Hunting the coyote

Titre : Hunting the coyote (« A la chasse au coyote », en gros).

Chapitre : 01, « Have you thought about coyotes? » (« Tu as pensé aux coyotes ? »).

Auteur : Katel Belacqua.

Fandom : Gundam Wing.

Persos et Pairing : Heero, mention de son père, apparition de Odin Lowe en caméo (sérieusement, il n'était pas prévu dans le scénario initial oO).

Rating : T pour ce chapitre (ça tombe très bien, « teen », Heero l'est).

Genres : UA, vaguement school fic, vie quotidienne, chasse.

Disclaimer : Gundam Wing manga est le fruit du travail de Koichi Tokita. Gundam Wing anime a été réalisé par Masashi Ikeda et le studio Sunrise. Le produit "Gundam" a été créé par Yoshiyuki Tomino et Hajime Yadate.

L'idée de départ du texte vient du roman jeunesse "Le chant triste du coyote" de Mel Ellis. Seuls quelques éléments ont été conservés, le reste a été transformé à la sauce Gundam et fanficesque.

Nombre de mots : 2 326 mots.

Notes globales sur le texte : - La soundtrack n'est, évidemment, qu'une indication. Ce ne sont pas des chansons qui m'ont inspirée ou que j'ai écoutées en écrivant, plutôt des chansons qui correspondent à l'ambiance du chapitre en question. Pour ceux qui veulent, j'ai les chansons, je peux les envoyer par mail !

- Aucun humain ou animal n'a été maltraité durant l'écriture de ce texte. Sauf l'auteur et Gugus, ordinateur portable de son état.

- Les idées évoquées dans le texte n'impliquent que les personnages, bien évidemment. Ca fait partie de l'histoire, rien de plus. Pas la peine de partir dans un débat pro-chasse, anti-chasse, ce n'est ni le lieu ni mon intention ni ce que j'espère vous faire retenir de cette histoire.

- Texte écrit durant le Nano 2009, sur une ébauche préexistante depuis quelques années.


Chapitre 1 - « Have you thought about coyotes? »

Soundtrack : Dolly - Il était une fois

La forêt retint son souffle. Quelques jours auparavant, elle avait commencé à se parer de ses couleurs d'automne. Cà et là, les ramures s'étaient teintées d'ocre, de roux, de jaune, d'orangé, de brun. Le sol était déjà couvert de feuilles. Certaines, encore d'un beau vert tendre, avaient été victimes des vents violents qui avaient balayé l'Etat du Wisconsin (1) la semaine précédente. Tant pis. C'était la dure loi de la nature. Parfois, même les plus sains des animaux périssaient sous les crocs impitoyables des carnassiers ou sous les coups de fusil indifférents des chasseurs. La bête qui avait pu atteindre l'âge adulte sans connaître de prédateur et qui cherchait un compagnon à la saison des amours était susceptible de brusquement se noyer, victime d'une soudaine montée des eaux. Qui pouvait savoir ce qui se passerait ? Les feuilles étaient de toute manière amenées à tomber afin que l'arbre puisse économiser ses forces pour l'hiver et renaître au printemps, grandi, éblouissant de santé. Dans à peine un mois, tous les arbres seraient nus, certainement. On annonçait un hiver rude dans cette partie du Nord des Etats-Unis.

Heero aurait aisément pu mettre sur le compte du tapis de feuilles mortes le fait de signaler sa présence quand il se déplaçait. Chaque pas qu'il effectuait produisait un bruissement, un craquement de feuilles desséchées. Il n'en fallait pas plus pour avertir les habitants des sous-bois de la présence d'un intrus. Les oiseaux qui n'avaient pas encore migré s'étaient tus, le gibier s'était éloigné de quelques bonds en direction d'une autre clairière, les lapins et les mulots se cachaient au plus profond de leur terrier, un frisson de terreur faisant onduler leur fourrure. Danger. Quand il y a l'homme, il y a danger. Toujours.

Pour arriver à se déplacer en silence dans la forêt, il fallait faire corps avec elle, se fondre en elle, devenir un élément indissociable de cet écosystème. Les chênes, les pins, les buissons, le lierre qui adhérait aux arbres et les asphyxiait, les champignons cachés sous les feuilles, les insectes grimpant le long de l'écorce… Le chasseur doit respirer en même temps qu'elle. Marcher à son rythme à elle. Comprendre comment elle fonctionne, pourquoi telle espèce s'y trouve et pourquoi chaque animal, chaque élément qui la composait, était important. En aucun cas, le chasseur ne devenait pénétrer l'espace boisé en conquérant sûr de lui, en propriétaire des lieux. La nature était sa propre maîtresse, mais accueillait ceux qui se pliaient à ses règles. A ceux-là, elles promettaient une chasse sinon abondante, du moins fructueuse. Les autres rentraient bredouilles.

