Notes : Bon, j'avais envie d'essayer quelque chose de nouveau, de m'attaquer à un perso que j'avais jusque ici totalement ignoré (et que j'ai vraiment appris à aimer : Pansy rocks!) et en réhabiliter un que je maltraite pas mal d'habitude...

Notez qu'à la base, ceci devait être un OS et un Pansy/Luna.
Mais bien sûr.
Véro ne contrôle toujours pas sa plume.

La bonne nouvelle, parce qu'il y en a une quand même, c'est que cette fic est ter-mi-née.
Elle fait 10 000 mots et je la posterai en 4 chapitres.
Vous aurez la fin avant que je parte en vacances pour Noël, donc ça va venir vite!

Bonne lecture.

Chapitre 1

Ça bouillonnait en elle. Elle ne savait pas exactement ce que c'était. Pas vraiment de la haine, non, quand même pas. De la colère, plutôt. Une espèce de rage qu'elle trimballait partout avec elle, qui distordait toutes ses perceptions, qui remuait ses entrailles sans jamais se calmer. Elle savait qu'elle n'aurait pas dû éprouver ça. Qu'elle aurait dû être reconnaissante. A la limite, elle avait peut-être le droit d'être triste. Mais révoltée, ça ne faisait sûrement pas partie du programme. Et ça aussi, ça la mettait en rogne.

Elle détestait qu'on lui dise quoi faire. Ou même sans qu'on lui dise quoi que ce soit, mais simplement qu'on ait à son égard des attentes. Elle détestait ça. Détestait, détestait, détestait. Qu'on la juge. De quel droit, d'abord ? Ils ne savaient rien. Ils croyaient savoir. Croyaient la connaître. Ils ne savaient rien, rien. Voilà qu'elle avait envie de crier, maintenant. Et elle ne pouvait pas.

Parce qu'ils étaient là, tout autour d'elle, dans les couloirs, aux repas, et jusque dans son dortoir. A l'observer. A l'épier. Elle voulait ouvrir tout grand les fenêtres et hurler. Hurler à s'en déchirer les cordes vocales, à faire exploser ses poumons, à craqueler les vitres. Il n'y avait même pas de fenêtres, de toute façon. Enfin, il y en avait, mais elles ne s'ouvraient pas. Elles étaient trop hautes, inaccessibles. Envie de pleurer aussi, un peu, mais ça, c'était hors de question.

Une prison ici, une vraie prison. Mais juste pour elle. Les autres, non. Ils riaient, s'interpellaient à voix haute, s'embrassaient. Comme si de rien n'était. Oh, tout le monde avait ses deuils, bien sûr. Comment faire autrement. Mais ils vivaient quand même. Show must go on, et tout ça. Oh, elle les détestait, avec leurs mines enfarinées et leurs sourires de circonstance, et toute cette hypocrisie, et les chuchotements dans son dos, et, et, et… Oh, peut-être que c'était de la haine, après tout.

Peu importe ce que c'était, ça passait pas en tout cas. Ça la remuait même tellement qu'elle en avait des nausées maintenant. Elle abandonna son sac et ses livres dans le couloir et se précipita vers les toilettes les plus proches. Pour être honnête, elle vomissait au minimum une fois par jour depuis qu'elle était revenue. Et oui, elle et la faïence jaunâtre des toilettes de Mimi Geignarde étaient en passe de devenir de grandes amies. A vous donner envie de cogner dans les murs jusqu'à ce que vos poings saignent. Et pourquoi avec les poings, d'ailleurs ? Pourquoi pas carrément se frapper le crâne contre ces fichus murs avec leur carrelage stupide, et leurs joints fissurés qu'elle passait décidément trop de temps à fixer d'un regard absent…

Elle finit par émerger de sa rêverie malsaine. Il valait mieux qu'elle s'arrache d'ici avant que ce débile de fantôme ne revienne. Figurez-vous que Mimi Geignarde lui avait proposé son amitié ! Oui, vraiment : à se taper la tête contre les murs. Elle considéra d'un œil morne les robinets à tête de serpent, avant de se secouer et de se passer la tête sous l'eau. Elle fit tourner quelques gorgées dans sa bouche et recracha, essayant de se débarrasser du goût du vomi. Ça passait pas. Elle but encore un peu, mais de façon mesurée. Trop de flotte d'un coup, ça risquait de la faire vomir derechef. C'est qu'elle commençait à avoir l'habitude. Elle savait comment ça fonctionnait, maintenant. Un peu.

