Un milieu, un commencement

Il y avait des moments, dans la vie de Lorelai Gilmore, où elle était certaine. Par exemple, le jour où son regard a croisé pour la première fois celui de sa fille, elle fut certaine qu'elle venait de trouver un but à sa vie. Ainsi, le jour où Lucas Danes lui demanda à nouveau sa main une nuit chaude d'été plusieurs mois auparavant, Lorelai fut certaine qu'enfin son vœu d'avoir ce qu'elle appelait son « milieu » avec cet homme se réaliserait. Aussi, présentement, en se regardant dans le miroir, elle ressentait un sentiment semblable.

« Oh! Chérie! Elle est parfaite, s'était émue Sookie, sa meilleure amie, en tenant son jeune fils, Nathan sur ses genoux.

- Tu crois?

- Elle est absolument adorable, renchérit sa mère de son air naturellement hautain alors qu'un sourire en coin se formait sur les lèvres de sa fille.

- Vous savez? Je crois que vous avez raison. »

Et c'était vrai, elle était parfait. Elle était d'un blanc cassé, presque beige – il aurait été plutôt ridicule de se marier en blanc alors que sa fille de 23 ans est la demoiselle d'honneur – et très simple. Ces bretelles de quelques centimètres plongeaient dans un profond, mais mince décolleté. De taille sirène, le tissu était très léger et flottait presque alors lorsqu'elle se déplaçait. Elle était tout simplement parfaite.

Sans y réfléchir, elle fuit dans la cabine d'essayage, elle prit dans son sac à main son téléphone et composa le numéro qu'elle connaissait par cœur.

« Allo? Répondit Rory d'une voix rauque sans émotions.

- Rory? Ça va?

- Oui, ça va? Pourquoi me demandes-tu cela?

- Rien, c'est juste… tu sonnes bizarre.

- Je vais bien, je crois que je couvre un rhume ou quelque chose comme ça.

- Si tu le dis. Devine où je suis?

- Je sais pas… chez Luke?

- INNNN, bruita-t-elle comme quelqu'un ayant une mauvaise réponse dans un mauvais quiz-télé.

- À l'auberge?

- INNNNN

- Chez Grand-mère?

- Que diable ferais-je chez Grand-mère?

- Je sais pas… planifier ton mariage?

- Oh! Eh bien tu y es presque. Je suis chez Magnolli's.

- La boutique de robe de mariée?

- Ding, ding, ding, ding, bonne réponse, un toutou pour la demoiselle. Je fais du shopping pour trouver ma robe.

- Et puis? Tu as trouvé quelque chose? Demanda-t-elle avec enthousiasme.

- Je crois que oui, sourit Lorelai en se regardant dans le miroir. Je t'envoie une photo, tu es sur ton portable?

- Oui, répondit-elle en regardant la photo de sa mère. Oh! Maman, elle est parfaite!!! Tu es magnifique, dit la fille, un brin de sanglots dans la voix.

- Oui, c'est vrai! C'est elle n'est-ce pas?

- Ouais! Oh! Maman, tu me manques.

- Tu me manques aussi, chérie!

- J'aimerais tellement être là! J'ai toujours imaginé être là lorsque tu essaierais ta robe de mariée pour la première fois.

- Tu es sûre que ça va chérie?

- Oui, je ne suis qu'un brin nostalgique. La maison me manque.

- La maison s'ennuie de toi elle aussi! En passant, la nouvelle maison avance bien.

- Vraiment?

- Oui, la chambre à coucher est FA-BU-LEUSE!!! Immense! Je te jure, l'autre jour, je voulais faire une surprise pour Luke puisqu'il n'a pas eu le temps d'aller camper depuis une éternité. J'ai réussi à monter sa nouvelle tente pouvant accueillir huit personnes dans notre chambre à coucher. Le bon temps que nous avons eu…

- Ok! Jeune fille blanche et pure au téléphone!

- Désolée! Pour en revenir à la maison, la cuisine est presque prête! Luke a acheté ce nouveau comptoir avec un évier sans bordure et une champelure amovible pour laver les légumes… enfin, c'est ce qu'il dit parce que je n'ai absolument aucune idée de ce que tout cela veut dire. Mais, il est complètement gaga à propos de sa cuisine! Il ressemble à un tout petit garçon lorsqu'il y travaille.

- Je crois que juste l'idée de te marier fait de lui un petit garçon, dit-elle faisait sourire sa mère.

- Merci! Alors, c'est quoi cette histoire de nostalgie de la maison? Est-ce que tout va bien chérie? Tout est beau sous le ciel de Minneapolis?

- Oui et non, je travaille sur un article à propos de la difficulté pour les travailleurs avec un visa d'obtenir les avantages sociaux que n'importe quels Américains ont pratiquement naturellement.

- Comme?

- Ces ingénieurs néerlandais travaillent dans une firme d'ingénieurs depuis un an. Après un an dans cette compagnie tous les employés recevaient une petite mais signifiante augmentation de salaire sauf…

- Les Néerlandais.

- Exactement, je discute présentement avec des avocats pour savoir quels sont les droits de ces travailleurs, mais je n'espère rien de très juteux de cet article, les Néerlandais retournent aux Pays-Bas cet automne. Alors ce sera un brusque retour un monde monotone du Minnesota… sans palpitants articles sur la politique… sans éclats… sans personne… avait-elle ajouté dans sa tête.

- Ouais, mais c'est ça le Minnesota, chérie! Il ne s'y passe rien pendant deux cents ans et puis BOUM, un pont tombe… et puis on n'en parle plus pour un autre deux cents ans ou jusqu'à ce qu'il tourne un nouveau film à propos des Minnesota Twins.

- De toute façon, je dois y aller maman, ta robe est absolument fantastique! Je crois que tu as une gagnante entre les mains. Va avant que Grand-Mère vienne te chercher directement dans la cabine d'essayage.

- Lorelai? Lorelai entendit son nom chanté dans le couloir menant à la cabine.

- Tu vois?

- Je déteste lorsque tu as raison comme ça. Prends soin de toi chérie.

- Toi aussi! Je t'aime maman!

- Je t'aime aussi, chérie, bye!

- Bye », Lorelai raccrocha le téléphone se demandant ce qui se passait vraiment chez sa fille.

En même temps, dans un petit appartement du Minnesota, une jeune femme dans la vingtaine se sentant affreusement seule, se prépara une infusion et se coucha la télévision ouverte. Du moins, il y avait un semblant de présence dans son appartement.