Hum.

Titre : La Sombre Vie d'un Démon

Auteur : Krystal-Sama

Rating : K

Disclaimer : HUM.

Note : Euh, je vais m'abstenir en fait. Histoire de ne pas me faire tuer.


Chapitre 7 : La Montée

Mes pouvoirs étaient vraiment impressionnants.

Non seulement j'avais réussi à lancer à mon Maître une malédiction permanente, un sort de haut niveau que j'aurais été bien incapable de composer avant, mais j'étais également parvenu à me téléporter. Même Exelo ne savait pas faire cela. Voler le chapeau à vœux, sur le coup, m'avait paru si facile, ce qui avait d'ailleurs été le cas. Si seulement j'avais un peu plus préparé mon évasion… J'aurais pu au moins attendre la fin de cet orage.

Recroquevillé sous une racine noueuse d'un arbre plus qu'imposant, je regardai d'un œil absent la pluie s'abattre sur le sol, perdu dans mes pensées.

Et maintenant ? Que devais-je faire ? Où devais-je aller ? Je me traitai moi-même d'imbécile pour avoir agi sous le coup d'une telle impulsion. Le tonnerre retentit, je sursautai brusquement avant de m'apaiser et de me pincer l'arête du nez. La nuit tombait seulement, et le temps n'avait pas l'air de vouloir se calmer. Je soupirai bruyamment, impossible d'avancer avec une météo pareille, sauf si je voulais tomber malade. La seule solution qui se présentait alors à moi, à mon grand dam, n'était qu'autre que l'attente. M'y préparant, je ramenai mes jambes contre ma poitrine et je posai mon menton sur mes genoux, guettant avec peu d'espoir une légère amélioration. Tuant le temps comme je le pouvais, je me mis à réfléchir quant à l'organisation de ma journée de demain. En premier lieu, trouver une souche d'arbre qui serait susceptible de faire la transition entre le monde des Minish et celui des Hyliens. J'y réciterais la formule adéquate que j'avais apprise du bout des doigts pour que je grandisse et entre dans cette dimension parallèle à celle où j'avais vécu. Ensuite, j'irai à la rencontre de ces elfes et je tenterais par tous les moyens de localiser le coffre scellé par cette maudite épée. Il était dit dans la légende que, nous Minish, avions donné au héros des Hyliens la Force accompagnée d'une épée forgée par les forgerons du mont Gonggle, une arme purificatrice qui eu raison des ténèbres s'étalant peu à peu sur la contrée d'Hyrule. L'intégralité des monstres vaincus fut enfermée dans un unique coffre en or massif avec pour sceau l'épée elle-même. Après de longues heures à réfléchir cette dernière semaine, j'en étais arrivé à la conclusion que la Force devait se trouver dans cette boîte. Autrement dit, si jamais je venais à briser le sceau, les monstres se libéreront et envahiront le pays comme il l'avait fait auparavant. A cette pensée, j'haussai les épaules. Tant pis, les Hyliens se débrouilleront avec.

Un nouvel éclair déchira le ciel. Je levai la tête et m'aperçus que la nuit s'était déjà installée, l'obscurité régnant en maître. Tandis que j'écoutais le bruit que la pluie faisait, je me demandais ce qu'ils pouvaient bien faire au village, s'ils étaient au courant de ma fuite, s'ils s'organisaient pour me retrouver ou s'ils passaient leur chemin en ricanant. Cette dernière option me semblait la plus plausible.

Dépliant mes jambes engourdies, je m'étirai précautionneusement, soudain pris de fatigue. Je jetai un coup d'œil à mon abri, enfin, j'essayai, je ne voyais franchement pas grand-chose. Pour y remédier, je levai mon bras. Je n'eus pas besoin de faire quelque chose que de petites sphères lumineuses s'échappèrent du bout de mes doigts et s'éparpillèrent un peu partout sous la racine. Le sol était tapi de terre légèrement humidifiée, collante, la seule partie sèche étant celle où j'étais assis. Doucement, je m'accroupis et je passai longuement ma main au dessus du sol. Petit à petit, un tapis de mousse fit son apparition, remplaçant la terre. Ma besogne une fois terminée avec une facilité déconcertante, je m'installai dessus et m'y allongeai en baillant. C'est que tous ces événements m'avaient vidé.

Un courant d'air froid balaya le sol, je frissonnai. J'avais sur moi une longue cape, apparue juste après que le chapeau m'eut transformé, je m'enroulai dedans et je me couchai sur mon lit improvisé en regardant au dehors. Bercé par le bruit de la pluie qui tombe, je m'endormis finalement, les petites sphères s'évanouissant une après une après que j'eus sombré.

…[…]…

Le soleil se levait à peine, projetant timidement ses rayons orangés sur mon visage. Il régnait autour de moi un calme incroyable, seul le vent sifflait légèrement à mes oreilles et l'odeur de la rosée flottait dans l'air. Je m'éveillai doucement, ayant tout particulièrement bien dormi bien que les conditions soient assez médiocres. Lentement, je me mis assis et commençai à m'étirer avant de bailler longuement. Mes yeux papillonnèrent vers le ciel d'un bleu éclatant, ce qui m'arracha un long sourire. Aujourd'hui allait être une longue journée.

Je me mis debout et je m'avançai hors de mon abri de fortune. Le sol était un peu boueux et les herbes étaient courbées sous le poids des gouttes d'eau qui pendaient à leur extrémité. Rien de bien grave pour entraver mes plans. Je me dirigeai vers une immense flaque d'eau et contemplait mon reflet dans celle-ci. L'image que l'eau me renvoyait fut frappante : outre le chapeau qui ornait maintenant ma tête, mes cheveux, qui étaient encore hier à la hauteur de mes épaules, chutaient jusqu'au milieu de mon dos et j'avais l'impression que leur couleur violacée s'était accentuée, comme pour bien souligner ma peau albâtre. Ma cicatrice, qui avait guérie entretemps, avait virée au noir et mes yeux, avant en amande, s'étaient invraisemblablement étirés comme pour cacher le plus possible mes yeux carmin. Niveau vestimentaire, j'avais troqué ma longue tunique contre une plus courte et de couleur violette qui tombait sur un pantacourt de toile rouge sang. Je portais des bottes de cuir de même couleur que le bas et une cape bleu marine agrafé par une broche dorée et ronde sur le côté. Accroché à ma ceinture couleur or, je pouvais nettement sentir un poignard appuyer contre ma jambe droite.

Je laissai échapper un petit rire. Je comprenais pourquoi Maître Exelo avait été aussi surpris de me voir après, il fallait dire qu'il y avait beaucoup de changement. Après m'être aspergé d'eau et débarbouillé un minimum, je me mis en quête d'une quelconque nourriture qui puisse calmer mon estomac qui réclamait sa pitance. Je tombai par hasard sur quelques mûres et framboises sauvages que je dévorai avec avidité avant de me mettre en route. Je m'aventurai dans les hautes herbes et je me mis à chercher cette fameuse souche. Au bout d'une heure de marche et de recherches infructueuses, je vis enfin mon objectif se dresser au loin devant moi. Un peu fatigué, je fis une petite pause avant de m'attaquer à ma tâche. Inspirant un bon coup, je m'engouffrai à l'intérieur de la souche et j'y progressai lentement, guettant le signe qui me dirait de m'arrêter pour exécuter mon sort. Au bout de longues minutes, je remarquai, en plein milieu du couloir, une autre entrée qui débouchait dans une cavité où trônaient trois énormes champignons. Tout près se trouvait une pierre blanchâtre. Je me dirigeai vers cette dernière et me plantai devant. Je me mis alors à réciter de tête la formule qui me permettrait de passer dans l'autre monde. L'incantation était dans une ancienne langue, aussi, je ne compris pas un mot de ce que je dis. Des signes bleutés se mirent soudain à tournoyer autour de mon corps dès que j'eus fini. Content que cela ait marché, j'allais vers les champignons. Après quelques minutes d'attente, je fus capable de grimper sur le premier. Puis le deuxième et enfin, le dernier. J'arrivai à attraper le bord de la large ouverture en haut, et je me hissai au dehors. Je patientai encore quelques instants, le temps que le processus ne se termine. Enfin, lentement, je descendis de la souche et s'observai autour de moi.

Je ne reconnaissais rien, tout était si nouveau, même la brise qui me caressait le visage me semblait différente. Je baissai la tête et regardai mes pieds. Les herbes, qui faisaient il y a encore trois fois ma taille, ne m'arrivaient même pas à la cheville. Pourtant, je me sentais comme avant. Je me retournai et fixai la souche de laquelle j'étais descendu. Tout comme la pelouse, j'aurais très bien pu l'escalader un peu avant au lieu de monter dessus d'une seule enjambée. C'était tout bonnement incroyable.

Laissant de côté mon émerveillement, je me mis en marche dans une direction au hasard. Il fallait dire que je ne connaissais pas du tout l'endroit. En progressant, je me mis à observer mon environnement. Il était magnifique : je voyais maintenant les arbres en entiers, ma vue ne s'arrêtant plus à leurs racines, je cueillais de petites fleurs qui me dépassaient avant et j'avais l'impression que le soleil était plus proche. A chaque fois que je voyais quelque chose de nouveau, je m'arrêtai pour la regarder attentivement, tout comme un scarabée qui normalement tirait des chariots et que je pouvais aujourd'hui écraser d'une simple pichenette.

Je rejoins finalement une route. Plus loin, j'aperçus deux pancartes : l'une indiquait le cœur de la forêt dans laquelle je me trouvais, Tyloria, et d'où je venais très certainement, et l'autre montrait le chemin à suivre pour aller à la citadelle d'Hyrule. Je suivis la deuxième et m'engageai sur le chemin de terre qui me menait à destination. Après vingt minutes de marche, le feuillage des arbres se fit moins dense et la luminosité augmenta sensiblement. J'arrivai à la lisière de la forêt un peu plus tard : devant moi s'étendait une vaste plaine verdoyante. Au loin, en face, se dressait fièrement un château. Je souris, la Force était tout près.

Ne voulant pas perdre de temps – et ayant aussi, j'avoue, très envie de manipuler mes nouveaux pouvoirs –, je décidai de me téléporter. Après m'être suffisamment concentré, je fus projeté sur une immense route, qui faisait sûrement suite à la plaine, assez près de la citadelle. A peine une demi-lieue. De bonne humeur, je me mis en marche. Je dépassai une maison un peu à l'écart que j'ignorais avant d'apercevoir enfin la voûte d'entrée de mon objectif, d'où s'échappait une mélodie entraînante.

