Bonjour tout le monde !

On se retrouve aujourd'hui pour la suite des aventures.

Je vous souhaite une bonne lecture et à très bientôt.

Enjoy !


Bella POV

Je fus tirée de mon rêve par une main qui me secoua doucement l'épaule et un doux baiser sur ma tête. Ces deux dernières nuits, j'avais fait le même rêve. J'ouvris les yeux sur l'homme qui allait faire de ce rêve une réalité.

« Bonjour », dis-je en souriant rêveusement.

« Tu as fait de beaux rêves ? » demanda Edward.

« Hmm, de très beaux rêves, » répondis-je doucement.

« Tant mieux, mon amour, mais il faut que tu te réveilles. Il faut que tu rattaches ta ceinture. On va bientôt atterrir, » me dit doucement Edward. Il repoussa mes cheveux de mon visage alors que je me redressai et m'éloignai de son épaule sur laquelle j'avais dormi.

Je bâillai et arquai mon dos pour détendre mes muscles douloureux après avoir dormi assise. Je me tournai pour regarder Edward en l'entendant rire doucement. Je sentis mes joues rougir en réalisant, gênée, que j'avais bâillé un peu trop fort.

« Je suis navré que tu sois si fatiguée. Je n'avais pas prévu d'aller à cette conférence avec Carlisle et j'ai certaines choses à faire avant de partir, » dit-il.

Je lui souris, reconnaissante. « Ce n'est rien, je comprends. J'ai hâte de retrouver Alice et Jasper à l'aéroport. » Je saisis son bras et le serrai. « J'ai l'impression de ne les avoir pas vu depuis une éternité. »

« Je sais que tout le monde t'a manqué, mon amour. On sera très bientôt à la maison. Mais je suis navré de devoir repartir et te laisser si rapidement. »

« Tu vas me manquer. Tu pars pour combien de temps ? » demandais-je.

C'était étrange la façon dont mes sentiments pour Edward avaient changé depuis ce voyage. Avant cette semaine, j'aurais bondi de joie à l'idée de me retrouver sans Edward ne serait-ce que pour quelques jours. Mais là, il allait vraiment me manquer. J'aimais vraiment être en sa compagnie maintenant.

« Seulement pour quelques jours. Carlisle a dit que la conférence durait 4 jours et elle a commencé hier donc je devrais être de retour d'ici mardi, quand tu rentreras du lycée. Emmett et Jasper te déposeront et viendront te récupérer au lycée pendant mon absence. »

Je repoussai le sentiment qui tenta de refaire surface lorsqu'il me rappela que je ne pouvais aller nulle part toute seule. J'étais convaincue que cela changerait lorsqu'il reviendrait et que nous pourrions en parler.

« Tu auras un peu de temps pour qu'on déjeune ensemble avant de partir ? demandais-je.

« Si c'est un déjeuner tardif, alors oui. » Il souleva mon menton pour m'embrasser chastement avant de tapoter le bout de mon nez. « Mais d'abord, je veux que tu dormes un peu quand on arrivera à la maison, compris ? »

Je soupirai en l'entendant encore une fois me dire ce que je devais faire mais j'acquiesçai. Il était simplement inquiet car j'étais fatiguée. Ce n'est pas grave, une sieste me convenait très bien. Je sentais mes yeux me piquer. Après avoir passé les deux derniers jours de nos vacances, c'est ainsi que je les considérais à présent, à tout emballer et avoir dû prendre l'avion à Phoenix à 5 heures du matin, j'étais complètement épuisée. J'allais roupiller en un rien de temps.

Je m'étais enfin résolue à ne plus jamais remettre les pieds chez moi. Cette partie de ma vie était de l'histoire ancienne maintenant. Ça ne valait pas le coup d'essayer de convaincre Edward de garder ma maison. Avec lui, j'apprenais la nécessité de choisir mes combats. Durant ce voyage, j'avais déjà gagné tellement de batailles qui affectaient bien plus ma vie que ne le ferait une maison. J'apprendrais à passer à autre chose.

