19 : Chatoyant dans le jardin

L'aube pointait tout juste et le soleil levant caressait les pêchers et les merlinniers du verger Prince quand Harry enfourcha son Eclair de Feu et s'envola pour la première fois depuis trois semaines. La veille, il avait demandé son balai à Severus, utilisant le gage Balai pour l'après-midi qu'il avait gagné à Dragons Wild. En fait, Severus l'avait autorisé à avoir le balai toute la journée, à condition que Harry ne fasse pas de bêtises avec. Harry avait juré par Merlin et par son serment de sorcier qu'il se tiendrait tranquille, et entendait bien ne pas rompre sa promesse.

En ouvrant les yeux ce matin-là, il avait vu son Eclair de Feu bien-aimé appuyé au mur et n'avait pu s'empêcher de sauter du lit, s'habiller en vitesse et aller voler. Draco roupillait toujours, il avait utilisé son gage Dormir toute la journée, et Harry était sûr de ne pas le voir sortir de leur chambre avant une heure de l'après-midi, au moins.

Harry slaloma dans le verger avec l'Eclair de Feu, soignant ses virages et ses manœuvres. Il n'avait pas perdu son agilité sur un balai, mais il avait l'impression que ses réflexes étaient un peu trop longs et qu'il avait besoin de retrouver la rapidité qu'il possédait avant la punition. En tant qu'Attrapeur, il ne pouvait pas se permettre une fraction de seconde de retard, ou il raterait le Vif. Il décida de parler avec son père et d'expliquer qu'il avait besoin de s'entraîner au moins la semaine avant la rentrée, afin de ne pas perdre ses capacités, et de ne pas avoir à bosser comme un cinglé pour se remettre au niveau de compétition comme il devait le faire après un été chez les Dursley. Avoir du talent, c'était bien beau, mais l'entraînement était essentiel pour être le meilleur.

Severus comprendrait sûrement, il savait combien Harry aimait voler et aimait être l'Attrapeur de Gryffondor. Après tout, Severus avait aussi joué au Quidditch, il avait été Poursuiveur, jusqu'à ce qu'un Cognard en plein visage mette presque fin à ses jours, sans parler de sa carrière sportive. Après cet accident, Severus avait estimé que ça ne valait pas le coup et s'était concentré sur ses cours, les potions et la Défense.

- Alors mon agilité sur un balai est héritée aussi, hein, Papa ? avait fait remarquer Harry lorsque Severus lui avait fait part de cette anecdote scolaire.

- On dirait bien, Harry. Ton paternel n'était pas un crapaud sur un balai, à son époque. C'est pour cela que j'arbitre quelques matches à l'école. Dumbledore sait que je connais toutes les astuces et que je peux repérer une magouille instantanément, et attraper le ou la coupable en cas de refus d'obtempérer.

- Ça s'est déjà produit ?

- Une ou deux fois, dit son père en fronçant les sourcils. Et l'élève a toujours été exclu de l'équipe pendant au moins un mois ensuite.

Harry fit la grimace, mais dit :

- Ils devaient être idiots, pour ne pas s'arrêter quand tu leur avais ordonné.

- En effet, même si deux venaient de ma maison et croyaient que mes règles ne concernaient pas les Serpentard. Je leur ai vite fait comprendre leur erreur.

Ça, j'en doute pas ! pensa Harry avec un sourire en coin. Personne ne défie Severus Rogue et n'en sort intact. Surtout si on est son fils ou un membre de sa maison. Il regarda son père, évaluant la situation, avant de demander :

- Peut-être qu'un jour, quand j'aurai récupéré mon balai, on pourra jouer au Quidditch ? Il se demanda aussitôt si Severus allait refuser, car il avait fait la grimace en voyant Harry au poste d'Attrapeur. Mais bon, c'était avant, quand Severus pensait que Harry était le fils de James, et peut-être que son mépris n'avait pas été pour la position de Harry en tant qu'Attrapeur, mais pour le fait qu'il suive les traces de James.

Severus devait avoir bien reconnu le ton nostalgique et plein d'espoir de Harry, car il dit :

- Oui… quand ta punition sera finie, d'accord pour jouer avec toi et Draco. Mais tu as encore quatre semaines de punition, jeune homme.

Harry avait grogné, puis tendu son gage, et gagné son Eclair pour la journée.

