'aimerai vous demander une faveur. Je suis ici en complet anonymat et je souhaiterai que vous ne divulguiez à personne le nom que vous avez lu sur ma carte.

Intrigué, le vieil homme le scruta de son regard azur puis lui sourit d'un air complice :

- Il n'est pas dans mes habitudes de divulguer des informations sur mes clients, surtout aussi généreux. Vous pouvez partir sans crainte, je serai une tombe.

Harry le sonda, pesant le pour et le contre entre lui faire confiance ou s'assurer de son silence à l'aide d'un sort, mais il lut tant de sincérité dans ses yeux qu'il choisit la première option.

- Dans ce cas, au revoir et merci, le salua-t-il en faisant route vers la sortie.

- Au revoir, jeune homme, passez une bonne journée.

Il inclina la tête en guise de remerciement et sortit de la boutique plein d'entrain. Il était heureux de son achat et il était impatient de rentrer pour attendre l'arrivée du miroir. Certes, ce n'était pas le miroir du Risèd mais il lui rappelerait le monde qu'il avait quitté et qui lui manquait par moment. Tout comme l'échiquier.

D'un pas leste, il regagna sa voiture où l'attendait Alice. Après avoir ranger les sacs sur la banquette arrière, le coffre étant plein, ils montèrent dans le véhicule et repartirent pour Forks. Sur la route, Harry retint un sourire lorsqu'ils croisèrent la camionnette de livraison du manoir, ils avaient été prompt à suivre ses directives. A cette allure, le miroir arriverait bien avant son retour.

Sur cette pensée, il se tourna vers Alice et lui annonça qu'il la ramenait jusqu'à chez elle. Etrangement, celle-ci lui objecta qu'elle ne voulait pas qu'il se donna cette peine et qu'il pouvait très bien la déposer à l'hôpital, qu'elle rentrerait avec Carlisle quand il aurait terminé son service. N'y voyant aucun bon sens, il argumenta qu'elle n'avait pas à attendre le médecin et qu'il était hors de question qu'il manqua à ses devoirs en ne la ramenant pas chez elle.

Devant son air buté, Alice ne put que s'incliner et, alors qu'Harry reportait son attention sur la route, elle sortit discrètement son portable et envoya un message à Jasper pour qu'il prévienne tout le monde de son retour en compagnie du jeune homme. Elle n'était pas inquiète, elle savait que tout se passerait bien, son don fonctionnant de nouveau normalement mais elle était toujours intriguée par la défaillance qu'elle avait eu plus tôt. Elle trépignait de pouvoir en parler à Carlisle, lui saurait peut-être l'expliquer.

Après plusieurs minutes et sous les indications d'Alice, la mustang franchit le sentier menant à la villa Cullen. Harry fut subjugué par ce qu'il vit. Cette maison était un petit bijou d'architecture moderne enfermé dans un bel écrin de nature verdoyante. Les cloisons étaient majoritairement ouvertes sur de grandes baies vitrées qui devaient laisser entrer une lumière éclatante lorsque le temps n'était pas à la pluie. Les hauts arbres qui l'entouraient lui donnait l'impression d'être totalement isolé du reste du monde.

Revenant de sa contemplation, il gara sa voiture près de la jeep d'Emmett et fut plus que surpris de voir Rosalie vêtue d'un bleu de travail, le corps penché sous le capot de la voiture. Celle-ci se releva en les entendant se ranger et leur dédia un petit sourire amical.

- Bonjour Rosalie, la salua Harry en refermant sa portière.

- Bonjour Harry, lui rendit-elle en se frottant les mains dans un chiffon. Alors, Alice ne t'a pas trop épuisé ?

- Euh non, je me sens bien, dit-il intrigué sans voir le regard noir qu'envoya Alice à sa soeur. Pourquoi me demandes-tu ça ?

- Pour rien, et sinon, combien de boutiques avez-vous fait ? continua-t-elle en lançant un regard narquois à sa fashion victim de soeur.

- Huit, voilà t'es contente ? s'empressa de répondre la voyante, sachant que la blonde n'en démordrait pas avant de savoir.

- Très, affirma Rosalie, semblant très satisfaite.

Connaissant la folie dépensière de la pétulante petite brune, huit boutiques ne représentaient qu'un tiers d'une journée shopping type d'Alice, quand il n'y avait pas de soldes à la clé, et la blonde la félicita mentalement d'avoir réussi à se maîtriser, un véritable exploit en somme.

Se doutant que le pourquoi de cet échange ne lui serait jamais révélé, les femmes et leurs secrets bien gardés, Harry préféra ne pas demander d'explication et réorienta la conversation vers ce qui l'avait étonné à son arrivée :

- Tu fais de la mécanique, Rosalie ?

- Oui, pourquoi ? Ca te pose un problème ? se renfrogna celle-ci, sur la défensive.

- Pas du tout, je suis juste admiratif. Moi, je ne sais même pas changer une roue alors il ne vaut mieux pas que je touche à un moteur, se justifia-t-il avec une sincérité tellement touchante que Rosalie se détendit aussitôt.

- Ce n'est pas grand chose, je suis passionnée par les voitures. Les bricoler, c'est mon petit plaisir.