D'abord, elle avait cru qu'elle était devenue allergique au porridge. Elle avait arrêté le porridge. Ensuite, elle s'était dit que ça devait être le jus d'orange. Elle avait arrêté ça aussi. Maintenant elle savait. Elle était allergique à Poudlard. Ni plus ni moins. Elle voulait sortir d'ici, se barrer, s'en aller loin, loin. Ça non plus, c'était pas possible.

Elle leur avait dit que ça n'irait pas, qu'elle ne pouvait pas revenir. Ils n'avaient rien voulu entendre. Elle avait crié, hurlé, tempêté. Et la veille de la rentrée, elle avait carrément pleuré. C'était pas quelque chose dont elle avait l'habitude. Sa mère avait eu l'air d'être touchée, mais son père avait campé fermement sur ses positions :

— Tu iras, un point c'est tout. On te fait la grâce de te proposer de refaire cette année, alors tu vas le faire, et en disant merci encore en plus. Tout le monde n'a pas eu le droit à une deuxième chance, alors arrête de te plaindre, tu veux ?

— Mais j'ai… Tout le monde va...

— Oh, oui, on le sait que tu t'es comportée comme une idiote, ne t'en fais pas. Tu nous as fait bien assez honte quand on nous a raconté comment ça s'est passé.

Ses dernières protestations furent étouffées par un :

— Quand on est stupide, il faut assumer.

Voilà pourquoi elle était là, à essayer de se faire oublier. Ce qui ne fonctionnait que très modérément. On était en novembre maintenant. Elle sentait toujours leurs regards sur elle, leur mépris. Ça ne s'arrangeait pas. Et puis la solitude. Elle n'avait jamais été aussi seule de toute sa vie. Drago n'était pas revenu. L'enfoiré. Il l'avait abandonnée. Goyle était là, lui, mais depuis la mort de Crabbe, il paraissait encore plus abruti qu'avant. Il ne parlait presque jamais, et certainement pas à elle. En fait, personne ne lui adressait plus la parole, même chez les Serpentard.

Zabini et Nott restaient tout le temps ensemble. Au bout d'un moment, ils avaient arrêté d'essayer de parler à Goyle. Celui-ci inquiétait même les professeurs. A vrai dire, il aurait été plus à sa place à Sainte Mangouste qu'à Poudlard, mais personne ne semblait se soucier assez de son cas pour le faire remarquer à sa mère. Il était probable, de toute façon, que celle-ci ne voudrait rien entendre. Théo et Blaise, en tout cas, faisaient tout leur possible pour faire oublier qu'ils étaient des Serpentard. Grand bien leur fasse. Il y avait des gens qui arrivaient toujours à tirer leur épingle du jeu.

Visiblement, ce n'était pas son cas à elle. Elle, elle était définitivement grillée. Par sa faute, oui. Ce qui ne l'en rendait pas moins amère – au contraire.

Elle jeta un dernier regard au visage blafard qui lui faisait face dans le miroir. Elle était laide. Même pas laide, en fait : quelconque. Ce qui était pire. Elle s'autorisa un soupir découragé – en public, elle se refusait catégoriquement à laisser filtrer le moindre signe de faiblesse – et ressortit des toilettes. Pour constater presque immédiatement que son sac et ses affaires de cours avaient disparu. Elle se mordit les lèvres, jurant intérieurement. Elle n'aurait jamais dû les laisser sans surveillance. Une preuve de plus de sa stupidité.

Elle ne savait plus trop qui elle détestait le plus, d'elle-même, de cette école pourrie, de ses parents, de Potter et sa petite mine de saint ou des sales cons qui lui avaient piqué son sac. Oui, elle détestait Potter à peu près autant que ses tourmenteurs, parce que ce crétin balafré avait eu le culot de vouloir la défendre. Il était intervenu à la bibliothèque, une fois qu'elle avait eu maille à partir avec des filles de Gryffondor, plus jeunes qu'elle. Ces petites pestes s'étaient mises à l'insulter alors qu'elle était simplement assise à prendre des notes pour un cours d'Histoire de la Magie. Le simple fait qu'elle travaille pour ce cours- en disait long sur son désarroi. C'est qu'à part se morfondre, elle n'avait pas grand-chose à faire d'autre qu'étudier. Au début de l'année, elle se faisait encore avoir et restait à la bibliothèque pour travailler. Maintenant, elle ne prenait plus ce genre de risques : elle empruntait les livres dont elle avait besoin et retournait illico presto dans son dortoir. Millicent, Heloïse et Daphné ne lui adressaient peut-être plus la parole, mais au moins, elles ne s'amusaient pas à la tourmenter comme le reste de l'école.

