– Prête ?

– Toujours.

Une semaine plus tard, samedi, onze heures du matin, devant le bureau de la directrice. Celle-ci, évidemment, assiste au dernier match de Quidditch de l'année : elle ne manquerait ça pour rien au monde. En attendant, son bureau est vide… et la Pensine est libre.

– Tu connais le mot de passe ? me demande James.

– La dernière fois, c'était « Panthère ».

La gargouille ne se déplace pas d'un centimètre. Je soupire.

– Comment on fait pour deviner un mot de passe ? pense-t-il tout haut.

Je fais rouler ma baguette dans la main, songeuse. La gargouille, soudainement, s'incline et se déplace pour révéler une porte. Je regarde la baguette, incrédule. Qu'est-ce que Gondul a bien pu faire avec ? Peut-elle déverrouiller toutes les portes ?

James me fait signe d'entrer et je monte précipitamment les escalators en colimaçon. Lui reste en bas pour faire le guet – on ne sait jamais. Je fais tournoyer ma baguette entre les mains une fois devant le bureau : rien. Ca ne marche donc pas partout. J'essaie quelques sorts sur la poignée de la porte d'entrée du bureau jusqu'à ce que la serrure cède et j'entre rapidement. Je scanne la pièce du regard : personne n'est là, même les personnages des tableaux sont partis. La voie est donc libre. Une armoire sombre et vitrée laisse apercevoir une petite bassine en pierre. Je m'en approche : des runes sont gravées sur les bords. C'est la Pensine, telle que James me l'a décrite.

J'ouvre le placard et sors la fiole de ma poche, la débouche d'un coup de pouce, lui lance un dernier regard hésitant puis la vide jusqu'à la dernière goutte dans la Pensine. Enfin, je prends une grande inspiration et plonge ma tête, les yeux fermés, à l'intérieur du souvenir liquide et froid.

Quelques secondes plus tard, je me décide finalement à regarder autour de moi. Je suis dans une grotte, très sombre. Devant moi se tient quelqu'un. Quand je reconnais la silhouette, mon cœur manque un battement c'est Gondul.

Evidemment. C'est un souvenir. Malgré tout, la revoir, vivante, en chair et en os, et pourtant fausse et artificielle, me fait monter les larmes aux yeux.

– Gondul, dit-elle soudain, à personne en particulier.

Elle s'arrête aussitôt.

– Je me sens bête à parler dans le vide comme ça.

– Je ne te le fais pas dire, je réponds doucement avec un sourire, tout en sachant qu'où qu'elle soit, elle ne risque pas de m'entendre.

– C'est le seul moyen que j'ai trouvé pour que tu puisses quand même te souvenir. Le but de la fabrication de ton Horcruxe – notre Horcruxe – moi, en fait – était bien de se souvenir, toujours se souvenir, de ce que tu as vécu avant. Mais, maintenant que tu n'es plus immortelle, je vais te conseiller très différemment. Oublie ton passé.

Elle s'arrête et reprend son souffle. Je suis stupéfaite. Depuis le temps qu'elle me martelait que j'étais une Valkyrie… et maintenant… ça ? Et si ce n'était pas Gondul, si c'était une supercherie ?

– Je t'arrête avant que tu ne penses que je suis un piège. Ce n'est pas le cas. A l'époque où tu étais immortelle, te souvenir de tes erreurs passées pour vivre chaque fois une vie plus réussie était essentiel : le but était d'atteindre la perfection. Les choses ont changé. Aujourd'hui, tu es plus une humaine qu'un corbeau.

– J'étais pas au courant, tiens.

– Et par conséquent, déchue de ton statut de Valkyrie, d'immortelle, tu dois vivre comme une humaine, en t'appuyant sur ton expérience et non sur les souvenirs d'autres vies qui ne t'appartiendront jamais tout à fait. Penser à ton passé, aujourd'hui, ne pourra que te rendre mélancolique.

– … tu veux dire que…

– A partir de maintenant, vis comme une fille d'homme. Oublie Gondul, oublie les Valkyries, ne pense plus qu'à Ginger Enderson, qu'à tes amis, qu'à tes études, autant que faire se peut. Te souviens-tu de la nuit où j'ai créé cette baguette ? J'avais choisi de laisser entrer ce garçon, de le laisser savoir, pour qu'il t'aide dans ta vie humaine et qu'il te soutienne jusqu'à la fin. Ses épaules sont assez fortes pour cette tâche et aux dernières nouvelles, il n'a pas l'air de te déplaire.

