Journal d'un Poufsouffle

by Tobias Juws


Compte-rendu I, 13 Septembre 1992,

Aujourd'hui, le monde sorcier anglais vante les attraits de son système et notamment la qualité de son éducation de la magie. Le Ministère se voit dresser des couronnes de fleurs à en faire pâlir les fées -grandes spécialistes dans le domaine depuis des millénaires- et Poudlard trouve une réputation confortable chose tout à fait non-négligeable...si du moins elle ne l'avait pas déjà. Créativité de son directeur, bonne équipe professorale, taux de réussite aux BUSE et ASPIC en constante augmentation... Il fait bon d'être à Poudlard, surtout lorsque l'on connaît la grande concurrence que doit craindre cette école sur le territoire anglais. Sur le territoire internationale c'est une toute autre chose, on parle de Beauxbâtons en pleine expansion, du dangereux silence de Durmstrang ; j'espère pour Dumbledore qu'il ne fatigue pas trop car le pire est encore à venir -est-ce moi ou sa barbe m'a paru moins soignée cette année ?

Bref, tout va bien dans le meilleur des mondes et on en vient même à oublier de poser une question primordiale : et qu'en pensent les élèves, principaux concernés dans ce soucis ? La réponse est plus nébuleuse, certains évoquent la dose de travail importante -aussitôt démenti par un professeur zélé-, d'autres chuchotent à mi-voix l'austérité et impartialité du corps enseignant -sans jamais évoquer le principal visé par cette remarque qui suscite encore de nombreuses questions quant à sa nature de cheveux... Finalement il y a aussi ceux qui prônent un nouveau règlement, les mêmes qui ont enfermé Miss Teigne dans un placard la semaine dernière, je pense. Et Rusard de se réjouir innocemment encore persuadé que les châtiments corporels seront reconnus comme la punition la plus efficace contre une jeunesse pourrie-gâtée qui voit ses exigences constamment respectées.

Cependant je peux témoigner ce que tant s'efforce à cacher, le fait qu'un quart de la population poudlardienne ne profite aucunement du potentiel de leur école. Ces élèves oubliés, reclus du fond des classes, supportent une pression insupportable chaque jour de leur présence entre ces murs. Ce sont ceux qui se cachent sous leurs couvertures le soir pour chialer, qui se planquent dans les chiottes de Mimi Geignarde pour aller fumer du moldu et qui trouvent les tapisseries de cette école particulièrement utiles lorsqu'il aspire à se fondre dans le décor comme le leur souffle constamment leur instinct sur-développé. Cachés, oubliés volontairement ou -et c'est là toute la cruauté- involontairement, ils sont pourtant très présents et même clairement repérés. Pourquoi pensez-vous que je puisse affirmer que ces hors-normes représentent un quart exactement ? Parce qu'il s'agit ni plus ni moins de Poufsouffles.

Notre Maison tombe dans la déchéance. Ce n'est pas nouveau mais il serait temps que quelqu'un se décide à en faire la remarque, et cette personne...il semblerait que ce soit moi. Je ne me penche pas sur le sujet parce que j'appartiens à cette Maison et que je me sens emplis de pitié à la vue de ces êtres délaissés -quoi que la vue de Evan complètement défoncé dans la salle des trophées était particulièrement navrante- mais parce que ces sujets d'étude effroyablement intéressants...se trouvent juste sous mon nez, tout simplement !

Oui je suis un Poufsouffle. Mais j'ai encore toute ma tête et encore un peu de reste d'éducation pour avoir l'oeil impartial d'un spectateur extérieur au cyclone qui gronde continuellement dans notre salle commune astucieusement maquillé par quelques sourires factices aux tremblements de magnitude 7 -mes parents sont moldus alors je m'y connais un peu, d'ailleurs il faudra que je pense à bousiller la tête de Pinston, je ne supporte pas qu'on me traite de Cracmol...

