Merci pour prendre le temps de me laisser des petits commentaires par-ci par-là ^^

Me revoilà avec un nouveau chapitre (pas très gai, j'en ai peur…) écrit en écoutant la très, très belle chanson de Michiru Oshima, « You were there », que je vous conseille vivement de dégoter tout de suite ! XD

Ce récit est du point de vue de Watson et faîtes attention, l'inspiration m'a amené à passer de la troisième à la première personne sans prévenir et j'ai décidé que ça collait bien avec le ton de l'histoire donc j'ai laissé ça tel quel si vous remarquez ça ce n'est donc pas une erreur de ma part ^^ (en revanche il est possible qu'il y ait quelques fautes de frappes ou erreur de grammaires qui traînent, il y en a toujours qui résiste même si je relis deux fois tout ce que je poste ).

J'espère que vous apprécierez ce chapitre et je m' étonne moi-même en le publiant parce qu'il est très. . .sentimental ? xd Je ne vois pas d'autre mots mais en tout les cas ce n'est pas dans mes habitudes, je pense que ceux et celles qui aiment les histoires qui vous tire des larmes trouveront leur compte ici XD.

Je n'ai plus rien a ajouté à part vous souhaiter une bonne lecture et vous remerciez encore et toujours de lire ce que je gribouille ^^

[You were there]

(Michiru Oshima)

Une odeur de paille brûlée par le soleil le frappa de plein fouet.

Sous son dos courbaturé, ses sens lui apprenaient lentement qu'il se trouvait allongé à même le sol, une herbe grasse et douce lui servant de matelas. Des éclairs de lumière agressaient gentiment ses yeux clos. Il consentit à les entrouvrir pour apercevoir un ciel d'un bleu éclatant, mêlé de blanc et de vert.

Les feuilles bruissantes d'un arbre centenaire lui prodiguait leur ombres par intermittence et il se sentit soudain minuscule face à ce géant. Avec hésitation, ses mains se posèrent sur la terre à ses côtés, ses phalanges s'enfoncèrent avec détermination dans l'herbe fraîche et un sourire lui fut arraché par les insectes qui chatouillaient sa peau.

Il n'avait aucune idée de l'endroit où il se trouvait, mais il voulait bien y passer sa vie.

Se redressant lentement, il embrassa d'un regard un paysage irréel des champs et des forêts à pertes de vues, dans toutes les directions. Une sérénité paresseuse semblait décrire à la perfection ce qu'il voyait et il se perdit un instant dans la contemplation des nuages.

Une tache plus sombre attira son attention.

Il leva les yeux et fut surpris de voir la silhouette nonchalante de Sherlock Holmes, adossé au tronc de cet arbre majestueux, à quelques mètres de lui. L'herbe recouvrait presque entièrement ses jambes et le cernait de part en part, il ressemblait au capitaine de cette mer ondoyante, une casquette bleu marine cachant ses yeux et des ronds de fumée s'échappant de ses lèvres fines.

Watson eut soudain envie de le rejoindre, de courir vers lui et de l'étreindre sans retenue, pour ensuite se poser à ses côtés au pied du vieil ancêtre, sans parler, juste en appréciant ce silence si réconfortant qui prenait place autour d'eux lorsqu'ils n'avaient rien à se dire tout en se disant l'essentiel.

Comme s'il avait entendu ses pensées, le profil de son ami se tourna vers lui et lui offrit un sourire éclatant, sans calcul ni malice. Sa main détendue tenait toujours sa pipe en bois et d'un pouce il avait relevé la visière de sa casquette, permettant à Watson de voir ses yeux chocolat briller au soleil.

Il ne dit rien, il semblait l'attendre.

Le cœur soudain plus léger, Watson se releva péniblement et esquissa quelques pas timide dans sa direction. Plus il avançait, plus ses jambes retrouvaient leur mobilité et même la cicatrice de sa cuisse semblait moins douloureuse.

Quelques pas de plus, et il courait littéralement dans l'herbe haute, savourant les tiges fraîches qui fouettaient le tissu de son pantalon. Comme quand il était enfant, il laissa traîner sa main aux ras de cette végétation luxuriante et la laissa chatouiller sa paume. Il se sentait bien, mieux qu'il ne l'avait jamais été.

Holmes l'accueillit dans ses bras en riant, et Watson pensa avec tendresse que leur étreinte avait plus en commun avec un placage au rugby qu'avec l'embrassade de deux amants.

Son ami se redressa sans un mot et l'entoura de ses bras chauds, la peau de ses avants bras brunis par le soleil soutenant Watson et le plaquant contre son torse.

