Salut les gens ! Voici maintenant le cinquième chapitre de La Sombre Vie d'un Démon !

Titre : La Sombre Vie d'un Démon

Auteur : Krystal-Sama

Rating : K

Disclaimer : ... (désolé, ça fait trop mal...)

Note : Merci à abissore pour sa review !

Sur ce, bon cinquième chapitre pour tous ceux qui liront cette fiction !


Chapitre 5 : La mise en place.

Les deux journées suivantes, d'études donc, furent assez tranquilles. Mais dès que l'aube se fut levée sur le premier de repos, je m'armai d'un balai, d'une bassine et d'une bonne dizaine de chiffons ou serpillères chipés dans le placard de ma mère, et je réquisitionnais Flora pareillement armée pour me rendre chez Maître Exelo. Ce dernier fut étonné de nous voir arriver ainsi chargé de si bon matin, il râla un peu, mais il se mit de bon cœur à l'ouvrage avec nous. Il nous fallu les deux jours entiers de repos pour nettoyer dans son intégralité la maison du vieux sage, en arrivant tôt, en partant tard et en négligeant nos devoirs. Nous dûmes enlever toute la poussière accumulée sur les étagères, les livres, les cadres et le sol, pour ensuite retirer toutes les toiles d'araignées – Flora hurla deux ou trois fois quand des petites boules noires à huit pattes lui tombèrent dessus – et enfin tout laver avant de ranger. A la fin de la deuxième journée, c'est exténués que, mon amie et moi, nous rentrâmes dans nos maisons respectives pour dîner, après quoi nous fîmes nos devoirs pour le lendemain en catastrophe, je m'endormis d'ailleurs sur le cahier où je rédigeais mon dernier exercice. Je me réveillai le matin en ayant la marque des pages sur ma joue et je mis quelques minutes à me rappeler que j'avais étude aujourd'hui. Je finis à la va-vite mon exercice avant de descendre prendre mon petit-déjeuner, mon père ne put s'empêcher d'éclater de rire en voyant mon visage et ma mère se tapa le front en soupirant. Après quoi je mangeais et je parti en direction de la boîte à jouets géante pour y passer ma journée.

La matinée se passa sans encombre, jusqu'à ce que l'enseignant ne nous fasse découvrir une pile de livres posés sur son bureau, et jusqu'ici ignorée de tous.

- Un peu de lecture vous fera le plus grand bien, nous déclara-t-il, vous lirez le livre que je vais vous distribuer tout à l'heure et on se donne rendez-vous dans une semaine pour l'évaluation qui portera dessus.

Bien entendu, après les révélations du cancre d'il y a quelques jours, il était certain que nous n'allions pas y couper. Il y eut un soupir général, sauf un. C'est avec un enthousiasme sans limites que Liwn, dès la pause déjeuner venue, partit en sens inverse et se précipita vers les livres empilés. Malheureusement pour lui, l'adulte fut plus rapide : il recouvrit la pile à l'aide de son manteau, pour éviter que le jeune Minish ne voie les ouvrages, et dit qu'il fallait attendre la fin de la journée pour les avoir. Le fauteur de trouble protesta, et l'enseignant dut user de la force pour le jeter dehors en claquant la porte. Je jetai un regard à Flora qui haussa les épaules avant de m'entraîner dans un coin pour manger.

- Donc, c'est ce soir que tu commences ton apprentissage avec Maître Exelo.

- Oui, répondis-je, je suis pressé d'y être, je me demande ce que l'on va faire.

- Tu me raconteras, hein ?

- C'est juré.

Nous rîmes ensemble et nous continuâmes à discuter tout en dévorant notre repas. Une heure plus tard, tout le monde avait fini de déjeuner, excepté Liwn qui, lui, n'avait toujours pas commencé : il guettait par la fenêtre la pile de livres découverte et il se tortillait dans tous les sens pour essayer de lire le titre ou encore de le deviner grâce à la couverture. L'adulte revint nous chercher et nous recommençâmes à travailler, le cancre se tint incroyablement bien, il écouta attentivement l'enseignant – j'irais même presque à dire qu'il buvait ses paroles –, ne dit rien, ne fit aucune bêtise. De là où j'étais, je ne le voyais que de dos, mais j'étais quasiment sûr qu'il n'avait même pas cillé depuis qu'il s'était assis. L'après-midi passa très lentement à mon goût – et pas qu'au mien, tiens ! – et je fus soulagé lorsque la fin fut arrivée. Liwn se leva le premier, comme à son habitude, il rangea avec empressement ses affaires, toujours comme à son habitude, avant de courir vers le bureau, ce qui était déjà moins banal. L'enseignant haussa un sourcil quand il vit le jeune Minish arriver avec un énorme sourire au visage, l'adulte lui remit enfin le livre tant convoité que l'élève pris avec une délicatesse jamais vue, comme si on venait de lui confier le monde. Sauf qu'après, il partit en courant et le malheureux ouvrage valsa malgré lui de haut en bas. Je vins chercher moi aussi mon livre et je repartis en compagnie de Flora, nous continuâmes à parler jusqu'à ce que nous arrivions à la fameuse intersection.

- Tu rentres d'abord chez toi ou tu vas directement chez Maître Exelo ?

Cruel dilemme.

- A ton avis ? lui répondis-je en souriant.

Elle me sourit à son tour, puis nous nous mîmes en marche, Flora rentrant chez elle et moi vers mon choix, empruntant tous les deux la même direction. Nous atterrîmes devant la maison du vieux sage en silence, je m'arrêtai, mon amie aussi. Elle hésita quelques instants avant d'afficher un sourire résigné, sa mère l'attendait et elle ne pouvait pas se permettre d'arriver en retard. Elle secoua la main avant de partir en courant, me laissant tout seul devant la maisonnette. Je respirai un bon coup avant de frapper à la porte, j'entendis des bruis de pas précipités, Maître Exelo était apparemment impatient, tout comme moi. La porte s'ouvrit, me laissant découvrir un vieux Minish rayonnant et débordant de vie, je n'eus pas le temps de dire quoique ce soit, ni même de cligner des yeux, qu'il m'attrapa le bras et m'entraîna à l'intérieur en claquant la porte d'entrée. Il monta un premier escalier quatre par quatre, en me traînant derrière lui, puis vint un couloir avant de gravir un deuxième escalier à la même allure. Nous arrivâmes dans le grenier, au fond trônait un bric à brac indescriptible, il y avait là tous les objets qu'il puisse exister au monde réunis sur une seule table et rangements pleins à craquer. De chaque côté, trois hautes et énormes rangées d'étagères remplies de livres, cela créait entre chacune d'entre elle des espèces de couloirs et les rangées de gauche étaient plus longues que celles de droite, ce que je comprenais difficilement. Je me rappelais bien de cette pièce, lorsque Flora et moi avions voulu la nettoyer, Maître Exelo avait piqué sa crise comme quoi jamais nous entrions ici, même pas pour l'aider, et à force d'insistance et de mines boudeuses, nous avions quand même put passer un unique coup de balai entre les étagères, la table et les fauteuils submergés.

Le vieux sage me jeta un bref coup d'œil, sûrement pour voir si j'étais encore bien là.

- Bon, dit-il, il faut faire vite, tu dois rentrer chez toi pour le dîner, ce qui veut dire que nous avons moins de trois heures devant nous.

Il tourna dans le deuxième couloir à gauche et s'y enfonça, sans pour autant me lâcher.

- Installons-nous.