« Edwaaaard ? » dis-je en étirant son prénom. Je lançai un regard vers lui à travers mes cils, et souris avec mélancolie.

Il baissa les yeux vers moi tandis qu'il rangeait son livre dans la sacoche de son ordinateur. Il observa brièvement mon visage avant de m'adresser un sourire en coin. Il se pencha et captura mes lèvres avec les siennes dans un tendre et doux baiser. Je gémis contre sa bouche en le sentant s'éloigner. J'ouvris les yeux et le vis m'observer avec ses yeux rieurs.

« Laisse-moi deviner, » lança-il. « Est-ce qu'un bon massage du dos t'aiderait à dormir quand on sera à la maison ? dit-il en riant.

Je rougis, j'avais été démasquée sans même avoir eu à demander. J'imagine que le ton de ma voix a suffi à lui faire comprendre que j'attendais quelque chose de lui. Il faudrait que je garde ça en tête et que je réessaye une autre fois. Je souris et acquiesçai.

« Oui, s'il te plait ? Je sais que ça m'aiderait à dormir, » lui assurais-je.

Il enroula son bras autour de mes épaules et me fit poser ma tête sur son épaule. « Bien sûr, mon amour. Tu sais que j'aime te masser le dos autant que tu aimes te faire masser. »

J'entendis le train d'atterrissage se baisser et regardai par le hublot pour voir le sol se rapprocher de nous. Les battements de mon cœur s'accélérèrent en repensant à mon rêve. Nous repartions à zéro dans notre relation. Tout avait changé pour nous. J'avais hâte de commencer ma nouvelle vie à Forks.

Je fermai brièvement les yeux et me remémorai mon rêve. Je me représentai l'intérieur de notre nouvelle maison le style et les couleurs que j'aimais le plus. J'imaginai mon bureau, où j'irais écrire le soir après être rentrée du travail. Je serais enseignante d'anglais au lycée et ferais de l'écriture mon passe-temps. Mon diplôme universitaire serait accroché au mur face à mon bureau, d'où je pourrais observer ma réussite. Plus tard, nous aurions deux enfants, un garçon et une fille, une fois que je serais établie. Edward et moi serions dans la cuisine en train de préparer le dîner ensemble pendant que les enfants seraient en train de jouer ou de faire leurs devoirs sur la table où nous prenons le petit-déjeuner. Nous porterions tous les deux des tabliers sur lesquels seraient écrit « Embrassez le chef » et nous nous arrêterions de temps à autre justement pour nous embrasser sous les rires de nos enfants. Après le dîner, Edward se proposerait pour nettoyer la cuisine afin que je puisse écrire un moment avant l'heure du film. Ensuite, j'entendrais des petits pas dévaler les escaliers et des voix me dire de me dépêcher. Je me rendrais dans le salon où ma famille m'attendrait avec un grand bol de popcorn pour regarder un film ensemble. Je me pelotonnerais dans les bras affectueux de mon mari et nos enfants se blottiraient contre chacun de nous. Notre foyer serait rempli d'amour et de rires comme l'était ma maison lorsque j'étais plus jeune. Cette vie serait parfaite.

Je ne m'étais pas rendu compte que je souriais jusqu'à ce qu'Edward me demande, « Tu veux bien me dire ce qui te rend aussi heureuse ces derniers temps ? »

J'ouvris les yeux et lui adressai un grand sourire. Je me redressai et déposai un rapide baiser sur ses lèvres. « Je me remémorais simplement mon rêve. »

« Tu as rêvé de quoi ? » demanda-t-il.

« De nous, » répondis-je vaguement.

L'avion ralentit puis s'arrêta et la voix du commandant de bord s'éleva à travers les haut-parleurs, nous remerciant d'avoir voyagé avec eux. Je poussai un cri et tapai des mains. Je devais probablement avoir l'air puéril mais je ne pouvais pas m'en empêcher. Alice était en train de nous attendre avec Jasper et j'avais hâte de lui en dire davantage sur mon voyage. Nous avons parlé pendant un moment l'autre jour mais comme Edward était dans la même pièce, je ne suis pas rentrée dans les détails.

