Traduction de la fiction anglaise « Détruit » de Somah.

T/N : deux POV, un flash-back, 11 pages et un instant fatidique qui se rapproche, tout ça pour vous dans ce chapitre^^, bonne lecture à tous !

Disclaimer : L'Univers 'Twilight' appartient à Stephanie Meyer, celui de 'Détruit' à Somah. Quant à moi… je possède juste le droit de traduire cette fiction !

CHAP 5 – DISPARU

Edward, 2009. Lundi – six jours plus tôt.

Le mois passa comme un long et lent battement de cil. Mes yeux avaient commencé à se fermer alors que mon travail consumait ma vie, pour se rouvrir au moment où je passai le portail du jardin de Jasper quatre semaines plus tard – mon esprit avait du mal à se rappeler par où le temps était passé.

Gleason. J'avais suivi ses habitudes quotidiennes, son emploi du temps. Je devais connaitre sa routine, ses interactions journalières, qui venait dans son appartement et quand. Je devais tout connaitre. Protocole, bien entendu.

James Gleason était un sportif matinal et un acharné du travail. Ça m'avait donné beaucoup de temps pour observer les allées et venues dans l'immeuble de son appartement…et encore plus de temps pour y entrer et mettre au point une stratégie. Parce que ce que faisait James Gleason quand il n'était pas chez lui n'avait pas vraiment d'importance. Tout ce qui m'intéressait, c'était ce qu'il faisait dans son appartement. Et à qui d'autre s'attendre.

Le plus grand obstacle résidait dans ses réunions « d'affaires ». Elles avaient l'air aléatoire, elles ne suivaient aucun plan que je pouvais établir et je devinais que c'était probablement le but. Des hommes de toutes les provenances se montraient chez Gleason entre 18h et 6h. Ça rendrait l'organisation de sa mort certainement beaucoup plus compliquée. Ça ajoutait aussi un challenge – et j'avais toujours aimé avoir un bon challenge.

J'avalai une grande gorgée de café noir, enserrant fermement mon gobelet en polystyrène de la main gauche pendant que je frappais de la main droite à la porte d'entrée de Jasper. J'arrivais à peine à me rappeler de m'être arrêté pour acheter ce café, mais j'avais dû le faire. Je frottai mes yeux fatigués et pris une autre gorgée de caféine. Je ne pouvais pas prendre le risque d'être fatigué, pas aujourd'hui. Pas cette semaine.

Cette semaine serait la semaine.

Jonze encourageait toujours une période de deux mois de « traque ». C'était à ce moment-là que l'on rassemblait chaque parcelle d'information sur notre cible. Chaque minuscule détail de sa vie, de l'essentiel, jusqu'à leur dernier instant. S'il me demandait où serait Gleason à 4h42 un mardi après-midi, au bout de deux mois, j'étais censé le savoir sans hésitation. Une chance pour Jonze, j'arrivais toujours à le faire en un temps record. Je suivais Gleason depuis quatre semaines… la cinquième était devant moi et à la fin, je serais prêt. Dimanche soir, James Gleason prendrait son dernier souffle, et avec un peu de chance, avec un cœur plein de regrets.

Je me mis un peu à sourire tout en frappant à nouveau à la porte de Jasper, un peu plus fort cette fois.

J'étais sûr qu'il était impossible que Gleason connaisse le regret, tout comme les enfoirés qui avaient tué mes parents. Ils faisaient ce qu'ils faisaient et ils étaient qui ils étaient parce que qu'ils ne pouvaient pas ressentir le regret. Il ne pouvait rien ressentir.

Et toi, qu'est ce tu peux ressentir, Edward Masen ?

Je repoussai rapidement cette pensée de ma tête pendant qu'un frisson me traversait, l'écho me heurtant si silencieusement que je ne tressaillis même pas.

Jasper ouvrit la porte et j'étudiai son visage d'un coup d'œil rapide. Son sourire était tendu, mais sincère. Je savais qu'il voulait me montrer quelque chose. Quelque chose qui était sensé annihiler tout désir de continuer à surveiller Bella.

Je n'étais pas sûr qu'une chose pareille soit possible.

