Title: Désir et Jalousie - chapître 8: Le corps malmené.

Author: kill_titi

Pairing: AS/S, Albus Severus/Scorpius

Rating: R maybe M later

Summary: Voir le chapitre 1

Disclaimer: belong to JK Rowling

Bonjour à tous !

Le voici ! Le 8ème chapitre de cette histoire !

Je tiens à m'excuser pour le temps que j'ai mis à poster ce chapitre. J'ai eu beaucoup de mal à le sortir et il s'agit d'un chapitre de transition ce qui l'a rendu encore plus difficile à écrire.

Par transition, je veux dire qu'il prépare une action et une sorte de changement chez certains des personnages, et donc l'action en elle-même n'est pas présente. Et quand on n'a pas écrit depuis longtemps, devoir s'y remettre sur un passage intermédiaire, ce n'est pas ce qu'il y a de plus simple.

Ensuite, après avoir terminé mon autre fanfic, j'étais dans une ambiance totalement différente. Le temps avait passé et je ne parvenais plus à retrouver l'esprit avec lequel j'avais entamé cette histoire. Elle a commencé à un moment bien particulier. C'est pourquoi j'avais du mal à me rappeler de cet état... un état pas top à vrai dire.

Je l'ai retrouvé vers la fin du chapitre. Je suis donc repassée sur l'ensemble en espérant qu'il serait imbibé de cette ambiance le plus possible.

J'espère que la suite vous plaira! Et pardon encore...

Musique: Lana del Rey : Dark Paradise


Chapitre 8 : Le corps malmené

Scorpius se mordilla la lèvre nerveusement, alors qu'il arrivait devant la Salle sur Demande, à l'heure indiquée sur le billet que James lui avait laissé. Il avait abandonné Albus dans la bibliothèque, promettant d'être de retour pour le dîner. C'était la dernière fois, il le lui avait promis. Mais tandis qu'il avançait dans ce couloir sombre, détestant le seul bruit de ses pas qui résonnaient sur les pierres froides et dans le noir, Scorpius sentit une sensation désagréable au creux de son estomac, la peur des conséquences.

Cacher les choses plutôt que de se rebeller, plutôt qu'affronter, avait toujours été plus facile pour lui, ou plutôt cela s'accordait à sa nature. Et ce soir pourtant, il devait apprendre à refuser, à dire non et se retrouver face à la colère d'un homme plus fort que lui et cela seul, sans Dorian, sans Albus. Car aucun d'eux ne pouvait savoir.

Il tourna à l'angle, ralentissant le pas et s'arrêta quand il aperçut James qui se tenait devant la porte invisible de tous. Il fixait le mur, impassible. L'instant où il porta ses yeux sur le sol, il sembla triste. Scorpius ne sut pourquoi, mais cela lui donna la nausée, non de dégoût mais d'absurde. Il avança vers Potter. Au son de sa marche, celui-ci leva son regard, toute trace de mélancolie envolée. Il souriait. Et Scorpius détestait cela. Potter sembla l'étudier un moment, et une lueur féroce se forma dans ses yeux, si vive que le jeune Malfoy eut envie de fuir. Un bruit trainant et roc à la fois se fit entendre et le mur du 7ème étage se troubla, glissa et se transforma en une porte secrète si connue des deux amants.

Quand ils pénétrèrent dans la salle magique, Scorpius eut un mouvement de recul. La pièce ressemblait tant à la Salle commune des Gryffondor qu'il eut un instant peur d'être surpris par un des élèves en compagnie de James. Les tableaux différaient, le canapé était plus élimé et surtout la pièce n'était pas en désordre contrairement aux appartements des Lions.

Il sentit des doigts brulants écarter ses cheveux, libérer sa nuque. Des lèvres se posaient sur sa gorge. Les mains se frayèrent un passage sous ses bras, entourant ses hanches. Il fut plaqué contre une poitrine dure. Il sentit les lèvres de James sur sa tempe et descendre doucement sur son cou, des doigts tiraient sur ses cheveux, et la bouche embrassait la peau dénudée au-dessus du col de sa chemise.

«Cela aurait été notre décor, murmura James, le serrant plus fort contre lui, si je n'étais pas si en colère contre toi...»

Dans un tourbillon, la pièce perdit son aspect emprunté et garni. Les tapisseries rouges glissèrent des murs pour disparaître, les flammes s'éteignirent quand la cheminée se désintégra, le parquet s'étira, enfla puis s'évanouit en poussière, laissant le sol nu et la pierre apparente. Les murs aussi prirent le reflet grisâtre des briques du château.

Au milieu de cette salle vide et froide trônait une chaise de bois, grossière, sans artifice.

La gorge de Scorpius se serra. Il se libéra de l'étreinte de James et se tourna vers lui, effrayé. L'homme qui le regardait lui fit peur, son œil était trop sombre et sa bouche amère.

«C'est pour ce que tu as dit l'autre soir. C'est pour nous avoir insultés. Tu n'as donc rien appris… Je pensais que tu avais compris que tu n'avais aucun droit de nous mépriser. Pour qui tu te prends… ? » Ses doigts s'enfonçaient dans la chair de ses bras, jusqu'à lui faire mal.

Scorpius se dégagea et recula, secouant la tête. Non, il ne voulait pas cela ainsi. L'idée de se trouver sur cette chaise lui donnait la nausée. Il aurait préféré que Potter le roue de coups plutôt que subir cela. James s'approchait de lui, le dominant de sa stature, plus grande et bien plus forte.

« Ne parles plus de nous ainsi » râla-t-il dans un souffle brulant, si proche de son visage qu'il lui caressait les joues, et il embrassa brutalement Scorpius, l'enserrant dans ses bras puissants, l'attirant, le portant presque, jusqu'à la chaise.


