Disclaimer: Tous les personnages appartiennent à Stephenie Meyer, tous ? Non un petit village résiste encore et toujours à l'envahisseur… euh je m'égare désolé ! Tous les personnages appartiennent à !^^

Première petite chose, qui est plutôt une répétition. Comme je l'ai déjà dit dans les chapitres précédents, je ne suis pas historienne. J'ai comme tout le monde des notions d'histoire, des périodes comme celle de la seconde guerre mondiale qui m'intéressent plus que d'autre, mais je ne suis pas spécialiste. Il doit certainement avoir des incohérences, et des erreurs dans ma fiction, veuillez m'en excuser. Malgré mes recherches, je n'ai pas la science infuse.

J'ai remarqué que beaucoup d'entre vous, connaissent vraiment bien la seconde guerre mondiale, alors c'est en croisant les doigts et stressée que je vous demande de ne pas sauter au plafond, si quelque chose est inexacte.

Et je remercie chaleureusement Seba nefer qui a accepté de corriger mes chapitres le temps que Miss E.M-90 revienne.


Chapitre 4 : Sur Les Routes.

POV Bella.

J'ouvris les yeux… et les refermai aussitôt aveuglée par le soleil. J'avais mal partout. Je me redressai sur le siège de la voiture et appuyai ma tête contre le dossier. Emmett avait roulé toute la journée refusant de s'arrêter, refusant de parler, refusant de faire autre chose que de rouler en fixant la route des yeux. Je frottai mes yeux douloureux de ma main valide, et les rouvris. Sans un regard pour le corps immobile de mon frère, j'observai le paysage. Nous étions bientôt arrivés. Les montagnes étaient maintenant loin derrière nous, nous avions quitté l'Italie depuis quelques jours, et nous remontions vers Berlin.

Cela faisait maintenant une semaine que nous étions en route. Rejoindre Trento ne nous avait pas pris longtemps. Nous avions quitté le Père Paulo, puis Emmett avait conduit sans interruption jusqu'à notre point de rendez-vous. Nous étions arrivés bien avant 15h, mais nos hôtes étaient déjà sur place. Nous fûmes pris en charge par une famille qui habitait à quelques kilomètres du centre ville en pleine campagne.

C'est par eux que nous apprîmes que les troupes d'Hitler avaient commencé à envahir la France. Cela faisait des mois que la guerre était déclarée et que rien ne se produisait, il n'y avait rien d'étonnant à cela. On nous informa également que l'Allemagne avait déjà traversé et envahi la Belgique et les Pays Bas, pour atteindre le Nord de la France. D'après les rumeurs qui circulaient lorsque nous étions à Trento, les Français étaient submergés par l'offensive allemande, et les troupes italiennes allaient attaquer le sud de la France prenant ainsi les soldats bleus en sandwich.

Emmett ne s'intéressa à aucune de ces nouvelles, que ce soit le soir où l'on dormit à Trento, ou celui qu'on passa ensuite à Innsbruck en territoire germanique. Même lorsque nous passâmes la frontière et la douane, je dus faire la conversation aux soldats, heureusement le nom des Swan était connu, pour une fois, la proximité avec Mussolini nous servait à quelque chose.

Mon frère s'isolait. Il n'arrivait pas à rester avec quelqu'un sans s'énerver. Je ne l'avais jamais vu comme cela, il était insupportable, et surtout ingérable. Il ne se rendait pas compte qu'à présent nous étions en territoire nazi ! Aucun écart de conduite ne devait êtreremarqué par les passants. Nous étions tout de même des étrangers ! Et le Sud de l'Allemagne n'était pas vraiment connu pour être hospitalier. Ses habitants avaient la réputation d'être des nationalistes, très chauvins et surtout intolérants. Nous devions nous tenir à carreaux, mais tout ce qu'Emmett pouvait voir, c'était qu'on n'avait toujours pas retrouvé Rose.