« Salut, E. Entre, mec, » dit-il d'une voix un peu trainante, en faisant un pas sur le côté et en ouvrant la porte en grand. J'acquiesçai et baissai la tête tout en entrant maladroitement dans la maison. Depuis toutes les années que je connaissais Jasper, je n'étais jamais venu chez lui. Il m'avait invité de nombreuses fois, mais ça n'avait jamais eu l'air…juste. J'avais toujours l'impression d'envahir une part intacte de sa vie. Je m'insérais déjà beaucoup dans sa vie professionnelle… j'avais toujours essayé de rester à l'écart de sa vie personnelle malgré le fait qu'il était, indubitablement, celui qui me connaissait le mieux.

Ce n'était pas une grande maison ; j'avais remarqué ça de l'extérieur. Mais elle avait ce truc. Comme si c'était un endroit qu'on pouvait facilement appeler son chez-soi. Pendant que Jasper me conduisait dans un salon confortable, j'observais tout ce que je pouvais. De l'art accroché avec goût sur les murs, un thème nettement sudiste ornant le couloir et le salon.

« Assieds-toi, E. Bière ? »

« Ouai , ce que tu as, » répondis-je les yeux fixés sur son matériel électronique. Il était impressionnant. A côté, siégeait une collection de vieux CD et encore à côté, une vieille guitare acoustique.

« Tu joues ? » demandai-je à Jasper qui avait disparu par la porte. Il passa sa tête, décapsulant une bouteille de Dos Equis.

« Ouai. Je joue depuis que je suis gosse, » répondit-il en disparaissant encore une fois. Je hochai la tête en pensant à mon piano Baby Grand installé dans mon loft.

Nous avions beaucoup plus en commun que je ne l'avais réalisé.

Jasper revint et me tendit une bière, puis il s'assit dans un vieux canapé à l'air déglingué en face de moi.

« Difficile de croire que depuis toutes ces années que l'on se connait, tu ne sois jamais venu ici, » commenta Jasper en prenant une gorgée de sa bière.

« Je pensais la même chose, » répondis-je en levant ma bière vers lui.

« Peut-être que les choses peuvent être différentes, » dit Jasper, ses yeux s'attardant attentivement sur mon visage et en levant sa bière vers moi en retour, « A la tienne. »

« C'est pas que je n'ai jamais… » Je commençais à m'expliquer, mais je savais que je n'arriverais jamais à l'expliquer correctement.

« Je sais, et je ne suis pas offensé, E. Je n'ai jamais été capable de me sentir offensé avec toi. Je crois que je te comprends trop bien. Je crois aussi que j'étais ce mec, une fois. Les choses ont juste marché différemment pour moi. »

« Ouai, » dis-je d'un rire sec et gauche. Jasper me lança un autre regard rempli de mots inexprimés.

« Toi et Alice vous avez– ? » J'étais curieux. J'avais été curieux tout ce mois-ci et il fallait que je sache ; surtout si je n'allais plus voir Jasper pendant un moment.

Jasper secoua rapidement la tête. « Elle a appelé plusieurs fois, juste après notre rencontre, et elle a laissé des messages. Mais j'attendais jusqu'à ce que tout ça se termine. Je ne voulais pas suivre Bella en même temps que je parlais à Alice. Ça avait l'air mal. Je vais l'appeler ce soir. »

J'acquiesçai en silence. Jasper me regardait prudemment et se pencha vers moi.

« Pas grand-chose à rapporter sur Bella pour ce mois-ci, E. Même vieille rengaine. Les cours. Le journal. Elle est allée rendre visite à Charlie il y a deux semaines. Elle est pas mal sortie avec Alice. Elle se garde occupée. »

Je hochai de la tête, mon cœur battant malgré le manque de nouvelles.

Rien que son nom arrivait à me faire ça. Juste son nom.

« Je t'ai dit que j'avais quelque chose à te montrer. » J'acquiesçai tandis que Jasper se levait. « Suis-moi, » dit-il. Je le suivis à travers la porte opposée à la cuisine et me retrouvai dans un bureau énorme et spacieux. Je jetai un coup d'œil curieux à Jasper, et il fit un signe de tête vers la table.