Je rougis furieusement et m'écrie, incrédule :

– Attends, tu veux me caser avec James Potter ?

– Si tu arrives à visualiser ce message, reprend-elle d'un air plus sombre, c'est sans doute que j'ai été détruite. Soit les Aurors sont en cause – mais j'en doute, ils sont trop idiots pour ça – soit c'est Tyr. Et si c'est lui, j'espère que tu as fait tout ce que tu as pu pour enrayer Ragnarök. Auquel cas, aujourd'hui, tu es seule, et peut-être, je n'ose que l'espérer, malheureuse de ma disparition. Ne sois pas peinée : je ne suis rien, après tout. Je ne suis que toi, je serai toujours avec toi. Je n'ai jamais eu d'âme, je ne suis qu'un souvenir d'esprits morts depuis longtemps.

Je hoche la tête, maussade. Facile à dire. Ce n'est pas elle qui a vu mourir sa moitié d'âme sous ses yeux !

– Les autres souvenirs ne sont pas dans la baguette, évidemment. J'ai réussi à y stocker deux autres sorts : un pour ouvrir la porte de la gargouille du bureau de ta directrice animagus, et un pour la neutraliser le temps que tu te serves de sa Pensine. Je suis sûre que c'est dans celle-ci que tu as la tête plongée à l'heure où tu m'écoutes : James Potter a dû y penser, j'ai fouillé dans son esprit le soir où je suis venue à Poudlard pour savoir s'il saurait comment te guider lorsque je ne serais plus là. Si tu lis ce message, c'est qu'il y est arrivé, et c'est ce que je préfère croire.

Je suis figée. Un sort. Elle a prévu un sort pour « neutraliser » McGonagall ! Ca veut dire que si je la croise, et que ma baguette est dans ma main, celle-ci va « neutraliser » la directrice !

– Gondul, mais t'es inconsciente !

– Je dois te laisser, à présent. J'ai une dernière indication à te donner : si tu es bien dans le bureau du professeur McGonagall, devant l'armoire, tu devrais trouver sous tes pieds, en soulevant une latte du plancher, un livre que j'ai ensorcelé et caché. Tous les souvenirs sont à l'intérieur. Je te fais confiance : tu sauras quoi en faire. Je t'ai donné mes conseils, à toi de faire tes choix, maintenant. Je ne suis plus là pour t'aiguiller.

Brusquement, elle tourne la tête vers moi, ses yeux sont plantés dans les miens, et son expression saisissante me fait croire pendant une fraction de seconde qu'elle est vraiment là, debout, devant moi. Vivante. Je secoue la tête pour me défaire de cette vision et bientôt elle fixe un point au-dessus de ma tête.

– Bonne chance, Gondul. Bonne chance, Ginger.

Le souvenir devient flou, je ferme les yeux et extrais ma tête de la Pensine.

J'en suis encore toute retournée mais je n'ai pas le temps de pleurnicher ici : j'entends des vivats provenant du terrain de Quidditch. Le match a dû se terminer et la directrice ne mettra pas beaucoup de temps à rappliquer. Suivant les dernières instructions de Gondul, je soulève la latte du plancher sous mon pied et trouve en effet un vieux grimoire à la couverture rouge et fanée, fermé d'une boucle épaisse. Sans l'ouvrir, je le cache dans les plis de ma cape, puis remets la latte en place. Je remets le souvenir dans la fiole, que je fourre dans ma poche, ferme le placard, puis sors du bureau en verrouillant convenablement la porte, comme elle l'était quand j'étais entrée tout à l'heure. Je dévale les escaliers et ouvre la porte à la volée.

James est là, bien sûr. La porte se referme toute seule derrière moi et la gargouille se remet en place. Rapidement, sans nous concerter, nous nous mettons en marche pour la tour Gryffondor.

Au bout de quelques couloirs, il finit par me demander :

– Ginger ? Ça va ?

Je réalise que j'ai la gorge un peu serrée. C'était bizarre de revoir Gondul ainsi, me parler, comme si elle était vivante. Mais l'a-t-elle jamais été ?