Miracle, les fauteuils sont déblayés.

Il me saisit à deux mains et me mis assis sur l'un des deux fauteuils bleu nuit, il se mit en face de moi, dans le deuxième, et commença.

- Bien, aujourd'hui débute ton apprentissage en ma compagnie, je t'y enseignerais toutes les ficelles que tu as à savoir sur la vie ainsi que sur l'usage de la magie, nous resterons ainsi ensemble durant de longues années. Je tiens à te dire que je suis très fier d'être ton maître et de t'avoir comme disciple, bon, en ce qui concerne tes débuts, on commencera par…

Un pur monologue, je n'étais même pas sûr qu'il respirait et puis, de toute façon, je ne savais pas non plus comment il aurait fait tellement il parlait vite. Je voulus l'interrompre une paire de fois, mais j'échouais, il ne m'écoutait pas, ou plutôt, il ne m'entendait pas. En fin de compte, il s'arrêta de lui-même, il me regarda et quelque chose dut le frapper quand il me vit car il changea d'expression, peut-être semblais-je perdu.

- Tu as un mot à me dire ? me demanda-t-il.

Enfin.

- Euh… oui, serait-il juste possible que je pose mes affaires ?

Le sage me détailla, il faut dire que j'avais toujours mon gros châle sur les épaules et mes affaires de l'étude dans les mains. Le Minish resta quelques instants immobile avant d'éclater de rire.

- Bien sûr ! dit-il. Excuse-moi, peut-être ai-je été un peu trop vite…

Ce n'était pas peut-être, c'était sûr. Il me désigna une table basse derrière les fauteuils, j'y allai et je revins m'asseoir après m'être déchargé. Je ne l'avais pas remarqué en arrivant dessus pour la première fois, mais le fauteuil était tellement moelleux que je m'enfonçais dedans, je sursautai quand je le sentis, mais je m'y habituai très vite.

- Il est confortable, n'est-ce pas ? me dit le vieux sage. J'adore ces fauteuils, je me sens bien dessus.

En tout cas, ce qui était sûr, c'est que, plus tard, j'aurais les mêmes.

Les deux heures et demie en compagnie de Maître Exelo passèrent à une vitesse ahurissante, il me parla de la magie, me dit qu'il me l'enseignerait le plus tôt possible, avec son histoire et son apparition, il me cita quelques sorts avant de me réciter les règles d'or des Minishs – que je connaissais déjà – et de me faire un cours de philosophie qu'il, une heure plus tard, jugea inintéressant. Il me parla des Minishs et des Hyliens, ce qui me captiva beaucoup plus, et enfin, il m'avoua qu'il ne savait pas encore à quel métier il allait m'initier.

- La nuit va bientôt tomber, dit-il soudain, il vaudrait mieux que tu rentre.

J'acquiesçai doucement, je me mis debout, à regret, parce que je me sentais vraiment bien dans ce fauteuil et j'entrepris de remettre mon châle.

- Il te reste quatre jours d'étude, viens me retrouver en fin de matinée lors de ta première journée de repos, on attaquera les choses sérieuses : la magie.

- Mais, l'autre jour, vous avez dit à Flora que nous étions beaucoup trop jeunes, rappelais-je.

- Oui, mais là c'est différent, puisque tu es devenu mon disciple.

Je souris, lui aussi. Il m'aida à ramasser mes affaires, il se figea un instant lorsqu'il vit le titre du livre que j'avais à lire, mais il se ressaisit et me le rendit. Il descendit avec moi, m'ouvrit la porte, comme si je n'étais pas capable de le faire, et me laissa partir, le sage me fit un signe de main tandis que je m'éloignais.

- Excellent choix, Widel, murmura-t-il alors qu'il refermait après mon départ.

Je n'y fis pas attention et je repartis chez moi, tout guilleret, content de cette première entrevue avec le sage. J'étais pressé d'être dans quatre jours, et apprendre la magie, cela devait être fantastique. J'arrivai à la maison à temps pour le dîner, à peine fus-je rentré que j'étais déjà installé pour manger, j'étais mort de faim, le début de mon apprentissage m'avait ouvert l'appétit et j'étais capable d'engloutir tout ce qui me passait sous le nez. Ce fut le silence complet jusqu'à ce que mon père ne se retourne vers moi.

- Alors, qu'est-ce que tu as fait avec Maître Exelo ?

Je faillis m'étrangler, après le coup du « comment était ta journée », ils me sortaient le coup du « qu'est-ce que tu as fait aujourd'hui ».

Inouï.

Suspicieux, je leur résumai le tout en quelques phrases.

- Tu commences la magie dans quatre jours ! s'exclama ma mère. Je trouve que c'est un peu tôt…

- Pas pour Maître Exelo en tout cas, dis-je tout bas.

Nous finîmes de dîner, je débarrassai ma table et je montai dans ma chambre faire mes devoirs. Je les finis vite, je rangeai mes affaires, et par la même occasion ma chambre qui était un peu en désordre, me mis en pyjama et je me glissai dans mon lit, je dormais déjà quand ma tête atteint enfin mon oreiller.

Une nouvelle journée d'étude commença le lendemain.

- Tu commences à apprendre la magie dans trois jours ?

Quelques regards se tournèrent vers nous, il était évident qu'avec un tel éclat de voix, il nous aurait été difficile de passer inaperçus.

- Pas si fort ! reprochais-je.

- Pardon, mais, ce n'est pas une blague au moins ?

- Je t'avais pourtant juré de tout te raconter, non ?

Et hop, place à l'euphorie qui était tant caractéristique chez elle.

- Wouah, tu vas apprendre la magie ! Et qu'est-ce qu'il va t'apprendre, hein ? Des sorts de soins, pour soigner les gens, ou alors des sorts de défense ? Oh oui, tu pourras protéger le village ! Ou alors un sort comme celui de l'autre jour, où on peut voler au dessus du village, oh, tu m'emmèneras, hein ? Dis, dis, tu m'emmèneras ?

- Calme-toi ! coupais-je. Je te rappelle que je n'ai pas encore commencé, et à part me dire qu'il allait m'enseigner la magie dans quatre jours, il ne m'a rien dit d'autre.

- Dommage…

J'eus juste le droit à quelques secondes de répit.

- Je pourrais venir te voir ?

- Ca ne dépend pas de moi, mais ça m'étonnerait beaucoup que tu puisses.

- Oooh…

- Qu'entends-je ? Blanche-Neige va pratiquer la magie ?

Tiens, ça faisait longtemps que Liwn n'était pas venu m'embêter, ça devait sûrement lui manquer.

- Oui, lui répondis-je bêtement.

Je n'aurais pas dû lui répondre, il n'était pas bon d'entreprendre une conversation avec un individu pareil. Ce dernier resta de marbre quelques instants.

- C'est une véritable catastrophe ! s'exclama-t-il soudain en faisant semblant de trembler comme une feuille. Aux abris, on va tous mourir !

- Quel superbe comédien…

- Je n'ai aucunement l'intention de m'en prendre au village, ni à ses habitants, lui assurais-je.

- On ne sait jamais, me répliqua mon ennemi en arrêtant ses bêtises, il se pourrait que tu change d'avis.

Flora se leva et se planta devant le cancre, ça allait barder.

- Au lieu de raconter des âneries, tu ferais mieux d'aller lire le livre que l'on nous a distribué hier !

Liwn se figea et fixa mon amie, dans tous les cas, il savait très bien que ce n'était pas bon de l'énerver. L'enseignant choisi ce moment précis pour tous nous appeler.