Nous quittâmes l'avion et je vis Jasper se tenant à côté d'une très grande Alice. Lorsque la foule se divisa, je ris en m'apercevant qu'Alice était debout sur une chaise pour essayer de nous trouver. Je lui adressai un signe lorsqu'elle me repéra et criai. Elle descendit rapidement de la chaise en sautant et couru vers moi, me coupant le souffle dans sa précipitation. Edward s'approcha pour serrer la main de Jasper.

« Oh Bella, je suis tellement contente que tu sois de retour à la maison ! » cria-t-elle. Elle me serra encore une fois fermement dans ses bras et prit mon visage entre ses mains. Elle attira mon visage à sa hauteur, son regard virevoltant à la recherche de quelque chose dans mon expression. Je plaquai mes mains sur mes oreilles en l'entendant de nouveau pousser un cri strident qui me transperça les tympans.

« C'est en train d'arriver ! Je le savais. Jasper me doit 20 dollars. Je lui ai dit que je sentais des choses et je savais que ça arriverait. » continua-t-elle à babiller.

« Qu'est-ce qui est en train d'arriver ? » demandais-je tandis qu'elle m'entraînait avec Jasper et Edward pour aller récupérer nos bagages sur le carrousel.

Elle ignora ma question et continua à danser, et à me tirer derrière elle. Je finis par m'arrêter brusquement et restai plantée sur place. « Alice ! Qu'est-ce qui est en train de se passer ? » demandai-je plus fort.

Elle s'arrêta et me fixa, stupéfaite. Je ne savais pas de quoi elle était en train de parler.

« Tu es en train de tomber amoureuse de lui, » expliqua-t-elle. Elle me parlait comme s'il s'agissait de la chose la plus évidente au monde.

Je continuai à marcher à l'aveuglette en me laissant entraîner par Alice, derrière Edward et Jasper. Tout devint flou autour de moi tandis que je réfléchissais à la signification de ses mots. Est-ce j'aimais Edward ? Je savais que je l'appréciais mais l'aimer ?

Je pensais à notre voyage et à toutes les choses qu'il avait faites pour moi. Je repensais à ce que je lui avais dit dans notre chambre d'hôtel, sur la raison pour laquelle j'étais restée. Je pensais à quel point son comportement envers moi avait changé ces derniers mois depuis notre rencontre. Il ne me traitait plus comme un objet. Je pouvais exprimer mes sentiments sans avoir peur. Fichtre, j'étais en train de traverser l'aéroport avec Alice en jeans et en tongs. Une semaine plus tôt, je me suis envolée pour Phoenix depuis ce même aéroport dans un bout de robe et en talons, enchaînée au flanc d'Edward par son bras autour de ma taille. J'avais rêvé d'une vie conjugale avec lui, qu'est-ce que cela pouvait bien vouloir dire ? D'accord, j'étais prête à admettre que je l'appréciais beaucoup, je dirais peut-être même que je l'appréciais vraiment beaucoup.

Edward était un monstre lorsque nous nous sommes rencontrés. Merde, on ne s'était même pas rencontrés, il m'avait plutôt achetée sur internet. Son père lui avait envoyé une photo de moi par e-mail et il avait dit qu'il me voulait. Il m'avait maltraitée et s'était comporté avec moi comme si j'étais un jouet personnel pour son plaisir, tout en prétendant m'aimer. Comment pouvais-je aimer un monstre ?

« Mais ce n'est plus un monstre. Tu l'as changé comme l'avait prédit Esmé. » me murmura ma conscience.

Mais de l'amour ? Je secouai la tête face à ma question intérieure. Non, je n'étais pas encore prête à avouer à qui que ce soit ce sentiment ni à Alice et encore moins à Edward. J'avais besoin de plus de temps d'abord. Je voulais être sûre de moi et de mes sentiments avant de les exprimer à haute voix. Une fois dit, je ne pourrais plus les retirer. Il fallait encore que j'apprenne à lui faire entièrement confiance pour pouvoir lui parler de son père. Je savais qu'il ne me ferait plus de mal et qu'il ne laisserait personne m'en faire, mais Carlisle n'était pas n'importe qui. Il s'agissait de son père. J'avais besoin d'être certaine qu'il me protègerait contre Carlisle. Après tout cela, je serais prête à lui dire que je l'aime, mais pas avant.

