La bague au doigt

Prologue

Le grand jour était enfin arrivé. La rencontre historique entre les dieux de l'Olympe, les maîtres de l'Asgard et d'autres dont j'ignorais jusqu'à l'existence avant de les croiser dans les couloirs aurait lieu dans quelques heures si tout se déroulait comme prévu. Autant dire que rien n'était encore joué. Nous étions à Everworld après tout. Une crevasse pouvait tout aussi bien s'ouvrir sous nos pieds et nous expédier dans le septième cercle de l'enfer .Et ce n'est pas une métaphore. De plus, pour être honnête, je mériterais sans doute d'y aller.

Everworld...Le monde qui m'a transformée en meurtrière. Un monde violent, absurde, archaïque, sanglant. Ici les « dieux » font la loi. Ils n'ont rien de divin mes yeux. Il n'y a qu'un Dieu unique, un Dieu créateur, un Dieu d'amour. Rien à voir même de loin avec les psychopathes doté de pouvoirs extrêmement dangereux pour tout mortel les approchant d'un peu trop près. Jalil pense qu'il s'agit d'une espèce différente mais proche de l'homme puisqu'apte à se reproduire avec. De la famille des primates donc. Cette idée me rassérène et me fait sourire même si je n'exposerais jamais cette brillante théorie aux principaux concernés. Des primates un peu plus évolués. Pas à tout les niveaux en plus car croyez moi les « dieux » n'ont pas inventé la poudre.

Non la poudre c'est nous qui l'avions introduite dans cet univers qui n'avait vraiment pas besoin que des adolescents fraîchement débarqués de Chicago le rende encore plus dangereux.

Vive-nous. A notre décharge nous n'avions pas réfléchi aux conséquences. Qui aurait pu les prévoir de toutes manières ?

Mais ce dont Everworld aurait très bien pu se passer c'est Senna. Senna. La Porte. La sorcière. Ma demi-sœur. Que j'avais tué. Mes mains avaient été couvertes de son sang. Son sang empoisonné. C'était la principale responsable de la situation actuelle. Dans un des délires mégalomaniaques qui la caractérisait elle avait mûrit un plan pour prendre le contrôle d'Everworld. Et je n'avais même pas été surprise de l'apprendre. Le plus ironique dans cette histoire c'est que sa tentative de devenir maîtresse d'Everworld était plutôt bien partie. Jusqu'à ce que je la poignarde avec un couteau forgé par des extraterrestres errant depuis plus d'un siècle dans ce monde de fou à la recherche d'une porte de sortie.

La disparition de Senna n'a rien résolu. La bande de dingues embrigadés pour former son armée courre toujours sans véritable chef à sa tête. Armés jusqu'aux dents avec des armes à feu dernier cri ils s'amusent à tout détruire sur leur passage. Et même les dieux se méfient de ces mortels venus de l'ancien monde, si différents de moutons que sont les mortels d'Everworld. Ca les changeait. Et les dieux n'aiment pas le changement.

La réunion au sommet se tient pour résoudre ce problème en premier lieu. Puis il faudra prendre des dispositions pour la guerre à venir. La guerre contre Ka Anor, le dieu dévoreur de dieux. Si, à la limite, nous avions une légère part de responsabilité dans le danger que représentait l'armée improvisée venue de notre monde, que venions nous faire dans une guerre entre dieux ? C'est la question à 100 000 dollars.

Nous. Quand j'emploi cet adjectif désormais c'est pour désigner notre étrange groupe hétéroclite d'adolescent perdu dans un monde étranger et hostile.

David est notre « chef ». Le général Davidos héritier de l'épée de Galaad commandant de l'armée d'Athéna. Plus connu dans notre monde sous le nom de David Levin, élève moyen vivant seul avec sa mère divorcée. S'il était resté là bas il se serait sans doute engagé dans l'armée pour satisfaire sa soif quasi maladive de faire ses preuves en tant qu'homme. Peut-être lui aurait-on donné le grade de sergent au bout de quelques années. Virilité, courage, loyauté, responsabilité autant de maîtres mots pour comprendre la personnalité complexe et perturbée de David. Autant de principes n'ayant plus vraiment leur place dans notre monde. A présent David est général, traite avec des dieux pour défendre une cause qui lui semble juste à la force de son épée tout en bénéficiant du scepticisme et des expériences passées de ce monde plus « évolué » qu'il a laissé derrière lui sans un regret.

