Bonjour à toutes !

Voici enfin… le chapitre 8 !

J'avoue que je n'y crois pas moi-même. Mille pardons, c'est inacceptable… Je vais essayer de me justifier un maximum, même si toutes mes excuses seront mauvaises.

Disons que c'était les vacances, et que quand je suis revenue, je n'avais pas vraiment envie d'écrire… J'avais le scénario dans ma tête, les idées, mais aucune inspiration pour mettre ça en ordre. Entre temps, je suis repartie en vacances, en du coup, j'ai été trop occupée pour écrire quoi que ce soit. Lorsqu'enfin je suis retournée chez moi, j'ai commencé à écrire tout un chapitre, des pages et des pages, jusqu'à ce que je sois bloquée… J'en suis restée à ce point là pendant des semaines jusqu'à la fin des vacances… Et là ! J'ai été encore plus occupée, l'horreur, au point que je pète un câble que j'aie envie d'écrire pour me déstresser…

C'est là que je me suis rendue compte que le seul moyen de me débloquer était de… et ben de tout réécrire Haha :D !

Donc, la réécriture du chapitre 8 a commencé ! Et puis il a avancé tout doucement, et puis j'ai eu d'autres idées…

Enfin bref, maintenant, nous en sommes là, et je suis en train de vous présenter des excuses assez pitoyables… Je me prosterne devant vous, je suis vraiment un cas désespéré !

Bon, du coup, comme je n'étais plus à quelques heures près, j'ai décidé de vous répondre correctement, parce que vous le méritez !

Alors…

Merci à Phareytasses, Baby07, Coeur2crystal, marnchoups, kadronya, Sylvie anne, slakware, Nymphea51, phika17, acoco, Tinga Bella, Dazzled-C, twilight007, kikinette11, liliputienne31, chouchoumag, Nedwige, Phareytasses, Iselie, chriwyatt, Lou228, Anghjulina, cchope, Vivibatta, annecullen69, Clemence F, Perryn, Arnacoeur, ranianada, Emma-des-iles-974, , fifer, aline1320, bellaagain, Letmesign23 ! ! ! Merci merci merci pour vos reviews, toujours gentils, critiques juste quand c'est nécessaire… MERCI !

Pour : Letmesign23, cchope, chriwyatt, Iselie, liliputienne31, Dazzled-C, acoco,

phika17, Nymphea51, slakware, kadronya Qui ont eu quelques bouffées de chaleurs avant de se rendre compte que ça ne serait pas pour cette fois ! :D Ca m'a fait assez rire quand même :P !

Pour : Arnacoeur, Perryn, Clemence F, chriwyatt, Iselie, chouchoumag, Baby07, liliputienne31, kikinette11, phika17, Nymphea51, kadronya, marnchoups Qui commencent sérieusement à se creuser la tête !

Alors, Eddie, Vampire ou pas Vampire ?

Et c'est quoi ces BDs ?

Et c'est quoi ces recherches à la bibliothèque ?

Et qu'est ce qui s'est passé dans son passé ! ?

Et plein d'autre question… Certaines élabores des théories assez intéressantes, certaines touchent presque la vérité du doigts, sauf que c'est un peu plus compliqué que ça… ^^

Enfin bon, j'espère que je n'ai oublié personne... Si c'est le cas, vous avez toutes mes excuses...

Sur ce, profitez de la lecture. Je ne suis pas entièrement satisfaite de ce chapitre... Peu importe, j'attends vos réactions, bonnes ou mauvaises, avec impatience !

Bonne lecture,

Elinae/


Plus de trois semaines avaient passé depuis cette fameuse soirée ou nous avions failli faire l'amour, et nous nous étions assagi, autant l'un que l'autre. Autant que nous le pouvions en tout cas ! Je continuais à aller régulièrement chez lui pour poser, et il en profitait pour me faire dessiner également, histoire de perfectionner ma technique. Il m'avait proposé de poser pour moi, j'avais refusé –Folle, que je suis ! – Ne voulant pas créer un malaise, et surtout parce que j'aurais été bien trop intimidée pour esquisser le moindre trait face à son corps nu.

Ou peut-être que tu te serais jeté sur lui !

Ainsi, il se contentait de m'amener en ville, à des terrasses de café, dans des parcs, pour me faire croquer des New-Yorkais au hasard.

Nous n'avions plus reparlé de quoi que ce soit de gênant. Ni de ses dessins si étranges qu'il avait voulu me cacher, ni des bizarreries de son passé, et je m'étais abstenue de lui parler de son excursion à la bibliothèque, et de sa passion pour le moins étrange pour les vampires…

Au lieu de ça, j'avais commencé à tenir une sorte de journal, en fait, c'était plutôt un Zap book dans lequel je recensais tous les détails incohérents sur la personne d'Edward Cullen. Et après seulement trois semaines, ce journal était devenu un fourbi de mots et de phrases illisibles, additionnées de dessins qui me passaient par la tête dans mes longues séances de réflexion.

Il me suivait partout, et tant pis pour la couverture déchirée et les pages gondolées…

Quant à notre désir l'un pour l'autre, il était en attente. En attente de quoi ? Je n'en avais pas la réponse. Il avait été très clair ce fameux soir, il avait eu envie de moi autant que j'avais eu envie de lui.

Peut-être étais-ce trop tôt, peut-être n'étais-ce pas le bon moment. J'étais certaine d'une chose, c'est qu'Edward faisait, et ferait partie intégrante de ma vie…

En étant sûre de ça, l'attente n'importait plus. Les choses arriveraient quand elles arriveraient.

Je posais encore et toujours à l'institut des beaux arts, et une sorte de routine agréable s'était installée à mon insu, Je n'étais plus gênée le moins du monde par le regard des étudiants. Mike Newton ne m'avait plus manifesté d'intérêt. Peut-être parce qu'il sentait qu'Edward l'avait à l'œil. Il n'était pas menaçant, juste… vigilant.