« Va regarder, » dit-il d'une voix faible, les yeux assombris.

Je m'approchai lentement du bureau, mon cœur s'accélérant à nouveau.

Chaque centimètre était couvert de photos brillantes en noir et blanc.

Et sur chaque photo, il y avait Bella. Pendant que mon regard parcourait les images, je remarquai un thème commun. Sur chaque shot, Belle était seule. Mais pas seulement, elle avait aussi l'air aussi incroyablement triste. Je m'arrêtai sur une photo et la pris délicatement entre mes doigts, pour ne pas abimer le brillant.

Bella, la tête baissée. Les coins de sa bouche affaissés, les cheveux volant autour elle.

« En rentrant chez elle de l'appart de Jake, il y a trois mois, » expliqua Jasper depuis la porte. Je levai les yeux vers lui et reposai la photo à sa place. Une autre photo attira mon attention.

Une casquette de baseball, enfoncée sur sa tête. En train d'écrire dans un journal, adossée contre un arbre. Je plissai des yeux. Oui, des larmes maculaient ses joues.

« Il y a deux mois, pendant sa pause déjeuner à la fac, » offrit Jasper à nouveau.

Je mordis l'intérieur de ma joue et reposai la photo sur le bureau, tournant mon attention sur une autre. Bella, une porte vitrée derrière elle, sa tête tournée vers le ciel. L'air perdu et seul. Vulnérable.

« Chez elle, sur sa terrasse. Il y a deux semaines. »

« C'est ça que tu voulais me montrer ? » demandai-je en arrachant mon attention d'une autre image de Bella.

Jasper acquiesça de la tête, les mains dans les poches.

« Je croyais qu'elle était passée à autre chose, E. Je l'ai vraiment cru. Mais je piste Bella Swan depuis deux ans maintenant, et elle en est exactement au même point qu'il y a cinq ans quand je l'ai vue à l'hôpital. Elle a simplement appris à mieux le cacher. Le truc c'est que, quand elle croit que personne ne regarde, elle me montre exactement ce qu'elle ressent. »

« Jasper– »

« Je n'ai pas terminé, E, » m'interrompit-il d'un regard dur.

« Si tu ne laisses pas cette fille tranquille, elle continuera à se sentir comme ça. » Il parcourut les photos et prit la plus proche – Bella pelotonnée en une minuscule boule, sa tête dans ses mains sur son canapé, visiblement prise par un téléobjectif depuis la rue devant son appartement – et il la poussa vers moi, « Pour toujours. »

Je refoulai des larmes, m'efforçant de me reconcentrer sur Jasper pendant que je retrouvais ma voix.

« Elle ne sait pas. Elle ne sait pas que je suis en vie ! Je ne crois pas que ça ait quoique ce soit avoir avec moi… du moins, pas entièrement. Comment la Bella que tu as pris sur ces photos pourrait changer si j'arrêtais de la suivre ? » rétorquai-je en élevant la voix en challenge.

« Je crois qu'elle peut te sentir, E. Je sais qu'elle pense que tu es 'mort'. Mais je crois qu'elle sent ta présence, ton souvenir. Elle n'a probablement aucune idée de pourquoi ou de comment elle arrive encore à se sentir comme ça, mais nous oui. C'est parce que tu es juste sous son nez, vivant, à la regarder. Ce n'est pas juste pour Bella. Si tu arrêtes, si tu lâches ça, je suis convaincu que Bella sera capable d'avancer. Elle pourra avoir une vie normale. Elle pourra te laisser partir et enlever ce collier. Si tu ne le fais pas… un de ces jours, E, vos mondes entreront en collision et les dégâts seront catastrophiques. »

Je baissai les yeux vers une autre photo, une image de Bella en train de jouer avec « le collier ». Elle le portait encore, cinq ans après.

Je savais que Jasper avait raison. Merde, je savais depuis longtemps que je n'avais pas le droit de faire ce que je faisais… et pourtant, c'était toutes ces photos qui arrivaient vraiment à me montrer ce qui lui arrivait. J'avais déjà perdu Bella et maintenant elle serait perdait elle-même. Il fallait que je règle ça de la seule manière qui serait efficace.

