Bonsoir,

Après une longue attente (comme toujours), voici enfin la suite de cette fanfiction. Je dois d'ailleurs vous annoncer que l'épilogue est écrit mais qu'il me reste à le retravailler. Je pense donc le poster dans deux semaines, le temps que je bosse dessus, que ChaDarcy le corrige tout ça. J'espère que vous allez apprécié ce chapitre. Moi, il m'a fait avancer, comme toute cette fiction d'ailleurs.

Merci à Cha Darcy d'avoir pris le temps, de le corriger et de m'aider tout simplement. Merci à vous lecteurs, d'être toujours là.

La chanson est "Addicted to you" de Avicii.

Réponses aux reviews :

Oceanemalfoy : Merci !

Alizeta : Merci beaucoup, je la finis !

Guest : Merci !

Clochette : Petit malentendu : je n'ai pas fini cette fiction mais la fin arrive bientôt ! Merci de tes compliments bisous !

Cecile : Merci pour tous tes compliments, ils me touchent vraiment, je suis contente de réussir à te toucher !


Lorsque le bonheur arrive.

Dans les couloirs de Poudlard, Harry marchait rapidement pour aller à son prochain cours. Comme souvent, il était en retard et grognait après cet imbécile de réveil qui ne sonnait jamais. Pourquoi était-il toujours en retard ? C'était vraiment une sale manie qui l'exaspérait. Alors qu'il accélérait le pas, il entendit une voix l'appeler, une voix qui le fit s'arrêter net. Il se retourna avec un sourire un peu stupide sur le visage.

-Salut N.

Elle s'approcha de lui, sûre d'elle. Elle l'embrassa rapidement sur le coin des lèvres.

-Attends-moi devant la Grande Salle à 20h.

Il lui sourit et acquiesça. Il fut heureux de voir que les beaux yeux vairons de la jeune femme brillaient. Il pensa que c'était la première fois qu'il les voyait ainsi et qu'il ferait tout pour que cela se reproduise le plus possible.

OoO

Molly Weasley rangeait des remèdes dans la petite réserve attenante à son bureau. Elle se concentrait tellement sur sa tâche qu'elle n'entendit pas que deux personnes entrèrent derrière elle. Elle entendit la voix de sa fille la saluer et cela la fit sursauter. Elle se retourna avec un grand sourire sur les lèvres et partit l'enlacer, comme si cela faisait des jours qu'elle ne l'avait pas vue.

-Ginny, je suis heureuse que tu viennes me voir !

Elle vit Blaise, légèrement en retrait, le visage impassible. Harry lui avait fait comprendre que les Serpentards abordaient cette expression lorsqu'ils ressentaient une gêne, ou ce genre de choses. « L'éducation » avait-il ajouté. Elle devait avouer qu'elle était également mal à l'aise avec lui. L'après-midi crêpes n'avait pas été une franche réussite et ils avaient eu du mal à trouver des sujets de conversations. Mr Zabini avait fini par se brûler avec une poêle et s'était fait tomber une crêpe sur la tête, ce qui avait fait beaucoup rire Ginny mais le garçon, lui, n'avait pas semblé trop savoir quoi en penser. Il avait clairement hésité entre rire et hurler de rage.

-Bonjour, Blaise.

Elle se dit que c'était un peu trop formel mais il répondit de la même façon :

-Bonjour, Mme Weasley.

-Nous sommes venus faire vérifier la brûlure de Blaise, expliqua Ginevra. J'ai dû le traîner ici. Par contre, je ne peux pas rester, j'ai cours. Je compte sur toi, Maman, pour ne pas le laisser filer avant de l'avoir examiné.

Elle embrassa légèrement la joue de son petit-ami et salua sa mère d'un geste. Seuls, Molly et Blaise se regardèrent gênés. L'infirmière lui proposa de la suivre et le fit s'asseoir sur un lit. Elle défit le pansement qu'il avait sur la main et commença à se pencher sur la blessure.

-Ca se referme bien. Je vais te remettre un pansement. Continue à désinfecter et à refaire ton pansement tous les jours. Reviens dans une semaine pour que je vérifie que ça s'est totalement refermé et je pense que ça sera fini.

Elle lui sourit et elle vit qu'il essaya de le lui rendre mais il avait du mal. La gêne commençait à prendre de l'ampleur et elle recula, voyant qu'il n'avait pas l'air de savoir quoi faire.

-Tu peux y aller si tu as cours. Je comprends bien, tu sais.

Il resta assis sans bouger. Il réfléchit quelques minutes pendant lesquelles une ride se creusa entre ses deux sourcils. Quand il parla enfin, il essaya de faire en sorte que sa phrase ne sonne pas comme une attaque.

-Avec tout le respect que je vous dois, je ne pense pas que vous compreniez, Madame.

Elle le regarda avec surprise.

-Il y a un malaise entre nous et Ginny l'a bien senti. Ca la fait souffrir, elle était certaine que l'on s'entendrait à merveille. Elle en doute beaucoup depuis l'après-midi que nous avons passé tous les trois.

Elle resta silencieuse, en ayant envie d'admirer subitement ses chaussures, plutôt que d'écouter le garçon devant elle lui dire qu'il ne l'appréciait pas.

-Vous devez penser que je ne vous apprécie pas, continua-t-il, d'un ton serein. Ginny ne dit rien mais elle voit bien que face à vous, je reprends des habitudes de Serpentard coincé. Mais vous devez comprendre…

Il ferma les yeux. Depuis quand se confiait-il ? Depuis quand s'expliquait-il sur son comportement ? Quand avait-il changé ? Est-ce la tourmente qu'il avait connue en étant loin de Ginny qui l'avait rendu si bavard ? Le visage souriant de Ginny s'afficha dans son esprit et il pensa plutôt que c'était le bonheur qu'il ressentait avec elle, qui le libérait peut-être. Il renifla presque. Cela devenait trop niais. Alors il rouvrit les yeux et s'exprima clairement :

-Voyez-vous, j'ai eu une mère. Une mère qui m'aimait sans me le dire. J'ai été élevé à la façon des Sang-Pur, sans tendresse avec une nurse qui recevait des ordres de ma mère. Cette dernière m'éduquait avec fermeté et c'était la preuve de son amour pour elle. M'apprendre ce qu'elle avait appris : le fait d'être dur, fort, intransigeant et fier. Ma mère ne m'a jamais enlacé, ne m'a jamais dit qu'elle m'aimait. C'était ma mère et non une maman. Je ne lui en veux absolument pas, elle était ainsi parce qu'on l'avait élevée ainsi et d'une façon bien plus cruel que j'ai été élevé. Elle m'a beaucoup protégé dans l'ombre mais jamais directement.

Alors quand je vous vois agir avec Ginny ou avec Ron, je suis perdu, je ne sais pas quel comportement avoir parce que je n'ai jamais rencontré de Maman quand j'étais petit. Aucun de mes amis de Serpentards n'a connu ça. Nous, les enfants de Sang-Pur nous n'avons eu que des Mères. Alors aujourd'hui, je découvre… Je ne sais pas comment me comporter. Et aussi, vous me rappelez sans cesse que moi je n'ai pas eu de maman contrairement à beaucoup d'autres et cela... Je trouve ça presque... Gênant.»