Ce jour-là, l'adolescent ne faisait pas attention à ce qu'il faisait. Il laissait ses pieds le guider machinalement dans le sentier à peine visible. Il entendait bien le silence pesant qui l'entourait, savait par expérience que les créatures alentours avaient les yeux braqués sur lui et épiaient ses moindres mouvements, attendant le moment propice pour s'enfuir aussi vite qu'ils le pouvaient. Mais il s'en fichait. Aujourd'hui, il n'était pas là pour chasser, malgré le fusil qui pendait dans son dos, tapant sur son épaule à chaque mouvement. S'il était venu dans la forêt, c'était juste par habitude, parce qu'il y passait tellement de temps ces dernières années qu'elle était quasiment devenue son foyer, et parce qu'il savait qu'il y serait tranquille. Rares étaient les touristes qui prolongeaient leur séjour jusqu'au mois d'octobre. Et même les amoureux de la nature se faisaient discrets, allant se promener en silence dans les bois tandis que la forêt dévoilait une kyrielle de couleurs variées, comme une aquarelle aux teintes chatoyantes, un ultime et merveilleux spectacle avant le froid. Depuis qu'il était parti de chez lui, voilà vingt minutes, Heero n'avait croisé que cinq personnes. A présent, si loin de la ville, il était certain d'être seul. C'était parfait. Il avait besoin de solitude pour réfléchir calmement. Et cette solitude, ce n'était certainement pas chez lui qu'il la trouverait.

En repensant à ce qui l'attendait quand il rentrerait, il sentit son sang bouillir. Il s'était disputé avec son père. Encore une fois. La sixième depuis la fin des vacances d'été. On battait des records. En règle générale, Peter n'avait jamais de temps à accorder à son fils. Il devait traverser trois comtés chaque jour pour aller travailler dans un supermarché, situé dans le comté de Fond du lac (2). Il n'avait pas trouvé d'emploi plus près de chez lui.

Heero le soupçonnait de se satisfaire du peu de temps qu'il passait au foyer familial. Parfois, il ne le voyait pas de la semaine car ils ne faisaient que se croiser. Mais même quand il était présent, ils ne communiquaient pas beaucoup. Ni l'un ni l'autre n'étaient démonstratifs au sujet de ses sentiments. Ils n'étaient pas très proches, bien que se ressemblant étrangement dans leur incapacité à exprimer leur affection autrement qu'en s'ignorant.

Peter Yuy (3) était un homme de peu de mots, élevé à la dure, qui avait subi une sévère éducation, faite de privations, de réprimandes et de critiques. Tout naturellement, c'était ainsi qu'il avait éduqué son fils, après son divorce. Mais alors que lui-même était devenu un travailleur appliqué, s'efforçant de faire le mieux possible ce qu'on lui demandait de faire mais sans chercher à faire plus, Heero s'était refermé sur lui et était devenu taciturne. A l'école, on ne le trouvait pas intéressant car il était souvent privé de sortie et ne cherchait pas à se mêler à ses camarades. A force de s'entendre dire qu'il valait mieux se contenter de ce qu'on avait et ne surtout pas se montrer ambitieux, il en était venu à se dire qu'il ferait mieux d'attendre de voir ce que la vie lui réservait. A quoi bon avoir des rêves, des espoirs, si c'était pour qu'ils se détournent de lui dès qu'il les frôlait du doigt ? Chercher à faire fortune, voilà qui était bon pour les prétentieux et les arrivistes. Un matelas pour dormir, un toit pour s'abriter, des vivres et de l'eau pour calmer la faim et la soif, l'être humain n'avait rien besoin de plus. L'existence ne réclamait pas davantage. On pouvait vivre et mourir sans chercher rien d'autre.

Cependant, Heero avait découvert quelque chose durant le collège. Quelque chose qui ne faisait pas partie de l'univers très fermé de son père, et qui était à peu près la synthèse de tout ce qu'il détestait au monde, à savoir le progrès, le renouveau perpétuel, un domaine qui bougeait tellement qu'on l'aurait cru sujet à une crise d'épilepsie, l'ouverture au monde, et une infinie possibilité d'utilisations.

