Prologue

Slipknot - Snuff

Je regardais par la fenêtre, le cœur battant à toute allure. Quand Edward m'a dit que nous devions parler, je savais que cette discussion changerait le cours de ma vie. C'était une intuition. Il prit le chemin du parc avant de couper le moteur et de me tendre la main. Sans un mot, je le suivis lorsqu'il m'emmena sur la plus haute colline. De là haut, nous pouvions embrasser du regard la ville qui nous connaissait le mieux, lui et moi ; Seattle. Je sentais que ses yeux émeraude me fixaient avec insistance mais curieusement, je voulais retarder l'échéance. Je savais que le groupe voulait partir d'ici pour prendre la route de New York ou peut-être celle de Los Angeles. En fait, tout endroit éloigné d'ici était bon à prendre. Ce n'était qu'une question de temps avant qu'ils ne bouclent leurs valises et nous disent au revoir. Pourquoi avais-je la douloureuse sensation que la sentence était finalement tombée et que l'heure du départ avait sonné ?

« Quand ? murmurai-je d'une voix éteinte.
_ Dans une semaine, répondit-il, prenant ma main et la caressant avec tendresse. On part pour Boston, souffla Edward avant d'enrouler ses bras autour de ma taille et coller son torse à mon dos. »

Mes épaules s'affaissèrent d'elles-mêmes comme si elles reflétaient ce que je ressentais. Je n'étais pas surprise. En réalité, je m'y attendais, même. Je savais que dès qu'il monterait à bord de l'avion, notre couple volerait en éclat, ne restant plus qu'un vague souvenir en nos mémoires. Ce que nous vivions était pourtant hors norme et méritait tous les sacrifices, mais apparemment, ça n'était pas suffisant. La musique avait grignoté la place que j'occupais en son cœur. Peut-être même que je n'avais jamais vraiment rivalisé avec elle, je n'en avais aucune idée. Edward n'était pas de ceux qui disaient ce qu'ils ressentaient. Je ne me souviens même pas l'avoir entendu me dire qu'il m'aimait ne serait-ce qu'une seule fois. Alors, c'était la fin, ou plutôt notre fin.
Je sentis ses lèvres contre mon cou, déposant un sillon de baisers furtifs.

« Viens avec moi, Bella, finit par chuchoter mon adonis tout contre mes cheveux. »

Je ne répondis pas. Je n'étais pas certaine d'avoir ne serait-ce qu'un filet de voix pour formuler une phrase cohérente. Mon cœur me faisait bien trop mal pour que je ne pense à autre chose. Edward continua d'embrasser chaque parcelle de peau qui lui était accessible, si bien que ses lèvres recouvrirent bientôt les miennes, les savourant avec tendresse. Lorsque je me détachais de lui, haletante, je le serrais contre moi aussi fortement que mes bras me le permettaient. Le soupir qu'il lâcha me montra qu'il avait compris qu'il n'avait jamais été question que je le suive. Même si j'étais au courant de son départ, ma place n'était pas avec lui à Boston, ni dans une quelconque ville. Elle était ici, à Seattle. Tout ce que je possédais se trouvait là. La musique, c'était sa vie et même si ça me faisait mal de l'avouer, je le comprenais. Le groupe et lui avaient la chance inespérée d'être lancés par une grande maison de disques alors ils auraient été bien fous de refuser. Et c'était aussi pour cette raison que je devais le laisser partir.

Lorsque nous passâmes le seuil de notre appartement, ses mains agrippèrent mon manteau et l'envoyèrent au loin tandis que ses lèvres attaquaient les miennes avec force. Je ne résistais pas à son étreinte et lui rendais son baiser avec autant d'ardeur qu'il n'en mettait. Je savais que nous étions tous les deux désespérés, urgents et avides du toucher de l'autre. Il ne nous restait que sept maudits jours ensemble, et il me fallait me rendre à l'évidence ; ces étreintes seraient les dernières que nous aurions. Je refusais catégoriquement de le suivre parce que mon indépendance m'était aussi vitale qu'Edward. J'étais bien trop fière et orgueilleuse pour accepter de vivre à son crochet. Et puis, j'avais aussi des rêves que je voulais réaliser. Je ne pouvais me résoudre à faire une croix sur tout ce dont j'avais toujours rêvé, par amour pour lui. Non seulement ça serait trop dur à supporter, mais quelque part, je finirais par le lui reprocher. En fait, si je le suivais, notre couple finirait par se détruire de lui-même et je préférais le laisser partir en gardant en mémoire la passion presque obsessionnelle qui nous unissait, que de nous voir dépérir au fil du temps. En y réfléchissant, quel que soit mon choix, il nous briserait tous les deux.

