A l'intention de mes lecteurs, j'entre demain en clinique et je serais incapable de poster pendant au minimum un mois puisque le manque d'internet est recommandé les quatre premières semaines. Même après cela, je ne serai pas certaine de pouvoir poster mes chapitres compte tenu que mon ordinateur n'aura pas directement accès à internet.

Mon séjour va durer à peu près six mois, voir plus. Il vous faudra donc vous attendre à ne pas avoir de nouveaux chapitres avant un certain temps.

Je suis désolée pour tous mes fidèles lecteurs mais mes problèmes de santé se sont beaucoup aggravés ces derniers mois. Sachez cependant que je tenterai, dans la mesure du possible, d'écrire de nouveaux chapitres et j'essaierais de poster, toujours dans la mesure du possible.


Chapitre 11

Au cours des semaines qui suivirent l'ouverture du second Chakra de Chihiro, l'apprentissage de la magie s'intensifia et se diversifia tout en restant joyeux et ludique La plupart du temps Zeniba montrait à ses deux jeunes disciples un sort qu'ils étaient capables de réaliser normalement, leur donnait ensuite une énigme pour les aider et les laissait trouver par eux même. Quand Seita lui avait demandé pourquoi ils n'apprenaient pas le Ki de façon sérieuse, Zeniba lui avait dit qu'elle ne voulait pas imposer un mode de fonctionnement qui pourrait ne pas lui convenir et donc les freiner. Elle préférait leur donner des indices, leur montrer ce qu'ils pouvaient faire grâce à leur maitrise des éléments, voir où leur créativité les mènerait plutôt que de les brider aveuglément. Pour Seita qui avait grandi sous un régime autoritaire, au moment de la seconde guerre mondiale, c'était difficile à comprendre, tandis que Chihiro était avantagée par le fait d'avoir grandie à une époque où l'on respectait plus les enfants et l'imaginaire en eux.

Au cours de quelques mois, Chihiro apprit à marcher sur l'étang, à respirer sous l'eau et surtout à commencer à manipuler l'élément liquide sous toutes ses formes, liquide, gazeuse et solide. Mais ce n'était jamais de grandes quantités : elle n'était pas assez puissante pour invoquer des grandes vagues contrairement à Seita dont le Ki était plus abondant que celui de la jeune fille. Le jeune garçon, depuis qu'il avait ses quatre chakras d'ouverts, avait en lui une réserve abondante de Ki qu'il ne se privait pas d'utiliser généreusement tandis que Chihiro restait un peu en retard de ce côté. Mais de toute manière, elle préférait utiliser son Ki en se restreignant et en privilégiant son contrôle plutôt que de le gaspiller. Les deux disciples avaient des manières antagonistes de se servir de leurs Ki mais ils se complétaient bien quand ils travaillaient ensemble.


Cependant, l'entrainement n'était pas seulement un jeu. Il y avait également des phases où les deux disciples devaient s'asseoir pour apprendre la politique du Monde des Esprits. C'était alors des moments très sérieux où Chihiro écoutait avec attention. D'après la vieille sorcière, ce monde était gouverné par un équilibre délicat entre deux mouvances : le confucianisme et le taoïsme. D'un côté, le monde spirituel était régi par des rapports hiérarchisés entre les esprits, les plus faibles étant les vassaux des plus forts et leur devant donc obéissance tandis que les esprits puissants les protégeaient. D'un autre côté, chacun, sur son territoire, pouvait agir à sa guise et la plupart du temps, les habitants du monde des âmes se comportaient de façon toute à fait libre, agissant comme bon leur semblait, à condition de ne pas s'opposer aux instances supérieures.

Mais, là encore, la réalité (ou plutôt le monde spirituel) était plus compliqué que cela. Chaque territoire était différent selon les seigneurs qui le gouvernait. Certains pouvaient privilégier une manière de régner autoritaire tandis que d'autres ne s'en préoccupaient absolument pas et laissaient leurs sujets faire ce qu'ils voulaient. On ne savait jamais à quoi s'attendre. De plus, les royaumes pouvaient être de différentes tailles et avec une richesse bien différente : petit et reclus comme celui du Fond de l'Étang, somptueux mais de taille assez réduite comme le palais des bains de Aburaya, d'autres pouvaient recouvrir tout un élément du paysage : une montagne, une forêt, un lac, une plaine…Tout dépendait de l'esprit qui régnait dessus en seigneur féodal.