Obnubilé par l'arche de pierre immense, je rentrai dans la ville sans me poser de questions. En sens inverse et en grommelant, passa un jeune garçon blond aux habits verts.

C'était incroyable. J'en restai bouche-bée : ce qui m'étonna d'abord fut de voir une maison faite entièrement de pierre. Moi qui avais vécu toute ma vie dans une chaussure, cela était très étrange pour moi. Ensuite, ce fut le monde qui me surprit, je n'en avais jamais vu autant d'un seul coup, il fallait aussi dire qu'on n'était pas aussi nombreux au village. Enfin, ce qui m'émerveilla le plus, ce fut les couleurs. Il y avait de tout pour l'événement de l'année : des banderoles multicolores étaient accrochées en hauteurs et pendaient dans le vide, des affiches tapissaient les murs tandis que des confettis recouvraient le sol. Difficile de déterminer la véritable couleur des dalles.

Fasciné par un tel spectacle, planté en plein milieu du pavé, je ne vis pas une jeune fille, de mon âge approximativement, s'approcher de moi. Elle me secoua doucement le bras. Je sortis de ma rêverie et me tournai vers elle.

- Je peux vous aider ? me demanda-t-elle.

Les cheveux mi-longs bruns et de grands yeux verts, elle pencha la tête sur le côté, interrogatrice, en voyant que je ne lui répondais pas. Je restai figé, c'était la première fois que j'interagissais avec une Hylienne, une vraie. Je sentais monter en moi un grand sentiment de fierté, je n'aurais jamais pu en avoir l'occasion si j'étais resté avec ce vieux débris d'Exelo. Je me demandais d'ailleurs ce qu'il pouvait bien faire en ce moment-même.

- Vous êtes un voyageur ? questionna soudain la jeune fille.

Je sursautai et reportai mon attention sur mon interlocutrice. J'ouvris la bouche plusieurs fois sans qu'un son ne parvienne à sortir, avant de finalement réussir à répondre.

- Oui, je suis un voyageur itinérant, mentis-je avec une aisance qui me surprit.

- Vraiment ? D'où venez-vous ?

Ah, elle commençait fort. J'eus quelques secondes d'hésitation, histoire de bien trouver un mensonge qui tienne la route.

- D'assez loin, en réalité… J'arrive d'un petit village assez… sylvestre.

- Et c'est votre première visite à Hyrule ?

- Oui…

J'affichai un petit sourire timide, parler à une étrangère, et de surplus à une Hylienne, m'intimidait plus que je ne l'aurais cru. La jeune fille en rit.

- J'ai entendu dire qu'un festival avait lieu aujourd'hui, renchéris-je, alors je suis venu voir.

- Effectivement, c'est le festival des Minishs, vous connaissez la légende ?

Je ne pus m'empêcher de lâcher un petit rire nerveux.

- On me l'a raconté.

- Superbe ! s'écria-t-elle d'un coup. Ca ne dure qu'une seule journée, mais il y a tant de choses à voir ! D'ailleurs, vous avez faim ?

Je voulus répondre non, pressé de commencer mes recherches et d'explorer la citadelle, mais mon estomac préféra donner sa réponse avant moi. Je me mis à rougir, gêné, alors que mon ventre grondait, tandis que la jeune fille devant moi ne pouvait s'empêcher de rire.

- Vous avez de la chance, ils distribuent des boissons pour les voyageurs, plus loin. Venez, moi, c'est Aélis !

Pas moins de deux minutes plus tard, j'étais assis autour d'une petite table ronde avec Aélis, et, devant moi, thé et petite brioche. Je regardais cette dernière avec suspicion, n'ayant encore jamais goûté de nourriture Hylienne, avant de lever le regard vers mon interlocutrice, qui me fixait de façon curieuse.

- Tu as dû voir beaucoup de choses en voyageant, commença-t-elle.

J'acquiesçai lentement. Fini les formules de politesse, elle devait sûrement considérer qu'on s'était côtoyés assez longtemps pour me tutoyer. Elle prit un air rêveur.

- Ce doit être bien, ajouta-t-elle. Aller visiter d'autres contrées, rencontrer de nouvelles personnes, j'aimerais voyager moi aussi.

- Ce n'est pas aussi simple que ça en a l'air, la coupai-je soudain.

- Pourquoi cela ?

Je pris une minute pour réfléchir. Oui, pourquoi ?

- Eh bien, il y a pleins de choses à prendre en compte, inventai-je. Tu es assez jeune, il ne faut pas que tu partes comme ça. Il faut que tu saches si tu es capable de te débrouiller seule, si personne ici ne te manquera le temps que tu seras partie, que tu n'oublies rien. Et puis, il y a des personnes mal intentionnées qui peuvent te dépouiller et, pire, te tuer.

Elle afficha une expression horrifiée. Je l'avais dégoûtée, et bizarrement, cela me ravit plus qu'autre chose. Décidément, cette journée s'annonçait radieuse.

Je mangeai finalement ma brioche – qui fut délicieuse – et finit mon chocolat. Alors que je me levai la jeune fille laissa échapper un petit cri.

- Quelle malpolie je fais ! Je ne t'ai pas demandé ton nom !

- … Vaati.

- Enchantée Vaati !

Je souris. Elle n'allait pas oublier mon nom de sitôt.

A peine avons-nous quitté la table, elle insista pour me faire visiter. Je ne pus rien dire qu'elle m'attrapait déjà la main pour m'entraîner dans la foule. Je protestai, mais voyant qu'elle ignorait superbement ce que je lui disais, je la laissai me conduire. Après tout, qu'avais-je à perdre.

Aélis me promena dans la citadelle une heure durant. Elle me montra les différents stands installés pour l'occasion, de jeux ou de nourriture, me fit même jouer à quelques un, avant de me présenter deux trois monuments qui faisaient la fierté d'Hyrule. Le premier fut la fontaine construite au beau milieu de la place principale, avec en son centre une sculpture des trois déesses divines. Le deuxième fut la statue de l'actuelle princesse d'Hyrule, Zelda, ornée de fleurs de toutes sortes à ses pieds. Et pour finir, la jeune brune me conduisit sur le toit d'une immense et vieille maison où trônait une cloche assez spéciale. Il y avait une file d'attente où une dizaine de personnes patientaient. Nous nous y engageâmes et nous y prîmes place. Je ne pus m'empêcher d'afficher un air sceptique.

- La Cloche de l'Espoir ? répétais-je lentement.

- Oui, on dit que faire sonner cette cloche porte chance, et qu'à chaque tintement, elle nous attire les faveurs des déesses.

Nous avançâmes de quelques pas.

- Pour une simple cloche ? m'étonnais-je.

- Elle nous aurait été offerte par Nayru elle-même, tu n'as jamais entendu cette histoire ?

Je secouai la tête. Je m'étais juste contenté d'éplucher les légendes ayant un rapport avec les Minishs, j'avoue avoir laissé de côté toutes les autres.

- On raconte qu'il y a quelques siècles, la famine ravageait Hyrule, en proie à de telles chaleurs qu'une personne, trop exposée au soleil, mourait de chaud en peu de temps. L'eau manquait terriblement, les lacs et les rivières s'asséchant jusqu'à ne ressembler qu'à de vulgaires flaques. Le ciel, quant à lui, restait désespérément bleu, dénué d'un quelconque nuage qui puisse donner quelques gouttes de pluie. Petit à petit, la population dépérissait. Le Roi d'Hyrule, inquiet pour son peuple, se rendit au célèbre Temple du Temps et y pria trois jours de suite, sans s'arrêter une seule seconde. A l'aube du quatrième jour, il s'effondra, assoiffé et désespéré, son royaume continuant à mourir. Aux portes de la mort, il fit une dernière prière. C'est alors que la déesse de la Sagesse, Nayru, touchée de l'amour que portait le souverain à son peuple et des plaies qui s'abattaient sur le pays, apparut dans le temple. Elle donna au roi une coupe d'eau pour qu'il puisse se désaltérer et lui fit don d'une cloche, en lui ordonnant de spécialement construire une maison pour la placer sur le toit. Il s'exécuta, en faisant faire la construction la nuit, beaucoup plus fraîche que la journée. Une fois terminée, le peuple se rassembla tout autour. Sur le toit, priant une ultime fois, le souverain sonna la cloche. Aussitôt, le ciel s'obscurcit et il plut à torrent une journée durant. Les lacs et les rivières retrouvèrent leur niveau habituel et les récoltes reprirent vie. Depuis ce jour, on vient régulièrement faire sonner cette cloche pour que cela ne se reproduise plus.

Je restai silencieux, doutant légèrement de la véracité de ses propos. En quoi une cloche pouvait-elle sauver tout un peuple ? Nous arrivâmes devant cette dernière, décorée par de petits motifs et des liserés bleus. Sous les encouragements de mon guide, je m'emparai de la corde qui était attachée au battant et je tirai dessus, frappant le corps de la cloche qui émit un son aigu. Aélis me sourit et, attrapant une nouvelle fois mon bras, m'entraîna hors du bâtiment. Alors que la jeune fille m'énonçait encore un nombre impossible d'endroit à visiter, une affiche placardée sur un mur attira soudain mon attention.

- Qu'est-ce que c'est ? demandais-je en tirant sur mon bras.

La brune s'arrêta et regarda ce que je désignai du menton.

- Ah, le tournoi ?

- Un tournoi ?

- Oui, chaque année, un tournoi est organisé au château pour déterminer quel est le meilleur combattant d'Hyrule. En récompense, le gagnant reçoit une épée faite spécialement par le forgeron attitré de la famille royale et peut également approcher le coffre sacré.

Je détournai mon regard de l'affiche et je le plantai dans les yeux de mon interlocutrice. Avais-je bien entendu ?

- Le coffre sacré ? Celui de la légende ?

- Oui, celui où sont enfermés tous les monstres.

Un imperceptible sourire fleurit sur mon visage. Je l'avais trouvé ! Ce coffre qui renfermait la Force que je cherchais tant, je l'avais enfin localisé ! Je reportai mon attention sur l'annonce au mur.

- Vous voulez participer ?

Je fis volte-face vers l'Hylienne, elle était très perspicace. Ou bien, étais-je aussi expressif que cela ?

- Oui, répondis-je après une petite hésitation, ce serait un honneur d'affronter les meilleurs d'Hyrule.

- Dépêchons-nous alors ! Les inscriptions vont bientôt être terminées !

