Note :

Bonjour, bonjour.

Euh non... Vous ne rêvez pas. C'est bien la deuxième partie de notre épilogue qui a trois mois de retard. Parce qu'on m'a volé mon ordi - oui, ça peut arriver... T.T - et qu'avec un déménagement en plus, bah... Il a bien fallu reporter, et reporter encore pour finalement... Le finir ! Et surtout, le refaire, parce que c'était pas du tout ce que j'avais sur mon ô combien regretté portable... La prochaine fois, on le gardera en deux exemplaires, promis.

Donc, nous arrivons à la fin officielle de notre deuxième enfant, et comme vous - du moins j'espère - je suis un peu triste... Parce que comme je l'ai dit sur notre profile pour celles - et ceux !... Soyons folles !... - qui ne l'ont pas lu, cette fic est ma préférée. Je pensais qu'on aurait autant de succès pour cette méga salade composée, en mélangeant autant les persos sans toucher aux couples principaux, à part pour les rabibocher à la fin.

Notre avis sur cette fin ?... Il y a mieux. Mais il y a pire. Il y a des moments pas trop mal et des mots moins " bien ". Mais bon, nous écrivons pour nous - soyons égoïstes un peu... - et aussi, bien naturellement, pour vous. En espérant que ça vous plaira, nous vous remercions de nous avoir suivi dans cette belle aventure, et nous vous disions à bientôt sur Sweet, sweet Love qui va devenir notre priorité ;)

Bonne soirée à toutes et à tous, merci de nous lire et à une prochaine fois !

Mush et sa muse, Mumuse ;) - et en coulisse Effex' et sa muse qui attendent en se rongeant les ongles vos impressions. Bisous !

PS : Je m'excuse d'avance pour ma dernière partie qui est... ridiculement petite. Voyez le comme un bilan d'un chapitre de 39 pages ;)


Épilogue - Part 2


BELLA POV


Épuisée, choquée, je regardai la scène qui se déroulait sous mes yeux, dans le chaos le plus total.

« Mais bon Dieu Maria bougez-vous ! Il fout quoi ce bandage !

_ JAAAAAAAAAAAAANE !

_ ET DU VALIUM, MERDE, FAITES-NOUS APPORTER DU PUTAIN DE VALIUM ! »

Je poussai un profond gémissement en me cachant les yeux.

Mais vous ne devez pas comprendre ce qui se passe. Pour ça, il vaudrait mieux revenir en arrière...

Après ma dernière dispute avec Edward, j'étais restée dans les bois jusqu'à ce que la nuit soit bien avancée mais, n'ayant pas d'affaires pour y dormir, j'avais décidé de rentrer à la villa. Et le moins que l'on pouvait dire c'était qu'alors, Jane paraissait bizarre.

Assez pâle, les traits tirés, et... Silencieuse.

« Tu es sûre que ça va, Jane ? Avait demandé Tanya en se penchant vers elle.

_ Oui, pourquoi ? »

La voix de Jane était trop fluette pour être honnête. Nous nous étions tous concertés du regard.

« Eh bien... Peut-être parce que je viens de te dire que tu serais magnifique dans une robe verte à pois jaunes à la rentrée et que tu n'as même pas réagi. » Avait répondu Tanya.

Jane avait haussé les épaules, et cela n'avait fait que nous conforter dans nos inquiétudes.

Puis elle s'était levée.

Puis elle avait poussé un grand cri.

Et nos yeux s'étaient écarquillés devant la flaque qui avait commencé à se former à ses pieds.

oOo

« Mais bon Dieu, ça fait combien de temps que tu as des contractions ? Hurla Jacob, serrant la main de Jane alors que, tous sortis de nos voitures respectives, nous nous enfournions dans le hall des urgences de l'hôpital le plus proche.

_ Depuis la sieste d'hier après-midi, mais tu dors tellement bien que ça t'a même pas réveillé, CONNARD !

_ Jane !

_ Oh ta gueule Alec ! T'aurais pas pu m'empêcher de coucher avec lui, MERDE ! »

Alec faillit répliquer mais pour une fois, Tanya le calma.

« Ça va aller, bébé, ça va aller... Scandait Jacob, en état de choc.

_ NE M'APPELLE PAS BEBE ! »

Jane poussa un nouveau hurlement, manquant de nous faire éclater les tympans.

« Je veux aller à l'hôpital... Se mit-elle à pleurer, quand la contraction fut terminée.

_ Mais, chérie, tu voulais accoucher à Green Riv...

_ J'EN AI RIEN A FOUTRE DE GREEN RIVER ! C'EST MÊME PAS MA BARAQUE !

_ Ok, ok ! Ça va ! On va à l'hôpital. »

Alec soupira.

« On n'a qu'à foutre ma sœur dans la voiture de Jake.

_ Pourquoi la mienne ?

_ J'ai pas envie qu'elle tâche ma banquette !

_ Et c'est ta femme, en plus, s'agaça Edward.

_ Oh ta gueule toi. Tu aurais ravalé ton complexe du macho, tu aurais accepté que Bella t'amène à Green River, et on pourrait foutre Jane à l'arrière de son camion !

_ JE T'ENTENDS, JAKE ! »

Je levai les yeux au ciel et croisai le regard désespéré de Rosalie.

« Si Jane veut aller à l'hôpital, on part MAINTENANT ! »

oOo

« Que puis-je pour vous, messieurs dames ? » Fit une dame d'un âge moyen s'avançant vers nous, visiblement mécontente du bruit que notre petit groupe faisait déjà dans le hall de l'hôpital.

Jane, debout mais légèrement pliée en avant, tenant la main de Jacob dans la sienne, reporta son attention sur elle, et j'eus à peine le temps de former une prière silencieuse pour cette femme qui allait très certainement connaître une descente en flammes.

« A ton avis, connasse ? On vient pour acheter un tricot !

_ Jane... Grinça Jacob.

_ Je vous prierai de vous montrer plus polie, madame ! Le personnel de cet hôpital n'a pas a subir vos...

_ MAIS C'EST QUI CETTE COINCEE ? Jake tu viens on se tire, je refuse d'accoucher dans cet hôpital !

_ Mais Jane ! »

Jane avait lâché sa main et se dirigeait à grands pas, quoique disgracieux et rendus difficiles par la situation, vers la sortie, mais nous nous mîmes à courir vers elle, et deux gaillards en blouse intervinrent soudain pour la retenir.

« Madame, que faites...

_ JE ME CASSE, BANDE DE CONS !

_ JANE !

_ Bon, qu'est-ce que c'est que ce boucan ? »

Un homme en blouse blanche s'approcha, l'air contrarié ; je jetai un regard à l'étiquette sur sa poitrine. Un médecin ; Dieu soit loué.

« Ma copine est en train d'accoucher ! » Fit Jacob d'une voix tremblante.

Une voix tremblante ? Jacob ? Je lui regardai un regard surpris, et commençai à m'inquiéter de le voir virer de son beau teint mat habituel à une sorte de gris anxieux.

Il allait pas nous tomber sur les bras quand même !

Le médecin leva les yeux au ciel, et fit signe à deux brancardiers de se ramener par là.

« Mais vous croyez quoi ? Que je vais me coucher sur cette espèce de lit à roulettes ? S'époumona Jane.

_ Madame, nous vous prierions de ne pas faire d'esclandre. Vous êtes dans un lieu public ici, et...

_ Jacob ! Je veux pas accoucher ici...

_ Je sais, Jane, mais ça fait trois quarts d'heures que tu as perdu les eaux alors tu LA FERMES et tu te COUCHES ICI ! »

Nous sursautâmes tous au son de la voix de Jacob, qui avait retrouvé une teinte plus normale.

Jane le fusilla du regard et voulut se débattre quand les deux gaillards de tout à l'heure l'aidèrent à s'allonger, mais elle obéit quand même, et les brancardiers commencèrent à pousser le chariot alors qu'elle hurlait plus fort que précédemment.

Un autre médecin arriva.

« Tu m'as bipé John ? Fit-il en s'adressant en premier.

_ Cette dame est en train d'accoucher. Je vous présente le docteur Gerandy. C'est lui qui va vous accoucher.

_ Quoi ? Mais il est vieux, il doit être myope ! Hurla Jane.

_ La myopie n'a pas grand chose à voir avec l'âge, Jane.

_ Bon courage, soupira le premier médecin à l'égard de son collègue perplexe, avant de vaillamment prendre la fuite.

_ Bon. Cela fait longtemps que les contractions ont commencé, madame ?

_ Mais arrêtez de m'appeler madame ! Vous voyez un putain d'anneau à ce putain de doigt ? » Cria Jane en levant son annulaire gauche, alors qu'Alec se cachait les yeux d'une main.

Je lançai un regard craintif à Edward, qui avait l'air tout aussi dépassé que chacun de nous, puis au médecin.

Il ne répondit rien et conserva son calme. Si un jour je devais accoucher, je crois que je voudrais que ce soit par quelqu'un comme lui.

« Bien, mademoiselle... Ces contractions ?

_ Depuis cette nuit apparemment, fit Jacob.

_ Mais pourquoi n'êtes-vous pas venue plus t...

_ JE VOUS EN POSE DES QUESTION, MOI ?

_ Elle a perdu les eaux il y a près d'une heure. » intervint Rosalie, très professionnelle.

Je lui jetai un regard plein de soulagement. Elle avait été remplir les papiers d'admission, sachant mieux que n'importe lequel d'entre nous ce qu'il fallait faire dans ce cas-là. Elle tendit une fiche au médecin, qui lui adressa un bref regard.

« Placez-la dans ce coin, je veux vérifier la dilatation de son col avant de l'emmener dans l'ascenseur.

_ QUEL ASCENSEUR ?

_ Vous n'êtes pas à l'étage de la maternité, là. »

Je relevai le regard, ainsi que chacun d'entre nous ; nous étions tous là, sauf Emmett, qui était censé être sur la route de New York car il allait reprendre son service, et Jess, Demetri et Vic, qui étaient partis sortir en boîte, draguer et découcher, assommés par le fait qu'ils étaient les seuls à ne pas tirer leur coup à Green River. Tous quatre n'allaient sans doute pas tarder, alertés par un message de Rose. En plein milieu du couloir des Urgences, nous étions entourés d'internes et d'infirmières, ainsi que d'autres patients qui avaient tous les yeux fixés sur la scène.

Quel cauchemar.

Je reportai mon regard sur Jane, qui vociférait contre le médecin alors que celui-ci lui retirait sa culotte par dessous sa robe ; un brancardier tira un drap blanc au-dessus des genoux repliés de notre amie, et un hurlement retentit alors qu'une autre contraction devait venir de tourmenter Jane.

« Elle va accoucher d'une minute à l'autre. Annonça le médecin d'une voix grave.

_ QUOI ? MAIS...

_ Son col est trop dilaté, nous n'aurons pas le temps de la monter en salle d'accouchement. »

Jacob vacilla, et Jasper et Alec durent se précipiter sur lui pour le retenir de tomber.

Rosalie était au téléphone. « Oui, encore aux Urgences,... A tout de suite. »

Jane agrippa sa main et la serra de toutes ses forces, le ramenant à lui.