Le mot auquel Blaise pensait était plutôt « cruel » mais il ne le dit pas. Molly l'admira un instant. Le mot était finement choisi. Elle se surprit à avoir envie de sourire. Cependant, elle ne voulait pas blesser encore plus le jeune homme et préféra s'asseoir sur le lit en face du sien.

-C'est très courageux de ta part de m'en parler comme ça. Je ne pensais pas que tu pourrais être aussi courageux. Tu as raison de m'en parler. Je comprends mieux. Mais tu sais, je me sens coupable. Pendant la Guerre, j'aurai aimé vous « materner », être votre maman à vous aussi. Je vous sentais fragile mais je n'ai rien fait. Vous étiez des Serpentards, je ne voulais pas être rejetée et j'avais tant à faire avec mes propres enfants…

-Si cela peut vous rassurer, nous n'aurions sans doute pas accepté votre affection, trancha-t-il d'un ton catégorique.

-Et aujourd'hui, toi, l'accepterais-tu ? lui demanda-t-elle en le regardant dans les yeux et en faisant fi de son ton.

Il réfléchit. Il avait envie de dire oui, mais il avait l'impression qu'il trahirait sa propre mère. Une mère qui l'avait aimé et que lui aimait profondément. Il ne voulait pas qu'elle puisse penser quelque part qu'il voulait la remplacer mais il devait avouer qu'il ressentait l'envie et presque le besoin d'avoir encore quelqu'un pour le protéger, le couver du regard et peut-être dans un rêve fou, connaître la chaleur des bras d'une mère ou bien d'une maman.

-Mes fils ne m'en voudront pas de prendre un nouveau jeune homme sous mon aile. Ils n'ont rien dit quand j'ai accueilli Harry comme s'il était mon fils. Les morts sont bien plus sages que les vivants.

Les larmes lui montèrent aux yeux et elle tenta de les chasser rapidement. Blaise lui prit la main, un geste qu'il avait vu les Gryffondors faire pour réconforter quelqu'un. Il fut surpris car sa peau n'était pas douce comme celle de sa propre mère. Des traces de vieillesse étaient présentes, traces que les mains de sa propre mère ne purent connaître car elle était morte trop jeune. Pourtant, il se dit là que, oui, c'était des mains de Maman : un peu rudes et fatiguées.

-Vous avez raison, Molly, les morts sont bien plus sages que les vivants. Ils ne nous en voudront pas d'essayer d'être encore heureux.

Mme Weasley serra les mains de Blaise en un merci silencieux. L'infirmerie vit une nouvelle relation se créer. Pas celui d'une Belle-mère et d'un Gendre mais plutôt celui d'une Maman qui avait perdu des enfants et d'un Fils sans Maman. Une relation qui ne pouvait que s'embellir et les faire sourire.

OoO

Harry fut surpris en voyant le nom qui était sur la lettre. Il s'enferma dans sa chambre, se préparant psychologiquement à se faire insulter ou pire ! Il l'ouvrit doucement, comme pour faire durer le moment et lut.

« Potter,

C'est étrange, ce nom sonne pessimiste quand je le dis. Peut-être devrais-je commencer par « Mr Potter » mais vous avez la moitié de mon âge et je ne peux vous appeler par votre prénom. Ce sera donc Potter. Je devais vous parler.

Le pardon nécessite du courage et de la force. Je ne suis pas de la maison des courageux, je suis de ceux que vous avez si longtemps appelé « les lâches ». Toutes ces années, il me semblait si simple de vous en vouloir parce que vous ressembliez à votre père. Il aurait été si dur de vous…. De vous aimer alors que vous ressembliez à l'homme qui a fait mon malheur.

Pourtant vous ressemblez aussi à la seule personne qui m'a donné un peu de joie dans ma longue vie. Vous avez bien plus que ses yeux. Vous avez son courage, sa force, sa tolérance, l'amour inconditionnel dont elle nourrissait son entourage… Mais j'ai mis longtemps à le voir. Votre mère aurait été si fière de vous voir ami avec un Serpentard, de vous voir si doux avec les gens différents. Aussi douce qu'elle a pu être avec Remus ou avec moi. Elle a été la lueur de beaucoup de personnes. Elle aurait dû être la vôtre aussi.

James l'aimait passionnément. Elle était la seule femme que Sirius respectait. Remus et elle étudiaient beaucoup ensemble. Et moi… Moi, elle s'est battue pour moi, elle m'a sauvé. Moi je l'aime depuis tant d'années que j'en ai perdu le compte. Nous aurions tout donné pour elle. J'aurai voulu donner ma vie pour elle, pour que vous puissiez la connaître, qu'elle puisse connaître l'enfant qu'elle avait tant désiré et tant chéri.

Potter, je vous parlerai de votre mère, de Lily Evans, de la fillette à la femme. Si vous acceptez, je vous dirai tout, de sa manie de vouloir sauver le monde à sa rancœur qui pouvait être incroyablement tenace, de ses plus belles humiliations à ses plus beaux moments de gloire. Je ne pourrais pas dire du bien de votre père, j'essaierai simplement de ne pas être trop cruel. Je le haïrai toute ma vie autant que je me hais car nous avons commis la même faute impardonnable : nous n'avons pas pu la sauver.

Votre mère a été le seul et unique amour de ma vie, la seule personne que j'ai aimée et que j'aime encore. Je n'arrêterai jamais de l'aimer. Pour elle, je serais moins cruel avec vous. Pour elle, j'accepte vos excuses.

Cordialement.

Severus Rogue.

PS : Je vous demande pardon de ma cruauté. Comprenez-moi, j'aurai tant aimé que vous soyez mon fils. »

Harry resta un moment sans rien dire, sans rien faire, presque bloqué. Puis doucement, il se mit à sourire. Il prit la photo qui était sur sa table de nuit et caressa le visage de Lily Evans qui était en mouvement.

-Je vais peut-être finalement réussir à te connaître mieux, Maman.

OoO

Luna était assise en face de Ronald à la Table des Gryffondors. Elle semblait plus le disputer que discuter avec lui. Ceci était très surprenant quand on connaissait la jeune femme, surtout que lorsqu'elle le faisait, sa voix était toujours aussi douce. Le Weasley la regardait bizarrement. Elle se leva et pointa la table des Serpentards.

Le roux se leva en bougonnant et alla vers l'endroit indiqué. Il s'arrêta en face d'une Serpentarde en particulier qui sembla surprise, elle qui était fixée sur son repas. Il commença alors sans préambule :

-Salut Pansy. Ecoute, Luna m'a dit que tu ne voulais pas aller au Bal parce que tu étais seule. Tu veux y aller avec moi ?

La jeune femme le regarda étrangement.