Hier nous avions quitté Innsbruckaprès avoir été obligés de rester plusieurs jours sur place. Nos hôtes nous avaient fait passer pour de la famille. Emmett avait eu beaucoup de mal à supporter la situation. J'avais notamment dû remettre les points sur les « i » avec mon frère après notre départ. Il avait beaucoup élevé la voix, mais pas assez pour m'impressionner, le même sang coulait dans nos veines, et il me fallait tout de même un peu plus pour être affectée.

Ce soir nous devions rejoindre Nuremberg en passant par Munich, nous avions environ six heures de route. J'avais encore une fois dormi. Je ne faisais presque que ça, mais j'étais tout de même épuisée. Mes nombreuses heures de sommeil ne me reposaient pas. Je passai mon temps à revoir les images de l'enlèvement de Rose, j'entendais son cri dans mes rêves, et la douleur presque constante dans mon bras et mon épaule ne m'aidait en rien.

Ma petite réserve de médicaments était bientôt épuisée. J'en avais bien trop pris les premiers jours, pour camoufler la douleur. Je redoutai le moment où ma boîte serait totalement vide. On ne trouve pas de médicaments en claquant des doigts.

Emmett ne m'était d'aucun secours, je me demandais même pourquoi je l'avais emmené. J'aurais dû disparaître sans lui donner la moindre chance de m'accompagner, en lui laissant une lettre l'informant de mes intentions : réparer mon erreur. Car oui, c'était mon erreur, c'était de ma faute si Rose avait été emmenée. Si je n'avais pas donné son nom, ses deux Allemands se seraient dirigés vers la demeure Swan et auraient eu à faire à Emmett et Rosalie serait restée introuvable.

Mais non, JE l'avais condamné aux Lebensborn, nom que donnaient les Allemands qui nous avaient hébergés à ces lieux de torture. La plupart d'entre eux ne voulaient pas y croire. Ils étaient dans la résistance, mais ils n'arrivaient pas à imaginer les nazis faire cela à des aryens.

Et pourtant c'était la seule explication à l'enlèvement de Rose : elle était l'aryenne parfaite sans aucune attache, ni argent. Personne ne devait remarquer sa disparition. Heureusement pour elle, elle était tombée sous le charme de mon frère qui avait eu l'excellente idée de l'emmener dans ses bagages. Nous avions donc pu réagir rapidement.

Je n'osais imaginer ce qu'il se serait passé si elle était restée en Allemagne et que mon frère était rentré à la maison seul. Il aurait découvert sa disparition bien trop tard pour pouvoir faire quelque chose. Elle n'aurait pas répondu à ses appels, ni à ses lettres. Emmett aurait mis des semaines avant de s'inquiéter de ne pas avoir de ses nouvelles.

Et nous n'aurions eu aucune chance de la revoir vivante. Comme quoi, on peut se réjouir dans son propre malheur. «Toujours positiver», c'est ma nouvelle devise… avec «Tire ou c'est lui qui t'aura».

Je soupirai en collant mon visage contre la vitre fraîche. Je me sentais tellement épuisée…

Pendant une grande partie des heures qui suivirent, je dormis. Bien sûr à mon réveil j'avais encore mal partout, mon épaule me faisait toujours plus souffrir, et j'avais un mal de tête lancinant. Malgré cela je pris le temps d'enregistrer et de mémoriser la suite de notre voyage.

Par prudence au cas où nous égarerions la pochette ou si il arrivait quelque chose, à nous ou à la voiture. L'Allemagne avait beau avoir eu une croissance économique astronomique ces dernières années, les pauvres existaient toujours et les voleurs de voitures également.

Munich, Nuremberg, Bayreuth, Gera, Leipzig, Berlin.

Nous ne fîmes escale que dans trois villes, Nuremberg, Leipzig, et Berlin. Nous mettrions plusieurs jours à atteindre Berlin, où un contact avait accepté de nous donner des informations sur le lieu où Rose était détenue, enfin celui où l'on supposait qu'elle était. Un réseau d'aide aux persécutés avait repéré qu'un hôtel normalement abandonné au Nord se faisait livrer de la nourriture. Je les soupçonnais d'avoir soudoyé l'un des cuisiniers ou quelque chose dans ce genre là. C'était toujours les employés au plus bas de l'échelle que l'on pouvait acheter facilement.