« Quoi ? Mais non ! » Haleta-t-elle, paniquée. « Je ne peux pas accoucher ici ! Dans un couloir des Urgences !

_ Mademoiselle, il serait trop risqué que nous nous enfermions dans cet ascenseur.

_ Eh ben prenons les escal... HAAAAAAAA ! » recommença-t-elle à hurler, alors qu'Alice commençait à son tour à paniquer et à hyperventiler.

Rosalie se précipita à sa rescousse, et je sentis Tanya agripper mon bras.

« J'ai loupé quelque chose ? » Hurla une voix que je reconnaitrais entre mille.

Mon frère accourait vers nous, dans sa tenue de jogging spécial voyage, et j'eus le temps de voir un regard appréciateur de Rosalie.

« Mais qu'est-ce que vous faites encore là ? La maternité est au...

_ TA GUEULE EMMETT, TU CROIS QUE J'AI ENVIE D'ETRE LA ? » Hurla soudain Jane, visiblement consciente de tout.

Emmett écarquilla les yeux.

« Ça fait longtemps qu'elle est comme ça ?

_ Bien trop, grincèrent Edward et Alec d'une même voix.

_ Putain... Finalement j'aurais pas dû faire demi-tour. Souffla-t-il.

_ Tu crois que je t'ai pas entendu ? Tu vas pas commencer avec tes grossièretés, alors que mon enfant va naître ! »

Jacob leva les yeux au ciel.

« T'es bien culottée Jane !

_ Quoi ? QUOI ? Qu'est-ce que tu me dis, toi ? Je te signale que c'est de ta faute, tout ça !

_ De ma faute ? Qu'est-ce que j'y peux, moi, si tu m'as sauté dessus alors que tu ne prenais même pas la pilule !

_ Tu pouvais pas juste t'empêcher d'aller plus loin ?

_ C'est pas ce que tu me demandais de faire, quand tu me suppliais de te prendre sur le comptoir de la cuisine d'Edward !

_ QUOI ? S'écria soudain mon copain, et j'entourai sa taille de mes bras, le retenant de s'avancer au milieu de la crise de couple de Jane et Jacob. »

Puis, le sentant se raidir, je me rappelai que nous étions en froid et le lâchai, le cœur soudain plus glacé.

Mais ce qui comptait en cet instant précis était la naissance de l'enfant de mes amis. J'essayai donc de mettre de côté le fossé entre Edward et moi, et la douleur que cela me faisait ressentir, et je fis simplement semblant de ne rien remarquer quand Edward fit un pas l'éloignant un peu de moi.

« Bon, il serait temps de vous calmer. La tête de votre enfant commence à apparaître. » Fit soudain le médecin.

Il y eut un bruit mat, et je me retournai un instant vers Alice qui venait de s'écrouler, maintenue par Rose qui pestait de devoir s'occuper de son amie alors qu'un accouchement avait lieu.

Jane hurla, et planta ses ongles dans la main de Jake, qui hurla à son tour.

« POUSSEZ ! Cria le médecin, obligé de hausser le ton pour se faire entendre dans ce boucan, alors que des patients avaient tendance à se rapprocher de la scène.

Emmett, aidé de Jasper, commença à repousser les curieux, et des hommes qui devaient faire partie de la sécurité se joignit bientôt à eux et obligèrent la foule à se dissiper. Tanya sautillait partout, surexcitée.

« Le bébé apparaît, le bébé apparaît ! »

Alec poussa un soupir et alla entreprendre de la calmer, et presque inconsciemment, le cœur battant la chamade, le souffle court, je malmenai mes mains – à défaut de simplement pouvoir me serrer contre Edward pour obtenir son soutien face à tant d'émotion.

Rosalie avait enfin réussi à faire revenir Alice dans le monde des vivants, et l'avait installée sur une chaise ; elle se précipita aux côtés du médecin, qui lui lança un bref regard. Elle lui adressa quelques mots, sûrement sur le fait qu'elle était interne, et il hocha la tête, alors que les cris de Jane redoublaient d'intensité.

« Je veux une péridurale... Se mit-elle à pleurnicher.

_ C'est un peu tard... » Chantonna le médecin, et Tanya éclata de rire.

Jane eut le temps de lui adresser son regard le plus venimeux, juste avant que le médecin ce lui demande de pousser une dernière fois.

Tanya venait de perdre son début d'amitié avec Jane, à tous les coups. Mais l'heure n'était pas à s'inquiéter de ça.

Jane et Jacob hurlèrent de concert de douleur, alors que Jane poussait dans un dernier effort qui semblait inhumain, serrant si fort la main de Jake que je jurai d'avoir entendu ses phalanges craquer.

Et puis le calme revint.

Une demi-seconde.

Juste avant qu'un cri de bébé ne retentisse dans le couloir des Urgences, et toute une salve d'applaudissements s'éleva.

Je ne me rendis compte que j'avais retenu mon souffle que quand je réussis à relâcher tout l'air que mes poumons contenaient, et des larmes me brouillèrent la vue alors que je voyais pour la première fois le petit être, rapidement enroulé dans un linge propre avant d'être déposé sur le ventre de Jane, qui se mit à éclater en sanglots.

« Monsieur ? Vous voulez couper le cordon ? » Fit le médecin à Jacob.

Celui-ci, les larmes aux yeux, ne put qu'acquiescer, et fit ce simple et émouvant geste de rompre le dernier lien physique qui reliait Jane à son enfant.

Il se pencha vers Jane, et lui murmura des choses qui n'étaient que pour elle, et elle lui serra la main plus doucement, mais il se mit à hurler, et leva ses doigts.

J'écarquillai les yeux en les voyant. Violacés.

« Montrez-moi ça, monsieur... Je crois qu'il va vous falloir passer une radio. Commenta le médecin.

_ Pas maintenant ! Je tiens à rester avec ma femme et mon fils.

_ Bien... Il nous faut un bandage ! Lança le médecin à l'attention d'une infirmière qui assistait à la scène de loin.

_ QUOI ? J'ai entendu FILS ? »

Je sursautai, et me retournai vers Alice, pour reculer un peu plus vers l'entrée des Urgences, effrayée par le regard de notre amie.

« JANE ! Tu m'avais dit que ce serait une FILLE !

_ Il y avait une chance sur deux, Lice ! Et puis je suis sûre qu'il sera beau et grand et fort comme son papa ! » Fit la jeune mère avec toute l'émotion du monde, regardant son bébé comme s'il était le plus précieux trésor que la terre ait jamais porté.

Ouf. Jane la shootée aux nuages roses était de retour.

« Mais... Mais... Mais... Tu ne peux pas me faire ça !

_ Mademoiselle, calmez-vous. Intervint le médecin ; mais à ce stade, Alice était sourde.

_ JANE ! Et toutes les robes que j'ai créées ? Et toutes celles que j'ai dessiné, pour les 5 ans à venir ?

_ Alice, calme toi... » Tenta de la raisonner Jasper. « On en fera un de bébé, nous aussi, tu pourras les...

_ Pardon ? PARDON, JASPER ? Mais tu crois que des robes ça se recycle comme ça ? Il nous faudra au moins NEUF MOIS, voire PLUS, avant d'en avoir une ! Et à ce moment-là, mes CREATIONS ne seront PLUS A LA MODE ! Mais tu as QUOI dans le crâne ? »

Je grimaçai, alors que Jasper nous regardait tour à tour, cherchant un quelconque soutien. Mais personne ne pouvait plus rien pour lui, à ce moment.

« JANE ! Je veux que tu le fasses opérer ! »

J'écarquillai les yeux, alors qu'un fou rire prenait de manière incontrôlable Tanya.

« Mais bon Dieu Maria bougez-vous ! Il fout quoi ce bandage ! S'énerva encore le médecin.

_ JAAAAAAAAAAAAANE ! Continuait de s'époumoner Alice.

_ ET DU VALIUM, MERDE, FAITES-NOUS APPORTER DU PUTAIN DE VALIUM ? » Hurla l'obstétricien, visiblement à bout de nerfs lui aussi.

Je poussai un profond soupir en me cachant les yeux, et entendis Tanya s'étouffer plus loin.

« Tu crois que c'est pour Alice le Valium ? Demandai-je à Edward, ayant un besoin viscéral de nouer un infime contact avec lui – même si je connaissais déjà la réponse.

_ J'en suis certain. »

Je regardai, ébahie, Alice se faire entraîner par deux gorilles vers la sortie, suivie de Jasper qui tentait par tous les moyens de la calmer ; Tanya était pliée de rire dans un coin, au côté d'un Alec perplexe. Emmett et Rosalie étaient aux côtés de Jacob, qui fut soudain entraîné à l'écart pour qu'on jette un regard à sa main.

Edward et moi nous rapprochâmes du brancard sur lequel Jane reposait toujours, un merveilleux sourire aux lèvres.

Et nous le vîmes. Le petit gars. Magnifique, dans toute son innocence.

Il allait être brun, comme son père ; cela paraissait évident.

Mais ses yeux... Ils avaient la même magnifique et étrange couleur que celle des yeux de Jane et Alec.

Je soupirai de bonheur devant la sérénité et la beauté de ce visage d'enfant.

Jusqu'à ce qu'un grommellement de Jane ne me tire de ma rêverie.

« Si j'ai des vergetures suite à ça, je bute Jacob... »

Nous échangeâmes un regard blasé avec Edward, puis le vacarme revint dans le couloir des Urgences.

« ILS SONT OUUUUUUU ? »

Deux furies déboulèrent en courant, et je retins à grand peine un rire nerveux.

Victoria et Jessica. Suivies d'un Demetri à peine plus discret.

« Et... Qu'est-ce que vous faites dans le couloir des Urgences ? »

Jane pinça son nez, se retenant sûrement d'exploser...


EDWARD POV


Maman.

Jane venait de devenir maman.

Maman, maman, maman, maman...

Ce mot résonnait dans ma tête au milieu de l'effervescence dans la quelle se trouvaient nos amis.

Vic et Jess pleuraient de joie à côté de moi et je sentais bien que Jane était sur le point de faire de même, ainsi qu'à mon grand étonnement, Alec, qui ne quittait pas son neveu des yeux. Un garçon...

Merde.

La petite gamine blonde à qui je tirais parfois les cheveux quand nous étions petits, celle qui était devenue mon amante à l'adolescence et au début de notre majorité, venait de prendre complètement conscience du mot adulte d'un seul coup. Je me rendais compte que le monde dans le quel je vivais était loin de ces tracas-là. J'avais une vie compliquée, c'était vrai, assez bordélique sur le plan sentimental, mais pas vraiment une vie d'adulte. C'était toujours mes parents qui payaient plus ou moins mes factures, eux qui remplissaient régulièrement mon compte, eux encore qui me payaient tout ce dont j'avais toujours rêvé.

En regardant Jane et ce petit être qu'elle tenait si précieusement contre elle, le regard empli d'adoration et d'une sorte d'incrédulité comme si elle avait du mal à se faire à l'idée qu'il venait de sortir de son ventre, je prenais une sacrée claque dans la gueule.

Je me disais que finalement, j'avais beaucoup de chance.

J'étais encore libre. Insouciant. Je pouvais encore faire tout ce que je voulais. Je pouvais agir en gamin ou, pour une fois dans ma vie, agir en adulte.