Il ne distinguait plus que ses battements de cœur régulier et le tissu immaculée de sa chemise qui flottait devant ses yeux. Et son odeur si particulière qui se mêlait à la nature, cette odeur qui avait toujours signifié pour Watson son chez-lui, l'endroit auquel il appartenait et où il demeurerait, toujours. . .

La douleur le prit par surprise.

Fulgurante, lancinante, elle irradiait dans tout son corps par vagues et il était incapable de la contrôler. Il bougeait, elle bougeait avec lui il restait immobile, elle menaçait de réduire son cerveau en un amas de chair inutile et souffreteuse.

Les battements si rassurant avaient cessé, fini l'odeur de l'herbe fraîche et le soleil qui brûlait sa peau à travers le tissu de sa chemise.

Il était confus et ses entrailles étaient glacées. Désorienté, il tenta d'ouvrir les yeux malgré la douleur aiguë qui lui vrillait les tempes et distingua un plafond nu aux poutres apparentes, vaguement familier. On s'agitait autour de lui, le genre de bruissement que produisent des gens qui font attention, des gens inquiets. Quelque chose d'humide se posa sur son front et il eut le temps de voir une main fine suivit d'un poignet masculin s'éloigner de lui avant que ses paupières ne rendent les armes.

Watson sentait que son esprit commençait à s'éveiller, à recoller les morceaux, et il avait peur de ce qu'il allait comprendre.

Il luttait désespérément pour retourner dans les bras de son ami, au sein de cette campagne silencieuse où n'existait ni la maladie ni la mort. Des flashs sombres et intenses se superposaient à cette vision onirique et au fond de lui, même s'il le niait de toutes ses forces, il savait que ces visions faisaient parties de la réalité et qu'il serait bien obligé d'y retourner un jour.

Une coupure de journal qu'il déchirait dans un accès de rage exceptionnel.

Des visages torturés.

Une odeur de mort qui flottait dans les rues pluvieuses de Londres.

Deux yeux bleu océan qui le fixaient et le suppliaient.

La voix douce et éteinte de Mary. . .

Mary.

« Tu dois partir John. . .il faut me laisser à présent. . .d'autres ont besoin de toi. Il a besoin de toi. . .ne m'oublie pas mon chéri. . . »

Des larmes brûlantes qui incendient ses joues creuses.

Un hurlement puissant déchire le voile de ses souvenirs jusqu'à ce qu'il comprenne que c'est le sien.

Tremblant de tous ses membres, il essais désespérément d'articuler une phrase, un mot. Sa gorge sèche le torture mais, alertée par son agitation et les soubresauts de ses bras contre le matelas, la main bénie reviens vite lui apporter son aide.

Elle est pâle mais ses gestes son sûr.

Watson sent sa tête soulevée et un verre d'eau est poussé contre ses lèvres tout aussi sèches. Il avale une gorgée pleine d'épines et de ronces et tente de repousser cette main du diable qui le fait souffrir encore plus. Mais la main résiste et le force avec douceur à boire une autre gorgée, alors que les souffles d'agonie de sa femme résonnent dans sa tête. Encore une gorgée, sa bouche ne le fait plus souffrir mais son esprit devient beaucoup trop clair, il veut tout arrêter.

Il ne sait où il a trouvé sa force mais l'instant d'après le verre gît sur le sol et le bruit de son fracas tinte encore contre les murs. Il ne veut plus boire, plus se souvenir.

Qu'on le laisse dépérir, il veut retourner là-bas, se laisser envahir par une douce folie, qu'on le laisse dans son délire !

Il ne veut pas guérir.

Mais la main, les mains, reviennent encore et toujours.

Patientes, il les entend ramasser les débris de verre et nettoyer le sol. Elles réapparaissent bientôt avec un autre verre et un autre breuvage. Pour l'amadouer, elles caressent son front et ses cheveux trempés de sueur, lui font comprendre qu'elles sont là pour lui, qu'elles ne lui veulent aucun mal.

A bout de force, Watson abdique et laisse le liquide passer ses lèvres.

Le goût du thé sucré agit sur lui comme un pansement sur son âme et il laisse ses larmes couler librement sur ses joues, inonder l'oreiller qui soutient ses cauchemars depuis plus de trois mois. Tout lui revient subitement et il ne sait pas s'il aura la force de vivre sans ses mains qui le soutiennent nuits et jours.

Le tissu humide et doux qui protège son front des flammes se déplie et recouvre ses yeux, il doit dormir.

Confus, il sent encore le toucher délicat qui caresse sa nuque puis plus rien.

Holmes est là. Holmes le protège.