Encore une fois, elle me traîna à travers la ville. Nous zigzagâmes à travers la foule pour finalement entrer dans une petite maison en bois, où était installé au fond derrière un bureau de fortune un vieillard qui mâchait lentement une brindille. Il était avachi sur sa chaise, attendant patiemment quelque chose les yeux fixés sur un tas de feuilles devant lui, ses cheveux poivre et sel attachés en une vulgaire queue de cheval derrière sa tête.

- Oncle Alfy ! Ce jeune homme veut participer au tournoi !

Je me figeai soudain : oncle ? Le vieux, lui, leva ses yeux verts dans ma direction avant de se redresser et de sourire.

- Il était temps ! s'exclama-t-il avec une voix bourrue mais enjouée. J'allais clôturer les inscriptions !

Il me lorgna quelques instants, tout en me jaugeant du regard, en s'arrêtant sur mes habits et ma cicatrice. Pas mes yeux. Ce qui me surprit le plus, je pensais qu'en arrivant ici, j'allais avoir des problèmes avec la couleur de mes pupilles, mais il semblerait que ce soit courant par ici.

- Ça fait plaisir de voir que des étrangers viennent s'inscrire ici, dit-il en prenant une feuille posée non loin. Approche, mon garçon.

Avec une certaine prudence, j'allais vers le bureau et me plantai devant lui alors que l'homme finissait de tailler un crayon de bois.

- Alors, souffla-t-il, ton nom, s'il-te-plaît.

- Vaati, répondis-je.

- Vaa… ti, épela-t-il. Âge.

- Seize ans.

- Des problèmes de santé, de vue ? Incapacité ?

- Pas que je sache.

- Aptitudes au combat ?

Il me dévisagea une nouvelle fois.

- Plutôt agile, je dirais, tu as une arme sur toi ?

- Un poignard.

- Ça suffira. Inscription terminée. Un petit tampon, là, voilà. Des questions ?

- L'usage de la magie est-elle autorisée ?

- Tout est permis.

- C'est parfait.

Il me tendit la feuille qu'il venait de signer.

- Rends-toi sans tarder à l'arène. Tu sors d'ici, tu vas à gauche et c'est tout droit, dans les jardins du château. Etant donné que tu es jeune, tu n'as pas à payer de frais d'inscriptions.

J'eus une seconde d'absence à ses paroles. Quand je m'aperçus que l'Hylien me dévisageait, je souris.

- Merci.

- De rien. Bonne chance à toi, p'tit gars.

Je les remerciai une nouvelle fois avant de sortir, la jeune fille me faisant un petit signe de main et le vieillard alla s'adosser sur sa chaise en soupirant longuement. J'inspirai un grand coup et m'éloignai, avant de m'arrêter après quelques pas.

Sans le vouloir, le vieux avait soulevé un problème, trouvé une faille dans mon plan si parfait : l'argent. Comment avais-je pu oublier une chose aussi importante ? Il fallait que j'y remédie, et vite. Il n'y avait pas de boutique dans le village Sylvestre, je n'avais jamais vraiment manipulé de l'argent, n'ayant rien à acheter. Aujourd'hui, dans ce monde, je remarquai que, sans cela, je n'irais pas bien loin. Je cherchai rapidement des yeux un moyen d'en avoir facilement. Malheureusement, ce n'était pas aussi simple. Pour en avoir, il fallait travailler, et mon temps était compté. Il me restait alors une seule solution : en voler. Je frissonnai à cette idée, ce serait mon deuxième vol, mais cette fois-ci, j'opérerais en plein jour. Ca différait beaucoup du premier, où j'étais seul dans la pièce. Jugeant cette idée comme la meilleure, je balayai la foule du regard.

Après de longues minutes à rester immobile, je suivis finalement un homme qui s'engageait dans une petite ruelle entre deux maisons. Discrètement, je m'assurai qu'il n'y avait personne aux alentours qui puisse me voir avant de silencieusement fondre sur le malheureux qui sifflotait innocemment. Il n'eut pas le temps de crier, ni même de comprendre qu'on l'attaquait qu'il recevait une puissante décharge électrique. L'Hylien s'effondra à terre comme une vraie masse, inconscient, alors que je fixai, sidéré, mes deux mains. Il avait fallu seulement que je souhaite assommer cet homme par magie, et ça s'était produit. Ça avait été si facile, comme si j'avais fais ça toute ma vie. Reprenant mes esprits, je m'agenouillai et je fouillai minutieusement ma victime pour sortir après quelques secondes une petite bourse en cuir bleu où s'entassaient une multitude de rubis verts, bleus et rouges. Malgré ma maigre connaissance sur la monnaie Hylienne, je savais quand même que j'avais déniché une somme assez coquette, bien assez pour le moment.

Je sortis rapidement de la ruelle, en prenant un air le plus innocent possible, et je me dirigeai vers un stand pour m'acheter quelque chose à manger. Je m'approchai de ce dernier d'un pas lent, regardant avec attention ce qu'il vendait. Je me sentais tout excité, avec ma petite cagnotte en main, c'était la première fois une j'allais acheter quelque chose, de surplus dans le monde des Hyliens. Le vendeur, bien enrobé, au double menton et habillé tout de blanc avec une toque posée sur sa tête, criait ses offres pour rameuter la foule. Il leva vers moi deux yeux rehaussés d'imposants sourcils, avant de me faire un grand sourire qui découvrit une dentition carrée.

- Une petite faim, jeune homme ? me demanda-t-il d'une voix forte.

Je fus une nouvelle fois surpris du fait que mes yeux ne l'effrayaient pas. Je parcouru du regard son étalage : une multitude de croissants, des parts de tarte et bien d'autre pâtisserie que je découvrais en même temps que ce monde. Je devinai l'homme boulanger.

- Ne te prive pas ! continua l'Hylien. Il y a du choix !

Il roulait les « r ». Au bout de quelques instants d'hésitation, j'optai pour un petit pain au raisin. Le vendeur s'empressa de l'emballer dans une serviette en papier.

- Trois rubis, je te prie.

J'ouvris ma nouvelle bourse. Je fouillai dedans et en sorti trois rubis de couleur verte que je tendis au gros. Il me les échangea contre mon achat.

- Bon festival à toi ! me souhaita-t-il avec un grand sourire.

Je le remerciai timidement et m'en allait à pas rapides.

Mon premier achat… Et quelle facilité pour communiquer avec les Hyliens ! Moi qui pensais que j'aurais plus de mal que ça à m'exprimer aisément avec eux, je venais d'être agréablement surpris. Même si j'étais facilement impressionné en leur présence, et même si le premier contact que j'avais eu avec Aélis avait été forcé.

Transi de faim, malgré mon récent thé, je mangeai le petit pain au raisin avec un plaisir insoupçonné, je fus même tenté d'aller en rechercher un autre tellement c'était délicieux. Mais trouvant cela assez déraisonnable, de dépenser le seul argent que j'avais, je renonçai à cette idée et me mis en route vers le château.

Les gardes me laissèrent entrer sans problème, c'est à peine s'ils me regardèrent lorsque je traversai la grande porte. L'un deux, qui revenait sans doute d'une ronde effectué dans les jardins alentours, m'aborda. Je lui demandai où se trouvait l'arène où avait lieu le fameux tournoi. Après avoir vu son visage afficher progressivement une expression sceptique, il accepta de m'y conduire avec un grand sourire. Nous traversâmes des dédales de routes et de petits chemins qui ne cessaient de se croiser dans tous les sens inimaginables, avant que n'apparaisse enfin une immense structure de bois construite récemment, et ce pour l'occasion. Le soldat me souhaita bonne chance en m'abandonnant devant et partit en réajustant son armure qui, à mon goût, semblait assez lourde. Légèrement dépassé par ce qui m'entourait, je pris une grande inspiration et je m'engouffrai dans l'entrée qui se trouvait non loin.

Il y avait là une petite trentaine de personnes qui patientaient. Si je n'avais pas eu d'objectif à atteindre, soit le coffre et, au final, la Force, je serais déjà parti en courant : je distinguai clairement dans la foule des montagnes de muscles et des gens armés jusqu'aux dents. Je jetai un coup d'œil à mon petit poignard discrètement accroché à ma ceinture avant de déglutir. Quand faut y aller, faut y aller. Je m'avançai timidement avant de me souvenir de la puissance que je possédais et de prendre un pas plus assuré.

Un homme fit soudain irruption à mes côtés, si brusquement que j'en sursautai. Il me jaugea du regard de longues secondes, comme l'autre tout à l'heure avant d'ouvrir la bouche.

- Tu es inscris ? me demanda-t-il d'un ton bourru.

Je lui tendis la feuille de papier qui justifiait ma présence, sans un mot. Il la prit et la parcourut avant de reporter son attention sur moi. Il soupira ensuite.

- Cette vieille bourrique inscrit vraiment n'importe qui, maugréa-t-il en se grattant la tête.

Je fronçai les sourcils. Comment ça, n'importe qui ?

- Quelle est ta spécialité ? demanda-t-il en pliant le mot et en le fourrant dans sa poche.

- Magie, répondis-je du tac au tac.

Son expression changea soudain : ses yeux se mirent à pétiller et ses lèvres s'étirent en un large sourire. Je n'avais jamais vu un changement d'expression aussi rapide.

- Un magicien ! s'exclama-t-il avec un certain enthousiasme. C'est rare d'en voir participer. Etranger ?

- Je voyage beaucoup, lui dis-je simplement.

Il resta un long moment immobile, un sourire béat combiné à un air rêveur sur le visage. Je dû toussoter pour le faire redescendre sur terre.

- Le tournoi commencera dans moins d'une heure, m'expliqua-t-il. Vous allez chacun tirer un numéro que vous porterez tout le long de l'épreuve, et pour ensuite être tiré au sort, afin de déterminer quel sera votre adversaire. Si vous vous débrouillez bien et que vous arrivez en finale, vous aurez totalisé en tout cinq combats. Le tournoi durera environ deux heures, vu le nombre de participants. Des questions ?

- Du tout.

- Bien, veuillez rejoindre les autres et attendez.