-Je n'avais rien dit à Luna, je pensais me faire porter malade, répondit-elle surprise.

Il s'assit à côté d'elle, se laissant presque tomber sur le banc.

-Tu connais Luna, elle prévoit des choses, elle les « sent » comme elle dit.

-Ne me dis pas que tu crois à ses bêtises ?

-Ça fait du bien parfois de croire en des bêtises, sourit-il. Comme ça te ferait certainement du bien de sortir, de respirer, de t'amuser. Je te promets que je te laisserai te moquer du fait que je ne sais absolument pas danser !

Elle le regarda droit dans les yeux, en faisant ce regard qui l'avait rendue célèbre pour être assassin, presque cruel. Il ne broncha pas et garda même son sourire. Elle soupira.

-Je suppose qu'elle ne me lâchera pas avant que j'accepte. Mais tu n'avais rien de prévu ? lui demanda-t-elle.

Il pointa son doigt en direction d'une autre Serdaigle que Parkinson ne connaissait pas mais qui était très belle.

-Je devais y aller avec elle.

-Mais… Alors pourquoi avoir accepté d'y aller avec moi ? interrogea-t-elle, en fronçant les sourcils d'un air sévère.

-Déjà parce que Luna peut se révéler très convaincante, commença-t-il avec un sourire. Mais aussi parce que je pense que je passerai une meilleure soirée en compagnie d'une amie plutôt qu'avec une fille de passage. Et puis, nous sommes tous les deux des amoureux éconduits. Je ne me vante pas de savoir ce que tu peux ressentir, je dis juste que moi aussi ça me fera du bien de ne pas me sentir seul ce soir-là.

La jeune femme se demanda si les yeux bleus de Ron avait toujours été aussi intenses, ou si c'était seulement elle n'y avait jamais réellement fait attention auparavant.

-Merci.

Ce fut le seul mot que Pansy put lui dire. Elle lui prit la main sous la table et la serra fort. Non, elle n'allait pas pleurer, pas encore, pas devant un aussi bel aveu. Alors elle serra fort sa main, pour lui dire qu'elle était là et pour le remercier de proposer d'être sa bouée au Bal. Elle comprit alors son immense chance d'avoir autant de bouées autour d'elle.

OoO

Harry attendait avec angoisse sa cavalière dans sa tenue de Bal, un costume noir et sobre. Lorsqu'il vit arriver Ronald, il ne put s'empêcher de rire.

-Quoi ? S'agaça le roux, en essayant d'aplatir ses cheveux rebelles.

-C'est juste que je ne peux pas m'empêcher de me rappeler de ta première tenue de Bal.

-Traitre ! Tu avais promis que plus jamais nous aborderions ce sujet humiliant !

Un grand éclat de rire lui répondit et l'ami du Survivant se mit à grogner dans son coin.

-Que vous êtes bruyant, vous, les Gryffondors, grinça une voix qu'ils reconnurent facilement.

Drago tenait par le bras Pansy et à leurs côtés il y avait Blaise, légèrement en retrait. La jeune femme ne put s'empêcher de faire une remarque à son tour.

-Je suis heureuse de constater que tu as laissé cette immonde tenue que tu avais au Bal du Tournoi dans ton placard, Weasley. Je n'aurai pas supporté l'affront qu'on prenne mon cavalier pour une grand-mère puante.

Ron en resta la bouche ouverte, surpris puis s'écria de plus belle :

-C'est ainsi que tu me remercies d'avoir abandonné une belle Serdaigle pour toi ?

-C'est moi que tu devrais remercier, d'avoir accepté une invitation aussi ratée ! s'exclama-t-elle avec toute la suffisance qu'elle possédait.

Exaspéré, il ne préféra ne rien répliquer et lui tendit son bras.

-Allez, viens Parkinson, allons au buffet. Je crois qu'il va nous falloir quelques verres pour réussir à passer la soirée ensemble !

Le léger sourire qui s'inscrivit sur ses lèvres réfuta ses paroles et elle le suivit, sans rien ajouter. Drago la regarda partir, presque surpris. Elle était belle son amie, sa presque sœur, dans sa robe noire, très simple. Elle avait l'air heureuse, malgré tout. La voix d'Harry le tira de ses pensées.

-Vous attendez Hermione et Ginny ?

Blaise grogna en signe d'approbation, l'air passablement énervé d'avoir à patienter. Il précisa, qu'elles avaient tenu à se préparer ensemble, ce qu'il trouvait étrange.

-Et toi, tu attends la Serdaigle bizarre ? demanda le métis.

-Non, j'attends N, répliqua-t-il avec une certaine froideur.

Il avait toujours eu du mal avec les moqueries, peut-être en avait-il trop reçu dans son enfance. Mais aujourd'hui, plus encore qu'un autre jour, il ne supportait pas qu'on se moque d'elle. Drago lui mit une main sur l'épaule.

-Tu as dû drôlement insister pour la convaincre de t'accompagner !

-Non. Je lui ai simplement demandé.

Il comprit alors que les Serpentards compliquaient toujours tout. Ils compliquaient leurs rapports avec les autres. Ils semblèrent vouloir lui demander des précisions mais deux jeunes femmes apparurent en haut des marches et cela eut le mérite de les faire taire. Harry ricana légèrement devant l'air médusé de ses amis. Bien sûr que ses amies étaient sublimes.

Ginny portait une robe verte, assez courte, avec une ceinture d'or qui fermait haut sur sa poitrine. Ses cheveux roux se mariaient très bien avec le vert qu'elle avait choisi. Blaise comprit directement qu'elle avait voulu lui faire plaisir et il en fut touché. Il l'attendit en bas des escaliers et lui baisa la main comme si elle était une princesse en lui disant qu'elle était magnifique. Harry s'étonna de cet élan de sensibilité chez un garçon si fermé. Il vit, par contre, que Drago était toujours aussi mesuré en public, tout comme sa meilleure amie.

Ils se regardaient comme surpris l'un par l'autre. Surpris peut-être de se trouver là, de se trouver aussi beaux. Peut-être se rendaient-ils compte qu'ils s'aimaient ? Drago apparaissait calme en apparence mais Potter n'avait jamais vu ses yeux briller autant. Les cheveux d'Hermione étaient relevés dans un chignon complexe que Ginny avait certainement dû faire. Cela dégageait la nuque délicate et le décolleté nu de la jeune femme. Sa robe pourpre était longue et, hormis la couleur, faisait penser à une toge romaine. Elle était ceinturée d'une bande argentée. De fines boucles d'oreilles tombaient et amplifiaient la longueur de son cou.

Drago mourut d'envie d'y plonger et de partir de cette maudite soirée. Il eut également envie de lui dire qu'il l'aimait, qu'elle était bien trop belle pour qu'il laisse d'autres que lui la voir. Il décida à cet instant, que cette femme ne serait dorénavant qu'à lui. Uniquement à lui. Elle lui sourit et s'excusa pour son retard. Il lui tendit son bras en retour et rentra dans la salle avec fierté, passant devant un Harry moqueur. Hermione lui lança un petit signe de la main et il lui fit un clin d'œil. Elle rougit.