A Nuremberg nous avions rendez-vous devant le Palais des congrès au Reichsparteitagsgelände (N/A : traduction littérale : le « terrain du Congrès du Reich » est le gigantesque complexe architectural, situé au sud-est de la ville de Nuremberg, ayant accueilli de 1933 à 1938, les congrès annuels du NSDAP (Parti national-socialiste), l'histoire ce passant en 1940, les congrès ne s'y déroulent plus mais cela reste une grande place nazie.)

A Leipzig, nous devions les rejoindre à l'Église Saint-Thomas qui se trouvait dans le centre ville. Et à Berlin nous devions attendre devant le palais du Reichstag. Je me répétais les lieux, chaque ville, chaque point de rendez-vous.

Reichsparteitagsgelände à Nuremberg, église Saint-Thomas à Leipzig, palais du Reichstag à Berlin.

Reichsparteitagsgelände à Nuremberg, église Saint-Thomas à Leipzig, palais du Reichstag à Berlin.

Reichsparteitagsgelände à Nuremberg, église Saint-Thomas à Leipzig, palais du Reichstag à Berlin.

Encore et encore, jusqu'à ce que ça rentre dans mon crâne pourtant déjà si douloureux. Et puis je laissais mon esprit vagabonder en observant le paysage tellement différent de mon Italie natale. De temps en temps je m'interrogeais moi-même et recommençais à répéter nos points de rendez-vous de chaque ville.

En fin d'après midi nous atteignîmes Nuremberg et le Reichsparteitagsgelände, devant le Palais des congrès. Une femme à l'embonpoint certain nous attendait avec un foulard rouge. L'immense lieu était bondé, apparemment des festivités allaient y avoir lieu.

Je dus me charger des courtes présentations. Mon frère n'ouvrit pas la bouche se contentant de hocher la tête à cette femme qui paraissait si normale et inoffensive. Notre logeuse se nommait Renate.

Elle monta dans notre voiture, étant venue en bus, et elle indiqua la route à suivre jusqu'à chez elle à Emmett. Cinq minutes plus tard, mon frère sortait nos valises du coffre de la voiture, et partait les déposer dans la chambre qui nous avez été attribuée.

-Accompagnez-moi dans la cuisine ma chère, dit-elle en Allemand.

La voix de notre hôtesse était douce et maternelle. Je ne m'étonnais pas de trouver la photo d'une grande famille sur le rebord de la cheminée.

-Combien avez-vous d'enfant ? Demandais-je dans un Allemand parfait mais avec un horrible accent italien qui fit cependant sourire mon interlocutrice.

-Sept. Mes deux plus grands fils sont mariés et ont des enfants, de même pour mes trois filles. Et mon garçon est dans l'armée.

-Et le septième ? L'interrogeais-je en observant toujours la photographie de la famille.

-Il est allé rejoindre son père…

-Que…

Je me retournai et vis la tristesse submerger son visage et soudain je compris qu'à présent elle avait six enfants, mais avait donné naissance à sept.

-Je suis désolé, je n'aurais pas dû insister, je…

-Tout va bien ma chère, et puis c'est un peu grâce à lui que vous êtes ici.

-Ah oui ?

-Mon fils était communiste, comme son père… Nous avons de la chance d'être encore en vie.

-Oh.

-Venez, je vais nous préparer du café.

Je l'accompagnais dans la cuisine, et m'assis autour de la table pendant qu'elle s'occupait de notre boisson chaude. Je n'avais jamais réalisé à quel point les Allemands souffraient eux aussi du nazisme.

-Vous cherchez sa femme ?