J'acquiesçai et je m'exécutai. Je me plantai à deux mètres de la troupe et je patientai. Pas la peine de me mêler aux autres, de lier un quelconque lien d'amitié, ça ne servirait à rien puisque je les écraserais tous. Pour tromper l'ennui, je me mis à écouter la conversation des inscrits. Certains jubilaient déjà sur leur victoire prochaine, sur les éloges que leur ferait le roi et la notoriété que cela leur apporterait. D'autres parlaient de la princesse Zelda et des légendes Minish. Il y eut même une dispute plus loin, pour avoir qui des deux avait la plus belle hache. Plus ennuyé qu'autre chose, je soupirai longuement. Ce n'est qu'au bout d'un interminable quart d'heure qu'il se passa enfin quelque chose. Dans la loge réservée à la famille royale et située dans les gradins en hauteur apparut un petit homme. Je dû m'y reprendre à deux fois avant de réaliser que c'était lui aussi un Hylien, un Hylien très petit. Son crâne était dégarni et brillait au soleil, mais une impressionnante touffe de cheveux blancs persistait sur les côtés. Ses sourcils épais cachaient ses yeux et son nez portait quant à lui une pareille moustache. Il portait un riche gilet violet au col en fourrure, les rides que je pus entrevoir m'indiquèrent qu'il avait déjà atteint un certain âge. Il se racla la gorge et se mit à nous parler d'une forte fluette, mais néanmoins forte.

- Mesdames et messieurs, soyez les bienvenus ! Je suis le ministre Tengaro, bras droit du roi d'Hyrule, et je suis ici pour vous rappeler les quelques règles qui régissent ce tournoi. Le tournoi d'art martial consiste à s'affronter maints adversaires et à triompher d'eux pour gagner. Vous devez vaincre l'homme qui sera devant vous dans l'arène quelle que soit la méthode que vous utiliserez. Vous pouvez très bien être à mains nues devant quelqu'un armé, c'est à vous de gérer, il fallait y penser avant. Vous portez tous un numéro, celui qui vous a été donné lors de votre inscription, ces seuls numéros seront ceux qui choisiront votre adversaire avec un peu de hasard. Le tournoi débute dans un quart d'heure, bons combats et bonne chance à tous !

Le petit homme fut applaudit par toute l'assistance, sauf moi, je restai de marbre, fixant avec perplexité le ministre qui disparut les secondes qui suivirent. Il avait été bien rapide et bien froid pour un premier ministre. Et alors comme ça, le moyen par lequel nous vainquions notre adversaire ne sera pas à être justifié. Ca m'arrangeait, je pourrais donc librement livrer ces combats, sans avoir à me retenir. Après ce bref discours, nous fûmes tous conduits dans les coulisses où l'on nous distribuait des boissons dès notre entrée. Je refusai gentiment et poliment, ce qui était assez inhabituel de ma part, mais valait mieux ne pas trop attirer l'attention. J'allai ensuite tirer mon numéro – je sortis le vingt-deux – avant d'aller me poser dans un coin, toujours à l'écart, et d'attendre. Dehors, un brouhaha commença lentement à s'installer, en même temps que les gens dans les gradins.

Des trompettes retentirent soudain : c'était l'heure du tournoi. Des numéros furent tirés au sort et les personnes les possédants furent appelées dans l'arène. Les combats ne duraient pas plus de cinq minutes : le vainqueur revenait, triomphant, dans les coulisses tandis que le perdant, honteux, se mêlait dans la foule sous les huées du public. J'attendis patiemment une demi-heure avant qu'on n'annonce d'une voix forte :

- Le numéro trente-huit, Max, affrontera dans quelques instants le numéro vingt-deux, Vaati !

Lentement, je me décollai du mur sur lequel je m'étais adossé et je me dirigeai vers l'entrée de l'arène. Mon adversaire y'était déjà entré : un molosse deux fois plus grand que moi ayant pour arme un énorme marteau et possédant sans doute une intelligence quasi-inexistante. J'entrai, il me vit et commença à me toiser de haut, le public fit de même. Moi, je voyais plus de deux cents personnes, voire plus, assises dans des gradins et regardant de stupides combat relié à un stupide festival. Eux devaient sûrement voir un jeune garçon normal, venu pour prouver sa valeur.

M'apercevant pour la première fois, Max, si c'est comme cela qu'il s'appelait, eut un mouvement de recul avant de se reprendre. Dans le public, j'entendis des chuchotements, des remarques sur moi et encore bien d'autres.

- Vous avez vu sa monture ? demanda un premier.

- C'est de l'or ! s'exclama un deuxième.

- Encore un gosse de riche, dit un troisième.

Je tiquai. Les Hyliens se préoccupaient-ils autant de l'argent ? J'aurais pensé qu'ils s'inquièteraient plus du fait que j'aie les yeux rouges plutôt que de mon bonnet. Cela me déçu profondément.

Le ministre qui avait précédemment fait son discours claqua des mains et hurla un « Commencez ! ». Mon adversaire courut alors vers moi, son marteau brandi en l'air, menaçant de s'écraser, et malgré cela, je ne bougeai pas. Alors qu'il ne se trouvait plus qu'à moins de quelques mètres de moi, j'étendis mon bras, l'index pointé vers lui. Il ne se rendit même pas compte de ce qui lui arrivait : un flux de magie se déversa et l'atteignit de plein fouet, le projetant à l'autre bout de l'arène. Il s'étala de tout son long par terre et il ne se releva pas. La foule m'acclama aussitôt, j'en souriais : un premier pas vers la victoire. Je rentrai donc dans les coulisses, victorieux, sous les regards stupéfiés des autres inscrits.

Le tournoi dura un peu moins de deux heures, et durant ces deux heures, j'affrontai plus de cinq adversaires que je vainquis de la même façon que ce cher Max sous les regards étonné des spectateurs et de la famille royale. Arriver en finale fut simplissime, tout comme celui qui me faisait face. Je n'avais jamais rien fait d'aussi facile. Alors que les gens, debout, m'applaudissaient, je savourai ma victoire avec un certain délice. Le coffre serait à moi dans les prochaines minutes. Mais contre toute attente, le ministre qui nous avait fait son discours leva sa petite main boudiné et tous se tut en le fixant. Il se racla encore la gorge et prit la parole.

- Peuple d'Hyrule, pour votre plus grand plaisir et aussi pour clôturer ce tournoi, notre champion va maintenant affronter un chevalier !

Je le figeai et regardai avec incompréhension le petit vieux. Quoi ? Encore un combat ? Et que sous-entendait-il par chevalier ?

- Veuillez acclamer Feïr, digne protecteur de la citadelle et courageux chevalier d'Hyrule !

Je fis volte-face et vit à l'autre bout de l'arène quelqu'un s'avancer vers moi. Il avait des cheveux assez cours et hérissés sur sa tête, et ses deux yeux marrons me fixait avec détermination. Il avait une légère armure complétée par une cape bleue marine et une épée au poing. J'avalai discrètement ma salive. Les autres avaient été naïfs et je les avais tous vaincus en peu de temps, mais serait-ce le cas pour lui aussi ?

Le ministre donna l'ordre du commencement. Il brandit son épée, la tenant à deux mains, et s'élança vers moi, confiant. Je souris. Finalement, il allait être balayé comme tous ses congénères. Je créai un flux de magie que j'envoyai dans sa direction au moyen de mon index. Mais il esquiva et ma magie alla éclater l'un des murs de l'arène en face de moi. J'écarquillai les yeux : il était bien le premier à effectuer une telle prouesse. Tout en continuant à courir, le blond lança son épée à la verticale tout en gardant celle-ci en main, voulant certainement m'empaler. Je me mis à paniquer, il évitait avec facilité ma magie et je n'avais aucune idée de comment la battre. Malheureux pour mon premier vrai combat. En dernier recours, j'optai moi aussi pour l'esquive. Au moment où la pointe de son épée allait m'atteindre, je sautai en l'air et elle s'encastra finalement dans le bois. Toujours en l'air, je fus surpris de la hauteur à laquelle je me trouvais – j'avais sauté très haut, merci le chapeau à vœux – mais j'eus soudain une idée en voyant le chevalier essayer de retirer son arme du mur. Riant, je m'arrangeai pour atterrir sur sa lame, d'où je le fixai d'un regard joueur, et je rebondis afin de me poser derrière lui quelques mètres plus loin. Pour le spectacle, j'effectuai en même temps quelques pirouettes dans les airs, je remerciai une nouvelle fois mon chapeau, et cela plu vraisemblablement à tout le monde. Retirant enfin son épée du bois d'un geste rageur, Feïr se retourna vers moi afin de me faire face et il repartit à l'attaque. Je savais pertinemment que, si je jamais recréais un flux de magie, il l'éviterait une fois de plus, alors je décidai de ruser. Me concentrant une seule seconde en fermant les yeux, je fis apparaître à mon tour une épée et je croisai le fer avec le fameux chevalier. Je mis de côté la nouvelle surprise que j'avais eu, celle d'avoir une arme à souhait, et je reportai toute mon attention sur le combat pour mettre en œuvre mon petit plan. Si je ne pouvais pas l'atteindre de loin, je pouvais toujours me rapprocher pour mieux viser. Après quelques échanges maladroits, je réussi à coincer son épée sous la mienne, et pour mieux la maintenir, j'abattis mon pied sur les deux lames, les bloquant définitivement. Puis, je lâchai d'une main ma propre arme et j'étendis mon bras vers lui. Mon adversaire, comprenant ce que je désirais faire, abandonna et bondit en arrière, mais c'était trop tard. Ma magie le percuta si violemment qu'il en décolla du sol et s'effondra deux mètres plus loin, inconscient. Des applaudissements explosèrent de partout : j'avais gagné, j'avais atteint mon objectif, le coffre était maintenant à portée de main !

Des gardes firent irruption dans l'arène. Doucement, ils soulevèrent le chevalier que je venais de vaincre toujours dans les vappes, tandis que d'autres me faisaient reculer au fond, à l'ombre des gradins. Le roi arriva, accompagné de la princesse et du ministre. Le coffre arriva après, transporté par quatre hommes qui le posèrent délicatement à terre. Il était tel que je l'avais imaginé, le coffre scellé par la fameuse Epée Minish. En or et en ivoire coloré en vert, la lame était plantée au milieu, alors qu'un sceau retenait le tour sur le devant. J'en fus si ému que j'en eu presque les larmes aux yeux.

- Vainqueur Vaati, avancez ! me dit soudain le petit vieillard.

Je sursautai, détournant mon regard vers la famille royale. Lentement, je m'avançai, m'arrêtai à un mètre de sa Majesté et m'agenouillai, sous les regards et le silence du public. Le roi, drapé de luxurieux habits rouge et une couronne seyant sa tête, prit une épée dans ses mains et déclara d'une voix assez grave :

- Champion Vaati, ton écrasante et inoubliable victoire restera gravée dans l'histoire de ce célèbre tournoi. Accepte cette épée en récompense de ton immense talent.

Le silence régnait quand le roi me tendit la fameuse arme. De bonne facture, il fallait l'avouer, mais ce n'était pas ça qui m'intéressait le plus. Doucement, je relevai la tête, ignorant le présent qu'il me faisait généreusement, et dis à mon tour :

- Je suis heureux que cela fût aussi facile.

