A dormir debout

Fringe ne m'appartient pas. Tant pis….

Note : Après "The Man From the Other Side" supputations. Scène manquante.

- 2 – DISPARITION

L'eau ruisselait sur le pare-brise. Elle freina au dernier moment et s'arrêta au feu. Un crachin minable arrosait la région de Boston depuis la veille au soir et Olivia se prit à regretter d'être retournée chez elle pour se changer. Elle n'arrivait pas à s'empêcher de ressasser le départ précipité de Walter la veille au soir. Après presque deux jours de veille ininterrompue, Walter avait déserté l'hôpital dès le réveil de son fils. C'était les faits, bruts, inconcevables. Elle savait qu'il lui manquait un bout de l'équation. Au cours de la journée qui avait précédé l'accident, Peter avait preuve d'une affection évidente pour son père. Cela crevait tout simplement les yeux qu'ils formaient enfin une vraie famille. Olivia pouvait sans mentir affirmer qu'elle avait été le témoin de ce miracle. Alors que s'était-il passé ? Pourquoi Walter était-il parti sans rien dire ? Pourquoi Peter refusait-il de lui parler ? Ils étaient partenaires. C'est à ça qu'elle était aussi censée servir, arrondir les angles, empêcher les tensions. Peter avait été clair. Il voulait voir Walter, et il voulait le voir seul. Cette demande l'avait surprise et même un peu blessée. Après tout, elle aussi n'avait guère quitté son chevet depuis son accident.

Puisqu'elle devait laisser les deux hommes discuter dans l'intimité, elle était descendue à la cafétéria pour essayer d'avaler autre chose qu'un centième café. Elle fixa d'un regard absent le feu qui s'éternisait au rouge en tapotant distraitement le volant. Ils auraient le temps d'en parler plus tard. L'essentiel était qu'il se soit finalement réveillé et qu'il aille bien. Bien sûr, il n'était pas encore tout à fait remis, mais les médecins les avaient assurés qu'il ne souffrirait d'aucune séquelle. Quelques contusions, rien de méchant. Elle n'y croyait qu'à moitié. Depuis longtemps, elle avait appris à se méfier de l'attitude lénifiante des médecins. N'étaient-ils pas là aussi pour préparer les proches à l'éventualité d'un handicap possible ou pire d'un décès ? C'était un hôpital ordinaire, le corps médical ne devait pas être souvent confronté aux blessures des victimes de l'onde de choc provoquée par le passage entre deux univers parallèles. Broyles n'avait pas jugé bon de faire évacuer Peter chez Massive Dynamic en dépit des protestations énergiques de Nina Sharp et pour une fois, Walter l'avait soutenu à 500%. Il avait vraiment une dent contre William Bell.

Un sourire se dessina sur ses lèvres quand elle démarra. Les lumières de la ville, polarisées par les gouttes d'eau, se déformèrent sur le pare-brise sous l'effet de la vitesse et elle lâcha l'accélérateur avec un juron. Pas question de se servir du gyrophare à 4 heures du matin. Il n'y avait pas, plus, d'urgence. Elle regarda quand même l'écran de son téléphone par acquis de conscience pour la énième fois. La veille, Astrid avait juste eu le temps de la prévenir qu'elle s'occupait de ramener le docteur chez lui au moment où elle était en train de payer une fortune pour une salade fluo rachitique au comptoir de la cafétéria. Elle avait attrapé le soda et jeté la salade dans la plus proche poubelle avant de se précipiter dans la chambre de Peter, craignant le pire.

Peter n'avait pas bougé. En l'entendant arriver en courant, il avait entrouvert les yeux et lui avait adressé un pâle sourire. Elle avait répondu machinalement avant d'avancer lentement dans la pièce. Elle s'était assise et elle ne s'expliquait pas comment c'était seulement possible, elle s'était endormie en lui tenant la main. A moment donné, il lui avait réclamé des glaçons, mais l'infirmière de nuit les avait remplacés par de l'eau gélifiée. Il avait accepté sans rechigner. Et puis il s'était rendormi. Elle avait plus au moins somnolé pendant quelques heures. Sur le coup de deux heures, elle avait décidé de rentrer pour vérifier son répondeur, prendre une douche et changer de vêtements. Non pas que quiconque allait s'apercevoir d'un quelconque changement dans sa garde-robe, mais elle avait apprécié la longue douche chaude et les sous-vêtements propres.