Rapidement, il se retrouva seul à attendre. Il était 20h30 et l'ouverture du Bal avait débuté. Il était légèrement inquiet et pensa que, peut-être, elle n'allait pas venir. Il soupira. « Dieu que les femmes aiment se faire attendre ».

OoO

Luna était dans les bras de Théo. Ils dansaient. Ou plutôt Luna était collée contre le torse du jeune homme qui bougeait doucement. Ils ne suivaient pas le rythme de la musique. Quelle importance ? Ils étaient bien là, dans leur bulle. Pourquoi auraient-ils suivi le même mouvement que les autres ? Ils étaient heureux, ensemble, en marge. Ils avaient trouvé un équilibre entre réalité et imaginaire. A cet instant, l'imaginaire était plus fort que le reste et c'était parfait ainsi.

Quelques personnes les regardaient étrangement mais d'autres regards étaient tendres. Leur oubli de la réalité était touchant et presque enfantin. Cela fit soupirer Pansy.

-Qu'y-a –t-il encore Parkinson ? demanda Ron à sa cavalière.

Elle fit un signe de tête vers le couple qui dansait encore. Il sourit.

-Elle a l'air heureuse et Théodore également.

-Ils ont tous l'air heureux, répliqua-t-elle presque amère.

En effet autour d'eux, tous leurs amis étaient avec la personne qu'ils aimaient et tout semblait leur réussir à cet instant. Pourtant, elle savait bien que c'était faux mais elle ne pouvait s'empêcher de leur en vouloir.

-Ne fais pas ta grincheuse, Pansy. Pense plutôt que tu es dans les bras d'un des plus beaux hommes de Poudlard !

Il essaya de rire mais elle lui jeta un regard en biais.

-Ne me fais pas croire que tu n'es pas jaloux. Tu n'arrêtes pas de fusiller du regard Drago, et de dévorer Hermione des yeux.

Elle pensa alors en regardant la Gryffondor que Narcissa aurait été fière que son fils soit avec une telle beauté. Une beauté noble, même. « Bien noble pour une Sang de Bourbe, pensa-t-elle. » Cette phrase ne sonnait pas comme une insulte mais presque comme une surprise, une évidence. Elle n'avait jamais réalisé que l'amie du Survivant puisse avoir un tel charme.

-Je comprends pourquoi tu l'aimes. Il est vrai qu'elle est très belle.

Ron la regarda surpris et son humeur s'assombrit. Il posa alors une question qui lui brûlait les lèvres depuis qu'il savait pourquoi Pansy avait essayé de se suicider.

-Je l'aime pour bien d'autres choses que sa beauté.

Il ne lui laissa pas le temps de lui demander quoi et reprit directement.

-Mais toi, dis-moi, pourquoi aimes-tu Anthony ?

Elle ouvrit grand la bouche. La colère monta dans tous les pores de sa peau. Comment osait-il ? Comment osait-il lui demander ça ? Comment pouvait-il seulement prononcer ce nom alors qu'elle avait tant de mal à le nommer encore dans sa tête. Trop de douleur, hurlait son cœur. Elle voulut se dérober de ses bras mais il ne la laissa pas faire, la serrant contre ton torse.

-Tu ne mérites pas de savoir ça ! Lui cracha-t-elle.

-Je ne suis pas d'accord. Je suis ton ami, dit-il d'une voix douce et posée. Je suis venu te voir quand tu étais à l'infirmerie. Je ne t'ai jamais posé de questions. Ce que je sais, je le sais parce qu'on m'en a parlé.

Elle renifla dédaigneusement.

-Bien sûr, jamais je ne me serais abaissée à me confier à une personne telle que toi.

Il sourit. Quand un Serpentard se sent menacé, il attaque, il essaye de toucher le point sensible, là où ça fait le plus mal. Taper vite et fort, avant que l'autre ne le fasse. Frapper avant d'être frappé. Un acte qu'il aurait jugé plein de lâcheté auparavant mais qu'il comprenait aujourd'hui. Il ressentit un élan de compassion pour cette jeune femme entre ses bras. Il se demanda comment elle avait grandi pour réagir de cette façon.

-Ça te ferait du bien.

Elle le regarda, surprise. Il s'était remis à danser et la tenait toujours fermement. Il ne lui faisait pas mal. Elle regarda la main posée sur son bras et qui la guidait. Une main plus chaude que celle de Drago et plus tendre que celle de Blaise.

-Je sais que tu n'en as pratiquement pas parlé depuis que…

Il hésita puis reprit avec force. Il ne fallait pas que ça devienne un sujet tabou ou caché, sinon, elle en souffrirait. Les squelettes ne restent jamais éternellement dans les placards.

-Depuis que tu as essayé de te suicider. Mais ça te ferait probablement du bien, de pouvoir te libérer. Tout le monde semble vouloir le haïr mais si tu l'aimais, il ne devait pas être si monstrueux, n'est-ce pas ?

Elle retourna la tête et sentit les larmes monter en elle. Elles n'atteignirent jamais ses yeux. Ses perles bleues se refermèrent brusquement puis se rouvrirent durcies.

-Allez, Pansy. Je ne vais pas me moquer de toi. Moi, je sais bien que l'amour nous tombe dessus sans que l'on n'y fasse rien. On ne choisit pas la personne que l'on aime. Crois-moi j'aurais préféré tomber sur une autre fille qu'Hermione. Sûrement aurait-elle été plus facile à oublier que la fille que je vois tous les jours et qui maintenant sort avec un ami. Une femme beaucoup trop belle et trop intelligente pour moi.

Elle le regarda, surprise, et se rendit compte qu'elle n'y avait jamais réellement pensé. A l'amour que Ron portait pour Hermione. Tout le monde le savait mais personne n'y faisait attention. C'était devenu une habitude. Une habitude qui devait pourtant être douloureuse pour Ron. Elle hésita encore et rencontra ses deux grands yeux noisette. Ils étaient plein de douceur, d'amitié et de compréhension aussi. Alors elle inspira doucement.

-On s'est connu jeunes. Ses parents… ils étaient plus durs que les miens qui n'étaient déjà pas très tendres. Les miens ne me battaient pas. Ils étaient juste durs et exigeants. Bien sûr, j'étais punie mais pas de violence physique. Lui si. Son père était un sadique. Anthony souffrait beaucoup avec lui, plus que nous autres, autant que Théodore sûrement.

Elle s'arrêta un instant, se rappelant les blessures qu'elle avait vues sur le corps d'Anthony et dont il ne disait jamais rien. Il ne parlait jamais de lui. C'était un silencieux, ou plutôt il n'avait appris que le silence.

