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Chapitre 4

Rory Gilmore avait passé les derniers jours à aider sa mère et sa grand-mère dans la préparation du mariage. Toutes ses aptitudes de l'organisatrice d'événements spéciaux qu'elle avait été pendant un court moment de sa vie, étaient mises en œuvre pour aider sa mère à s'occuper des affaires de l'auberge qui n'allait pas tout à fait bien depuis quelques mois.

Le tourisme était à son plus bas et Lorelai et Sookie dut se décider à baisser d'une manière importante le prix des nuitées. L'auberge ne faisait pratiquement plus de profits. En comptant l'augmentation du montant de son hypothèque, la baisse du taux d'achalandage et l'augmentation de tous les autres frais, Lorelai arrivait à peine à se payer un salaire. Elle travaillait plus d'heures qu'elle n'en avait jamais travaillées et elle s'occupait de toute l'administration en plus de ne partager l'accueil qu'avec Michel.

Lorsqu'en raison de problèmes d'argent, elle avait demandé à Luke de remettre à nouveau le mariage à plus tard, il refusa. Il savait ce qui arriverait lorsqu'ils remettaient quelque chose à plus tard. Ils décidèrent donc de diminuer la taille du mariage, faire quelque chose de plus familier avec seulement la famille et quelques amis.

Ce fut Emily Gilmore qui remit les pendules à l'heure lorsqu'elle apprit combien petits étaient devenus les ambitions maritales de sa fille. Elle ne pourrait jamais accepter que sa fille fasse une petite noce pour des raisons pécuniaires. Elle prit donc en main l'ambition de convaincre Lorelai de la laisser préparer quelque chose à son goût. Pour sa fille, il n'était pas question de laisser sa mère s'occuper de son événement à elle. Après moult disputes et discussions, Lorelai accorda à sa mère le droit de payer certaines parties de son mariage.

Ainsi, Rory appuyait sa grand-mère dans la préparation alors que sa mère travaillait à l'auberge. Elle s'occupait de la décoration, des fleurs, de la musique et de la chapelle. Se promenant dans le parc alors que tout le monde autour d'elle était affairé, elle se félicita de son efficacité. Elle remarqua bientôt un jeune homme assis sur un banc de parc en train de lire un livre quelconque. Un étrange sentiment de déjà-vu s'empara d'elle. Elle avait l'impression d'être plus jeune de 8 ans, alors qu'elle était amoureuse du mauvais garçon qui lisait dans le parc. En s'approchant de lui, elle reconnut celui qu'elle n'avait pas vu depuis longtemps.

Au fil des années, elle avait gardé contact avec Jess. Elle avait lu ses livres et avait été présente dans tous les lancements. Elle insistait même pour en faire la critique dans son journal malgré le problème éthique que cela pouvait causer. Mais qui, au Minnesota, pouvait savoir qu'elle avait flirté avec Jess Mariano pendant son adolescence? Bref, elle lui parlait parfois via les différents réseaux sociaux auxquels elle est abonnée et s'attendait réalistement à le voir ce week-end.

Toutefois, aujourd'hui, son cœur qui battait la chamade et ses mains soudainement moites lui signifiaient qu'elle ne s'attendait manifestement pas à le voir ni à la réaction que sa vue provoquait en elle.

« Eh! L'étranger! Finit-elle par lancer aussitôt qu'elle fut à portée de voix

- Eh!

- Les temps changent, mais les gens restent toujours les mêmes? Le taquina-t-elle en pointant son livre.

- Et toi, je crois que tu as manqué ta vocation, rit-il en pointant à son tour sa planche-à-pince.

- Arrête de rire, tu sais que je ne fais que donner un coup de main. Grâce à Dieu, je ne fais plus ça à temps plein.

- Grâce à Jess, non grâce à Dieu!

- Et je t'en serai éternellement reconnaissante! Ça va, toi?

- En incluant la vente de l'imprimerie et la fermeture de la librairie, ma copine qui est sur le point de me laisser, le fait que le fruit de la vente de l'imprimerie commence à s'épuiser et que mes romans risquent de rester tablettés pour toujours, tout est absolument parfait.

- Si pire?

- Bah! Non, je veux dire, je me suis trouvé un autre boulot dans une chaîne de librairie – une succursale de celle qui a d'ailleurs acheté la nôtre – je reçois un petit revenu de mes romans, j'en écris un nouveau…

- Vraiment?