Je m'arrêtai en me rendant compte de ce que je venais de dire et me tournai vers Alice, sous le choc. J'aime Edward. Comment pouvait-elle le savoir alors que moi-même je ne le savais pas ? Mon dialogue intérieur était une perte de temps. J'étais en train d'essayer de me dissuader d'avouer mes sentiments. C'était insensé que je sois déjà amoureuse de lui mais je savais au plus profond de mon cœur que c'était le cas. J'aimais l'homme qu'il était devenu, l'homme qu'il était véritablement au fond de lui-même. J'étais amoureuse d'Edward Cullen, mon Edward Cullen.

Alice se contenta de m'adresser un sourire suffisant et tapota sa tempe avec son doigt.

« Je te l'ai dit, je sais des choses, » dit-elle en haussant les épaules.

Je saisis ses deux mains et m'assurai qu'Edward ne faisait pas attention à nous à cet instant. Jasper et lui étaient occupés à récupérer nos sacs sur le carrousel.

« S'il te plaît, Alice, ne dis rien. Je ne suis pas prête. Je ne veux pas lui dire tout de suite, » la suppliai-je.

Alice me serra fermement dans ses bras et acquiesça. « Je suis désolée. Je n'aurais rien dû dire alors qu'ils sont là. Je sais que tu n'es pas encore prête à dévoiler ces sentiments, mais j'étais tellement excitée que je n'ai pas pu me contenir. Je ne dirai pas un mot à Edward et ne t'en fais pas, Jasper ne dira rien non plus. » Elle sourit puis me fit un clin d'œil. « Mais j'ai raison, pas vrai ? »

Je regardai en direction d'Edward qui revenait vers nous. Jasper et lui portaient nos sacs. Je lui souris avant de me retourner vers Alice, mon simple sourire suffisait à répondre à sa question. « Oui, c'est fou, je sais. Mais oui, je l'aime, » avouai-je doucement. « Je ne suis pas encore prête à le lui dire. On commence tout juste à se découvrir. »

Edward POV

Je fermai la porte de la chambre derrière moi. Bella s'était vite assoupi. Entre le fait d'avoir dû emballer toutes ses affaires et notre vol de bonne heure, elle était vraiment fatiguée. Je ne lui avais pas encore parlé de mes plans pour la maison. J'avais décidé de lui faire la surprise plus tard. Je voulais lui annoncer en même temps que ma demande en mariage. Ça me paraissait être le moment parfait. J'ai été surpris qu'elle ne proteste pas et qu'elle n'ait rien dit lorsque nous étions encore à Phoenix.

Lorsque nous arrivâmes à la maison, nous trouvâmes Esmé qui s'affairait à l'autre bout de son jardin. Au fond de moi, j'étais content. Je voulais que Bella soit endormi quand je lui parlerai. Je voulais lui parler seul, en tête à tête. Elle le méritait. Je ne voulais pas être interrompu, ni avouer à Bella à quel point le monstre que je suis était bien pire que ce qu'elle pensait déjà. Je descendis dans la cuisine et vérifiai la cafetière. Elle était prête à être lancée alors je l'allumai. Elle faisait toujours en sorte que la cafetière soit prête à tout moment. Je savais que c'était une règle établie par mon père. Elle devait anticiper chacun de ses besoins et être prête à servir sur-le-champ.

Je souris, salivant en sentant l'odeur provenant du four. Cela me ramenait en enfance. Cela faisait des années qu'on n'avait plus senti cette odeur 8 ans pour être exact. Je savais ce que c'était et ça me rappelait encore une fois quel horrible fils j'étais. Je sortis deux tasses du placard, la crème du réfrigérateur et les posai sur la table. Je souris en voyant son bouquet trônant au centre de la table. Elle pouvait profiter de ses fleurs maintenant que mon père était en déplacement. Je remarquai la carte accompagnant le bouquet et lu le message que j'avais demandé à écrire. « J'adore ton rôti braisé. Ton fils, Edward. » Je secouai la tête, dégoûté de moi-même. J'entendis la porte du débarras s'ouvrir et pris le café lorsque ma mère entra dans la cuisine.

