C'est une fic avec le Voyage de Chihiro, un film que j'ai adoré. Je l'ai regardé plusieurs fois car c'est un film qui m'a réellement fasciné.

Cela prend en compte un élément que j'ai remarqué à la fin du film : Au début du film, juste avant que Chihiro passe sous le tunnel séparant le monde des humains de celui des esprits, on peut voir que le mur est simplement peint en rouge, sans végétations dessus. Quand elle revient, après trois jours passés dans le monde des esprits, le mur est couvert de végétations, de feuillage et la voiture est recouverte de poussière. J'en ai déduis que plusieurs dizaines d'années se sont écoulées (sans doute trente ans) pendant le séjour de Chihiro.


La voiture fonçait à toute vitesse à travers la forêt sur ce qui n'était désormais plus un chemin de terre mais une simple piste recouvertes d'herbes folles. Le père de Chihiro râlait sans arrêt, se plaignant de la poussière qui avait envahi l'intérieur de la voiture ou du mauvais état du sentier. Sa femme s'accrochait à la poignée, secouée dans tout les sens par la conduite folle de son mari à qu'elle tentait de calmer sans succès. Chihiro, elle, restait silencieuse. Le bouquet de fleur de ses amis qu'elle avait laissé dans la voiture s'était pratiquement désintégré dès qu'elle l'avait touché et elle comprenait qu'il s'était passé quelque chose pendant que ses parents et elle étaient dans le monde des esprits. Pourtant, elle se taisait. Les trois jours passés à la maison des bains lui avaient appris à se taire quand il ne servait à rien de discuter.

Enfin, le véhicule sortit de la forêt et freina brusquement, comme sous l'effet de la surprise. Le paysage avait bien changé depuis la dernière fois que la famille Ogino était passée par là : la petite ville charmante, pratiquement à la campagne était désormais devenue une banlieue avec des immeubles ultra modernes qui avaient poussé comme des champignons. Il restait encore quelques vieilles maisons traditionnelles, mais elles étaient toutes situées plus haut, sur une colline, comme un dernier vestige des traditions japonaises reléguées là par un Japon moderne. On avait l'impression de se retrouver dans une ville du futur, les immeubles pour certains semblaient faits de matériaux inconnus et avait des formes étranges.

Mr Ogino se gratta la tête d'un air perplexe: il ne comprenait plus rien, ne savait plus du tout où il était, ne trouvant plus les points de repères qu'on lui avait indiqué. Il voyait autour de lui des véhicules qui n'avaient plus rien à voir avec celui qu'il conduisait et qui lui paraissait futuristes : certains semblaient même flotter dans les airs ! Les autres conducteurs le regardaient l'air ahuri ou moqueur, pointant sa voiture comme s'ils voyaient une antiquité. Décidant de ne pas prêter attention à ces regards qui le fixaient d'un air curieux, le père de Chihiro puisa dans sa réserve importante de fierté et se comporta comme si de rien n'était, refusant de leur montrer à quel point il était déstabilisé. Mme Ogino, elle, semblait presque effrayée et avait plus de difficultés à cacher son inquiétude. Chihiro restait toujours aussi silencieuse, perdues dans ses pensées qui s'envolaient toutes vers Kohaku.

Le véhicule familiale grimpa la petite route qui menait vers la rue où se trouvait la nouvelle maison des Ogino et bientôt s'arrêta devant une habitation avec un toit bleu. Seulement, il y avait un petit problème: elle était déjà occupée par une famille. Après avoir pris le temps de vérifier l'adresse de la maison, le père de Chihiro, sous le coup de ses émotions et empli de fureur devant le sans-gêne incroyable de cette famille, sorti de la voiture et entama une dispute monumentale avec un homme de stature imposante et qui ne comprenait pas ce qu'on lui reprochait et qui répliquait, sûr de son droit au père impétueux. Les autres personnes effrayées, parlaient d'avertir la police pour faire enfermer ce fou furieux. La situation semblait être sur le point de dégénérer quand la voix calme et polie d'une petite fille de dix ans s'éleva de la voiture pour demander :

"Excusez moi, monsieur, pourriez vous nous indiquer quelle est la date du jour, s'il vous plait ?"

Peut-être était ce l'étrangeté de la question ou bien alors le ton calme de Chihiro face à la colère des deux hommes à moins que ce ne fut la politesse avec laquelle la demande fut formulée, toujours est il qu'elle désamorça d'un coup la discussion houleuse entre les deux opposants qui se retournèrent pour faire face à la fillette qui les regardait d'un air presque trop sage pour son âge. La foule qui s'était rassemblée autour d'eux et commençaient à lancer des encouragements aux deux chefs de famille jetèrent également un regard à la petite fille qui descendait maintenant de la voiture et l'un des spectateurs répondit alors, presque machinalement:

"Le 20 Mai 2030, petite."

En entendant cela, Mr Ogino murmura faiblement, en tentant de rire :" c'est une blague, c'est cela ?". Mais voyant les regards sérieux et déconcertés de toutes les personnes qui l'entouraient, lui et sa famille, il comprit que c'était la vérité et il sentit alors que ses jambes ne pouvaient plus le supporter et s'effondra d'un coup sous le choc terrible qu'il venait de subir. De son côté, la mère de Chihiro défaillit et des mains secourables dans la foule l'allongèrent sur le trottoir. Tous, désormais, discutaient avec animation à propos de la situation, se demandant ce qui avait bien pu se passer chez cette famille. Chihiro interrompit à nouveau les bavardages et demanda si on pouvait apporter à sa mère un verre d'eau et peut être appeler une ambulance. Le propriétaire de la maison s'exécuta et bientôt on entendit le bruit d'une ambulance dans le lointain. Quelqu'un interrogea la petite fille et lui demanda la raison d'un tel bouleversement chez ses parents. Chihiro lui répondit alors:

"Je suis née en 1991, il y a quelques... heures, mes parents cherchaient cette maison dans laquelle on devait déménager mais ils se sont perdus et nous nous sommes retrouvés dans une forêt. Nous sommes allés nous promener et quand nous sommes revenus, notre voiture était pleine de poussières, comme si des années s'étaient écoulées."