A cette réflexion, je cherchais machinalement Bella des yeux.

Nous nous étions disputés juste avant notre départ précipité, et je ne m'en rappelais même plus la cause. Encore une histoire puérile...

Je revoyais au ralenti le déroulement de la journée : la piscine avec les autres, Bella dans son bikini, une dispute farouche entre Lily et Jane pour savoir qui aurait l'aurait le soir-même avec son amoureux, Bella, la bibliothèque, une dispute, le déjeuner, Bella et son mutisme, un plan quasi militaire des filles pour nous réconcilier, la forêt, Bella et sa tristesse blessée, des mots acides dits sans y réfléchir, Bella partie...

Je soupirai en me passant une main nerveuse dans mes cheveux pour la énième fois depuis notre entrée dans l'hôpital.

J'avais été con. Extrêmement con.

Je me rendais tout à coup compte que j'avais failli la perdre pour des mots inconsidérés, comme ça m'était déjà arrivé à plusieurs reprises par le passé.

On avait deux caractères de merde, et tous les deux une fierté mal placée. On se blessait sans vraiment le vouloir et maintenant que j'étais là, dans ce couloir désinfecté où ma meilleure amie venait d'accomplir le plus bel acte qu'elle ne ferait jamais, maintenant que je voyais les larmes couler sur ses joues, ses yeux fatigués, sa fierté évidente, les dix années qu'elle venait de se prendre d'un seul coup en responsabilité, maintenant que je la voyais devenir définitivement une adulte, je me disais que j'avais envie de faire tout ça avec Bella.

" Ca ne va toujours pas, vous deux ? "

Je me tournais vers Tanya qui se tenait nonchalamment appuyée contre le mur blanc du couloir, comme si tout à coup, elle devenait indifférente à l'évènement qui venait de se passer quasiment sous nos yeux, alors que quelques minutes plus tôt encore, elle sautillait partout, complètement surexcitée.

" Je... " Commençai-je avant de me contenter de soupirer une nouvelle fois et de secouer la tête avec lassitude.

Elle me sourit avec indulgence. C'était bien la seule personne avec Jasper qui, je le savais, ne me jugerait jamais, peu importe ce que je ferais.

" C'est encore à cause de cette histoire à la bibliothèque ?

_ J'ai envenimé les choses par la suite. Murmurai-je avec un rire amer.

_ Comme d'habitude. "

Elle me sourit, malgré le regard assez noir que je lui lançai.

" T'as jamais été très doué avec les relations. A croire que tu aurais aimé vivre sur une île déserte.

_ Avec elle, je ne dirais pas non. Souris-je, malgré moi.

_ Je pense qu'elle ne serait pas contre, non plus. Mais avoue que tu aimes ton petit confort... Ce dont elle peut se passer aisément. Tout le monde n'est pas né avec une cuiller en argent dans la bouche, mon cher. Se moqua-t-elle.

_ On ne choisit pas ces choses-là.

_ Non. Mais elle pourrait t'apprendre l'humilité. "

Je lui lançai un regard franchement noir, cette fois, piqué au vif.

" Je ne suis pas de ces fils de bourges qui pètent plus haut que leur cul, Dieu merci. Marmonnai-je.

_ Ce dépend des domaines. "

A nouveau, j'eus un rire amer, et m'adossai au mur à côté d'elle, fermant momentanément les yeux.

" Et moi ? Je pourrais lui apprendre quoi ? Lui demandai-je après un moment de silence.

_ Le plus important. A être heureuse. "

Je la regardai de biais, pas très convaincu, même si mon coeur rata un battement et que mon estomac dansa la salsa rien qu'à imaginer l'idée qu'effectivement, il n'y avait que moi pour la rendre heureuse.

" Y a que toi qui en es capable, et tu le sais au fond de toi. Elle le sait aussi. Je le sais. Alec le sait. Dem' le sait. Lily le sait. Sexy Baby le sait. Rose le sait. Le Dieu Sauvage le sait. L'heureuse Maman le sait. Les filles le sa...

_ C'est bon, je crois que j'ai compris le fond de ta pensée. La coupai-je.

_ Tu sais donc ce que j'attends de toi. "

Oui, je savais ce qu'elle attendait de moi.

Elle attendait que je fasse encore une fois le premier pas, et ce n'était pas franchement ma spécialité. Pas parce que je n'en avais pas envie. Mais que je savais rarement comment aborder un sujet, qu'il soit délicat ou banal au possible.

" Tu veux que j'aille la voir. Marmonnai-je.

_ C'est un début, oui.

_ Donc, que je fasse le premier pas.

_ Tout à fait, Sherlock. "

Je grognai de dépit et reportai mon attention sur ma meilleure amie.

Est-ce qu'un jour j'aurais pu imaginer voir toute cette douceur et cet amour dans ses yeux de reine des glaces inaccessible, qui vous glaçait le sang rien qu'en un seul et unique regard ?

Est-ce qu'un jour j'aurais pu imaginer qu'elle serait la première de notre groupe à donner la vie ?

La réponse à ces deux questions était la même : non.

Est-ce que je pouvais m'imaginer à la place de Jacob, souriant à qui voulait bien regarder dans sa direction, luttant contre ses larmes, les yeux rivés sur l'être à qui il venait de donner la vie ?

La réponse à cette question était évidente : oui.

Et je voyais très bien qui était étendue dans ce même lit aux draps blancs, je voyais très bien ce sourire à la fois fatigué et exceptionnel, je sentais très bien cette fierté émaner de nous... Bella et moi.

" Je veux faire ma vie avec elle. " Fis-je, comme si cette évidence me sautait aux yeux pour la première fois.

Tanya pausa une main aérienne sur mon épaule et me sourit avec une douceur qu'elle affichait que très rarement.

" C'est pas à moi que tu dois dire tout ça... Mais à elle. Et crois-moi. Même si tu en doutes, même si tu penses qu'elle est trop bien pour toi ou une connerie dans le genre, cette fille, c'est ce qui t'arrivera de mieux sur cette fichue planète. Et heureusement pour elle, l'inverse est également vrai. C'est une évidence. C'est avec elle que tu vivras l'instant assez surréaliste qui se déroule ici. T'imagines ?... Jane ! Maman... J'avais du mal à m'y faire, même en voyant son gros ventre rond. Et maintenant regarde ! Regarde le petit Léo ! Dans quelques années, ça sera à votre tour, à Bella et à toi. "

Elle me prit doucement par le bras et m'entraîna vers le lit où était allongée Jane.

Une infirmière venait d'arriver pour laver le bébé et un sourire étira mes lèvres à la vue de la peur qu'elle essaya tant bien que mal derrière une fausse assurance.

" Il faut vraiment que je le lave, Mademoiselle. Disait-elle d'une voix un peu étouffée.

_ Hors de question ! S'il y a quelqu'un qui doit le laver, c'est moi ou son père et personne d'autre ! S'écria Jane en serrant contre son sein le bébé qui semblait dormir profondément.

_ Mais... Il faut le peser, le mesurer...

_ Montrez-moi où il faut aller ! Mais je le jure sur tout ce qui m'est le plus cher, vous ne toucherez jamais mon bébé alors que vous côtoyez quotidiennement des maladies en tout genre !

_ Jane... Essaya de la tempérer Rose.

_ Celui qui touche à mon bébé, se reçoit ma main dans la figure si c'est une femme ou mon pied dans les couilles si c'est un homme ! " Ragea-t-elle d'une voix aiguë.

L'infirmière jeta un regard franchement apeuré à Rose, comme si elle cherchait un quelconque soutien.

" Il faudrait peut-être lui administrer un calment. Avec le choc de l'accouchement, ça arrive parfois que les jeunes mères soient un peu chamboulées. Lui dit-elle.

_ Vous insinuez quoi, là ? Que je suis bonne à enfermer ? S'écrira Jane d'une voix encore plus aiguë.

_ Jane... Calme-toi, tu vas réveiller Léo. L'apaisa ma soeur.

_ Pourquoi vous l'appelez tous comme ça ? C'est une idée débile de la dépravée !

_ Jane, le retour. Souffla Tanya à côté de moi, visiblement amusée par la scène qui se déroulait sous nos yeux.

_ Moi, j'aime bien. Dit Jacob.

_ Toi, tu la fermes ! C'est moi qui l'ai mis au monde, c'est moi qui choisirai comment il s'appellera !

_ Mademoiselle, vous êtes fatiguée et sans doute aussi en état de choc... Lui dit patiemment l'infirmière.

_ Approchez et vous verrez ce que ma main peut faire quand je suis en état de choc !

_ Jane, s'il te plaît, sois raisonnable... Commença alors Alec en s'approchant d'elle.

_ C'est une conspiration ! Même mon propre frère est contre moi !

_ Elle n'a pas dormi depuis combien de temps ? Demanda l'infirmière à Rose.

_ Elle n'a pas beaucoup dormi ces derniers jours. Concéda-t-elle.

_ Arrêtez d'insinuer que je n'ai pas toutes mes facultés mentales ! Edward ! Edward, dis-leur que je ne veux pas qu'elle me prenne mon bébé ! "

A mon plus grand effarement, Jane commença à sangloter sans pour autant desserrer sa prise sur le nouveau-né qu'elle semblait même tenir plus étroitement encore contre elle.

" On ne va pas te prendre ton bébé, Jane. "

Je tressaillis en sentant tout à coup Bella se rapprocher à côté de moi.

Elle semblait tout à coup la seule personne sensée et rationnelle de notre groupe.

Jacob regardait Jane, impuissant, comme s'il était incapable de lui faire entendre raison, sans doute encore chamboulé par la concrétisation de sa paternité.

Vic, Jess et Lily se tenaient côte à côte au pied du lit, comme tétanisées par le trop plein d'émotions de ma meilleure amie.

Rose avait l'air inquiète, et parlementait avec Baloo et l'infirmière sur la meilleure façon à lui faire entendre raison.

Tanya, Jasper et Alec étaient un peu plus en retrait derrière moi, mais je sentais qu'ils suivaient la scène avec attention.

Bella posa une main maladroite sur la tête de Jane et commença machinalement à lui caresser les cheveux.

" Tu crois vraiment qu'on les laisserait te prendre ton bébé ? Faudrait d'abord qu'il nous passe sur le corps. " Lui dit-elle posément.

Jane la regarda de ses yeux rougis, toujours crispée, et commença peu à peu à se détendre au fur et à mesure que les secondes s'écoulaient.

" Je veux que ce soit Rose qui le fasse. Finit-elle par dire d'une voix chevrotante.

_ D'accord, Jane. Lui répondit doucement ma soeur qui avait suivi la scène du coin de l'oeil.

_ C'est au troisième étage. Nous apprit l'infirmière.

_ Au troisième étage ? S'alarma Jane.

_ Tu vas venir avec moi. La rassura Rose.

_ Ce n'est pas autorisé... " Répliqua l'infirmière.

Mais ma soeur la regarda de façon si appuyée qu'elle se ravisa.

" On va vous passer une blouse. " Dit-elle à Jane.

Celle-ci acquiesça d'un signe de tête lent.

" Et après, on ira dormir un peu. Enchaîna ma meilleure amie.