Astrid lui avait laissé un message sibyllin sur son portable quand elle était encore à l'hôpital mais elle avait coupé le son pour ne pas réveiller Peter et elle avait manqué l'appel. Il était trop tard (trop tôt ?) pour la rappeler. Elle téléphonerait au matin de la chambre d'hôpital pour prendre des nouvelles. Si quelque chose était arrivé à Walter, elle serait déjà au courant. Elle tourna à droite sur Beacon Street et continua à vive allure. Quand elle se gara sur le parking du Mass General, il était presque 4 heures et demi. Elle coupa le contact, se lissa les cheveux, vérifia dans le rétroviseur qu'elle n'avait pas une tête de déterrée (bien qu'elle n'aurait pas pu y faire grand-chose) et quitta son véhicule en soupirant. C'est dans des moments comme celui-ci qu'elle se disait que fumer une cigarette aurait peut-être été suffisamment efficace pour faire passer cette angoisse qui ne la quittait pas.

Elle n'était pas superstitieuse mais jamais deux sans trois et après ce qui était arrivé à John et Charlie, elle était prête à acheter toutes les pattes de lapin du monde pour que Peter reste sauf. Elle s'arrêta dans le hall, prit un café à la machine, hésita une seconde devant des tablettes énergétiques au distributeur automatique avant de rempocher ses dollars en secouant la tête. Manger. Il fallait qu'elle mange vraiment. Elle commanderait un vrai petit déjeuner ce matin et elle le prendrait avec Peter, pour une fois.

Ils avaient leurs habitudes le soir, bien que depuis le fiasco de leur "rendez-vous "manqué il y a quelques semaines, leurs rencontres s'espaçaient. Peter avait mis les choses au point comme aurait dit Rachel. Pas de ça entre eux. Rien qui puisse mettre en péril le fragile équilibre entre lui, son père et sa partenaire. Ça lui allait… tant qu'il n'arrivait rien à Peter. Elle patienta devant les portes de l'ascenseur, le regard fixé sur la diode immobilisée au dernier étage. A cette heure, les bruits étaient étouffés et rares. Les infirmières de nuit n'avaient pas encore fini leur garde, les malades dormaient et les visites n'étaient pas autorisées avant 9 heures. Mais quand on est agent du FBI, on est habitué à ce que la production du badge doré fasse des miracles et Olivia ne se souciait pas de l'horaire matinal. Elle savait que personne ne chercherait à l'arrêter. Elle allait prendre l'escalier quand les diodes se remirent à clignoter, indiquant la descente de la cabine. Maintenant qu'elle savait qu'elle allait le voir dans quelques minutes, son impatience grandissait. Elle suivit des yeux la progression vers le 7ème étage et se précipita à l'extérieur dès que les portes s'ouvrirent. Elle jeta un coup d'œil au poste infirmier d'où ne filtrait aucune lumière, dépassa les bureaux de l'accueil encore désert et marcha d'un bon pas jusqu'à la chambre où elle l'avait laissé deux heures plus tôt.

Elle était vide. Elle ressortit pour vérifier le numéro et piqua un sprint vers le pool infirmier. Est-ce qu'on l'avait enlevé ? Est-ce que le coupable était l'homme mystérieux que Walter n'était pas parvenu à arrêter sur le pont deux jours auparavant ? Elle entra en coup de vent et alluma la lumière. Les néons clignotèrent, répandant une lumière blafarde. Les infirmières sortaient de leur sommeil en protestant.

"FBI. L'homme de la chambre 321, celui qui s'est réveillé hier soir ?"

Une voix étouffée lui répondit. Une femme d'une trentaine d'année, blonde et robuste, étouffa un bâillement. "Il est parti."

"Quand ?"

"Il y a une bonne heure. Il a signé une décharge."

"Il a appelé un taxi quand il était au bureau," ajouta une autre qui s'étirait au milieu de la pièce, les mains posées à plat sur les reins. "Il nous a remercié et il est parti."

Olivia hocha la tête. "Rien d'autre ? Vous ne vous rappelez de rien d'autre ?"

"Il a dit qu'il fallait prévenir Olivia qu'elle ne s'inquiète pas. Ça vous dit quelque chose ?"

"Oui. Merci." Elle recula vers la sortie et appela le portable de Peter. Elle ne fut pas surprise qu'il ne réponde pas. Si Peter ne voulait pas qu'on le retrouve, il savait comment faire. Elle n'attendit pas l'ascenseur et descendit quatre à quatre les escaliers. Elle démarra en trombe en direction d'Harvard. Elle savait déjà que Peter n'était pas au labo mais elle voulait vérifier par acquis de conscience.

Elle avait redouté ce moment depuis le début. Et voilà qu'il disparaissait quand elle s'y attendait le moins.