Il planait adroitement près du petit poirier Comice, se dirigeant vers les merlinniers, où il pourrait cueillir les fruits mûrs à la lumière de l'aube – une autre raison pour se lever aux aurores. Il avait développé un certain goût – plus exactement, il était devenu accro – pour les merlinnas et leur jus depuis son arrivée au manoir, et n'avait pas mangé du fruit frais depuis une semaine, car il avait été trop fatigué pour se lever à l'aube et aller en cueillir.

Il portait une petite sacoche en bandoulière, pour y déposer les merlinnas. Il s'immobilisa en sur-place à côté du premier arbre de la rangée, et commença à cueillir délicatement les fruits pourpres en forme de cœur et à les glisser avec précaution dans le sac de toile. Les arbres portaient rarement plus de dix fruits mûrs à la fois les merlinniers étaient des arbres fae et ne suivaient pas les lois ordinaires des végétaux. Severus lui avait fait part de sa supposition que les merlinnas produisaient des fruits en abondance tant que l'héritier du manoir Prince était présent, ou le prochain héritier s'il était absent, les merlinniers passaient en latence.

Harry se disait que son père avait raison, car les arbres produisaient plus de fruits que lorsqu'ils étaient arrivés, des mois auparavant. Il se rappelait avoir lu dans le journal de Sev Sang Mêlé que la terre et le seigneur étaient un et que, au temps de Merlin, le seigneur était lié corps et âme à sa terre la terre reflétait la santé et l'état d'esprit du seigneur. S'il allait bien, tout prospérait, les récoltes étaient superbes et les troupeaux vigoureux. Mais si le seigneur tombait malade ou se tournait vers le mal, la terre devenait stérile, les animaux mouraient et les habitants périclitaient.

Peut-être était-ce ce qui se passait à présent, songeait Harry, se dirigeant vers l'arbre voisin et y cueillant les fruits mûrs. Toutes les plantes poussent comme des folles, on a juste à cracher par terre et un arbre pousse, ou presque. Tante Pétunia adorerait cet endroit, elle a toujours aimé un jardin productif. Je me demande où elle est, et comment Dudley et elle vont, maintenant que ce salopard est mort. Il nota dans un coin de sa tête de demander à Severus s'il avait des renseignements sur ce qu'il restait des Dursley Harry avait envie de leur écrire.

Et espérons que cette lettre ne se perdra pas ou je sais pas quoi, comme celle de Sirius. Il attendait toujours une réponse de la part de son parrain jusqu'ici il n'avait eu aucune nouvelle depuis la lettre qu'il lui avait envoyée pour lui dire qu'il était le fils de Severus et pas celui de James. Harry ne savait pas quoi penser de ce silence… était-ce la colère, le refus d'accepter Harry comme étant le fils de Severus ? Ou était-ce un silence maladroit, qui laissait à Harry l'espoir que Sirius l'accepterait, quel que soit son père ?

Alors qu'il réfléchissait, ses mains s'activaient, cueillant les fruits et les rangeant dans le sac. Il en avait maintenant assez pour satisfaire son addiction au jus pour une semaine, et il espérait que la récolte serait suffisante pour une semaine de plus, au moins. Draco aussi aimait les merlinnas, même s'il n'y était pas aussi accro que son frère adoptif. Draco s'était moqué de Harry une fois et de sa consommation du fruit, disant que si Harry ne faisait pas attention, il allait se transformer en merlinna à force d'en manger sans arrêt. Harry l'avait ignoré et en avait pris un autre dans le bol de fruits toujours posé sur la table de la cuisine.

Il venait de finir le deuxième arbre et se dirigeait vers le suivant quand il entendit le bruit.

Un petit cri, comme celui d'un petit animal.

Harry inclina la tête, se demandant s'il avait bien entendu. Il savait qu'il y avait des animaux sauvages dans les bois près du manoir, mais jusqu'ici il n'avait vu que des chevreuils, des oiseaux, des lapins et des écureuils.

Il entendit à nouveau le cri, et cette fois il était sûr qu'il n'avait pas rêvé. La voix semblait désespérée et très proche d'un miaulement, plus que du cri de n'importe quel animal. Ressentant une urgence dont il ne connaissait pas la raison, Harry fit virer son balai et se dirigea vers le petit potager longeant le verger.

Il se posa avec légèreté devant une rangée de laitues, fouillant les plantes du regard à la recherche du chat blessé, ou de l'animal qui émettait le même son.