- Emmett est un homme chanceux, en déduit Harry.

- Et ça, je le sais ! leur répondit la voix de ce dernier.

En se retournant, Harry le vit venir vers eux avec un sourire railleur. Le grand brun passa un bras autour des épaules de sa bien-aimée et lui déposa un baiser sur la joue. Rosalie lui dédia un sourire purement amoureux, montrant son ravissement. Emmett le lui rendit puis adressa un clin d'oeil entendu à Harry.

- Alors, comment était votre virée ? les questionna-t-il.

- Très bien, Emmett, c'est gentil à toi de t'y intéresser, lui dit Alice, un sourire comploteur se dessinant sur son visage.

- Je suis toujours gentil, se récria le grand brun, un poil soupçonneux devant l'attitude de sa petite soeur.

- Dans ce cas, tu vas bien vouloir décharger mes paquets de la voiture d'Harry. Il a déjà eu l'extrême gentillesse de m'aider à les porter toute la journée, tu peux bien prendre la suite, conclut la voyante, fière de sa répartie.

Emmett tiqua sur le coup, il s'était fait avoir en beauté. Il ne pouvait pas refuser la demande même s'il savait sa soeur parfaitement capable de décharger ses emplettes toute seule. D'une part, il ne fallait pas attirer les soupçons sur leur nature et d'autre part, il ne voulait pas passer pour un rustre après les remarques extasiées de sa femme devant la galanterie d'Harry à la cafétéria. Il était coincé et il n'avait pas d'autre choix que de jouer le jeu d'Alice.

- Pas de problème, répondit-il finalement, un sourire crispé aux lèvres.

- Il n'y a pas de raison que tu le fasses seul, je vais t'aider, intervint Harry à la rescousse.

- Mais non, il se débrouillera très bien tout seul, le rassura Alice en le retenant par le bras.

- Mon Emmett en est tout à fait capable, pas vrai chéri ? renchérit Rosalie que la situation amusait.

Comprenant qu'il n'avait plus le choix, le grand brun acquiesça à contrecoeur et se dirigea vers la voiture en grommelant dans sa barbe. Les deux soeurs se jetèrent un coup d'oeil complice, très satisfaites de leur manoeuvre.

- Je vais le superviser pour être sûr qu'il n'abîme aucun paquet. En attendant, Rose va t'emmener à l'intérieur et t'offrir une tasse de thé, décréta Alice en sentant l'odeur de l'infusion dans l'air, Esmé l'ayant sûrement préparer en prévision.

- Merci mais ne prenez pas cette peine, je vais attendre dans la voiture qu'Emmett ait fini et je vais vous laisser. Je ne veux pas vous déranger davantage, objecta le jeune homme, soudainement intimidé.

- Mais non, tu ne nous déranges absolument pas et tu as bien mérité cette tasse de thé, soutint la voyante, ne voulant pas le voir partir de suite.

- Mais..., voulut protester Harry.

- N'essaie pas d'argumenter avec elle, Alice est plus têtue qu'un troupeau de mûles alors ne te fatigues pas, s'immisca Rosalie.

Harry aurait voulu contester un peu plus mais le regard décidé de son amie lui confirma ses dires, Alice ne le laisserait pas partir avant d'avoir été exaucée.

- Bon d'accord, mais juste une tasse alors, céda le sorcier à la grande joie de la voyante.

Alice frappa des mains, heureuse de le voir accéder à sa demande, puis prit les clés des mains d'Harry et le poussa vers la maison avant d'aller rejoindre Emmett qui attendait son bon vouloir près de la voiture. N'ayant plus le choix, Harry suivit Rosalie jusqu'à la villa.

Dés qu'il mit un pied dans la maison, le jeune homme s'extasia devant l'agencement de la demeure. La décoration était sobre mais faite avec tellement de goût, rien de superflu et chaque chose à sa place. Rosalie les emmena dans le salon dont l'immense baie vitrée offrait un magnifique vis à vis de la forêt. Il s'arrêta un instant pour contempler la vue, son animagus loup le faisant frémir d'envie d'aller s'aventurer dans cette jungle verdoyante.

Quand il se reprit, il se rendit compte de la présence de Jasper sur l'un des canapés en train de lire un livre. Celui-ci lui sourit en le voyant et abandonna son livre pour le saluer.

- Salut Harry !

- Salut Jasper, lui répondit-il en s'installant près de lui, Rose faisant de même.

- Alors, comment s'est passé ta journée avec Alice ? Pas trop fatigué ? s'enquit l'empathe avec un sourire en coin.

- Pas du tout mais pourquoi tout le monde me demande ça ? demanda Harry, de plus en plus intrigué, son regard faisant la navette entre les deux blonds.

- Pardonnes-nous, Harry, mais nous sommes juste un peu étonnés que tu ne sois pas plus éprouvé que ça après tout une après-midi de shopping avec Alice, expliqua Rosalie avec bonhommie.

- Comment ça ?

- Disons que ma charmante compagne ne fait jamais dans la demi-mesure lorsqu'il s'agit de shopping. Au contraire, d'aucun dirait qu'elle peut se montrer plutôt excessive dans ce domaine, lui confia Jasper en choisissant ses mots avec prudence.