- Ouais, bien, rien de fabuleux pour l'instant, une ébauche.

- De…

- Quoi?

- De quoi il parle ton roman.

- Ah non! Pas question que je t'en parle avant de l'avoir terminé. Et encore, tu risques de n'en connaître la publication que lorsque tu en recevras une copie au Minneapolis Daily News, alors…

- Oh! Ça je ne crois pas!

- Que veux-tu dire?

- Rien, je me comprends.

- Si tu le dis…

- RORY! Rory entendit son nom prononcé au loin.

- Et c'est à ce moment que je me sauve, s'exclama Jess en se levant.

- Bye Jess, sourit Rory avant de se retourner vers sa grand-mère. Grand-mère! S'exclama-t-elle.

- Rory, pour l'amour du ciel, peux-tu me dire où tu étais passé, les fleurs viennent d'arriver… »

Pendant que sa grand-mère parlait encore et encore, l'esprit de Rory restait sur ce banc.


En rentrant chez elle, Lorelai huma immédiatement l'odeur d'un goûteux repas qui mijotait dans la cuisine.

« Meredith, je suis rentrée! » Cria-t-elle pour annoncer son entrée avant de faire immédiatement son chemin vers la cuisine. Elle n'avait pas encore pénétré dans la pièce qu'elle vit Luke affairée au comptoir à préparer ce qui lui semblait être une salade.

« Meredith? Questionna-t-il sans lever les yeux.

- Tu te dois d'écouter la télé plus souvent.

- Je sais à quelle émission tu fais référence, elle est simplement réellement étrange dans les circonstances.

- Dure journée, dit elle en s'approchant du four. Ça sent bon, qu'est-ce qui mijote?

- Un rôti, je n'avais pas le goût de me casser la tête!

- J'adore le rôti, dit-elle en s'approchant de lui avant de le serrer dans ses bras.

- Je sais », répondit-il. Il était dos à elle et continuait à s'affairer à la préparation d'une salade. Sachant que ses futurs beaux-parents venaient les rejoindre pour le repas, il souhaitait mettre tout en œuvre pour que ce soit un succès.

Lorelai profitait de cette étreinte pour humer l'odeur masculine de son amoureux. Il avait un parfum naturel qui réveillait en elle ses instincts les plus primaux. Certains appelaient ça les phéromones, elle l'appelait simplement son odeur. Jamais, avec toutes les relations qu'elle avait eues, le parfum naturel d'un homme lui avait été aussi marquant.

Pendant son adolescence, il y avait eu Christopher, mais même avec toute l'hygiène corporelle qui soit, l'adolescence reste un âge ingrat où les odeurs corporels de tout jeune homme frôlent la puanteur. Plus tard, il la camouflerait avec une eau de Cologne à bon marché. Il en fut de même avec Max, qui dans son style personnel, avait un parfum particulier qui, malgré qu'il lui allait bien, n'était pas dans les préférences de Lorelai. Il y avait eu un peu plus tard, dans la vie de Lorelai, Jason. Homme d'affaire, cherchant à toujours être au courant des nouvelles modes, il se couvrait constamment d'eau de toilette beaucoup trop chère pour leur valeur et ne pouvait supporter sa propre odeur.

Luke était différent. Lorelai en était pratiquement sûre, à l'exception d'un aftershave qu'il n'utilisait que rarement, il ne possédait aucun parfum ou eau de toilette. Il n'y avait rien alors qui camouflait son odeur à laquelle elle était devenue dépendante. Parfois, simplement passer près de lui réveillait en elle les instincts les plus primaires et il était arrivé à quelques reprises qu'elle ne puisse s'empêcher de se jeter sur lui après l'avoir tout simplement senti. C'était la première fois dans sa vie qu'elle vivait avec une personne avec qui elle était si compatible sur tous les plans et c'était tellement confortant pour elle de savoir que tout ça deviendrait bientôt totalement permanent.

« Tu es allé chercher April?

- Évidemment que je suis allé chercher April, je suis même un peu vexé que tu aies à le demander!

- Où est-elle, alors?

- Elle voulait faire sa toilette avant le dîner avec tes parents. J'ignore pourquoi, mais l'idée de revoir ta mère la rend terriblement nerveuse!