La paye était tombée il y a quelques jours… plus que satisfaisante. Ma deuxième paye ne devrait pas tarder à arriver non plus, celle de Louisa. Ma routine au café était tout aussi agréable. Les clients allaient bon train, je travaillais dur, vite et bien, ce qui me permettait d'oublier les petits soucis qui m'occupaient l'esprit lorsque je n'avais rien d'autre à faire. En fait, mes journées au café étaient les bienvenues, bien remplies, et pleines de bonne humeur, auprès de Loulou et Jacob qui se révéla être un confident et un frère. Je lui racontais presque toutes mes frasques. Presque… L 'épisode des vampires, je le passais sous silence.

Je me tirais de mes pensées en voyant un siège se libérer dans le métro, je jetais un coup d'œil alentour pour vérifier que personne n'en ai plus besoin que moi et finit par m'affaler sur la place dans un petit soupir de contentement. Nous étions vendredi matin, la journée d'hier avait été difficile, surtout que j'ajoutais à mes jours de travail des soirées d'extras dans des restaurants, lorsque j'en trouvais, et lorsque je me sentais assez en forme. C'était le cas la veille au soir, sauf que les lendemains se faisaient sentir...

Les gens autour de moi étaient tous plus hagard les uns que les autres, la même tête de déterrée que celle que je devais arborer, il faut dire que la lumière jaunâtre du métro ne faisait rien pour arranger nos cas. Je cherchais des yeux une montre sur le poignet d'un des passagers. 8 :23, il me restait une bonne vingtaine de minute avant d'arriver à destination. Je fouillais dans mon sac et en sortis mon Zap Book vert déchiré et commençait à griffonner à l'intérieur.

Vendredi 23 Octobre 2009,

Le ciel de New York est couvert pour la première fois depuis le début de l'automne. On dirait bien que l'été indien touche à sa fin ! Peut-être aurais-je la chance d'admirer un orage ce soir.

J'arrêtai là. D'autres observations suivraient dans la journée, au fur et à mesures des heures. Je balayais la rame de métro bondée du regard, à la recherche de ma prochaine victime. Je m'efforçai de dessiner le plus possible. Dessiner dans un métro était un exercice particulièrement intéressant, je ne savais pas à quel moment le passager que je dessinais descendrait. Il me fallait ainsi saisir ses traits et sa silhouette en quelques coups de crayons. Si j'avais de la chance, je descendais avant lui, sinon, je me retrouvais avec une esquisse plus que sommaire.

Aujourd'hui, comme tous les autres jours, beaucoup des passagers étaient des hommes et femmes d'affaire en costumes trois pièces et tailleurs cintrés, une vieille dame lisait un roman à quelques mètres à ma gauche, un SDF dormait profondément sur un strapontin à ma droite, faisant le vide autour de lui, sans doute parce que les gens voulaient éviter le moindre contact avec lui, et qui étais-je pour les juger ? Je regardais en face de moi cette fois. Un jeune homme m'observait, assis sur un siège face au mien, je ne l'avais pas vu avant, des passagers entassés debout, devant nous, nous cachaient la vue.

Pourtant, maintenant que j'avais accroché son regard, impossible de le perdre.

Flippant.

Je ne voyais presque que ses yeux. Noirs, et sa peau blanche qui contrastaient avec des cheveux d'un noir de jais coupés courts. Ses vêtements étaient particulièrement distingués, absolument pas en accord avec l'ambiance qui régnait dans les sous sol de New York. En somme, il était séduisant mais n'avait pas le regard d'un type qui cherche à vous draguer. C'était juste un regard de prédateur, sauvage, qui ne quitte pas sa proie des yeux.

Et bien, tu seras ma prochaine victime, garçon !

Je déglutis et m'attelai à faire son portrait. Le tout était de ne pas perdre mes moyens, jusque là, aucun de mes modèles improvisés ne savait que je l'observais. Aujourd'hui, ça serait plus qu'évident. Ecoutant les conseils d'Edward, je quittais le moins possible mon modèle des yeux et gardait mon crayon en perpétuel contact avec la feuille. Pas un seul instant il ne dévia le regard. Je tentai de ne pas être déstabilisée. Tâche plus que difficile. Je me sentis rougir lorsqu'un sourire carnassier se dessina sur son visage chargé d'orgueil. Cet homme était dégoutant, parce que détestable. La suffisance se lisait sur chacun de ses traits. Soudain, le besoin d'arracher la page sur laquelle je dessinais s'empara de moi, comme si ce simple croquis empoisonnait toutes les autres pages. Je me retins au dernier moment et me levai pour sortir de la rame, à mon arrêt. J'eus un violent frisson et partis retrouver la lumière du jour en courant presque pour me sortir de ce mauvais rêve. Je resserrai mon blazer sur ma poitrine et enfouis mon nez dans mon épais foulard, à la recherche d'un peu de chaleur en cette matinée. Les quartiers riches de l'Upper East Side eurent l'effet escompté sur mon humeur aussi grise que le temps. Les belles façades, les rangées d'arbre et les trottoirs propres avaient un côté rassurant inexplicable.

J'arrivai devant l'institut en même temps qu'Edward, qui affichait un sourire éblouissant.

Il y en a au moins un qui est de bonne humeur !

-Bella Swan ! Dis donc, tu as bonne mine, on dirait que la nuit a été longue !

Je lui lançai un regard assassin auquel il répondit par un baiser qui claqua à grand bruit sur ma joue. Il soutint mon regard jusqu'à ce que je ne puisse plus retenir un sourire. Quand il s'estima satisfait, il posa ses mains sur chacune de mes épaules et me fit rentrer dans l'école.

-Je plaisantais bien sûr… C'est toujours un plaisir d'admirer ta petite frimousse de rongeur au saut du lit !

-T'es en train d'aggraver ton cas, tu le sais n'est ce pas ?

Je le sentis pouffer dans mon dos, il pressa tendrement mes épaules alors que nous arrivions dans le couloir à l'étage, puis changea habilement de conversation.

-Alors, quelle pose allons-nous prendre aujourd'hui, madame le modèle vivant…?

-Oh mais je te laisse choisir, Cullen. Tu es une source inépuisable d'inspiration à ce sujet… je haussai un sourcil subjectif. Il blêmit un instant mais reprit son assurance immédiatement

Petite vengeance personnelle Swanny ?