Le souverain sourit, pensant que je parlais seulement du tournoi. Dommage pour lui, ce n'était pas le cas.

Je me mis tout à coup debout, ce qui fit réagir les gardes. Ils se positionnèrent tout autour du roi et me menacèrent avec leurs lances. Le ministre tenta de calmer les ardeurs.

- Baissez vos armes, voyons ! Ce jeune homme n'a fait que se mettre debout, il ne représente aucune menace !

Cela me fit rire, ce qu'il pouvait être stupide ! Pour tout réponse, je levai mon bras droit en l'air et j'entrepris de faire apparaître une boule de magie noire que je concentrai dans ma main afin d'augmenter rapidement et prodigieusement sa puissance. Le petit elfe déchanta tout de suite quand il me vit faire, et il partit en courant alors que les gardes s'avançaient vers moi pour tenter de me repousser. Le public, quant à lui, se dispersait en hurlant tandis que certains se penchait en avant des gradins afin de mieux voir.

- La seule façon de s'approcher de cette boîte était de gagner un stupide tournoi, rien de plus simple !

Le roi fut évacué d'urgence, mais seule la jeune princesse protesta et resta pour suivre le déroulement des événements. D'un seul coup, j'envoyai sans prévenir ma boule de magie noire : elle faucha l'escorte et percuta le coffre de plein fouet. L'Epée Minish vola en éclats, la caisse s'ouvrit enfin et laissa échapper de nombreuses boules grisâtres s'en échappèrent : des âmes maléfiques jusqu'ici emprisonnées qui s'envolèrent tout en éparpillant le public restant prit de panique. Alors que les monstres s'installaient aux quatre coins d'Hyrule en créant un tourbillon malfaisant dans l'arène, qui ne me faisait d'ailleurs rien, je remarquai qu'une lumière dorée entourait la petite blonde et la protégeait des éventuelles attaques.

- Qui êtes-vous ? Pourquoi faites-vous tout ce mal ? me demanda-t-elle en me lançant un regard mécontent.

Je lui renvoyai son regard, amusé. Tout en m'avançant un peu vers elle, je me mis à la détailler un peu plus. Ses yeux étaient d'un bleu océan, des cheveux légèrement bouclés encadraient un visage d'une beauté surréaliste, accompagné par une robe d'or et de soie rose. Un diadème ornait sa tête.

Sa protection disparut progressivement, elle se retrouva sans défense après quelques secondes. Un sourire vint étirer mes lèvres.

- La princesse d'Hyrule posséderait-elle des pouvoirs cachés ? me demandais-je à haute voix. C'est intéressant à savoir…

- Laisse-la tranquille !

Un jeune elfe s'interposa d'un coup, protégeant la princesse avec un bouclier et me coupant dans mes réflexions. Il avait les mêmes yeux bleu que sa compagne et portait une tenue verte absolument horrible. Il n'avait aucune arme, et, à part son regard glacial, je ne savais pas comment il comptait se défendre.

- On joue les petits soldats ? plaisantai-je. Et qu'est-ce que tu comptes faire contre moi avec ton petit bouclier ?

- Je ne te laisserais pas faire de mal à la princesse Zelda !

La maigre protection qu'il apportait à son amie me fit rire : ce qu'il faisait pitié. Je levai mes deux mains au niveau de ma poitrine, comme si je faisais un signe de capitulation. Ne tombant pas dans le piège, le jeune raffermit la prise sur son bouclier. J'émis un petit bruit d'agacement, la princesse pouvait être dangereuse pour moi. Ses mystérieux pouvoirs pouvaient certainement me nuire, et je voulais précisément éviter cela. Il fallait donc que je la neutralise au plus vite, quelque soit la moyen que j'utiliserais. Aussi rapidement que je pus, je lançai un sort magique qui eut pour effet d'écarter l'elfe blond et de percuter violemment la jeune fille. Sur le coup, j'avais pensé tellement vite à une quelconque sanction que, quand ma magie atteignit l'héritière du trône, je fus incapable de dire ce qui allait lui arriver. Ce n'est qu'une fois la fumée disparue que je pus voir mon œuvre : j'avais transformé la princesse en une vulgaire statue de pierre. Elle était pétrifiée, et elle ne pouvait maintenant plus s'interposer.

- Une bonne chose de faite ! me réjouis-je.

Je jetai un œil à son ami : il était à terre, sonné. J'en profitai et me dirigeai vers le coffre alors que l'arène était vidée de toute autre vie. Mais arrivé à ce dernier, la surprise fut grande.

- Vide ! m'écriai-je sidéré. C'est pas vrai !

Alors cette prison ne servait à enfermer les autres ? Sur le moment, j'eus l'impression que quelqu'un se moquait de moi. Ma déception fut tellement grande qu'un sentiment de colère monta rapidement en moi. De rage, je balayai les débris du coffre d'un unique revers de main. Puis, parcourant l'aire de combat, des cris me parvinrent soudain, se rapprochant de plus en plus. Les renforts arrivaient.

Faisait quelques pas en arrière, je commençai à me disparaître à mesure que le vent soufflait : une nouvelle technique de téléportation que j'expérimentais. Tout en disparaissant, je me mis à réfléchir. De toute évidence, ce que je cherchais se trouvait à Hyrule, il suffisait donc de découvrir où.

Je fouillerais cette ridicule contrée si c'était nécessaire, mais je me jurai de trouver la Force par n'importe quel moyen.

…[…]…

Frustré. C'est ainsi que je me définirais en ce moment. Où pouvait bien être cette stupide Force ?

Assis sur un muret à la périphérie de la citadelle, je ruminai ma rage, bras et jambes croisés. Maintenant que j'avais semé la pagaille en ville et que je m'étais dévoilé au grand jour, impossible d'y retourner sans attirer l'attention. Surtout que j'avais transformé leur princesse en pierre.

Je soupirai et pris ma tête entre mes mains. Moi qui était persuadé de trouver mon objectif dans ce coffre, j'avais actuellement aucune idée d'où chercher, ni même où aller pour avoir un semblant d'information. En bref, j'étais perdu. Abattu, je jetai un œil aux environs, des arbres et de l'herbe minuscule. Je n'avais pas l'habitude de ce monde et il me déboussolait totalement, mais je ne pouvais pas retourner au village, surtout après ce que j'avais fait. Mon futur était incertain et j'étais sans aucun doute dans une impasse. Il restait seulement à savoir si j'allais en sortir ou non.

Des voix mes parvinrent soudain. Ni une, ni deux, je sautai derrière le muret et je me tassai comme je pus, essayant de passer le plus inaperçu possible. Un groupe de gardes me passèrent devant en courant, sans me repérer, leur meneur criant des ordres d'une voix sèche. D'après ce que je compris, ils étaient à ma recherche et tous battaient la campagne pour me retrouver. Après ce que j'avais commis, cela ne m'étonna pas le moins du monde, je trouvai même cela naturel. Après que je me fus assuré qu'il n'y ait plus personne en vue, je repris place sur le muret et je soupirai encore une fois. L'ennui me gagnait progressivement en même temps que la peur d'être capturé, qu'est-ce que j'allais devenir ?

Un tourbillon ténébreux s'ouvrit soudain devant moi. Je restai immobile et guettai ce dernier avec méfiance alors qu'une demi-douzaine de monstres en sortait, en file indienne. Ils vinrent se placer devant moi et s'agenouillèrent, à ma grande surprise.

- Maître.

Bizarrement, il semblerait que certains des esprits maléfiques que j'avais libérés reconnaissent en moi un quelconque chef. Peut-être allaient-ils me jurer fidélité…

J'avais assez lu de livres pour savoir ce qui me faisait face : quelques Moblins, deux Wizzrobes vert et bleu, des Stalfos, un renard portant des vêtements, un Darknut ainsi qu'une espèce de gelée verte qui traînait plus loin. Bon, c'était mieux que rien et au moins, je n'étais pas seul.

L'armure géante se releva et s'avança, levant les deux orbes rouges flamboyantes qui lui servaient d'yeux vers moi.

- Maître, répéta-t-il, que faisons-nous à présent ?

Je réfléchis. Que devais-je faire d'abord ? Chercher la Force était impossible puisque je ne savais pas où elle se trouvait, et je voyais difficilement ce que je pouvais faire de plus.

- Quelles sont les nouvelles au château ? demandais-je distraitement, encore dans mes pensées.

- Les gardes se mobilisent pour vous retrouver, m'apprit sans surprise l'amas de ferraille. Et il semblerait que la famille royale ait prévu de faire réparer l'Epée Minish.

A ces mots, une idée me traversa soudain l'esprit. Je me souvins d'un coup d'un passage que j'avais lu quelque part et qui disait qu'il existait quatre artefacts qui permettait à l'arme de retrouver sa force d'antan. Et aussi faibles qu'étaient les Hyliens, comme j'avais bien pu le constater et il fallait bien l'avouer, un moindre obstacle les bloquerait sûrement. Néanmoins, la majorité des endroits qui les gardaient se trouvait dans le monde des Minishs, mais je ne doutais pas, sur le coup, de la capacité des monstres à changer de dimension. Rapidement, je me remémorai leur emplacement. Un grand sourire fleurit sur mon visage. Je baissai la tête vers mes nouveaux sujets, qui me regardaient fixement.

- Rendez-vous aux temples qui abritent les quatre éléments et envahissez-les. Assurez-vous que les artefacts ne tombent pas dans d'autres mains que les vôtres. Les temples se trouvent respectivement dans la Forêt de Tyloria, au sommet du mont Gonggle, au lac Hylia et le dernier élément se trouve dans les mains des Eoliens, si je me souviens bien. Allez-y, et ne me décevez pas.

Le groupe acquiesça et se retira. Seul resta le renard habillé, debout sur ses deux pattes arrières et attendant visiblement quelque chose. Je fronçai les sourcils.

- Toi, va donc me chercher de quoi manger. Je meurs de faim.

Il hocha la tête et, d'une rapidité inégalée, il détala à toute vitesse vers la citadelle. Je me retrouvai alors seul, comme quelques minutes auparavant.

La position du soleil m'indiqua que l'après-midi venait de débuter. De gros nuages noirs se profilaient à l'horizon, menaçants, laissant présager un orage prochain tandis qu'un vent glacial se levait peu à peu. Etait-ce dû au fait que j'avais libéré tous ces monstres ou tout simplement naturel ? Quoiqu'il en soit, je remontai un peu le col de ma chemise et j'enfoui le bas de mon visage dedans, comme j'avais l'habitude de faire en hiver pour me réchauffer. Je remis ensuite ma cape correctement. Le temps commençait sérieusement à se détériorer.