- Et excessive est encore trop léger, obsédée serait plus juste, ricana Rose en voyant l'air perdu d'Harry.

- Ce n'est pas très gentil de te moquer ainsi de ta soeur, Rosalie, s'éleva une voix derrière eux.

Les trois amis se retournèrent et Harry se retrouva nez à nez avec le dernier membre de la famille Cullen qu'il n'avait pas encore rencontré, la douce Esmé. Celle-ci se tenait à l'entrée du salon, un plateau transportant un service en porcelaine dans les mains et un sourire bienveillant aux lèvres. Harry ne put s'empêcher de la comparer à un ange tant son visage rayonnait de bonté et ses yeux dorés semblaient déborder de tendresse.

Notant ce dernier point dans sa liste des similitudes troublantes concernant les Cullen, le jeune homme s'empressa de se lever.

- Bonjour, tu dois être Harry, j'ai beaucoup entendu parler de toi, fit-elle en posant le plateau sur la table basse.

- Bonjour Mme Cullen, dit-il respectueusement.

- Je t'en prie, appelle-moi Esmé, le pria-t-elle d'un ton très doux.

Harry fut aussitôt conquis par la douceur qui émanait de ce petit bout de femme. En plus d'être d'une grande beauté et très élégante, tout son être semblait s'illuminer d'une aura bienfaitrice, et Harry eut la sensation que si sa mère avait vécu, elle aurait eu la même.

Il revint au présent grâce à Esmé qui s'exclama à l'intention de sa fille :

- Quant à toi, Rosalie, tu es plutôt mal placée pour juger la passion de ta soeur pour le shopping. Tu n'es pas non plus en reste lorsqu'il s'agit de dévaliser les dernières collections.

- Je ne disais pas ça par méchanceté, c'était tout au plus une petite plaisanterie, se défendit la blonde sur un ton détaché.

- Et bien, tu sais ce qu'on dit, les plaisanteries les plus courtes sont les meilleures. Aussi, j'estime que celle-ci a fait son temps et que nous devrions passer à autre chose. Après tout, nous avons un invité, décréta-t-elle, son ton bien qu'affectueux ne souffrait aucune protestation.

En voyant Rosalie se faire gentiment rappeler à l'ordre, le jeune brun comprit que sous son apparente gentillesse, Esmé cachait des trésors d'autorité. Malgré son air frêle, cette femme savait se faire respecter dans sa maison et dieu qu'elle devait en avoir besoin avec cinq adolescents à élever. Un peu comme Mme Weasley, la seule figure maternelle qu'il ait connu jusqu'ici, sauf que la rousse n'usait pas que de sa voix pour se faire obéir et plus d'une fois, il l'avait vu sortir sa baguette pour menacer ses propres enfants des pires représailles lorsqu'ils faisaient une bêtise, enfin surtout les jumeaux.

- Tu veux du lait ou du sucre dans ton thé ? lui demanda la maîtresse de maison, coupant court à ses souvenirs.

- Un sucre, merci, lui dit-il avec un sourire contrit.

- Voilà, jeune homme, lui dit-elle en lui tendant sa tasse fumante. Et maintenant, si tu nous parlais un peu de toi. J'ai entendu beaucoup de choses à ton sujet. En bien, je te rassure.

- Il n'y a pas grand chose à dire, éluda-t-il en prenant son breuvage, ses doigts frôlant ceux d'Esmé et comme pour les autres, ils étaient froids. Vraiment étrange...

- Par exemple, j'ai entendu dire que tu étais émancipé et que tu vivais seul. N'est-ce pas trop dure pour un garçon de ton âge ? s'inquiéta-t-elle, ignorant les questionnements qui l'occupait.

- J'ai appris très tôt à être autonome et la solitude ne me pèse pas, dit-il pour apaiser ses craintes.

- J'ai su que tu venais d'Angleterre, ce doit être difficile d'être loin de ton pays natal.

- Pas tant que ça, je vous assure. Après certains évènements, j'ai ressenti le besoin de changer complètement de décor et mon choix s'est finallement porté sur votre petite ville.

- C'est étonnant que tu ais choisi Forks pour t'établir, intervint Jasper. La plupart des gens préfèrent s'installer dans les grandes villes pour l'animation, les foules bruyantes et les opportunités d'avenir qu'elles offrent.

- C'est justement ce que je veux éviter, j'ai passé une bonne partie de ma vie dans l'agitation, je voulais trouver un endroit calme où je pourrais mieux me sentir, se justifia Harry.

- Et tu n'as pas trouvé mieux que la région la plus humide des Etats-Unis pour ça, s'exclama Rosalie, sarcastique.

- Rose ! la gronda Esmé, n'appréciant pas son ton.

- Je suis Anglais, j'aime la pluie, rit-il, aucunement vexé.

Durant tout l'échange, Esmé avait bien observé le jeune homme devant elle. Il était poli, prévenant et très mâture pour son âge. Bref, il semblait bien se porter. Pourtant elle ne pouvait oublier ce qu'Edward leur avait dit à son sujet, à propos de la mort de ses parents si jeune et celle de son ami.

Comment ce gentil garçon avait-il vécu tous ces drames tout seul ? Personne n'était venu l'aider ?