Je suis à la limite de l'extase

Mais ça ne va pas durer

-Tu l'auras voulu ! Tu poseras debout. Déclara-t-il avec un sourire désolé parfaitement faux.

-C'est bas, Eddy, tu peux pas me faire ça !

Il plissa les yeux et fit une grimace à l'entente du petit surnom dont je l'affublais depuis quelques jours déjà.

-J'y repenserais peut-être… si tu me supplies et si tu m'accordes ton après midi.

-Je ne peux pas : impossible. J'ai trouvé un job pour cet aprèm', une occasion en or ! Même si je suis condamnée à distribuer des prospectus pour une pizzeria toute la journée… Par pitié, Edward, j'en peux plus, je suis fatiguée, et je ne pense pas que je tiendrais le coup si je dois rester debout, nue et immobile devant une bande de mecs en chaleurs pendant deux heures. Surtout si je dois passer la journée dans la rue… Je ferai tout ce que tu voudras, sauf poser debout ! Peut-être que l'on pourrait se voir ce soir…

-Tout ce que je veux ? Vraiment ?

-Seigneur… Qu'est ce que j'ai bien pu faire pour tomber sur un type comme toi ?

-Sûrement quelque chose de bien !

Je soupirai d'exaspération alors qu'Edward me décrochait un de ses sourires angéliques.

-J'te fais marcher…

-Quoi ?

-J'te fais marcher, et tu cours, mieux, tu galopes ! J'ai prévu depuis hier soir ce que l'on ferait aujourd'hui, la salle est déjà prête. Mais bon, j'ai réussi à obtenir une soirée avec toi alors…

-Saleté d'imbécile… Je te l'aurais accordé sans que tu te donnes tout ce mal.

-Allez, viens Swanny Swan ! Je vais te montrer !

Il ouvrit la porte de la salle. L'estrade avait été déplacée à l'extrémité de la pièce, juste sous la gigantesque verrière, et recouverte d'un lourd tissu en velours rouge, plus confortable et plus chaud que le simple contact du bois, il offrirait surtout un petit drapé au élève, difficulté supplémentaire, même s'ils étaient censé se concentrer sur le modèle vivant plutôt que les détails alentours.

Les chevalets étaient arrangés en arc de cercle autour de l'estrade.

-Voilà, je t'ai préparé un petit cocon. Tu leur tourneras tous le dos, tu t'ennuieras peut-être un peu, vu que tu auras le mur en face de toi, mais, je me suis dis que tu serais plus tranquille…

-T'es un amour…

-Je sais… Allez, va te préparer, le cours commence dans 15 minutes…

Je m'éclipsai dans mon vestiaire personnel et m'enroulai nue dans mon peignoir avant de rejoindre Edward. Quelques étudiants avaient déjà pénétré dans la salle, s'installant calmement à un chevalet, le visage concentré.

Aucun d'eux ne nous prêtait attention. Je rougis tout de même en ôtant mon seul habit après qu'Edward m'ait expliqué comment me placer. Je relevai mes cheveux en un chignon sommaire. Je m'assis sur le velours, tournant le dos à Edward et à la salle, repliait ma jambe droite contre ma poitrine et passait ma jambe gauche, repliée, dessous. Edward s'approcha ensuite, posant son genou sur l'estrade pour se mettre à la hauteur. Il prit délicatement mon bras droit, me demandant de poser mon coude sur mon genou et de faire reposer ma main sur l'espace entre mon cou et mon épaule, juste au dessus de l'omoplate. Ma main gauche, quand à elle, reposait sur le velours, soutenant le poids de mon corps et rééquilibrant la « structure » que formait ma silhouette.

-Tu sais que tu as un dos magnifique. Me glissa-t-il doucement de manière à ce que je sois seule à l'entendre.

-C'est un compliment ? Pouffai-je, moqueuse.

-Oh, c'en est un, Swan ! Et arrête de rigoler comme une baleine, de dos on dirait une épileptique en pleine crise.

Je secouai la tête de dépit en entendant Edward s'éloigner de moi pour commencer son cours.

-Bien, aujourd'hui, nous allons tous travailler sur le modèle vivant de dos. N'imaginez surtout pas que c'est tâche facile, en fait, c'est un exercice assez complexe. Un dos, ce n'est pas une surface plane dénuée d'intérêt, loin s'en faut ! Trapèzes, deltoïdes, grand dorsal… etc. N'oubliez donc pas qu'il y a des muscles sous cette couche de peau. Concentrez vous, et faites vous plaisir. Laissez vous porter par la sensualité d'un dos nu –parce qu'il n'en manque pas – mais prenez garde aux proportions ! On se laisse vite piéger par un corps trop allongé, même les artistes les plus aguerris ont ce problème ! Peut-être parce qu'une chute de rein se doit d'être interminable…

L'assemblée se mit à rire devant le discours du professeur Cullen alors que je sentais mes joues chauffer. Décidément, il était vraiment d'une humeur à toutes épreuves. Il expliqua encore quelques détails puis le cours commença, enfin. Les deux heures passèrent plus vite encore que d'habitude. J'avais tout le loisir de fermer les yeux et de me laisser tout doucement dériver au fil de mes pensées. C'est le brouhaha des étudiants qui me tira de celles ci, je me retournai et m'empressai d'enfiler mon peignoir qui trainait toujours sur l'estrade avant de filer me rhabiller. Edward, comme d'habitude, m'attendais à la fin en faisant mine de s'occuper de papiers importants à son bureau. En fait, j'étais presque sûr qu'il veillait à ce que personne n'entre me déranger jusqu'à ce que je sois habillée et en sécurité.

-J'ai cours jusqu'à midi, tu m'attends pour manger un morceau ? Tenta-t-il, peu sûr de lui

-Je crève la daaalle, Edward ! Et puis, je commence mon boulot à 14h…

Sa moue d'enfant gâté finit de m'achever et j'acquiesçai dans un soupir exaspéré.

-Tu n'as qu'à aller faire un tour au Metropolitan Museum, rassure toi, il y a largement de quoi combler une heure sans moi, tu n'auras même pas le temps de faire un étage. Je t'offre même les $20 du ticket d'entrée, tu en as pour 10 minutes à pieds.

