OS écrit pour 31 jours

Jour/Thème: 23 juin / rival acharné

Personnages: Sarah Crewe, Lavinia Herbert

Warnings éventuels: Se base plus sur l'animé que sur le livre.

Disclaimer: F.H. Burnett et Nippon Animation


Jusqu'à ce qu'elle craque…

Elle l'avait su.

Oui, Lavinia l'avait su d'emblée, que cette fille était une menace pour le règne tyrannique qu'elle imposait à ses compagnes de collège. Elle possédait trop de choses, entraînait dans le sillage de ses jupons ornées de dentelles – de Valenciennes " s'il-vous-plaît "– des cohortes de robes volantées, soie, cachemire et organdi, des manteaux ornées de cols de fourrures plus blanche que neige, toques et chapeaux assortis, des bas si fins que cela en était presque indécent, de souliers que Lavinia accusa rapidement d'être seuls responsables des pieds " de poupée " de la nouvelle élève.

Lavinia la détesta dès la première seconde, parce qu'elle était plus riche qu'elle. Cette raison se suffisait à elle-même.

Au fil des journées mornes et ennuyeuses des pensionnaires, Lavinia se trouva bien d'autres occasions de confirmer ce penchant non charitable.

Sarah Crewe n'était pas seulement plus riche qu'elle. Ni s'habillant mieux. Ni ayant deux pièces pour elle toute seule comme pensionnaire de salon. Ni même jouissant des services d'une femme de chambre française, ni encore possédant son propre attelage tiré par un poney.

Non, Sarah Crewe avait le don. Le don de plaire. Le don d'entraîner.

Lavinia s'était bercée un certain temps avec l'idée savoureuse et confortable que le succès de sympathie de Sarah n'était dû qu'à l'abondance de livres sterlings payées par son père. Aux largesses qu'elle distribuait généreusement. On n'aimait pas cette fille pour sa personnalité inintéressante, mais pour les faveurs récoltées dans son passage.

Lavinia savait bien, dans la minuscule partie honnête de sa jeune personnalité déjà bien déformée par l'arrogance et l'envie, que ce n'était pas que ça.

Sarah était plus intelligente qu'elle en classe. Parlait mieux le français. Dansait mieux, et cela n'avait rien à voir avec sa somptueuse robe fabriquée à Paris. Était plus jolie qu'elle, d'une beauté plus atypique, et cela non plus n'était pas lié à ses robes faramineuses.

Était bonne, généreuse, naturelle, ridiculement sainte.

Seule la Directrice, partageant la bassesse de caractère de Lavinia, ne voyait comme intérêt et qualités chez Sarah Crewe que son argent.

Lavinia avait encaissé chaque coup avec hauteur. Chacune des humiliations qui avaient hissé Sarah au pinacle de l'établissement, la reléguant dans l'ombre, faisant croître et embellir sa haine.

Sarah avait été mise au premier rang des sorties, soutirait avec art les faveurs de la Directrice, commençait à détourner d'elle ses amies/subordonnées.

Comble de la honte, Lavinia avait été dépouillée de son titre envié de responsable des élèves au profit de cette insignifiante gamine, juste parce Mlle Mangin voulait impressionner la femme du Maire.

Et le coup final, l'histoire baroque et grandiose de la mine de diamants.

La " Princesse Diamant ", ce sobriquet inventé par Lavinia pour railler sa rivale, ce surnom était passé en force dans la vie des élèves. Surnom devenu admiratif.

On avait préparé une fête d'anniversaire grandiose pour la princesse. Fleurs, cadeaux, musique.

Lavinia s'était attendu à vivre la pire des journées de sa vie.

Elle avait vécu sa revanche, d'autant plus belle qu'elle en était inattendue.

Ruinée, gardée comme servante, la princesse n'était plus qu'une mendiante en haillons.

Sarah s'endormait dans une mansarde, elle, Lavinia, dormait sur la certitude qu'elle était à nouveau la numéro un du collège.

Elle avait gagné.

Du moins, elle le croyait.

Car au fil des jours, la vérité s'était imposée : Sarah Crewe, malgré les humiliations, malgré les tâches ingrates qui lui étaient dévolues, tâches rebutantes pour une demoiselle de qualité, malgré les coups bas que ne se gênait pas pour lui assener Lavinia, malgré l'indifférence gênée de ses anciennes condisciples, ne craquait pas.

Elle conservait des adeptes. Elle semblait tirer des joies dans son existence misérable. Elle gardait son doux sourire, seulement un peu plus triste, elle redressait toujours la tête, et la lueur de ses étranges prunelles vertes ne trahissait nullement l'état d'esprit d'une personne vaincue.

Lavinia enrageait, et redoubla de mesquinerie. Elle avait tous les atouts pour gagner. Non ?

Lavinia ne devait avouer ses motivations à s'acharner sur sa rivale qu'à Marguerite, la seule en fait à lui avoir demandé pourquoi elle détestait tant Sarah.

Parce que Sarah ne craquait pas, ne se révoltait pas, continuait à se comporter comme une princesse.

Demeurait la plus fortes des deux.

Sarah Crewe, malgré les apparences, restait toujours sa pire adversaire.