Edward quitta mes lèvres pour me serrer contre lui à m'en étouffer. Nous étions tout deux hors d'haleine et j'entendais sans mal son cœur battre à tout rompre contre mon oreille. D'un geste vif, j'attrapai les pans de sa veste en cuir et la fis tomber de ses épaules, dévoilant un marcel blanc cassé. Son torse, musclé par je ne sais quel moyen, se soulevait rapidement tandis que j'y faisais courir mes doigts. Ses yeux me fixaient avec désir et passion, mais il y avait quelque chose de plus ; un voile de tristesse presque opaque masquant son si beau regard. Lorsque je commençais à relever le bord de son marcel, il leva instantanément les bras afin de m'aider. Je parcourus du regard ce torse devant lequel je ne cessais de m'émerveiller, bien que j'en connaissais chaque parcelle. Déposant une pluie de baisers dessus, je sentis ses bras s'enrouler fermement autour de ma taille, me rapprochant de lui. Sa tête enfouie dans mon cou, il me laissait faire, grognant doucement mon prénom. Ma bouche trouva un de ses tétons, que je mordillais doucement. Ma main trouva son autre téton que je pinçais. Edward gémit, m'emprisonnant davantage dans ses bras et avançant jusqu'à ce que je sois coincée entre la porte d'entrée et lui. Il posa son front contre le mien et ferma les yeux.

« Bella, commença-t-il d'une voix faible, comme brisée.
_ S'il te plaît, ne dis rien, le priai-je, l'embrassant tendrement. Je veux juste profiter de nous. Juste toi et moi. »

Il acquiesça et je le vis déglutir avec peine. Je savais que je comptais pour lui et que notre rupture ne le laisserait pas indifférent, mais j'avais toujours la curieuse impression que de nous deux, c'était moi l'amoureux transis, lui, ne se contentait que de recevoir mon affection.

Lorsqu'Edward ouvrit à nouveau les yeux, je vis la détermination briller dans son regard, mais aussi l'habituelle flamme synonyme d'un désir ardent. Il captura farouchement mes lèvres, se pressant brutalement contre moi. Mes mains agrippèrent ses cheveux alors que sa langue attaquait la mienne avec fougue. La passion qui nous unissait était si forte que parfois, nos étreintes étaient des plus bestiales. Et c'était cette même passion qui nous emportait en cet instant et qui nous rendait frénétiques dans nos caresses. Ses mains empoignèrent fermement mes fesses et j'eus à peine le temps de m'accrocher à lui, qu'il me décollait du sol et nous emmenait en direction de la chambre à coucher.

Nous heurtions assez durement la porte, qui pour une fois, était fermée et je laissais échapper un gémissement de douleur. Edward se contenta de grogner de mécontentement avant d'ouvrir la porte à la volée et de se diriger rapidement vers le lit. Me déposant toutefois avec douceur, il vint se nicher entre mes cuisses, ses lèvres couvrant à nouveau les miennes. L'urgence était de plus en plus palpable entre nous et je cassais rapidement le baiser. Attrapant les pans de mon T-shirt élimé, je l'ôtai prestement et l'envoyai valser à l'autre bout de la pièce. Les mains expertes d'Edward en profitèrent pour détacher l'agrafe de mon soutien-gorge, qui suivit la même trajectoire que mon haut. Sa bouche fondit sur mon sein gauche, aspirant et mordillant mon mamelon durci par le désir. Mon entrejambe me torturait, totalement enflammée par ses caresses. Son autre main malaxait mon sein droit, en pinçant durement la pointe. J'émis un râle de plaisir. J'aimais ces petits moments où Edward se montrait encore plus viril qu'il ne l'était habituellement. Il devenait plus bestial et j'avouais adorer ça.