Je devais arrêter.

***

C'est la dernière fois, me promettais-je quelques heures plus tard pendant que je me retrouvais à lever les yeux vers son balcon, caché dans le chuchotement des ombres de la rue.

Une lumière était allumée et il y avait du mouvement de l'autre côté de la fenêtre, mais je n'arrivais pas à la voir et je m'en sentais presque soulagé. Ça rendrait mon départ un peu moins douloureux.

C'était ça. Je devais faire un choix et ce choix, c'était Bella. Elle pouvait encore avoir une vie – elle pouvait être heureuse. C'est juste que, moi, je ne pouvais pas en faire partie. Je ne pouvais pas lui apporter le bonheur, pas d'où j'étais. Pas avec ce que j'avais fait et ce que j'étais devenu. J'avais abandonné cette idée depuis bien longtemps. Je m'étais fait des illusions en pensant que je n'affectais pas sa vie en la regardant. Que je n'étais pas égoïste, que je faisais ça pour sa propre sécurité.

J'étais très bon dans la feinte. Malheureusement, personne n'y croyait sauf moi. Il était temps de la laisser partir comme j'aurais du le faire il y a toutes ces années.

Je secouai la tête. Et je continuais parce que je sentais que ça venait. Les larmes de Bella, mes funérailles et le commencement d'une longue éternité.

--

(2004, Edward)

Même en noir elle était la plus belle personne à se tenir parmi les autres devant ma tombe. Même si on m'avait explicitement averti de ne pas m'approcher de mes propres funérailles, j'avais trouvé une lacune. Personne n'avait rien dit à propos de l'enterrement – donc j'avais trouvé ça légitime.

Comme il semblait le faire pendant ces tristes moments, la pluie tombait en piques de gouttes gelée, et pour une fois, j'étais heureux du temps épouvantable de Forks. Mon long trench coat sombre et mon parapluie noir me déguisaient et me protégeaient mieux que je ne l'aurais imaginé. J'étais hors de vue de tout façon, à me tenir devant une autre tombe, en faisant semblant de pleurer pour une certaine Mary Gilmore – même si ça ne me demandait pas beaucoup de ma part.

Elle avait été en retard. Au début, je ne pensais pas qu'elle se montrerait et mon cœur s'était douloureusement resserré à cette idée. Je ne l'avais pas vue depuis le jour de l'accident et même encore, je n'arrivais pas à bien me rappeler de cette journée.

L'enterrement avait déjà commencé quand elle s'approcha toute seule près de la tombe, la tête baissée. Elle m'avait coupé le souffle et je m'étais obligé de me détourner rapidement. Sa peau, si pâle contre le tissu de son long manteau noir, me faisait peur. Elle n'avait jamais eu l'air aussi épouvantée, si seule ou si apeurée.

Je m'étais brièvement dit que tout ça n'était peut-être qu'une très mauvaise idée, mais au moment où je me retournai à nouveau pour regarder Bella, je compris que je n'arriverais pas à partir. Je n'arriverais pas à la laisser toute seule.

Quel hypocrite.

Sa tête restait baissée pendant la lecture des prières. Je vis son visage se lever momentanément quand mon 'parrain' vint dire quelques mots, mais pendant qu'il parlait, elle baissa à nouveau la tête pour fixer le cercueil à quelques mètres d'elle.

Elle ne pleura pas quand tout le monde lança des fleurs. Elle ne pleura pas non plus quand le cercueil fut lentement descendu dans le sol trempé. Elle ne pleura pas quand ses amis du lycée et la 'famille' la prirent dans leurs bras pour lui dire quelques mots. Non, ses larmes étaient réservées pour le moment où les gens disparaitraient en courant vers leurs voitures et en sautant dans leurs limos alors que la pluie tombait avec plus de force. Toute seule, elle s'écroula sur la terre boueuse et elle fondit en larmes, la pluie s'écrasant implacablement autour d'elle.