_ Oui, on va vous trouver une chambre et on mettra le bébé... Dans votre chambre. S'empressa de dire l'infirmière au regard orageux qu'elle lui lançait.

_ Très bien. Se résolut Jane.

_ Qu'en pense le papa ? Demanda l'infirmière, soulagée de la voir revenir à la raison.

_ Épouse-moi. "

Lily et Jess poussèrent un cri étouffé alors que tous nos regards effarés se tournaient brusquement vers lui.

De légères gouttes de sueur sur le front, de grandes cernes sous les yeux, il semblait prêt à s'écrouler sur place tant la fatigue se lisait sur son visage, mais il n'en était pas moins résolu, comme s'il avait répété cette phrase à longueur de journées dans sa tête ces dernières semaines.

" Jacob... Commença Jane d'une voix tremblante.

_ Je veux faire ma vie avec toi et ton caractère à la con. Epouse-moi. Répéta-t-il d'une voix légèrement cassée.

_ Jacob, je ne sais pas si c'est le bon... " Commença Rose anxieusement alors que Jane éclatait en sanglot. " ... Moment. "

Lily et Jess se mirent également à pleurer, sans doute sous le coup de l'émotion, alors que Vic, qui tentait désespérément de rester de marbre, chassa d'un geste impatient une larme qui coulait le long de sa joue droite.

Je regardais Jane pleurer comme je ne l'avais jamais vue pleurer auparavant, les yeux rivés sur Jacob, estomaqué.

" La première fois que tu m'as dit que tu m'aimais, c'était un moment complètement con, qui n'avait aucune symbolique. Je préparais mes affaires pour passer Noël chez moi, tu mangeais tes chocolats à la fraise, tu ne m'as même pas regardé dans les yeux et t'as été toute aussi pétrifié que moi quand je l'ai entendu. Et c'est l'un des plus beaux souvenirs de ma vie ! Tu viens de donner naissance à mon fils, alors je te le redemande : épouse-moi. "

Un temps interminable s'écoula, alors que tous les regards - même ceux des curieux qui avaient assisté à la scène - s'étaient braqués sur Jane qui pleurait comme si elle n'arrivait plus à s'arrêter.

" Prends Léo, Rose. Je veux embrasser mon futur mari. " Finit-elle par articuler alors que des vivats et des applaudissements fusaient en écho à travers le hall.

Rose se précipita auprès d'elle et prit précautionneusement le bébé alors que Jacob se jetait à moitié sur elle, sous nos regards choqués.

" Elle l'a appelé Léo ! Fit joyeusement Tanya.

_ Léo, Jacob, Alec, Edward Black. Articula Jane quelques instants plus tard d'une voix un peu essoufflée.

_ Léo, Billy, Alec, Edward, si tu veux. Je n'ai jamais très apprécié mon prénom. Mais j'ai beaucoup d'amour et de respect pour mon père. Rectifia Jacob.

_ Léo, Billy, Jacob, Alec, Edward Black, dans ce cas. Moi, je l'aime beaucoup ton prénom.

_ Bon, c'est pas tout ça, mais... A quand les prochains ? Demanda Tanya avec un rire dans la voix.

_ Le soir de la noce, évidemment. Railla Alec.

_ Je veux des jumelles ! S'écria Lily.

_ On attendra un peu. Sourit Jasper en posant une main dans son dos.

_ Mais non, mais... Commença-t-elle en râlant.

_ Enterrement de vie de garçon ! Je m'en occupe ! Cria Baloo.

_ Pas question qu'une traînée se frotte contre lui ! S'écria Jane, catégorique.

_ Enterrement de vie de jeune fille ! Je m'en occupe ! S'exclama à son tour Tanya.

_ Je veux six chippendales ! Fit Jane.

_ Alors toi, tu y aurais droit et pas lui ? Ricana Baloo.

_ C'est qui qui a accouché sans péridurale ? C'est qui qui a porté Léo pendant neuf mois ?...

_ On va monter. La coupa Rose sur un ton décidé en se mettant derrière le lit pour la pousser.

_ C'est qui qui va te supporter toute sa vie ? Railla Baloo.

_ Rose ! Te marie pas avec un connard pareil, tu tomberais bien bas dans mon estime ! " Cria Jane du milieu du couloir.

Baloo ricana une nouvelle fois en suivant le convoie exceptionnel composé de Alec, Tanya, Jacob, et Rose alors que Jess et Vic baillaient non loin de moi.

" Il est quelle heure ? Demanda Lily.

_ Près de deux heures du matin. Marmonna Bella en s'appuyant contre le mur du couloir.

_ Eh bien... Quelle soirée. " Fit Vic.

Je regardais Jane et Jacob se tenir fermement la main et l'entendais assurer à Rose qu'elle était capable de tenir Léo en même temps, puis finis par tourner les yeux au moment où ils montaient dans l'ascenseur.

Jane... Qui venait de donner naissance... Allait... Se marier...

" Euh, pour info... La demande en mariage super pas romantique du tout à la quelle nous venons d'assister, c'est un joke ou... Demanda Jess.

_ Non. Il y pense depuis plusieurs semaines déjà. Lui apprit Bella.

_ On va avoir un mariage... Continua Vic.

_ Colossal. " Achevai-je.

Je croisai un millième de seconde le regard de Bella qui s'empressa de le détourner.

" Je ne sais pas trop si c'est le voeu de Jake.

_ Lily va faire une robe sublime. S'excita Vic.

_ Elle est déjà au téléphone avec une de ses collaboratrices pour lui dire qu'elle va être prise les semaines à venir." Fit Jasper.

Je me décalai pour voir en effet Lily au téléphone qui faisait les cent pas un peu plus loin avec des grands signes de la main, les sourcils froncés.

" Elle va être intenable. Elle n'a jamais réalisé de robe de mariée. Marmonnai-je.

_ C'est un de ses plus grands rêves.

_ J'espère qu'on sera demoiselles d'honneur ! S'exclama Jess.

_ Pas moi. " Grogna Bella. " J'ai fait cinq mariages dans ma vie, j'ai toujours joué un rôle capital dans l'église. Je ne tiens pas à trébucher le jour du mariage de mon meilleur ami devant 300 personnes.

_ Oh, mais pour ça, y a les répétitions.

_ A votre avis, ça va être pour quand ? Demanda Jasper.

_ Telle que je connais Jane, elle va vouloir une date symbolique. Elle est bien capable de se marier à Noël. Marmonnai-je.

_ Oh oui ! Ca serait magnifique ! S'extasia Vic.

_ Ca sera surtout la merde pour ceux qui vont arriver en avion. On va devoir en faire des aller-retours à l'aéroport. Parce que Jake qui se marie, j'en connais plus d'un qui voudra voir ça. Marmonna Bella, déjà accablée par les kilomètres à venir.

_ C'est quand même dingue de faire une demande en mariage en plein hall d'hôpital. Fit Jess après un moment de silence.

_ Moi, je trouve ça énorme. Fis-je.

_ C'est parce que tu n'as jamais été un grand romantique. Marmonna-t-elle.

_ Je ne pense pas que le lieu ait vraiment son importance. Répliqua Bella.

_ En tout cas, ça m'a réconforté dans l'idée : je veux des enfants. Dit Vic.

_ Moi aussi. " Fis-je.

En disant ces mots, je regardai Bella droit dans les yeux.

Sans doute eut-elle compris le message que je l'incluais dans ce projet car une drôle de lueur passa dans son regard noisette avant qu'elle ne le détourne à nouveau.

" Y a que Bella qui te supporterait. Affirma Jess en ricanant.

_ Ca tombe bien... Je veux que ce soit elle la mère de mes enfants. »


BELLA POV


Environ 15 mois que je connaissais Edward.

Environ 14 mois depuis notre tout premier baiser, violent, juste avant ma rupture d'avec Alec.

Environ 13 mois depuis notre premier corps-à-corps à River Green.

Environ 12 mois depuis notre première fois.

Environ 11 mois que nous étions sortis ensemble pour la première fois.

Nous étions en Novembre, et cela faisait depuis fin Août que je ne l'avais plus vu. Depuis la naissance de Leo.

Edward m'avait repoussée dès le départ, me reprochant d'être l'ex d'Alec. Il avait refusé de sortir avec moi la première fois que je le lui avais proposé. Il avait couché avec une autre fille, un nombre de fois que je ne voulais même pas imaginé, après moi. Par trois fois il avait rompu notre relation, et encore, je ne comptais pas les disputes qui avaient failli nous séparer aussi...

J'avais tout pardonné. Ses insultes, Cassandra, son manque d'entrain à parler à Alec, ses paroles blessantes. Notre relation avait, finalement, plus souvent suivi son rythme que le mien – j'avais été prête avant lui à coucher avec lui, à sortir avec lui, à parler à Alec, mais j'avais dû composer avec ses craintes et ses réticences. J'avais attendu. J'avais fait ma tête de cochon aussi, bien sûr, je le reconnaissais, mais j'étais toujours revenue, toujours plus amoureuse de lui, toujours prête à beaucoup plus.

J'étais partie en lui disant encore à quel point je l'aimais. Oui, j'étais dingue de lui, quel que soit le mal qu'il me faisait, je n'essayais même pas de m'en cacher.

Sauf que maintenant, ça ne suffisait plus.

Il avait fallu River Green pour que je me rende compte que je ne voulais plus agir uniquement en fonction de ses désirs en espérant que ça lui convenait ; parce que finalement, ça ne lui convenait pas tant que ça. Même quand je prenais sur moi pour supporter son groupe d'amis et leur étouffante et permanente présence, il trouvait le moyen de me balancer que je pourrais faire plus d'efforts. Mais peu importe, une fois de plus, j'aurais pu passer l'éponge... S'il n'y avait pas eu la suite.

« Mais on ne peut pas tout aimer chez une personne. »

Ses mots m'avaient blessée au-delà de l'imaginable.

Je ne savais pas pourquoi, un partie de moi avait toujours cru qu'à partir du moment où Edward m'avait avoué ses sentiments, il les pensait sans restriction. J'avais cru qu'il aimait mes défauts comme mes qualités ; moi, j'aimais ses défauts, et même s'ils m'exaspéraient parfois – souvent – je ne l'aurais changé pour rien au monde.

C'était pour ça qu'à chaque fois auparavant, je lui étais revenue sans attendre d'excuses.

Mais cette fois...

Edward avait simplement avoué qu'il y avait une partie de moi qu'il n'aimait pas. Qu'il voudrait me voir changer. Faire des efforts...

On ne change pas les gens pour les modeler à soi. On les aime tels qu'ils sont... Ou on ne les aime pas vraiment.

Et moi, je n'avais pas envie de continuer à m'impliquer avec Edward pour ensuite me faire virer quand il se serait lassé de moi parce que je ne 'ferais pas assez d'efforts'.

Je le voulais. Plus que tout. Je voulais porter ses putain d'enfants, je voulais qu'il m'offre une bague et même qu'il me pisse sur la jambe pour marquer son territoire, je le voulais.

Mais je voulais qu'il réalise que pour être avec moi, il allait devoir me prendre telle que j'étais et cesser de me rabaisser à la moindre prise de tête. Et ça, je ne l'obtiendrais pas en m'inclinant devant lui et en disant amen à tout ce qu'il me demandait. Je ne l'obtiendrais pas en faisant comme si rien n'avait été dit à River Green.