Le renard revint avec un véritable festin qu'il venait très certainement de dérober à des vendeurs au marché. Il y avait là de la viande séchée, quelques épaisses tranches de jambon, des fruits, du pain et une farandole de biscuits. J'en restai bouche-bée quelques instants avant de reprendre mes esprits et de me tourner vers le renard.

- Bien. Va donc semer la zizanie quelque part, ça t'occuperas.

Il acquiesça encore et repartit en trottant. Une nouvelle fois seul, je me mis assis en tailleur sur le muret et commençai à manger.

De toute ma courte vie, je n'avais jamais autant mangé en un seul repas. Le ventre prêt à exploser, j'emballai ce qui restait et le posai à côté de moi. Puis, voyant que je commençais à somnoler, je m'allongeai et je m'endormis sans mal. Je ne l'avais pas ressenti avant, mais j'avais besoin de me reposer, sans doute l'utilisation de ma magie était-elle plus épuisant que je ne l'avais imaginé. Durant ma sieste, je ne fis aucun rêve, bien au contraire. J'avais l'agréable impression de flotter et d'être enveloppé d'une douce chaleur qui me protégeait de tout. J'étais bien.

Je m'éveillai bien plus tard, le soleil ayant déjà commencé à décliner.

Alors que je m'étirai, le Darknut à mon service réapparut devant moi par le biais du même tourbillon que précédemment.

- Nous n'avons pas réussi à envahir le Temple de l'Eau, m'annonça-t-il. La Grande Fée Libellule qui y réside le protège ainsi que l'élément.

Je laissai échapper un petit bruit d'agacement. Un tout nouveau sentiment vint à moi : celui de détester que vos plans ne se déroulent pas comme prévu. Je secouai la tête.

- Devons-nous la soumettre ?

- Non, répondis-je, je vais y aller moi-même.

Je sautai en bas du muret et j'époussetai ma cape. Je me tournai vers le monstre.

- Conduis-moi au Temple de l'Eau.

L'armure s'inclina légèrement avant de pivoter sur elle-même et de se mettre en marche, moi sur ses talons. Nous contournâmes la citadelle en longeant discrètement les remparts avant de nous diriger vers la plaine par laquelle j'étais arrivé. Cela nous pris d'ailleurs un certain temps, je n'avais pas remarqué à quel point la ville était aussi grande, même en l'ayant parcouru de long en large. Nous passâmes devant une entrée, nous nous assurâmes d'ailleurs d'être assez éloignés afin de ne pas être repérés, avant d'arriver à un petit carrefour bordé par d'imposantes haies.

Des bruits de pas me parvinrent. Je m'arrêtai brusquement, l'armure également, et je tendis l'oreille afin de déterminer la provenance de ces sons. Je n'eus pas à attendre très longtemps : arrivant de la cité d'Hyrule, deux personnes nous dépassèrent sans nous voir, marchant d'un pas pressé.

- Tiens.

Aélis et son oncle tressautèrent brusquement et stoppèrent net avant de se tourner vers nous. Je vis la surprise se peindre sur leur visage avant que la peur et la colère ne s'y mélangent. Le plus âgé des deux me lançant un regard glacial avant de hurler.

- Toi !

Il s'avança vers moi, mais se ravisa quand il vit le Darknut sortir son épée. Il recula de quelques pas, protégeant sa nièce qui se réfugia derrière lui. Il me dévisagea une longue minute.

- Te voilà, vermine ! cracha-t-il. Quand je pense que je t'ai moi-même inscrit à ce tournoi, je n'aurais jamais dû faire cela ! Tu en as profité pour transformé notre princesse ! Et dire je t'avais fait confiance…

- Vous faites confiance à toutes les personnes que vous rencontrez ? coupai-je brusquement. A chaque étranger, chaque voyageur ? Vous avez placé une confiance aveugle en moi alors qu'il ne fallait pas, que cela vous serve de leçon.

- Et c'est un individu comme toi qui ose me faire des reproches ? Un mioche empreint de terribles pouvoirs dont il ne sait même pas faire usage ?

Perspicace.

- Et vous voulez continuer à me défier en sachant cela ?

Il se tut. Derrière lui, sa nièce se mit à trembler alors que je m'avançai vers eux.

- Vous, Hyliens, vous commencez sérieusement à me décevoir. Confiné trop longtemps dans mon monde, je m'aperçois que tout ce qui vous défini n'est que mensonges. Où est donc passé ce fier peuple ? A la place, je ne trouve que de misérables âmes qui s'enfuient devant le danger. Seule la princesse et un autre ont eu le courage de m'affronter, les autres ne sont que mauviettes.

- De quel droit te permets-tu de dire ça ? Oublies-tu…

- Je n'oublie pas parce que je n'ai rien appris. Je n'appartiens pas à votre peuple, ni à votre monde, je ne connais ni vos coutumes, ni vos lois, mais j'en ai assez vu aujourd'hui pour savoir que tout cela n'en vaut pas la peine. Maintenant, si vous voulez bien m'excuser, j'ai quelques affaires à régler.

- Je ne te laisserais aller nul…

- Oh, mais je ne demandais pas votre avis, dis-je en levant la main à hauteur de mon visage. Après tout, c'est vous qui n'irez pas loin.

Le sens de ma phrase fut difficile à comprendre pour les deux Hyliens qui me fixèrent durant de longues secondes avec incompréhension. Ce fut quand l'oncle cacha sa nièce avec empressement et qu'ils commencèrent à reculer que je vis qu'ils avaient compris.

- Il est inutile de fuir ! jubilai-je en tendant mon bras vers eux. Vous n'y échapperez pas de toute façon ! Puisse votre immobilité vous remettre les idées en place !

Avant que l'idée de détaler comme des lapins ne leur viennent à l'esprit, je lançais sur eux le même sortilège que j'avais lancé à la jeune princesse. Un éclair blanc m'éblouit alors que je les entendais hurler de terreur, avant que tout ne devienne calme.

Devant moi se tenait l'oncle Alfy et Aélis, transformé en statue, leur expression d'horreur figée à jamais. Je lâchai un petit rire avant de me tourner vers le Darknut, qui attendait gentiment.

- Continuons.

Il secoua son casque et se remit en marche. Il me dépassa et je le suivis jusqu'à l'endroit où je m'étais téléporté il y avait quelques heures, juste avant la plaine que je n'avais pas traversée.

Je n'avais d'ailleurs pas pris le temps de la détailler : une étendue verte immense qui réfléchissait le soleil comme un véritable miroir. Au loin, on pouvait voir la cime des arbres de la forêt de Tyloria. Je n'avais pas fait attention quelques heures auparavant, mais c'était bien la première fois que je voyais autant d'herbe. Ebloui, je dus plisser les yeux pour bien admirer tout la splendeur du paysage, en m'attardant sur chaque détail pour bien la mémoriser, que cela reste gravé dans ma mémoire. Détournant le regard, je suivis mon sous-fifre alors que nous abordions un chemin de terre qui se faufilait discrètement dans la plaine.

Sans crier gare, une dizaine de gardes nous barrèrent soudain la route, lances pointés dans notre direction, visages fermés mais néanmoins déterminés à m'arrêter. Je fronçai les sourcils tandis que l'armure se mit devant moi, dégainant son imposante épée pour vraisemblablement me protéger. Un Hylien, certainement plus gradé que les autres, s'avança et s'adressa à nous.

- Démon Vaati ! Au nom du Roi Daphnès Nohansen Hyrule, je vous somme de vous rendre immédiatement !

- Encore ! soufflai-je tout bas. Décidemment…

Le Darknut se mit en garde, levant son arme en direction de l'ennemi qui ne bougea pas.

- Jamais ! répondit-il à ma place. Je protégerais mon Maître jusqu'à mon dernier souffle !

Je ne pus m'empêcher d'hausser un sourcil. Tant de loyauté m'étonnait beaucoup.

- Dans ce cas, dit le garde en affichant un air résigné, je me vois obligé d'utiliser la force.

- Venez donc, insectes, renchérit l'armure, je me ferais une joie de vous déchiqueter un par un.

L'Hylien sortit son épée de son fourreau et se mit en position défensive alors que mon serviteur faisait tournoyer son arme sur elle-même. Chacun allait engager le combat.

- Ça suffit.

Le monticule de métal carmin s'immobilisa soudain, tout comme le garde en face, et se retourna vers moi.

- Mais, Maître…

- Laisse-moi m'en occuper.

Hésitant, le monstre baissa finalement son arme et se décala sur le côté, me laissant le champ libre. A mon tour, je m'avançai vers cette barrière humaine qui m'empêchait de progresser, et je m'arrêtai. Silencieusement, je me mis à dévisager chacun des hommes qui me faisaient face, avant que mon regard ne se pose finalement sur leur supérieur, qui recula de quelques pas quand il croisa mes yeux rouges.

Enfin un peu de peur à mon égard.

Le chef, se ressaisissant, se redressa et pointa son épée vers moi. A mes côtés, je sentis le Darknut s'agiter.

- Au nom du Roi Daphnès Nohansen Hyrule, je vous somme de vous rendre bien gentiment, démon ! répéta-il. Vous serez jugé devant la cour et vous recevrez le châtiment qui vous est dû. Si jamais vous refusez de coopérez, nous ferons usage de la force.

- Et c'est tout ?

Tous semblèrent déstabilisés par ma réponse. Les gardes s'échangèrent quelques regards tandis que le supérieur me fixait avec incompréhension.

- Comment ça, c'est tout ?

- Eh bien, étant donné ce que j'ai fait à votre bien-aimée princesse, j'avais imaginé affronter une armée entière appelée exclusivement pour m'arrêter. Et à la place de cela, qu'est-ce que j'ai ? Une douzaine de petits gardes téméraires venus prouver leur courage inexistant en essayant de me capturer. J'attendais bien mieux de votre roi.

Murmures d'indignation parmi l'opposition. Je vis leur commandant serrer les dents avant de faire siffler sa lame dans les airs.

- Je ne tolérerais pas qu'on insulte le roi de la sorte ! Soldats, en garde !

Je me mis à rire.

- Libre à vous de courir à votre propre perte, mais quoi que vous fassiez, j'arriverai à atteindre mon objectif. Et dès que je me serais hissé au plus haut, comptez sur moi pour faire subir à vos familles le même sort qu'à cette chère Zelda.