-Pourquoi pas le Musée Guggenheim, il est juste à côté ?

-Parce que celui là, je veux le faire avec toi, et puis il y a une super bonne cafèt' au Met.

-T'as gagné, j'y vais…

-T'es géniale, j't'adore !

-Je sais, je sais…

En fait, ça m'arrangeait, le Metropolitan Museum était le genre de musée incontournable, une collection hallucinante de quoi rassasier les amateurs d'art. Quant à moi, j'aurais pas mal de choses à me mettre sous la dent pour exercer mon coup de crayon.

Je marchais instinctivement dans le musée depuis cinq petites minutes, sans prêter attention au sens de visite. Le genre de truc qui horripilait pas mal de gens mais je voulais éviter certaine période artistique pour en privilégier d'autres, j'avais une heure pour en profiter.

Je fis un tour dans les salles réservées à la collection d'Art moderne et m'appesantit plus particulièrement sur des fantastiques toiles du fauvisme et d'expressionnisme allemand. Mouvements correspondant à une période, qui m'intéressait particulièrement. Les fauves, pour l'explosion de la couleur et la rupture avec l'académisme. Les expressionnistes allemands, parce que c'est la période qui correspondait à la guerre de 14, un tournant majeur dans l'histoire de l'art. Personnages inquiétants, paysages angoissants, courbes sinueuses, couleurs agressives. Tout cela était fascinant. Je m'éloignais à regret de cette aile du bâtiment pour me diriger vers les toiles impressionnistes, m'affalant sur un banc, fatiguée.

-Mademoiselle… Sussurra une voix mielleuse juste derrière mon oreille.

Je fis un bond de trois mètres sur le banc et me retournai immédiatement pour tomber nez à nez avec le type qui était en face de moi dans le métro le matin même. Je dus à plusieurs reprise avaler de grande goulée d'air, mon cœur se remettait très mal de cette intrusion dans mon intimité. Une boule me bloquait ma gorge pour je ne sais quelle raison. Peut-être parce que quelque chose me disait que ce n'était pas une simple coïncidence. Et peut-être parce que les yeux noirs de cet homme étaient trop plein d'une malveillance parfaitement dissimulée derrière une façade de courtoisie. A y repenser, ce n'était pas le genre de personne que l'on croise dans les transports en commun. C'était plutôt le type qui a une trop haute opinion de lui pour se mêler au « bas peuple ». Alors pourquoi ?

-Monsieur. Lui répondis-je froidement

-Samaël. Appelez-moi juste Samaël. Puis-je m'asseoir ?

Je m'abstins de répondre quoi que ce soit et détournai le regard pour me concentrer sur le plan du musée entre mes mains. Mon indifférence ne le découragea pas le moins du monde et ...Samaël, se retrouva a mes côtés,

-Peu importe votre nom… Pardonnez-moi d'être aussi intrusif. J'ai tendance à oublier les bonnes manières quand il s'agit de discuter avec une passionnée d'Art, qui plus est une passionnée d'Art Moderne… j'ai vu juste ?

-Cela ne vous regarde en rien, « juste Samaël ». Que me voulez vous ?

-Converser en charmante compagnie au hasard d'une rencontre est donc interdit ?

-Vous avez raison, Samaël, conversons, puisque cette rencontre est un hasard. Lançai-je faussement repentante tout en me levant du banc

-Accompagnez-moi, voulez vous ? Repris-je

-Avec grand plaisir !

Il se leva prestement en croisa ses mains dans son dos. On ne pouvait pas lui enlever, il avait de la prestance mais n'en était pas moins détestable. Nous circulâmes à travers les grandes allées et les vastes salles

-New York vous plait-il ?

-Je croyais que nous devions discuter Art ?

-Vous ne répondez pas à ma question…

-Et vous non plus !

Un silence pesant s'installa alors que nous continuions à avancer dans les galeries peu fréquentées à cette heure ci.

Je m'arrêtai soudain, attirée par une toile impressionniste. Je jetai un coup d'œil à la pancarte explicative. « Claude Monet, La Grenouillère, 1869 »

-Laissez moi devinez. Les impressionnistes sont vos favoris ?

-Qu'est ce qui vous fait dire ça ?

-De la pure déduction… Les toiles impressionnistes plaisent plus aux…

-N'en dites pas plus. Le coupai-je, acide. Votre commentaire est réducteur pour moi, pour la gent féminine et pour ces artistes. Et vous vous trompez lourdement sur mon compte. La démarche des expressionnistes me touche autrement plus. Mais je vous ferais grâce de mes réflexions à ce sujet, j'ai bien peur qu'elles ne vous intéressent pas. Maintenant, pardonnez moi, mais je dois rejoindre un ami.

Je tournai les talons et me dirigeait vers le grand escalier pour descendre au restaurant.

-A bientôt, Bella…

-QUOI ? Je fis volte-face. Il avait disparu.

Ce type était un fou dangereux ! Son regard, son sourire, sa manière d'être, il respirait la malveillance. Le simple fait que je l'ai croisé deux fois dans la même journée, qu'il ait eu ce comportement à mon égard, et qu'il connaisse mon prénom, me le prouvait. Et ça faisait froid dans le dos. Je fonçais au premier étage du Met à la recherche de la cafeteria, Une pendule indiquait 12h07, Edward ne tarderait plus, à présent. Je m'assis à une table vide en l'attendant et sortis mon zap book, en cherchant rapidement la page sur laquelle j'avais dessiné ce Samaël.

Un prénom qui me rappelait quelque chose sans que j'arrive à comprendre pourquoi. Il était peu courant, me semblait-il. Jamais je n'avais connu de personne portant ce nom. Et pourtant, il m'était familier. Je parvins enfin à la bonne page et griffonnais rapidement le prénom dans un coin de la feuille, histoire de remettre chaque chose à sa place, puis m'empressait de jeter le carnet négligemment dans mon sac en voyant Edward arriver. Sa présence me rassura immédiatement.

-Alors, cette visite ?

-C'était sympa.