« Bonjour Edward, » dit-elle avec hésitation.

Elle était nerveuse. Elle devait probablement l'être autant que moi. Je lui avais fait tellement de mal ce jour-là, elle ne s'attendait plus à rien de moi. Je m'éclaircis la voix afin de déloger la boule qui entravait ma gorge. Je lui fis signe de prendre place sur une chaise, encore incapable de m'exprimer. Elle s'installa, non sans hésitation, et me fixa avec des yeux écarquillés tandis que je remplissais nos tasses de café. Je posai la cafetière et pris place sur la chaise à côté de la sienne.

« Un peu de crème ? » demandai-je.

« Oui, merci, » murmura-t-elle, la voix cassée.

Je versai la crème dans nos tasses et mélangeai la sienne avant de la faire glisser dans sa direction. Je portai ma tasse à mes lèvres, la main tremblante. Du coin de l'œil, je la vis prendre une petite gorgée de son café. En me tournant vers elle, je vis ses yeux s'emplir de larmes qui commencèrent à couler lorsqu'elle se tourna vers moi.

« Merci pour le café Edward, » dit-elle doucement. Elle s'éclaircit la voix. « C'est très gentil de ta part de faire ça. »

Les larmes continuèrent à couler. Je savais que jamais personne dans ma famille n'avait un jour pris la peine de la servir. Peut-être que Jasper et Emmett le faisaient secrètement pour elle à présent mais ça n'avait jamais été mon cas.

« Le rôti braisé sent vraiment bon. C'est pour le déjeuner ? » demandai-je avec hésitation.

« Oui. J'espère que ça ne te dérange pas. Je me suis dit que tu aimerais peut-être en manger avant de prendre ton avion cet après-midi. » Répondit-elle. L'appréhension pouvait s'entendre dans sa réponse.

Je ne savais toujours pas comment m'y prendre pour m'excuser auprès d'elle alors je lui parlais de la pluie et du beau temps, évitant le sujet principal. Je fermai les yeux et me remémorai le jour qui avait détruit ma relation avec ma mère le rôti braisé ayant joué un rôle de catalyseur et m'ayant permis d'être l'objet des éloges de mon père. C'était le jour où il avait laissé ma mère sortir du sous-sol. Mes frères et moi lui avions dit que nous ne lui pardonnions pas d'avoir détruit la famille de Charlie.

« Je ne te pardonne pas. Tu es une horrible mère. Tu as détruit une famille et j'ai honte que tu sois ma mère. Tu ne seras plus jamais ma mère. A partir de maintenant, tu seras simplement Esmé, » avais-je dit en fixant ma mère à genoux devant moi.

Mon père se tenait sur le côté, observant la scène. Emmett et Jasper lui avaient déjà dit la même chose et avaient quitté la pièce, me laissant seul à proférer les choses que mon père m'avait obligé à lui dire.

Ce n'était pas ce que je ressentais. J'aimais ma mère. Si elle avait détruit la famille de Charlie, c'est qu'elle devait avoir une bonne raison. Je connaissais Charlie et sa famille. Il était comme mon père. Renée était calme et réservée comme ma mère en présence des hommes. James était un petit voyou qui essayait toujours de jouer au dur à cuire en s'en prenant à sa petite sœur. Lorsque nos familles se retrouvaient, James nous montrait comment il menait sa sœur à la baguette et la punissait lorsqu'elle n'obéissait pas.

« Très bien Edward, » avait dit mon père. « Maintenant, il faut que tu ailles faire tes devoirs et n'oublie pas ton défi de la soirée. Rends-moi fier. »

« Esmé, tu peux commencer à préparer le dîner maintenant. » lui avait-il dit alors que je quittais la pièce.