Flash-back ; couloir des Urgences de l'hôpital.

« Ça tombe bien... Je veux que ce soit elle la mère de mes enfants. » Avait lancé Edward.

Ses mots à eux seuls m'avaient presque fait courir jusqu'à lui pour me jeter dans ses bras ; mais à temps, je m'étais rappelée que tout n'avait pas encore été résolu entre nous et qu'il m'avait fait poireauter toute l'après-midi, la veille, en attente qu'il veuille bien finir notre conversation.

« Faudrait encore qu'on reste ensemble. Avais-je donc répondu d'une voix sèche, blanche de ne pas avoir assez dormi.

_ Faudrait que tu le veuilles, c'est sûr. »

Sa remarque m'avait rendue amère ; c'était moi qui ne le voulais pas ? Alors que tout ce que j'attendais, c'était qu'il cesse de me rabaisser pour que je me jette à son cou ?

« J'attends toujours que tu te décides à finir notre conversation. Lui avais-je rappelé.

_ Pourquoi es-tu aussi masochiste ? » Avait-il répliqué d'une voix patiente.

Est-ce que je rêvais ? C'était lui qui m'avait dit, la veille, que notre conversation n'était pas terminée, et qui m'avait plantée !

« Tu insinues que je ne devrais plus l'être ?

_ Tu te fais du mal pour rien... Toutes nos disputes partent toujours d'une connerie, je voudrais qu'on reparte sur de bonnes bases et qu'on oublie ce qui s'est passé à River Green. »

Ben voyons... Jusqu'à la prochaine.

« Eh bien non Edward. Te connaissant, ce serait précisément ça, faire preuve de masochisme. Parce que je ne compte même plus le nombre de fois où j'ai effacé nos disputes, et même le fait que tu couches avec une autre pour passer à autre chose que moi... Et au final, on en est toujours au même point. Une dispute, et des mots blessants que tu n'as même pas cherché à retenir. Tu peux t'énerver, me traiter de fille immature ou dire que je ne veux pas faire avancer notre couple ; mais un jour, tu te rendras compte que c'est tout l'inverse. On a besoin de plus que de passer l'éponge, si on veut un jour aller assez loin pour faire des enfants et nous fiancer, peu importe l'ordre... »

Je lui avais répondu d'une voix posée, essayant de lui faire accepter – ou tout du moins comprendre – mon point de vue ; mais il s'était figé, et j'avais senti qu'il avait bloqué.

« Tu n'as pas le droit de me reprocher quelque chose de puéril et complètement débile que j'ai faite durant une période où on était plus ensemble.

_ C'est pas ça que je te reproche, ou du moins j'essaie de tirer un trait dessus. Mais je ne veux pas effacer ce qu'il vient de se passer chez toi. Pas cette fois, là... C'est trop. J'ai attendu toute l'après-midi et le début de soirée, hier, que tu décides de revenir... Tu l'as pas fait, alors... Je ne veux pas juste passer l'éponge avant notre prochaine dispute. C'est pas comme ça qu'on ira loin.

_ Tu es à l'origine de cette dispute, une fois n'est pas coutume ! Je ne vois pas pourquoi ce serait à moi de m'expliquer. »

Ni de t'excuser, évidemment, hein Edward ? Ni même de remettre tes propres paroles en question...

« Il n'y a pas à s'expliquer. J'en avais marre des manigances de tout le monde, tu m'as blessée avec tes mots, et ça a empiré. Pour moi, c'est clair ; ce qui ne l'est pas, c'est à quel point tu pensais ce que tu m'as dit et du coup, quelles sont les chances que ça marche, nous deux.

_ Je veux faire ma vie avec toi, à mes yeux, c'est tout ce qui importe.

_ Moi aussi, Edward, mais je ne veux plus être un paillasson. Tu m'as quittée en me disant que tu voulais réfléchir, hier, tu l'as fait, au moins ? »

Je commençais à en avoir un peu marre de notre dialogue de sourds. Est-ce que ça le dérangerait tellement de s'arrêter deux secondes, réfléchir, et essayer de comprendre que j'aie pu être blessée par ses mots ?

« Non. » Avait-il répondu.

J'avais détourné le regard, essayant de contenir mes larmes.

Non.

Edward n'avait pas réfléchi. À quoi bon ; Edward n'essayait jamais de se mettre à la place des autres. Son côté égoïste, celui que j'aimais tellement d'ordinaire. Ça me revenait en pleine figure, et pourtant, je n'arrivais pas à le haïr...

« Bien. Avais-je donc seulement fait d'une voix cassée, incapable de plus.

_ Je ne trouve pas qu'on doive y accorder beaucoup d'importance. À mes yeux, c'est inutile. »

Qu'est-ce qui était inutile, au juste ? D'être un minimum reconnaissant et agréable envers sa copine ?

« A tes yeux, je suis un loup solitaire, je devrais faire plus d'efforts et, ma préférée, tu n'aimes pas tout chez moi, mais ça devrait suffire... Edward, c'est pas inutile qu'on parle. Évidemment, rien que pour être avec toi, je pourrais passer ma vie à t'écouter me balancer des piques, et me consoler en me disant que tu ne sais pas parler. Mais c'est pas sain.

_ Je viens de te dire que je voulais partir sur de nouvelles bases !

_ Mais ça ne veut rien dire en soi. Qu'est-ce que tu appelles de nouvelles bases, hein ? Certains diraient qu'il s'agit de s'excuser pour toutes les erreurs commises et les mots blessants dits, avant d'essayer de ne pas recommencer. D'autres diraient que ce serait comme recommencer à séduire l'autre et réapprendre à sortir avec. Et toi, Edward ? Pour toi, j'ai l'impression que c'est juste tout oublier... C'est pas de nouvelles bases, ça.

_ Et c'est quoi ? Tu crois que je vais te tenir rancune pour toutes les fois où tes paroles m'ont blessé ou déplu ? C'est pas le cas ! Alors pourquoi tu ne pourrais pas faire de même avec moi ?

_ Parce que moi, je suis capable de m'excuser quand je dis quelque chose de blessant Edward ! Ou tout du moins, de t'expliquer pourquoi je pense ce que je te dis ! Et peut-être aussi parce que j'ai pas été celle qui a trop souvent mis le fin à notre couple, si ta mémoire est bonne. Alors j'ai juste pas envie de subir tes insultes en attendant ta prochaine rupture, même si tu dis qu'elle ne viendra pas...

_ Moi, je t'insulte ? Fit-il d'une voix sifflante « Est-ce que je t'ai déjà manqué de respect ? Non, j'ai eu une trop bonne éducation pour ça. Est-ce que je t'ai déjà demandé de faire la boniche chez moi ? Non, j'aime trop mon bordel et emmerder ma soeur, pour ça. Est-ce que je t'ai trompée ? Non, quoi que tu insinues. Est-ce que je t'ai déjà insulté ? Non, sinon je me pèterais moi-même la gueule. Alors ne dis pas que je t'insulte, sinon je vais dire des choses que je ne pense pas et tu sais très bien que je peux te détruire par de simples mots. »

Là, franchement, c'était la goutte de trop. Je restai sifflée quelques secondes, à court de mots ; un moment, j'espérai même avoir mal entendu.

En plus de ne pas chercher à réfléchir à ce qui s'était passé entre nous, Edward ne m'avait même pas écoutée, ou quoi ?

« Tu peux trouver ce que tu m'as dit normal, Edward, mais moi, je me suis sentie insultée et même rabaissée quand tu m'as demandé de faire des efforts alors que je t'ai suivi ici avec des filles que je ne supporte qu'à petites doses - désolée les filles mais on en a parlé hier -, et ça ne m'a pas particulièrement fait plaisir que tu me sortes que tu n'aimes pas tout chez moi...

_ Comme si tu aimais tout chez moi ! Je suis réaliste, je sais très bien que ça n'arrivera jamais ! Et si tu ne supportes pas mes amies, tu ne me supportes pas non plus. elles font partie de ma famille, même de moi ! Lily, c'est comme ma seconde soeur ! Jess et Vic, même si elles sont un peu connes sur les bords, sont des filles sur qui je peux compter quand j'en ai besoin, et elles savent très bien que l'inverse et vrai. donc si tu veux partir, personne ne retient ici. »

Et il s'était détourné.

Et je m'étais complètement refroidie.

Personne ne te retient ici... Même pas lui, visiblement.

Mais au moins, les choses étaient claires. Il avait fait son choix.

Sauf que je pouvais pas simplement partir comme ça... Je ne pouvais pas baisser les bras. Je l'aimais, merde, et il ne voulait même pas voir ça ? Qu'est-ce qui clochait chez lui, à la fin ?

« Ok. Pour ta gouverne, j'aime même tes défauts chez toi. La seule chose que je ne veux pas avoir à supporter, c'est que tu me rabaisses comme tu sais si bien le faire. Et je suis de ceux qui pensent que oui, les amis, c'est bien, mais il faut savoir s'en séparer de temps en temps. Alors c'est simple. Soit tu m'aimes vraiment et tu te rendras compte un jour que mûrir et sauver son couple, c'est pas en permanence demander à l'autre de s'adapter à son mode de vie, mais aussi s'adapter au sien ; soit tu ne m'aimes pas, et j'ai comme l'impression que notre histoire s'arrête là. T'as le ballon dans ton camp, Edward... Mais sache quand même que t'as beau être un connard égoïste, y a au moins une personne sur Terre qui est dingue de toi, même si cette fois, elle se barre. » Cette fois, je n'avais pas essayé de lui cacher les larmes qui avaient commencé à couler.

Et il n'avait rien répondu.

Fin du flash-back.

Alors j'étais montée saluer Jane ; Jane qui avait bien vu que quelque chose n'allait pas du tout. Nous avions eu notre dispute avec Edward à l'écart des autres, mais je me doutais bien que quelques oreilles avaient traîné et lui feraient un rapport détaillé...

J'étais repartie directement de l'hôpital jusqu'à la gare la plus proche ; je n'avais que mon sac à mains sur moi, mais Emmett me renverrait mes affaires. J'avais pris un bus, sa correspondance, et j'étais revenue dans New-York, dans mon minable appartement, à ma minable vie quand Edward n'était pas là pour l'éclairer.

Mais avoir Edward sans avoir son amour n'était peut-être pas mieux que de ne pas l'avoir du tout. Je savais que quelle que soit la force de l'amour que je lui portais, je ne supporterais pas toute une vie de vivre selon ses désirs tout en m'entendant dire que je devrais faire plus d'efforts.

Et il n'avait jamais cherché à me recontacter, même par l'intermédiaire de nos amis communs ; même les filles restaient étrangement silencieuses sur le sujet. J'avais appris que c'était du fait de Rose, qui leur avait demandé de ne pas intervenir entre nous. J'avais même été la remercier.

