80. Le cadeau de Lucius Malefoy

Lily était figée d'horreur, debout au milieu du salon du manoir Malefoy. Les mains sur la bouche, elle ne pouvait s'empêcher de fixer le cadeau que les grands-parents de son mari venaient de leur offrir.

Un jeune elfe de maison. Vêtu de torchons, donc un pauvre être né en esclavage, et venant probablement d'être arraché à sa famille.

Ses beaux-parents et Narcissa fixaient la jeune femme avec surprise, ne comprenant pas l'intensité de sa réaction. Elle savait ce qu'était un elfe de maison, tout de même, c'était une sorcière !

Lucius, quant à lui, se délectait de ce qu'il avait provoqué. Personne ne s'en était rendu compte. Personne, jusqu'à ce que Lily se tournât finalement vers lui, contenant manifestement sa rage et le vrillant d'un regard glacé. Toutefois, l'air arrogant du patriarche dégonfla aussitôt la colère de la jeune femme, qui inspira un grand coup avant de sourire.

— Merci beaucoup, Narcissa, Lucius. Nous prendrons grand soin de ce pauvre petit.

Et, comme si tout était parfaitement normal, Lily se pencha vers le jeune elfe de maison. Délicatement, elle tendit une main vers lui et tenta de l'amadouer. Évidemment, il ne réagit pas, tétanisé par le séjour qu'il venait de passer dans le noir et par la peur de l'inconnu. La jeune femme ne prêtait aucune attention à sa belle-famille, qui l'observait en commençant à se demander ce qui se passait, exactement.

Lorsqu'elle se redressa, elle avait le petit elfe blotti dans les bras. Elle le réconfortait et lui parlait comme à un petit enfant, tout en le berçant.

Si les autres étaient pantois, Lucius, lui, commençait à bouillir. Le regard fixé sur la jeune femme, le patriarche avait les narines frémissantes et les paupières plissées. On n'entendait plus dans toute la pièce que le bruit de ses doigts tapotant le pommeau de sa canne et les paroles bienveillantes de Lily envers le jeune être.

Il hurla de rage lorsqu'il vit sa petite-belle-fille jouer avec l'elfe comme avec une poupée et... lui enfiler tout naturellement son propre gilet.

— Tiens, je te le donne, dit-elle en même temps et les yeux de l'elfe s'écarquillèrent comme des soucoupes. Joyeux Noël.

Le petit elfe disparut aussitôt.

— Comment oses-tu ? tonna finalement Lucius.

Debout au milieu du salon, il tendait un doigt rageur vers Lily, qui ne se laissa pas démonter. Sourcil levé et regard angélique, elle se tourna vers lui.

— Eh bien quoi ? Il est parti se remettre de ses émotions dans notre chambre, chez Astoria et Drago, bien sûr, rétorqua-t-elle en souriant tranquillement. Ne vous inquiétez pas, comme je vous l'ai assuré, nous en prendrons grand soin. Nous le vêtirons, le nourrirons, le logerons et lui assurerons ses gages. Oh et, bien sûr, vu son jeune âge, nous commencerons par veiller à son éducation.

De son côté, Scorpius avait désormais le plus grand mal à contenir son hilarité, face au spectacle de son grand-père de plus en plus proche de l'apoplexie. Se forçant à se composer un visage relativement neutre, il se rapprocha de sa femme et prit sa main dans la sienne, montrant clairement qu'il approuvait totalement ce qu'elle venait de faire et de dire. En le voyant faire, Astoria et Drago échangèrent un regard, se retenant d'intervenir d'un commun accord, le jeune couple étant parfaitement capable de gérer la situation.

Le jeune homme connaissait l'histoire de Dobby. Il savait à quel point ce drame avait marqué la famille de Lily, mais aussi indirectement l'histoire des sorciers. D'ailleurs, elle lui en avait parlé pour la première fois des années auparavant, à Poudlard. En revanche, le sujet était tabou dans la famille Malefoy et, lorsqu'il avait essayé d'en savoir plus sur leur ancien elfe l'été suivant, son père et ses grands-parents s'étaient totalement refermés. À l'époque, il n'avait pas insisté.

Scorpius avait tout de suite perçu le plaisir manifeste de Lucius en entendant le cri d'horreur de Lily. Et cela l'avait profondément choqué. Il savait que son grand-père détestait sa femme. Néanmoins, il ne le pensait pas cruel à ce point. Aussi avait-il failli bondir immédiatement aux côtés de Lily pour envoyer une remarque bien sentie à son grand-père — son côté Gryffondor refoulé.

Une seule chose l'avait arrêté. Le changement total de comportement et de réaction de son épouse. Elle gérait visiblement à merveille le vieil acariâtre, ce n'était donc sûrement pas le moment d'intervenir. Il ne voulait surtout pas risquer de la faire passer pour faible et sans défense face au patriarche des Malefoy. Ce qu'elle n'était pas, indéniablement. Comme Lucius était en train de l'apprendre à ses dépends.

— Tout à fait, Grand-Père, Grand-Mère, ne vous inquiétez pas, nous en prendrons grand soin et il n'aura à souffrir de rien.
— Au fait, le dessert nous attend toujours ! s'exclama Narcissa d'une voix un peu plus aigüe qu'à l'accoutumée.

Chacun s'empressa de l'approuver, en dehors de son mari, qui avait les lèvres pincées et les yeux durs.

De retour chez Astoria et Drago, le premier mouvement de Lily fut de se précipiter vers la chambre qu'elle partageait avec Scorpius. Celui-ci lui emboîta le pas sans la moindre hésitation, après avoir indiqué à ses parents qu'il leur expliquerait plus tard. Dès qu'il eut passé le seuil de la porte, il referma soigneusement celle-ci et s'empressa de lancer un sort de manière à ce qu'aucun son ne quittât la pièce.