Le Fond de l'Étang était lui même un petit royaume sans grande importance mais protégé très énergiquement par Zeniba qui se refusait à voir son coin paisible envahi par les opportuns, l'une des raisons concernant sa réputation un peu sulfureuse. Les deux voisins directs de la puissante magicienne contrôlait pour l'un une forêt, pour l'autre une petite plaine et aucun ne souhaitait s'étendre au delà de leur frontière et laissait donc leur voisine en paix, d'autant plus qu'elle même ne cherchait que le calme et la tranquillité et n'avait aucune velléité d'agression.

Mais Zeniba ne faisait pas que leur enseigner l'organisation politique du Monde des esprits. Elle leur apprenait également des magies traditionnelles. Il était aussi important de sauvegarder les coutumes ancestrales que d'inventer des nouvelles façons d'utiliser le Ki. En effet, de nombreux sorts avaient été perdus jadis parce que des sorciers ne les avaient pas légués et tout ce magnifique patrimoine avait été perdu. Zeniba insistait sur le fait de transmettre certains des sortilèges qu'elle avait créés à tous ses disciples : Seita, Sans Visage, Setsuko et Chihiro. La spécialité de Zeniba portait sur les amulettes et elle les confectionnait avec toutes sortes d'objets : plumes d'oiseaux, des perles, des écorces d'arbres, des fibres végétales de toutes plantes, des bois de nombreuses essences d'arbres… Cela pouvait aller du métal le plus précieux au plus humble des bouts de bois. Mais dans tous les cas, chaque matériau devenait à la fin une véritable œuvre d'art sculptée ou gravée entrelacée avec du Ki pour former le sortilège de l'amulette. C'était fascinant aux yeux de Chihiro.

Avec Setsuko, Chihiro et Zeniba pouvait passer des heures pour construire une amulette, un art rejeté par Seita qui assimilait cela à des "trucs de filles". Il avait dû néanmoins se raviser quand Zeniba lui avait dit que là d'où elle venait, un garçon ne devenait homme que quand il avait forgé sa première amulette. Seita avait été abasourdi en entendant cela et avait dit avec un peu de mépris que c'était des trucs de Emishi ou de Ebisu, en bref pas des choses que ferait un vrai Japonais.

Pour la première fois, Zeniba s'était fâchée et elle avait pris le jeune garçon à part pour lui expliquer certaines choses. Quand ils étaient revenus, Seita était tout rouge de honte et, bon gré, mal gré, il avait dû se mettre à la gravure sur bois. Il était également devenu plus respectueux : apparemment, Zeniba lui avait fait un grand honneur en lui proposant de lui transmettre l'art de confectionner un Inaos.

Chihiro n'avait pas très bien compris au début ce qu'il s'était passé sous ses yeux mais en observant les traits de Zeniba qui semblaient plus occidentaux que les siens, sa façon de filer le textile, les meubles, tous sculptés dans la maison, elle avait fini par comprendre que Zeniba et donc également Yubaba devaient être à l'origine des femmes du peuple Aïnou, même si elles étaient mortes très jeunes. Chihiro savait que ses parents ne considéraient pas ces gens là comme des personnes fréquentables mais Chihiro se souvenait d'une fois où elle avait vu des œuvres vendues par un marchand de cette ethnie et elle avait été tellement fascinée que ses parents avaient dû la trainer pour s'éloigner alors qu'elle piquait une crise de colère dans la rue De plus, à son époque, on reconnaissait un peu plus la culture Aïnou, elle n'avait donc moins de préjugés à leur égard que Seita.

Pour Chihiro, la magie restait la magie, un phénomène incroyable devant lequel elle s'émerveillait sans arrêt. Peu lui importait si certains concepts venaient de cette ethnie. Après tout, si ça marchait, alors elle pouvait l'apprendre. De plus, d'après le peu qu'elle savait, les esprits Aïnous avaient des points communs avec les Kamis des Japonais, donc, ils devaient avoir des points communs et être un peu pareils.