– Ça ira, je réponds à voix basse.

EPILOGUE

Je saluai les élèves en même temps que mes nouveaux amis, Archie, Luke et Peter, les trois autres membres de mon groupe de rock. La foule d'élèves applaudissait à tout rompre et je souriais et rougissais furieusement, ravie et gênée en même temps de tant d'attention. Même les professeurs avaient l'air satisfaits de la musique que nous avions jouée. Pendant que les autres musiciens prenaient une pause et passaient au buffet, je sautai de l'estrade installée au fond de la grande salle et courus rejoindre la table de mes amis.

Roxanne était en larmes et Judith essayait de la calmer. La pauvre avait trop bu, or l'alcool était strictement interdit à cette petite fête de fin d'année organisée par et pour les cinquième, sixième et septième années. Après tout, certains venaient juste de passer des examens. En bref, il valait mieux qu'elle fasse profil bas pour l'heure, elle était en train de pleurer la perte d'une broche.

– Elle était si jolie ! se lamentait-elle.

– Je t'en rachèterai une, offrit Judith, inquiète à l'idée qu'on remarque l'état de Roxanne.

– Ce ne sera pas pareil, répondit l'autre en secouant la tête d'un air désabusé et profondément malheureux.

Ginger la laissait s'occuper d'elle et s'amusait à envoyer des petits bouts de pains dans les cheveux de Lola Darby, qui était assise juste derrière elle et ne remarquait rien. Je me sentais mal pour elle mais je préférais qu'elle me fasse la tête pour ne l'avoir pas prévenue, plutôt que ce soit Ginger qui me boude pour l'avoir dénoncée. Thomas comptait sagement le score de la rouquine.

En rentrant du dernier match de Quidditch de l'année – finalement, Poufsouffle avait gagné contre Serpentard et avait donc remporté la coupe – nous avions croisé James et Ginger qui, étonnamment, n'étaient pas venus. Nous leur avions annoncé la nouvelle et ils n'avaient pas parus trop malheureux de leur défaite. Autre chose les préoccupait, et Ginger nous raconta tout une fois de retour au dortoir, loin des oreilles indiscrètes.

Elle avait rapporté un livre, qui contenait tous les souvenirs de son Horcruxe, tout son passé de Valkyrie. Elle avait peur de l'ouvrir, peur d'être triste en le lisant et en se souvenant ce qu'elle avait perdu. Roxanne lui avait proposé de l'ouvrir tout de même, « juste pour voir, et si ça te fait trop de peine, tu n'auras qu'à le refermer, et on n'en parlera plus », mais Ginger n'avait pas réussi. Elle l'avait rangé dans une boîte et caché au milieu de sa valise, après avoir successivement tenté de le dissimuler sous son lit – où Kalevala avait pris l'habitude de dépecer toutes les souris qu'il attrapait depuis quelques jours, ce fut une grande nouvelle – puis au-dessus du placard – mais un certain réveil ne voulait pas descendre de son « plomontoile céleste » pour faire de la place.

Depuis, c'était presque comme si tout était normal. Ginger semblait avoir oublié l'existence de ce carnet et n'évoquait quasiment plus son Horcruxe ni son passé, bien que parfois, je l'aie surprise en train de regarder dans le vide d'un air triste, ou en train d'observer avec nostalgie l'emplacement où se trouvait la bague à son annulaire.

Nous travaillions toujours plus : les professeurs semblaient soudainement être en manque de copies à corriger. Nous avions tous passé notre permis de transplaner Ginger et moi l'avions lamentablement raté, tous les autres l'avaient eu. Les cours de défenses contre les forces du mal se passèrent beaucoup mieux avec la nouvelle prof, et mon niveau augmenta – légèrement.

J'allais régulièrement m'entraîner à la guitare avec mon nouveau groupe. Nous jouions des titres sorciers anglais célèbres dont j'ignorais l'existence et je m'amusais beaucoup. Peter et Luke étaient en septième année, l'un à Poufsouffle, l'autre à Serpentard, et étaient très sympathiques – bien qu'un peu renfermés. Ils étaient en particulier patients avec moi à chaque fois que je faisais des fausses notes pendant les répétitions.