J'avais hésité un moment dans les escaliers lorsque je l'avais vu la tirer d'un coup sec pour la mettre debout et la bousculer hors du salon. Elle leva ses yeux peinés vers moi lorsqu'elle passa en silence.

« Edward, dans ta chambre, tout de suite ! » avait aboyé mon père.

Je m'étais tourné et avait couru vers ma chambre pour y rester jusqu'à l'heure du dîner. J'avais terminé mes devoirs et travaillé sur mon défi. J'étais déterminé à gagner. Je détestais perdre face à mes frères. C'était pire lorsque je perdais contre Demetri. Je perdais toujours. Je n'avais pas le cœur à l'ouvrage. Je n'aimais pas les défis de mon père, ils me mettaient toujours mal à l'aise. D'une certaine manière, ils étaient malsains. Ma mère m'avait toujours appris à respecter les femmes et les défis de mon père ne semblaient pas aller dans ce sens.

Frustré, j'avais arraché un autre morceau de papier. Je savais pertinemment que l'idée de laver mes sous-vêtements à la main ne suffirait pas à me faire gagner. Cette idée alla rejoindre par terre les autres idées foireuses que j'avais trouvées. Je jetai un coup d'œil à l'heure et me rendis compte que c'était l'heure du dîner. Je me levai et descendis d'un pas lourd dans le salon, frustré. Tout le monde était déjà installé en train de m'attendre. Lorsque je m'assis, Jasper et Emmett commencèrent.

« Alors, quelle idée merdique nous as-tu trouvé Edward ? Astiquer tes chaussures ? Ranger sous ton lit ? » dit Jasper en riant.

« Nan, il n'est pas aussi créatif que ça. Je dirais plutôt ranger son tiroir à chaussettes ou organiser ses CD, » intervint Emmett.

« Les garçons, laissez une chance à votre petit frère, » dit mon père avec condescendance. « Je sais qu'Edward ne constitue pas un très grand défi pour vous mais je suis certain qu'il a trouvé mieux que ça. N'est-ce pas, Edward ? » Il se tourna vers moi.

« Ouais, » marmonnai-je. Je savais que j'allais perdre et ils étaient déjà en train de remuer le couteau dans la plaie.

« Oncle Marcus va m'envoyer les idée de Demetri par e-mail après le dîner. Nous allons voir ce qu'il nous a trouvé. Il est toujours difficile à battre, » me rappela-t-il.

Je sentais ma colère augmenter alors que mon père et mes frères continuaient à se moquer de moi. J'allais gagner ce défi, même si ça devait me tuer.

Ma mère entra avec un plateau qu'elle posa sur la table, à côté de mon père. Il s'agissait d'un rôti braisé avec des carottes et des pommes de terre, mon plat préféré. Elle posa également des haricots verts cuits à la vapeur avec des oignons grelots, le plat préféré d'Emmett, et du maïs frit avec du bacon, le plat préféré de Jasper. Ma mère me sourit, communiquant silencieusement avec moi. Je savais qu'elle me faisait comprendre qu'elle ne nous en voulait pas pour nos mots de tout à l'heure.

Mon père découpa le rôti tandis qu'Emmett et Jasper continuaient à se moquer de moi.

« Fermez-la, » dis-je doucement. J'essayais de contrôler ma colère. Ma mère me disait toujours que la colère n'avait pas sa place à table.

« C'est quoi ton problème ? » ricana Emmett. « Le petit Eddie est susceptible ? Tu veux qu'Esmé vienne te pouponner ? »

J'avais remarqué qu'Emmett n'avait eu aucune difficulté à changer sa façon de s'adresser à notre mère. Tout était toujours si facile pour lui. C'était injuste.

Je fixai le rôti dans mon assiette et sentis que je commençais à bouillir de colère. Comment osait-elle être gentille avec moi après ce que je lui avais dit ? C'était de sa faute si je n'arrivais pas à gagner l'amour de mon père. Elle me retenait. Ses idéaux et son amour étaient les raisons pour lesquelles mon père pensait que j'étais une femmelette et que je le décevais. C'était à cause d'elle !