-Il m'a intriguée. Il était fier comme tous les Serpentard mais chez lui c'était encore plus fort. Il ne faisait rien qui n'avait pas un but précis, un objectif à atteindre. Il était aussi très orgueilleux. Je l'ai admiré pour cette fierté qui ne le faisait plier devant rien ni personne et cet orgueil qui le faisait devenir cruel parfois. Très vite, je lui ai pardonné toutes ses méchancetés, qu'il ait pu les faire aux autres ou à moi. Il n'avait pas la même chance que nous, je disais. Les autres me trouvaient stupide et naïve. Ils avaient raison mais… J'étais déjà tombée amoureuse. Il s'en est vite rendu compte. Il a d'abord voulu se moquer de moi mais j'ai senti que malgré tout, mes quelques gestes de tendresse envers lui le touchaient. Quelqu'un avait-il déjà été tendre avec lui ? Aujourd'hui encore je l'ignore. J'aime à penser que c'est moi qui lui ai appris la tendresse.

La main de Ron serra un peu plus sa hanche et la ramena vers lui, en sentant sa voix trembler légèrement.

-Les années ont passé, nous nous sommes fiancés. Bizarrement nos parents n'ont rien dit, même son père. Pour tout dire, je crois qu'ils avaient déjà prévu de nous marier. Peut-être est-ce pour ça qu'ils nous faisaient passer tant de temps ensemble ? Enfin, cela ne m'importait que peu. J'étais heureuse avec l'homme que j'aimais, rien d'autre ne comptait. Il était fort et courageux. Il avait ses défauts aussi. Il était jaloux et pouvait être cruel aussi. Enfin je l'ai déjà dit ça…

-Ce n'est pas grave, Pansy. Ton discours n'a pas besoin d'être parfait.

Tu n'as pas besoin d'être parfaite.

-Et puis, le temps des malheurs est arrivé. Voldemort est revenu. Mes parents étaient inquiets mais le père d'Anthony était ravi, aux anges. Il se voyait peut-être même prendre la place de bras droit. Anthony regardait avec froideur son géniteur comme il l'appelait se prosterner aux pieds d'un homme qui ressemblait à un serpent. Il m'avait dit qu'il ne voulait pas de ça, qu'il n'était pas un homme qui s'agenouillerait devant un autre…

Elle se mordit les lèvres.

-Alors je lui ai dit que moi non plus, que je ne voulais pas servir Voldemort. Il avait paru satisfait de ma réponse. Pourtant… Quand je suis partie avec Drago et Blaise, je pensais qu'il nous suivrait mais il n'a pas voulu. Il voulait que je reste avec lui. « Reste avec moi », cela avait sonné comme un ordre mais c'était la chose la plus tendre qu'il ne m'avait jamais dite. Je ne sais pas ce qui s'est passé dans sa tête mais… Je pense qu'il s'est perdu dans ce monde de ténèbres. Il était…

Elle s'en voulut d'y avoir pensé et encore plus quand les mots sortirent de sa bouche.

-Il était faible face à ça. Il avait une telle souffrance en lui, un tel besoin de rage. La rage le faisait survivre depuis bien trop longtemps.

Elle se sentit de nouveau au bord des larmes.

-Je pensais l'avoir adouci, lui avoir fait oublier sa rage mais non. Elle était toujours présente. Je pense qu'il s'est senti abandonné par moi. Moi qui ne voulais que vivre ma vie comme je l'entendais. Mon besoin de liberté l'agaçait autant que sa possessivité à mon égard. Nous étions indépendants mais nous avions besoin de l'autre. Je n'attendais de lui, rien de plus que ce qu'il voulait bien me donner. J'avais accepté tant de choses de lui, tant de choses…

Elle ferma à nouveau les yeux et Ron la fixa comme s'il la découvrait autrement. Il l'avait si souvent vue dure, presque impitoyable et exigeante. Il la découvrait comme une femme amoureuse prête à faire des concessions, à s'arranger avec l'être aimé. Il la vit femme, tout simplement.

-Et là, je découvre que non, qu'il est toujours cruel, que je suis naïve… Ç'a été une terrible déception. Ça m'a fait souffrir mais je m'étais dit qu'on se retrouverait après la Guerre, qu'il comprendrait. Je lui aurais pardonné, je lui aurais tout pardonné. Et après… On aurait été heureux. Mais il a été à Azkaban et j'ai compris combien il n'était plus le même. Peut-être avait-il toujours été ainsi ? J'avais déjà vu les regards méfiants que Drago lui lançait. Il avait peur pour moi mais je m'en moquais. J'étais forte, j'étais belle et amoureuse. Invincible.

Elle poussa un soupir de dédain.

-J'étais stupide. Et puis, j'ai ressenti ce besoin de lui écrire, de lui dire ce que je ressentais et il m'a répondu. Il m'a dit qu'il ne m'avait jamais aimée…

Encore une fois elle retint ses larmes et il la rapprocha encore de lui.

-Je ne peux pas croire que j'ai aimé un homme qui me hait, je ne peux pas le croire. Tous ses gestes, du vent ? Avais-je tout imaginé ? C'était trop, trop alors que cet amour me faisait trop souffrir. Je ne pouvais pas le supporter et après…. Je me souviens d'avoir hurlé, d'avoir pris ma baguette et…

Cela lui sembla absurde d'en parler là, au milieu de la Grande Salle transformée en Salle de Bal avec Ronald Weasley tout en dansant. C'était surréaliste. Peut-être est-ce pour cela qu'elle arrivait à en parler ? Parce que tout ceci rendait les choses moins dures, plus faciles… Alors elle décida d'avouer un autre secret.

-J'ai porté un enfant aussi. Oh, pas très longtemps. Deux mois mais j'étais si heureuse… Je l'ai perdu mais j'imaginais toujours qu'un jour, lui et moi en referions un autre. Et puis… J'aurais appris à cet enfant la tendresse, l'amour. Je lui aurais tout donné, tu m'entends tout ! Tout ce qu'on ne m'a pas donné et tout ce qu'on ne lui a pas donné. Un enfant à chérir, pour qui se battre, plutôt que ce froid toujours présent…

Il la prit dans ses bras. Elle en fut surprise.

-N'aies plus froid…

Elle s'arrêta de bouger et lui aussi. Ils se regardèrent, comme s'ils se voyaient pour la première fois.

-Ne tremble plus, Pansy. Nous sommes là. Je te donnerai toute la chaleur qu'il te faut…

Il hésita encore pour les derniers mots.

-Je ne sais pas s'il t'aimait ou pas. Je ne le connais pas mais… S'il t'aimait, sois heureuse pour qu'il soit heureux et s'il ne t'aimait pas, alors il ne te mérite pas. Et…

Il posa la main sur son ventre avec une grande douceur.

-Tu auras des enfants à chérir. Cela n'est qu'une question de temps. Après tout, Pansy Parkinson a toujours ce qu'elle veut ?

Elle le regarda, surprise, et reprit sa danse, même si ça ressemblait plutôt à un slow. Elle cala sa tête sur l'épaule de Ron, se rendant compte qu'il était vraiment très grand. Très gentil aussi. Il lui caressa le dos et pas à un seul moment, elle ne trouva ce geste ambiguë. Elle comme lui savait qu'aujourd'hui, ils venaient de se faire un confident de plus.