Les examens de fin d'année étaient arrivés, notre grande soirée aussi, et je repensais à cette année scolaire. Elle avait débuté si normalement ! Jamais je ne me serais imaginée dans un collège anglais, jamais je n'aurais cru me faire de tels amis ici, jamais je n'aurais deviné que je pourrais un jour ne plus aimer Armand. Cette soirée était la dernière que nous passions ensemble avant longtemps : je partais dès le lendemain pour la France par Portoloin, et j'y resterais tout l'été. Je n'avais toujours pas pris ma décision : allais-je revenir à Poudlard ou rétablir mes quartiers à Beauxbâtons ? Si j'optais pour la seconde option, je ne reverrais mes nouveaux amis que dans bien plus longtemps.

James regardait Ginger d'un air absent. Je m'assis à côté de lui et l'observai quelques instants. Quand Ginger était à l'hôpital, de lourds cernes se dessinaient sous ses yeux. En ce moment, il avait l'air beaucoup plus en forme et jovial, comme il l'avait toujours été. Mais parfois, comme maintenant, je l'attrapai ainsi, les yeux vissés sur une certaine chevelure rousse, avec une étrange et douce lueur brillant dans ses yeux.

Il finit cependant par me remarquer et détourna le regard, gêné. Je décidai de ne pas le taquiner à ce sujet : j'avais déjà fait mes preuves quant à mes capacités à former des couples.

Nous discutâmes un moment alors que je buvais un peu de jus de citrouille, puis je repartis sur scène pour interpréter quelques morceaux. Thomas était parti danser avec une fille de Serdaigle, Judith avec Freddy, Arthur avec une Poufsouffle. James était allé chercher à boire pour Roxanne et Ginger qui étaient restées à table. La première dormait à poings fermés, et la seconde regardait dans le vide d'un air un peu triste. Brusquement, elle se leva et quitta la table, ce qui me fit faire une fausse note qui fut noyée dans les accords de mandoline de Peter. Le temps que la chanson s'achève, James était revenu à table, avait réveillé Roxanne pour lui demander où était Ginger, puis avait rameuté notre cercle d'amis avant de se disperser hors de la Grande Salle. Je posai ma guitare avec précipitation et m'excusai auprès d'Archie, qui m'assura qu'ils se débrouilleraient sans moi, avant de les rejoindre.

Où était-elle passée ?

-X-X-

Ces derniers mois, la question s'est faite de plus en plus pressante. Qu'est vraiment devenue Gondul ? Est-elle destinée à errer pour toujours sur Terre, sans corps, sans âme ? N'existe-t-elle vraiment plus ? Ou alors se trouve-t-elle au paradis ou en enfer ou quelque chose du genre ?

Je n'ai parlé de mes interrogations à personne. Peut-être qu'on se serait moqué de moi, qu'en sais-je. Même mes amis n'auraient pas forcément compris.

Je ne savais pas non plus quoi faire de ce livre qu'elle m'avait donné. L'ouvrir ? Avoir un accès direct et volontaire, pour la première fois, à mes souvenirs ? Ou alors ne pas y toucher et l'abandonner, oublier mon passé comme me l'avait conseillé Gondul ? Devais-je le laisser quelque part, le brûler ? Non, le détruire me ferait trop de peine. J'étais un peu perdue mais je n'en parlai pas. J'y réfléchissais, souvent, mais discrètement, pour ne pas déranger mes amis. Ils ne savaient pas toujours comment se comporter avec moi, même si la situation devenait de moins en moins bizarre avec le temps. Les Valkyries, elles non plus, n'avaient aucune idée de la façon de me conseiller.

Et puis, le dernier soir à Poudlard, j'ai une révélation.

Je suis à une table de la Grande Salle, la baguette soigneusement cachée dans ma poche des fois que McGonagall passe à proximité, et surveillant Roxanne qui est complètement bourrée et dort à poings fermés. Je lui avais dit qu'elle aurait mieux fait de ne pas boire entièrement cette bouteille de Whisky Pur-Feu… Elle ne m'a pas écoutée. Pour une fois que j'étais de bon conseil ! James est parti me chercher du jus d'orange pour mélanger avec mon fond de Whisky – j'ai été plus sage que Roxanne – et je suis donc seule à regarder les couples danser alors que le groupe d'Amy joue ses morceaux animés.