Irrité, Albus releva à nouveau son regard vers la pendule de la Grande Salle. Scorpius était en retard. Plus qu'en retard en fait, il avait raté le diner. Il l'avait quitté à la sortie de la bibliothèque, une excuse silencieuse dans son regard alors qu'il s'éloignait vers un lieu où Potter n'avait apparemment pas sa place. Et la grande aiguille de horloge de la bibliothèque avait fait défiler les minutes comme une moquerie incessante qui lui rappelait qu'il ignorait où Scorpius passait ce temps si précieux, ni avec qui…Fatigué d'écraser avec sa fourchette la nourriture qu'il n'avait pu avaler, Albus lâcha son couvert qui atterrit lourdement sur le bois avant de tomber à terre. Ne faisant aucun geste pour le ramasser, il se leva de son siège, repoussant le banc en bousculant quelques peu les élèves qui y étaient assis et traversa l'allée de la grande Salle. Alors qu'il franchissait la porte, ses yeux se posèrent sur le jeune garçon aux cheveux blonds qui descendait les escaliers. Celui-ci semblait essoufflé. Ses joues étaient empourprées, ses cheveux emmêlés et ses lèvres rouges et gonflées comme après un lourd baiser. Albus ne sut pourquoi mais son apparence l'écœura.

« Tu es en retard.

- Je sais, désolé.

- Ok laisses tomber, répliqua-t-il, amer. Tu as vu James. Lui aussi est en retard. On devait se voir ce soir pour le Quidditch après le dîner.

- Non. Scorpius rougit et son regard ne rencontrait pas les yeux d'Albus.

- Tu as couru ?

- Non, pourquoi ?

- Tes joues sont roses et tes cheveux sont un peu humides, dit Albus en passant les doigts sous les cheveux de Scorpius, effleurant sa nuque. Celui-ci se raidit et tenta d'échapper à sa main d'un mouvement sec. « Pardon… » Potter hésita un instant et demanda : « Tout s'est passé comme tu voulais ? »

Scorpius se retint de baisser les yeux. Il n'avait rien à répondre. Il n'avait pas pensé rester aussi longtemps dans la Salle sur Demande, mais James n'avait pas voulu le laisser partir.

James avait fini par céder à sa panique honteuse et avait abandonné l'idée de le prendre comme une poupée de chiffon, à cheval sur une chaise de bois bancale. Il l'avait couché sur un lit de cousins de plumes écarlates et il lui avait fait l'amour deux fois ce soir, l'écrasant de son corps contre le sol moelleux et improvisé, imprimant la marque de ses doigts dans ses côtés fragiles. Quand ce fut fini, quand James s'était retiré de lui et qu'il avait enfin ouvert les yeux, il avait voulu parler à Potter, surmonter la peur qui lui donnait des hauts de cœur et lui dire que c'était terminé. Mais son regard avait croisé celui de son amant et à nouveau il avait cru y lire la tristesse qui lui avait paru si étrange un peu plus tôt. Elle fut rapidement remplacée par une lueur de colère brillante, si différentes des lèvres douces qui se posèrent soudain sur les siennes. Il l'avait repoussé et avait désiré à nouveau lui parler, mais James lui avait froidement demandé de partir. Et Scorpius n'avait pas hésité, attrapant les quelques vêtements qui lui avaient été retirés et s'habillant à la hâte, il avait quitté la pièce, laissant James assis sur leur lit de plume, le regard dans le vide.

Mais maintenant qu'il se trouvait devant Albus, il regrettait sa fuite. Car au fond rien n'avait changé n'est-ce pas?

« Je vais au dortoir chercher mes cours. Rejoins-moi à la bibliothèque quand tu auras fini. D'accord ? »

Albus sentit la colère l'envahir, alors que Scorpius changeait à nouveau de sujet, lui refusant toute réponse. Il fut sur le point de répliquer quand il aperçut James qui descendait le grand escalier, se dirigeant vers lui.

« C'est maintenant que tu te montres ! s'exclama-t-il devant la démarche relaxée de son frère. «Nous devons faire le planning des entrainements et des compétitions ! Qu'est-ce que tu fichais !?

- C'est bon, je suis là maintenant et ce que je faisais ne te regarde pas ! »

Le ton était âpre, sans la teinte railleuse qui caractérisait tellement la voix du jeune homme. Une humeur sombre alourdissait ses traits.

« Tu as raison, répliqua Albus. Ce que tu fais avec la première garce venue ne me regardes pas, mais sois à l'heure.»

James eut un sourire mesquin, jaugeant son frère de haut en bas, méprisant, puis tourna les talons. Albus resta un instant figé à le regarder partir, surpris par sa froideur.

« Il vaut mieux que j'y aille, dit-il en se tournant vers Scorpius qui se tenait toujours à ses côtés, le corps tendu. La constitution du planning devrait prendre une heure toute au plus. Je te rejoins à la bibliothèque après. »

« Bien, murmura Scorpius qui fixait encore le sol, visiblement pressé de partir. Albus le regarda remonter le Grands Escaliers, conscient que les choses lui échappaient à nouveau. Mais il était lui-même en retard et rejoignit au pas de course la salle de classe donnée pour le rendez-vous des capitaines, talonnant James.

-Ah les Potter, ravie que vous daigniez vous joindre à nous ! s'exclama Kate Davies, levant les yeux des parchemins où couraient quatre plumes d'encre. Alors que les deux hommes s'approchaient de la table de réunion, la Capitaine de Serdaigne arrêta les plumes d'un coup de baguette et leur tendit à chacun un planning sur parchemin.

« Nous avons commencé sans vous, après votre première demi-heure de retard.

- Parfait, s'exclama James en se laissant glisser sur une des chaises vides, puisque les Serdaigles ne brillent pas sur le terrain, autant qu'ils servent à quelque chose. Gratter du papier vous va si bien.»

Kate lui fit un doigt que James accueillit d'un clin d'œil. Les joues rougies Davies poursuivit, pointant sa baguette sur le calendrier que scrutait Albus :

- Le premier match sera Gryffondor contre Serpentard et aura lieu la semaine prochaine. C'est un galon d'essais en public qui ne compte pas pour le championnat. La semaine suivant, le match opposera les deux autres maisons. Les 3ème et 4ème matchs seront déterminés selon les vainqueurs des deux amicales.