Ce qu'il avait dit sur son apprentissage de l'autonomie lui revint et elle comprit que ce garçon avait dû faire preuve de beaucoup de force et de courage pour s'en sortir dans l'adversité. Et de savoir qu'il devait s'être débrouiller seul ne lui donna qu'une envie, celle de le prendre dans ses bras pour le rassurer et lui dire que tout irait bien à présent. Chose qu'elle se retint de faire sachant qu'il ne comprendrait sûrement pas son geste et qu'elle avait peur de le blesser, ne sachant pas doser son étreinte avec un humain. Mais rien ne l'empêcherait d'être aux petits soins pour cet enfant ayant grandi trop vite.

Jasper ne manqua rien du débat intérieur d'Esmé. Il la connaissait suffisamment pour comprendre ce qui se passait en elle. La première fois qu'il l'avait rencontré, il avait été happé par l'avalanche d'amour maternelle de ce petit bout de femme, un amour tellement débordant qu'elle n'avait aucun mal à en donner aux autres. Un amour tel qu'il en avait été déstabilisé sur le coup, n'ayant plus l'habitude de ressentir une émotion aussi puissante. Puis il avait appris son passé, la perte de son bébé et sa tentative de suicide, et il avait compris que la pauvre âme de maman d'Esmé n'avait trouvé rien d'autre pour combler le manque que de se consacrer entièrement au bien-être des membres de sa famille.

Et à présent, l'âme de maman d'Esmé avait jeté son dévolu sur Harry. Quoi de plus compréhensible quand on connaissait le passé du jeune homme : privé de ses parents trop tôt et devant se débrouiller seul trop vite. Face à ça, elle ne pouvait rester indifférente et elle semblait déterminer à donner à Harry toute l'affection qu'il n'avait pas reçu. Il était à espérer que ce soudain intérêt pour sa personne de la part d'une inconnue n'allait pas faire fuir le garçon, Esmé allait devoir se modérer sinon Harry risquait de prendre peur.

Jasper sourit à cette pensée, sa compagne ne serait pas la seule à devoir freiner des quatre fers devant Harry. Que c'était cocasse !

Son amusement ne passa pas inaperçu au regard de Rosalie qui le lui fit remarquer :

- On peut savoir ce qui t'amuse ?

- Pas grand chose, j'étais en train d'imaginer Emmett en train de servir de groom à Alice, mentit-il habilement.

- Je me sens mal de l'avoir laisser seul avec tous les paquets, se désola Harry, un peu honteux.

- Mais non, il a vu bien pire, ne t'en fais pas, le consola Rosalie, balayant sa remarque d'un geste de la main.

- Je devrais quand même aller lui donner un coup de main, dit-il en commençant à se lever.

- Pas la peine, tout est sous contrôle, fit la voix d'Alice derrière lui.

Harry tourna la tête et la vit lui faire signe avant de disparaître dans l'escalier menant à l'étage, Emmett suivant juste derrière, les bras portant tous les sacs de sa petite soeur comme s'ils ne pesaient rien. Le géant lui adressa un sourire bravache et monta à son tour les escaliers comme si de rien était. Harry en fut impressionné, Emmett était bien plus fort qu'il ne l'avait cru.

A peine une minute plus tard, le frère et la soeur redescendirent, Alice arborant son air satisfait.

- Voilà, toutes mes affaires sont rangées et j'ai pris la liberté de mettre les tiennes dans ton coffre de voiture, dit-elle en rendant les clés à son ami.

- Merci mais tu n'avais pas à faire ça, je l'aurai fait moi-même, objecta Harry en reprenant son bien.

- Je me suis dit que temps qu'on y était, il n'y avait pas de raison de ne pas le faire et ça n'a pas dérangé Emmett si c'est ce qui t'inquiète. Pas vrai ? fit-elle en se tournant vers le concerné, cachant à Harry son regard lui disant de ne pas la contredire.

- Ouais, aucun problème, concéda le grand brun mais se promettant plus tard de faire payer à sa soeur ce sale tour.

- Dans ce cas, je ne vais pas m'éterniser plus longtemps, décida Harry en se rajustant.

- Oh s'il te plaît, reste encore un peu, le supplia Alice.

- Non, il est temps que je m'en aille, j'ai de la route à faire, réfuta le jeune homme, décidé à ne pas flancher cette fois devant l'attitude de son amie.

- Quel dommage ! s'attrista Esmé. Carlisle ne va plus tarder à rentrer, il aurait sûrement voulu te saluer.

- Et je suis sûr qu'Edward aurait voulu te voir, lui aussi, ajouta la voyante.

- A ce propos, où est-il ? s'enquit la mère, se souvenant de n'avoir pas vu son fils depuis un moment.

- Il est sorti faire une promenade en forêt, la renseigna Jasper, l'ayant vu partir après leur petite discussion de ce matin.

- Ce sera pour une autre fois, je vais vous laisser. Esmé, j'ai été ravi de faire votre connaissance, assura Harry à l'encontre de la maîtresse de maison.

- Moi de même, Harry. J'espère que nous aurons d'autres occasions de mieux nous connaître, répondit-elle, s'en réjouissant par avance.