Mensonge par omission, quand tu nous tiens…

Oh ta gueule !

-C'est tout ?

-Que veux-tu que j'te dise, que je m'ennuyais de toi ?

-C'est le cas ?

Je lui envoyais une bourrade à l'épaule qui le fit s'esclaffer bruyamment, au grand damne des touristes qui lisaient tranquillement leur guide de voyage.

-Bon, Tigresse, je croyais que tu avais les crocs. C'est moi qui régale, inutile de protester.

-D'accord, ne bouge pas, je vais chercher ce qu'il nous faut pendant que tu gardes les sacs.

Edward me passa un billet de 50 dollars pour un menu enfant pour lui… Ben voyons. Le fondant au chocolat n'était proposé que dans le menu enfant, disait-il ! Je pris nos deux plateaux et me dirigeai vers notre table. Ce que je vis en me retournant me glaça le sang. Edward, les yeux rivés sur mon carnet vert, avec cette expression de dégoût et de déception.

J'avais tout écrit à l'intérieur. Tout.

Mes doutes sur son enfance, toutes les hypothèses que j'avais pu émettre, de l'adoption, à la maltraitance. J'y avait mentionné l'épisode de notre dispute à propos des dessins qu'il avait réalisé, j'avais mis sur papier toutes mes impressions à ce sujet, ainsi que tous les détails concernant Edward depuis le dernier mois, en passant par sa visite étrange à la bibliothèque.

- Je te déconseille d'en lire plus Edward… lui dis-je d'une voix un peu trop tremblante.

- Qui es-tu pour écrire tous ces trucs sur moi ? Souffla-t-il froidement, visiblement excédé parce qu'il avait découvert.

- Non ! Toi, qui es-tu ? Et de quel droit fouilles-tu dans mes affaires?

- Il dépassait de ton sac, je croyais que c'était un de tes carnets de croquis, je voulais simplement jeter un coup d'œil ! On dirait que j'ai été bien inspiré ! Putain, mais qu'est ce qui ne va pas avec toi ? Fit-il en tentant de maîtriser sa voix à grand mal pour éviter que nous nous fassions remarquer. Je frissonnai en réalisant que s'il l'avait pu, il m'aurait sans doute hurlé dessus.

- Tu me caches des choses, Ed, je sais qu'on ne se connaît que depuis un mois mais merde, j'en peux plus de tes cachoteries. Tout ce qui tourne autour de toi est secret ou incohérent ! S'il n'y a rien, explique-moi ! Je ne demande qu'à savoir et à comprendre, et maintenant, prends ce foutu menu enfant parce que je suis en train de me cramer la main !

Il me prit le plateau des mains, de mauvaise grâce et continua a feuilleter mon carnet comme si de rien n'était.

- Edward… je t'en pris arrête ! Beuglais-je en tentant de lui arracher des mains.

- Merde, j'y crois pas ! Tu m'as suivi ! Mais t'es complètement cinglée !

-Calme toi…

Je voulus l'apaiser en posant ma main sur la sienne, mais il retira celle ci immédiatement, comme brûlé à mon contact. Son geste de recul me brisa le cœur. Il n'aurait jamais du tomber sur ce fichu cahier. Surtout pas lui…

-Mais comment veux-tu que je me calme, Bella. Ces choses… il y a une bonne raison pour que je ne les aie pas dites.

Edward posa son front dans sa main et soupira faiblement et douloureusement.

- Parle moi, Ed, je ne vais pas te juger, je veux juste t'aider !

- Si seulement c'était aussi simple…

Cette phrase n'avait été qu'un chuchotement. De résignation, de colère. Un chuchotement auquel je ne pouvais pas répondre.

Le silence reprit son droit, entre nous deux. Je sentis mes pommettes rougir de honte, rougir de ma défaite face au défi que je m'étais lancé. Et puis, il avait ces larmes de rage qu'on ne veut laisser couler sous aucun prétexte parce qu'elles sont signes de faiblesse. Le sel me piquait les yeux, à tel point que je devais en avoir les yeux rouges. Un battement de cils aurait suffit à tout lâcher et dieu sait que j'en avais besoin. Respirer m'était douloureux, la gorge obstruer par une boule de colère.

Je levai les yeux sur Edward, il n'était pas dans un meilleur état que moi. Il était près à tout envoyer balader. Les jointures de ses poings, blanches à force de les serrer sur mon carnet dont les pages se froissaient sous sa poigne, la respiration presque haletante. Il était à bout, et c'était exactement ce que je voulais éviter. Il allait se braquer.

Détends l'atmosphère, Bella, c'est ta spécialité. -

Oui, la preuve, il a l'air très détendue en ce moment

Essaye !

Réfléchis bien, Bella, qu'est ce qui pourrait bien lui enlever le balais que je lui ai fourré moi-même dans les fesses ?

-Mange, ça va être froid. Lui dis-je timidement.

Le regard d'Edward se braqua sur moi, ahuri et je sus que j'avais réussi.

Rajoute en une couche !

-Tu m'as fais un cirque pour avoir ce menu enfant, Edward, alors arrête de me regarder avec ces yeux de merlans frits, et mange avant que ça ne refroidisse !

Il fit une grimace qui ressemblait vaguement à un sourire exaspéré avec beaucoup d'imagination –Et piqua bruyamment dans une frite avec sa fourchette.

-T'es un enfer, Swan…

-Je sais ! Je suis désolée. Pour tout ça. Et estime toi heureux que je le fasse, parce que tu n'étais pas censé tomber là dessus et même si c'est un peu de ma faute puisque je l'emmène partout avec moi, tu n'aurais jamais dû le lire. Imagine un peu si ça avait été mon journal intime ! C'en est plus ou moins un, d'ailleurs…

Edward piqua un fard monumentale et plongea le nez dans son assiette en piquant un par un ses petits pois. Sa main gauche était toujours fermement accrochée au carnet. Ma parole, on aurait dit un vrai gosse.

Edward qui rougit –on aura tout vu ! –

-Tu as cru que c'était mon journal intime, c'est ça ? C'est pour ça que tu l'as lu ? T'es qu'une sale fripouille, Cullen, tu le sais ?