OoO

A 21h30, Harry n'avait pratiquement plus aucun espoir de voir N descendre. Pourtant, il ne pouvait s'empêcher d'attendre devant la Grande Salle. Il grimaçait chaque fois qu'un couple entrait ou sortait de la Salle de Bal. Il avait même grogné contre Hermione qui était venue voir si tout allait bien. Il trépignait sur place et n'en pouvait plus d'attendre. Il regarda une dernière fois la grande horloge. Exaspéré, il se dirigea avec rage vers le dortoir des Serdaigles. Il résolut avec une rapidité stupéfiante l'énigme du tableau et tenta de monter dans le dortoir des filles mais s'écroula en bas des escaliers. Il voulut se relever mais se prit les pieds dans sa cape. Dans une injure, il chuta encore sur les fesses.

Devant tout ce bruit, une jeune fille descendit des escaliers et Harry, qui était prêt à crier, ouvrit grand les yeux et demeura muet. C'était N mais en même temps, c'était comme s'il la voyait pour la première fois. Il la trouvait tout simplement magnifique dans la robe qui lui avait achetée. Le violet s'accordait parfaitement à ses cheveux et le décolleté lui donnait un port de tête digne d'une princesse. Il s'aperçut néanmoins que ses cheveux n'étaient pas coiffés et que ses yeux étaient rouges. Pourtant, il ne put s'empêcher de s'exclamer :

-Tu es superbe.

Elle rougit et fit un geste pour remonter mais il l'appela.

-Ne pars pas !

Elle hésita un instant et descendit une marche.

-Pourquoi tu n'es pas venue ? Je t'ai attendue.

Elle ne répondit pas. Il avait un mauvais pressentiment.

-Qu'y a-t-il ?

Comme elle ne disait toujours rien, il ne put s'empêcher de demander :

-Ton frère va bien ?

Une larme s'échappa de son œil bleu et il n'en fallut pas plus pour qu'Harry retente de monter l'escalier mais bien sûr ça ne marcha pas plus et il se retrouva encore en bas de l'escalier. Alors qu'il se frottait la tête, il entendit un léger rire. Il releva la tête et la vit rire en essuyant un de ses yeux, le bleu. Lorsqu'elle perçut son regard, elle se tut. Il tendit une main vers elle et elle descendit doucement.

Dès qu'il le put, il lui prit la main et la fit basculer en avant dans ses bras. Elle parut surprise un instant puis se détendit. Il se décala et ils s'assirent sur le canapé des Serdaigles dans la Salle Commune vide.

-Raconte-moi, chuchota-t-il en chassant les traces de larme de ses joues.

Elle eut l'air surprise de son geste mais se laissa faire. Il la trouvait étrangement malléable et cela l'effrayait légèrement. Elle mit un peu de temps avant de desserrer les lèvres puis avoua.

-Mon père m'interdit de rentrer chez moi après Poudlard.

Harry la regarda étrangement.

-Je n'ai nulle part où aller et je n'ai pas du tout d'argent. J'ai beau retourner le problème dans ma tête dans tous les sens… Je suis…

Elle se remit à pleurer.

-Qu'est-ce que je vais devenir sans argent et sans toit pour vivre ? Je ne pourrais même pas me payer un hôtel ! Je ne pourrais pas faire d'études, je n'ai jamais travaillé de ma vie, qui va m'embaucher !

Elle continua ainsi à expliquer toutes les conséquences de cet abandon paternel. Harry l'écouta attentivement et lorsqu'elle sembla ne plus avoir rien à dire, il prit la parole.

-Viens vivre avec moi.

Au vu du regard surpris de la jeune femme et presque choqué, il comprit qu'il avait mal formulé sa phrase. Il rougit et se mit à admirer la pointe de ses chaussures.

-Comprend-moi bien, Sirius, mon parrain m'a légué la maison des Blacks. Ce n'est pas vraiment une maison mais plutôt un Manoir… Nous allons en faire une collocation à la fin de l'année avec Hermione, Ron et Pansy qui ne souhaite pas vivre avec ses parents. Luna réfléchit aussi à s'y installer mais elle ne veut pas trop laisser son père seul. Tu peux te joindre à nous.

Elle le regarda comme s'il avait l'air d'un fou et cela ne sembla pas réellement le perturber.

-Mais… Tes amis n'accepteront jamais !

-Bien sûr que si ! affirma-t-il. De plus, je suis propriétaire, ils n'ont pas réellement le choix de suivre mes décisions !

-Mais je ne pourrais pas payer un loyer ! s'écria-t-elle, se rappelant qu'elle était fauchée.

Il haussa les épaules.

-Je te l'ai dit, je suis propriétaire. Mes amis ne vont pas payer de loyer d'ailleurs, nous allons juste nous partager les frais d'entretien de la maison et tu pourras parfaitement en être dispensée le temps que tu trouves un boulot ! Par contre, il faut que tu sois prévenue, c'est vraiment une maison abandonnée, il va falloir faire des travaux et pour ça, tout le monde devra aider.

N sembla réfléchir quelques instants et puis elle prit un air sérieux.

-Je veux bien à condition que tu acceptes que je vous rembourse tout dès que je pourrais !

-Si cela te fait plaisir, répondit-il en haussant les épaules. Aucun de nous n'en aura réellement besoin. Nous avons tous de l'argent au final.

Elle prit un petit air dédaigneux qu'Harry ne put s'empêcher de trouver déplacé.

-Ne crois pas que cet argent, nous en ayons voulu. Je suis certain que si on demandait à Ron s'il pouvait choisir entre ses frères ou la rente du ministère pour leurs morts, il n'hésiterait pas. En tout cas, si on me laissait le choix entre mes parents ou mon argent, je n'hésiterais pas un instant.

Elle baissa la tête, honteuse. Harry lui prit la main.

-Ca me ferait plaisir que tu viennes. Cette maison, c'est mon héritage mais elle a un passé si lourd. Elle semble si austère… J'ai besoin de mes amis et de toi pour la rendre vivante.

Elle sourit et caressa légèrement les doigts du jeune homme.

-Puisque c'est pour t'aider, j'accepte ta proposition.

Les yeux du Gryffondor se mirent à briller et il se leva :

-Alors maintenant que tu peux penser ton futur plus sereinement : m'accorderais-tu cette danse ?

-Potter, je ne vais pas aller au Bal dans cet état !

-Qui parle d'aller au Bal ?

D'un geste de baguette magique, une musique s'éleva dans l'air et il attira N contre lui.

Je ne sais même comment cela est arrivé,
J'ai baissé ma garde
Juré que je ne retomberais jamais plus amoureuse, mais je le suis tombée éperdument

N eut un léger rire et pencha la tête contre le torse du jeune homme. Elle ferma les yeux. Il sentait bon, elle ne s'en était jamais réellement rendu compte mais son odeur était rassurante, apaisante…

Je suppose que j'aurais dû le voir venir,
Prise par surprise
Je ne regardais pas où j'allais
Je suis tombée dans tes yeux.