- Oh! Pauvre petite! Aucune adolescence ne devrait à subir l'épreuve de ma mère! Moi-même, adolescente, elle était trop pour moi!

- Elle survivra, ta mère aime bien April. Elle a une tête sur les épaules et c'est le genre de truc qui plait à ta mère.

- Tu crois?

- J'en suis certain.

- D'accord.

- Eh! Fit April en entrant dans la pièce. Je crois qu'on parle dans mon dos ici!

- Tu es perspicace, dit Luke en se retournant vers elle. Chérie, peux-tu aider Lorelai à dresser le couvert? Et par aider Lorelai, je veux dire que Lorelai va participer activement au dressage de table, continua-t-il d'un ton sévère en regardant une Lorelai amusée dans les yeux. Emily va arriver bientôt.

- Si tu sens le besoin d'aller trouver le fond d'un placard dans les dix prochaines minutes, personne n'en sera irrité.

- Bien noté, rit April.

Comme pour contredire Lorelai, c'est à ce moment précis qu'on sonna à la clochette de la porte. Après avoir laissé sortir un profond soupir, Lorelai s'éloigna de la table à manger et se dirigea vers la porte.

« Tu peux me répéter pourquoi je les ai invités à venir.

- Parce qu'ils paient pour le mariage? Suggéra Luke.

- Touché! Pointa Lorelai avant de se rendre à la porte. Maman! S'écria-t-elle d'un ton faussement enthousiaste.

- Bonsoir Lorelai, on n'est pas en retard, j'espère?

- Non, vous êtes même un peu à l'avance, reprocha-t-elle.

- Excellent, on n'aurait pas voulu vous faire attendre.

- Personne ne vous en aurait voulu… voyant l'air offensé de sa mère, elle se reprit et les invita à entrer.

- Franchement Lorelai, j'aurais cru que tu aurais pris un peu en maturité avec le mariage qui approche.

- Des histoires pour me faire laisser devant l'autel.

- Tu délires, entendit-on Luke crier de la cuisine.

- En effet, acquiesça Emily.

- Alors maman, tu veux quelque chose à boire.

- J'imagine que tu n'as rien d'autre que du jus de raisin périmé?

- En fait, Luke a fait des provisions cette semaine alors je suis presque certaine que nous avons du soda et du vin rouge.

- Charmant, dit Richard en se frottant les mains. Alors, ce sera du vin rouge pour moi.

- Moi aussi, fit Emily d'un air suspicieux.

- Je reviens, s'exclama Lorelai avant de se rendre à la cuisine rejoindre son conjoint et sa fille. Vous devriez venir me rejoindre de l'autre côté, vous n'auriez plus à voyager pour visiter le pôle Nord!

- Ça donne envie d'y aller, rit Luke avant de reprendre son sérieux. J'arrive dans un moment, je dois simplement m'assurer que les pommes de terre ne collent pas.

- Je vais t'attendre, compléta April clairement effrayée par les parents de Lorelai.

- Oh non! Toi, tu vas avec Lorelai. Pas question que tu te caches ici, non seulement c'est poule mouillée, mais c'est aussi incroyablement malpoli de ne pas se présenter lorsque quelqu'un est invité chez soi.

- D'accord, d'accord.

- Tu voudras peut-être une gorgée de vin, blagua Lorelai.

- LORELAI! Cria Luke, ne comprenant pas ce qu'y avait pris sa conjointe.

- C'est une blague, c'est une blague. Pas d'alcool avant tes 18 ans, April.

- 21! Discuta-Luke.

- 18, chuchota-t-elle à April avant de l'amener au salon. Voyez qui j'ai croisé en route vers le réfrigérateur!

- Oh mon Dieu, April! S'écria Emily. Comme je suis contente de te revoir. Tu as tellement grandi! Tu es une vraie femme maintenant.

- Bien je viens d'avoir 15 ans.

- Un âge dangereux pour une jeune fille, fit Richard.

- Papa! Pointa Lorelai un peu vexée que cet aspect de sa vie soit encore mis de l'avant.

- Je m'excuse, je ne voulais pas retourner le fer dans la plaie.

- C'est accepté, mais ce serait bien si tu éviterais de remettre ça sur le tapis chaque fois qu'on prononce le nombre 15!