L'ombre des feuilles s'est fait plus présente sur eux, plus distincte sur leurs chemises blanches.

Le soleil a tourné

. Ils contemplent silencieusement les quelques nuages qui passent au-dessus d'eux et soudain les ronds de fumée presque parfaits cessent.

Holmes se tourne vers lui et enlève d'un geste gracieux sa casquette, laissant ses boucles brunes en désordre danser sur son front. Watson sent qu'il va briser ce merveilleux silence et même si cette perspective l'effraie au plus haut point, il ne trouve pas le courage de protester.

Après tout, il pourrait le bâillonner avec le grand mouchoir qui dépasse de sa poche et cet instant durerait, encore et encore jusqu'à ce qu'il ne se souvienne plus de rien. . .

Mais Holmes est décidé à parler. Sa voix est douce et basse, celle de quelqu'un qui s'efforce de tirer un ami de son sommeil, sans le brusquer.

_ Cessez de vous faire des illusions, Watson. . .je ne suis qu'une projection de l'ami parfait que vous aimeriez avoir, je ne suis pas réel. Il faut vous réveiller mon vieux. . .

Et il posa sa casquette sur la tête blonde.

_ Watson ?

Sa tête tournait et il avait la sensation d'avoir perdu tous les muscles qui faisaient fonctionner son corps.

Mais son esprit était plus clair.

Toujours avec difficulté, il ouvrit les yeux et vit le même plafond à poutres, sentit la même odeur de maladie qui l'accompagnait depuis des mois.

Ses souvenirs lui revinrent, cruels et ordonnés.

Il y a trois mois exactement il avait pâli en lisant le journal du matin.

Ce qu'il redoutait depuis quelques semaines en tant que médecin s'était produit : une grippe tenace et violente avait déferlée sur Londres et sur le reste de l'Angleterre, infiltrée à l'intérieur des terres par des bateaux marchands et leurs cargaisons humaines douteuses.

Après la rage et la colère était venue l'action.

Tous ses confrères s'étaient concertés et mobilisé pour tenter d'enrayer l'épidémie, en vain. Hommes, femmes, enfants et vieillards, tous mourraient de la fièvre dans un délai d'une semaine. Et ils ne pouvaient rien faire pour les guérir, sinon les accompagner dans leurs derniers instants.

Totalement impuissant, Watson avait vu la fièvre se frayer un chemin sur le visage de sa douce Mary et ravager sa jeunesse, sa vitalité. Dédaignant ses confrères qui lui conseillaient de la mettre en quarantaine en attendant qu'elle succombe, il s'était enfermé chez eux en renvoyant toutes les servantes et s'activait jour et nuit pour alléger ses souffrances.

A l'aube du quatrième jour, il était certain d'avoir lui aussi contracté la maladie mais n'y prêtait pas attention et continuait de soigner son épouse, dont les forces déclinaient à vue d'œil.

Enfin, au matin du septième jour, Mary lui avait chuchoté ses derniers mots et s'était éteinte dans ses bras.

Dévasté, la rumeur s'était vite répandue dans Londres que le docteur était devenu fou et dormait avec le cadavre de sa femme depuis plusieurs jours déjà.

Fou, non.

De douleur peut-être.

Et il n'avait dormi qu'une nuit auprès du corps de Mary, jusqu'à ce qu'il ne reste plus une seule larme dans son corps, plus une seule émotion qui puisse apparaître sur son visage. Il l'avait nettoyée et habillée, avait croisé ses mains fines sur sa poitrine avant de refermer définitivement la porte de leur chambre.

La fièvre le gagnait de plus en plus et, avant que le délire commence, il s'était injecté assez de morphine et de somnifère pour dormir trois jour durant, attendant la mort.

La dernière chose dont il se souvienne avec certitude, ce sont ses yeux fiévreux et brûlants qui contemple le fauteuil où Mary avait l'habitude de s'asseoir.

Posé à la hâte dessus, il y avait encore les mouchoirs qu'elle était en train de broder à leurs noms.

Les mains se posèrent sur ses joues et essuyèrent ses larmes, lentement.

Il avait fini par se faire à l'idée de ne jamais voir le visage de son ange gardien, dissimulé dans la pièce trop sombre.

Mais cette fois ci, sa main se posa sur le poignet masculin qui s'attardait près de son visage et il ne le lâcha pas, quoi qu'il lui en coûte.

_ Qui. . .qui êtes-vous ?

Un petit rire discret et inquiet lui parvint, tandis qu'il se demandait si s'était bien sa voix qu'il avait entendu, ce son râpeux et abîmé qui était sorti presque dans une quinte de toux.