Mais c'était sa faute aussi, il lui était rentré dedans ! Elle n'avait pas pu éviter son regard, ses deux grands yeux verts troublants… Comment diable cet homme pouvait-il avoir des yeux aussi innocents et fascinants ?

Tu es arrivé dans mon monde fou,
Comme une onde fraîche et purifiante.
Avant je sache ce qui me frappait bébé,
Tu coulais dans mes veines.

Harry la serra plus fort contre lui. Elle était fraîche, elle était vraie, pleine de vie, pleine d'humeurs, pleine de… En réalité, le simple fait qu'elle soit là, rendait son monde un peu moins sombre et un peu plus vivant.

Je suis accro à toi,
Accrochée à ton amour,
Comme une puissante drogue
Dont je ne peux pas avoir assez.
Perdue dans tes yeux,
Noyée dans le bleu
Hors de contrôle,
Que puis-je faire ?
Je suis accro à toi !

Ils ne se regardaient pas vraiment. N se demandait pourquoi il avait choisi cette chanson et lui espérait qu'elle comprendrait sans qu'il ait besoin de parler. Il avait toujours été si malhabile avec les mots, avec les femmes. Il ne voulait pas la faire souffrir, il ne voulait pas qu'elle soit froissée. Mais il était tellement nul…

Quand la nuit s'impose par la fenêtre,
Dansant dans la salle.
Je deviens hypnotisée,
Je plane avec du parfum.
Je ne pourrais plus vivre sans toi maintenant,
Oh, je sais que j'en deviendrais folle,
Je ne voudrais pas passer une nuit seule bébé,
Je ne pourrais pas supporter la douleur !

Ils avaient été seuls pendant si longtemps. Peut-être est-ce pour cela que le Destin les avait réunis ? Pourquoi qu'ils ne soient plus seuls. Doucement, avec une certaine appréhension, ils comprenaient que dorénavant, ils auraient besoin d'être ensemble. Cela sembla effrayer N, qui voulut s'éloigner mais Harry la retint serrée contre lui, en la fixant intensément.

Je suis accro à toi,
Accrochée à ton amour,
Comme une puissante drogue
Dont je ne peux pas avoir assez.
Perdue dans tes yeux,
Noyée dans le bleu
Hors de contrôle,
Que puis-je faire ?
Je suis accro à toi !

Que puis-je faire ?

Elle arrêta de bouger. Ils se perdirent un instant dans le regard l'un de l'autre. Il posa sa main sur sa joue avec une simplicité et une douceur qui la déconcerta totalement. Elle ferma les yeux apprécia ce moment de tendresse comme elle n'en avait que peu connus. Lorsqu'elle les rouvrit, elle vit qu'Harry l'observait toujours avec le même air amoureux. Alors une petite, une minuscule voix au fond d'elle lui souffla :

« Peut-être est-ce enfin ton tour d'être aimée… »

OoO

-Tu es là.

Hermione se retourna pour voir Luna derrière elle. Debout, elle la regardait fixement, ses grands yeux bleus dégageaient toujours une grande douceur. Le jupon de sa robe jaune flottait dans l'air, comme ses cheveux qu'elle n'avait pas attachés. Elle portait un manteau d'homme sur ses épaules et la Gryffondor pensa qu'elle paraissait encore plus petite ainsi. Une vague de tendresse la traversa, elle se précipita vers son amie.

-Qu'est-ce que tu fais là ? Tu vas prendre froid !

Luna sourit doucement tandis que Granger lui frictionnait les épaules.

-Toi, tu n'as même pas pris de veste.

L'interpellée fixa avec surprise ses bras nus.

-J'ai connu des hivers plus rudes que ça, répliqua-t-elle.

-Ta voix redevient sombre.

-Que me veux-tu Luna ? S'agaça Hermione. Tu devrais être avec Théodore.

-Tu manques à Drago.

Hermione recula légèrement et se retourna pour admirer la neige tomber doucement sur la végétation du Parc de Poudlard.

-J'avais besoin de paix, chuchota-t-elle. Il fait si chaud à l'intérieur, tout le monde paraît si…

-Heureux ? Termina Luna.

Son amie ne dit rien mais sourit simplement. Lovegood était toujours aussi forte pour savoir ce que ressentaient les autres.

-Tu veux que j'aille chercher Drago ?

-Non ! s'écria Hermione.

Cette réaction interpella la Serdaigle.

-Harry. Si tu veux, tu peux aller chercher Harry, reprit-elle plus doucement.

-Il n'est pas là, expliqua l'excentrique. Je ne l'ai pas vu.

-Oh…

La Gryffondor ne put s'empêcher de froncer les sourcils.

-Il doit avoir retrouvé N, quelque part.

-La jolie princesse aux yeux vairons ? demanda Luna.

Granger ne put s'empêcher d'éclater de rire.

-Elle n'a rien d'une princesse.

-Toutes les princesses ne sont pas heureuses. Toutes les princesses ne vivent pas dans une jolie tour au milieu d'un château. Certaines sont condamnées à vivre dans les cachots mais cela n'enlève rien à leur titre ni à leur grâce.

La lionne fixa Luna avec étonnement puis sérieux.

-Alors tu penses qu'elle pourra le rendre heureux ?

Lovegood hocha la tête avec indulgence.

-Bien sûr. Les princesses ne peuvent que rendre les hommes heureux. Elles ont tant d'amour à donner.

Le visage d'Hermione se ferma et elle continua à observer le Parc de Poudlard.

-C'est vrai que j'en ai si peu moi…

Encore un hochement de tête qui fit grogner la jeune femme. Elle avait l'impression d'être considéré comme une gamine qui ne cesse de faire des erreurs.

-Toi aussi tu as de l'amour à donner, rajouta Luna. Tu en as déjà donné dans ta vie, tu continues à en donner. Tu n'es pas une princesse toi, c'est vrai. Tu es une reine. Et les reines savent des choses que les princesses ignorent. Les princesses sont capricieuses alors que les reines ne peuvent se le permettre, elles agissent pour le peuple même si ça leur déchire le cœur.

La Gryffondor l'écouta et la regarda perplexe.

-Je ne crois pas que Drago me voie comme une reine. Je pense qu'il croit que je suis une pauvre femme dépressive.

Elle cracha les derniers mots avec tellement de colère que Luna se rapprocha de son amie et se mit à lui caresser les cheveux tendrement.

-Il n'arrête pas de me voir pleurer ou triste… continua-t-elle, d'une voix presque morte. Il est tout le temps près de moi, comme si j'allais m'effondrer. Il me voit simplement comme ça, faible…

-Si tu crois ça, c'est que tu es naïve.

Hermione ne put s'empêcher d'éclater de rire, c'était étrange pour Luna de dire cela, bien trop ironique.