- Pourquoi nos équipes sont-elles les premières à concourir ? demanda Albus en levant son regard sur la jeune fille aux yeux bruns et brillants. Vous n'avez pas tiré au sort?

- Nous aurions tiré au sort si vous n'aviez pas eu presque 1h de retard, dit Reese Smith. Mais puisque vous avez pris votre temps, nous nous sommes dit que vous étiez prêts et que vos équipes n'avaient pas besoin de deux semaines d'entrainement. C'est logique non ?

Agacé, Albus faillit répliquer, mais James le coupa :

- N'aies pas peur petit frère, après tout ce n'est qu'une rencontre amicale.

- Une rencontre amicale devant un public n'a rien d'amical quand cela vous concerne, dit Smith en enfilant son écharpe rayée d'orange. Essayez de garder les terrains praticables.

- Attendez, vous faites quoi là? s'exclama Albus, en regardant les deux joueurs de quidditch rassembler leurs affaires.

- On se tire, dit Kate en attrapant son sac, suivant le Capitaine de Poufsouffle. Nous avons fini. Si le planning ne vous plait pas, faites nous passer une note.» Elle s'arrêta alors qu'elle passait à côté d'Albus: «Félicitations pour ton poste de Capitaine. J'ai hâte de jouer contre toi.» Bien que le ton fût hautain, le sourire fut chaleureux et plein de promesses alors que la jeune fille aux cheveux noirs dévisageait le jeune Potter. Il garda le regard portait sur sa bouche rouge et pleine quand la main de Kate se posa délicatement sur son épaule, rassurante mais trop caressante pour être innocente, remontant lentement jusqu'à lui effleurer la nuque en passant.

-Charmant… sourit Albus en suivant des yeux la jeune fille qui sortait de la pièce.

- Leurs équipes ne valent pas un clou, il faut bien qu'ils s'imposent quelque part.» Albus se tourna vers son frère, se rendant compte que le jeune homme n'avait rien vu de son échange avec Kate. «Ils pestent en coulisses et on les écrase sur le terrain. C'est de bonne guerre.» Il étudia un instant le planning. « Le premier match Gryffondor contre Serpentard est dans une semaine… C'est court pour entrainer ton équipe, surtout avec un nouvel attrapeur.

- Il sera prêt. Il a du talent.

- Hum. Qui aurait cru qu'il était aussi doué.

- Moi, je le savais.

- Encore faudrait-il qu'il ait envie de jouer, dit James, arborant toujours son sourire méprisant. Tu l'as forcé à passer les essais n'est-ce pas?

- Il a tendance à vouloir s'isoler et je ne pense pas que cela soit bien. C'est mon ami et j'ai fait ce que je jugeais bon pour lui. Même si cela peut paraître égoïste, il est fait pour cette équipe et pour ce poste.

- Ton ami... répéta le garçon, grimaçant comme si le mot lui déplaisait. « Il a une manière particulière de le montrer. De mon point de vue, tu es plus son pantin qu'autre chose.

- Ton point de vue ne m'intéresse pas. Surtout concernant Malfoy. Tu le déteste depuis qu'il est arrivé à Poudlard. Mais tu ne sais rien sur nous. Alors garde tes remarques pour toi. Scorpius et moi nous sommes bien ensemble et cela ne te regarde pas.» Il avait conscience que sa voix s'échauffait. Il plaidait trop fort, comme s'il voulait se convaincre lui-même. Il sentit la frustration glissait en lui comme les mots sur sa langue. Car Scorpius ne lui disait rien. Il était son ami mais il ne lui disait rien, et cela rendait vraiment Potter malade, profondément écœuré. Mais il ne voulait pas que James sache cela. «Et même si comme tu dis je suis son pantin, il l'est aussi pour moi. » James écarquilla les yeux à ces mots et Albus continua : « C'est vrai, je l'ai obligé à jouer, parce que je voulais les meilleurs joueurs pour mon équipe. Je veux gagner. Pour cela j'ai besoin de lui et il l'accepte. Scorpius et moi allons reporter la coupe cette année.

- C'est un bel espoir, mais nous sommes meilleurs. Et puis… » Il se tourna vers son frère, passant la langue sur ses lèvres. « C'est toujours plus simple de gagner quand votre famille vous encourage depuis les tribunes de votre équipe. »

Albus se raidit, abasourdit, comme s'il découvrait son frère pour la première fois et détestait son reflet. Le garçon qu'il avait toujours admiré malgré leur rivalité lui apparaissait sous une lumière nouvelle et effrayante, comme un insecte, monstrueux et cruel. Lors de son premier match dans l'équipe de Serpentard, durant sa second année à Poudlard, Albus avait pleuré dans les vestiaires, quand il avait vu qu'aucun membre de sa famille n'avait daigné s'asseoir dans les gradins des serpents. Ses yeux étaient encore rouges quand son père l'avait rejoint dans les coulisses pour le féliciter, malgré sa défaite. Il avait feint l'indifférence ce jour-là, mais pas assez pour convaincre Harry. Dès lors c'était devenu une tradition, la venue du Grand Harry Potter dans les vestiaires, après chaque match, pour encourager les Serpentards. Un grand réconfort pour Albus, car personne d'autre ne venait.

« Alors tu sais. Tu sais à quel point ça me fait mal que maman refuse d'encourager mon équipe, que notre famille se ligue contre moi, simplement pour une tradition de Gryffondor.» Albus avait crié, malgré lui. La colère enflait , désastreuse. James déglutit et détourna les yeux de son frère, sombre. Le rouge lui montait aux joues. Albus ne sut dire si c'était de colère ou de honte. Il lui attrapa le col, le tirant vers lui pour qu'il le regarde, comme lorsqu'ils étaient enfants et que James faisait exprès de l'ignorer, jusqu'à le faire pleurer. «Tu le sais et en plus tu t'en vantes ? ça t'amuse de me faire ça ? »

D'un geste brusque, James se leva, repoussant son frère sur la chaise qui faillit basculer et se dirigea vers la porte. Sur le palier, il stoppa et dit d'une voix presque triste au garçon qui ne le regardait pas.

