Chapitre 2 : Transformation

Je me forçai à soulever mes lourdes paupières. En vain. Je n'étais pas assez forte pour résister. Je me sentais tellement faible. Mes forces me quittaient et ma respiration devait de plus en plus rapide. Le venin agissait et commençait à me ronger de l'intérieur. Je n'avais aucune idée de l'endroit où j'étais. Et puis, quelle importance ! Mon corps tremblait. J'étais terrorisée à l'idée de quitter ce monde, seule. J'aurais voulu qu'on m'accompagne dans cette épreuve mais c'était une requête impossible à réaliser. J'entendais des voix lointaines. Je reconnu une voix. Sa voix. Un magnifique ténor. Djoser me tenait la main tout en me suppliant de rester à ses côtés. Je voulais lui répondre, lui parlait une derrière fois mais ma bouche était incapable de sortir le moindre son. Je voulais lui dire ô combien je l'aimais, le voir une ultime fois pour emmener avec moi son doux visage, sentir ses lèvres sur les miennes. Toutes ses demandes étaient impossibles.

D'autres personnes criaient autour de moi : « Un médecin ! Allez chercher un médecin ! ». Une nouvelle personne accourut à mon chevet. Elle me parla mais je n'arrivais pas à le comprendre. Je réussi cependant à attraper quelques bouts de phrase: « Bella ! Tu m'entends ? C'est moi, ton maître, Médécis. Ne t'inquiètes pas, je vais te sauver ». Je ne cru pas une seule seconde ce qu'il venait de me dire. C'était insensé. J'étais condamné. Rien ni personne ne pouvait changer ça à moins de posséder des pouvoirs. Je le connaissais bien, depuis ma douce enfance. Chaque jour, il me faisait part de son savoir. Je n'avais jamais vu un homme aussi cultivé, à croire qu'il avait étudié pendant des siècles auparavant. Mais, les paroles qu'il avait prononcé été ridicule face à la situation.

Le rythme de mon cœur ralentit de nouveau et dangereusement. Le froid m'envahissait doucement. Je grelottai à présent. Je sentais la fin bientôt proche. Vite qu'on en finisse. Je n'en peux plus d'attendre comme ça. J'ignorais le temps qui s'était écoulé depuis la morsure à ce moment. Pour moi, c'était interminable et horriblement long. J'entendis ces dernières paroles, venant de Médécis: « C'est fini ! Veuillez tous sortir ! Toi aussi, Djoser. Cela ne sert à rien de rester là. Je vais la préparer pour son voyage dans l'autre monde ». Quoi ? Mais qu'est-ce qu'il racontait. Je n'étais pas encore morte. Mon cœur battait encore. Certes faiblement mais il battait. Je voulais leur faire signe. Remuer le bout des doigts, bouger la tête pour leur montrer que j'étais encore vivante mais mon corps refusait de m'obéir et aucun son ne voulait sortir de ma bouche. J'entendis des pas qui témoignaient que toutes les personnes présentes obéissaient à mon maître. Le silence envahit la pièce.

Soudain, je sentis une nouvelle fois des crochets pointus me déchirer, non pas dans la main mais dans la gorge. Cette chose qui me perforait avalait le liquide rouge et chaud qui circulait dans mes veines. Je voulais hurler tellement la douleur était puissante, insupportable. Je ne pouvais penser à rien d'autre qu'à cette chose. Je croyais que la mort était à deux doigts de m'emportait et voilà que tout recommence. Pourquoi mon martyre continuait ? Laissez-moi mourir ! Arrêtez de me torturer ainsi ! Un feu s'allumait en moi en partant de mon cou et se répandait dans tout mon être à une vitesse effroyable. Tous les membres de mon corps affaibli était contaminé et s'enflammait. Je n'avais jamais ressenti pareil douleur. J'étais placé sur un bucher qui brulait à grandes flammes. Je criai. Je hurlais de toute mon âme. Eteignez ce brasier par pitié ! Je n'en pouvais plus. J'étais prisonnière de mon corps. Je ne pouvais ni bouger ni parler. Je pouvais seulement ressentir la douleur qui s'emparait de moi et crier. J'étais à nouveau seule avec pour seule compagnie, ma conscience. J'étais à l'agonie, plus morte que morte.