_ Je suis content de voir que vous avez repris des forces, vieux frère. . .vous n'êtes pas le genre d'homme à mourir si facilement.

Il n'avait toujours pas lâché ce poignet qui maintenant lui était vaguement familier.

Il dû, pourtant, car les mains s'activèrent à le redresser en position presque assise et installèrent plusieurs oreillers dans son dos, lui évitant de retomber.

Comme un enfant, il se saisit à nouveau de la main dès que celle-ci eut fini son travail. Il leva alors les yeux, partagé entre la joie et l'incrédulité.

Holmes lui souriait, bien réel, bien vivant.

La maladie avait creusé ses traits et la bataille avait laissé des marques sur son corps et dans sa manière de bouger, il était amaigri et ses muscles plus raides qu'autrefois. Mais son regard et son sourire étaient incontestablement vivants, comme s'il s'était éveillé en même temps que Watson, après une longue et douloureuse hibernation.

Sa force coulait dans le corps du malade avec l'intensité d'un ouragan et Watson tira vivement sur son bras, le faisant tomber sur le lit. Avant que ce dernier ne puisse protester, il le prit dans ses bras.

_ C'était vous. . .oh mon dieu, c'était vous. . .

Il sanglotait à présent dans le cou de son sauveur, caressant ses cheveux épais de la même façon qu'il avait caressé les siens lorsqu'il était en proie à des cauchemars épuisant et terrifiant.

_ Je suis tellement désolé. . .Holmes. . .

_ Shh. . .calmez-vous. . .

La culpabilité étreignait son cœur comme un étau et il serrait Holmes de toutes ses maigres forces, espérant faire passer dans cette étreinte tous ses regrets, toutes ses excuses.

Peu après le début de l'épidémie, son ami avait disparu on ne sait où et certaines mauvaises langues persiflaient qu'il était aller se terrer chez son frère Mycroft, dans une campagne si reculée que même la peste n'aurait pu l'atteindre. Au départ, Watson avait été blessé de ses propos odieux envers son ami mais, ne le voyant pas revenir et ne recevant aucune nouvelle, il avait fini par les croire et s'était dit que Holmes l'avait abandonné pour sauver sa peau.

_ Vous étiez là pour moi. . .

Il lui en avait voulu, puis l'avait maudit lorsque Mary était tombée malade à son tour. Dans les pires moments, quand la rage et le chagrin prenaient place en son cœur, il souhaitait de toute son âme que Sherlock Holmes meurent et que sa douce épouse survive.

A présent, il se trouvait idiot d'avoir ainsi douté, de s'être fait avoir comme un bleu par l'apparente froideur de l'homme et par son comportement imprévisible.

_ Shhh. . .je vais vous raconter les évènements qui vous ont échappé. . .

Holmes se défit doucement de son étreinte et il se sentit nu et vulnérable. Deux mains fermes le repoussèrent sur les oreillers et il prêta une oreille attentive, séchant ses larmes du revers de sa manche.

_ Dès le début j'ai su que les remèdes traditionnels ne fonctionnerait pas face à ce fléau : cette fièvre était trop fulgurante, trop violente pour être traitée comme une simple grippe saisonnière et nos organismes fragiles de londoniens n'étaient pas conçus pour résister à une maladie tropicale. . .J'ai été d'emblée écarté par vos confrères médecins et j'ai donc décidé de mener mes recherches seul. Mais pour cela, il ne fallait pas que je tombe malade moi-même donc je me suis exilé rapidement chez mon frère Mycroft, en emmenant votre fille avec moi.

A ces mots, mon cœur se serra et je me souvins que j'avais envoyé la petite chez une tante le temps que l'épidémie passe puis, accaparé par mes patients et par ma femme, je l'avais totalement oublié. Une grande honte s'abattit sur moi et je revis Mary, un sourire de conquérante aux lèvres, qui refusait de partir avec elle et qui clamais que sa place était auprès de moi, à me soutenir.

Holmes me passa un mouchoir humide sur le visage et je fermais à nouveau les yeux, me laissant aller à cette marque d'affection, puisant du réconfort dans son regard inquiet.

_ Mary-Weather va bien Watson. Elle est toujours chez Mycroft et je l'ai chargé de lui annoncer le plus. . .doucement possible la nouvelle. C'est une fillette très intelligente et elle a votre courage, je suis sur qu'elle s'en sortira. . .J'ai donc poursuivi mes recherches et j'ai découvert quelque chose qui endiguait la fièvre, pour peu que le patient soit assez fort. Lorsque je suis retourné à Londres, j'ai appris pour Mary et j'ai immédiatement couru à votre appartement. . .