C'était moi qui lui avais fait ça. Je l'avais brisée.

Comment pourrais-je la laisser dans cet état ? Par réflexe, j'avais fait un pas en avant, un pas vers elle – vers la vie et le bonheur – vers l'amour. Elle avait soudainement levé la tête, scannant le cimetière du regard. Ma respiration s'était arrêtée pendant un instant alors que j'attendais qu'elle tourne la tête de quelques fractions de quelques centimètres de plus. Je m'attendais à ce qu'elle me voie. Pendant cet instant, il n'y avait rien que je ne désirais plus. Je la suppliais de regarder un petit plus loin, de sentir ma présence.

Mais à la seconde où j'avais commencé à faire un autre pas vers elle, ses épaules s'étaient rabaissées et sa tête était tombée entre ses mains. Je reculai à l'abri de Mary Gilmore et retrouvai mon souffle, tremblant et déchiqueté.

Je n'étais pas capable de la quitter, pas encore. Je savais je devais lui dire un vrai au-revoir. Je m'enfonçai à nouveau dans les ombres à attendre que la nuit tombe, en espérant qu'elle n'avait pas décidé pour une fois de verrouiller la fenêtre de sa chambre.

--

Une douleur vive m'extirpa de mes souvenirs. Je baissai les yeux pour réaliser que j'étais en train de serrer quelque chose dans mon poing. Je l'ouvris brusquement pour voir un caillou plat et tranchant dans la paume de ma main, de minuscules gouttes de sang s'échappant de ma peau blanche. Je ne me souvenais pas l'avoir ramasser, mais il était là, à me rappeler une pointe de flèche indienne que j'avais trouvée une fois avec mon père pendant une randonnée quand j'étais gamin. La seule différence c'était que ce caillou avait fait couler mon sang. Je le lâchai précipitamment et frottai les quelques gouttes rouges sur mon jean en envoyant le caillou d'un coup de pied vers le caniveau.

Ce n'était pas acceptable. Il fallait que je me réveille – il fallait que je fasse attention.

« Hé ! Qui va là ? » appela une voix grave. Je me tournai pour voir un homme robuste et son berger allemand venir rapidement vers moi. Je savais de quoi je devais avoir l'air pour lui, et je me dépêchai de retourner dans l'obscurité. D'un dernier regard vers le balcon de Bella, je disparaissais dans un dédale de ruelles.

Au revoir, Isabella Swan.

***

Bella Swan, 2009. Jeudi – trois jours plus tôt

« Bella ! Regarde ça ! » appela Alice en poussant la porte ouverte de mon appartement pour se jeter pratiquement sur moi en me tendant sa main.

« Jake, je dois y aller, Alice est là, » murmurai-je dans le téléphone.

« Bella ? On se parlera plus tard ? » Sa voix était incertaine et d'une douceur peu habituelle.

« Ouai, ouai bien sûr, » répondis-je à voix basse tandis que je lançai un regard à Alice.

Alice s'arrêta en plein mouvement, à deux doigts de trébucher, en fronçant ses yeux vifs de suspicion. Je raccrochai le téléphone et m'allongeai sur le canapé, levant un sourcil vers Alice.

« Quoi ? » demandai-je innocemment.

« Pourquoi tu parlais à Jacob Black ? » demanda-t-elle. « Je croyais qu'on était d'accord sur le fait que lui parler était une mauvaise idée. » Alice me regardait furieusement, son excitation complètement dissipée.

« Non, tu m'as dit que lui parler était une mauvaise idée. Je n'ai jamais vraiment approuvé, » lui rappelai-je. « Il a juste appelé pour dire bonjour. On n'avait pas parlé depuis un moment, » répondis-je nonchalamment pour éluder sa question du mieux possible.

« Isabella Swan. La vraie raison ? » Les petites mains d'Alice étaient posées sur ses hanches pendant que sa grimace s'intensifiait. Elle détestait mes imprécisions tout autant que je détestais ses regards furieux, donc je pris une profonde inspiration.

« Il a appelé pour dire que je lui manquais, » expliquai-je lentement, en me recroquevillant légèrement et en attendant qu'Alice pète son câble.