Elle avait donc commencé à construire sa première amulette il y a un mois et elle ne l'avait toujours pas terminée. Cette dernière était sensé neutraliser l'odeur qui se rattachait aux humains vivants se retrouvant dans le monde des esprits. L'arôme se dissipait généralement après avoir mangé la nourriture des esprits pendant trois jours mais il en restait toujours une trace qui la trahirait. L'amulette qu'elle confectionnait était sensé palier à ce problème et devait également avoir des vertus protectrices contre certains esprits. Mais avant cela, elle avait dû bien écouter les instructions de Zeniba et comprendre pourquoi le Ki fonctionnerait dans cette amulette pendant plusieurs semaines avant de débuter la vraie pratique.

Maintenant il ne restait plus qu'une tâche à accomplir : la personne faisant le talisman devait partir en chasse et ramener le sang d'un animal pour le mélanger à son propre liquide vital et imprégner le talisman avec le mélange des deux sangs. Néanmoins, il valait mieux pour l'efficacité de l'amulette que l'animal soit puissant, c'est à dire le plus souvent un prédateur. Zeniba avait expliqué à Chihiro que ce rituel ancien était d'ordinaire consacré aux jeunes hommes désirant devenir des Shamans mais qu'elle était certaine que Chihiro en serait capable. La jeune fille ne partageait pas du tout cette confiance : elle ne se sentait pas encore le courage de prendre une vie même si c'était pour se protéger d'esprits malveillants.


Il y avait autre chose : Zeniba et elle avait tenté d'ouvrir le Manipura Chakra. Ce dernier concernait l'affirmation de soi, l'image de soi, le pouvoir personnel, l'ego intellect et les émotions négatives (colère, haine, agressivité). Or Chihiro, surtout en ce moment, manquait encore beaucoup de confiance en elle et l'une des seules personnes qui lui avait donné du courage se trouvait bien loin d'ici, occupé à se battre pour revenir auprès d'elle sans savoir qu'elle se trouvait à nouveau dans le monde des esprits. La jeune fille ne recherchait pas le pouvoir, n'avait pas particulièrement envie de s'affirmer, surtout au détriment des autres. Pourtant Zeniba lui avait déclaré à maintes reprises qu'elle était prête mais Chihiro doutait encore et on ne pouvait ouvrir un Chakra dans cet état d'esprit.

Au fur et à mesure que s'approchait le moment où Chihiro allait devoir partir en chasse, cette dernière se retrouvait hantée par des cauchemars où régnaient le sang et la mort et elle se réveillait tremblante, ne se souvenant pratiquement plus de quoi elle avait rêvé. Elle se voyait tuant un animal comme un dragon et si semblable à Haku qu'elle en sanglotait de frayeur. Que ferait elle si elle tuait un esprit par erreur ? Mais sa Grand Mère par adoption lui jurait que cela n'arriverait pas. Que se passerait il si elle n'y parvenait pas ? Elle pourrait toujours recommencer, rétorquait Seita. Elle ne voulait pas tuer un animal pour rien, ce à quoi Setsuko répondait qu'elle pouvait seulement le blesser et récupérer son sang.


La veille du départ, Chihiro s'entraina au Kyudo et médita une bonne partie de la journée sans que ses craintes ne soient apaisées. Quand elle rejoignit les autres dans la maison, elle eut un petit sourire peu assuré quand Seita lui tendit son arc et un petit couteau. Elle accepta néanmoins les armes et s'assit devant Eniba pour qu'elle lui explique ce qu'elle allait devoir faire.

"Demain matin, quand tu partiras, tu rejoindras la voie ferrée et tu la suivra jusqu'à la prochaine station. Elle est presque entièrement entourée par la forêt, cela lui donne un aspect paisible. Là bas, dans la forêt Nara règne le Shishigami. Tu déposeras des offrandes pour lui montrer tout ton respect et alors tu pourras entrer dans sa forêt. Tu chasseras un animal mais tu ne lui fera pas de mal plus qu'il n'en faut. Si la blessure est mortelle, mieux vaut abréger ses souffrances sans quoi son esprit pourrait te hanter. Tu prendras le sang de ta victime, le mêlera au tien puis tu l'enterreras respectueusement et tu offriras une autre offrande et procédera aux rituels de purification que je t'ai montré et alors tu reviendras, ton talisman complet. Ce n'est pas grave si tu échoues la première fois. Cela est arrivé à des chasseurs plus talentueux de rentrer bredouille !"