Les petites saintes de Gryffondor, en tout cas, savaient se montrer aussi vicieuses et méchantes que le Serpentard de base. Elle n'avait pas réellement peur d'elles, mais elle était seule et ne savait pas comment elle allait se sortir de cette situation. Et puis l'une d'elle, Grossemilda Vane ou quelque chose comme ça, avait sorti sa baguette et l'avait pointé sur elle. C'est à ce moment que Potter était arrivé.

— Qu'est-ce qui se passe ici ? avait-il demandé avec la finesse qui le caractérisait.

— Je vais lui apprendre à cette sale face de Serpent ! s'était exclamé Vane, jubilant d'avoir un tel public.

— Tu ne vas rien lui apprendre du tout. Range ta baguette.

La voix de Potter était ferme et ne souffrait pas la contestation. Ce qui n'avait pas empêché Vane de répliquer :

— Mais Harry ! Tu ne peux quand même pas la défendre ! Elle voulait te livrer à Voldemort ! Elle…

— Je sais parfaitement ce qu'elle voulait et ce qu'elle a fait. Ce n'est pas une raison pour s'abaisser à son niveau. Baisse ta baguette.

S'abaisser à son niveau ! Non mais quel culot ! Potter, toutefois, avait une certaine autorité, car Vane avait fini par obtempérer, et avait quitté les lieux assez piteusement, avec ses copines. Potter ne s'était pas attardé. Le Rouquin et la Sang de Bourbe, qui avaient assisté à la scène en silence, passèrent devant elle à leur tour.

— Un merci t'arracherait la bouche, je suppose, Parkinson ?

C'était la Belette qui venait de parler. Pansy croisa son regard, mais ne répondit pas – à moins qu'on considère le défi qui luisait dans ses yeux comme une réponse.

— Laisse tomber, Ron. Ça sert à rien…

Sur ces mots, Préfète Parfaite évacua enfin les lieux, entraînant son petit chien – pardon, son petit copain – à sa suite.

Et depuis, Pansy évitait tout simplement de traîner à la bibliothèque. Ce qui signifiait que ses journées se limitaient à des allers retours entre les cours et son dortoir, entrecoupés de passages éclairs dans la Grande Salle pour les repas, et des visites subséquentes aux toilettes de Mimi Geignarde. Il y avait aussi, grand moment de la semaine, sa descente hebdomadaire à la volière, d'où elle envoyait ses lettres à Drago. C'était son seul correspondant, étant donné qu'elle n'écrivait plus à ses parents, et qu'eux n'avaient pas non plus cherché à prendre de ses nouvelles depuis la rentrée. C'est que leurs adieux sur le quai 9 ¾ s'étaient déroulés en des termes plutôt froids. Elle ne pouvait leur pardonner de l'avoir forcée à revenir ici. Elle était majeure, certes, mais elle n'avait pas un sou en poche et elle savait pertinemment que trouver un emploi en Angleterre était une cause perdue quand on s'appelait Pansy Parkinson, autrement dit, Celle-Qui-Avait-Voulu-Livrer-Le-Gentil-Survivant-Au-Méchant-Seigneur-Des-Ténèbres.

Drago répondait volontiers à ses courriers, mais ses missives ne lui remontaient pas précisément le moral. Fidèle à lui-même, il ne faisait que se plaindre. De semaine en semaine, ses lettres prenaient même un ton de plus en plus geignard. Il regrettait de ne pas être revenu à Poudlard, tout compte fait, déprimait coincé au Manoir, seul avec sa mère qui se lamentait elle aussi sur son sort. Si Drago s'était trouvé à Poudlard, les choses auraient été différentes. Pansy lui en voulait, surtout qu'elle-même n'avait pas eu le choix de rester chez ses parents. Cela dit, comme Drago avait décliné l'offre si généreuse faite par Mac Gonagall de ré-effectuer une septième année, il s'était trouvé assigné à résidence au Manoir en attendant son procès. Si elle était honnête, Pansy devait bien admettre que la situation de Drago était pire que la sienne, tout compte fait. Car elle, après tout, n'était pas forcée d'attendre après le témoignage de Potter pour espérer avoir une chance d'échapper à Azkaban.