« Quoi ? Pourquoi ? Et l'autre ? » Alice s'écroula sur le canapé à côté de moi, les yeux enflammés.

« Il s'est séparé de Leah, apparemment. Je crois juste qu'il se sentait mal et qu'il voulait parler à quelqu'un. »

« Bella. »

« Alice ? » répondis-je.

« Ne le laisse pas revenir, » averti-t-elle.

« Je ne l'ai jamais laissé entrer, Alice. C'était ça le problème, tu te souviens ? »

« Hum, c'est vrai. Mais… c'est juste que je ne lui fais pas confiance, B. Je sais que tu tiens à lui, et quand il t'a quitté, je sais que ça a fait mal, même si tu savais que ça n'aurait jamais marché. C'est juste que – je le déteste un peu de t'avoir fait du mal, ok ? »

J'étais obligée de sourire à ça. Alice était, je le lui accordais, le nec plus ultra de la meilleure amie.

« J'adore t'avoir sur mon dos, Al, mais on ne faisait que parler. Rattraper le retard ; ça faisait longtemps. » Je détestais lui cacher des choses, mais je savais qu'elle ne voudrait pas entendre à quel point Jacob Black me manquait. Il avait été la personne la plus à même de prendre mon cœur depuis la mort d'Edward, et il me manquait plus que je ne l'aurais jamais cru possible.

« Bref, qu'est-ce qui t'a fait venir ici aussi surexcitée ? Tu as un autre rencard chaud bouillant avec Jasper ? » Je changeai rapidement de sujet, espérant elle arrêterait de poser des questions. Jasper était son sujet favori ces derniers temps ; après quelques semaines sans entendre du tout parler de lui, il l'avait soudainement rappelée plus tôt dans la semaine. Alice était au septième ciel depuis. Ils avaient eu leur premier rencard mardi, et leur deuxième mercredi. Alice était complètement éprise de lui ; et apparemment, il ressentait la même chose.

« Oh…et bien, oui, mais pas avant ce weekend. Il est vraiment occupé par son travail et j'ai tous ces trucs à faire pour la fac. Mais ce n'est pas pour ça que je suis venue – parler du maléfique Jacob m'a distraite, mais regarde ça ! J'ai trouvé ça dans la rue en bas de ton appart ! » Alice sautait sur ses pieds, son regard s'illuminant à nouveau. Elle me tendait sa main et je baissai les yeux d'un sourire amusé.

Je regardais le caillou bizarrement pointu pendant un moment, mon sourire disparaissant instantanément.

« C'est une tête de flèche, » expliqua rapidement Alice en la laissant tomber dans ma main. « Les indigènes ont l'habitude des les utiliser pour tuer des animaux pour leurs repas. Elles sont assez rares maintenant – super dures à trouver ! »

J'examinai la pierre dans ma main en prenant soin de ne pas toucher la pointe.

« Alice, » dis-je péniblement en posant le caillou sur le bois de la table basse. « Alice, il y a du sang là-dessus. » J'arrivais littéralement à sentir mon propre sang s'évacuer de mon visage ; je détournai le regard de la pointe de flèche vers le visage d'Alice. Elle se pencha pour la toucher, toute curieuse.

« Wouaou. C'est super cool, » dit-elle pendant que son regard s'attardait sur la petite tâche rouge près de l'extrémité de la pierre.

« Alice, c'est dégueulasse. Tu peux faire sortir ça, s'il te plait ? » demandai-je.

« Détends-toi, Bella. Cette chose est une pièce de collection. Je la prendrai avec moi quand je partirai. En parlant de ça, je peux rester ici cette nuit ? C'est l'anniversaire d'Emmett et de Rose, et Emm prépare à diner pour Rose. Je suis déjà suffisamment traumatisée comme ça, je n'ai sérieusement aucune envie de les voir se donner la becqué au-dessus des bougies. Beurk. »

Je baissai les yeux vers la tête de flèche et hochai de la tête, encore nauséeuse.