Je savais de qui elle parlait. La plupart du temps lors d'un drame ou d'une situation difficile les humains même inconnus peuvent communiquer entre eux avec seulement quelques mots. Les phrases sont le plus souvent courtes, et aucune précision n'est nécessaire pour se comprendre. Les esprits ne peuvent s'égarer, tout le monde pense à la même chose. Le quiproquo est impossible.

-Oui, soufflais-je.

-Alors que faite vous ici ?

Je fus surprise par sa question.

-C'est mon frère.

-Vous ne répondez pas à ma question.

Je soupirai.

-C'est de ma faute.

Il eut quelques instants de silence, que seul le bruit de la cafetière perturbait. Renate s'installa en face de moi, et posa ses coudes sur sa petite table. Ses yeux aussi bruns que les miens me scrutèrent profondément.

-L'avez-vous enlevée ?

-Non, mais…

-Donc vous n'êtes pas responsable.

Je gardais le silence, comprenant sa logique qui réussit à ôter une once de la culpabilité qui me rongeait.

-Vous n'avez donc toujours pas répondu…

-C'est aussi mon amie.

Elle sourit.

-L'amitié est une raison plus que valable pour déplacer les montagnes. Et il est certainement plus facile de déplacer des montagnes avec de l'amitié qu'avec de l'amour.

Je hochai la tête en repensant à mon frère. Son amour pour Rose était autant sa force que sa faiblesse. Cela le poussait toujours plus en avant, mais il avançait avec une blessure sanglante en plein milieu du cœur. Il était comme un soldat à l'agonie rampant pour sa survie. Déterminé mais désorienté…

Lorsque le café fut prêt, Emmett n'était toujours pas descendu, et je ne m'attendais pas à le voir. J'avais été très claire dans la voiture : s'il ne faisait pas d'effort, qu'il se trouve alors un endroit où s'isoler jusqu'au départ, ça m'était égalsi c'était la cave, la chambre ou la salle d'eau. Je ne voulais pas le voir s'il ne montrait pas un minimum de politesse.

Renate me servit, et j'eus le culot de lui demander si elle avait des anti-douleurs quelconques. Je savais qu'elle avait remarqué mon épaule immobilisée, ainsi que mon bras, mais elle n'avait pas fait de commentaire. C'est avec un sourire qu'elle me répondit.

-Avec quatre garçons à la maison, j'ai une importante pharmacie, rit-elle en s'avançant vers l'une des armoires de sa cuisine.

Je remarquai qu'elle comptait son fils décédé dans ses enfants. Certains parents ne font jamais totalement le deuil de leur progéniture. En ces temps difficiles, je pensais personnellement que concevoir un enfant était une pure folie. L'Europe serait bientôt recouverte de la croix gammée, et je ne souhaitais pas condamner un innocent aux Jeunesses hitlériennes.

Elle me tendit plusieurs comprimés que j'avalais avec plaisir, avec mon café. J'en avais encore dans ma pharmacie personnelle, mais je devais l'entamer le moins possible, au cas où…

Renate prépara le dîner, que nous partageâmes, mon frère restant cloîtré à l'étage.

-Je vais monter une assiette à mon frère si cela ne vous dérange pas.

-Non, bien sûr je vous la prépare.

Renate était une femmegénéreuse, et je me demandais comment elle avait rejoint ce réseau, mais surtout ce qui l'avait poussée à prendre autant de risques. Si la Gestapo découvrait ce qu'elle trafiquait, elle n'allait pas seulement être emprisonnée, la torture allait également être au programme…

La Gestapo n'était pas une simple police, c'était celle qui recherchait les opposants au régime du Reich. Elle était composée d'hommes sans aucun scrupule, choisis parmi les plus vicieux, et les plus sadiques de l'empire germanique.

Je sortis Renate de mon esprit. Ici, chaque personne avait ses propres raisons, et la plupart du temps ces raisons étaient trop douloureuses pour être confiées au premier venu.

Lorsque j'entrais dans la chambre que je partageais avec mon frère, je trouvai ce dernier immobile derrière la fenêtre, le regard perdu dans le vide. Je ne savais plus quel sentiment prédominait en moi, la pitié, ou la colère.