L'informatique. L'ordinateur, qui n'était auparavant qu'un objet inerte pour Heero, se révéla rapidement une entité complexe et mystérieuse, où codes de programmation, données, mémoire vive, morte, disques durs et gigahertz se mêlaient en un étroit circuit. Tout trouvait son sens, dans sa tête. Cet outil informatique n'était pas qu'une boîte avec un écran, c'était un enfant à qui il fallait apprendre des choses, dont chaque programme méritait quelques instants d'attention afin d'en obtenir les capacités maximums. Comme si, toute son existence, Heero n'avait attendu que la seconde où il s'était installé devant le clavier pour comprendre de quoi serait faite sa vie. Il voulait être programmateur. Ou du moins, travailler dans le milieu des ordinateurs. Il voulait être un des chaînons qui aident à l'évolution de la machine.

Trouver sa voie avait été difficile pour lui. Après des années d'errance dans le noir, il venait de trouver la lumière qu'il avait espérée sans le savoir. Il pensait que ce serait plus facile maintenant, qu'il lui suffisait de se trouver une bonne université et d'étudier avec acharnement pour atteindre le but qu'il s'était fixé. Naïf qu'il était. Il n'avait pas pensé à un obstacle. Ou plutôt à deux obstacles, liés l'un à l'autre. L'argent. Son père. Pour aller à l'université, il aurait besoin d'argent. Et certainement d'un logement, s'il partait loin. Mais Peter ne roulait pas sur l'or, et Heero était trop jeune pour trouver un travail qui rapportait bien. A moins d'obtenir une bourse… Il y en avait tellement peu qu'en avoir une tenait presque du miracle.

Six fois, donc, Peter lui avait ordonné de renoncer et de se trouver un petit boulot tranquille dans le coin. Six fois, Heero lui avait tenu tête. Le ton montait un peu plus chaque fois. Bientôt, ça dégénèrerait. Il tenait vraiment à se lancer dans l'informatique. En faisant des efforts, en cherchant tout ce qu'il pouvait pour mettre de l'argent de côté, il avait l'espoir d'y parvenir un jour, quitte à n'aller à l'université que quelques années après le lycée, lorsqu'il aurait rassemblé suffisamment d'argent.

Pourtant son père ne voulait rien entendre. A ses yeux, son fils devait se montrer raisonnable et espérer avoir un travail décent qui lui permettrait de subvenir à ses besoins. Pas consacrer toute son énergie dans une machine qui pouvait fort bien se transformer en abomination. On disait que grâce à un ordinateur, on était capable de prendre le contrôle de n'importe quelle entreprise… Peter savait que Heero serait assez curieux pour percer les systèmes de sécurité les plus poussés. Il finirait en prison pour une bêtise. Mais avec sa maladresse de père, il ne parvenait pas à faire comprendre à l'adolescent qu'il savait que son choix n'était pas le bon.

Un oiseau s'envola en criant. Heero releva la tête. Il s'était perdu dans ses pensées et n'avait pas remarqué qu'il s'était enfoncé si loin dans les bois. Au point où il en était, il pouvait tout aussi bien chasser. Cela le détendrait. Il avait passé son permis de chasse des années plus tôt, guidé par un voisin qui l'avait pris sous son aile, un ancien militaire qui l'aimait bien et lui permettait de rester chez lui aussi longtemps qu'il le désirait.

La chasse était un loisir comme un autre, mais habiter à proximité d'une des grandes forêts des Etats-Unis incitait à passer du temps dans les bois. Quand on était attentif et patient, on débusquait toutes sortes d'animaux. Et patient, Heero l'était. Il aimait le côté grisant de la chasse, la puissance provisoire que produisait la sensation du fusil entre ses mains. Parfois, il était si concentré sur la chasse qu'il en oubliait d'appuyer sur la gâchette, se contentant de suivre la proie qu'il venait de lever du bout du canon. L'animal en était quitte pour la frayeur de sa vie.

Avec la chasse, à la rigueur, il pouvait gagner de l'argent. Tuer des animaux pour vendre leurs fourrures. Ce serait mieux que de livrer des journaux ou de travailler dans un fast-food. Chasser n'impliquait pas d'être en contact avec les autres, au moins. Il n'y avait que lui face aux animaux, et ils étaient enveloppés dans le silence tendu qui régnait sous le couvert des feuillages. Un duel en tête-à-tête dont le résultat dépendait uniquement des compétences du chasseur. Les animaux se reproduisaient sans problème, ils proliféraient même tellement que c'était devenu une menace pour les récoltes et les fermes qui s'étaient construites au bord de la forêt, profitant de la terre fertile laissée par les arbres déracinés. Pour certains, la chasse était justifiée, un sport bénéfique car servant les intérêts de l'Homme. Pour Heero, c'était juste une façon d'échapper à la réalité.

La réalité, qui lui interdisait de réaliser son rêve.