« Bien sûr, Al. On n'a pas besoin que ta facture chez ton thérapeute soit plus grosse qu'elle le sera probablement déjà, grâce à ton frère, » dis-je encore en souriant et en jetant un livre sur la tête de flèche pendant qu'Alice allumait la télévision.

« Film ? »

« Seulement si tu me promets que tu me forceras à bosser sur cet article pour le Dr. G dès qu'il sera terminé, » répondis-je en baillant, posant ma tête sur l'épaule d'Alice.

« On sait toutes les deux que tu t'effondreras après la bande annonce ! » répondit Alice en sautant sur ses pieds pour aller mettre Heathers, une de nos comédies dramatiques préférées des années 80.

« C'est le sexy Christian Slater ! » répliquai-je. « Je tiendrai au moins jusqu'à ce qu'il fasse sa grande entrée. »

« Christian Slater n'a jamais été sexy, » rétorqua Alice. On avait cette dispute à chaque fois, mais j'étais tellement fatiguée que je laissais couler, oubliant de lui rentrer dedans avec son adoration pour le jeune John Cusack des années 80.

Je ne me souvenais pas d'avoir atterri là, mais je me réveillai plus tard dans mon lit, encore habillée. C'est ce que j'appelle terminer mon article, pensai-je tout en me tournant pour regarder mon réveil à côté de mon lit.

3h34.

Je soupirai et me retournai, pour poser mes yeux sur la porte qui donnait sur le couloir.

J'arrivais à entendre Alice sur le canapé du salon, à faire des bruits bizarres. Elle avait un rêve – je savais, grâce à des années de soirées pyjamas, qu'Alice n'était pas silencieuse pendant son sommeil. Je me demandais toujours si ça avait un lien avec les rêves insolites qu'elle faisait. A l'instant où je me levai, les bruits s'arrêtèrent.

Et puis j'entendis ses bruits de pas, sa respiration. Elle respirait fort et venait droit vers ma chambre.

« Al ? Tu vas bien ? » demandai-je en tendant le bras pour atteindre la lampe de chevet.

« Bella. » Elle apparut dans l'embrasure de la porte avant je puisse allumer la chambre. Je m'arrêtai, plissant des yeux vers sa silhouette. Sa voix avait l'air éteinte. Très lointaine.

« Edward, » dit-elle, les yeux vagues. Je me glaçai au nom qu'elle venait de prononcer.

« Al ? Est-ce que tu rêvais ? » Je me levai, le corps tremblant. Je fis un pas vers son visage livide. Mon regard passa de sa tête à sa main. Elle était en train de serrer quelque chose dans son petit poing.

« Al ? Tu me fais flipper. Dis quelque chose. » Je la regardais tandis qu'elle ouvrait lentement sa main. La tête de flèche tomba sur ma moquette. Je secouai la tête et levai à nouveau les yeux vers Alice, inquiète. J'avais déjà été présente quand elle avait eu un rêve bizarre, mais ça n'avait jamais été comme ça. Elle était toujours Alice. Cette fois-ci, c'était un zombie.

« Alice, je vais appeler Emmett. » Je ne savais pas quoi faire d'autre.

« Bella. Edward est blessé. Il a mal. »

« Alice, tu fais un mauvais rêve. Tout va bien. Laisse-moi prendre mon téléphone et– » Mon portable maintenant en main, Alice sauta brusquement sur moi, pour m'arracher le téléphone des mains et le lancer sur la moquette. Je ne pus m'empêcher de chercher la tête de flèche des yeux, d'un air accusateur. J'avais envie d'en vouloir à cet objet flippant et inanimé pour le comportement d'Alice.

Alice prit gentiment mon visage entre ses mains. Je croisai son regard, maintenant agacée de sa conduite. Mais quand je vis ses yeux, je m'arrêtai. Rempli d'anticipation et d'angoisse, le zombie était parti.

« Bella. Edward est en vie. »

***

T/N : prochain chapitre explosif, puisqu'on reviendra à l'instant du prologue… ! Les choses sérieuses vont commencer, donc restez connectés ! Et faites partager cette fiction, parlez-en, elle le mérite. Et des reviews aussi ! On adoooore les reviews ;)

A la semaine prochaine les amis !

Charlène