Je n'arrivais pas à comprendre ce que vivait mon frère, je n'étais pas amoureuse. Je n'avais pas perdu « ma moitié », comme disaient certains. Non, je ne pouvais pas imaginer ce qu'il vivait, mais ce n'était pas une raison pour se morfondre. Le monde était une jungle. On ne pouvait compter que sur soi-même pour survivre. Les gens étaient égoïstes, ils préféraient fermer les yeux, plutôt que de tendre la main à autrui.

Si Emmett, ne se sortait pas tout seul de cet état dépressif, personne ne pourrait le faire à sa place.

Je posais l'assiette sur la table de nuit.

- Mange Emmett. Il faut que tu sois au meilleur de ta forme. Le plus dur est à venir…

Je ne voulais, et ne pouvais pas gérer mon frère en même temps que toute cette situation. Je n'étais pas un surhomme. Emmett ne fit pas un geste. C'était comme si je n'étais pas là. Ou qu'il n'était plus là. Je sortis de la pièce silencieuse.

Si c'était ça l'amour, moi je n'en voulais pas. J'avais l'impression que mon frère avait perdu sa boussole en perdant Rose. Il avait perdu l'étincelle qui le maintenait en vie, et personnellement je ne voulais pas être autant dépendante d'une autre personne. C'était beaucoup trop dangereux. Cela nous rendait trop vulnérable.

Je descendis les escaliers en chassant ces pensées négatives. L'amour n'était pas à l'ordre du jour de toute façon, ni aujourd'hui, ni dans les années à venir. Pas avant d'être en sécurité, et maintenant que la guerre avait vraiment commencé, personne en Europe n'était en sécurité.

Je ne voulais pas rester enfermer dans cette demeure, la douleur et le deuil flottaient dans l'air, empoisonnant complètement l'air ambiant. J'avais besoin de voir des gens, même inconnus, je voulais entendre du bruit, et pas ce silence assourdissant. Je désirais ressentir du bonheur, c'en était presque vital. Je devais me remonter le moral.

Un coup d'œil à l'horloge de la cuisine, m'apprit qu'il n'était que 18h. J'eus soudain l'impression d'étouffer ici. J'avais besoin d'air, de sortir.

- Renate ?

- Oui ? répondit-elle de la cuisine.

- Puis-je sortir ?

- Bien sûr, mais ne rentrez pas trop tard, il y a un couvre-feu ici. Il faut que tu sois rentrée avant la nuit tombée.

- Très bien, je serai là, lui promis-je.

Je n'avais pas l'intention d'attirer l'attention sur moi. Je n'allais pas jouer les inconscientes. J'avais juste envie d'air frais, de m'éloigner de la sinistre humeur des lieux. Avant de quitter la maison, je détachais mon bras immobilisé de l'écharpe qui le retenait, avec une grimace. Mais c'était un mal nécessaire, je voulais paraître normale, et surtout pas blessée. J'enfilais mon blouson, en faisant très attention à mon bras gauche, puis une fois prête, je sortis de la petite demeure.

Les rues étaient encore animées. Il faisait beau en ce mois de juillet et le soleil n'était pas encore prêt à se coucher. De nombreuses voitures circulaient dans les rues, des adolescents en uniformes des Jeunesses hitlériennes allaient à vélo, les personnes âgées se servaient comme moi de leurs pieds et certains trichaient avec une troisième jambe faite de bois.

Je me dirigeais vers le centre de la ville. Des enfants jouaient dans la rue. Les filles avec des cordes à sauter me faisaient revivre mon enfance romaine, peuplée de jeux dans les ruelles étroites de la capitale. Les garçons, eux, préféraient les jeux de ballon. Il me semblait qu'ils essayaient de jouer au football, mais je n'en étais pas certaine, le sport et moi, ça n'avait jamais été le grand amour…

Emmett avait souvent tenté de m'y initier, rien que pour avoir un compagnon de jeux. Mais non, le sport n'était définitivement pas pour moi.