Seule Jane n'avait pas écouté Rose et essayait encore de nous rabibocher ; mais quoi qu'elle manigance, j'y avais échappé en lui disant que j'avais été assez claire face à Edward, et que s'il m'avait voulue il aurait dû me prendre avec mes qualités et mes défauts. Jane avait bien essayé de me dire qu'il m'aimait sans conditions, mais qu'il n'était juste pas capable de le formuler ; je lui avais répliqué que si ça avait été le cas, il serait revenu. Il savait que je l'aimais. Moi, au moins, je lui avais dit que je prenais tout de lui avec plaisir...

Et il n'était pas venu.

Trois mois sans le voir. Trois mois sans lui, et j'avais l'impression de n'être plus qu'une ombre ; même pas l'ombre de moi-même, d'ailleurs.

Autant j'avais souffert violemment, mais m'étais remise rapidement après avoir appris qu'Alec en aimait une autre.

Autant cette fois, la peine, toute aussi violente, était également insidieuse et ne voulait plus me quitter.

J'étais en permanence glacée, comme si seule la chaleur de l'étreinte d'Edward aurait pu me réchauffer.

Je ne mangeais plus que sous l'ordre de mon frère, comme si même mes instincts primaires étaient morts si je ne pouvais pas être avec Edward.

Je ne sortais plus très rarement pour ne pas rompre le dernier lien que j'avais avec Edward : nos amis communs.

Je ne pouvais plus dormir dans mon lit sans me rappeler nos ébats, particulièrement la toute première fois que nous avions fait l'amour, après mon concours d'escalade.

Je ne souriais plus sincèrement, car désormais sans Edward je n'avais plus de raisons d'être vraiment heureuse.

Je ne pouvais d'ailleurs plus faire d'escalade sans me rappeler ses moqueries teintées d'inquiétude nerveuse quand il venait me voir, cet été, alors que tout fonctionnait parfaitement entre nous. Il avait toujours peur que je ne tombe à nouveau sur la tête ; maintenant, il s'en foutait sans doute royalement.

James s'était allié à Leah et aux gars de la Push, se faisant mon ange gardien à leur place vu qu'ils n'étaient pas là. J'étais rarement seule, finalement, parce qu'il avait peur que je fasse une connerie. Du style, prendre ma camionnette pour partir sur un road trip, aller escalader l'Everest à mains nues ou que sais-je d'autre.

Mais je ne le faisais pas. Je ne l'aurais pas fait, parce qu'une toute petite partie au fond de moi espérait qu'un jour Edward reviendrait.

Je savais qu'au point où j'en étais, il suffirait qu'il sonne à ma porte pour que je lui saute au cou.

Je savais aussi que tout ce que je désirais, c'était qu'un jour il se rende compte que finalement, il aimait bien mes défauts aussi, et qu'il vienne me le dire.

Et je savais qu'il ne le ferait pas.

Je demandais juste brièvement de ses nouvelles, aux autres. Ils me disaient qu'il n'allait pas trop mal. Qu'il s'était renfermé, c'est vrai. Qu'il ne sortait plus beaucoup. Mais je soupçonnais que s'il ne sortait plus, c'était aussi pour ne plus risquer de me voir.

Je ne leur demandai jamais s'il avait rencontré quelqu'un d'autre. S'il avait ne serait-ce que couché avec une fille d'un soir. Je savais qu'une réponse positive m'achèverait ; évidemment, il ne resterait pas célibataire toute sa vie. C'était Edward... Mais moi, la simple idée de ne serait-ce qu'accepter de me laisser draguer par un autre homme me dégoûtait.

Je ne voulais pas l'imaginer me remplaçant... M'oubliant dans le baiser d'une autre fille, caressant un autre corps comme il l'avait fait avec le mien, lui murmurant les même mots, s'enivrant de son odeur, lui faisant l'amour en la dardant de son regard intense, jouissant en elle... Je ne voulais pas imaginer cette autre fille dans ses bras, se réveillant le matin face à son visage ronchon, lui préparant le café, jouant avec ses cheveux alors qu'il l'embrassait contre le comptoir...

Mon cœur se brisa un peu plus, et une larme roula sur ma joue. Edward avait raison. J'étais masochiste, je me faisais du mal pour rien.

Non, pas pour rien... Pour lui. Toujours pour lui.

Trois mois que nous n'étions plus ensemble, trois mois que parfois, j'avais envie de reprendre mon rôle de carpette et d'aller le supplier de me reprendre. Trois mois que je ne le faisais pas, ayant trop peur que ce soit une autre qui m'ouvre sa porte, ayant trop peur de croiser son regard méprisant et de l'entendre me dire que c'était trop tard.

Trois mois, mais dans une semaine, c'était la répétition du mariage de Jane, dont Edward et moi étions les principaux témoins...

oOo

Et Edward était là, toujours aussi beau dans son jean hors de prix et sa chemise noire ; son regard était posé sur moi, mais semblait me traverser sans me voir.

Je le lui rendis un moment, me rappelant douloureusement de chaque détail de son visage, auquel ma mémoire n'avait visiblement pas rendu hommage.

Le temps sembla s'arrêter quelques instants ; et je finis par rompre le pesant silence qui s'était installé.

« Salut. »

Edward sembla un instant surpris que je lui adresse la parole ; il m'adressa un simple signe de tête, et se détourna, se dirigeant vers Jane pour l'attraper par le coude d'un geste un peu brusque.

Génial.

Quoi, il n'était pas au courant que je serais là ? J'étais, avec lui, un des deux témoins principaux de Jane et Jacob. Il croyait quoi ?

Que ses amis m'avaient tourné le dos par complicité avec lui ?

Je ne vis même pas exactement quand il revint avec Jane, et je ne cherchai plus un instant à croiser son regard. La répétition se déroula sans anicroches, et même la future mariée n'essaya pas de me demander de sourire au bras de mon ex petit ami ; nous n'eûmes qu'à faire une fois, côte à côte et sans nous effleurer, le trajet jusqu'à l'autel avant de nous séparer pour nous placer de chaque côté de notre couple d'amis.

Une heure plus tard nous étions dehors, et je me permis un unique dernier regard à Edward s'éloignant, ne voyant que son dos alors qu'il semblait pianoter sur son portable.

Je haussai les épaules, et saluai brièvement nos amis avant de regagner ma camionnette ; alors que je m'y asseyais, mon portable se mit à vibrer.

Un message d'Edward. Mon cœur se mit à tressauter ; depuis combien de temps n'en avais-je pas reçu ?

« Je ne voulais pas te parler devant nos futurs convolés, si tu veux, on peut se rejoindre au Club. »

Je restai ébahie une ou deux minutes, fixant le message comme sans le comprendre... Un rendez-vous ? Avec Edward ?

On frappa à ma vitre, et je fis un sourire à un Alec interrogateur avant de mettre le contact.

« J'y pars. » Répondis-je simplement à Edward pour lui signifier que j'étais d'accord.

Une demi-heure plus tard, j'étais arrivée, et avais trouvé à me garer trois rues plus loin ; à croire qu'aujourd'hui la chance était avec moi.

Quoique je ne savais pas pourquoi Edward voulait me parler. Peut-être juste pour nous mettre d'accord sur notre attitude le jour du mariage... Ouais, ça devait être ça.

Il n'était pas devant le Club quand j'y arrivai ; sachant que sa voiture était plus rapide, j'en conclus qu'il était déjà entré, et en fis de même.

Bingo.

Edward était accoudé au comptoir, discutant avec Mike ; celui-ci avait l'air de ne pas avoir beaucoup de boulot. Seules quelques personnes étaient réparties aux tables, toutes servies.

J'allai m'asseoir auprès d'Edward et saluai Mike, qui sourit en me voyant. Au moins un qui était heureux de me voir...

« Sers donc la demoiselle au lieu de baver, et va voir ailleurs si on y est ensuite. » Fit Edward, un peu sèchement.

Je haussai un sourcil. De la jalousie ? Non, sûrement pas. Edward avait renoncé à son droit à être jaloux pour moi.

« Un jus de pêche, Mike, s'il te plaît. Merci. » Ajoutai-je une fois qu'il me l'eut tendu et se soit éloigné, visiblement effrayé par l'attitude d'Edward.

Je jouai quelques instants avec mon verre, sentant le regard d'Edward se poser sur moi deux secondes... Avant qu'il ne se détourne à nouveau, visiblement mal à l'aise.

« J'imagine que tu veux qu'on discute de la cérémonie ? Soupirai-je, fatiguée.

_ Je ne pense pas être devenu prêtre en trois mois. » me répondit Edward.

L'amusement dans sa voix me surprit, et je relevai le regard vers lui.

« Je pensais que tu voulais juste qu'on mette les choses au point pour que tout se passe bien dans trois semaines. » Lâchai-je, un peu curieuse.

« Non. J'ai suffisamment médité. Je pense être prêt à discuter avec toi. »

Je me raidis un peu, et me détournai vers mon verre, soudain soucieuse, le cœur un peu mort.

Mais il fallait qu'on ait cette conversation...

« Je t'écoute. Fis-je d'une voix étranglée.

_ Je te remercie d'être venue.

_ Je te remercie de ne plus m'ignorer... » Fis-je tristement.

Je ne me faisais pas d'illusions ; j'avais comme l'impression qu'Edward était prêt à me dire que nous deux, c'était irrémédiablement fini, qu'il ne faudrait plus espérer se voir après la cérémonie, ou encore qu'il avait une nouvelle copine... Je ne savais pas.

« C'est assez difficile pour moi, tu sais. D'habitude, dans ce genre de situations, je baisse les bras et j'abandonne. »

J'eus un bref sourire amer.

« Parce que c'est une situation habituelle, pour toi ?

_ Ne pas parler pendant des semaines ? C'est une habitude pour moi, oui. »

Je relevai la tête et regardai dans le vague, vers la rangée de verres étincelants.

« Pourtant, je t'ai déjà entendu dire que tu ne pouvais pas te passer de ta 'famille'. Fis-je d'une voix fatiguée, cherchant à comprendre.

_ Ça ne veut pas dire que je leur parle nécessairement tous les jours. J'ai besoin de m'éloigner de temps en temps. Selon ma mère et Rose, c'est un de mes plus grands défauts. »

J'eus un nouveau sourire amer en me rappelant de notre dernière conversation sur nos défauts.

« Ceux qui je suis censée ne pas aimer, hein ? »

Du coin de l'œil, je le vis se tourner pour me regarder franchement, cette fois.

« Je ne sais pas. Je ne suis pas dans ta tête. Pour moi, c'est tout à fait normal que tu n'aimes pas tout chez moi. »

Je tournai ma tête à mon tour pour planter mon regard dans le sien.

« Tu n'as pas à lire dans ma tête. Je t'ai dit ce qu'il en était de mes sentiments il y a trois mois, et je pensais que tu pourrais me croire au moins pour ça.

_ Voilà pourquoi il faudrait que tu commences par accepter nos différences. Sinon, on foncera éternellement dans un mur, peu importe le nombre de semaines nous mettons à nous remettre ensemble, il finira toujours par y avoir un clash. Ce n'est pas facile ce que je te demande. Je sais très bien que je ne suis pas une personne facile à vivre. Mais je voudrais qu'on essaye vraiment de construire quelque chose, quitte à ce que je fasse des concessions ou à mettre ma fierté de côté en te faisant des excuses et tu sais très bien que j'ai horreur de ça. »

J'étais touchée par ses paroles, et mon cœur battait à un rythme fou, comme il ne l'avait pas fait depuis des mois ; mais je devais garder les pieds sur terre.