: À l'aide ! :

Harry se frotta les yeux. Il aurait juré que quelqu'un venait de crier « À l'aide » dans son oreille. Mais il était seul dans le jardin.

- Je dois être en train de rêver, murmura-t-il. Draco dort comme une bûche et Papa est dans son labo, en train de tester une nouvelle forme de la potion de Sommeil sans Rêves. Allez, reprends-toi, Harry. Tu es un peu jeune pour devenir fou.

Il entendit à nouveau le petit miaulement plaintif.

: À l'aide ! Je vous en supplie ! :

Cette fois Harry fit un bond.

- Ok, c'est plus drôle, là. Qui a dit ça ?

: Moi. Baisse les yeux, Grandes Pattes maladroit. :

Harry s'agenouilla, priant pour que ce ne soit pas une hallucination, et repéra aussitôt une forme noire inerte, blottie sous le second pied de laitue.

- Hein ? Qu'est-ce que tu es, par Merlin ? demanda-t-il, écartant la plante pour pouvoir voir la créature.

La créature ressemblait à un petit chat noir, pas plus grand que la main et le poignet de Harry, mais avec de grandes ailes attachées aux omoplates – des ailes en lambeaux. Les yeux du petit animal étaient fermés et il respirait difficilement. Il semblait avoir été pris dans un combat contre un ennemi qui lui avait laissé des plaies béantes dans le flanc, pour autant que Harry puisse dire.

Il tendit la main et dit doucement :

- Hé. Je m'appelle Harry et si tu ne bouges pas, je pourrai peut-être t'aider.

Un œil s'ouvrit prudemment, d'un violet vif.

: Vite, humain. Je perds mes forces. :

La mâchoire de Harry en tomba.

- Merlin ! Tu peux parler !

L'étrange créature ferma les yeux, trop épuisée pour les garder ouverts. Harry essaya de se rappeler s'il avait lu quelque chose à propos de créatures de ce genre dans le journal de Severus Prince, mais il n'avait jamais trouvé de description d'un animal de ce genre. Il glissa doucement la main sous la petite créature, bien à plat, comme une civière.

La créature ne pesait presque rien. Harry enfourcha son balai en hâte, volant aussi vite et aussi délicatement qu'il l'osait vers la maison. Le petit chat ailé n'avait pas bougé depuis qu'il l'avait pris dans sa main, et le jeune Gryffondor pouvait dire qu'il n'avait pas eu beaucoup à manger récemment il pouvait sentir les côtes à travers la douce fourrure.

- Ne t'inquiète pas. Je t'emmène voir mon père, le professeur Rogue. C'est un maître des Potions, peut-être qu'il pourra te soigner, dit Harry à la créature, essayant de la rassurer.

Il dévala pratiquement le couloir et frappa violemment à la porte du laboratoire, que Severus avait verrouillée.

- Papa ? Ouvre, vite ! J'ai besoin de ton aide.

- Harry ? Une minute.

Harry entendit son père bouger des choses, puis la porte s'ouvrit et il se retrouva devant Severus, fronçant les sourcils.

- Que se passe-t-il, Harry ? Tu es blessé ?

- Non, je vais bien. Mais ça – quoi que ce soit – ne va pas bien et je ne sais pas quoi faire pour l'aider.

Severus regarda le petit chat aux ailes déchirées et jura dans sa barbe.

- Emmène-le dans le laboratoire. Vite, je ne pense pas que nous ayons beaucoup de temps.

Harry suivit son père, pratiquement collé à ses talons.

- Papa, qu'est-ce que c'est que ce truc ?

Severus resta silencieux une minute, réfléchissant à comment il allait pouvoir soigner la petite créature, et de quelles potions il aurait besoin. Puis il cligna des yeux et dit doucement :

- Ça s'appelle un chatoyant, Harry. Et je pense qu'il est en train de mourir.

A suivre…

Merci pour vos messages, c'est sympa de redevenir un être humain ^^

Je traduis toujours pendant les cours d'informatique et Michelle B. dit que je devrais me faire payer.

Le prochain chapitre est un peu plus long (sans atteindre la taille du 18 avec ses 7300 mots ; pour vous donner une idée des proportions, ce chapitre en fait 2400), je ne sais pas du tout combien de temps ça va me prendre – mais vu l'intensité du cliffhanger, je ferai de mon mieux.