« Tu vas la fermer, Emmett ! » hurlai-je en me levant si brusquement que je renversais ma chaise. Tout le monde regarda, sous le choc, à l'exception de mon père. Il s'installa confortablement et observa la scène, un sourire suffisant se peignant sur ses lèvres.

Je pris mon assiette et me dirigeai vers ma mère – non, Esmé. Je vidai le contenu de mon assiette sur elle à sa grande stupéfaction. J'attrapai ensuite le plateau et le jetai par terre avec le reste de notre dîner.

« Je déteste ton rôti braisé ! Tu me dégoûtes ! Ta nourriture me dégoûte ! Ta simple présence me dégoûte ! Je ne veux plus jamais voir de rôti braisé de ma vie sur cette table ! » lançai-je d'une voix rageuse à ma mère. « Tu n'es plus rien pour moi ! »

Je n'arrivais pas à mettre fin à cette diarrhée verbale née de ma colère et de ma frustration envers mon père et mes frères. Elle n'avait rien fait pour mériter mon attaque mais je la tenais responsable de tous mes pêchés. C'était tellement plus facile en tant qu'ado de quatorze ans de rejeter la faute sur mon innocente mère que de tenir tête au monstre qu'était mon père. Je vis la véritable douleur dans les yeux de ma mère lorsqu'elle leva son regard vers moi, le contenu de mon assiette recouvrant son chemisier et son pantalon. Des larmes coulaient sur ses joues et je vis son menton trembler mais je fis en sorte de ne me laisser attendrir. Je la tirai de sa chaise par le bras et la poussai à terre comme mon père l'avait fait mon père plus tôt.

« Nettoie-moi cette bouillie et prépare-moi quelque chose de convenable à manger si tu en es capable. »

J'écrasai le rôti sous mon pied, quittai la pièce en trombe et montai les escaliers deux par deux. Je couru jusqu'à ma salle de bain et vomis immédiatement dans les toilettes. Je tirai la chasse d'eau et allai me brosser les dents, les mains tremblantes. Je m'appuyai contre le comptoir et fixai le visage de cet inconnu dans le miroir. Je tremblais tellement du fait du déferlement de sentiments qui me traversaient, le choc étant le principal. Je n'arrivais pas à croire que j'avais renversé notre dîner par terre et sur notre mère. Je n'arrivais pas à croire que mon père m'ait laissé faire ces choses.

J'éteignis la lumière et retournai dans ma chambre lorsque mon père entra dans la pièce. J'allais en prendre pour mon grade.

« Papa- » commençais-je. Je ne savais pas comment m'excuser auprès de lui pour mon comportement.

« Edward, » me coupa-t-il. Il s'assit sur mon bureau et sortit son portefeuille. « Pour être honnête, je ne pensais que tu avais ça en toi, fiston. Je suis fier de toi. Je dois dire que je ne suis pas content de devoir encore attendre une heure avant de dîner mais tu as remporté haut la main la récompense ce soir. Je n'ai même pas besoin de voir ce que tes frères et ton cousin ont trouvé. Rien ne pourra surpasser ta scène de ce soir. Dorénavant, je m'attends à ce que tu accomplisses de grandes choses. »

J'étais stupéfait de ne pas être puni. On me récompensait parce que j'avais piqué une colère. Il n'y avait pas d'autres termes pour décrire ce qui s'était passé. J'avais pété les plombs et m'étais déchaîné contre la seule et unique personne qui m'aimait de manière inconditionnelle.

Je tendis la main pour recevoir ma récompense. Il y avait 500$. Je regardai avec émerveillement l'argent dans ma main puis levai les yeux vers mon père. Il me regardait avec fierté. Une fierté qu'il n'avait jamais eue à mon égard. A ce moment-là, j'avais pris la résolution de toujours faire en sorte que mon père soit fier de moi, coûte que coûte.

« Ne t'en fais pas, Papa » le rassurai-je. « Dorénavant, tu pourras être fier de ton fils. Je te le promets. »

Il ébouriffa affectueusement mes cheveux. « J'en suis certain, » dit-il. « Le dîner devrait être prêt dans une heure. »

Lorsqu'il quitta ma chambre, je criai : « Hey, Papa ? Dis à Esmé que je veux des spaghettis pour le dîner. »

Je l'entendis rire en descendant les escaliers.