« Edward, la dernière fois, tu n'as même pas voulu qu'on discute du fond du problème entre nous...

_ Tu crois que j'ai voulu prendre mes distances pendant tout ce temps pour quelle raison ?

_ Je t'ai dit que je t'aimais sans concessions et je t'ai laissé le choix de poursuivre notre relation ou non... Trois mois sans nouvelles, je n'avais plus grand espoir tu sais... »

Il y eut une longue pause, et, une fois de plus, je crus l'avoir perdu.

Jusqu'à ce qu'il prenne une inspiration, et me lâche trois mots que je n'aurais jamais plus espéré entendre de sa bouche.

« Je suis désolé. »

Passées les quelques secondes où mon cœur s'arrêta, il repartit à un rythme tel que je me demandai si je n'allais pas faire une crise cardiaque ; mes yeux s'embuèrent, et soudain tout me parut tellement futile – notre dispute, notre séparation...

Mes doigts, comme mus par une volonté propre, allèrent se perdre dans les cheveux d'Edward pour une caresse légère.

« Je t'aime... » Fis-je tristement.

Il me sourit, à la fois mal à l'aise et heureux ; et tout mon être se réchauffa d'un coup. Comme quoi, il n'y avait réellement qu'Edward pour me rendre cette chaleur...

Sa main se posa sur ma nuque.

« Moi aussi, je t'aime... »

Sa voix était serrée, empreinte d'émotions, et pendant un long moment tout ce que je pus faire, était de poser mon front contre le sien, et de caresser son visage.

Je l'aimais. Qu'y avait-il de plus évident que ça ?

« J'ai conscience d'avoir été stupide, mais les sentiments, tout ça, j'ai toujours eu beaucoup de mal... J'ai jamais réussi à avoir une relation stable à cause de ça. La seule que ça dérangeait pas, c'est Jane.

_ Tu sais que je suis prête à t'attendre, Edward... Peu importe combien de temps, mais je ne veux plus jamais me sentir mal avec toi. PArce qu'avoir le sentiment de ne pas être assez bien à tes yeux, c'est pire que tout...

_ Je n'ai jamais compris ta tendance à te rabaisser en permanence. »

J'eus un sourire un peu vague en me dégageant de lui.

« Celui avec qui je pensais finir ma vie, il y a un siècle, en a préféré une autre. Tu as eu des tas de filles toutes plus belles et moins chiantes que moi. Le calcul est vite fait, Edward...

_ Effectivement, le calcul est vite fait quand tu vois le résultat. Tu crois que parce que j'ai une belle gueule, j'ai viré toutes les filles qui ont traversé ma vie ? En fait, sur toutes celles avec lesquelles je suis sorti, j'ai rompu deux fois. Beau palmarès, hein ? Fit-il, ironique.

_ Justement... C'est pas comme si tu avais voulu leur départ, aux autres. J'ai juste peur qu'un jour tu trouves mieux, et des disputes comme celles d'il y a trois mois ne me rassurent pas.

_ Pourquoi voudrais-je avoir mieux ? J'ai enfin trouvé mon équilibre.

_ Pourquoi ? Désolée d'y revenir mais la réponse est simple ; parce que tu n'aimes pas mes défauts et que selon toi je devrais faire plus d'efforts.

_ Je n'ai jamais dit que je n'aimais pas tous tes défauts.

_ Mais le reste, tu l'as dit.

_ Et je t'ai déjà dit que j'étais désolé... »

Je fronçai les sourcils, désarçonnée.

« Pour ton silence, oui... Commençai-je d'une voix hésitante.

_ Je suis désolé pour le mal que je t'ai fait. »

Je le regardai longuement, puis me détournai vers mon verre plein, essayant de rassembler mes derniers neurones.

« Tu le pensais, ou pas ?

_ Tu crois que je m'excuse avec tout le monde ? … Même avec mes parents ou ma sœur, j'ai du mal. »

Je le regardai à nouveau.

« Tu pensais que je ne faisais pas assez d'efforts ? »

Edward fit une longue pause, et je compris quelle était sa réponse avant même qu'il ne la formule.

« Sur certains points, oui. »

L'amertume monta en moi, et je me détournai à nouveau en hochant la tête, crispée.

« Lesquels ?

_ J'ai l'impression que tu fais pas d'efforts avec mes amies, et j'avoue que ça me blesse un peu.

_ Je fais des efforts pour traîner beaucoup plus souvent avec elles que je ne le ferais sans toi ; j'accepte qu'elles me relookent une heure de temps en temps, et même des sorties shopping entre filles, ce que je n'avais jamais fait auparavant ; je ne peux pas plus, c'est vrai. Mais je pensais que tu verrais au moins ces efforts-là... Répondis-je, déçue.

_ Ce que tu ne comprends pas, c'est à quel point elles sont ancrées dans ma vie. Et je l'avoue, oui, sans elles, je suis un peu perdu. C'est une mauvaise habitude que j'ai prise, et maintenant, je suis largué quand je ne les ai pas à proximité. J'ai bien conscience que tu es déçue qu'elles ne soient pas toutes comme Jane, mais tout le monde ne peut pas être autant misanthrope tout en ayant besoin de son cercle d'intimes

_ Et toi ce que tu ne conçois pas c'est que je fais déjà des efforts de ce côté, alors excuse-moi si j'aimerais qu'à défaut que toi, tu en fasses, au moins tu évites de me reprocher de ne pas essayer...

_ Désolé si tes efforts ne sont pas évidents à mes yeux. »

J'eus un rictus amer.

« Tu voudrais que j'arrête d'en faire pour voir la différence ? »

Il eut un sourire en coin.

« Pourquoi pas...

_ Et toi, tu serais prêt à faire quoi, hein ? Fis-je, soudain sérieuse.

_ A faire des efforts. »

Son sourire s'accentua, et je dus m'auto-flageller pour ne pas perdre mon sérieux et simplement me jeter sur lui pour le violer ; quoi ? Trois mois sans sexe, surtout après avoir connu Edward, c'était trois mois de trop.

« Lesquels ? Parvins-je quand même à demander.

_ Demande...

_ Je ne veux rien t'imposer.

_ C'est trop facile de dire ça.

_ J'aimerais savoir ce que, naturellement, tu serais prêt à faire pour moi. Mais par exemple, j'aimerais que, parfois, on se détache du groupe pour avoir des moments rien qu'à nous deux. Et pas qu'une soirée...

_ C'est faisable.

_ J'aimerais que tu tournes sept fois ta langue dans ta bouche avant de me balancer des choses que tu pourrais regretter... »

Il y eut un silence, et les choses redevinrent un peu moins légères.

« Je vais devoir apprendre à prendre sur moi, je sais... »

Je le scrutai un moment, cherchant à déterminer sa sincérité.

« Tu vas vraiment essayer ? »

Il me rendit mon regard, franc.

« Je vais vraiment essayer pour toi. »

Je lui souris largement, soudain plus légère.

« Y a un dernier truc.

_ Vas-y.

_ J'aimerais que tu t'améliores, au pieu. J'ai pas un souvenir exceptionnel de la dernière fois... Le taquinai-je.

_ Tant que c'est que la dernière fois... » Répliqua-t-il avec un rictus.

Je haussai les épaules.

« Je me souviens même pas des précédentes. »

Un étrange éclat passa dans ses yeux, et il les plissa, m'obligeant presque à me dandiner sur mon tabouret de bar pour calmer une bouffée de désir.

« Je rêve ou... Tu me dragues ? »

J'eus un rictus et me penchai vers lui, joueuse. Ma main se posa sur sa cuisse, remonta pour effleurer sa braguette, et termina sa course sur son torse.

« Choqué... Ou pas intéressé ? »

Il prit ma main dans la sienne et embrassa longuement mon poignet, m'envoyant des décharges électriques tout le long du bras.

« Ni l'un ni l'autre.

_ Alors quoi ? Fis-je en lui lançant un regard intense.

_ Intéressé... » Murmura-t-il en me couvent du regard.

Je souris à nouveau, et me penchai pour effleurer ses lèvres.

« J'ai cru un moment que j'allais devoir me rabattre sur Mike... Le taquinai-je, me souvenant de son petit éclat de jalousie quand j'étais arrivée.

_ J'aurais dû venir te chercher dans un couvent, il est connu pour dégoûter les filles... »

Je me levai, et passai mes bras autour de sa nuque pour poser mes lèvres contre les siennes, l'embrassant presque chastement.

« Tant que tu viens me chercher... »

Il me prit contre lui, me faisant asseoir à califourchon sur ses jambes, et me serra contre son torse ; son nez glissa dans mon cou, où il prit une grande inspiration contre ma peau, m'envoyant une série de décharges le long de la colonne vertébrale.

« Jane va être fière de moi... »

Je mordillai le lobe de son oreille.

« C'est tout ce qui t'importe ? Demandai-je joueuse.

_ Ça va dépendre de ta réaction, en fait... »

Edward se décala un peu pour fouiller dans sa poche, et je fronçai les sourcils. Il sortit soudain une clef de sa poche, et je crus reconnaître celle de son appartement. Un double, du moins.

« Tu n'es pas censée savoir que je me retrouve seul dans mon appart... Et que je n'aime pas ça... » Fit-il, un peu nerveux.

Je déglutis.

« Et ? Demandai-je un peu sottement.

_ Et j'aime pas ta colocation... Donc... Si ça te dit... Y a une place de libre dans mon lit... Et pas mal aussi dans mon armoire, Jane est venue arranger ça avec Tanya et Lily. »

Je me dandinai un peu sur lui, extrêmement gênée, les pensées défilant à toute allure dans ma tête.

« J'ai pas les moyens de te payer la moitié du loyer...

_ Je me suis toujours arrangé avec Jacob... »

Je relevai la tête soudainement, les yeux écarquillés, brièvement traversée par des images d'Edward et Jacob partageant le même lit.

« Comment ? Fis-je, faussement choquée.

_ Cet appartement est à moi. Enfin, avec Rose... C'est un cadeau de nos parents. Ils pensent qu'un investissement dans l'immobilier est important. Donc je ne te demande pas de me payer un loyer. Juste... De remplir le frigo quand tu y penses et de te coller contre moi la nuit. » Finit-il avec un léger rictus.

C'était une sorte de prostitution que je pourrais bien accepter.

« Jusqu'à quel point Jacob se collait contre toi la nuit ? Demandai-je avec une moue dégoûtée.

_ C'est la part du contrat qu'il n'a jamais voulu remplir, en fait.

_ L'idiot... » Je lui fis un sourire un peu gêné. « Je veux pas que ça gêne tes parents... Je veux dire... Qu'ils croient que je profite de toi... Ou... »

Il posa un doigt sur mes lèvres.

« C'est mon appartement. »

Je finis par lui sourire pour de bon, et l'embrassai.

« Fils de riche, va...

_ Ça va te permettre de faire des économies, tu devrais plutôt me remercier. » Fit-il, taquin.

Je l'embrassai dans le cou.

« J'ai pas encore dit oui...

_ Ce qui me rassure, c'est que tu n'as pas encore dit non.