- Je l'ai déjà fini, nous dit l'intrus avant de courir en classe.

Une fois encore, il nous laissa bouche bée, je ne l'avais même pas commencé, moi.

...

...oO0Oo...

...

Contrairement au temps passé avec Maître Exelo, les trois jours me séparant de ma prochaine rencontre avec ce dernier passèrent avec une lenteur innommable. J'avais l'impression que l'enseignant parlait au ralenti, que le peu de trajet que j'avais à faire pour rentrer chez moi s'était rallongé, que le soleil mettait de plus en plus de temps à se coucher et que le sommeil me fuyait. En un mot : horrible. Le pire, je crois, ce fus la fameuse matinée, où je me réveillai assez tôt. Concrètement, je mis une bonne heure pour me laver, m'habiller et déjeuner, en traînant le plus possible, mais même en faisant cela, il ne me restait pas moins de trois heures à attendre. Pour passer le temps, je me mis à faire mes devoirs, que je terminai un quart d'heure plus tard avec une facilité déconcertante. Soupirant, je rangeais mes cahiers et j'attrapais que l'on nous avait donné à lire. J'examinai la couverture : blanche avec tout en haut le nom à rallonge et totalement imprononçable de l'auteur, puis au centre, une tache foncée avec, juste en dessous, le titre « La Tache d'Encre ». Pas très recherché. Ennuyé, je l'ouvris à la première page et je commençais à lire la préface, l'ouvrage n'était pas bien épais, et je le refermai lorsque j'arrivai à la moitié. Il relatait l'histoire d'un jeune garçon qui servait de bouc-émissaire à son école entière, on l'insultait et l'humiliait régulièrement, par des surnoms et des chansons ou en le battant et déchirant ses affaires. Je me suis arrêté au moment où il quittait son village pour aller étudier quelque part, abandonnant ses bourreaux et sa famille. Dès les premières lignes, je m'étais identifié à lui, mais je perdis cette idée au fur et à mesure de ma lecture, nos histoires étaient devenues trop différentes. Je posai le livre sur mon lit, il ne s'était passé que deux heures, il restait au moins une heure avant que je ne parte retrouver le vieux sage.

Je tins un quart d'heure.

Je descendis les escaliers en courant, manquant d'en manquer une au passage, bondit dans mes chaussures et plongeai dans mon châle avant de sortir. Je tentai de marcher tranquillement sur le chemin, en vain. J'arrivai devant chez Maître Exelo essoufflé, certes, mais content d'y être enfin, je posai un pied sur le seuil et la porte s'ouvrit à la volée pour laisser apparaître le vieux sage, muni d'un panier. Il referma derrière lui et se tourna vers moi, tout sourire.

- Tu es en avance, mais ça ne fait rien, suis-moi.

Alors lui aussi était impatient, il me guettait, si j'avais su, je serais venu plus tôt. Je le suivis de près, lui aussi marchait vite, il en avait, de l'énergie à revendre. Nous contournâmes sa maison et nous nous enfonçâmes dans les autres herbes derrière, dans un endroit que je ne connaissais absolument pas. Totalement perdu, je pris soin de rester auprès du sage, de peur qu'il ne s'évanouisse dans la nature, j'entendis les bruits d'eau, j'en déduisis que nous étions passés près de la mare. Après quelques minutes de marche, nous débouchâmes dans une jolie petite clairière, jonchée d'herbes, il y avait de grandes fleurs qui délimitaient ce petit paradis empli de fraicheur, dont une particulièrement haute et colorée d'un rose assez pâle, le sage alla d'ailleurs poser le panier sous cette fleur et il me fit signe d'approcher. Je le rejoignis et je me mis assis à ses côtés, il me sourit.

- Bien, dit-il, avant de commencer, je vais t'expliquer un peu en quoi consiste la magie.

Il s'éclaircit la gorge.

- Ce que je vais t'apprendre tout au long de ton apprentissage touchera à la magie pure, et en aucun cas à la magie noire.

Ca me paraissait évident.

- Mais avant de la pratiquer, il faut savoir se contrôler soi-même, dompter son esprit.

Là, c'était déjà un peu plus dur.

- La magie nous a été confiée par les saintes déesses nommées Din, Nayru et Farore, je suppose qu'il est inutile de te raconter leur légende.

En effet, je la connaissais déjà, je hochais la tête.

- Bon, pour débuter, je vais te faire faire un exercice d'apaisement, cette étape est très importante pour ton apprentissage, apprendre à être calme.

- Mais je le suis, lui fis-je remarquer.

- Pas du tout, me répondit-il, tiens, va t'asseoir là-bas, au milieu.

Je m'exécutai, je me dirigeai vers le centre de la clairière et m'y assis en tailleur, dos au sage.

- Très bien, pose tes mains sur tes genoux, paumes sorties.

J'avais l'impression, non, j'étais ridicule, je priais intérieurement pour que personne d'autre n'arrive et ne me voie ainsi.

- Et maintenant, ferme les yeux et fais le vide dans ton esprit, ça risque d'être assez long et tu ne bougeras pas d'ici tant que ça ne sera pas fini.

Je me retournai et j'acquiesçai avant de me remettre droit et de commencer. Je fermai les yeux, comme demandé, j'inspirai un bon coup et je vidais mon esprit. Ne penser à rien pendant un temps indéterminé semblait facile, enfin, c'est ce que j'avais cru au début, mais je me rendis bien compte que la tâche était beaucoup plus difficile qu'elle n'y paraissait. Je ne voyais peut-être plus, néanmoins, je pouvais sentir et entendre, ce qui compliquait davantage les choses. Une odeur de fleur parvint à mes narines et les chatouilla, menaçant de me faire éternuer, je me retins de justesse et je guettai derrière moi, inquiet, le moindre bruit suspect qui pouvait m'indiquer que le sage s'était aperçu de ma non-concentration, mais rien ne me parut bizarre. Au contraire, j'entendais clairement le bruissement des feuilles et des herbes, ce qui, il y a quelques minutes à peine, m'était égal. Un courant d'air froid s'infiltra sous mon châle et me fis frissonner, un autre sujet à la déconcentration, c'est fou, il y en avait plein et jamais je ne m'en étais jamais soucié. Je restai ainsi un long moment, immobile, essayant de ne penser à rien et d'être calme, reposé, apaisé. Au bout d'un temps que je ne connaissais pas, j'entendis derrière moi le sage manger, je m'aperçus alors que j'étais mort de faim, et mon ventre gargouilla.

- On se concentre Vaati, on se concentre.

C'était facile à dire quand on était bien tranquille derrière à regarder les autres travailler en se délectant d'un bon sandwich. J'ignorais et j'enfouis ma contrariété tout au fond de moi pour continuer l'exercice. Le temps s'écoulait et je ne savais pas combien de minutes, ni même d'heures, s'étaient écoulées depuis que j'avais fermé les yeux et, franchement, je commençais un peu à en avoir marre. Tout à coup, je sentis quelque chose se poser sur mon épaule, je dus faire un effort colossal pour m'empêcher de hurler mais je ne pus pas éviter mon sursaut.

- Désolé de t'avoir fait peur, me dit Maître Exelo, mais ça suffit, nous allons pouvoir commencer.

Soulagé, je me levai et je m'étirai, ça faisait du bien, je suivis le sage vers la fleur rose sous laquelle il s'était installé et, à ma grande surprise, il administra un énorme coup de canne dans la tige claire. La fleur s'épanouie et ses pétales roses se libérèrent, se scindèrent en petites parties et volèrent pour se poser dans la totalité de la clairière.