- Encore une fois Lorelai, je m'excuse. Alors, April, reprit-il en tentant de changer le sujet de la conversation, comment est ton école secondaire?

- Plutôt moche en fait, le programme de sciences est littéralement à ch…, April hésita une seconde avant de se rendre compte que ce n'était probablement le mauvais moment pour jurer. À… à… à refaire, se reprit-elle enfin, laissant Lorelai soupirer de soulagement heureuse de ne pas avoir eu à défendre April pour son langage adolescent. Les enseignants n'y connaissent rien en sciences et c'est à peine si on peut expérimenter les théories que nous apprenons en classe.

- April a toujours été très poussée vers la science.

- Je sais, fit Emily d'un air snob. J'imagine que tu aurais préféré un programme plus poussé.

- Je n'y apprends pratiquement rien, j'ai l'impression de perdre mon temps dans cet établissement de… se reprit-elle à nouveau, d'éducation secondaire.

- Tu sais, il y a plusieurs établissements qui offrent d'excellents programmes de formation en science dans le secteur de Hartford.

- Maman, avertit Lorelai.

- Je pourrais m'informer auprès de mon amie, la femme du directeur M. Charleston, à Chilton pour savoir s'il y a des places disponibles pour une amie de la famille.

- Maman! Tu oublies quelque chose de crucial. April n'habite pas dans le Connecticut, mais au Nouveau-Mexique!

- C'est le genre de choses qui s'arrangent, Lorelai.

- Oui, mais c'est ni à toi, ni à moi d'en décider.

- J'espère que vous aimez le rôti, car le dîner est presque prêt! S'exclama Luke en entrant dans le salon

- Dieu merci!

- L'odeur est absolument divine, Luke, j'aurais grandement apprécié avoir vos talents culinaires, dit Richard alors que Lorelai s'étouffait dans sa coupe de vin.

- Pardon?

- J'ai dit que j'aurais aimé apprendre à faire la cuisine.

- Mais tu n'as même jamais mis les pieds dans une cuisine.

- Ça ne signifie pas que je n'aurais pas aimé apprendre, Lorelai.

- Si vous souhaitez toujours le faire, offrit Luke, je peux vous l'enseigner. J'ai abandonné l'idée pour Lorelai, il y a très longtemps, mais Rory m'a déjà complimenté comme étant un prof pas trop mal!

- Je vais y réfléchir quelques temps, mais c'est une offre plutôt tentante! À propos de bons repas, comment votre business.

- Oh vous savez, la routine, les gens ont faim, je les sers; les gens sont stupides, je les sers; Kirk bat des records d'insignifiance, je le sers.

- Ha! Ha! Rit Richard. Je me rappelle qu'à une certaine époque, je commençais dans le business de l'assurance, il y avait un de mes clients, je crois qu'il n'arrivait pas une semaine sans qu'il m'appelle. C'était le dirigeant d'une grande compagnie, un homme d'affaires d'une stupidité surprenante qui avait hérité de la compagnie par son beau-père. J'ignore pourquoi, mais les questions d'assurances étaient terriblement angoissantes pour lui et pendant un mois entier, il m'appelait tous les jours et me tenait en otage pendant près d'une heure me posant les mêmes questions jours après jours!

- Qu'est-ce qui s'est passé? Demanda April, fascinée par l'histoire.

- Son beau-père s'est tanné, il l'a renvoyé et l'a remplacé par un autre de ses gendres qui, même s'il n'avait pas beaucoup d'éducation était beaucoup plus brillant. J'avais enfin la paix! Ce fut une telle libération…

- Je m'en rappelle, ça fait environ 41 ans de cela.

- Comment te rappelles-tu de tout ça? Se douta Lorelai, calculant mentalement.

- Parce que nous avions fait une petite fête pour célébrer son départ.

- Une petite fête? Vous… dit Lorelai juste avant de comprendre. Beurk! Maman, il y a des mineurs ici!

- Ce fut bénéfique pour nous! 9 mois plus tard, tu étais au monde.

- Arrête maman! Je ne plaisante pas ».

Ce ton ferme fit rire Emily et c'est à ce moment que Lorelai comprit qu'elle plaisantait depuis le début.