_ Si on s'engueule, j'aurai le droit d'aller dormir dans l'autre chambre ? Même si tu as un autre colocataire ?

_ Hors de question que j'aie un autre colocataire, il ne manquerait plus qu'un autre te mate dans mon propre appartement. »

J'éclate de rire.

« Je crois pourtant que j'aurais aimé voir ta jalousie à l'œuvre dans ce cas.

_ J'ai jamais aimé me battre. Tu serais obligée de soigner mes plaies après. »

Je lui souris en glissant ma main dans ses cheveux.

« J'ai un préavis de trois mois avant de rendre mon appart.

_ On trouvera quelqu'un pour te remplacer...

_ Qu'est-ce que tu n'aimes pas dans ma coloc ?

_ … Comme si tu ne le savais pas...

_ Tyler ? Ou le fait que je sois à plusieurs rues de toi ?

_ Tyler... » Grogna-t-il.

Je souris.

« Il est inoffensif depuis la rencontre de mon genou avec ses bourses. Et de toutes manières, je n'en veux pas d'autre que toi...

_ Alors... Tu acceptes ? » Sourit-il.

Je fis mine de réfléchir quelques instants.

« Je paie les courses et l'électricité. Et j'espère qu'il y a des places de libre dans ton garage pour ma camionnette.

_ On verra ça avec mon père...

_ Oublie, alors... » Répliquai-je, gênée.

Merde... J'allais habiter avec Edward. Dans un appartement payé par ses parents... J'étais d'un coup vraiment mal à l'aise vis-à-vis d'eux. Comment allaient-ils le prendre ?

Il posa sa main sur ma joue en un geste rassurant.

« C'est lui qui s'occupe de ces choses-là. Il connait le propriétaire du garage privé où j'ai ma voiture... »

Je lui lançai un regard un peu moralisateur.

« Je peux aussi chercher, Edward. »

Je caressai le haut de son dos, puis descendis le long de sa colonne vertébrale, renouant avec son contact...

« J'emménage quand ? Lançai-je.

_ Avant la semaine de la mort, si possible... C'est-à-dire la semaine avant le jour J. Jane est suffisamment nerveuse comme ça, sept jours avant, ce sera un milliard de fois pire, je veux avoir la tête vide pour affronter ça...

_ Je peux compter sur toi pour m'aider, ou tu vas te comporter comme un mufle, comme la dernière fois ?

_ On va s'organiser, répliqua-t-il avec un rictus.

_ Tu sais quoi ? Je doute de trouver un remplaçant en deux semaines, alors l'emménagement peut attendre... Annonçai-je avec une moue.

_ C'est toi qui décides... Répondit-il, visiblement pas dupe.

_ Ça dépendra de ta motivation à m'aider pour les cartons...

_ On verra ça quand t'auras établi une date, alors...

_ Mes cartons peuvent être faits dès demain... On verra quand tu seras d'attaque. Fis-je en haussant un sourcil.

_ On pourrait rentrer pour voir comment tu me convaincs de le faire rapidement... »

Je lui fis un énorme sourire, et le pris par la main en sautant de ses genoux. Il était grand temps de rentrer...


EDWARD POV


8 mois plus tard...

Étendu à côté de Bella, je passai une main paresseuse dans ses cheveux alors qu'elle dormait profondément.

La lumière du soleil filtrait à travers les persiennes et caressait son corps nu seulement recouvert d'un fin drap rouge.

On avait fait l'amour trois fois depuis le lever du jour.

Elle était insatiable.

Elle était restée.

Elle était parfaite...

Moi, j'avais arrêté d'être con... Du moins, j'avais mis un grand frein à ma connerie.

Elle avait accepté la place de mes amis dans ma vie. Du moins, en étais-je convaincu.

Je m'étais plus ouvert à elle... Du moins, j'avais essayé.

Elle ne rechignait plus lorsque tout le monde débarquait dans notre appart' à l'improviste. Elle avait même accepté deux ou trois fois de garder Léo sans poser de question lorsque Jane nous l'avait apporté comme si c'était prévu depuis déjà quelques jours et qu'elle voulait une soirée tranquille avec Jacob. Je la soupçonnais même d'être devenue accro à ce petit être qui avait déjà fêté ses un an quelques jours plus tôt.

Elle bougea dans son sommeil, se frotta inconsciemment le nez contre l'oreiller, m'arrachant un sourire attendri, se retourna et se colla contre moi avec un soupir de satisfaction.

Ma main descendant lentement le long de son dos, je me mis soudain à penser aux mois qui venaient de s'écouler, m'émerveillant une fois de plus de la douceur de sa peau, des sentiments qui grandissaient... Encore. Toujours.

Jane et Jacob s'étaient mariés le 24 Décembre de l'année précédente, sous une neige immaculée, devant pas moins 340 personnes. Le plus beau jour de la vie de ma meilleure amie.

Un souvenir incroyable.

Ca avait été exceptionnel. Splendide. Malgré la fatigue due à la préparation, au stress des aller-retours à l'aéroport que nous avions fait, Bella, Tanya, Alec, Jacob et moi, des plaques de verglas sur l'une des quelles avait glissé Jess aux sorties de l'église, malgré les blagues gravuleuses de Baloo, les rires forcés de certains invités, malgré la scène qu'avait faite Jane en découvrant Cassie et l'ex sex toy de Bella - qui n'était juste qu'un ami d'après ce qu'elle m'avait certifié... - étroitement enlacés dans un coin sombre de la salle, malgré le fait que Jacob l'avait assuré, sur la tête de Léo, qu'il n'avait pas voulu l'invité mais que son ami avait quand même insisté, malgré que Lily s'était foulée la cheville quand Jane avait jeté son bouquet dans son excitation de l'attraper la première, malgré tout ça, ce jour resterait à jamais gravé dans ma mémoire.

Je l'avais vu pleurer à la naissance de son fils, et une fois de plus en jurant fidélité à celui qui allait être désormais à ses côtés pour le restant de sa vie.

Rose et Baloo avaient annoncé leurs fiançailles au retour d'un deuxième voyage à Venise en Février et la date du mariage était toujours en pourparler.

Mes parents avaient été aux anges... Je m'étais juste résolu, l'essentiel étant évidemment le bonheur de ma sœur.

Alec et Tanya avaient fini par eux aussi emménagé ensemble à la fin de notre année scolaire. " Pour les gosses et les épousailles, on verra ça plus tard " avait-elle dit en riant.

Vic et Jess avaient choisi de partir en Thaïlande pour l'été et espéraient toujours trouver leur prince charmant - Brad Pitt troyen 2, n'étant plus sur le marché à cause de Leah, elles avaient dû se résoudre, comme je l'avais fait avec mon futur beau-frère, à abandonner la partie.

Lily allait ouvrir son atelier en Septembre et travaillait d'arrache pied pour que tout soit parfait le jour J.

Seuls Jasper et Demetri n'avaient pratiquement pas changé.

Parce que moi, j'étais devenu heureux et comblé.

Je me réveillais avec elle... Je me couchais avec elle.

Je mangeais avec elle.

J'allais la regarder faire de l'escalade... Elle me regardait jouer du piano.

Je m'engueulais encore pour un rien avec elle.

Je revenais toujours le premier pour pas la blesser.

Je riais avec elle.

Je m'instruisais avec elle.

Je critiquais avec elle.

Je découvrais l'amour avec elle...

Maintenant que notre période noire et chaotique était derrière moi, maintenant que je pouvais vraiment analyser les choses, je me disais que quelque part, je ne la méritais pas. Elle était trop bien pour moi. Elle avait essuyé bien des revers de ma part... Et était malgré tout toujours revenue. L'aurait-elle fait pour Alec ? Je ne le pensais pas...

Pour moi, elle était Elle.

Pour elle, j'étais Lui.

Combien de gens sur cette planète pouvait se venter d'avoir une telle chance ?

Très peu.

Et moi, je faisais partie de ces quelques chanceux...

On pouvait me dire que la vie était vraiment injuste... J'avais tout ce qu'on pouvait désirer : un compte en banque rempli, une soeur et des parents aimants, des amis inestimables chacun à leur façon, et l'amour d'une vie...

Moi, j'avais envie de répondre que le plus dur était quand même devant moi : ma perfection s'étalait devant mes yeux, désormais il faudrait que je fasse tout pour la maintenir telle quelle.

Car le doute subsistait toujours.

Il y avait toujours des " si " insidieux dans mon esprit.

Et si finalement, elle trouvait quelqu'un de mieux que moi ?

Et si je faisais une nouvelle connerie et que cette fois, elle ne revienne pas ?

Et si la mort venait à nous séparer ?

C'était la plus terrifiante de mes questions, celle-là même qui m'obsédait quand je n'arrivais pas à dormir.

Pourquoi une telle crainte ?

Parce qu'une vie trop parfaite n'existe pas.

Pourquoi une telle envie de se faire du mal ?

Parce qu'il me faut une façon de calmer mon orgueil à l'idée que j'ai toujours tout réussi dans ma vie et quoi de plus vif au cœur que la terreur de la mort ?

Parfois, je me forçais à imaginer une telle situation. Une vie sans elle. Une vie sans vie.

Mon cœur devenait lourd.

Je prenais conscience de mon sang qui circulait dans mes veines.

Mon estomac se tordait.

Ma gorge devenait sec.

Parfois même, mes yeux s'humidifiaient.

Savait-elle que c'était là ma plus grande frayeur ?

Non.

Le saurait-elle ?

Non.

Car sans son existence, mon existence n'était plus.

Sans ses rires et ses cris, sans ces étranges éclats qui brillaient parfois dans ses yeux lorsqu'elle réfléchissait ou que la colère ou le désir montaient en elle, sans cette manie qu'elle avait de mettre sans arrêt une mèche de cheveux derrière son oreille, sans son addiction à mes cookies aux trois chocolats, moi, je n'étais plus là...

Comme le cercle qui n'est plus parfait lorsqu'on le coupe en deux, moi, sans elle, j'avais perdu ma perfection.

C'était peut-être trop de dire de telles choses.

Un peu gnan-gnan, aussi.

Parce que je savais très bien qu'aux yeux de beaucoup de personnes, ma perfection - notre perfection - n'était pas.

Mais chaque perfection était unique.

Pour moi, c'était tout simplement elle.

C'était ce nous que nous avions réussi à construire malgré les épreuves, malgré les prises de tête, malgré ma première peur de blesser mon meilleur ami, malgré sa réaction emportée lorsqu'il avait découvert le pot aux roses, malgré la panique qui m'avait empli à ce moment-là, malgré l'incompréhension presque générale, mon cœur n'en faisait tout de même qu'à sa tête.

Elle serait partie à l'autre bout du monde, j'y serais à mon tour parti pour la ramener avec moi.

Et maintenant, j'étais là, étendu avec elle, coupé du monde, me souciant de rien, ne pensant à rien, qu'à elle, qu'à moi, qu'à nous, la tête dans les nuages, le nez dans son odeur, les yeux remplis d'elle, la bouche avec son goût, le corps emmêlé au sien.

J'étais là, et je ne voulais plus me lever, je ne voulais plus penser, je voulais juste savourer.

Parce que l'état de grâce était là.

Parce que je resterai désormais éternellement à fleur d'elle...