« Excuses-moi. Mais tu ne peux pas tout avoir. » Il ferma la porte derrière lui.


Arrivé dans le donjon des Serpentards, Scorpius se rendit directement dans la salle de bain, et n'enleva que ses chaussures qu'il lança à travers la pièce, avant d'ouvrir la porte de la douche et de tourner à fond le robinet d'eau froide. Il attrapa une brique de savon neuve, renouvelé constamment par les elfes de maison, et se mis à frotter sa peau et ses vêtements d'un rythme nerveux et saccadé. Quand sa chemise et son pantalon furent lourde d'eau savonneuse, il les retira et les roulant en boule sur le sol humide, et frictionna sa peau et ses cheveux avec force. Quand l'eau froide commença à rendre sa tête douloureuse et à paralyser ses muscles, il se décida à sortir, s'enroula dans une serviette, laissant la boule de tissus dans un coin de la salle de bain, où les petits serviteurs de Poudlard finiraient par la trouver. S'il s'écoutait, il jetterait tous les vêtements que James touchait.

Il s'habilla et attrapa son livre de charme, de transfiguration et d'herbologie ainsi que des rouleaux de parchemins, les siens et ceux d'Albus, qu'il recopierait en attendant que celui-ci revienne de sa réunion. Grâce à l'influence de Rose, Albus s'avançait souvent dans ses essaies et devoirs, un grand avantage pour Scorpius qui préférait faire les choses à la dernière minute. De toute façon, il n'avait aucune envie de réfléchir ce soir, simplement recopier les exercices seraient suffisants. Il n'avait pas la force pour plus. L'esprit vide et froid, les bras chargés, il s'engouffra dans les couloirs déjà obscurs qui menaient du donjon à la bibliothèque.

« Hé fillette ? Tu te balades sans protecteur maintenant ?

A ces mots, Scorpius se raidit, anxieux puis se détendit quand il aperçut l'auteur de la réplique.

Il soupira, exaspéré.

- Oh pitié Goyle, passes ton chemin, j'ai eu ma dose de cons pour la journée.»

Il tenta de passer à côté de Kyle, le contournant mais celui-ci imposa une main lourde sur les livres que Scorpius tenait contre lui, les projetant à terre. Le garçon regarda les volumes et parchemins étalés sur le sol, et jeta un regard noir à Goyle dont le sourire mesquin envahissait le visage bouffi.

- Vas-y, ramasses les, susurra-t-il en haussant innocemment des épaules.

Scorpius le jaugea vers mépris, refusant de s'abaisser devant le garçon au sang pur et de se retrouver à ses pieds. Malgré son cœur palpitant, son visage restait calme et il porta une main assurée à sa poche. Goyle aperçut son geste et lui attrapa brusquement le poignet, lui tordant le bras jusqu'à lui faire lâcher la baguette qu'il venait de saisir.

«Non pas comme ça » grinça-t-il, serrant toujours le poignet de Malfoy qui serrait les dents de douleur, refusant de gémir, « mets-toi à genoux et ramasses les ».

La pression sur son bras était si forte que Scorpius faillit tomber à genoux et sentant ses jambes fléchir il assena un coup de pied dans le tibia de Kyle qui le lâcha. Malfoy profita de ce moment pour courir, mais on agrippa ses cheveux et il fut projeté en arrière, perdant presque l'équilibre, une main contre le mur. Goyle lui barrait le passage.

« Toi et moi, nous avons une affaire à régler non. Tu as insulté ma mère non ? Une chienne c'est ce que tu as dit ?»

Scorpius sentit sa respiration s'accélérer, alors qu'il scrutait discrètement le couloir de droite à gauche, cherchant une échappatoire, ou des sons de pas qui approcheraient. Le couvre-feu n'avait pas sonné, les couloirs ne pouvaient rester vides très longtemps…

« Quoi ? Qui attends-tu ? demanda Goyle en s'approchant doucement de lui, imposant. Tu veux appeler à l'aide c'est ça ? Vas-y cries, appelles Potter ! » Il ricana devant la colère de Scorpius. « T'as besoin de l'aide de cette famille pour te défendre, comme ton père ! Tu es un lâche tout comme lui !

- Fais attention Goyle…

- Il devrait être à Azkaban avec le reste des Mangemorts. Mais le Grand Potter a témoigné pour lui. C'est pitoyable mais ça lui a sauvé la peau et il a pu engendrer une catin comme toi !»

Scorpius plongea sur lui, fou de rage, mais se retrouva sans mal plaqué contre le mur opposé, la pierre froide s'enfonçant dans son crâne et son dos. Sa tête vibra et un instant il ne vit plus. Il serra la mâchoire, étouffant le cri de douleur qui menaçait d'échapper de ses lèvres, quand la main de Goyle serra sa gorge, l'autre appuyait douloureusement sur son épaule, écrasant l'os. A demi-assommé, il tenta de voir à nouveau.

Le souffle haletant et humide de l'homme était sur son visage et une odeur piquante de transpiration lui parvint. Il aperçut à travers un voile le sourire malsain et haineux sur le visage si proche du sien qui le scrutait. Il lui faisait mal. « Regardes toi, si facilement soumis, si faible, ricana gravement Goyle, alors que ses doigts s'enfonçaient dans la peau tendre. Où est-elle cette arrogance des Malfoys maintenant que tu te retrouves entre mes mains? Demandes-moi de te lâcher. Supplies-moi Malfoy.»

La vue lui revint enfin, et il reconnut la lueur dans les yeux de son assaillant. Il la connaissait cette étincelle perverse qui rétrécissait sa pupille. Le désir. Ce cruel, violent et pathétique désir que Malfoy avait appris à détester, c'était ce qu'il voyait dans les yeux de Kyle. Instinctivement, Scorpius posa les mains sur les côtés du garçon, le repoussant doucement, descendit et effleura ses hanches. A ce contact, Goyle déglutit péniblement, trembla et Scorpius sentit l'érection du jeune homme grossir contre sa cuisse. La nausée lui vint aux lèvres, mais il ne montra pas son dégoût. Doucement il monta une main vers le visage de son agresseur, effleurant sa joue du bout des doigts. Goyle sursauta au contact de la main froide, et se calma, acceptant la caresse.