-N'essaye même pas de retourner la situation en ta faveur, Swan, c'est peine perdue. Bon sang, mais j'ai l'impression que tu as mené une enquête sur moi ! On t'a privé de Cluedo étant petite ? C'est ça ?

J'étouffais un éclat de rire de justesse derrière ma main

-Ca te fait rire ?

-Tu es vraiment tordant quand tu t'y mets.

Il se cacha le visage dans les mains deux secondes, j'entendis un profond soupir, puis il réapparut adouci

-Je suis incapable de me disputer avec toi, Bella, et je suis incapable de t'en vouloir…

Je ne pus retenir un sourire du coin de la lèvre, rougissant gênée par sa remarque.

-Parle moi, Edward, juste, parle moi. J'ai besoin que tu me fasses confiance, je ne te demande pas de tout me dire, tout le monde a ses secrets, tu ne peux pas te livrer corps et âme sans en garder pour toi, mais dis m'en plus, fais moi confiance, implorai-je en reprenant mon sérieux.

-Je sais que je le peux…

Je fixai ses prunelles vertes et fit passer tout ce que je pus dans mon regard. J'étais trop proche du but pour m'arrêter là, et il le savait

Nous finîmes notre repas dans le silence sans que cela soit gênant. Tout avait été dit. Je préférais laisser Edward réfléchir à ce qu'il avait à me dire.

Quand j'eus finit de manger mon désert, que je relevai les yeux pour voir qu'Edward m'observait avec insistance, les yeux plissés de concentration.

-Tu as finis ? me demanda-t-il

-Oui…

-Quelle heure est-il, Bells ? Continua-t-il en se levant, m'entraînant à sa suite.

-Bientôt 13h00

-Et ton job, c'est de quand à quand ?

-Je commence à 14h, et je devrais être libre aux alentours de 19h, le temps de repasser au restaurant, disons 19h30.

-Bien… Il faut que je… réfléchisse à tout ça. Je passe te chercher ce soir après ton travail. Passe moi l'adresse du restaurant.

-Mais...

-Ne discute pas, Bell, je serais là. Et pour… le reste, ne t'inquiète pas.

« Le reste ». Il allait me parler. Il allait le faire. Après mon travail.

Patience Bella.

-Entendu. On se voit ce soir alors.

Ses lèvres s'étirèrent en un minuscule sourire un brin mélancolique. Edward me serra brièvement dans ses bras, appuyant longuement ses lèvres contre ma tempe et m'abandonna là, au milieu du hall du musée.

Après avoir fini la distribution des tracts et être repassée au restaurant qui m'avait engagé, je trouvai Edward, bras croisé, devant le restaurant, alors qu'il n'y était pas lorsque j'y étais entré quelques minutes plus tôt. Parfait.

-Ca te dit une petite promenade, Swan ?

J'étais intimidée, absurdement. J'avais presque tout montré à cet homme. Mon corps, mon âme. Il savait que je le désirais, que je tenais assez à lui pour m'inquiéter de ce qui avait pu lui arriver dans le passé. Je lui faisais confiance. La seule chose qu'il ne savait pas de moi était mon passé. Autant dire qu'il ne me connaissait pas... Je le blâmais pour ses cachoteries, mais je ne valais pas mieux que lui.

Cette promenade m'intimidait, parce que je ne savais pas quelle en serait l'issu, tous les murs, ou presque, tomberaient, ce soir.

- Je te promets que je ne vais pas te manger. T'es craquante, mais pas comestible.

- Tu perds rien pour attendre, Cullen. C'est toi le plus indigeste de nous deux.

Edward, le vrai, celui qui aime jouer avec le feu, celui qui ne peut pas s'empêcher de me mettre gentiment des bâtons dans les roues. La tristesse que j'avais lu sur son visage ce midi là avait disparu, comme si la journée de méditation qu'il s'était accordé avait porté ses fruits.

- Allez, viens, et garde ta salive pour la suite.

- La suite?

- Oui... La suite.

Nous marchions depuis près d'une heures dans les rues de New York. Un curieux jeu de question réponse s'était mis en place sur le chemin. Le restaurant italien pour lequel j'avais travaillé aujourd'hui se trouvait dans Greenwich Village, j'ignorait tout de l'endroit ou nous étions mais à ce moment, ce genre de détail importait peu.

Edward venait tout juste de finir de m'expliquer pourquoi sa glace préférée était celle au beurre de cacahuète, il cherchait à présent une question à me poser avec cet air concentré absolument craquant sur son visage.

- Une phobie ! lança-t-il enthousiaste

- Ne ris pas… mais je crois que… j'ai un peu peur des fantômes sur les bords.

- Les fantômes… murmura-t-il, dubitatif, au bord du fou rire.

C'est l'hôpital qui se fout de la charité, venant d'un type qui passe ses journées à la bibliothèque pour étudier les vampires !

- Ouai, enfin, les fantômes, les esprits, tous ces trucs là, quoi.

- D'accord, ricana-t-il

- Vas-y ! Rigole, on verra bien quand tu te retrouveras nez à nez avec l'un d'eux ! Bon… une série culte ?

- Je dirais… « How I Met Your Mother », sans la moindre hésitation… La relève de « Friends », en beaucoup moins ringard.

Je le fusillai du regard. Il me répondit par un sourire joueur

-Je t'interdis de critiquer « Friends » ! « HIMYM » n'en est qu'une pâle copie ! « Friends », c'est intemporel, mythique et indémodable.

-J'ai comme l'impression qu'on n'en finira jamais si on commence à débattre là dessus, alors c'est à moi de te poser une question…Une saison?

- L'automne… Trop souvent dénigrée. Une couleur ?

-Le bleu. Une fleur ?

J'hésitais un instant avant de répondre. Je n'y avais jamais vraiment réfléchis avant qu'il me pose la question. Et pourtant, j'en connaissais des fleurs. Pas exotique, non, elles étaient bien de chez nous…

Un besoin de me livrer naquit, puissant, dans ma poitrine pour ne plus la quitter. Il était temps d'en parler.