« Maman! Rit Lorelai à son tour. Tu te demanderas ensuite où je prends mon sens de l'humour si particulier comme tu le dis! »

Comme pour mettre fin aux souffrances de Lorelai, on entendit la porte d'entrée ouvrir et on vit entrer Rory, un air presque inquiet sur son visage. Lorelai lui lança un regard interrogateur et sa fille l'appela d'un signe discret.

« Excusez-moi, dit Lorelai en s'approchant de sa fille. Est-ce que tout va bien?

- Oui, oui, mais j'avais oublié que grand-mère et grand-père venaient diner.

- Ce n'est pas grave, tu n'as qu'à entrer, ils seront sûrement enchantés de te voir. Où est le problème?

- J'ai invité quelqu'un.

- Et ce quelqu'un étant…

- Jess!

- Jess?

- Jess!

- Oups…

- Oups!

- Et Jess est où présentement?

- Je lui ai demandé d'aller me chercher quelque chose dans le garage.

- Dans le garage? Rory!

- Je sais, mais j'ai paniqué! Je voulais savoir ce que t'en pensais avant de le faire entrer chez nous.

- Bien sûr qu'il peut entrer, voyons, ce n'est pas une prison, ici, Rory, pour qui me prends-tu? Continua Lorelai un peu vexée.

- Pour quelqu'un qui reçoit grand-mère pour dîner!

- Grand-mère ne choisit pas qui entre dans ma maison.

- Je sais, mais je veux éviter des frictions.

- Oh! Pas besoin de Jess pour ça, chérie.

- Tu es sûre que tout ira bien?

- Je ne te promets rien, mais je te promets de bien me comporter.

- Parfait, je le fais entrer.

- J'en glisse un mot à Luke, dit Lorelai avant de revenir dans le portail du salon. Luke?

- Oui?

- Je peux te parler un instant.

- Bien sûr, acquiesça-t-il avant de la suivre en cuisine. Alors?

- On va avoir deux personnes de plus à table?

- Rory et Jess?

- Tu les as vus?

- Non, mais l'air absolument horrifié sur ton visage me laisse deviner que tu n'es pas complètement enthousiaste à l'idée de le revoir.

- Ce n'est pas lui qui m'agace, je sais qu'il est adulte et responsable maintenant. C'est Rory qui m'inquiète, elle n'a pas été elle-même depuis qu'elle est revenue, j'ai peur qu'il y ait quelque chose qui cloche avec elle et qu'elle hésite à m'en parler.

- Tu n'aimeras pas ce que je vais te dire, mais peut-être a-t-elle besoin d'un ami pour l'aider. Un ami de son âge.

- Mais… mais…

- Quand tu as quitté la maison familiale, tu l'as fait par choix, parce que tu étais complètement prête. Mais quand Rory est partie, tout s'est passé tellement vite! Un vendredi vous planifiez de faire le tour de toutes les montagnes russes de l'Amérique et le lundi suivant, elle prenait l'avion pour suivre Barack Obama dans sa campagne électorale. Elle n'a pas pu prendre la décision de partir de la maison et vivre sa vie. Elle n'a pas pu se préparer, chercher un appartement, trouver des amis et ainsi de suite. Jess non plus n'a pas vécu ça, mais il a dû faire face à la même musique il n'y a pas si longtemps. Il peut comprendre ce qu'elle vit.

- Tu es trop intelligent, dis-moi ce que tu fais avec moi.

- Je l'ignore, mais j'imagine de que je suis coincé pour rester, rit-il avant d'embrasser sa tempe.

- Dis-moi qu'on a assez de nourriture pour tout le monde.

- On a assez de nourriture pour tout le monde, répéta-t-il sur le même ton pour l'agacer.

- LUKE!

- J'en avais fait plus au cas où tu voudrais garder les restes.

- Encore une fois, tu es trop brillant.

- Je sais », dit-il avec un air faussement hautain.

Lorsque Rory ressortit pour aller chercher Jess, elle trouva celui-ci accoté à la porte du garage qui était verrouillée. Elle sourit face à sa propre naïveté.

« Je suis sincèrement désolée.

- Ce n'est pas de ta faute, mon oncle est paranoïaque avec ses outils.

- Je ne parle pas du garage.

- Je sais.

- Tu entres?

- Tu es sûre?

- Oui, moi je le suis, mais je t'avertis, tu devras faire face à ma grand-mère.

- Les personnes du troisième âge ne m'effraient pas si c'est ce que tu veux insinuer.