- C'est une fleur assez spéciale, m'expliqua Maître Exelo en voyant ma tête, ses pétales repoussent en une seule nuit, elle tire son énergie de la lumière de la lune, ne t'inquiète donc pas pour elle.

Il vint à mes côtés.

- Première étape de ton apprentissage, tu vas essayer de faire voler ces petits pétales !

Il avait dit ça comme si ça paraissait évident à faire, moi, personnellement, je ne voyais pas du tout comment m'y prendre.

- Et, euh, comment je suis sensé faire ? demandais-je.

- Regarde.

Maître Exelo leva les mains, je sentis alors le vent se lever et les pétales se soulèvent d'elles-mêmes, enfin, grâce à la magie. Il les fit tourbillonner, vite, de plus en plus vite jusqu'à créer une petite tornade, avant de tout stopper et d'éparpiller les morceaux roses sur toute la clairière, comme la première fois. Il baissa les bras et se retourna vers moi.

- Y croire, c'est aussi simple que ça.

Il me fit un petit signe de tête, pour m'encourager. Je m'avançais de quelques pas et, tout comme le sage, je levai les bras et je fermai les yeux. Là, je souhaitai de tout mon cœur, en me le hurlant en pensée, faire voler ces pétales, qu'elles s'élèvent, qu'elles dansent et virevoltent devant nos yeux. Je sentis une chaleur émaner de mon cœur, et aussi le même vent que lorsque Maître Exelo avait utilisé la magie, je rouvris les yeux pour voir mes efforts ainsi récompensés. Au sol, un pétale tressaillit… et c'est tout. J'en tombai des nues, avoir fait cet exercice d'apaisement pendant tout ce temps en y ayant mis tout son cœur pour, au final, ne pas réussir.

Rageant, très.

Maître Exelo vint à côté de moi.

- Ne t'en fais pas, me dit-il, ce n'est jamais évident lorsque l'on se sert de la magie pour la première fois, réessayons, ça viendra, mais viens manger quelque chose avant.

Nous retournâmes au panier et il me donna mon déjeuner. Je mangeai en silence, lentement et, après avoir avalé ma dernière bouchée et avoir bu un coup, j'allais me rasseoir aussi sec au centre de la clairière pour recommencer mon exercice d'apaisement. Je restai assis en tailleur pendant de longues heures, yeux clos et esprit, immobile à en avoir des fourmis dans tous les membres, avant de réitérer l'expérience. Ce fut la même déception qui me submergea quand je vis que rien ne bougeait, le sage posa sa main sur le sommet de mon crâne et m'ébouriffa les cheveux en me disant qu'à force de travail comme celui que je venais d'accomplir aujourd'hui, je pourrais soulever les pétales dès demain. Un peu consolé, il me raccompagna chez moi et nous prîmes rendez-vous dès le lendemain, même heure, même endroit. Ma soirée se passa sans aucun problème, aucune question ne me fut posée sur ma journée et l'habituelle atmosphère silencieuse et froide régna tout le long du repas. Je me couchais de bonne heure et me réveilla tôt le lendemain, mais contrairement à la journée précédente, je n'attendis pas la fin de la matinée pour rejoindre le sage, j'y allais dès que j'eus avalé mon petit déjeuner. Je retrouvais sans mal la clairière où Maître Exelo m'avait emmené et j'eus la surprise d'y retrouver ce dernier, déjà assis sous la fleur rose, attendant. Tout le long de la journée, je fis trois tentatives pour essayer de faire voler ces pétales, c'est-à-dire trois fois deux heures d'exercice pour m'apaiser et trois essais qui aboutirent à un échec complet. Lorsque la fin de la journée arriva, je n'étais pas plus avancé qu'hier au petit matin, le sage me proposa de revenir le lendemain après l'étude, j'acceptai. Je rentrai chez moi, un peu déprimé, pour m'occuper l'esprit et ne plus penser à ces deux journées perdues, je me mis à lire le reste du livre, où l'évaluation avait justement lieu demain matin. Le jeune héros avait continué et brillé dans ses études, mais une trahison de la part d'une de ses connaissance dans son village natal l'avait poussé à vouloir le détruire. Il y prépara durant de longs mois, mais avait finalement renoncé en se disant qu'il ne voulait pas ressembler à un criminel, il se maria à une fille dont il était tombé amoureux et fonda une famille, une fin typique des belles histoires. Il y avait un message à tirer de cet ouvrage, mais j'étais trop fatigué pour savoir lequel et je m'endormis en redoutant encore une tentative de magie ratée le jour suivant.

Je dis à Flora, surexcitée, que je n'avais pas pu pratiquer la magie car j'avais échoué à chaque fois, elle ne m'en demanda pas plus, jugeant peut-être le sujet trop sensible. Nous commençâmes les cours par le contrôle tant attendu sur « La Tache d'Encre », les questions étaient assez recherchées et j'eus même du mal à répondre à certaines, l'enseignant voulait sûrement tester les capacités de Liwn. Bien sûr, il nous demanda quelle était le message caché dans cette lecture, j'inventai une réponse, comme quoi le fait d'être odieux ne servait à rien car cela ne faisait qu'attiser la haine des autres, et je rendis ma copie. L'adulte nous annonça qu'il y aurait une autre interrogation le jour suivant portant sur les matériaux des fragments du bonheur, il y eut des protestations, mais l'enseignant fit la sourde oreille et revint sur le chapitre commencé trois jours auparavant. Comme pour accentuer ma peur d'échouer avec Maître Exelo, la journée passa très vite et je me retrouvai bien plus tôt que je ne l'avais imaginé dans la clairière à vider mon esprit. Mais cela ne servit à rien puisque j'arrivai encore au même résultat que durant les deux jours de repos, j'étais découragé.

- Ca devient problématique, dit le vieux sage, on va utiliser une autre méthode pour dompter ton esprit, c'est un peu brusque, mais son efficacité est réelle.

Quoi, il allait m'exiler au fond d'une montagne, coupé de tout, pendant une semaine ?

- Mais d'abord, je dois en parler à tes parents, allons chez toi.

A quoi bon leur en parler, ils se fichaient bien de ma vie et de ce j'en faisais.

Ca y est, j'étais énervé, et il en fallait beaucoup pour que je le sois. Je respirai un bon coup et je suivis Maître Exelo, tête baissée, honteux qu'il ait à avoir recours à une autre méthode pour que je puisse utiliser la magie. Quelques minutes plus tard, moi et mon maître, nous nous trouvions dans mon salon.

- Va faire tes devoirs, m'ordonna Maître Exelo, je viendrais te voir dès que j'aurais fini.

J'acquiesçai, je montai dans ma chambre, pris mes affaires – en rangeant un peu ma chambre au passage, pour ne pas donner une mauvaise impression de mon organisation au sage – et m'installa sur mon lit pour faire mes exercices. J'essayai, à certains moments, de tendre l'oreille pour entendre ce qu'ils se disaient en bas, mais j'étais trop loin et, même avec ma bonne ouïe, c'était incompréhensible. Après un quart d'heure, je vis la tête du vieux sage apparaître dans mon champ de vision, il vint vers moi et s'accroupit devant mon lit.

- Bon, commença-t-il, j'ai parlé avec tes parents et ils acceptent.

- Acceptent quoi ? ne pus-je m'empêcher de lâcher.