Un résumé plutôt succinct mais Chihiro n'avait pas l'intention non plus de passer les prochaines années à venir dans un hôpital psychiatrique en racontant qu'elle venait de passer presque trois jours dans le monde des esprits. Quelqun lui demanda si elle n'avait pas perdu la tête mais elle lui répondit par la négative avec un visage calme et sérieux qui déstabilisa toutes les personnes présentes: une petite fille de cet âge ne pouvait pas avoir dans ses yeux un regard avec autant de gravité. Aucune enfant de dix ans n'énoncerait un canular aussi peu crédible et pourtant, elle l'avait fait.

Les gens murmuraient tout autour d'elle, cherchant à démêler le vrai du faux : deux ou trois personnes dans la foule et qui habitaient dans le coin depuis toujours se rappelaient effectivement d'une famille qui avait été portée disparue alors qu'elle venait d'acheter une maison dans les environs. On avait attendu pendant des jours leur arrivée, mais ils n'étaient jamais venus, on avait fini par conclure qu'ils avaient dû avoir un accident ou qu'ils avaient été victimes d'un meurtrier. Alors des lointains parents avaient fini par vendre la maison et le mobilier et plus personne n'en avait parlé. Les bavardages cessèrent quand l'ambulance arriva. Des médecins chargèrent à son bord les parents de Chihiro et on proposa à la fillette de les accompagner. Chihiro accepta, ferma la voiture à clé et embarqua dans le véhicule qui repartit en direction d'un hôpital située non loin d'ici.

Les parents de Chihiro furent aussitôt pris en charge et on les emmena dans une chambre au calme mais personne ne s'occupa de la fillette à part pour lui demander le nom de ses parents et d'autres renseignements, puis on la laissa tranquille, ce qui lui convenait tout à fait. Elle sortit dans le parc de l'hôpital et vint s'assoir sur un banc. Après son aventure dans le monde des esprits, elle se sentait beaucoup moins anxieuse et agitée: elle donnait l'impression de savoir quelque chose de précieux, une connaissance que personne ne pouvait lui dérober et qui la rassurait. Son voyage lui avait enseigné surtout à se connaître elle même, à se remettre en question tout le temps et à ne plus voir les choses d'un point de vue uniquement centré sur elle même. Elle se connaissait maintenant mille fois mieux qu'il y a trois jours : elle savait ce dont elle était capable, quelles étaient ses limites, quels étaient ses défauts, comment les corriger. D'une certaine manière, songeait elle, c'est comme si, pendant ces trois jours, elle avait réellement acquis l'expérience de trente années passées à vivre dans le monde réel mais en conservant l'âge d'un enfant... Peut être le monde des esprits lui avait donné ce "cadeau" parce qu'elle s'y était intégrée par son travail...

Elle regarda le parc: il était paisible, accueillant : des arbres de différentes essences étaient plantés au bord de petits chemins où elle voyait des malades marcher à petits pas, accompagnés, parfois par des infirmières. L'hôpital devait se trouver à l'orée de la forêt dans laquelle ses parents et elle s'étaient perdus, car elle pouvait en apercevoir les frondaisons derrière les murs entourant l'établissement. Voyant les regards curieux qu'on lui lançait, sans doute à cause de ses vêtements d'une autre époque, elle se leva et commença à marcher un peu au hasard des sentiers, elle n'avait pas envie de répondre aux questions des curieux, elle avait déjà dû en supporter suffisamment quand elle était une humaine égarée dans le monde des esprits.

Elle entendit soudain le chant d'un ruisseau qui devait traverser le parc. Elle marcha plus rapidement dans la direction du bruit de l'eau qui lui rappelait un peu celui que faisait la rivière Kohaku près de chez elle, avant qu'on ne la comble et qu'on la remplace par des immeubles. Kohaku... Elle voulait tellement le revoir, le plus vite possible, mais elle savait qu'il lui faudrait être patiente, chose qu'elle avait apprise à la Maison des Bains : si le temps passait différement ici, il lui faudrait attendre plusieurs années, peut être avant qu'ils ne se retrouvent.

La fillette arriva finalement près d'un ruisseau, peu profond, qui serpentait entre les arbres pour ensuite disparaitre près d'un des murs cernant l'hôpital. Heureuse de l'avoir enfin trouvé, Chihiro s'assit sous un Halésia, un arbre qui portait à cette époque de l'année des fleurs en forme de clochettes blanches, et son regard perdu dans les eaux aux reflets bleu et vert qui lui rappelait tellement les yeux de Kohaku, la fillette laissa les larmes couler doucement sur ses joues, pouvant enfin pleurer, seule, la perte de ses amis, aussi bien ceux du monde réel que ceux du monde des esprits. Elle plongea sa main droite dans le flot et se laissa rafraichir par le courant d'une fraicheur ée, elle ferma les yeux quelques secondes, profitant de cet instant de paix. Jusqu'à ce qu'une voix se fit entendre, dominant le bruit du ruisseau.

"Que faites vous ici, mon enfant ?"


J'espère que vous avez aimé, si c'est le cas, n'hésitez pas à laisser une review !