Il y eut un moment de flottement avant que le groupe ne me fonce dessus en hurlant de rage. De mon côté, je ne bougeai pas et me contentai de mettre un doigt devant ma bouche, affichant un sourire diabolique.

Une minute plus tard, tous les gardes étaient étalés un peu partout, inconscients et sérieusement amochés. J'avais juste à imaginer quelle attaque je voulais lancer, n'importe laquelle, et la magie s'occupait du reste, je remarquai d'ailleurs que j'avais plus d'affinité avec l'air plutôt qu'autre chose, comme pendant mon apprentissage. Satisfait, je m'avançai parmi ces loques humaines et je m'arrêtai à côté de leur supérieur, qui lui luttait pour rester éveillé. Je le toisai de haut durant quelques secondes avant d'émettre un soupir exaspéré.

- La prochaine fois, réfléchissez bien avant de vous jetez tête la première sur moi.

Et sans plus de cérémonie, je me remis en route avec le Darknut, qui ne disait rien.

Le trajet à travers la plaine se fit en silence, et nos abordâmes bientôt la lisière de la forêt, là où j'étais arrivé.

- Le Lac Hylia se trouve de l'autre côté de la forêt de Tyloria, m'expliqua l'armure devant mon air sceptique, c'est le chemin le plus court pour y aller.

- Combien de temps cela prendra-t-il ?

- Moins d'une heure, Maître.

- Dépêchons-nous dans ce cas.

Il hocha la tête – enfin, c'est ce que je déduis après avoir vu son casque s'agiter de haut en bas – et nous reprîmes la route. Je dépassai la même pancarte qui m'avait indiqué mon chemin quelques heures plus tôt et nous continuâmes à avancer sur cette route de terre, les pierres crissant sous mes pieds quand je leur marchais dessus, vingt minutes durant. Les rayons de soleil se faisaient de plus en plus rares.

L'air se rafraîchit soudain alors qu'il faisait de plus en plus sombre. Les arbres se firent plus nombreux et une odeur de bois commença à se faire sentir. Après encore un peu de marche, nous arrivâmes enfin au lac.

A l'instar de la plaine, le lac était une étendue d'eau magnifique. Le soleil se reflétait dessus, la surface de l'eau, plane, brillant de mille feux. Des dizaines de roseaux s'agitaient dans l'eau aux abords, et quelques canards se baladaient sereinement. C'était un endroit magnifique, plaisant à admirer et calme, parfait pour piquer un petit somme. Néanmoins, il fallait maintenant que je retourne dans le monde des Minishs.

Après un quart d'heure de recherche fastidieuse, je repérai enfin une souche d'arbre au bord d'une petite mare. Je m'en approchai, l'armure à mes talons, et je montai dessus. Avant de réciter la formule magique qui me permettrait de rapetisser, je me retournai vers mon serviteur.

- Reste-là, ordonnais-je. Je reviens.

Pour toute réponse, le Darknut se mit assis et s'immobilisa. Je fis demi-tour et récitai les paroles du sort. Instantanément, je me sentis être aspiré et je me retrouvai quelques secondes plus tard assis sur un énorme champignon. Un champignon que je pouvais écraser du pied un peu avant. Remis de ce changement d'environnement, je descendis et je sortis, longeant ce long couloir sombre pour revenir à l'air libre. Je jetai un œil à l'armure, immense, un peu plus loin et me mit en chemin. Je fus légèrement rassuré de me retrouver dans mon monde d'origine, mais me lancer ainsi dans l'inconnu me laissait un sentiment étrange, que je ne connaissais pas.

Des clapotis me parvinrent. Je me rapprochai du lac, et donc du Temple. Impatient, j'accélérai l'allure, écartant de mon passage quelques petites herbes.

Alors que je pressai le pas, je dérapai brusquement et tombai malgré moi dans un trou caché par une feuille. La chute ne dura que quelques secondes, mais j'eus largement le temps de voir le sol sombre se rapprocher dangereusement. Je réagis au quart de tour : je mis mes mains devant moi, et, d'une unique pensée, je réussi à synthétiser un nuage sur lequel je rebondis pour atterrir debout sur mes deux jambes, mon cœur battant la chamade. Je restai immobile quelques instants, jetai un coup d'œil à mon trampoline de fortune, avant de brusquement éclater de rire. Longtemps que je ne m'étais pas autant amusé. Hier encore, j'étais chez Maître Exelo, et me voilà aujourd'hui en train de parcourir Hyrule, même si mes desseins n'étaient pas si obscurs.

Remis de ma petite crise de rire, je m'époussetai et sortit de la cavité dans laquelle j'avais atterri.

Le Temple était impressionnant, vraiment. Je restai quelques minutes à l'observer, subjugué, avant de remarquer l'activité étrange qui se déroulait sur le pont. Par dizaines, à la file indienne et tenant une lanterne, des Minishs s'avançaient sereinement vers l'édifice. Je fronçai les sourcils, avant de me souvenir d'un passage que j'avais lu récemment.

Les libellules n'avaient qu'une durée de vie de sept jours, la plus célèbre d'entre elles étant la grande fée libellule qui, d'après les dires, serait d'une beauté incommensurable et posséderait une voix irréelle. A chacune de ses renaissances, cette fée ne passerait sa vie qu'à chanter, encore et encore, jusqu'à ce que sa voix ne se brise, signant ainsi la fin de sa vie éphémère. Les Minishs que je voyais à cet instant présent devaient sûrement aller l'écouter.

Patient, je me mis accroupi et attendit que tout ce petit monde passe. J'observai chaque personne qui passait sur ce pont, la détaillant et essayant de reconnaître un visage familier. Ce serait le comble de croiser quelqu'un de mon village. Néanmoins, je ne reconnus personne. Il y avait là des Minishs montagnards, sylvestres et citadins, sûrement venus de très loin, mais personne que je ne connaisse. Et c'était mieux ainsi.

Une fois que je me fus assuré que plus personne ne passerait, je me remis debout et rejoignit le pont à mon tour, que je traversai également, afin de me retrouver devant le Temple.

L'édifice possédait une architecture splendide : ses tourelles bleutées surplombaient le tout, il était fait entièrement de glace et dégageait une lueur de la même couleur que les tourelles, rendant sa vue irréaliste. Franchement, c'était un beau spectacle qui s'étalait devant moi.

Une fois que j'eus fini d'admirer le tout, je me remis en marche et je passai l'immense portail pour entrer dans le Temple.

Comme une claque venue de nulle part, je me heurtai soudain à un mur invisible qui m'envoya sur les roses avec une facilité déconcertante. Je me retrouvai à terre sans comprendre pourquoi, une douleur fusant dans l'avant bras sur lequel je m étais réceptionné. Je restai un long moment abasourdi, assimilant ce qui venait de se passer, avant de me remettre debout. Je ne rentrerais pas par l'entrée. Soit.

Silencieux devant cette barrière invisible, je fis quelques pas en arrière avant de faire volte face et de quitter la cour du temple. Je m arrêtai néanmoins juste avant le pont et je me mis à réfléchir. Comment entrer et affronter la grande fée libellule sans passer par l'entrée ? Je restai là à me poser la question durant de longues secondes avant que mon regard ne coule vers les murs d'enceinte, et plus particulièrement sur le chemin de terre boueuse qui les bordait. Une idée me traversa soudain l'esprit et un sourire fleurit sur mon visage. Sans un mot, je m y engageai et, rapidement, je fus derrière le temple. Je tâtai le mur qui s'effrita au contact de mes doigts et qui m y laissa une trainée grise. Je souriais de plus belle avant de lever la main et de commencer à y concentrer ma magie.

Un chant s'éleva doucement dans l'air, envoutant, apaisant. Ma magie s'atténua d'elle-même, et je baissai mon bras sans m'en rendre compte, subjugué par cette mélodie. Les douces paroles s'insinuèrent en moi et me calmèrent. Je me surpris à m'appuyer contre le mur, fermer les yeux et écouter cette douce musique qui avait sur moi des plus étranges effets. Chaque son, chaque parole se déversèrent et coulèrent dans mon sang, je ne voyais plus rien, ne sentais plus rien, ne pouvait plus parler et la seule chose que je pouvais entendre, c'est cette mélodie qui m'entraînait vers des contrées inconnues. Je n'avais jamais rien entendu de tel, en même temps, je n'étais pas sûr d'avoir déjà rencontré quelqu'un avec une telle voix.

Cela me parut interminable alors que cela passa tellement vite. Au bout de quelques secondes, de quelques minutes, quelques heures, qu'est-ce que j'en savais, la musique s'éteignit doucement, puis la voix se tut, tout simplement.

Le silence régnait. Je n'entendais plus ces sons qui m'avaient arrêté dans mon élan, ni même cette voix cristalline qui avait déversé en moi de tendres paroles d'espoir. J'étais béat, l'environnement autour de moi était magnifique, je n'avais plus qu'une envie : tout arrêter. Repartir, tout abandonner, retourner là d'où je venais, m'excuser et tout reprendre là où je l'avais laissé. Il s'installait en moi une sérénité impossible, un calme à toute épreuve que je n'avais jamais ressentie. Lentement, je glissai le long du mur, yeux clos, en position assisse, comme vidé de mes forces. Cette musique avait comme aspiré ma force vitale, tellement j'avais été subjugué. Ou alors, c'était intentionnel.

Je rouvris brusquement les yeux, revenant à la réalité. Ma forme revint et les idées qui s'étaient insinuées en moi s'envolèrent aussi vite qu'elles étaient venues. Que venait-il de m'arriver ? Sonné, je secouais la tête et m'appuyai contre le mur. Cette fée avait-elle la capacité de ralentir ou même d'arrêter les âmes malveillantes qui rôdaient autour du Temple ? Avec autant de monde à l'intérieur, cela ne m'étonnait pas, mais j'étais surpris de la possession d'un tel pouvoir. Il fallait que je me méfie plus à l'avenir.

Je me remis debout et époussetai mes vêtements. Le silence était revenu, j'avais enfin retrouvé mes esprits et j'avais déjà perdu assez de temps. Je me retournai vers le mur d'enceinte et le jaugeai du regard, tentant d'évaluer la puissance qu'il me faudrait pour le réduire en miettes. Après une courte analyse, qui ne m'apporta guère d'information à part qu'il était très grand et très épais – et sûrement doublé d'une protection magique – je me décidai finalement à passer à l'action. Je reculai de quelques pas et me frottai les mains en respirant un bon coup. Je levai mes bras, paumes dirigés vers mon obstacle, et je me concentrai. Après quelques instants, mes mains commencèrent à chauffer et elles furent soudainement enveloppées d'un halo grisâtre, qui vira noir à peine quelques secondes après. Une douleur fusa dans mes avant- bras. Je serrai les dents et continuai de concentrer ma magie malgré cela. Je parvins à réunir tellement de puissance que je créais une poche d'air, un début de tourbillon autour de moi. Après encore un moment, quand la poussière du chemin commença à danser autour de moi, je lâchai le tout.