Ce soir-là, j'étais devenu le monstre de mon père et c'était resté ainsi jusqu'à ce que Bella entre dans ma vie. Grâce à elle, j'allais retrouver ma mère. Mon amour pour Bella me faisait redevenir l'homme dont ma mère pouvait être fière.

J'ouvris les yeux et vis que ma mère pleurait toujours en silence. Elle fixait les fleurs en face d'elle.

« Merci- » dit-elle d'une voix rauque. Elle s'éclaircit la voix et reprit. « Merci pour ces magnifiques fleurs. Je les adore. » Elle fit une pause et se tourna vers moi. Dans ses yeux, je pouvais voir son amour et son acceptation à mon égard. « Je t'aime, Edward. »

Je déglutis difficilement. « Maman, je suis vraiment désolé pour la façon dont je me suis comporté. »

Elle ouvrit la bouche pour m'interrompre mais je levai la main pour l'en empêcher.

« S'il te plaît, Maman. Il faut que je te le dise. »

Elle gémit, son souffle se coupa en m'entendant m'adresser à elle comme je ne l'avais pas fait depuis huit longues années. Elle acquiesça et prit une grande inspiration.

« Je ne mérite pas ton amour vu la façon dont je t'ai traitée. Je suis désolé d'avoir renversé la nourriture sur toi et par terre. C'était vraiment mal de ma part. Je n'ai jamais pris le temps de me rendre compte que l'amour que tu me donnais était pur et que c'est ce qui me manquait toutes ces années. A cause de mon manque de confiance en moi, j'ai laissé Carlisle rejeter tout ce que tu m'avais appris. Tu m'as appris ce qu'était l'amour et inculqué le respect de moi-même et des autres. J'ai détruit ta confiance et ta foi en moi dans un moment de faiblesse et je l'ai laissé régenter ma vie depuis ce moment-là. J'aime Bella et je veux être un homme meilleur pour elle. Je veux son amour et qu'elle n'ait plus jamais peur de moi. Pendant que nous étions à Phoenix, je lui ai fait des promesses que je compte bien respecter. J'aimerais également te faire une promesse. » Je me tournai sur ma chaise pour prendre ses mains tremblotantes. Ses sanglots s'accentuèrent à mes mots. « Je te promets de ne plus jamais être autre chose qu'un fils dont tu peux être fière. Je te promets de ne jamais te faire douter de mon amour et de mon respect pour tout ce qui a fait pour moi toutes ces années. Je veux te rendre la vie plus facile, de quelque manière que ce soit. Je t'aime, Maman. » Finis-je dans un murmure. « Ça m'a manqué de ne pas t'avoir dans ma vie. Acceptes-tu de redevenir ma mère ? »

« Oh, Edward, » dit-elle en pleurant et en m'attirant dans ses bras dans une étreinte qui pourrait rivaliser avec celles d'Emmett. « Je t'ai toujours aimé. Je n'ai jamais cessé de t'aimer. Une mère n'abandonne jamais ses enfants et ne cesse jamais de les aimer. J'ai toujours été là pour toi et je le serai toujours. Je t'aime tellement. Je veux que tu saches que je t'ai pardonné à ce moment-là. Je savais ce qui te frustrait quand tu étais plus jeune. Je savais que tu essayais d'attirer l'attention de ton père et j'ai compris ce qui se passait. Je sais que ce n'était pas toi. C'était ton père, c'était lui qui était en toi, te gardant emprisonné sous toutes ces choses tordues qu'il t'avait apprises. Je savais que tu me reviendrais lorsque tu aurais trouvé ton véritable amour. Bella a le pouvoir de te guérir et je suis tellement contente que tu t'autorises à ressentir cet amour. C'est grâce à ce genre d'amour inconditionnel que j'ai survécu toutes ces années. Parce que j'aime mes enfants de façon inconditionnelle et que je savais que vous auriez de nouveau besoin de moi un jour. »