Précaution qu'il ne regretta pas une seconde. Car, si Lily avait commencé par s'assurer que le petit elfe était bien arrivé, elle était bien vite passée à autre chose. En l'occurrence, régler ses comptes envers le patriarche. Sa colère était très loin d'être retombée.

— Je déteste ton grand-père, je le hais ! avait-elle rugi Lily en se tournant vers son mari.
— Je suis désolé, je ne m'attendais pas à...
— Ah non, hein ! l'interrompit-elle vigoureusement. Scorpius, mon chéri, ce n'est pas à toi de présenter des excuses à sa place !
— Certes, mais...
— Mais rien, si c'était mon propre grand-père, je le détesterais tout autant !

Amèrement, Scorpius ne put s'empêcher d'imaginer ce que seraient les réactions, au Terrier, si Arthur s'amusait à offrir à quiconque un elfe réduit en esclavage... Sa propre belle-fille aurait sûrement réagi beaucoup plus vivement que Lily. Il allait faire une remarque en ce sens, mais Lily avait déjà repris la parole.

— Par Merlin, je comprends mieux pourquoi les Malefoy sont aussi mal vus dans ma famille !

Il déglutit et ne put s'empêcher de faire un pas en arrière, profondément touché, blessé même, par ces mots.

— Eh, attends ! s'écria-t-elle avant de se mordre les lèvres et de se jeter dans ses bras. Je ne regrette pas de porter ce nom, parce que c'est ton nom, clarifia-t-elle. Le fait que ton grand-père soit un tel... un tel... un tel scroutt à pétard ne fait absolument pas de toi quelqu'un de moins bien.
— Peut-être, mais...

Lily posa une main sur la bouche de son mari. Elle inspira fortement pour tenter de se calmer et de parvenir à mieux s'expliquer.

— J'ai juste dit que je comprends pourquoi les Malefoy sont aussi mal vus dans ma famille... Quand je rapproche son comportement de ce qu'on m'a raconté sur lui et sur ton père à l'époque où nos parents allaient à Poudlard, je...
— Ouais, je sais, on est une famille de sales mages noirs et...
— Scorp ! Je n'ai pas dit ça ! Et je suis aussi une Malefoy, moi, maintenant, au cas où tu l'aurais oublié ! Tu n'es pas un mage noir, c'est clair et net. Tu n'es pas ton grand-père, tu n'es pas ce que ton père a été.
— J'aurais vraiment voulu que tu n'aies pas à subir ça... précisa-t-il en grimaçant.
— Je sais, je le sais parfaitement bien, assura-t-elle avant de se blottir encore plus contre son mari. Et crois-moi, ça me peine tout autant pour toi, ce qu'il a fait. C'est... Ça m'a un peu donné l'impression qu'il cherchait à me faire exploser, peut-être même à me faire disparaître de sa vie pour toujours...
— S'il y parvient, qu'il n'espère pas m'y garder, en tout cas, grogna Scorpius entre ses dents.
— Tu n'as vraiment pas de chance d'avoir un grand-père aussi infect. Je comprends pourquoi tes parents ont voulu t'élever aussi loin de lui !
— Oh, euh, ouais...
— Mais, dis-moi... Des crasses... Il en a fait à ta mère aussi ?
— Eh bien... vu comme ça, et maintenant que tu le dis... Oui, il lui en a fait un certain nombre, je crois. En tout cas, ce n'était pas la première fois que je voyais ce petit sourire satisfait sur son visage... Et, surtout, j'ai vu mon père hurler plus d'une fois face à lui, et ma mère une ou deux fois...
— La pauvre, les pauvres...
— Mais crois-moi, Lily, tu as assuré, tu as sacrément assuré, sur ce coup-là ! J'ai admiré, vraiment. Et lui, je crois qu'il a failli faire une attaque, tellement il semblait au bord du malaise.
— Oh, ce n'est pas ce que je cherchais... indiqua-t-elle en haussant les épaules. Je... je ne pouvais tout simplement pas le laisser gagner, tu comprends ?
— Oui, je comprends parfaitement, franchement. Et tu as bien fait, tu as très bien fait. Tu sais, ma chérie, j'aimerais pouvoir te dire que, du coup, il n'essayera plus de s'attaquer à toi, mais... Je doute vraiment que ce soit le cas.
— Je partage tes craintes, honnêtement.
— Si tu ne veux plus qu'on aille le voir, je suis totalement d'accord.
— Et toi ? Et ta grand-mère ?
— Ma grand-mère, on peut aussi la voir autrement, y compris chez mes parents, tu sais.
— Je voudrais vraiment que notre mariage ne nous éloigne pas de nos familles... soupira-t-elle.
— Là c'est lui qui s'éloigne volontairement, avec son comportement, contra-t-il fermement. Et je suis totalement prêt à l'empêcher d'avoir le moindre contact avec son arrière-petit-fils, s'il est toujours de ce monde lorsque nous serons prêts pour cette nouvelle étape de nos vies, toi et moi...
— Oh, Scorpius... souffla Lily avec émotion avant d'enfoncer son visage contre le torse de celui-ci.

Après quelques instants, il finit par poser la question qui le turlupinait depuis un moment.

— Bon, du coup, qu'est-ce qu'on fait de cet elfe ?

Un couinement angoissé se fit aussitôt entendre et les deux jeunes gens tournèrent la tête vers le jeune elfe. Il semblait totalement perdu, dans le gilet de Lily qui était trois fois trop grand pour lui, et ses immenses yeux globuleux étaient emplis d'une seule émotion. La peur. La panique, même.