Le temps passa mais la douleur dans mes veines était toujours présente. Plusieurs fois, j'avais eu l'impression qu'une main glacé me touchait le front. J'avais cessez de hurler à la mort. Je m'habituais à la douleur. Pour prendre mon mal en patience, je décidai de compter les secondes. Une seconde, deux secondes, trois secondes, quatre secondes ... dix mil une secondes. Mon enfer était interminable. Je me lassai rapidement à compter les secondes. Peut-être étais-je condamner à compter chaque seconde dans ce trou noir ? Combien de temps resterai-je ainsi, à souffrir ? Perdu dans le néant de la mort ? Je ne pouvais plus le supporter. J'allais craquer. Pire, j'allais exploser.

Je repensais à ma famille. Ma mère devait être effondrée par la nouvelle et mon père devait être bien malheureux sans moi. J'étais en quelque sorte leur petit rayon de soleil quotidien. Ils m'ont toujours dit que j'étais leur petit cadeau des Dieux, le plus magnifique de tous. Quant à ma sœur, elle devait être indifférente. Ma perte lui ferait ni froid ni chaud. Ma famille allait sérieusement me manquer. Mon petit chouchou Nemphis aussi ! Je me remémorai tous les heureux événements de ma courte vie : le jour où Djoser me demanda de l'épouser, les après-midi en compagnie de mon père quand il avait le temps, les promenades avec mes amies, les fous rires avec ma mère et tant d'autre encore. D'autres petits détails allaient me manquer comme la chaleur du soleil sur mon visage, la brise chaude d'été, le magnifique tourbillon de sable lors des tempêtes, les douces mains de mon bien aimé sur mon corps, ces longs baisers. Puis, j'imaginais toutes les choses que je ne pourrais pas connaître. Je souhaitais par-dessus tout donner un enfant à Djoser. Jamais, je ne pourrais réaliser ce souhait. J'étais à présent perdu dans les tourments de la mort. J'étais retenu en otage en enfer.

Au bout de trente-cinq mille sept cent secondes, la douleur qui habitait mon pauvre corps diminua légèrement. Mon cœur battait faiblement, épuisé par les événements. Je parvenais à entendre de faibles bruits. Des bruits de pas. Une personne à côté de moi devait faire les cents pas ou marcher tout simplement. Cette personne murmurait mais aucun son distinct ne parvient à mes oreilles. Le feu dans mon être commença à s'éteindre. Je pouvais à présent remuer les orteils et les doigts. Une bouffé de soulagement et de joie m'envahit. Le mal en moi allait tôt ou tard disparaître. Puis, petit à petit, je sentis mes jambes et mes bras se remettre en fonction. Mais ma joie fut de courte durée. La douleur quittait mes membres, se dirigea vers mon cœur. Mon faible petit cœur bien meurtri par les événements n'allait pas supporter cette nouvelle attaque.

Soudain, le brasier reprit son combat à l'intérieur de l'organe. Des spasmes me secouaient, ma respiration s'accéléra ainsi que mon pouls. C'était bientôt la fin. J'en étais persuadée. Les battements de mon cœur étaient désormais puissants, rapides puis leurs répétitions diminuèrent dangereusement. Dans un ultime et dernier battement, il s'arrêta de la même manière que l'air qui entrait dans mes poumons. C'était terminé. Enfin ! Pourtant, je pouvais toujours remuer les bras, les jambes. Je pouvais toujours penser et réfléchir. Je ne comprenais plus rien. Mon cœur avait cessé de battre. J'étais donc morte. Pour vérifier cette hypothèse, j'avalai une bouffée d'air frais et ouvris les yeux ...