"Oui, Grand mère." Dit Chihiro en dissimulant un soupir de crainte.

"Maintenant va vite te coucher. La journée de demain sera rude."

Sur son Futon, Chihiro s'agitait, tourmentée par un rêve mais cette fois, les détails étaient vifs et s'imprimaient dans son esprit. Elle se trouvait dans une clairière, dans sa tenue de Miko et elle observait deux animaux semblant se battre : le premier était un cerf magnifique avec un pelage doré et des bois somptueux. Le second était un loup rouge à l'air menaçant, d'énormes crocs dangereux. Le fauve se jetait sur le cerf et lui infligeait une grave blessure. À ce moment là, elle se levait et… Elle se réveilla. La nuit était bien avancée mais l'aurore ne pointerait que dans quelques heures. Chihiro sentait qu'il lui fallait méditer sur son rêve et elle s'assit dans la position du lotus et calma son esprit pour qu'il ressemble à un lac paisible, comme le lui avait montré Zeniba. Elle resta ainsi plusieurs heures avant de se lever.

Au lieu des vêtements pratiques qu'on lui avait préparé, elle mit sa tenue de Miko qu'elle avait négligé de porter ces derniers temps. Puis elle se saisit de l'arc et de son couteau sans hésitation cette fois ci et prit son sac avec les offrandes et descendit rejoindre Zeniba, toujours levée dès l'aube. La vieille sorcière était avec Sans Visage en train de discuter mais elle s'interrompit quand elle vit Chihiro. Elle ne fit aucun commentaire sur la tenue de Chihiro et se contenta de la serrer dans ses bras avant de lui souhaiter une bonne quête et de revenir de son rituel initiatique. La jeune fille s'inclina respectueusement avant de partir, sans un mot de plus, vers la sixième station.

Zeniba et Sans Visage restèrent seuls et Sans Visage sembla s'agiter, ce à quoi la vieille sorcière répondit :

"Tu te demandes pourquoi je l'ai laissée partir malgré le mauvais présage ? N'as tu donc pas remarqué à quel point elle semblait décidée ce matin ? Je suis certaine que dans son état d'esprit, elle surmontera toutes les difficultés sur sa route. Sois sans crainte? Elle nous reviendra."


Chihiro marchait maintenant depuis plusieurs heures et elle avait pu voir l'aube rouge se lever et le soleil éclairer le paysage. Les lagunes et les étangs d'eau claire commençaient à laisser la place aux bosquets d'arbres de toutes essences, montrant que la jeune fille approchait petit à petit de la grande forêt de Nara. La jeune fille marchait d'un bon pas tout en méditant sur son premier Chakra qui l'aidait à surmonter l'épreuve physique et la rendant plus résistante et plus rapide pour marcher au bord des rails. La jaune fille se sentait étrangement calme : pas apaisée comme elle l'aurait souhaité mais déterminée. Elle sentait que quelque chose allait se passer et qu'elle devait être là bas.

Son songe avait été étrange mais il lui semblait si réel… Et puis Zeniba ne lui avait elle pas dit que la précognition et la clairvoyance faisaient partie des dons qu'on pouvait débloquer à travers le second Chakra ?

Finalement, la jeune Chihiro arriva à la septième station presque totalement envahie par la forêt. Elle se dirigea vers le sud, à la recherche du sanctuaire où elle devait déposer ses offrandes et trouva rapidement une petite demeure où elle déposa des boulettes de riz. Elle ne savait pas quelle prière dire alors elle supplia simplement le Kami "d'arriver à temps". Puis elle prit son arc en main, sa main droite prête à encocher une flèche et s'engouffra dans la forêt et commença à marcher entre les arbres, apercevant parfois des animaux sauvages comme des cerfs mais elle sentait que ce n'était pas là qu'il lui fallait aller.