- Avec plaisir. Sur ce, à bientôt, les salua-t-il en se dirigeant vers la porte.

- Attends, je te raccompagne jusqu'à ta voiture, s'empressa Alice en lui emboîtant le pas.

Les deux amis sortirent de la villa et marchèrent lentement vers l'automobile. Lorsqu'il ouvrit sa portière, Harry se tourna vers la jeune fille et lui dit :

- J'ai passé une excellente journée, merci Alice.

- C'est moi qui te remercie, tu ne peux pas savoir comme j'ai adoré passer cette journée avec toi, s'exclama la fashionista, ravie.

- Même si, d'après ce que j'ai compris, tu ne t'es pas complètement lâché malgré ce que j'ai vu, fit-il remarquer avec un sourire en coin.

- Je vois qu'il y en a qui n'ont pas su tenir leur langue, tu dois me prendre pour une folle maintenant, s'assombrit-elle, s'imaginant le pire sur ce que devait penser le jeune homme d'elle à présent.

- Ne t'en fais pas, j'aime les gens avec un grain de folie, la rassura-t-il.

Alice s'illumina à ces paroles. Une fois de plus, Harry l'étonnait par son attitude. Il ne portait aucun jugement sur son "addiction", semblant même trouver cela divertissant. Quelle chance elle avait d'avoir trouver un ami qui l'acceptait telle qu'elle était. Elle se promit de tout faire pour le garder le plus longtemps possible.

- N'oublie pas que je te dois un cadeau pour la veste que tu m'as offert, lui rappela-t-il, la coupant dans ses pensées.

- Et je te redis que tu n'as pas à faire ça, ça m'a fait plaisir de te l'acheter, s'obstina la voyante.

- J'y tiens et je n'en démordrai pas, moi aussi je sais être têtu, argumenta le sorcier.

- D'accord, finit par céder Alice, comprenant qu'elle ne pourra pas le faire changer d'avis.

Sur ces mots, Harry monta dans sa voiture, mit le contact et s'éloigna en faisant signe à la jeune fille. Alice lui rendit son salut avant de tourner les talons et de rentrer à la villa de sa démarche sautillante. Et alors que la Mustang disparaissait au bout du chemin, la silhouette d'Edward apparut au milieu de l'allée. Le télépathe avait suivi la scène et n'avait pas souhaité l'interrompre aussi était-il resté caché dans les bois en attendant le départ du jeune homme.

Dés qu'il fut hors de vue, il remonta l'allée et rentra chez lui. Esmé vint aussitôt à sa rencontre.

- Edward, tu es rentré. Tu viens de rater, Harry.

- Je sais, j'ai vu sa voiture en venant, lui dit-il, laconique.

- C'est dommage que vous vous soyez manqué, je suis sûre qu'il aurait aimé te voir. Toi aussi, je parie, se désola-t-elle.

- Pas grave, je le verrai lundi au lycée, fit-il, pragmatique.

- En attendant, tu vas me faire le plaisir d'aller te débarbouiller un peu, on dirait que tu t'es roulé dans la poussière, lui dit-elle en jetant un regard critique sur l'état de sa tenue.

En effet, ses vêtements étaient couverts de terre par-ci par-là. Edward prit un air penaud devant sa mère et prit la direction de sa chambre. En chemin, il croisa le regard de Jasper qui lui jeta un coup d'oeil concerné. Il fit comme s'il ne l'avait pas vu et continua son chemin jusqu'à sa chambre où il s'enferma avant de se laisser tomber sur son fauteuil. Il n'avait vraiment pas envie de reprendre leur discussion où ils l'avaient laissé, cela l'avait déjà assez perturbé.

Il avait passé une partie de son après-midi à courir plusieurs kilomètres pour se l'ôter de la tête et, quand il avait compris qu'il n'y arriverait pas de cette façon, il était revenu sur ses pas et s'était rendu à sa clairière.Là, il s'était assis au milieu des fleurs et s'était mis à repenser aux paroles de son frère. Selon lui, il éprouvait de l'intérêt pour Harry, un intérêt qui n'avait rien ou peu à voir avec le fait qu'il ne pouvait pas lire ses pensées et que ce dernier pouvait l'éjecter de son esprit. S'il avait un premier temps farouchement nié, il lui était apparu peu à peu qu'il y avait une part de vérité dans ce qu'avait insinué Jasper.

Oui, son étrange aptitude à le bloquer l'avait beaucoup intrigué mais il s'était aperçu qu'il n'y avait pas que ça qui l'intéressait chez Harry. Le garçon n'éveillait pas ses instincts de chasseur, chose rare pour un humain. Il était gentil et prévenant envers lui ét sa famille, ce qui ne leur était jamais arrivé depuis leur arrivée à Forks. Il avait été éprouvé par la vie et pourtant, il n'en semblait pas plus amer pour autant. Il devenait à ses yeux une énigme vivante, une énigme qui attisait une curiosité qu'il ne se connaissait plus depuis Bella.

Avant l'arrivée d'Harry, il préférait passer son temps à ressasser les jours heureux passés avec son amour perdu et à se morfondre dans sa solitude. Mais cet étrange garçon avait débarqué sans prévenir dans sa vie et, tout à coup, tout son être s'était réveillé de son apathie.