Bref, vous l'aurez compris, c'est la déchéance qui règne parmi nous. Combien ont du prier sous le Choixpeau dans l'espoir d'être envoyé dans une autre Maison... Personnellement, je n'ai même pas eu le temps de plaider ma cause, cet connerie de tissu n'a rien voulu savoir. "L'amour est très présent en toi et ton don d'empathie te pousse naturellement vers les autres. Il te faut apprendre à te servir consciemment de ces talents." dixit ce machin infâme. Je suis certain qu'il s'est trop concentré sur cet épisode fâcheux où mes parents ont du se résigner à appeler les pompiers parce que j'étais monté dans un arbre pour échapper aux brutes du quartier alors que je n'ai jamais su grimper quoi que ce soit -comme quoi on parvient encore à se surprendre soi-même. Bon certes, il y avait aussi cette fois où je me suis pissé dessus, littéralement terrifié par Bastard, l'adorable molosse de ce taré de voisin -d'ailleurs je doute toujours quant à la source de cette peur, le chien ou le maître ? Je n'ai toujours pas la réponse. Bref, le jugement de cette antiquité demanderait une bonne mise à jour, il ne m'aurait certainement pas envoyé chez les peluches. Mais ce n'est pas le sujet.

Revenons au mal être de cette jeunesse oppressée injustement envoyée chez les misérables -"peluches" n'étant finalement pas la bonne désignation lorsqu'on pense à ce porc de...hem. Qui doit-on alors accuser ? Qui sont les coupables de cette dépression générale qui frappe nos rangs ? Je le sais. Moi, aujourd'hui, j'accuse ! J'accuse cette école qui malgré ses beaux discours sur l'égalité de tous, ne demande qu'à virer le blaireau d'un blason qui exècre la présence de cet animal pataud et ridicule. J'accuse l'intérêt de tous trop souvent axés sur les autres Maisons. Griffondor, Serpentard, Serdaigle... Les couloirs ne parlent que d'eux encore et encore. A croire que Poudlard n'a toujours compté que trois Maisons. Le courage, la ruse, l'intelligence, ce sont des valeurs qui -ce n'est plus à démontrer depuis longtemps- plaisent à tous et donnent une certaine valorisation à ceux qui en font preuve. On en pardonne même leurs défauts, cette impétuosité, ce goût du risque, les têtes de mules de ces petits génies capricieux... Allez dire maintenant, "Je suis la gentillesse et l'ouverture d'esprit, mes actes sont dictés par l'amour le plus sincère". C'est carrément la merde à côté. Nous sommes définitivement la poubelle de cette école.

Un tel discours dans des temps non-lointains du règne de Vous-savez-qui peut paraître particulièrement indésirable. Pourtant, je ne prône pas l'éradication des Poufsouffles -je me trouverai bien con par la suite moi. Je ne souhaite que la revalorisation de cette Maison trop souvent désignée comme la risée de Poudlard. Oui, on peut vivre sans être courageux, sans mentir ni manipuler, en étant bête aussi. La preuve, je vis bien en ce moment-même. On souligne mon manque de participation en classe, quelques sortilèges ratés -les trois-quarts au minimum- et une tendance à l'effacement. Moi j'ai juste envie de rire à ça. Rire, parce que si je chiale je vais devenir bon pour St Mangouste comme Abby qui est partie l'année dernière en plein milieu de la nuit et dans le plus grand secret.

Il faut que je tienne, rien que pour bien faire chier cet abruti de directeur qui n'a rien trouvé de mieux que m'adresser un petit sourire de compassion lorsque je suis venu me plaindre de la disparition de mes affaires pour la cinquante quatrième fois -vous pouvez me faire confiance, cela fait des années que je compte, et oui je sais compter ! Pour Rogue aussi dont les cheveux représentent si bien le reflet de mon existence au sens propre comme au sens figuratif et qui n'est jamais parvenu encore à me coller un "T" à son grand désespoir. Tant que j'y suis, pour Chourave aussi, première pseudo-directrice de l'histoire de Poudlard qui compatis à notre sort mais ne se décide toujours pas à remonter "manuellement" nos notes de botanique sous-prétexte que ce n'est pas "respectueux des règles et des efforts de vos petits camarades" -j'en connais qui ne s'enquiquine pas à se poser ce genre de problèmes et n'en ressente aucune culpabilité. Et bien sûr, pour emmerder tous ces gosses en pleine puberté qui ont tant ri et profité de notre...exception. Ceux qui tabassent les premières années, et les deuxièmes, et les troisièmes, quatrièmes...et autres. Sauf moi et d'autres qui courrons vite et connaissons les moindres recoins de ce château -tiens ! En voilà un véritable talent. C'est toujours à pleurer de rire le sens d'orientation des Griffondors...Enfin.