Le bruit fut impressionnant. L'explosion envoya des gravats plus ou moins gros dans tous les sens, aussi eu-je du mal à me protéger. Je m'étonnai une nouvelle fois de mes pouvoirs : la protection que je fis autour de moi était des plus réussie, et ce que je venais d'exécuter avait l'air d'avoir été assez puissant pour faire un trou. Je toussotai un peu, plissai les yeux pour essayer de discerner quelque chose dans ce brouillard de poussière, avant de le voir : cet énorme cavité que je venais de creuser, qui faisait cinq fois ma taille. Je pouvais enfin entrer à l'intérieur.

Sans hésitation, je pénétrai à l'intérieur du temple. Rien ne m'arrêta, j'en déduis que la protection magique était tombée aussi. Parfait. En avançant, je m'aperçus qu'un autre mur me barrait la route. Je l'explosai à son tour, sans aucun d'état d'âme.

Des cris me parvinrent soudain. Des silhouettes se dessinaient devant moi, s'en allaient en ondulant, une agitation sans nom prit place tout autour, contrastant soudain avec la sérénité de la mare quelques secondes auparavant. Je sentis soudain une incroyable puissance qui me faisait face. Sans hésiter, je me mis à sourire avant d'avancer avec assurance, sortant de ce nuage de poussière. La grande Fée Libellule était d'une beauté indescriptible : de longs cheveux bleutés flottaient autour d'elle et encadraient un visage parfait au teint d'ivoire, alors qu'une robe turquoise épousait à merveille son corps. Ses ailes scintillaient à la lumière et donnaient l'impression que des milliers de diamants y étaient cousus, et l'aura qui l'entourait n'était que sagesse et bienveillance. J'oubliai alors le désordre qui m'entourait et mon attention ne subsistait plus que sur cette femme.

Légèrement intimidé par cette présence, je continuai mon avancée et levai la tête. Je croisai le regard azur de la grande fée, qui reflétait tristesse et déception, avant que cette dernière ne se redresse, fière.

- Ce que tu recherches n'est pas ici.

Sa voix, cristalline, résonna dans le temple.

- Très bien, si elle n'est pas ici, ou est-elle ?

- Ici ne réside que des étincelles de vie. Ta quête est vouée à l'échec, Vaati.

- Cela m'étonnerait beaucoup, dites-moi plutôt où est la Force !

- Vaati ! Je t'ai enfin retrouvé !

Je sursautai presque. Cette voix avait fusé d'un coup, une voix qui me disait quelque chose, resurgissant d'un souvenir pas si lointain que ça. Je tournai le regard pour voir qui était la personne qui venait de m'apostropher de la sorte. Je reconnus le jeune garçon tout vêtu de vert qui avait tenté de protéger Zelda lors de mon attaque, et qui me fixait avec haine et détermination. Mais ce n'est pas ça qui me surpris le plus.

Ancré sur la tête du blond, comme si là avait toujours été sa place, Maître Exelo me regardait lui aussi.

L'euphorie commença à me gagner. Quoi de plus excitant qu'un imprévu dans mon plan si parfait ?

- Maître Exelo, quelle… surprise de vous retrouver ici.

Le chapeau s'agita.

- Vaati, disciple écervelé, je n'ai pas créé ce chapeau pour servir tes desseins.

Sa voix était anormalement aiguë et rauque. Il ressemblait réellement au pommeau de sa canne, aussi avais-je l'impression de m'adresser à un bout de bois.

- Pourquoi l'avez-vous donc créé, alors ? Pour qu'il pourrisse au fond d'un grenier alors que sa puissance m'est indispensable pour atteindre mes objectifs ?

- Futiles soit tes objectifs ! Je n'ai que faire de tes envies de puissance, ce que tu as fait est inacceptable, Vaati, inacceptable ! Si tu possèdes encore un peu de bon sens, tu sauras qu'il te faut arrêter cette folie.

- Arrêter ? m'esclaffai-je. Mais, Maître, je ne m'étais jamais autant amusé !

- Quel égoïste tu fais ! Tu t'amuses du malheur des autres, depuis quand ai-je commencé à former un disciple ainsi ? Depuis quand es-tu devenu… ça ?

J'émis un petit glauque. Cela ne m'étonna même pas.

- Depuis toujours, vous devriez le savoir.

Le chapeau se tut. Cette phrase m'était venue comme ça, sortie d'elle-même, mais j'avais maintenant l'habitude, aussi cela ne me marqua pas.

Maître Exelo voulu reprendre la parole, mais il ne fut pas assez rapide.

- Vaati ! Enfin je te retrouve !

Je sursautai presque et baissai le regard. Trop absorbé par la présence du vieux sage, j'avais presque oublié sur quoi il se trouvait. Ou plutôt sur qui.

Curieux, je me mis à le détailler le jeune garçon qui me faisait face : il possédait des cheveux d'or et un visage enfantin, il avait peut-être la quinzaine, voire moins. Il était habillé tout de vert, portait dans son dos un bouclier, le même que la dernière fois, et pointait dans ma direction une épée. Je reconnus l'arme que m'avait tendue le roi juste après ma victoire, j'en déduis que cet Hylien avait été chargé par le roi lui-même de venir m'arrêter, ou alors…

Il dégageait une puissance peu ordinaire. Une puissance qu'il ne possédait pas la dernière fois que l'on s'était rencontré. Quelque chose qui me repoussait, qui faisait naître en moi nausées et étourdissements quand je croisais son regard azur. Je n'eus pas à réfléchir longtemps avant de comprendre ce qu'il avait en sa possession. Les éléments, ces artefacts qui devaient normalement se trouver entre les mains de mes nouveaux serviteurs, étaient en réalité avec ce garçon. De surplus, accompagné de Maître Exelo. Avais-je hérité d'incapables ? Vraisemblablement…

J'eus un petit tic nerveux et je me sentis plus irrité qu'autre chose. L'envie de me défouler se fit enfin sentir et mon regard se posa sur la grande fée libellule, en retrait.

Des chuchotements me parvinrent. Maître Exelo parlait avec son dada à voix basse, aussi ne distinguais-je pas ce qu'ils se disaient. Enfin, jusqu'à ce que l'Hylien ne relève son épée vers moi en hurlant.

- Attaquons-le tant qu'il est à notre portée !

- Mais quel idiot ! s'exaspéra le vieux Minish en secouant la tête.

J'haussai un sourcil avant de sourire.

- On se rebelle une fois encore ? Soit, mais je ne compte pas rester sans rien faire.

Je balayai l'endroit du regard tandis que mon vis-à-vis ne fonçait dans ma direction. J'amorçai le mouvement devenu habituel pour écarter les gens de mon chemin, mais une autre idée me vint à l'esprit.

- Plutôt que de t'attaquer directement, je vais faire comme la première fois !

Et alors qu'il s'immobilisait soudain, je levai le bras vers la grande fée libellule et lançait mon sort. Contrairement aux autres fois, je savais parfaitement ce qui allait arriver. La femme lâcha un hurlement horrible qui contrastait avec sa voix si belle, avant de se transformer en un énorme papillon de nuit. Ravi de mon œuvre, et alors que l'insecte commençait à voler partout et détruire le Temple, je me mis à rire aux éclats.

- Tout comme cette princesse, elle vivra éternellement !

Maître Exelo se mit à hurler à son nouvel ami de s'enfuir avant que tout ne s'effondre. Bien qu'il soit réduit à l'état d'un vulgaire chapeau, ses conseils restaient avisés, et il était plus urgent de les suivre. Mon regard croisa celui du jeune blond, paniqué et déçu, avant qu'un amas de glace ne tombe entre nous deux, entraînant un nuage de neige qui me glaça les poumons. Je reculai à mon tour en toussant et ressorti rapidement par le trou que j'avais créé. Le sol trembla brusquement, et c'est une secousse qui me fit décoller du sol, et ce fut en l'air que je me téléportai.

J'atterri hors de la grotte, aux abords du lac qui était calme. Rien ne présageait ce qui pouvait bien se passer en dessous. Pas un mouvement d'eau, ni un bruit, rien du tout. Jamais je ne l'aurais cru si on m'avait dit qu'un Temple était en train de s'effondrer. Des cris me parvinrent et j'aperçus des Minishs courir sur la rive d'en face. Désireux de ne pas me faire remarquer, je tournai les talons et parti en laissant un désordre monstre derrière moi.

Je rejoignis la souche sans trop de mal, et regagnai le monde des Hyliens. Alors que je descendais, je remarquai que l'armure était déjà debout. Elle s'avança vers moi et s'agenouilla, se tassant au possible.

- Pardonnez-moi, Maître, mais durant votre absence, de mauvaises nouvelles me sont parvenues. Il semblerait qu'il y ait eu un problème dans les autres Temples…

- Les éléments ont été dérobés, je sais, je viens d'en rencontrer le responsable.

Et d'ailleurs, comment diable ce gamin avait-il réussi à récupérer les éléments aussi vite ?

- Je vais envoyer tous les monstres disponibles afin de protéger le derni…

- Inutile.

Le Darknut se tut, ses deux orbites rouges tournées vers moi. S'il avait eu un visage, il aurait sûrement eu les sourcils froncés.

- Abandonnez-vous, Maître ?

- Je change de tactique.

Il resta silencieux alors que je faisais quelques pas. Habitué, je me téléportai de nouveau, à un endroit que je commençais à bien connaître. Je réapparu à la lisière de la forêt, ébloui par la soudaine luminosité, par le soleil qui déclinait déjà. L'armure me suivit de près et se planta un peu en retrait, dans mon dos, alors que j'observai sereinement la plaine.

- Dois-je retirer les montres des cieux ?

Je pris quelques secondes avant de lui répondre. Je fermai les yeux, et je savourai la chaleur que me procurait l'astre lumineux.

- Non, laisse-les, il faut retarder le plus possible ce petit soldat. Quant à moi…

Je rouvris brutalement les yeux.

- Je vais aller m'amuser !

Et sous le mutisme de mon sous-fifre, je me mis à rire aux éclats, observant avec folie le château qui se dressait fièrement au loin.


Et voilà, après un an et demi d'absence. Si des gens me lisent encore, merci bien de votre fidélité !

Sinon, un p'tit avis ?