Christopher…Christopher vient de voir l'amour de sa vie, la princesse Etain, se marier avec un nain pour nous permettre d'avoir une chance de vaincre la bande de feu ma demi-sœur. Et quand je dis nain je ne parle pas de la malformation. Le roi des nains nous a accordé à contre cœur son soutien contre la main de la princesse qu'il convoitait depuis longtemps. Elle s'est sacrifiée. Je ne veux même pas imaginer quelle sera sa vie, seule dans ce royaume froid et dure, entourée des Nains ces êtres presque aussi cupides et amoraux que les fées. Mais qui nous étaient indispensables. Christopher ne s'en est toujours pas remis. Il lâche toujours ses blagues de mauvais goût, mais le cœur n'y est plus. Dans le monde réel c'était le petit frimeur-dragueur type toujours une blague lourde ou raciste sur les lèvres. Il n'a jamais été stupide ou méchant pourtant. Il était simplement ce que la société avait fait de lui. Dans vingt ans il aurait été marié, deux gosses un boulot de cadre dans une petite société et une aventure avec sa secrétaire. Aujourd'hui il était l'un des « messies » d'Everworld, car c'est ainsi que certains nous appelle maintenant, sincèrement amoureux d'une personne désormais inaccessible. Parfois lâche mais jamais déserteur je savais que nous pouvions compter sur lui.

Jalil. Le géni de notre petit groupe. Il souffrait de TOC avant Senna. Il était mon contraire sur tous les plans. Un athée pur croyant à la seule raison. Même ici dans ce monde de déraison il n'en démordait pas. Il cherchait une logique, des liens de cause à effet, un logiciel. Il avait amené l'électricité, construit un tank, et modernisé les mines du roi des nains pour les rendre plus rentables et permettre de lancer une fabrication d'arme un peu plus efficaces que les haches et les épées en vogue dans le coin. C'était même les « accessoires de mode indispensables pour cette saison » selon l'expression de Christopher. Il défiait ce monde en faisant triompher notre technologie moderne. La crédulité, l'ignorance et le retard de quelque millénaire d'Everworld ne faisait pas peur à Jalil. Rien n'aurait pu le motiver plus au contraire. Ici il était aux commandes. Il avait le contrôle qu'il n'aurait jamais sur lui-même dans notre propre monde. Là-bas il n'était qu'un génie de plus, un cerveau parmi d'autre, un peu détraqué. Et sans contrôle. Ici lui seul pouvait faire plier les lois d'Everworld, changer de manière drastique ce monde et amener la lumière au milieu des ténèbres. Et par dessus tout il maîtrisait son corps et son propre esprit. Jalil, mon parfait contraire et mon ami.

Et moi ? Moi je voulais faire du théâtre. Et j'avais de l'entrainement. Ma vie entière était une pièce au scénario soigneusement ficelé dont j'étais à la foi actrice et metteuse en scène. Mais pas auteure. J'avis une certaine liberté dans le dialogue tout au plus. April la meilleure des filles, des amies, des agneaux de la paroisse. April si parfaitement intégrée dans ce monde. April comédienne hors pair, mais parmi tant d'autre. Comment en étais-je arrivé à considérer le monde « réel » comme je l'appelais autrefois comme quelque chose de factice, discordant ? Ici les gens ne jouaient pas. Ils vivaient et mourrais. Je ne jouais plus. Je voulais vivre.

Envers et contre tout nous étions tous les quatre, désormais. Des gens très différents qui ne serait jamais devenu amis dans le monde « réel » et qui désormais formait une famille. Que ce serait-il passé si Senna ne nous avait pas choisis ? Si elle n'avait pas inclus l'un d'entre nous dans ses calculs de conquête d'Everworld ? Je ne sais pas.

Ce qui m'effraie c'est l'idée que, sans doute, Senna en nous attirant contre notre gré dans ce monde, nous arrachant à nos familles, nous privant de nos futurs déjà écrit ne nous avait pas condamnés à un horrible destin, elle nous avait sauvés. Et cette pensée me terrorisait.