C'est ce que tu veux, alors viens, semblaient dire les yeux de Malfoy.

Scorpius enserra le visage de Kyle dans ses mains et le tira vers lui, et l'étreinte sur son cou se fit moins forte. Malfoy attendit et alors que le garçon se penchait sur lui pour l'embrasser, il tourna le visage qui se trouvait dans ses mains et planta ses dents dans la joue molle. Le goût du sang emplit sa bouche alors que le cri de douleur du garçon lui ravissait les oreilles. Il garda les canines accrochaient à la chair quand Goyle essaya de se dégager. La douleur ensuite, d'un genou qui le heurtait au bas ventre si violemment qu'il hurla à son tour, s'étouffant à moitié avec le sang qui avait glissé dans sa gorge. Il tomba à genoux et un coup de pied dans le ventre le fit rouler à terre. Il crut entendre des injures mais il ne parvint pas à comprendre. Un coup à nouveau et Kyle l'allongea sur le dos, s'asseyant sur lui, l'étouffant, puis frappa. Scorpius se débattit. Mais pour un coup qu'il donnait, faible et maladroit, il en recevait trois. Il parvenait à protéger son visage, et les coups redoublaient sur ses côtes, à en faire craquer les os souples.

Les poings cessèrent de pleuvoir. Le silence. Seul le son de leurs respirations haletantes résonnait dans le couloir désert. Et au-dessus de ses bras en croix, Scorpius osa regarder le garçon qui le chevauchait, cet être grotesque et suant, aux bras trop musclés et au ventre gras qui reposait contre son propre ventre, l'écrasant. Il était pitoyable. Et Malfoy se rendit compte qu'il n'avait pas peur. Malgré son corps vibrant de douleur, malgré la menace de cet homme plus fort qui le chevauchait, il n'avait pas peur. Il avait craint la souffrance, celle que James ou d'autres auraient pu lui donner, la perspective de coups portés sur son corps trop maigre l'avait effrayé. Mais maintenant il savait que cette douleur de la chair se supportait, plus que celle du cœur. Il n'avait plus peur. Malgré la douleur piquante dans ses côtés, il lui sembla qu'enfin il respirait mieux. Il sourit et du sang coula de la commissure de sa lèvre, roulant dans le creux de son oreille. Goyle le regardait, le poing toujours levé au-dessus de son visage, essoufflé, la face rougie.

« Arrête de sourire Malfoy ou tu vas morfler encore plus !

- Vas-y. Cognes Goyle ! C'est tout ce que tu auras de moi, il n'y a que comme ça que tu pourras me toucher. »

Il vit la grimace hideuse qui déforma le visage de Kyle et l'élan qu'il prit pour assener son coup. Une douleur perçante se propagea dans son crâne, il sentit sa mâchoire se briser et fut aveuglé. Il crut entendre qu'on prononçait son nom, mais tout était noir maintenant.


A l'hôpital de Poudlard…

On lui demandait d'ouvrir les yeux, mais quand il le fit, la lumière le fit souffrir. Tout était blanc et la pièce sentait le linge humide et les onguents mentholés, une odeur insupportable. Les draps frais irritaient sa peau endolorie et il lui sembla que respirer lui était difficile. On serra sa main et on lui parlait doucement. Il aimait cette voix si profonde et douce. Il voulait l'entendre encore. Il se tourna vers sa provenance et ouvrit à nouveau les yeux. Au milieu des ombres floues, il aperçut deux émeraudes brillantes et fixes. Se concentrant sur elles, il parvint à dessiner les contours du visage qui les possédait, ces yeux incomparables. Albus était à ses côtés et ses doigts, qui serraient sa main, tremblaient. Il voulut sourire pour le rassurer, mais une douleur transperça sa mâchoire. « Tu vois que je peux me défendre sans toi», articula-t-il, pitoyablement. Il le vit secouer la tête, sourire tristement et il sentit sa main serrait plus fort la sienne. Il se sentait si faible. Ses yeux se fermaient déjà.

« C'est la potion qui te fait dormir. Madame Pomfresch te l'a donné pour que tu n'aies pas mal. » Ses doigts glissaient sur son bras, rassurants. « Tu vas dormir et quand tu te réveilleras, tu iras beaucoup mieux tu verras ». Il se tourna vers la silhouette immobile près de la porte. «James, tu peux prévenir Dorian ?

- Non, inutile», souffla Scorpius, mais le sommeil le gagnait. Dans le noir, il distingua une porte qu'on fermait et il s'endormit.


Trois jours plus tard…

« Mettez-moi un Glamour», qu'on en finisse, s'exclama Scorpius, repoussant les draps pour se mettre debout pendant que Madame Pomfresch imbibait un chiffon d'essence de dictame. Sa peau était cicatrisée, seules des marques bleutées marquaient encore son visage sous la lèvre et l'œil gauche. Un sort d'illusion quelque conque serait suffisant, mais l'infirmière de l'école refusait de le laisser partir de l'infirmerie.

« Monsieur Malfoy, retournez-vous coucher s'il vous plait !

- Cela fait trois jours que je suis là, j'en ai assez, je ne supporte plus cette odeur de camphre. Faîtes donc vos potions dans la serre loin de vos malades, vous finirez par les empoisonner ! »

L'infirmière poussa un soupir indigné, et sortit de la chambre. Sans doute était-elle partie chercher de l'aide pour maintenir le garçon au lit, mais Scorpius s'en fichait. Il attrapa son pantalon, tentant de l'enfiler maladroitement, alors que sa tête lui tournait. Abandonnant, une jambe seulement dans le vêtement, il s'assit sur le bord du lit, luttant contre l'étourdissement.

- Je vais lui faire la peau.

- Je t'ai dit que je ne voulais pas que tu interviennes, souffla Malfoy dont le regard las se posait sur son ami.