- Je vais te lancer un sort.

Hein ? Utiliser la magie pour que je puisse l'utiliser ensuite, n'était-ce pas un peu barbare comme méthode ?

- Grâce à lui, tu auras la possibilité de lire les pensées des autres personnes qui sont autour de toi.

Encore mieux…

- Mais, dans ce cas, je violerais l'intimité des gens…

- Ca ne sera que pour deux jours, se justifia-t-il, et puis, tu oublieras vite ce que tu as entendu.

C'était faux, il essayait de me convaincre que je ne violerais rien, mensonge éhonté de sa part. Néanmoins, je savais que je n'avais pas le choix, je soupirai.

- Ton enseignant sera prévenu de la situation, au cas où il y aurait un problème, je reviendrais dans deux jours te le retirer et nous réessayerons. Si jamais cela ne se passait pas bien, viens me voir, j'arrêterais tout.

- D'accord.

Il se releva et posa un doigt sur mon front, un cercle bleuté se forma autour de nous et illumina toute la pièce. Je sentis ma tête être envahie par une chaleur inconnue avant que tout ne s'arrête, le cercle disparu et Maître Exelo retira son doigt en reculant, il s'accroupit de nouveau.

- Bien, dit-il, le sort est actif, maintenant, regarde-moi.

Je m'exécutai.

"M'entends-tu ?"

Je sursautai, ses lèvres n'avaient pas bougé et sa parole avait résonné dans ma tête comme si l'on avait parlé dans une grotte. Il sourit.

- Bien, je vais m'en aller, tâche de bien te reposer, on se voit dans deux jours.

Je l'accompagnai jusqu'à la porte et je le regardai partir, je montai ensuite terminer mes devoirs et je redescendis pour dîner. Le silence fut plus lourd que d'habitude, ce qui m'interpella, y avait-il eu une dispute avec Maître Exelo ? Ma mère tourna la tête vers moi et me fixa.

"Il… Il peut vraiment lire dans les pensées ?"

Ah, la voilà, la raison de cet étrange silence !

- Oui, répondis-je machinalement.

Elle en lâcha sa fourchette, finalement, ça pourrait être intéressant de pouvoir lire les pensées des autres, mais en quoi cela pourrait-il m'aider à être calme ? Je ne savais absolument pas.

Le lendemain, je rejoins Flora avant le début de l'étude.

- Bonjour Flora ! souhaitais-je.

- Bonjour Vaati ! me répondit-elle.

"Tiens, il a meilleur mine qu'hier, peut-être a-t-il réussi à faire voler les pétales, je vais lui demander."

- Dis…

- Non, je n'ai toujours pas réussi, lui répondis-je.

C'était assez spécial, pour moi et pour elle aussi, de répondre à une question qui n'avait même pas été demandé en vrai.

- Ah…

"Wah, il m'a fait peur, je ne lui ai même pas posé la question qu'il y répond déjà, j'avais peut-être une tête qui trahissait mes pensées…"

J'éclatais de rire à sa pensée, elle ne compris pas tout de suite jusqu'à ce que je lui explique le sort que m'avais lancé Maître Exelo. Elle bloqua ses pensées à partir de ce moment et nous rentrâmes à l'étude qui était très bruyante. En passant auprès de mes camarades, j'appris que l'une d'entre elle portait une nouvelle tunique et que personne ne l'avait remarqué, qu'un garçon avait perdu son grand-père il y a quelques jours, que Liwn prévoyait de mettre des cailloux dans les chaussures de son père et que Mahé avait – encore – fait pipi au lit cette nuit. Je m'assis à ma place, et le cours débuta. L'enseignant voulu nous faire faire l'évaluation de suite, mais flot de protestations, tout comme la veille, se déferla sur lui et il décida de mauvaise foi qu'elle serait faite en fin de journée. Il y eut une explosion de joie, et pas seulement dans la salle avec des cris, toutes les pensées de mes camarades hurlèrent leur satisfaction, l'adulte dut lui aussi crier plus fort que ses élèves pour réclamer le calme, avant de nous donner des exercices à faire. Tout le monde se tut mais je pus entendre ce que se disaient mes voisins de classe, qu'ils n'avaient pas envie de les faire, qu'ils ne savaient pas les réponses, qu'ils voulaient rentrer chez eux. Je me mis à travailler, dix minutes plus tard, l'enseignant, qui passait dans les rangs, s'arrêta à côté de mon pupitre et me dévisagea.

"Tu arrives vraiment à entendre ce que je pense ?"

Je levai la tête et je lui fis un grand sourire, il tressauta et continua son chemin, gêné.

"Ne penses pas, ne penses pas, ne penses pas, ne pen… deux minutes, qu'est-ce qu'il fait lui ? Mais…"

- Liwn ! Cesse donc de dessiner et fait tes exercices !

Ce dernier se vit confisqué sa feuille de croquis et dû se mettre à la tâche à contre cœur. Entendre les pensées des autres était assez bizarre et assez amusant en même temps, mais au fur et à mesure que le temps avançait, je pouvais percevoir les pensées des gens qui se trouvaient plus loin, et à la fin de la matinée, j'entendais la totalité de mes camarades. Ca allait encore, les paroles étaient distinctes et cela ne me dérangeait absolument pas, mais cela se gâta après le déjeuner. En effet, les pensées que je pouvais discerner devinrent floues, je cru comprendre enfin le sens de ce sort, me concentrer pour entendre parfaitement les autres, jusqu'à ce que je me rende compte que ce que j'écoutais n'étaient pas seulement les pensées de mes camarades, mais des personnes habitant les maisons environnantes. Les innocentes petites paroles distinctes devinrent tout à coup un brouhaha incessant que je ne pouvais en aucun cas stopper, même en mettant mes mains sur mes oreilles, le bruit était dans ma tête. L'après-midi devint peu à peu infernal, une horrible migraine s'installa à l'intérieur de mon crâne, l'enseignant annonça juste à ce moment précis le début de l'interrogation. Je fus un peu soulagé, j'espérais que cette évaluation m'apporterait un peu de calme vu que tout le monde allait se concentrer dessus, mais cela ne m'aida pas, bien au contraire, le bruit doubla d'intensité. Je ne pus absolument pas me concentrer sur ma copie, je n'arrivais même pas à lire ne serait-ce que deux mots d'affilé, en plein milieu, je lâchais mon crayon et je tins ma tête entre mes mains, je cru qu'elle allait exploser. Je restais ainsi jusqu'à la fin, jusqu'à ce que l'enseignant ne vienne ramasser ma feuille, blanche comme neige.

"Mais, il saigne du nez !"

Je ne l'avais pas remarqué, mais ma table était couverte de sang. Aussi sec, j'attrapai un mouchoir et je l'appliquai sur mon nez, je pris un autre mouchoir pour essayer le sang sur le pupitre. L'adulte fit mine de rien et s'éloigna pour ramasser les autres copies.

"Prévenir Maître Exelo, et vite."

Ce fut l'une des dernières paroles compréhensible que je compris, mes camarades sortirent du l'étude en criant, je restais assis, attendant que tout le monde sorte. Flora vint vers moi, inquiète.

- Vaati, est-ce que ça va ?

"… Tout pâle…"

C'est ce que je compris de sa pensée.

- Ca… Ca va, lui répondis-je.