- Tu sais ce qui me manque, ici, à New York ? C'est ce rapport étroit à la nature dont ne bénéficient que les petites bourgades. J'ai grandi dans une petite ville. Tu ne la connais sans doute pas : Forks. C'est dans l'Etat de Washington…

Edward me lança un sourire encourageant, me poussant à continuer.

-… Je… Mon père en est le shérif. Il n'a pas beaucoup de boulot, tu t'en doutes, avec seulement 3000 habitants, mais bon, il fait ce qu'il a à faire. On n'était pas très riche, alors mon père nous emmenait, ma mère et moi au parc national de la Péninsule Olympique pour les vacances, c'était à deux pas de chez nous, si ce n'est chez nous. Mais c'était toujours mieux que de rester enfermée à la maison. Mon père m'emmenait quand il pouvait en forêt, ou dans les montagnes.

J'esquissai un sourire à cette pensée. Charlie passait son temps à râler contre tout le monde, et contre son boulot, mais avait un bon fond. Il aimait ce qu'il faisait plus que tout.

- Il voulait m'impressionner, je crois, en me donnant le nom des fleurs qu'il connaissait. Moi, j'étais juste émerveiller par tout ce qu'il savait. Je crois que ma préférée, celle que j'aimais plus que toutes les autres fleurs, c'était le myosotis. Je crois que c'est son nom que j'ai tout de suite aimé. (note del'auteur / En anglais, myosotis est traduit par « forget-me-not » soit, ne m'oubliez pas, souvenez-vous de moi.)

- Ca te manque ?

- Sans doute… Mais je ne regrette pas d'être venue à New-York.

- Moi non plus, je ne regrette pas que tu sois venue. Rigola-t-il doucement.

Je lui répondis par un petit sourire. Parler de ma famille m'avait fait plus de bien que je ne l'imaginais et j'étais reconnaissante à Edward de ne pas m'en demander plus, j'avais épuisé mon quota de révélation pour la soirée. Lui, par contre, n'avait rien révélé de son passé… Et de mon côté, je n'avais rien tenté, de peur de la mettre mal à l'aise. Je décidai de lui poser une question anodine qui pourrait néanmoins le conduire à me parler.

- Le nom de la ville dans laquelle tu es né ? Lançai-je

Un panel d'émotions indéchiffrables traversa son regard mais il reprit immédiatement contenance.

- Nous allons y venir, Bella.

Le silence s'installa entre nous, pas gênant le moins du monde. Je finis pas lui demander ou menait notre promenade nocturne, puisqu'il devait être près de 21h à présent. L'obscurité était tombée depuis un moment sur New York.

- Bella, lève le nez, la réponse est devant toi.

Qu'y avait-il au bout de cette fichue avenue ? Réponse plus qu'évidente :

- Central Park ? Beuglais-je ahurie. Un couple, surpris par le ton que j'avais employé, m'observa bizarrement jusqu'à ce que je leur lance un sourire trop forcé pour être polie.

- Tout juste ! Central Park !

Quand je regardais « Les Experts : Manhattan » à la télé, à Forks, les corps étaient bien trop souvent retrouvés à Central Park, ce que je me gardais bien de lui dire, j'avais ma fierté

- Mais… Il fait nuit, c'est hyper dangereux… Et d'ailleurs, est ce que c'est ouvert ?

- Affirmatif ! Le parc est ouvert jusqu'à une heure du matin. De toute façon, il n'est que 21h, il y aura encore du monde, le parc est un minimum surveillé par des gardiens, mais, surtout, le plus important, je suis là, et tu ne risques rien…

- Oui, c'est vrai que si tu es là, rien ne peut m'arriver hein ! Raillais-je en lui faisant une bourrade à l'épaule.

- Tu as raison, je ne peux rien contre les fantômes…

- Salaud…

Nous atteignîmes finalement l'entrée Sud de central park. Et, il avait raison, encore beaucoup de New-Yorkais flânaient dans le parc. Beaucoup de couples, et pas mal de groupes de jeunes qui se prélassaient dans la pelouse en attendant une heure raisonnable pour aller en boite.

- Viens par là, Bella !

Soudain, Edward me tira par le poignet, m'entraînant sur un chemin en terre battue, beaucoup moins engageant que les grandes allées, et absolument pas fréquenté.

- Tu m'emmènes où ?

- Où je t'emmène ? Mais dans un endroit où l'on ne t'entendra plus crier Belli Bells ! Ronronna-t-il d'une voix de miel un poil menaçante.

- T'es flippant…

Il s'esclaffa assez fort pour faire fuir tous les êtres vivants à deux kilomètres à la ronde, alors que je rougissais dans la pénombre. Je lui aurais bien fichu une petite claque derrière la tête mais, en soit, l'entendre rire était un spectacle bien plus intéressant.

Edward nous mena tout droit vers une petite pelouse, un peu isolée, mais assez proche d'une allée pour que nous bénéficiions d'un peu de lumière des vieux réverbères. Il faisait frais, mais le spectacle était magnifique, les rayons de la lune éclairant la pelouse tapissée ça et là de feuilles, allant du doré au rouge foncé. Edward, sans m'attendre, s'allongea dans l'herbe, un bras derrière la tête. Je le suivis, en me mettant à côté de lui, contemplant le ciel dans lequel nous ne pouvions discerner que quelques étoiles, à cause des lumières trop vives de la ville.

- Tu sais pourquoi je t'ai emmené ici, n'est ce pas ?

- Pour me tuer ? Pouffai-je

Edward rigola doucement en me balançant des touffes d'herbe qu'il était occupé à arracher depuis un moment.

La tension monta d'un cran, Edward déglutit, puis commença son récit.