Ses grandes mains finirent par quitter ma poitrine pour glisser jusqu'à mes fesses qu'il pétrit avec force, se frottant vigoureusement contre moi. Une décharge de plaisir me parcourut et j'haletais bruyamment. Ma petite culotte était littéralement trempée, noyée par mon désir et j'étais pratiquement certaine qu'Edward pouvait sentir la chaleur qui se dégageait de mon entrejambe malgré l'épaisseur de nos jeans respectifs. Ses lèvres impérieuses reprirent les miennes pour nous entraîner dans un baiser vertigineux. Mes hanches semblaient onduler d'elles-mêmes contre sa virilité érigée pour moi, avides de cette friction si particulière dont nous avions tous les deux désespérément besoin. Nous nous frottions tant l'un contre l'autre que j'en vins à éprouver une frustration d'une intensité inégalée. J'avais besoin de lui en moi. Maintenant.

Comme s'il avait senti ma soudaine urgence, Edward fit sauter rapidement le bouton de mon jean et me l'enleva, ôtant par la même occasion mon dernier sous-vêtement. Ma main en fit de même avec son propre pantalon et lorsque sa braguette fut entrouverte, j'effleurai du bout des doigts l'objet de tous mes désirs. Un grognement guttural sortit de sa gorge en réponse à ma caresse légère. Souriante, je baissais son pantalon de manière à pouvoir attraper pleinement sa verge tendue. Enroulant mes doigts autour de sa longueur, je me baissais pour recueillir le liquide pré-éjaculatoire qui s'en échappait.

« Merde, Bella, jura-t-il, ses hanches se poussant d'elle-même dans ma direction.
_ Relève-toi, ordonnai-je brusquement, emplie d'une assurance encore inconnue il y avait peu. »

D'abord surpris, Edward eut un sourire carnassier face à mon ton autoritaire. Il s'exécuta et je me dépêchais de lui enlever le reste de ses vêtements, impatiente de le sentir nu contre moi. Je me rallongeai sur le lit et levai mon doigt dans sa direction, lui ordonnant muettement de me rejoindre. Excité par ma soudaine prise de confiance en moi, il grogna fortement avant de me recouvrir de son corps brûlant. Et lorsque son sexe frôla mon entrée luisante, par inadvertance, nous poussâmes tous deux un long râle de plaisir.

« Edward, suppliai-je, à bout de patience. »

A peine avais-je murmuré son prénom qu'il me pénétra d'un puissant coup de rein. Un cri de plaisir m'échappa lorsqu'il fut pleinement entré en moi. Il entama de vigoureux va et vient, nouant fermement ses doigts aux miens et collant nos fronts l'un contre l'autre. Il allait et venait en moi à un rythme allègre, me fixant de son regard sombre parce que noirci par le désir. Cet état de symbiose dans lequel nous nous trouvions était sans conteste le plus bel aspect de notre relation. Lorsque nous faisions l'amour, il n'y avait pas plus parfait, enfin à mon sens. Une sorte de connexion s'établissait entre nous, si intense que mon désir pour lui s'en retrouvait décuplé.

Alors qu'il me pénétrait par un nouveau coup de rein, je nous fis brusquement rouler sur le lit pour m'empaler sur son membre gonflé. Un nouveau cri de plaisir s'échappa de ma bouche. Edward empoigna mes hanches pour m'imposer un rythme plus soutenu, grognant puissamment à chacun de nos mouvements. La chambre à coucher était emplie de nos gémissements et grondements, notre libération plus proche à chaque pénétration.

« C'est ça bébé ... continue, haletait-il alors que j'accélérais encore nos mouvements.
_ Ed ... Edward ... j'ai besoin »

Je n'arrivais pas à terminer ma phrase, le souffle coupé. Pourtant, il n'eut guère besoin que je n'ajoute quoi que ce soit puisque sa main gauche quitta ma hanche pour venir triturer férocement mon petit paquet de nerfs. C'était tout ce dont j'avais besoin. Je criais son nom alors que l'orgasme me submergea, me tordant de plaisir sur sa longueur. Quelques coups reins après, Edward me rejoignit dans la jouissance en hurlant mon nom à son tour. Affalée sur lui, la respiration laborieuse, il m'attrapa et m'allongea à ses côtés, dégageant quelques mèches collantes de mon front. Sa respiration saccadée se répercutait sur ma poitrine nue et mes mains cherchaient son visage, l'amenant vers le mien avant que je ne l'embrasse avec tendresse. Les yeux clos, je le sentis se déplacer et à peine une seconde plus tard, il se positionnait à nouveau entre mes cuisses. Ses coudes de chaque côté de ma tête, nous nous observâmes un long moment, nos cœurs reprenant lentement un rythme régulier. Ses longs doigts de guitariste jouaient avec mes cheveux alors que je me contentais de graver chacun de ses traits odieusement parfaits au fin fond de ma mémoire.