Si au début, il avait mis ça sur le compte de l'attrait de la nouveauté, sa curiosité n'avait fait que croître. Au point que maintenant, il éprouvait un besoin presque viscéral d'en savoir davantage sur le jeune homme. Jasper avait raison, il guettait la moindre information qu'il pouvait apprendre sur lui, allant même jusqu'à espionner toutes les discussions à son sujet au lycée. Il devait se retenir de faire pareille avec les pensées de Carlisle, ayant promis au médecin de ne pas le faire, mais cette promesse était difficile à tenir. Pourquoi Harry avait-il besoin d'un médecin ? Etait-ce à cause de la cicatrice qu'il avait vu sur son dos ?

Le souvenir de cette cicatrice longeant le dos d'Harry lui avait remis en mémoire qu'il avait trouvé le corps du garçon très séduisant, tout comme ses magnifiques yeux émeraudes qui le faisait fondre quand il avait le malheur de s'y attarder trop longtemps et son odeur qui éveillait en lui cette douce sensation de bien-être.

Puis, se rendant compte du tour qu'avait pris ses pensées, Edward s'était ressaisi et avait décidé de rentrer à la villa, surprenant ainsi la scène entre Harry et sa soeur. Et là, un sentiment de jalousie l'avait pris en les voyant si proches, cette même jalousie qu'il avait éprouvé à l'égard de Jasper l'autre jour.

Et maintenant, il était là, sur son lit, à se questionner sur son comportement. Pourquoi le fait de voir Harry proche d'autres personnes attisait sa jalousie ? Il n'y avait pourtant aucune raison, Harry était libre d'être ami avec qui il voulait.

Il cacha son visage de ses mains et soupira de frustration, il ne se comprenait plus.

Pendant ce temps, à quelques kilomètres de là, l'objet de ses pensées arriva chez lui. Après avoir ranger sa voiture au garage, Harry rentra au manoir, ses sacs en main, et Sébastian vint aussitôt à sa rencontre.

- Votre journée s'est bien déroulée, Monsieur ? s'enquit le majordome en débarassant son maître de sa charge.

- A merveille, Sébastian. J'ai passé une excellente après-midi, lui répondit Harry en se laissant déposséder de sa veste.

- Et je vois que vous avez fait de nombreux achats, Monsieur souhaite-t-il que je m'en occupe ?

- Non, je peux très bien le faire moi-même. Par contre, est-ce que ma dernière acquisition est arrivée ? demanda le jeune homme avec une pointe d'excitation.

- J'ai fait porter le miroir dans le bureau contigu à vos appartements, mais peut-être souhaitez-vous que je le fasse mettre ailleurs ?

- Non, c'est parfait ainsi. Je dois maintenant prendre des dispositions pour le faire nettoyer, énonça Harry, faisant ses plans.

- J'ai fait le nécessaire, les employés chargés de réhabiliter les anciens reliquats du manoir sont déjà à pied d'oeuvre, l'informa le majordome.

- Votre efficacité n'a de cesse de m'impressionner, Sébastian, approuva Harry. J'irai voir où ils en sont après avoir ranger mes autres achats et pris une douche.

- Bien Monsieur. Mrs Guilmore vous fait dire que le dîner sera prêt dans une heure, souhaitez-vous le prendre dans la salle à manger ?

- Je préfèrerai le prendre dans ma chambre ce soir, décida le jeune homme, ressentant le besoin de s'isoler après cette folle journée.

- Il sera fait selon vos désirs, conclut Sébastian en s'inclinant respectueusement.

Harry le remercia d'un sourire et prit le chemin de ses appartements. Une fois dans sa chambre, il rangea ses effets dans son dressing et la boîte contenant l'échiquier sur la table du salon puis alla prendre cette douche tant désirée. Vingt minutes plus tard, il en ressortit ragaillardi et s'empressa de mettre une tenue plus décontractée pour la soirée. Habillé d'un pantalon de sport gris et d'un t-shirt noir, il se rendit dans le bureau pour se rendre compte de l'avancée de ses employés.

Le bureau en question était une petite pièce spatieuse aux murs d'un beau vert forêt, composée d'une petite bibliothèque remarquablement fournie, d'un fauteuil chesterfield en cuir marron dans le coin entre la bibliothèque et la fenêtre, drapée d'un rideau blanc et donnant sur le parc, et d'un bureau de style victorien en acajou avec dessus en cuir brun.

Lorsqu'il entra dans la pièce, il trouva ses deux employés en plein activité dans le coin opposé à la porte, le miroir posé contre un mur face au bureau, avec à ses pieds un drap pour éviter de salir le sol lambrissé. Quand ils le virent, les deux hommes en tenue de travail arrêtèrent leur office et le saluèrent respectueusement. Harry leur rendit leur salut par un sourire et observa les améliorations apportées au miroir. La base de l'encadrement avait retrouvé l'éclat de sa couleur dorée et la surface polie avait presque récupéré tout son lustre d'antan. Ne manquait plus que l'encadrement supérieur à rénover. Dans l'ensemble, il fut très impressionné par les efforts fournis.