Pas convaincant du tout, elle me raccompagna chez moi – elle avait sûrement peur que je m'effondre en plein milieu du chemin – et elle repartit tandis que je rentrais dans ma demeure. Je montai immédiatement dans ma chambre et je mis mon oreiller sur ma tête, tentant d'étouffer le bruit environnant, en vain. Je ne fis même pas mes devoirs, je descendis manger pour montrer que je tenais le coup, mais je ne faisais que leur mentir, à eux et à moi, au final, je ne pus rien avaler et je remontai le ventre vide et un mal de crâne encore plus intense. Je me couchai tôt, après avoir encore passé plus de deux heures avec mon oreiller et ma couverture sur la tête, et je fus heureux de constater que le brouhaha diminuait progressivement, sans doute parce que les gens allait se coucher. Je soupirai d'aise et je m'installai confortablement pour dormir.

Quelques heures plus tard, même pas la moitié de la nuit, je me réveillai en sursaut, les mains crispées sur mes tempes : je n'entendais pas seulement les pensées des gens, je pouvais aussi percevoir leurs rêves, ce qui était deux fois plus bruyant, et le pire, c'est que j'arrivais à écouter l'intégralité du village. Je mis mon poing dans la bouche pour m'empêcher de hurler de douleur, il fallait que je trouve un endroit éloigné de toute cette agitation, et il était un peu tard pour aller voir Maître Exelo. En tremblant comme une feuille, je me levai, m'habillai et j'entrepris de descendre les escaliers, mais incapable de tenir correctement sur mes jambes, je chutai dans ces derniers et je m'égratignai le poignet en atterrissant lourdement en bas, en plus de quelques bleus. Sans prendre la peine de savoir si j'avais réveillé mes parents, j'enfilai mes chaussures et mon châle et je sortis dehors, dans la nuit noire et fraiche. J'avançais sur le chemin en titubant, les deux mains tenant ma tête qui était en ébullition, le bruit se faisait de plus en plus grand, et je savais que je n'allais pas le supporter longtemps. Je dépassais la maison de Flora, puis de Liwn, silencieuses, avant de contourner celle du sage et de m'enfoncer dans l'obscurité, là où seule la lune faisait office de lumière pour me guider. Je connaissais à peu près le chemin pour me rendre dans la clairière, j'espérai que ce serait assez loin pour que je n'entende plus ce brouhaha continu, sinon, il faudrait s'enfoncer encore plus. Soudain, ma migraine se fit plus violente, je me pliai en deux et je vomis mon déjeuner au pied d'une herbe, ce fut très désagréable, mais j'eus l'impression que mon mal de tête s'était atténué après cela. Me tenant à tout ce que je rencontrais, je continuai pour, au bout de dix minutes insoutenables, rejoindre le fameux endroit. La grande fleur rose dégageait une étrange lumière de la même couleur qu'elle, mais cela disparut dès que j'eus posé un pied dans la clairière. Je n'en tins pas compte et j'allais m'asseoir au pied de cette fleur, en trébuchant en plein milieu du chemin qui me restait à parcourir et en m'esquintant encore un peu plus mon poignet ainsi que l'une de mes chevilles. Je lâchai un grand soupir de soulagement lorsque mon derrière fut à terre et je me recroquevillai sur moi-même pour avoir moins froid, même si cela m'était égal, et pour masser mes tempes douloureuses. Il subsistait encore quelques pensées floues, mais c'était beaucoup moins bruyant que lorsque j'étais dans le village. Une nouvelle fois soulagé, je me détendis un peu et je mis correctement mon châle qui avait été mal enfilé. Même si le froid m'était égal, cela ne m'empêcha pas de frissonner au coup de vent glacial qui me fouetta le visage. Un pétale rose tomba devant moi et la lumière rosâtre qui entourait la fleur avant que je n'arrive revint et m'enveloppa.

"Ne t'inquiète pas, tout va bien se passer."

Le fait qu'une simple fleur me parle par la pensée ne me frappa même pas, son aura rose dégageait une vive chaleur et la fraicheur de la nuit devint pour moi un souvenir lointain, mais tout disparait lorsque des nuages cachaient la lune, d'où les paroles de Maître Exelo comme quoi elle tirait son énergie de la lune. Je ne dormis pas le reste de la nuit, craignant à chaque seconde le retour du bruit et, par la même occasion, une migraine plus violente, car cette dernière n'avait pas disparue avec le brouhaha. Je perdis la notion du temps et le jour se leva rapidement, je remerciai intérieurement la fleur pour la protection et la chaleur qu'elle m'avait apporté cette nuit avant que l'aura rose ne s'éteigne pour la journée. Je me pelotonnai sur moi-même et je fermai les yeux pour essayer de trouver un peu de sommeil, mais comme il s'avérait que j'étais le favori de la malchance ces derniers jours, le bruit revint soudain à la charge, et pour cause, le village était en train de s'éveiller. Je laissai échapper un gémissement de douleur grâce à mon mal de tête réapparut, et je replaçai une énième fois mes mains sur ma tête. Ce n'était peut-être que mon imagination, mais il me semblait que le bruit se rapprochait de plus en plus de moi.

- Il est là !

Je reconnu la voix de l'enseignant, je ne me posais même pas la question de ce qu'il faisait là, quelques secondes passèrent avant que je ne vois quelque chose de vert barrer mon champ de vision, c'était la couleur de la longue tunique de Maître Exelo. Il y avait donc l'adulte qui faisait l'étude et le vieux sage, mais étant donné l'état dans lequel je me trouvais, j'étais incapable de lever les yeux, ni même de distinguer les pensées de ce qui se disait en vrai.

- Depuis combien de temps est-il là ? demanda l'enseignant.

- Difficile à dire, il n'a pas l'air d'avoir attrapé froid.

Maître Exelo avait répondu à l'adulte, j'en déduisis qu'ils avaient parlé, et non pensé. Néanmoins, les dires et les pensées se mélangeaient tellement que ça en devenait incompréhensible pour une personne comme moi.

"Il a de sacrés cernes sous les yeux ! "

- Il n'a pas dû dormir de la nuit…

"Je n'ose même pas imaginer l'état des parents quand ils se sont aperçus de sa disparition ce matin…"

- Non, il a saigné du nez tu dis ?

- Oui, hier en fin d'après-midi.

"J'ai pourtant correctement lancé mon sort…"

"Il a rendu sa copie blanche, ça ne lui ressemblait pas, moi qui croyait qu'il se lâchait un peu, il semblerait que le problème était autre part."

"Serait-il possible que le sortilège se soit amplifié beaucoup plus vite que d'ordinaire ?"

- J'ai d'abord voulu vous prévenir, mais je me suis dis ensuite que ça ne voulait rien dire.

- Hum, il semblerait que le sort ne fonctionne pas comme je l'avais prévu.

"Ah bah ça, vous y êtes quand même allé un peu fort cette fois-ci, Maître Exelo !"

- Il n'a pas froid ?

- Il est glacé.

"C'est un peu normal, après avoir passé la nuit dehors, c'est même étonnant qu'il ne soit pas déjà malade."

- Je vais lui donner ma veste.

- Excellente idée.

- Pourquoi est-il venu ici ?

- Parce que c'est un endroit calme.

"C'est calme, certes, mais ça n'atténue en rien la douleur, pourquoi n'es-tu pas venu me voir ?"

"Il est vrai que c'est assez éloigné du village."

- Il n'aurait pas été plus simple d'aller vous voir ?

- Si, bien sûr que si, mais je pense que…

- Taisez-vous, suppliai-je dans un souffle en me recroquevillant davantage, taisez-vous, taisez-vous…

Je n'entendis quasiment rien d'eux, je ne les sentis même pas bouger durant quelques secondes.