- Tu plaisantes ?» répliqua Dorian, les poings serrés. Son visage était anxieux, et la tristesse des derniers jours y avait laissé des marques de fatigue peu gracieuses sous les yeux.

Lorsque Scorpius avait parlé de l'attaque, il avait fait promettre à Potter et Nott de ne rien tenter contre son agresseur, sinon il ne leur donnerait jamais son nom. Les garçons avaient donné leur parole, à regret, une parole qu'ils avaient faillir rompre dès que le nom eut passé les lèvres de Scorpius. Surtout que le garçon n'avait aucune intention de dénoncer le serpentard.

« Scorpius ! Goyle ne va même pas passer en conseil de disciple parce que tu refuses de dire que c'est lui qui t'as mis dans cet état.

- S'il va en conseil de discipline, je devrais témoigner », expliqua le garçon en se débattant avec l'autre jambe de son pantalon, « si je dois témoigner, mon père saura ce qu'il m'est arrivé et ça, je ne le veux pas. Je préfère la situation telle qu'elle est. Goyle a une dette envers moi parce que je ne le dénonce pas. C'est ma meilleure défense pour que lui et ses sbires me lâchent jusqu'à la fin de l'année, voir plus ! » Scorpius passa le vêtement sur ses hanches, ferma la braguette et le bouton : «Victoire ! Enfin, je porte autre chose que ces chemises de malade à pois qui ne cachent pas les fesses ! »

Dorian secoua la tête, passa une main irritée sur son visage et s'assit sur le fauteuil des visiteurs, près du lit.

Scorpius soupira et se leva pour s'approchait de son ami, repoussant la mèche qui lui cachait les yeux : « Je croyais te faire rire, murmura-t-il et s'agenouilla près de Dorian qui secouait la tête, absent.

« Tu sais si tu veux vraiment faire quelque chose pour moi,…» Il attendit d'avoir toute l'attention de Nott avant d'ajouter : « Tu peux toujours me laisser gagner le match de samedi…

- N'y compte pas, je préfère encore pousser Goyle de la Tour d'Astronomie.

- Bon alors tu pourrais au moins m'aider à lacer mes chaussures. Le temps que j'y parvienne, Madame Pomfresh aura trouvé une camisole de force pour me retenir ici. »

Dorian attrapa le garçon par les hanches comme s'il ne pesait rien, et le posa sur le lit. Scorpius enfila son pull, tandis que son ami lui nouait ses lacets. La tête lui tournait encore, mais il ne pouvait plus rester dans la chambre d'hôpital, il lui semblait étouffer. Durant trois jours, il avait vu défiler une dizaine de premières et deuxièmes années qui arrivaient par intermittences, des blessés de premières leçons de vol sur balai ou d'explosion de chaudron en cours de potion. Des pleurnichards, gémissant tellement qu'ils paraissaient en pleine agonie mais qui quittaient la salle après environ trois heures d'hospitalisation, juste assez de temps pour rendre Malfoy complètement cinglé.

Le garçon passa une main froide sur ses paupières et son front, sa tête le lançait. Il tenta de se concentrer sur les doigts de Dorian qui bouclaient ses lacets, il se demandait s'il aurait pu en être capable à cet instant. Peu importait, il était encore fatigué, mais il ne resterait pas ici. Il prit la main que Dorian lui tendait et se leva du lit. Alors qu'ils allaient sortir de l'infirmerie, Scorpius demanda à Nott de guetter si le couloir était libre, redoutant que madame Pomfresh ne revienne avec des renforts, tandis qu'il prenait le registre des patients sur le bureau de la soignante. Il arracha soigneusement la page qui portait son nom et examina les étagères qui s'étendaient derrière le bureau, recouvertes de fioles et de flacons. A l'aide de sa baguette, il invoqua toutes les potions qui figuraient à côté de son nom. Rose saurait sûrement quelle posologie s'adaptait à chacune d'elles, il lui en ferait la liste. Il retira son pull, y plaça les petites bouteilles, le roula et noua les manches pour en faire un baluchon.

« Grouilles-toi Malfoy. Je les entends qui arrivent. »

Scorpius tenait le vêtement contre lui, tentant d'éviter que les contenants de verre ne s'entrechoquent et se laissa entrainer par Dorian qui lui avait saisi le bras et lui fit traverser la porte, tournant à droite puis à gauche, pour se cacher derrière une statue de Méduse, s'engouffrant dans un coin sombre contre le mur. Les yeux de Nott brillaient de cette étincelle qui les animait toujours lorsque la situation l'amusait, et jouer à cache-cache dans les couloirs de Poudlard lui plaisait. Scorpius ne put s'empêcher de sourire. Dorian était un gryffondor, cela était évident, dans le sens le plus noble comme le plus caricatural. Une simple escapade prenait des allures d'aventure et réveillait les instincts téméraires du garçon. Malfoy pouvait presque sentir les battements de son cœur s'accélérer, blotti contre lui dans l'ombre.

Des pas se firent entendre, puis des voix.

- … je lui ai dit mais il est têtu, vous saurez surement le raisonner, Professeur…. Et puis il refuse de parler,… tomber dans les escaliers, mais c'est grotesque…

Scorpius pouffa en entendant le ton indigné de l'infirmière.

« Tomber dans les escaliers… chuchota Dorian. Tu serais plus crédible sans des marques de doigts sur ton cou... »

Malfoy passa inconsciemment les doigts sur les ecchymoses qui entouraient sa gorge. Kyle avait même laissé les traces de ses ongles, incrustées dans la peau. Ils écoutèrent les pas se rapprocher et attendirent que la porte de l'infirmerie s'ouvre. Dorian attrapa brusquement son ami et se mit à courir dans les couloirs, serrant la main de Scorpius dans la sienne. Il lui sembla entendre les exclamations de la guérisseuse devant son lit vide, mais toute son attention était focaliser sur ses jambes, se concentrant pour faire un pas devant l'autre sans tomber et suivre le rythme de Nott qui l'entrainait dans les escaliers pour sortir de la tour. Alors qu'ils traversaient la cour pour rejoindre l'aile principale du château, une douleur lancinante lui perça la poitrine. S'agrippant à la main de Nott, il appuya de son bras gauche sur le baluchon qu'il serrait contre son torse pour arrêter la douleur qui grandissait dans ses poumons. Il avait peut-être eu tort de quitter l'infirmerie.