Je marchais longtemps au hasard des rues, repérant tout de même le chemin, pour le retour.

En passant devant un bistrot, je fus arrêtée par deux soldats allemands. J'en avais déjà croisé beaucoup. Un bataillon devait loger dans cette partie la ville.

- Eh la brunette !

Si je savais une chose sur les hommes, c'était de ne pas les contrarier lorsqu'ils étaient saouls, et qu'ils avaient été entraînés à tuer…

C'est la règle numéro deux pour survivre lorsque l'on était une femme d'à peine un mètre cinquante trois.

Je me dirigeais donc vers les deux hommes. Tous deux blonds, ils étaient le portrait type que je me faisais des soldats germaniques. Grands, musclés, blonds, les yeux clairs, les traits du visage fins, et le regard vide de toute humanité. Je ne pensais pas que les soldats allemands étaient les pires, chaque armée de chaque pays avait dans ses rangs les répliques exactes des deux hommes en face de moi. Ils avaient juste des cheveux, une peau et des yeux d'une couleur différente, mais ils dégageaient tous cette même violence à peine contrôlée et surtout inhumaine.

Je me postais devant leur table.

- Bonsoir messieurs.

- Oh mais dis donc, tu n'es pas Allemande toi. Alors ma belle d'où viens-tu ?

Je me forçais à sourire, en me répétant de ne pas les contrarier. Pourtant, mon cœur, lui, commençait à légèrement s'affoler. Celui qui me parlait était le plus effrayant, l'autre semblait impassible comme s'il s'ennuyait en fait.

-Je suis Italienne. Je visite votre empire avec mon grand frère.

Autant jouer le rôle de la gamine candide jusqu'au bout…

- Et qu'est ce que tu fais en cette fin de journée toute seule ?

- Eh bien mon frère était fatigué, alors j'ai décidé de commencer à visiter Nuremberg sans lui.

- Ce n'est pas très prudent, commenta le soldat qui était resté muet depuis le début de l'entretien.

Je haussai les épaules.

- Comment t'appelles-tu ma belle ?

Il commençait vraiment à m'agacer avec ces «ma belle» celui-là.

- Isabella, souris-je.

Le soldat muet se leva soudainement, nous faisant sursauter son voisin de table et moi.

- Merde mec qu'est ce que t…

- Je vais vous raccompagner, les villes ne sont pas des lieux surs pour une jeune fille aussi ravissante que vous, ordonna-t-il.

Je déglutis, et hochai la tête.

- Merde, j…

- Rentre à la caserne James.

Le plus fous des deux, ne répliqua pas et obéit au muet pas si muet que ça.

- Suivez-moi, commanda-t-il.

Il avança dans la rue, en jurant dans sa barbe. Je ne comprenais rien à ses paroles murmurées trop rapidement pour que je puisse les traduire.

- Où logez-vous ?

- Euh… Burgstraβe. (N/A : traduction : rue du château)

Il souffla.

- Vous n'auriez pas dû vous éloigner autant.

Je ne répliquai rien, la règle numéro deux était toujours valable. La numéro un étant de ne jamais tomber amoureuse. Et la troisième, de toujours respecter les deux premières.

Il marchait vite avec ses grandes jambes. Je devais presque courir pour suivre son rythme, ce qui ne faisait rien pour apaiser la douleur de mon bras. C'était la première fois que je remarquais à quel point nous avions besoin de nos bras et de nos épaules pour marcher convenablement. C'est souvent comme ça d'ailleurs, on prend conscience de l'importance d'une partie de notre corps lorsque celle-ci est défectueuse ou douloureuse.

- Pourquoi n'êtes vous pas à l'hôtel comme tous les touristes.

Sa voix me sortit de mes pensées.

- Parce que ça coûte cher, et que mon père a beaucoup de relations en Allemagne, alors mon frère et moi nous profitons de leur hospitalité.

- Merci papa, cracha-t-il.