"C'est alarmant."

"Ca devient urgent, il va craquer, il faut que j'annule le sort, et tout de suite !"

- Attends quelques instants, Vaati, je vais t'enlever tous ces bruits…

Je sentis un doigt se poser sur mon front, puis une douce chaleur envahir mon crâne, ce qui aggrava ma migraine, et tout s'arrêta, je n'entendais plus que le vent et le bruissement des herbes entre elles. C'était fini, mon calvaire avait disparu.

Enfin débarrasser de ma capacité à lire dans les esprits, je choisis ce moment précis pour éclater en sanglots, je hurlai aussi de douleur en m'apercevant brutalement que mon mal de crâne était encore plus intense sans le sortilège avant de plonger dans une demi inconscience, j'étais toujours là, yeux mi-clos, mais je ne pouvais pas bouger.

- Prends-le, Widel, et ramène-le chez lui, moi je vais chercher une potion contre les migraines, il a besoin de beaucoup de repos.

- Il est en piteux état.

- Je sais.

Je sentis quelque chose se poser sur mes épaules, sûrement la veste de l'enseignant, avant d'être soulevé pour atterrir dans les bras de l'adulte.

- Hé, il s'est blessé au poignet !

- Ce ne sont que de simples égratignures, bien heureusement, je ramènerais des compresses aussi, et du désinfectant.

Sur ces paroles, je me sentis transporté, à travers mes yeux à demi ouverts, je voyais les herbes défiler, puis ensuite les maisons, sans pour autant me rendre compte de ce qui m'arrivait. Après quelques minutes où je fus balloté, je sentis la chaleur m'envahir avant que quelqu'un ne se jette sur moi.

- Grand dieu, où était-il ?

C'était la voix de ma mère, elle tremblait et était inquiète. Juste après, je changeai de bras, ce fut sans doute dans les bras de mon père que j'allais, étant donné la fermeté avec laquelle on me tenait.

- Il était dans une petite clairière située près de la mare, recroquevillé sous une grande fleur rose. Apparemment, il n'aurait pas dormi de la nuit et le sortilège que lui avait lancé Maître Exelo aurait pris de trop grandes proportions en peu de temps. Oh, et il semblerait qu'il soit tombé, vu l'état de son poignet.

- C'est donc lui qu'on a entendu cette nuit, souffla mon père.

- Maître Exelo arrive, il est parti chercher des compresses et une potion pour sa migraine, il en a hurlé de douleur, il lui faut du repos.

- Monte-le dans son lit.

- Tout de suite.

Je bougeai à nouveau, j'entendis les pas de mon père dans les escaliers avant qu'il ne rentre dans une autre pièce – ma chambre – et qu'il ne me pose tout doucement dans mon lit en retirant la veste de l'enseignant de mes épaules et en me recouvrant avec ma couverture. Le confort, la chaleur, aucuns bruits, toutes les conditions étaient réunies et je fermai enfin les yeux pour sombrer dans l'inconscience la plus totale.

...

...oO0Oo...

...

Le silence, c'est ce qui m'attendait à mon réveil. J'avais chaud et j'étais confortablement installé dans mon lit, mais même si j'avais eu froid et mal partout, j'appréciais le calme autant qu'on appréciait une gourmandise. Je n'avais plus mal à la tête, un peu sommeil, certes, mais pas de migraines, un véritable bonheur. Je jetai un coup d'œil dehors, étant donné la position du soleil, je su que nous étions en début d'après-midi, plus ou moins. Usant des forces que j'avais récupérées, je me mis assis, une douleur transperça alors mon poignet et je me penchai un peu pour le regarder, il était couvert de bandages, une conséquence de mes chutes. A peine eu-je fini d'examiner les pansements que trois ombres se jetèrent sur moi, deux m'attrapèrent par la taille et une autre par les épaules, je ne pus m'empêcher de lâcher un cri de terreur.

- J'ai cru qu'il allait tomber de son lit, soupira ma mère en se redressant après avoir desserré son étreinte.

- Moi-aussi, rajouta mon père.

- Aie, j'ai été un peu trop vite, se plaignit Maître Exelo.

Mes parents aidèrent le vieux sage à se relever convenablement, il y eut un superbe craquement qui nous fit tous frissonner avant que le vieux Minish ne s'étire.

- Ce n'est pas bon de vieillir, marmonna-t-il.

Il vint vers moi.

- Alors, Vaati, comment te sens-tu ?

C'est drôle, il m'avait posé la même question il n'y avait pas si longtemps que ça. Mes parents s'éclipsèrent soudain, je me retrouvai seul avec Maître Exelo, qui tira mon fauteuil et s'assit dessus avec une grimace. Je me retournai vers lui pour lui répondre.

- Mieux.

- Pourquoi n'es-tu pas venu me voir ?

Il y avait dans sa voix un ton de reproches très prononcé, rien qu'en l'entendant, je savais que l'heure des réprimandes était arrivée.

- Vous dormiez, lui répondis-je.

- Pourquoi n'es-tu pas venu toquer à ma porte ?

Il était en colère, c'était indéniable, et il y tenait à cette question, peut-être n'avais-je pas encore saisi l'ampleur de mon inconscience.

- Mais vous dormiez…

Je n'aimais pas déranger les gens pour qu'ils m'aident, et encore moins en pleine nuit. Il dut le comprendre car il soupira.

- Ca aurait pu être grave, Vaati, me dit-il, très grave. Mais je dois quand même avouer que j'ai une part de responsabilité dans ce qui t'es arrivé, je n'aurais jamais pensé que le sort s'amplifierait de la sorte. Je nous estime déjà heureux que tu n'ais rien et que tu sois réveillé.

- Désolé de vous avoir inquiété.

- Ce n'est pas à moi que tu dois faire des excuses. Ce matin, lorsque j'ai entendu frapper à ma porte, j'ai cru que c'était toi qui était venu me dire quelque chose, mais ce furent tes parents que je vis sur le seuil, les pauvres, ils se rongeaient les ongles et étaient morts d'inquiétude.

Tiens, mes parents, aussi inquiets que cela ? C'était du jamais vu…

- Ta mère, trop inquiète, resta ici si jamais tu rentrerais par toi-même, tandis que ton père et moi retournions le village à ta recherche. Après plus d'une heure, le jour se levait à peine et ta disparition était devenue très alarmante, j'ai été cherché ton enseignant – bien heureusement levé – pour qu'il nous aide et on a continué. C'est Widel qui a eu l'idée de te chercher hors du village, et il avait raison, puisque c'est lui qui t'as trouvé.

Il fallait que j'aille remercier l'enseignant dans ce cas, pour m'avoir trouvé, prêté sa veste et m'avoir porté. Le vieux sage et moi restâmes silencieux quelques instants.

- J'ai beaucoup dormi ? demandais-je.

- Quelques heures, celles qui manquaient pour compléter ta nuit.

Il se leva et remit mon fauteuil en place.

- Tu te sens d'attaque pour une petite promenade ?

Je lui souris.

Un quart d'heure plus tard, nous étions dans la clairière, moi à vider mon esprit et à profiter du silence, et Maître Exelo debout derrière moi, à me surveiller. J'avais été présenté mes excuses à mon père et à ma mère avant de partir, ils ne me grondèrent même pas, ils savaient sûrement que ça ne servait à rien puisque ce n'était pas entièrement ma faute et je n'étais pas prêt de recommencer une telle expérience. Après deux heures d'acharnement, l'heure de vérité avait enfin sonné, le vieux sage alla vers la fleur et lui donna un petit coup de canne, pour ne libérer qu'une partie des pétales.