Soudain, elle aperçut par terre une énorme empreinte ressemblant à celle d'un énorme canidé et devant Chihiro, se trouvait une piste composée par des arbres arrachés et des plantes écrasées sans ménagement, comme si un énorme sanglier avait foncé au milieux des bosquets sans prendre garde à la nature qui l'entourait. L'animal devait énorme et Chihiro dû prendre une profonde inspiration avant d'oser poursuivre sa route en prenant la même direction que la bête. Au fond d'elle, elle mourrait de peur, mais elle ne pouvait se soustraire à l'appel qui résonnait en elle de plus en plus fort. Puis, elle commença à entendre des bruits de combats, des glapissements et des cris d'animaux effrayés. Elle commença à voir des animaux de toutes sortes, lièvres, cerfs, oiseaux de toutes sortes qui semblaient fuir quelque chose. Alors Chihiro commença à courir vers le lieu de la bataille, se frayant un chemin entre les arbres pour enfin parvenir jusqu'à une clairière.

C'était un endroit magnifique : la lumière passait à travers les arbres, formant des ombres lumineuses sur les eaux du lac qui se trouvait au milieu, scintillant comme des diamants. Des roseaux et des nénuphars en fleurs bordaient les rives du petit lagon. Cela aurait pu être un spectacle enchanteur s'il n'y avait eu cette terrible scène juste devant elle : un loup rouge gigantesque combattait contre un cerf tout aussi immense mais avec un visage humain surplombé par des bois entre croisés. La jeune fille comprit immédiatement qu'elle se trouvait devant des Kamis mais ils se battaient avec une telle férocité qu'elle se demanda si elle parviendrait seulement à faire quelque chose.

Elle entendit un hurlement de douleur dans sa tête et vit au même instant le cerf se faire mordre à la gorge. N'hésitant plus, Chihiro banda son arc, encocha une flèche et visa le loup. Le trait partit et alla se planter à quelques cm de la tête du loup, l'obligeant à lâcher sa proie. Il se mit alors à parler d'une voix dans laquelle résonnaient mille tonnerres menaçants :

"Qui ose s'en prendre à AkaInu, le loup rouge !"

Puis il fixa l'enfant qui se tenait droite devant lui, une nouvelle flèche encochée dans son arc.

"Toi ? Une misérable humaine ? Je te dévorerai une fois que j'aurais pris possession de ce lieu. Alors profite de ce temps de répit et cours aussi vite que tu peux, petite proie."

"Non. C'est vous qui allez partir de cette forêt !" Déclara Chihiro en faisant tout pour ne pas montrer sa peur grandissante.

"Cette forêt m'appartiendra bientôt et j'en serais le maitre quand l'ancien seigneur sera mort." Déclara l'énorme fauve en tournant la tête vers le cerf agonisant.

La flèche de Chihiro partit et alla se planter dans le flanc du Kami qui rugit plus de rage que de douleur. Il arracha la flèche avec ses dents et gronda :

"J'ai changé d'avis, humaine. Je vais te tuer lentement pour avoir oser me défier !"

Et le monstrueux dieu se rua vers la fillette qui décocha une autre flèche qui toucha cette fois ci la poitrine du fauve sans que celui-ci ne semble ressentir quelque chose. Chihiro parvint à se jeter sur le côté juste à temps pour éviter que la mâchoire du loup ne se referme sur elle et elle fit appel à son Ki pour tirer à nouveau une flèche qui sembla faire plus d'effet, cette fois ci car le Kami rugit de douleur avant de dire :

"Alors comme ça on apprend la magie, gamine ? Mais tu n'as ouvert que deux Chakras sur sept, c'est lamentable… Tu n'as donc vraiment aucune confiance en toi ? Quel dommage… Si tu veux, je vais ouvrir ton troisième Chakra, peut-être alors m'amuseras tu un peu plus.

Puis le monstrueux loup se jeta sur Chihiro et cette fois, la jeune humaine ne put l'éviter et se retrouva sur le dos tandis que les crocs blanc du loup rouge déchiquetait le haut du vêtement de la fillette qui poussa un hurlement de frayeur qui se changea en cri de douleur quand elle sentit l'une des longues canines d'Akainu s'enfoncer dans sa chair. Mais le loup rouge, au lieu de déchiqueter sa poitrine, se contenta d'injecter son Ki sauvage directement dans le chakra de l'enfant, le forçant ainsi à s'ouvrir. À ce moment là, la jeune humaine, désespérée, sortit son couteau et en frappa violemment le museau ensanglanté du Kami. La terreur, la colère et toutes les émotions refoulées par la jeune fille sortirent d'elle sous forme d'énergie vitale et grâce à cela, elle frappa plusieurs fois le loup, manquant de peu de l'éborgner de sa lame. Le dieu rouge se rejeta en arrière avec un rictus de douleur et de satisfaction avant de se préparer à attaquer à nouveau la fillette.