Je souris, cet homme me plaisait. Euh… Enfin non, qu'est ce que je raconte, il ne me plaisait pas physiquement où quoique se soit. Je ne le trouvais pas laid, mais je voulais dire que j'aimais sa façon de penser, qui ressemblait à la mienne. Je n'avais pas oublié la règle numéro un.

Il continua à avancer, vite, marmonnant et jurant dans sa barbe, je compris quelque chose comme «pas là pour servir de guide aux étrangers ». Le rattrapant une nouvelle fois alors qu'il traversait une route sur un passage piéton, je lui posai la première question qui me vint en tête.

- Comment vous appelez vous ?

- Sergent Withlock.

Je hochai la tête, comprenant qu'il n'était pas qu'un simple soldat tout compte fait, et que c'était peut être grâce à son grade que James-le-soldat-au-regard-fou m'avait laissée aussi rapidement tranquille. Comme je n'avais pas d'autre question, nous continuâmes à marcher en silence. Enfin, il marchait et moi je traînais la patte derrière lui. Mon bras me brûlait littéralement malgré les anti-douleurs que Renate m'avait offert.

Je n'étais pas lente mais j'avais de petites jambes, voilà ce qui faisait la différence entre nous. En plus, avec ma jupe serrée au niveau des genoux, je faisais trois pas lorsqu'il n'en faisait qu'un. Je le laissais marcher devant moi alors que la nuit tombait autour de nous.

Il était vraiment loin devant lorsqu'apparut dans ma vision périphérique une ruelle de l'autre côté de la rue. Ce ne fut pas la ruelle en elle-même qui m'alerta immédiatement, ce ne fut pas non plus le lampadaire sautant éclairant par intermittence l'impasse, ce ne fut pas non plus l'homme s'y tenant accroupi qui m'interpella, non rien de tout cela. Ce fut l'ombre du pistolet, positionné avec le canon dans la bouche de l'homme…

Mon souffle se coupa. Sous le choc, j'arrêtai brusquement de marcher, ne me souciant plus du sergent Withlock. Toute mon attention était portée sur cet homme, dans cette ruelle de l'autre côté de la rue, cet homme prêt à mettre fin à ses jours. Sans vraiment réfléchir, comme attirée vers lui par un aimant, je traversai la route sans me soucier des automobilistes.

Arrivée sur le trottoir d'en face, je m'engouffrai dans la ruelle alors que le néon du lampadaire éclatait, nous plongeant moi, cet homme, et son arme à feu dans le noir.

Je stoppai pour que ma vision s'habitue à l'obscurité, heureusement ce soir-là, sans être pleine, la lune était imposante, nous éclairant un minimum et les lampadaires de la rue principale fonctionnaient toujours, eux. Lorsque je parvins de nouveau à distinguer l'homme et son arme je repris mon avancée. J'eus soudain l'impression de faire énormément de bruit en marchant, et je vis l'homme abaisser quelque peu son pistolet et se tourner vers moi. Je n'étais plus qu'à quelques mètres de lui.

Malgré l'obscurité je réussis à accrocher son regard d'un vert intense. La colère et le désespoir que je pouvais y lire m'arrêtèrent net. Surtout la colère…

- Comment t'appelles-tu ? demanda-t-il d'une voix dure, et pourtant suave.

Des frissons parcoururent mon corps en entendant cette voix qui me faisait vibrer de peur mais aussi de désir. Malgré le ton autoritaire, je n'avais jamais entendu une aussi belle voix. Et cela me fit presque plus peur que son autorité.

- Bella, chuchotai-je intimidée par cet homme qui ressemblait à un dieu à qui l'on aurait arraché le cœur.

Un sourire sans joie, presque cruel étira ses fines lèvres.

- Tu n'aurais jamais dû entrer dans cette ruelle, petite Bella…


J'espère que vous avez reconnu certain personnage ? ^^

Le chapitre vous a plu ? Dites-moi tout dans une reviews !^^

Kisss

San