- Bordel ! s'exclama-t-il, incapable de contenir plus longtemps sa rage.

Son cri fit fuir une nuée de moineaux. Il les suivit des yeux, se demandant si eux aussi avaient des rêves. Si quelqu'un se mettait en travers de leur chemin. Les animaux n'avaient pas de souci à se faire en ce qui concernait l'argent. Qu'est-ce qui les empêchait de voler dans le ciel ? Qui s'opposait à leur progression ? Leurs ailes leur permettaient de monter haut, très haut, si haut dans le ciel bleu… Mais ils n'avaient pas la possibilité d'atteindre l'espace. Leur petit corps était bien trop fragile.

Heero aurait donné n'importe quoi pour avoir des ailes et partir loin d'ici. Il ne gagnerait rien en restant toute sa vie dans cette ville paumée. Son père n'avait certainement jamais mis les pieds en-dehors de l'Etat. Lui voulait aller ailleurs. Voir New York, Washington D. C., San Francisco, Seattle (4)… Bon, peut-être pas tout, mais au moins découvrir un monde plus vaste.

Il y savait qu'il y serait plus à sa place.

L'adolescent se promena une trentaine de minutes dans les bois puis revint sur ses pas. Ne désirant pas rentrer tout de suite, de crainte de tomber sur son père et de reprendre leur querelle, il alla chez Odin Lowe, celui qui l'avait initié à l'art de la chasse. Ce dernier l'accueillit sans faire une remarque. Le quarantenaire sentait bien que quelque chose préoccupait le petit, mais il comprenait qu'il ne fallait pas le brusquer. Au bout d'un instant, Heero se mit à vider son sac. Il lui révéla son aspiration, qui était restée secrète jusqu'à présent, ce qu'il aimerait faire après le lycée, et pour quelles raisons ce n'était pas possible.

- Et t'as pensé au coyote ? demanda Odin après quelques minutes de réflexion.

Heero le fixa sans comprendre.

- Y'a une prime de vingt dollars par bête abattue. Cinq quand c'est un chiot. Ces saloperies pullulent dans la région et dévorent les lapins et les coqs de bruyère. Ce sont des nuisibles, gamin. Les tuer revient à laisser plus de gibier aux autres animaux. La chair de coyote est bien trop dure, c'est un charognard qui engloutit même les petits os. Tu rendras service à tout le monde en les abattant. Et ça pourra t'être utile pour aller à l'université, qui sait.

- C'est vrai…

- Je sais que y'en a pas mal. Je me fais pas de souci, tu arriveras bien à tuer quelques-uns avant la fin du mois. Essaye voir. Je suis sûr que ça va te plaire.

L'adolescent acquiesça. Si la chasse au coyote rapportait autant, alors il s'y mettrait de bon cœur. Il avait besoin de cet argent pour partir d'ici et se créer un avenir.

A suivre dans le chapitre 2

(publication le lundi 11 janvier)


Notes de lecture :

(1) : Wisconsin : Etat du Middle West des Etats-Unis, c'est-à-dire proches des grands lacs. Le Wisconsin se situe donc au Nord des Etats-Unis, plutôt vers le centre (Wikipedia est votre ami). Cet Etat est entouré par le lac Supérieur et le lac Michigan, ainsi que par les Etats du Michigan, de l'Iowa et du Minnesota. Il est relativement proche de la frontière canadienne.

(2) : L'histoire se passe dans la ville de Nekoosa, Comté de Wood, dans l'Etat de Wisconsin, donc. (c'est précisé dans un autre chapitre) Or Peter Yuy travaille dans la ville de Fond du lac, Comté de Fond du lac, Etat de Wisconsin. Le trajet se fait en 2h30 environ, pour une centaine de miles (161 km).

(3) : Non, ce nom n'a rien de choquant : Peter est issu de la deuxième génération, donc ses parents ont souhaité qu'il ait un prénom qui l'aide à s'adapter aux Etats-Unis, où ils ont émigré. Quand il a été parent à son tour, Peter a donné un nom à la consonance japonaise à son fils, faisant honneur à ses ancêtres. (il est évident que Peter est totalement de mon invention)

(4) : New York, ville du Nord-Est des Etats-Unis, Etat de New York.

Washington, capitale des Etats-Unis et ville du Nord-Est des Etats-Unis, Distict of Comlombia (d'où "D. C.", pour ne pas confondre avec l'Etat de Washington) Etats de Virginie et du Maryland.

San Francisco, ville du Sud-Ouest des Etats-Unis, Etat de Californie.

Seattle, ville du Nord-Ouest des Etats-Unis, Etat de Washington.

(navrée pour le cours de géographie, ça me semblait important de le signaler)