Sa voix s'éteignit doucement et je fermais mes yeux si fort pour ne pas pleurer à nouveau que des tâches blanches dansèrent sous le noir de mes paupières.

Je sentais qu'il était las et extrêmement fatigué, tout ce que je voulais était de lui faire une place dans ce lit et de l'étendre à mes côtés pour lui permettre de prendre un peu de repos. Mais nous savions aussi bien l'un que l'autre que ce qui devait être dit n'attendrait pas le lendemain.

Il continua donc, la mort dans l'âme.

_ Une odeur épouvantable émanait des rues et des maisons, et la vôtre ne faisait pas exception. La peur au ventre, je grimpais à votre étage et défonçait la porte. Je suivis l'odeur de putréfaction qui était la plus forte et aboutit dans votre chambre. . .j'ai honte de dire qu'un sentiment de soulagement m'envahit lorsque je m'aperçu que le corps qui gisait sur le lit n'était pas à vous. . .Je vous cherchais fébrilement dans chaque pièce pour enfin vous découvrir étendu dans le salon, au pied des fauteuils. Je dois dire que pour la première fois de ma vie, mes jambes me trahirent et je tombais à genoux devant vous, vous croyant déjà mort. Puis je m'aperçu que vos lèvres étaient toujours roses, vos membres souples. Je n'ai pas hésité et vous ait injecté une bonne dose du produit avant de vous ramener à Baker Street sur mon dos, la moitié des cochers de la ville ayant succombé. C'était une vision d'apocalypse Watson. . .

Il enfouit sa tête dans ses mains et je rougis en songeant qu'il m'avait porté jusqu'ici, qu'il m'avait soigné au péril de sa propre vie.

_ Le remède à bien fonctionné sur vous, un peu moins bien sur moi. . .

Je levais un sourcil interrogateur et étouffais une exclamation lorsqu'il releva sa chemise : je pouvais compter ses côtes d'ici et ses muscles avaient fondu comme neige au soleil. Il remit le tissu en place avec un sourire amer et se leva pour prendre congé.

_ Holmes ?

_ Oui. . .

_ Je suis sincèrement désolé. . .

Et voilà que je me remettais à pleurer, des larmes immenses dévalant mes joues pour aller s'écraser sur mes mains jointes, crispées.

Il se retourna et je pu voir une unique larme rouler au coin de son œil. La vision avait été si fugace que j'avais l'impression d'avoir rêvé. Il revint vers moi et s'accroupit au bord du lit, posant sa tête sur ses bras repliés.

_ J'ai beau être le cerveau le plus brillant de Londres, je ne vois vraiment pas pourquoi vous ressentez le besoin de vous excusez. . .de quoi êtes-vous sincèrement désolé, Watson ?

_ De ne pas avoir cru en vous. . .

J'avais peur, terriblement peur qu'il se fâche et ne veuille plus de moi, qu'il m'abandonne pour de bon.

Mes craintes furent dissipées par un baiser tendre sur mon front et un poids qui vint affaisser le matelas à mes côtés. Je laissai toute la douleur et la peine que je ressentais transparaître sur mon visage et son front se posa contre le mien.

La même douleur, les mêmes peurs se lisaient sur ses traits tirés. La seule différence résidait dans le fait que lui les acceptait avec courage et était déterminé à ne pas les laisser l'anéantir.

_ Holmes, je. . .je ne sais pas si. . .

_ Je suis là, Watson. . .je ne suis certainement pas parfait et je suis même un égoïste professionnel à mes heures perdues mais quand le besoin se fait sentir, quand les évènements deviennent vraiment sérieux et tragiques, je suis là. . .

_ Il faut que je vous le dise, Holmes. . .avant qu'un nouveau fléau ne s'abatte sur nous et que vous ou moi soyons emporté. . .

Je rouvris les yeux et il fit de même, nous plongions dans nos âmes respectives avec crainte et tendresse.

_ . . .Je vous aime. . .Je vous aime comme j'ai aimé Mary, comme j'aime Mary-Weather et comme j'aime la vie elle-même. . .

Une légère rougeur colora ses joues blêmes et pendant une fraction de seconde je crus voir mon ami intrépide et passionné d'il y a quelques mois, comme si ses horreurs n'avaient jamais existées.

Il ne sourit pas mais m'attira contre lui et chuchota avec conviction au creux de mon oreille :

_ Je vous guiderai hors de ce cauchemar John. . .

Blotti contre son torse, je fermais les yeux et crus sentir, derrière l'odeur de tabac froid et de médicaments, la fragance d'un champ de blé ensoleillé et d'un arbre millénaire, gardien de la mémoire des hommes et distributeur de vie.