Lorsqu'ils passèrent la lourde porte de Poudlard, il essaya de stopper la course.

- Je ne sais pas si on a encore besoin de courir, haleta-t-il. Sa voix était roque et sa respiration devenait sifflante.

- Non c'est sûr, dit Nott en s'arrêtant, reprenant son souffle. Mais c'est marrant. On a l'impression d'être en danger.

Scorpius s'appuya sur le mur de pierre. Son bras restait souple mais il écrasait ses ongles dans la pierre. Il aurait voulu s'asseoir, se recroquevillait sur lui-même et attendre que la douleur passe, mais cela aurait signifié un retour direct à l'hôpital, trainé de force par son ami.

- En danger? souffla-t-il. Qu'est-ce qu'on risque ici? De se faire tabasser dans les couloirs? Nott lui lança un regard noir. «Humour Dorian, humour.»

- Bon tu veux faire quoi? Un tour du côté du lac? Il fait presque bon aujourd'hui.

- Hum non, mais tu peux me raccompagner à la salle commune de Serpentard? J'ai pas mal de devoirs à rattraper.

- On est dimanche.

- Je sais. Mais après trois jours d'absence, il y a peu de chance que mon devoir de charme ait avancé. Albus ne sait rien faire sans moi.

C'était faux, Potter avait surement terminé les trois quart de leur dossier. Scorpius voulait juste rentrer et se laisser sombrer, blotti sous la couette.

- Comme tu voudras, dit Dorian, visiblement déçu. Il passa sa main sur son visage et dans ses cheveux, pensif. «Tu sais, ça me manque un peu... quand il n'y avait que nous deux.» Il leva les yeux vers son ami et sourit. «Mais c'est bien maintenant aussi. Je crois.

- On essayera de se faire une virée bientôt, juste toi et moi. Peut-être pour la sortie à Pré-au-lard?

- Ouais tu peux compter là-dessus. Poudlard c'est cool mais... je n'ai jamais aimé les murs et les grilles.

Scorpius sourit, se rappelant tous les stratagèmes qu'un Dorian d'à peine 10 ans inventait pour échapper à leurs gouvernantes et sortir des jardins du château pour rejoindre la ville. Des voisins et autres inconnus les ramenaient au domaine, couverts de terre, leurs vêtements s'étaient déchirés quand ils avaient rampé sous les grilles, et les genoux étaient écorchés. Il pouvait presque entendre son père soupirer et pester en voyant leur visages sales et leurs habits crasseux.

- Si tu veux de l'aventure, tu peux toujours me porter jusqu'aux cachots des serpentards? tenta Scorpius.

- T'as perdu tes jambes?

Malfoy assena un coup joueur mais sec dans la poitrine de Dorian, qui fit mine d'être blessé un moment, pour mieux ricaner de la faiblesse du coup de poing.

Ils prenaient la direction des cachots, chahutant. Ils tournèrent à un angle, et Scorpius se figea. Troublé Dorian l'imita.

«Qu'est ce qui t'arrive?»

Malfoy ne répondit pas. Devant lui, près de la fenêtre de pierre, Albus discutait avec une fille. Une très belle jeune fille aux cheveux noirs qui glissaient sur ses épaules jusqu'à ses hanches, une fille qui le regardait amoureusement, arborant un sourire parfait, baissant timidement la tête et ses yeux brillants de cette manière si délicate que les femmes maîtrisent bien, pour mieux replonger le regard dans les yeux de l'homme qu'elles désirent. Ses doigts fins parcourraient ses cheveux, les repoussaient, feignant une douce nervosité alors qu'elle s'approchait encore de Potter, appuyant une main joueuse sur son torse. Il riait avec elle.

Malfoy se détourna, nauséeux, il recula et fit mine de partir quand il entendit son nom.

- Scorpius!» Il s'arrêta. Albus s'approchait de lui. «Tu es sorti? Madame Pomfresh a dit que tu devais rester à l'hôpital au moins quatre jours encore !»

Elle s'approchait aussi, le suivant. Elle se tenait là près de lui, grande et fine, si accordée à l'homme à ses côtés que Scorpius en eut la gorge serrée. Elle ne portait pas son uniforme, mais un chemisier noir bien découpé, qui épousait chacune de ses formes, dessinées et délicates et un jean serré qui la mettait très en valeur.

- Qu'est-ce qui se passe ici ? Un complot de capitaines? demanda Dorian, plus pour combler le silence de Scorpius que pour rentrer dans la conversation.

- Kate est venue me demander si nous voulions changer le planning des compétitions, expliqua Albus, mais il ne regardait que Scorpius. Puisque tu étais à l'hôpital et que la première compétition a lieu samedi…

- C'est inutile. Je jouerai le match, intervint Scorpius, agacé. Albus fut surpris par le timbre énervé de sa voix.

- Mais le match a lieu dans moins d'une semaine.» Kate avait parlé, d'une voix ferme et claire. Et Scorpius se tourna vers elle. Elle le regardait, le jaugeait. Si elle semblait bienveillante, Malfoy n'en était pas moins mal à l'aise. Elle était un peu plus grande que lui, ce qui le gêna et elle le scrutait, incisive. Sa voix était douce mais ses yeux étaient glacés alors qu'ils observaient le garçon. «Tu as été gravement blessé. Ce serait dommage que les Serpentards perdent...

- Je suis parfaitement capable de jouer de ce match.

- Très bien, dit-elle en riant, en levant les mains devant elle, comme pour calmer un enfant un peu borné. Alors, bon courage Malfoy. On se verra plus tard Albus. Oh et réfléchis à ma... proposition, ajouta- elle en posant légèrement la main sur son bras avant de s'éloigner.