- SVP, ne l'appelle pas comme ça si tu ne veux pas sortir de cette maison les pieds devant.

- Ta mère… a-t-elle hésité avant d'accepter?

- Non! Non, elle m'a même reproché de t'avoir laissé dehors. Pourquoi? Tu crains encore ma mère?

- Après avoir fait ce que je t'ai fait, oui!

- Oh! Avec Logan, elle a appris que les gens changent.

- Ah! Ce trou de c…

- Jess!

- Désolé, mais le gars était un véritable trou duc! Ne s'occupait que de lui-même et se foutait carrément de toi.

- Heureusement que je ne l'aie pas épousé alors.

- Il t'a…

- Ouais, mais non, il m'offrait une vie que je ne voulais pas… pas tout de suite en tout cas. Il voulait que je devienne une femme que je ne suis pas.

- Ce que je disais, un sal égoïste.

- On s'est laissé en bons termes, tu sais?

- Je sais. Ça ne m'empêche pas de penser qu'il n'est qu'un égoïste, tout comme Dean n'était un idiot plein de jalousie. Mon oncle Luke s'est trop longtemps laissé mener par ses insécurités et ta mère a tendance à laisser ses émotions prendre le dessus sur son jugement. April, quant à elle, est trop directe. Ta grand-mère est snob et je n'ai jamais réellement rencontré ton grand-père.

- Et toi, tu ne te laisses pas mener par les préjugés après cette intéressante étude de caractères?

- Jamais.

- Alors, si tes préjugés ne te gênent pas, entrons! C'est presque le moment de manger et c'est vrai que ma grand-mère va te snober si tu manques le repas ».

Leur entrée fut remarquée, non pas en raison du ressentiment d'Emily envers Jess, mais en raison du cri aigu qu'a fait April en voyant son cousin favori entrer dans la pièce. Depuis leur voyage à Philadelphie, April et Jess était devenu très près l'un de l'autre. Ils s'appelaient fréquemment, s'écrivaient des courriels et se suggéraient des romans à lire l'un l'autre. April était l'une des plus grands fans du travail de son cousin et elle était l'une des seules à pouvoir avoir des extraits de ses travaux avant leurs publications. Elle avait donné à tous ses amis et ses connaissances des exemplaires de ses romans pour les fêtes. Voir son cousin avoir du succès était un de ses vœux les plus chers.

« Eh! Le puceron, l'agaça-t-il en la prenant dans ses bras.

- SVP! Ne m'appelle plus comme ça.

- Mais qu'est-ce que tu fais ici?

- Je voulais faire une surprise à mon père et toi? Tu ne devais pas n'arriver que plus tard cette semaine?

- Je voulais faire une surprise à ton père! Rit-il.

- Ah! Les grands esprits se rencontrent! Dis-moi tout, je veux tout savoir… dit-elle avant de se faire couper par Luke.

- Si ça ne vous dérange pas de déplacer cette conversation vers la cuisine, le dîner est servi ».


« Alors, Jess, demandait Emily d'un ton qui ne pouvait être imité par personne, que faites-vous de bien ces temps-ci?

- Je suis commis dans une librairie à Philadelphie.

- Une librairie, intéressant. Ce travail vous plait-il?

- Maman, avertit Lorelai.

- Pas mal, ça paie les factures et je travaille dans les livres. J'ai aussi une petite chronique littéraire dans un journal en ligne.

- Vraiment? Fit Rory. Je l'ignorais.

- C'est plutôt récent.

- Sa critique est bonne, tranchante, il ne fait pas de quartier.

- Je ne sais pas si c'est bien qu'un auteur soit aussi critique, demanda Lorelai, il n'y a pas de problèmes éthiques là-dedans?

- Pour l'instant, ça va. Les dirigeants me trouvent plutôt impartial, probablement que je m'en tiens qu'à ne critiquer l'œuvre et non l'auteur.

- C'est bien ça! Continua Lorelai d'un ton surpris.

- Je fais mon possible.

- Et dans cette librairie, coupa Emily, vous vendez des livres?

- En fait, je conseille des lectures aux clients, je cherche des nouvelles publications.

- Jess est auteur aussi.

- Ah! Avez-vous publié?

- Oui, à petit tirage, l'imprimerie que je dirigeais avec certains de mes copains proches n'avait pas assez de moyen pour publier à grande échelle.