- Vous savez que vous lui faites mal à cette plante, lui fis-je remarquer.

- Ce n'est qu'une fleur, me répondit-il en haussant les épaules, elle ne sent rien, ce n'est pas comme si c'était une personne vivante.

C'était pourtant cette même fleur qui m'avait parlé et réchauffer la nuit précédente. Je regardai la plante avec tristesse avant que le sage ne me rejoigne, il me fit signe de commencer. Me retournant vers les pétales, je levai les bras et je souhaitai de tout mon cœur que le vent se lève et fasse virevolter les petites choses roses qui étaient à mes pieds. Contrairement à la dernière fois, l'étrange chaleur qui émanait de mon corps se répandit dans tout le thorax, mais ce ne fut pas suffisant, car rien ne bougea. Le sage poussa un long soupir avant de me prendre par le bras et de m'entraîner doucement vers mon foyer. Lorsque j'arrivai chez moi, j'étais dépité, et le vieux Minish encore plus que moi, il me somma une nouvelle fois de monter dans ma chambre et il me conseilla d'aller me reposer. Je montai lentement les escaliers, découragé, mais arrivé en haut, je me dis finalement que l'espoir n'était encore pas perdu, vu la progression de la chaleur, et qu'il fallait continuer. Faisant volte-face, je redescendis les escaliers.

- Je vous avais dit que c'était une mauvaise idée, cet apprentissage, Maître Exelo.

Je m'arrêtai brusquement en plein milieu, je retins mon souffle, en espérant que l'on ne m'ait pas entendu, et j'écoutai la conversation qui se tenait dans le salon.

- Hum, mais au moins, ça valait la peine d'essayer, soupira la voix du sage.

- Oui, vous avez failli le tuer ! incendia ma mère.

- Je pense que ce n'est plus la peine de s'acharner autant, il n'y arrive pas, dommage, il aurait sûrement fait un excellent disciple…

Ces mots eurent sur moi l'effet d'un coup de poignard.

Maître Exelo voulait stopper l'apprentissage, il voulait chercher un autre disciple.

Extrêmement peiné, je remontai en silence dans ma chambre, mais incapable de rester en place, je sautai par la fenêtre et je couru me réfugier dans les hautes herbes. Je fis quasiment le tour du village en courant comme une furie, à l'abri des regards, jusqu'à ce que j'atteigne la maison du vieux sage, jusqu'à ce que cette maudite clairière soit en vue. Essoufflé, je m'arrêtai quelques secondes avant de me diriger vers la fleur rosâtre, dont les pétales qui étaient à terre il y avait une vingtaine de minutes avaient disparus. Respirant un grand coup, je préparai mon pied à l'énorme coup que j'allais administrer à la tige, mais après quelques instants de réflexion, je le reposai à terre et je mis une main sur la plante.

- Je suis incapable de frapper une fleur qui m'a aidée, murmurais-je comme pour la rassurer, je suis désolé, pardon…

Comme si cette dernière avait entendu mon appel, les pétales se déployèrent d'elles-mêmes et allèrent se poser au sol. Je fus ébahis, Maître Exelo n'arrêtait pas de donner des coups à cette plante pour qu'elle libère ses pétales, alors que si on lui demandait, elle le faisait toute seule. Il fallait que je lui dise.

Je criai un grand merci avant de me précipiter vers les petits bouts roses et de lever les bras, en quête de réussite. La chaleur ne s'étendait pas plus loin que mon thorax, et je restai plus d'une demi-heure les bras en l'air avant de m'effondrer à genoux, je sentis mes yeux me piquer avant que je n'abatte mon poing par terre.

- Allez, suppliais-je, allez, volez, s'il vous plait, volez…

Mais rien à faire, je n'arrivais pas à bouger quoi que ce soit, même pas un petit coup de vent, rien. Je fondis en larmes, si j'échouais maintenant, je savais que j'allais échouer le reste de ma vie, et je me sentais si impuissant face à ça. Je me décevais moi-même, moi qui avais cru que faire de la magie allait être amusant et très intéressant, il s'avérait que cela avait failli me tuer et que ça prenait un certain plaisir à me voir souffrir. L'étincelle d'espoir qui me restait quand j'étais arrivé ici s'envola, il ne subsistait que le néant qui engloutissait progressivement mon esprit et qui aurait bientôt raison de moi. On m'avait accordé une confiance, celle de celui qui, je le croyais, allait devenir mon maître, on m'avait encouragé et même fait preuve de patience, mais j'avais déçu, Maître Exelo allait maintenant chercher un autre disciple qui serait plus compétent, et moi, j'allais retourner dans ce monde si froid. Sans l'apprentissage, mes parents allaient redevenir distants, l'inquiétude n'aurait plus lieu d'être et l'indifférence reprendrait la place qui le fuyait depuis quelques temps, l'enseignant continuerait d'être odieux, et les moqueries tomberont aussi souvent que mes larmes. J'allais retourner dans cette vie qui était similaire à un enfer pour moi, et ça, je ne voulais pas.

Absolument pas.

La peine ressentit à ce moment précis devint une force, la chaleur qui émanait de mon cœur doubla d'intensité, elle envahit mon thorax et s'engouffra dans mes bras. Je regardai ces derniers que je sentais se métamorphoser, il y eut un petit choc électrique, avant que la température de chaque bras, chaque muscle, chaque cellule, n'augmente, cela atteint mes mains et parcouru chacun de mes doigt jusqu'à sortir au bout de ceux-ci. Comprenant cette sensation qui régnait maintenant en moi, je me mis debout sur mes deux jambes et j'élevai les bras. Le vent se leva et tous les pétales qui se trouvaient à terre vinrent danser devant mes yeux, formant un véritable ballet où l'invité d'honneur n'était autre que moi. Dans ce tourbillon rosâtre au centre duquel je me trouvais, je me mis à rire, je faisais de la magie, j'y étais arrivé, Maître Exelo n'avait pas besoin de chercher quelqu'un autre, non, il m'avait moi.

La vie pouvait enfin débuter.

Plus loin, derrière un arbre se tenait un vieux Minish, appuyé sur une canne, vêtit d'une longue tunique verte et à la longue barbe. Il sourit en me voyant.

- Et bien tu vois, quand on y croit…

Je couru chez moi, après m'être exercé un peu, chercher Maître Exelo pour lui montrer, il me félicita et posa notre prochain rendez-vous, en m'affirmant que j'étais officiellement devenu son disciple et lui mon maître. Ma mère l'invita à dîner le soir et il accepta, la soirée fut teintée de rires et de joie de vivre, je m'endormis sur la table et ce fut mon père qui me coucha. Le lendemain, j'allais remercier l'enseignant directement chez lui avant l'étude pour ce qu'il avait fait pour moi, il me répondit qu'il n'y avait vraiment pas de quoi le remercier avant de me congédier pour qu'il finisse de se préparer. Flora fut plus qu'heureuse pour moi, elle me serra dans ses bras et commença à sauter partout pour montrer comme quoi elle était contente, nous rîmes ensemble avant de rentrer à l'étude, où l'enseignant nous rendait nos devoirs de lecture fait quelques jours plus tôt.

Et c'est Liwn qui eut la meilleure note.


Et hop, un chapitre de plus !

A plus pour le sixième !