-Que pourrais-je croire d'autre ? Je suis devenue faible…

-Drago ne le pense pas.

Un petit silence s'en suivit. Un silence durant lequel Hermione se rendit compte qu'elle avait la chair de poule. Bizarre, elle ne ressentait pourtant pas le froid.

-Personne qui t'a connue pendant ces huit dernières années ne peut penser que tu es faible. Personne qui t'a vue à l'Ordre ne peut même songer à ça.

Plus de folie dans la voix, plus qu'une profonde réalité, douloureuse. La Gryffondor releva la tête et tenta encore de paraître forte et courageuse mais ses lèvres tremblèrent, doucement, silencieusement. Les larmes ne coulèrent pas sur ses joues, elles étaient restées coincées, plus haut, bien plus haut dans l'esprit et le cœur de la jeune femme. Seules ses lèvres tremblèrent.

-Tu recommences, gronda Luna avec sa voix douce. Tu t'empêches de pleurer. N'avais-tu pas dit que tu ne ferais plus semblant ?

-Je ne veux plus être malheureuse.

Les mots étaient des poignards dans le cœur des deux jeunes femmes, l'une parce que les dire lui rappelait trop d'années de malheurs et l'autre parce qu'elle ne supportait plus de voir les autres souffrir.

-Ce n'est pas en t'interdisant de pleurer que tu seras heureuse. Ne comprends-tu donc rien ?

-Non, Luna, je ne comprends strictement rien à la vie. Je ne comprends rien à ses mœurs, à ses plans, à ses desseins… Je ne comprends pas pourquoi elle monte des obstacles sur notre passage. Je ne comprends pas pourquoi elle fait en sorte qu'ils soient comme insurmontables, immenses. Des obstacles, des défis qui nous changent profondément, cruellement… A chaque barrière franchie, une autre plus haute, plus grande, plus… Elle se tut quelques instants et reprit avec une note de désespoir dans la voix : Y aura-t-il le bonheur au bout de ce chemin ? Après toutes ces souffrances, je pourrais enfin être pleinement heureuse, n'est-ce pas ?

La Serdaigle avait écouté attentivement son amie. Son regard était rarement aussi sérieux et concentré. Elle pencha finalement la tête sur le côté.

-Tu n'as donc toujours pas compris ? Tu attends donc véritablement le bonheur au bout de tout ça ?

Hermione hocha la tête, convaincue.

-Le bonheur ne s'attend pas, ma Reine. Le bonheur se vit, se ressent à chaque instant de notre vie. Le bonheur, ce sont tous les instants que l'on peut saisir où l'on se sent bien, où l'on trouve quelque chose de beau, où on rit, on sourit… Le bonheur, ce n'est pas à la fin, c'est sur le chemin. Si tu attends le bonheur, tu ne le trouveras jamais, il faut que tu le saisisses.

-Je ne comprends pas, s'écria la Gryffondor, agacée. Ton explication n'est pas claire, ce n'est pas logique.

-Alors je vais te rendre les choses plus concrètes, reprit Luna. Le concret, c'est ce qui te parle le mieux non ? Pour moi, le bonheur c'est les flocons de neige qui tombent sur tes cheveux et leurs donnent un aspect irréel. C'est Théodore qui met sa veste sur mes épaules parce qu'il a peur que je prenne froid. C'est de voir Pansy courir après Ronald parce qu'il a renversé sa boisson sur sa robe. C'est d'entendre Blaise et Drago parier sur l'état de ce pauvre Soleil quand leur amie l'aura attrapé. C'est Théodore qui m'embrasse. Ce sont les rires de tous les élèves qui m'entourent. C'est de pouvoir danser jusqu'à ce que je n'aie plus de souffle. C'est de voir Ginny flamboyante comme autrefois. C'est d'être là avec toi, avec une amie. Tout cela, c'est le bonheur. Alors que je sais qu'il me reste des épreuves, que nous sommes tous loin d'être guéris, d'être sauvés, d'être comme avant. Malgré tout ce qu'on peut croire, j'ai conscience de toutes nos difficultés, de toutes nos épreuves. Je tremble parfois le soir dans le lit, je m'accroche à Théodore, je pense qu'il va s'enfuir comme tous les autres. J'hurle d'un seul coup parce que j'ai peur. Les Nargoles sont là, autour de moi, prêts à me faire du mal, à m'expliquer que je ne suis rien. Mais je me concentre sur les bras chauds de Théo et alors je me rends compte que le bonheur est là, à portée de main. Ça me rappelle la sensation du soleil sur ma peau et je comprends.

-Mais que comprends-tu? S'impatienta-t-elle.

-Que même des tout-petits bonheurs peuvent chasser les malheurs.

Hermione la fixa, surprise et voulut répondre mais une voix les interrompit.

-Qu'est-ce que vous faites là ?

C'était Drago qui les regardait, perplexe. Luna lui sourit.

-On discutait simplement. Je vais rejoindre Théodore.

Elle enleva un flocon des cheveux de la Gryffondor et partit en riant. Le Serpentard songea qu'elle resterait une énigme puis se retourna vers sa petite-amie et fronça les sourcils.

-Tout va bien, Mia ?

La jeune femme leva les yeux et trouva ceux du blond qui étaient un habile mélange d'amour et d'inquiétude. Depuis quand y'avait-il de l'amour dans les yeux de Drago Malfoy ? Etait-elle finalement si enfermée dans sa tristesse qu'elle ne l'avait pas vu ?

Il s'approcha d'elle et la prit dans ses bras.

-Idiote de Griffon ! Tu vas tomber malade à sortir sous la neige habillée comme ça !

Son ton était piquant et irritant, pourtant, elle enfouit son nez froid dans le cou du jeune homme et soupira. Luna avait raison. Hermione ne devait pas oublier d'être malheureuse mais pas non plus d'être heureuse. Parce que là, elle était heureuse, elle se sentait très exactement à sa place.

-Je n'ai pas froid, murmura-t-elle alors qu'elle se blottissait encore plus dans ses bras.

-Le bout de ton nez est gelé ! grogna-t-il. Allez viens rentrons au chaud.

Il voulut s'éloigner mais deux petites mains attrapèrent sa chemise et le tirèrent avec brutalité contre la Gryffondor. Elle l'embrassa avec une fougue qu'elle n'avait pas ressentie depuis longtemps. Alors c'était si compliqué la vie ? Alors c'était ça ? Dans ce baiser, elle essaya de lui transmettre toute sa colère, toute sa rage de vivre, sa colère, son envie de s'enfuir, son amour, sa tendresse refoulée, son incompréhension, tout. Et elle comprit ce que voulait dire Luna.

Elle avait le droit d'être malheureuse, le droit d'être triste, si elle n'oubliait pas d'être heureuse à côté. Alors c'était ça, le secret de la vie et du bonheur. Pendant que Drago lui rendait son étreinte avec la même passion, elle se promit que dorénavant, elle aurait ce courage, ce courage d'être triste, de pleurer mais aussi de relever la tête.

A suivre.