Parfois, des idées vous viennent, comme ça, sans rapport avec ce qui vous arrive. C'est comme ça que ça s'est passé. Je comprends brusquement ce que je dois faire. C'est d'une telle évidence que je ne conçois tout simplement pas comment j'ai pu ne pas y penser avant ! Je suis vraiment débile, parfois…

Je me lève et file au dortoir avant que James ne soit revenu. J'aimerais être seule pour faire ce que je m'apprête à faire. C'est mon histoire, après tout.

J'entre dans le dortoir en catastrophe, essuie un ou deux hurlements d'Enrico qui déteste être réveillé de cette façon, prends le livre ensorcelé dans ma valise, et, sans plus attendre, m'envole par la fenêtre, le bouquin bien serré entre mes pattes. Je survole le parc sombre, sous le ciel étoilé. Il fait bon. Je me sens bien, à l'aise. Le doute qui me tiraillait depuis la visualisation du souvenir de Gondul dans la Pensine a disparu, pour la première fois. Je me sens paisible comme jamais.

J'arrive bientôt au-dessus de la forêt et mes yeux repèrent une clairière à quelques centaines de mètres. J'accélère mes battements d'ailes, et, une fois au-dessus, je plonge en piqué et me laisse retomber sur mes deux jambes. Je sors le livre de l'intérieur de ma cape, le regarde quelques secondes.

C'est la dernière fois que je le vois, j'en ai conscience. Après, lui aussi ne sera plus qu'un souvenir. Mais c'est ce que je veux. Et c'est, je pense, ce que Gondul attendait de moi.

Je le serre une dernière fois contre mon cœur, puis creuse un trou d'un coup de baguette au centre de la clairière. Je pose le livre au fond, et pique une fleur près de moi pour la poser sur la couverture. Alors, avec les mains, une par une, je replace les mottes de terre au-dessus. Lorsque le sol est à nouveau plat, comme si aucun livre n'était enterré au fond, je pense à ramasser un petit rocher pour le planter dans la terre meuble en guise de stèle.

Mais je n'en ai pas besoin.

La terre se met à gronder et je recule, effrayée. Que se passe-t-il ? Me suis-je trompée ? Ne devais-je pas enterrer le livre, ne devais-je pas donner une sépulture à Gondul ?

Un tout petit bourgeon apparaît au milieu de la terre que je viens de retourner, et, stupéfaite, je le regarde pousser, pousser, gagner des aiguilles, et des centimètres, des dizaines et des dizaines de centimètres le tronc croît, la cime s'élève, les racines s'allongent, les branches se multiplient et s'élancent vers le ciel, et j'ai à peine le temps de me reculer qu'un immense pin se dresse fièrement devant moi. Le grondement s'arrête aussi brusquement qu'il a commencé.

Pendant un instant, je crois lire « merci » sur les crevasses sinueuses du tronc. Mais en y regardant de plus près, je vois qu'il n'en est rien. Sans doute mon imagination qui me joue des tours.

Je colle mon oreille contre le tronc. A l'intérieur, j'entends la sève pulser à travers l'arbre comme du sang, je sens la vie courir de l'autre côté de l'écorce. Pour une fois, j'ai compris ce que Gondul voulait que je fasse. J'en ai à présent la certitude. Je m'éloigne de l'arbre, essuie d'un coup de manche mes yeux humides, puis me retourne et rentre en direction de Poudlard, prête à écrire une nouvelle histoire.

OoOoO

La vie ne s'arrête pas ici. Ce n'est que la fin d'une année scolaire, la fin d'une année si courte et pourtant si pleine de surprises, de réponses, mais aussi de questions pour l'avenir. L'affaire des Valkyries est close… mais celle de ma vie, certainement pas !

Et encore, je parle trop vite, comme d'habitude : l'année n'est même pas terminée. Après tout, il reste encore deux mois de vacances. J'ai bien l'intention de savoir ce que cache Erik Gongs, maintenant que personne n'est là pour m'en empêcher. Il va aussi falloir que je me charge de convaincre Amy de rester à Poudlard l'année prochaine – on ne se débarrasse pas si facilement de Ginger Enderson !

Et puis, j'ai encore quelques affaires à régler avec James Potter…