- Alors votre succès…

- … a été plutôt mitigé, l'imprimerie a fermé en raison de la récession, le magasin s'est fait acheté par la grande chaîne pour laquelle je travaille maintenant.

- Mais ce genre de travail ne demande pas d'avoir une grande culture en frais de lecture? Demanda Richard d'un ton clairement intéressé.

- Jess a toujours aimé lire depuis le temps où je l'ai rencontré, dit Rory. C'était impressionnant la quantité de lectures qu'il avait faites, même pour moi.

- Si tu étais impressionné, Rory, je le suis aussi. Quelles études avez-vous faites avec ce si vif intérêt pour la lecture?

- Hum… Je n'étais pas l'adolescent le plus discipliné, malgré toute la patience que Luke faisait preuve à mon endroit à l'époque. Je n'ai fini mon secondaire qu'il y a deux ans. Je suis maintenant un cours du soir au collège d'état de Pennsylvanie afin d'obtenir une mineure en littérature.

- Un intérêt particulier?

- La littérature américaine, spécialement l'horreur.

- Intéressant, j'étais plutôt un fan des écrivains russes comme ma petite-fille, mais tous les goûts sont dans la nature comme on dit.

- En effet!

- Et toi, April, tu as fait quelques découvertes récemment? Continua Richard

- En fait, je m'intéresse beaucoup à l'astrophysique ces temps-ci.

- Intéressant.

- Mais les télescopes et observatoires sont plutôt rares au Nouveau-Mexique.

- En effet, acquiesça Richard.

- Mais les extra-terrestres sont très présents, blagua Lorelai.

- Lorelai! Soupira sa mère.

- C'est pourquoi je redéménage dans le Connecticut ».

La nouvelle avait eu l'effet d'une bombe sur toute la tablée. Luke s'étouffa avec sa bouchée de rôti et l'eau que Lorelai buvait lui monta dans le nez, les yeux de Rory s'exorbitèrent ainsi que ceux de Jess.

« En raison des extra-terrestres? Demanda Lorelai avec un brin d'étonnement

- Pardon? Demanda Luke une fois remis de ses émotions.

- Tu as bien compris, papa, je veux revenir étudier ici. Je veux m'inscrire dans une bonne école secondaire où je vais réellement apprendre quelque chose. Puis je vais faire mon premier degré universitaire à Yale et je finirai ma maîtrise et mon doctorat au MIT.

- Ambitieux, c'est admirable, April, fit Richard en levant son verre.

- Et tu avais l'intention de m'en parler quand? Interrogea Luke d'un ton plus qu'irrité.

- Je t'en parle maintenant.

- Ta mère est au courant de cette décision?

- Je lui en ai parlé avant de partir.

- Et elle est d'accord avec ça?

- Pas tout-à-fait. C'est un point sur lequel je vais avoir besoin de ton aide d'ailleurs, mais je vais la persuader quand je vais lui annoncer le reste du plan.

- Qui est?

- Je viens rester ici avec Lorelai et toi pour trois ans, jusqu'à ce que j'aie terminé le secondaire.

- Tu crois vraiment que ta mère sera d'accord avec ça?

- Je le crois, elle est cool maintenant avec toi, elle sait que je m'emmerde dans cette école de merde…

- Ton langage, April, s'il-te-plait!

- … et je ne veux pas finir ma vie, ne le prend pas mal, à servir des burgers pour vivre.

- Je ne veux pas que tu finisses comme ça non plus, je n'ai jamais cru que tu prendrais le commerce à ma retraite si c'est ça qui t'inquiète! Tu as beaucoup plus de potentiel que ça!

-Merci, et c'est justement ce que je te dis, je veux faire quelque chose de ma vie et la seule façon d'y arriver, c'est d'aller dans une bonne école avec un bon programme de sciences.

- On en reparlera à un moment plus approprié, dit Luke quelque peu irrité du moment que sa fille avait choisi pour faire son annonce. Quelqu'un veut de la purée de pommes de terre? Continua-t-il avec un ton colérique.

- Alors, maman, n'oublie pas que demain soir est ton enterrement de vie de jeune fille?

- Ne t'en fais pas, il est difficile de penser à autres choses », continua Lorelai contente que Rory ait été assez maligne pour changer de sujet au moment opportun.

À suivre..