- Quand aurez-vous terminé ? les interrogea-t-il, désireux que la tâche soit terminée le plus tôt possible.

- D'ici une heure, nous pensons en avoir fini avec les gros oeuvres. Il faudra attendre demain pour apporter une dernière couche de polish et ce sera tout, expliqua l'un des ouvriers.

- Vous avez déjà fait du très bon travail. Lorsque vous aurez fini, allez à la cuisine et faites-vous servir ce que vous voulez. Vous toucherez aussi une petite récompense bien sûr pour vos bons services, décréta Harry, très satisfait.

Les deux hommes l'en remercièrent chaleureusement, heureux que leur travail soit reconnu par leur employeur.

Sur ce, Harry laissa les ouvriers reprendre leur ouvrage et retourna dans sa chambre. Installé dans son petit salon avec un livre, il patienta jusqu'à l'heure du souper. Lorsque sonna dix-neuf heure, Sébastian arriva avec un plateau garni d'un succulent ragoût, d'un pichet de jus de fruits et d'une part de tarte à la mélasse, son dessert préféré. Harry l'accueillit avec un grand sourire et, dés qu'il eut posé le plateau sur la table du salon, il le pria de remercier la cuisinière pour sa charmante attention. Lui promettant de le faire, le majordome prit ensuite congé de son maître et le laissa seul.

Le sorcier apprécia ce frugale repas et n'en laissa pas une miette, la journée shopping lui ayant conféré un appétit d'ogre. Après avoir ranger le plateau sur la console près de la porte, il retourna voir si le travail sur le miroir avançait. Il eut la surprise de trouver le bureau vide, ses employés ayant terminé plus vite que prévu. Alors il put admirer le miroir dans toute sa splendeur retrouvée.

Comme il l'attendait, il retrouva les fastes dorures de l'encadrement monumental, posé sur ses deux pieds pourvus de griffes, comme un animal, et il put de nouveau voir son reflet dans la surface glacée. Mais lorsque ses yeux s'égarèrent au sommet du cadre, il se figea en faisant une improbable découverte.

Là, bien en évidence, était marquée en lettres gothiques l'inscription qui était restée graver dans sa mémoire : "riséd elrue ocnot edsi amega siv notsap ert nomen ej." Ce qui traduit donnait : "je ne montre pas ton visage mais de ton coeur le désir."

Harry n'en crut pas ses yeux. S'il avait pu croire à une coïncidence quand à l'étrange ressemblance de l'objet avant, à présent, il avait du mal à y croire. Comment deux objets, dans deux mondes différents, pouvaient porter les mêmes inscriptions ? Se pouvait-il que ce soit le véritable Miroir du Riséd ?

Troublé, il fit un pas en avant et posa sa main sur la surface glacée. Les yeux fixés sur son reflet, il se dit à lui-même :

- C'est impossible que ce soit le même miroir. Impossible...

- Pourtant tu devrais savoir que rien est impossible, murmura soudain une voix.

Harry sursauta et chercha dans la pièce la personne qui venait de parler.

- Regarde devant toi, reprit la voix devenue plus forte.

Harry fit ce qu'elle disait et son attention revint sur le miroir. Là, il fit un bond en arrière sous la surprise. Au lieu de voir son reflet dans le miroir, se tenait à sa place la silhouette reconnaissable de son ancêtre qui le regardait avec un sourire railleur.

- Merlin ! Mais comment...

- Tu sembles oublier que je suis plein de ressources, normal pour un vieux sorcier de 1197 ans, ricana-t-il, fier de son effet.

Harry cligna des yeux deux fois pour être sûr de ne pas avoir à faire à une hallucination puis afficha un sourire heureux et le fit comprendre à son vis-à-vis :

- Je suis si heureux de vous revoir, Merlin.

- Je suis heureux moi aussi, mon jeune ami.

- Comment avez-vous fait pour amener le Miroir du Riséd jusqu'ici ? Je le croyais bien cacher quelques parts dans mon ancien monde, argua-t-il vivement.

- Après t'avoir envoyer dans ce monde, transposer ce miroir m'a semblé tout à fait faisable, fit-il avec un sourire en coin.

- Pourquoi avez-vous fait ça ? le questionna-t-il, voulant connaître la raison de la présence de cet objet de son monde.

- J'ai pensé que tu pourrais avoir besoin de parler avec quelqu'un qui connait tes racines et j'ai trouvé qu'il ferait un bon moyen de communication, répondit le vieux sorcier avec malice.

- Mais comment pouviez-vous savoir que je le trouverai ? J'aurai bien pu ne jamais entrer dans ce magasin.

- La Magie bien sûr, j'ai fait en sorte que la Magie t'attire jusqu'à lui, ça n'aura ensuite été qu'une question de temps. Mais parlons maintenant de toi. Comment se passe ta nouvelle vie ?

- Bien, j'ai pris un nouveau départ. Il m'a fallu m'adapter à mon nouveau train de vie mais je pense que tout commence à s'enchaîner comme je le voulais.

- Et as-tu réussi à faire la paix avec ton passé ? s'enquit Merlin d'un air devenu grave.