Chihiro récupéra son arc et fit appel à tous ses pouvoirs du Ki pour tirer trois flèches d'affilée qui se plantèrent dans la chair du monstre, lui causant de perdre du sang. Le loup poussa un rugissement terrifiant mais la fillette était désormais au delà de la terreur : elle était bien décidée à vaincre ce loup et à sauver le cerf et surtout, elle n'avait plus rien à perdre. Elle saisit à nouveau une flèche de son carquois et la chargea de sa fureur brûlante comme une braise. Le trait sembla s'enfoncer dans la chair du Kami lui arrachant un véritable hurlement de souffrance, poussant Chihiro à décocher une autre flèche qui s'enflamma spontanément et alla se planter dans la patte du loup. Ce dernier rugit :

"J'ai été trop arrogant en t'octroyant ce petit cadeau. Je vais te dévorer maintenant."

Le fauve bondit sur l'enfant s'apprêtant à arracher sa gorge mais entre temps, alors qu'aucun des deux combattants ne l'avait remarqué, le sang du loup se mêla à celui de l'enfant et tomba sur le talisman qui se mit soudain à briller, aveuglant le Kami qui hésita une seconde puis sentit soudain une horrible douleur traverser son flanc. Il se baissa et vit le couteau de Chihiro, chauffé à blanc, enfoncé entre ses côtes, juste au dessous du cœur. Il se rejeta alors violemment en arrière et s'écarta de l'enfant ensanglantée avant de la regarder avec des yeux brillants de rage. Il voulu se précipiter sur elle à nouveau en évitant la lame mais à ce moment là, le cerf fonça sur lui et l'encorna avant de le lancer vers un coin de la clairière.

Le Shishigami se tourna alors vers l'enfant qui l'avait sauvé et s'inclina devant elle avant de s'effondrer à terre. Sans tenir compte de ses propres blessures, Chihiro se précipita vers le cerf et vit l'entaille béante à sa gorge. Horrifiée, la jeune fille déchira une longue bande de sa tunique en loques et le trempa dans l'eau du lac pour panser les plaies du dieu de la forêt. Le tissu fut rapidement souillé par le sang mais sans relâche, la jeune fille faisait tout son possible pour soigner le kami en entourant sa blessure de bandages faits à l'improviste. Enfin, la respiration du cerf à tête d'homme se stabilisa et la jeune fille put soupirer de soulagement. Elle s'effondra sur l'herbe en se demandant comment guérir définitivement le dieu cerf quand elle entendit un autre bruit.

Le loup rouge n'avait pas été tué sur le coup par les blessures infligées par le Shishigami et il gisait là, gémissant de douleur. Pendant un instant, la jeune fille hésita puis elle s'empara de grosses touffes d'herbes et des lambeaux de tissus qui lui restaient et les trempa dans l'eau bénéfique du lac et approcha le Kami avec prudence. Le loup gronda, pensant que l'enfant venait l'achever mais Chihiro, sans se laisser effrayer par son grognement qui désormais lui semblait plutôt pathétique, commença à panser les blessures du Kami avec le plus grand soin compte tenu de ce qu'elle avait à sa disposition.

"Pourquoi fais tu cela, gamine ?"

"Parce que je ne veux pas que vous mourriez par ma faute et aussi parce que je voulais savoir pour quel raison vous avez attaqué le sanctuaire du Shishigami." Dit Chihiro en continuant à nettoyer la blessure.

"Mon sanctuaire a été rasé par des humains comme toi et je devais m'en trouver un autre car ma compagne Mora va bientôt mettre bas." Répondit Akainu en grondant de douleur.

"Pourquoi n'as tu pas demandé au Shishigami s'il pouvait te permettre de t'installer chez lui ?" Demanda la jeune humaine en s'y prenant lus délicatement.

"Pourquoi un Kami cerf accepterait de laisser un Kami loup s'installer sur ses terres ? Tu es stupide en plus d'être humaine ?" Grogna le loup rouge.