Cela dit, à l'heure actuelle, son souci, c'était surtout de ne pas se faire virer de cours par Flitwick, sous prétexte qu'elle n'avait pas ses affaires. Il ne l'obligea pas à quitter la salle, mais elle eut néanmoins droit à une sympathique réprimande. Ce n'est pas que Flitwick ait jamais été un professeur sévère, mais aucun membre du corps enseignant n'avait spécialement envie de se montrer charitable avec elle.

— Je ne vous savais pas si supérieure à vos camarades, Mademoiselle, que vous n'ayez pas besoin de votre manuel pour suivre cette leçon… Que ceci soit votre dernier avertissement : je ne vous accepterai plus dans mon cours si vous n'avez pas votre matériel.

— Oui, Monsieur, murmura-t-elle, la tête baissée.

Elle savait que le reste de la classe riait sous cape. Elle s'en moquait.

— Je vois que vous n'avez également ni encre ni parchemin… Est-ce que par hasard vous confondriez ce cours avec le Club MED(1), Mademoiselle ?

Cette fois, les autres ne se donnèrent même pas la peine d'étouffer leurs rires.

— J'ai égaré mon sac, Monsieur.

Elle avait sa fierté, et ce n'était pas encore aujourd'hui qu'elle avouerait qu'on le lui avait volé, ni que la quasi-totalité des étudiants de Poudlard prenait plaisir à la martyriser.

— Bien. A l'avenir, vous vous montrerez moins négligente avec vos affaires. Il va sans dire que si vous ne les avez pas retrouvées pour mon prochain cours, ce ne sera pas la peine de vous présenter dans cette salle.

Pansy baissa à nouveau la tête et ne répondit rien.

A l'intercours, elle descendit à toute vitesse à son dortoir, et y récupéra encre et parchemin qu'il lui restait en réserve.

La nouvelle prof d'Etude des Moldus s'appelait Myriam Wintergarden. Cette matière avait été rendue obligatoire pour tous les étudiants, sauf ceux qui étaient d'ascendance moldue. Et Harry Potter, évidemment, leur chère exception nationale. Il était de Sang Pur, mais avait été élevé par des Moldus. Et puis surtout, il était l'Elu. On n'imposait rien au Sauveur du Monde Sorcier. Qu'il ait accepté de revenir à Poudlard était déjà un tel honneur… Pansy ne voyait pas très bien en quoi avoir vécu son enfance enfermé dans un placard à balais par des dégénérés le rendait supérieur au reste du monde, mais enfin… Perdue dans ses pensées, elle n'entendit pas immédiatement Wintergarden qui s'adressait à elle.

— Où se trouve votre manuel, Parkinson ?

Le professeur fut obligé de répéter avant que Pansy ne réponde :

— Je l'ai oublié, Madame.

Wintergarden n'était pas aussi indulgente que Flitwick, et Pansy écopa de trois rouleaux de parchemin sur l'invention de l'électricité. Le fait qu'ils n'aient pas eu besoin d'utiliser le manuel de tout le cours ne changea rien à la punition. En quittant la salle, le Rouquin lui jeta un drôle de regard. Il était le seul membre du Trio Infernal à être obligé d'assister à cette parodie de cours, ce qui amusait assez Pansy. Sans l'Elu et Miss Parfaite à ses côtés, Weasley avait l'air de s'ennuyer prodigieusement. Ils étaient au moins deux. Parce que tout le reste des septième année de Sang Pur feignait de trouver passionnant les tentatives pathétiques des Moldus pour tenter de vivre de façon décente sans magie.

S'il y avait une chose que Pansy détestait, en plus de Weasley, Potter, Granger, Poudlard et le monde entier, c'était le politiquement correct.


NdA :

(1) Club MED = Magiques Excursions Démentes