« Tu m'accompagneras, le jour du départ ? demanda-t-il, comme indifférent à ce que je pouvais répondre.
_ Tu veux que je sois là ? répondis-je de manière presque inaudible, caressant tendrement son visage.
_ J'en sais rien, avoua-t-il, toujours autant absorbé par le nid d'oiseaux qui me servait de chevelure.
_ Alors mieux vaut pour nous deux que je ne vienne pas, soufflai-je avant de me relever légèrement et de déposer un baiser sur sa tempe. »

Nous n'échangeâmes plus un mot après ça, nous contentant de nous câliner. De toute manière, que dire de plus ?

Cette nuit-là, nous fîmes l'amour une nouvelle fois mais avec lenteur, nous transmettant notre désespoir et notre tristesse. Et lorsque je me suis réveillée le lendemain matin, j'étais enfermée dans une étreinte possessive. Chose qu'Edward ne faisait jamais.

La semaine qui s'écoula fut sans aucun doute la plus éprouvante de toute ma vie. Plus les jours passaient et plus proche était le départ. Son départ. Je ne m'étais jamais sentie autant déchirée de toute ma vie. Evidemment, je mourrais d'envie de lui dire que finalement, je le suivrais à Boston, mais à chaque fois que je me trouvais face à lui, mon orgueil et ma fierté étouffaient ces nouvelles résolutions. Et lorsque l'aube du jour fatidique se leva, une larme solitaire m'échappa alors que je le regardais boucler son sac. J'avais réussi jusque là à contenir mes pleurs et à faire bonne figure, mais maintenant qu'il faisait ses valises, la réalité me sautait au visage et ça faisait mal. Affreusement mal. Mon cœur aurait été transpercé de mille lames que je n'aurais ressenti autant de douleur et de souffrance.

« Je vais devoir y aller, lança-t-il soudainement. »

Mon regard se posa sur son unique sac de voyage posé à côté de son étui à guitare.

« Tu ne prends que ça ? m'étonnai-je, ma voix déraillant légèrement.
_ J'ai tout ce qu'il faut ; ma guitare et mes clopes, fit-il tout en tapotant la poche de sa veste en cuir. Les fringues sont superflues, tu le sais bien. Souhaite-moi bonne chance, sourit-il faiblement alors qu'il m'ouvrait ses bras. »

Je m'y réfugiais et combattais aussi ardemment que je ne le pouvais, mes larmes. Il me serra contre lui à m'en étouffer avant de relever mon menton et de capturer férocement mes lèvres. Nous dûmes nous séparer pour respirer et Edward en profita pour enfouir son nez dans mon cou, respirant avidement mon odeur. Je serrai son T-shirt avec force, verrouillant par la même occasion ma mâchoire, mais je devinais sans mal mes yeux brillants de larmes contenues. Je finis par me détacher et reculer d'un pas. Sa tête baissée me dissimulait son magnifique regard. Il s'empara de sa guitare et de son unique sac avant de se tourner vers la porte et de l'ouvrir.

« Eh, Edward, l'interpelai-je au dernier moment. »

Il fit volte face et me montra pour la dernière fois son visage d'ange. Et quand mes yeux croisèrent les siens, la vérité m'éclata en pleine face, sans que je ne m'y attende. Son regard me hurlait ces mots qui n'avaient pourtant jamais franchis la barrière de ses lèvres ; je t'aime. Mon cœur lâcha sous cet aveu muet. Combien de fois avais-je rêvé qu'il me dise qu'il m'aimait ? Que je comptais plus qu'une simple fille avec qui il couchait ? Et c'était aujourd'hui, précisément le jour de notre rupture, qu'il me montrait ce qu'il ressentait. Ça n'en était que plus douloureux.

A bout de force et cessant tout combat contre moi-même, je courus me jeter dans ses bras, laissant libre cours à mes pleurs trop longtemps retenus.

« Gloire aux Spunk Ransom, chuchotai-je à son oreille avec le filet de voix qu'il me restait. »

Le visage strié de larmes, je le vis s'éloigner. Pas assez rapidement, en revanche, pour que ne m'échappe la larme qui coulait le long de sa joue. Les portes de l'ascenseur n'étaient pas encore fermées que je m'effondrais dans un bruit sourd. Bruit que j'étais certaine qu'Edward avait perçu.


Réactions ?