"Ça ne te coutait rien d'essayer mais à la place, tu as voulu t'en emparer par la force et vois où ça t'a mené." Déclara Chihiro d'un ton abrupt.

"Si tu n'avais pas été ici et si je n'avais pas été stupide en ouvrant ton troisième Chakra, j'aurais gagné." Dit le dieu, furieux contre son orgueil. "Comment as tu fait pour savoir t'en servir aussi vite ?"

"J'ai appris en observant un condisciple plus avancé que moi et j'ai vu comment il le faisait. Après, je n'ai réussi que par la chance." Répondit modestement la jeune fille.

"Maintenant, tout est fini pour mon clan. Achève moi au lieu de me soigner ! Je suis trop estropié pour espérer guérir au meilleur de ma forme ! Jamais je ne pourrais supporter la honte de me représenter devant eux sans terrain de chasse à leur proposer."

"Pas question, maintenant que je t'ai soigné !" Déclara Chihiro.

"Tue moi ! Pense au fait que j'ai blessé le maitre des lieux. Une fois guéri, il me tuera de toute manière !"

"Cela n'est pas forcément nécessaire" dit une troisième voix qui résonna dans leurs têtes.

Le cerf au visage humain tout ridé les fixait tous les deux de son regard âgé et pénétrant malgré sa grave blessure. Il poursuivit :

"L'eau de ce lac a une action bénéfique pour quiconque en boit avec ma permission. Je pourrais te permettre de guérir complètement et même de t'installer ici, sur une partie de ce territoire si tu jures fidélité à cette forêt et que tu acceptes d'y accomplir certains devoirs."

"Quels devoirs ?" Demanda Akainu, à la fois méfiant et plein d'espoir.

"Agir comme un prédateur, tout simplement. La forêt grouille de vie et de proies mais manque de prédateurs ce qui à terme, cause un déséquilibre dans ces bois. Elle a besoin de chasseurs pour réguler la population des cerfs. Ton second devoir sera de protéger la forêt contre les intrusions hostiles de l'extérieur. Tu vois, je ne te demande rien d'autre que d'accomplir ton devoir en tant que prédateur."

"S'il en est ainsi, je te jure sur mon honneur que mon clan et moi te serviront avec fidélité jusqu'à la mort !" S'exclama le loup rouge en inclinant sa tête.

"Bien. Mais avant qu'une telle chose n'arrive, j'aurais besoin de guérir au plus vite pour que cette forêt ne meurt pas. Je connais un endroit où je pourrais me reposer, le temps de ma guérison puis je reviendrai sur mes terres et les revitaliserait et en aménagerait une partie pour toi et les tiens.

"Zeniba du fond de l'étang pourrait vous aider si vous le désirez, Shishigami-sama." Proposa Chihiro très respectueusement.

"La plaie est trop grave et mon énergie vitale a été grièvement endommagé par ce coup à la gorge. J'ai besoin d'aller à Harubaya, le Palais des Bains pour me soigner."

"Mais je connais aussi ! J'ai plein d'amis là bas !" Déclara Chihiro un peu étourdiment.

"Tu es une enfant bien mystérieuse. J'aurais besoin d'une escorte pour me protéger tant que je serais dans cet état. Akainu est lui aussi gravement blessé et doit veiller en priorité sur les siens. Il faut aussi qu'il aille les chercher. Il ne peut donc pas remplir sa tâche de me protéger. Par contre, toi, jeune fille, tu n'as pas hésité à venir me secourir et je te fais confiance. Tu m'accompagneras donc jusqu'à Harubaya puisque tu connais bien cet endroit."

Chihiro ne pu s'empêcher de penser que le dieu cerf était bien impérieux, même blessé mais au fond, elle avait une occasion unique de revoir ses amis du Palais des bains. Elle ne regrettait donc pas ce détour sans revoir immédiatement Zeniba. Le cerf la voyant acquiescer poussa un long braiement et des dizaines de petits esprits apparurent en prenant une forme à moitié humaine et construisirent une civière pour y déposer leur maitre avec précaution. Chihiro s'approcha de Akainu pour lui faire ses adieux mais ce dernier lui dit :

"Garde précieusement ton nouveau talisman, gamine. Une fois que j'aurais soufflé dessus, cette amulette te protégera à jamais contre les esprits des loups car ils sauront que tu pouvais me tuer mais que malgré tout, tu m'as épargné. Ils te respecteront bien plus que si tu m'avais tué. Sois remerciée pour ta compassion, enfant."