- Je fais encore des cauchemars sur ce qui est arrivé lors de la bataille, lui confia le jeune homme avec une mine éprouvée. Il me faudra du temps pour faire la part des choses, pour l'instant j'essaie d'apprécier les bons souvenirs sans ressentir de culpabilité.

- Ne t'en fais pas, je suis sûr que tu finiras par y arriver tôt ou tard. Sois patient. Sinon, as-tu fait des rencontres intéressantes ?

A ces mots, l'image d'Alice et de sa famille lui vint aussitôt à l'esprit ainsi que ses étranges découvertes les concernant.

- Harry ? se rappela à lui Merlin qui l'avait vu se perdre dans ses pensées.

- Oui, je... J'ai fait la connaissance d'une jeune fille, Alice Cullen. Elle s'est montrée très accueillante envers moi et elle m'a présenté à toute sa famille. Je pense que nous pourrions devenir de très bons amis, commença-t-il prudemment.

- Mais ? Quelque chose semble te préoccuper les concernant, lui fit-il la remarque.

Il voulut lui parler de ce qu'il avait trouvé étrange, le fait que les Cullen aient la peau si froide et leurs yeux si semblables alors qu'ils ne sont pas du même sang. Mais il préféra ne rien dire au risque de passer pour un paranoïaque. Il n'était plus dans le monde magique alors il n'avait aucune raison de se méfier des Cullen.

- Non, rien d'important, je dois encore être trop méfiant après tout ce qui s'est passé et le souvenir de mes amis est encore trop vivace, dit-il, gardant pour lui ses doutes.

- Je comprends, tu as l'impression de les trahir en te liant si vite et, quand on a connu comme toi les affres de la guerre, il est difficile d'accorder à nouveau sa confiance, concéda le vieux sorcier avec un sourire indulgent.

- Oui, ce doit être ça, confirma Harry, choisissant de ne pas le démentir.

- Sois moins dur avec toi-même, je suis sûr que tes amis n'auraient pas voulu que tu t'enfermes dans tes souvenirs et que tu ailles de l'avant. Ton amitié avec cette jeune fille est un premier pas, tu dois persévérer.

- Oui, vous avez raison.

- Et pour que la transition soit plus facile, je pense qu'un peu d'aide ne serait pas superflu, énonça-t-il avec un sourire mystérieux.

- Quel aide ? demanda le jeune sorcier, intrigué.

A peine une seconde après qu'il eut prononcé sa question, un bruit retentit derrière lui. Il se retourna mais ne vit rien dans la pièce, alors il regarda son mentor en fronçant les sourcils d'incompréhension. Celui-ci lui sourit davantage et désigna la fenêtre d'un mouvement de tête. Comprenant, le jeune homme se dirigea vers la fenêtre et il saisit le rideau qu'il tira d'un coup sec. Alors il vit une silhouette blanche qu'il aurait reconnu entre mille.

- Hedwige !

En effet, sa fidèle amie était là, ses grandes ailes blanches battant l'air pour la maintenir à bonne hauteur. La chouette des neiges hulula joyeusement lorsqu'elle aperçut son maître à la fenêtre. Harry s'empressa d'ouvrir l'un des battants et l'oiseau s'engouffra dans l'ouverture. Elle fit plusieurs fois le tour de la pièce en hululant bruyamment avant de se poser sur le bras que lui tendit le jeune homme. Puis elle remonta son bras jusqu'à son épaule et picora affectueusement son oreille, faisant rire le sorcier.

- Ma douce Hedwige, que je suis content de te retrouver, je croyais t'avoir perdu pour toujours.

La chouette frotta son bec contre sa joue pour lui montrer qu'elle aussi était heureuse de retrouver son ami. Harry caressa les plumes de ses ailes avec un sourire émerveillé et des larmes de joie glissant de ses yeux. Il était si heureux de la voir là, bien vivante. Son amie était morte peu de temps avant la grande bataille, elle l'avait protégé en recevant un Avada à sa place alors qu'il était pris en chasse par des mangemorts. Sa perte avait été dure à encaisser et il n'avait jamais pu se résoudre à la remplacer.

- J'ai pensé qu'un visage connu te serait très utile pour t'aider à te sentir mieux dans ce monde que tu connais à peine, intervint Merlin, rappelant sa présence à Harry.

- Vous ne pouviez me faire plus plaisir, comment vous remerciez de tout ce que vous faites pour moi ? s'enquit le jeune homme, transporté de bonheur.

- Te voir heureux, c'est tout ce que je demande. Je vais vous laisser refaire connaissance et, si jamais tu as besoin de moi, tu n'auras qu'à m'appeler via le miroir, j'apparaîtrai aussitôt.

- Je n'y manquerai pas, encore merci de votre aide, le remercia-t-il une dernière fois.

- De rien, au revoir, Harry, le salua-t-il avant de disparaître, laissant les deux amis à leurs retrouvailles.

Harry adressa un dernier sourire reconnaissant au miroir et quitta la pièce, emmenant Hedwige avec lui et se jurant que plus rien ne les séparerait jamais.

A suivre...


Voilà, j'espère que l'attente en valait la peine. Je remercie tous ceux qui ne se sont pas découragés de me voir publier de nouveau et qui m'ont apporté leur soutien.