Albus la regarda partir, toujours souriant, puis reporta son attention sur Malfoy.

- Ils t'ont laissé sortir ?

- Comme tu le vois. » Sa voix était crispée, pleines de reproches. La boule dans son estomac lui intimait la distance. Il aurait voulu s'enfuir. « Tu m'excuses, je vais à la salle commune.

- Attends, je viens avec toi, dit Albus en lui emboitant le pas.

- Dorian m'accompagne déjà, répliqua-t-il en haussant les épaules, distant, lui exprimant clairement qu'il n'était pas le bienvenu. La lueur blessée dans les yeux de Potter lui fit mal, mais l'ignora. Il voulait lui faire mal après tout, piquer dans son cœur des millions d'aiguilles qui porteraient son nom, pour qu'il ne soit qu'à lui seul.

- J'allais partir, intervint Nott qui s'éloignait déjà. Scorpius se tourna vers lui, se sentant trahi et parvint à lui attraper le bras.

«Tu me fais quoi là? grinça-t-il.

- La jalousie te bouffe tellement que t'envoies bouler un mec qui a passé des heures à te tenir la main dans une chambre d'hôpital, lui chuchota Dorian, énervé. Désolé mais là je te couvre pas.» Il se dégagea et salua Potter avant de partir. Malfoy le regardait tourner à l'angle, alors qu'il prenait conscience des paroles de Nott. Il était injuste avec Potter et maintenant il redoutait sa réaction. A vouloir que son cœur soit à lui seul, il risquait de le perdre pour toujours.

- Tu te souviens où est la salle commune? demanda sèchement Albus. Sa voix était glacée. Scorpius acquiesça nerveusement, se sentant minable. « Bon bah je te laisse alors ».

- Al, attends...

Mais il partait, une grimace de mépris sur son beau visage, comme si la vue de Malfoy l'écœurait.

« Al! Attends s'il te plait ! supplia-t-il en le suivant, s'accrochant à son pull. Potter stoppa mais il fixait le sol, agité, ferma les yeux et expira, comme s'il tentait de retenir un flot d'injures. Scorpius mordilla sa lèvre, honteux et toucha son bras.

- Al, excuses moi. Je suis désolé, c'était nul.

Tu m'étonnes! Mais putain qu'est-ce que je t'ai fait pour mériter ça! cria Potter en le repoussant. Merde après tout ça… On t'a trouvé baignant dans ton sang. Je t'ai veillé pendant trois jours ! J'ai supplié pour qu'on n'appelle pas ton père, j'ai raconté mille conneries pour couvrir Goyle, parce que tu as décidé ne pas dénoncer ce fils de pute. Et c'est comme ça que tu me remercies? Je te pourrais cogner, si t'étais pas déjà abîmé !

Scorpius grimaça à ses mots et il baissa les yeux, accablé et tremblant.

- Je… pardon. » murmura-t-il et il le répéta encore et encore, en se blottissant contre le garçon, appuyant son front contre son torse. Il entoura son corps de ses bras fins. Il se détestait. Il détestait la respiration haletante de Potter et sa juste colère. Il détestait la lueur de dédain qu'il avaient vu dans les yeux verts qu'il aimait tant. Il haïssait la jalousie qui le dévorait, qui l'étouffait et le déchirait plus encore que la douleur qui brulait ses poumons. Il sentit les larmes lui venir, et engouffra son visage dans les vêtements d'Albus pour qu'il ne le voit pas pleurer. Il entendit le soupir frustré d'Albus et il serra son pull dans ses poings de peur que son ami ne le repousse, tirant sur le tissu. Mais Al l'entoura de ses bras, il le serra tendrement, faisant glissait des doigts fermes et réconfortant le long de son dos. Doucement, il posa sa main sur la tête du garçon, touchant ses cheveux. Il prit son visage dans ses mains, caressant ses joues, surpris de le voir pleurer, essayant les larmes de ses pouces. Mais Scorpius ne le regardait pas.

- Tu semblais heureux, avec elle… murmura-t-il enfin, honteux de sa faiblesse, honteux de ses propres paroles. Et j'ai eu peur. » Albus parut un instant ne pas comprendre, puis il soupira, frustré, secouant la tête.

- Oh Scorpius…

Plus de larmes glissèrent sur les joues du garçon. Il sourit malgré ses pleurs, repoussant les mains qui le caressaient.

- Je sais, c'est stupide.

- Non. Pas vraiment… Pas plus que d'habitude en tout cas, sourit Albus. Puis son visage s'assombrit soudain et il écarta les cheveux du garçon, dévoilant son cou. « Merde... on voit encore les marques de ses doigts... » Il dessina les traces sur sa gorge de son index, absent et Malfoy le repoussa, honteux d'être ainsi marqué. Il se rappela qu'il portait encore des bleus sur le visage, alors que son visage à elle était parfait.

« Je te prends ça?» demanda Albus en attrapant le baluchon improvisé remplit de fioles qu'il portait encore. Il hocha la tête. Les bouteilles s'entrechoquèrent.

«T'as embarqué toute la pharmacie?

- Un peu près, répondit-il en essayant ses larmes avec son t-shirt. Il faudrait que Rose me dise ce que je dois prendre.

- Madame Pomfresh ne t'a rien dit avant de te laisser sortir?

- Peut-être, j'ai pas trop écouté.»

Albus sentait le mensonge. Mais cela pouvait attendre.

« Le plus important c'est la bouteille bleue» dit-il et devant la mine interloquée de Malfoy il continua: «Tu sais, la bouteille bleue qui était toujours sur ta table de chevet. Pomfresh t'en donnait environ toutes les 4heures. C'était pour te faire cicatriser et calmer les douleurs. Tu allais mieux après.»

Scorpius ne dit rien. Il prit la main qui lui était tendue et se laissa guider jusqu'aux cachots.


Le rythme est relancé. Je posterai le prochain rapidement je promets.

Review s'il vous plait, n'essayez pas de me punir ! Et j'ai vraiment envie d'avoir votre avis sur ce chapitre !