Chihiro déclara :

"Mon nom est Chihiro, si tu veux savoir mon nom, Akainu san, merci pour ta protection !"

"Tu es courageuse et brave. Je ne regrette plus d'avoir ouvert ton troisième Chakra. Tu le mérites. Adieu, Chihiro."

Chihiro ramassa ses flèches et son arc retourna auprès du Shishigami et remarqua qu'il y avait maintenant une véritable procession autour du dieu cerf. Ce dernier était allongé, souffrant mais encore très lucide. Elle vit à côté des vêtements assez semblable à ceux qu'elle portait avant que le combat ne les déchire mais ils étaient tissés dans un tissus fin comme la soie la plus fine.

"Mets les. Il ne sera pas dit que la personne qui m'a sauvée reste en lambeaux."

Chihiro s'exécuta, puis elle vit un cerf qui s'était agenouillé, prêt à la porter. Chihiro hésita : elle n'était jamais montée sur un cheval et encore moins sur un cerf mis il fallait un début à tout et elle s'accrocha aux bois de sa monture avant de voir ce dernier se placer aux côtés de la civière de fortune. Puis la petite procession se mit en route vers Aburaya, le palais des Bains.


Les Aïnous (アイヌ?, « a. », qui signifie « humain » en aïnou), aussi appelés Utari (ウタリ?, qui signifie « camarade »), sont une population aborigène. Ils vivent dans le Nord du Japon

Ils étaient il y a peu en voie d'extinction ; on compte, de nos jours, environ 150 000 membres de ce groupe ethnique [réf. nécessaire], mais aucun recensement exact n'a été tenu car beaucoup d'Aïnous cachent leur origine ou, dans bien des cas, ne la connaissent même pas, leurs parents la leur ayant dissimulée pour les protéger de la discrimination et du racisme.

Emishi et Ebisu sont des termes signifiant barbares et sauvages et qui servaient à désigner les Aïnous.

Ce peuple de pêcheurs et chasseurs possède une structure sociale patriarcale et polygamique. Leur religion est de type animiste : l'ours y est l'entité la plus vénérée.

la broderie des Aïnous est un art unique et spécifique, d'une complexité telle qu'elle ne saurait être expliquée en quelques lignes. Les textiles aïnous, tissés selon les traditions culturelles des Aïnous, sont couverts de motifs brodés.

Ces motifs, représentés à la base pour protéger les propriétaires de l'intrusion de mauvais esprits (maladies, moisissures, blessures), sont sujets à de nombreuses études. Ils varient d'un kotan (village) à l'autre et sont tissés sur des métiers à tisser (appelés karepinki) tout aussi uniques en leur genre, les Aïnous possèdent un puissant savoir-faire en matière de textile.

Ils fabriquent notamment leurs vêtements à base de plumes d'oiseaux, de fibres tirées d'écorces

On raconte que les garçons Aïnous ne devenaient hommes que lorsqu'ils étaient habiles dans les arts de la chasse, de la pêche, et de la gravure sur bois. Cet art est donc considéré comme un rite de passage à l'âge adulte. Les outils et les meubles aïnous sont toujours gravés. En plus d'être fonctionnels, ces articles revêtaient donc une caractéristique esthétique.

Un inaos (イナウ) est un talisman de bois sculpté avec des frises par des Aïnous (ethnie minoritaire du Japon).

Les Aïnous sculptent des inaos pour se protéger, ou enrayer un problème. Ces inaos sont des talismans et chacun est fabriqué dans un but : protéger des maladies, faire bonne chasse, et même pour retrouver un objet perdu. Chaque inaos ayant une utilité bien précise.


Voilà pour ce chapitre, j'espère qu'il vous a plu. Désolée de vous laisser comme ça ce n'est pas chouette de ma part, j'en ai bien conscience, mais je n'ai pas vraiment le choix. N'hésitez pas à me laisser des reviews, ça fait toujours plaisir !

Bonne année à tous et souhaitez moi bonne chance !