Le Rêveur dormait en permanence. Les drogues y pourvoyaient et les machines maintenaient son cerveau en sommeil paradoxal pendant que des capteurs enregistraient ses rêves.

Et quels rêves! Dans cet esprit : les rêves les plus magnifiques, les mondes les plus exotiques, les expériences les plus incroyables… C'est comme s'il avait vécue milles vies. Le Rêveur était un être unique, une vache à lait pour l'industrie Paradox, le plus grand vendeurs de rêves de la planète. Tout le monde se les arrachait. On les téléchargeait dans un neurolisateur qu'on mettait en contact avec une puce implantée dans le cerveau. Et la nuit, tout le monde faisait ces rêves magnifiques et clair qu'on se rappelait au réveil.

Autour du rêveur, on avait érigé tout un périmètre de sécurité, réputé infranchissable, des faisceaux laser, des robots gardiens, des tireurs photoniques; rien n'était trop beau pour le cerveau qui avait fait la fortune de Paradox. Ce rêveur extraordinaire était gardé dans une vrai forteresse souterraine aux murs indestructible d'où la téléportation était impossible.

Pourtant, un à un, les détecteurs s'éteignaient, les robots s'éloignaient, les tireurs se déchargeaient et les faisceaux s'abaissaient.

La porte s'ouvrit.

Bientôt, un groupe d'individus armés et masqués entrèrent dans la pièce.

- Nous n'avons que douze minutes avant la reprise des systèmes, chuchota le chef.

Les autres le savaient déjà. Ils avaient répété une centaine de fois. Chacun connaissait son rôle. L'un deux débranchaient les capteurs; l'autres les machines. On se gardait bien de retirer le rêveur de son système de survie, mais il fallait sangler l'appareil solidement pour le transporter rapidement hors de cette forteresse avec des scooter antigrave.

Tout ça en douze minutes.

Il fallu vingt secondes de plus à l'opération et les tirs fusaient dans la pièce quand les intrus la quittèrent à toute vitesse. L'un deux, atteint, s'écroula alors que la lourde porte de sécurité se refermait sur lui. Les autres ne purent que fuir en le laissant derrière.

10 - 10 - 10 - 10 - 10 - 10 - 10 - 10 - 10 - 10

Donna regardait la colonne centrale en réfléchissant, l'index posée sur le menton. Après un moment, elle leva l'index.

- Et si… ho non!

- Quoi, s'exclama le docteur!

- Attendez, je vais encore y penser.

- Pour une fois, je vous laisse choisir la destination : qu'y a-t-il de si difficile?

Elle pointa son index accusateur vers le docteur.

- Vous n'avez pas dit que vous me laissiez choisir. Vous m'avez dit : " Surprenez-moi ". C'est très différent.

- Je ne vois pas ce qui est si difficile.

- Je suis une néophyte en voyage temporel alors que vous, vous faites ça depuis des siècles. Comment peut-on surprendre quelqu'un qui a tout vu?

- L'univers est vaste, presque autant que l'espace-temps. Les possibilités sont infinis. Je suis loin d'avoir tout vu. Allez! Il y a sûrement un moment ou un lieu auquel je n'ai jamais pensé. Vous pouvez me surprendre.

Donna remit son index sur son menton et fixa une fois de plus la colonne au centre de la console.

- Très bien, alors allons à l'âge de pierre.

- Bof! J'y suis allé et croyez-moi, y'a rien à voir. Là-bas, les gens tueraient père et mère pour un briquet.

- Bon… alors… heu… L'Égypte ancienne? Allons rencontrer Ramsès II.

- Heu… c'est que... je ne suis plus le bienvenu à cette époque depuis l'incident avec Akhenaton. C'est une longue histoire.

Donna soupira.

- Je vous l'avais bien dit : vous êtes impossible!

- Allez! Un peu d'imagination.

- Très bien, alors : le futur.

- Ça commence à être intéressant. Sur Terre?

- Non, une colonie de la Terre.

- Ça se tient. Loin dans le futur?

- Très loin… si possible.

- Je sais, dit le docteur en claquant des doigts!

Il dut claquer à nouveau très vite pour refermer la porte. Il avait oublié cette nouvelle fonction du Tardis. Il fonça ensuite sur la console et activa boutons et leviers.

- Donna, vous allez adorer! C'est un endroit exquis. J'y suis déjà allé à quelques reprises. Ça va vous surprendre.

- Je croyais que c'était à moi de vous surprendre.

Le galiférien leva vers elle un regard embrumé.

- Ha! Oui! C'est vrai… vous me surprendrez une autre fois.

- Quelque part, je ne suis pas surprise de cette tournure.

- Ha oui? Je ne vois pas ce que vous voulez dire.

Le Tardis fut secoué un peu.

- Sommes-nous déjà arrivés?

- Nous étions dans le secteur, temporellement parlant.

Il claqua des doigts solennellement. La porte s'ouvrit. Il invita Donna à passer devant. Elle fit quelques pas pour se retrouver dans une très grande ville.