C'est pour gagner ce combat que je fais parti de la RAENI (Résistance à l'Asservissement des Êtres Non-Identifiés) depuis ma première année dans cette école et que je revendique mon indépendance. J'y suis seul membre, mais j'ai toujours bon espoir de dégoter un jour un esprit aussi ouvert que le mien et réaliste. On ne sait jamais, je surveille les nouveaux arrivages. Même si cette année, la médiocrité des produits atteignent un sommet encore inespéré -même les Griffondors se sont vus collés par ce moucheron...Crivett il me semble. Helga nous en a préservé, merci à elle. Au pire il reste les elfes de maison...

Tiens, Abe vient de sortir son matos du soir -et je ne parle pas d'une trousse de toilette ni de cours si vous voyez ce que je veux dire. Lui, il a chialé lorsque le Choixpeau l'a collé dans cette Maison. Avec toute sa famille à Serdaigle qui n'a eu de cesse de lui répéter combien les élèves de ce groupe était misérable, ce n'est pas étonnant. Il a dû prier lui aussi, mais avec sa peur du noir, cela ne l'a certainement pas aidé. La rentrée vient à peine de commencer qu'il a déjà sombré, comme tous les autres. 'Faut dire aussi que des Serpentards de sixième année l'ont salement amoché pour son "intronisation". Je le sais, c'est moi qui ait soigné ses bleus. Et puis il me semble que sa sœur s'est décidée à renier complètement son existence -mais vu la description qu'il m'en a fait, je pense que ce n'est pas une grosse perte. Pas joli, joli pour un début à Poudlard. Nos aînés lui ont refilé de quoi tenir pour un moment. Je ne sais pas combien de temps il lui faudra avant de réclamer du plus fort, mais ça me fait chier. Il était l'un des rares qui me semblait tenir la route. La vérité en est tout autre, il est le plus fragile de nous tous. Il ne tiendra pas.

Enfin je vais m'arrêter ici parce que ce crétin lit par-dessus mon épaule -oui les Poufsouffles savent encore lire. Avec sa peur du noir, il ne se passe pas une nuit sans qu'il vienne squatter mon lit et accessoirement notre dortoir -sa valise a échoué miraculeusement au pied de mon baldaquin allez savoir comment. Monsieur me réclame des histoires, et je n'ai pas intérêt à le faire chialer sinon j'en suis condamné à ne pas dormir. Du coup je me suis résigné à piquer un livre de mièvreries à une fille de quatrième année -dans notre Maison ce n'est pas bien difficile de trouver pareille chose. Puis il faut que je supporte ses remarques aussi, ses propres rêves guimauves qu'il me raconte avec des yeux brillants de blaireau heureux. Et le pire...c'est que j'arrive même pas à lui en vouloir. Comme quoi la gentillesse est une arme affreuse dont personne ne prend conscience de la dangerosité !

Bref, ce sera tout pour aujourd'hui. On reparlera une autre fois des Poufsouffles, de Cédric qui tient à peu près la route, des petits mots de cours, de Gilderoy Lockart qui concurrence avec le ridicule de notre Maison, de Potter et de sa créativité sans cesse renouvelée pour ses entrées et puis tant qu'on y est -jamais l'un sans l'autre-, de Malefoy et son gel qui manque de l'étouffer chaque jour un peu plus. Je te réserve tout ça, misérable carnet. Tu auras droit à un rapport en temps et en heure des moindres choses intéressantes que je parviendrais à grappiller. Rita Skeeter peut déjà penser à sa retraite...

Ton humble serviteur.


Propriété J.K Rowling.

Petite idée qui m'a traversé l'esprit. Une nouvelle vision de Harry Potter et l'occasion de mettre en avant une Maison trop souvent passée inaperçue en conservant la ligne principale des livres tout en gagnant une certaine exagération dans les faits. N'hésitez pas à me faire part de votre avis sur le sujet.

Merci de votre lecture.

Ceci est un message de la SPLF (Sauceyété Protektriss 2 la Langueuh Frenzèse) : pour le confort de vos lecteurs ne confondez pas "coup" et "cou". C'est un véritable tue-l'amour pour vos belles scènes romantiques ou dégoulinantes d'hémoglobines. Merci.