- Je me suis réveillé, il y a neuf ans de ça… j'avais dix sept ans…

East Inlet Wildlife Management Area, New Hampshire, 20 juin 2000

"Il pleuvait des cordes. C'était le genre de pluie froide qui tombe encore au début de l'été, elle vous fouette le visage et vous met les larmes aux yeux, comme si une aiguille vous rentrait dans la peau à chaque goutte. La température pouvait atteindre facilement les 20°C à cette période, dans le nord du New Hampshire. Mais cette pluie avait fait chuter la température à à peine plus de 12°. Un tapis d'épines jonchait le sol imbibé d'eau et la vie semblait avoir quitter la forêt, comme si tous les animaux avaient déserté les lieux. Pourtant, quelqu'un demeurait là, au sol, sans vie, sali par la terre mouillée. Un homme, un jeune homme. Seulement repérable par la couleur étonnante de sa tignasse, qui détonnait sur le sol sombre. »

-… J'avais froid, terriblement froid. Pas à cause de l'air. L'eau me brûlait la peau. Je n'ai pas bougé, je n'y arrivais pas. J'arrivais à peine à ouvrir les yeux alors… J'ai du m'endormir, ou perdre connaissance, parce que je me suis réveillé dans un hôpital. Des gardes forestiers m'avaient retrouvé, deux jours plus tôt, dans un coin désert. Le nord de l'état est très peu peuplé. J'ai eu de la chance…

Edward déglutit avant de reprendre d'une voix éteinte :

- Un chef de police m'a expliqué qu'on m'avait transporté à l'hôpital le plus proche, en observation, à une cinquantaine de kilomètres…

Colebrook, Population : 2300 habitants. New Hampshire.

"- Je m'appelle Edward Anthony Cullen Masen. Repeta-t-il, pour la énième fois. J'ai dix-sept ans.

Cette phrase, il la récitait depuis des jours à des soit disant enquêteurs, qui n'étaient en fait que des chefs de police de petites bourgades. Le Nord de New Hampshire, à la frontière du Canada, était une zone plutôt déserte, méconnue de la petite, moyenne et grande délinquance.

Il était coincé ici, dans cette ville.

Personne ne le réclama,

Personne ne signala sa disparition…

Il n'avait pas mal. Il n'avait pas peur. Il n'était pas triste. Piégé par sa mémoire. Pas le moindre souvenir de sa vie passée ne transparut à travers les limbes de sa mémoire. Comme si un brouillard épais et permanent s'était installé dans sa tête. Toute souffrance était exclue à ce moment là, parce qu'il n'avait rien à regretter.

- Comment peux-tu en être si certain ? Souffla le type dans son uniforme bleu, exaspéré.

Le jeune homme, qui regardait la pluie tomber depuis son lit, ou il était assis en tailleur, détourna ses yeux de la fenêtre pour vriller l'homme du regard de ses iris verts mousse.

- Je le sais, c'est tout. Dit-il tranquillement.

..

-…Je n'avais aucun souvenir de ma vie passée. Absolument rien. Surtout que j'étais en parfaite santé. Pas de maladie, pas de trauma crânien… Rien qui puisse justifier une telle perte de mémoire. A côté de ça, je semblais parfaitement éduqué, n'avait aucun retard de langage, rien. J'ai donné du fil à retordre à la police locale... On m'a pris pour un menteur, un fugueur, on a pris mon histoire à la légère. Les flics ont cherché des Cullen et des Masen et se sont rapidement découragés vu le nombre... Des centaines, peut-être des milliers aux Etats-Unis. De toute façon, il ne croyait pas un mot de ce que je leur racontais, et puis, il y avait d'autres affaires plus importantes que la mienne à traiter.

Edward s'arrêta de parler un instant, perdu dans ses pensées. Il expira longuement puis reprit :

- Je suis resté dix jours dans cet hôpital, la police locale ne s'est pas trop attardée sur mon cas, et j'ai

été transféré dans un orphelinat, à Nashua, dans le sud de l'état. Il n'avait aucun renseignement sur moi, mais j'affirmais avoir dix sept ans. Ils ont considéré le jour où j'ai été découvert dans la forêt comme le jour de ma naissance… Le 20 juin 1983.

Je m'étais couché sur le côté depuis un moment, écoutant son histoire, en l'observant se plonger dans ses souvenirs, les yeux rivés sur le ciel.

- Tu t'endors ? fit-il en me jetant un coup d'œil, le sourire triste.

- Ca ne risque pas ! Continue…

- Bien… Alors, comme tu peux t'en douter, j'étais complètement paumé. L'orphelinat s'est chargé de toutes les paperasses administratives, parce qu'aux yeux du pays, je n'existais pas. Pas de papiers d'identité, pas d'acte de naissance, encore moins de compte bancaire, sans parler d'une couverture sociale ! On m'a fait passer des séries de tests pour évaluer mon niveau. Et là encore, j'avais largement le niveaux requis pour un passage en Senior year. Je savais toutes ces choses, sans avoir aucun souvenir de les avoir apprises. Comme si c'était inné. Je connaissais le programme d'histoire, de maths, et ainsi de suite. C'était tellement… bizarre. J'avais l'impression de débarquer d'une autre planète, programmé comme un robot… Je n'avais aucun dossier scolaire, aucune moyen de prouver mon niveau, alors j'ai du travailler d'arrache pied au lycée, plus que les autres, pour valider des matières que j'aurais du valider les années précédentes. J'ai eu mon diplôme de fin d'étude en Juin 2002 avec une année de retard. L'orphelinat a accepté de me garder l'année de mes dix-huit ans, bien que je sois majeur, pour me permettre de finir le lycée. Dès que j'ai eu mon diplôme, j'ai pris un bus pour New York…

- Comment tu as fait pour te débrouiller seul ?

- Oh, tu sais, même après deux ans seulement, tu n'es jamais livré à toi même quand tu sors d'un foyer de l'enfance. L'année de mes dix huit ans, mes éducateurs ont tout fait pour aider à me réintégrer dans la vie, ils m'ont trouvé un petit boulot à Nashua pendant mon année de terminal. Ils se sont également chargés de me trouver une chambre à New York. Un meublé. Il ne payait pas de mine, mais c'était mon chez-moi, et surtout, le loyer était plus qu'abordable, tout à fait au nord de New York, dans les quartiers plus modeste, à Washington Heights.

Il fixa un instant ses iris dans les miens. Je lui intimai de continuer, d'un signe de tête.

- Je suis donc parti à New York avec quelques économies en poche, et une idée bien précise de ce que je voulais faire. J'avais beau être désorienté, à Nashua, j'avais trouvé un moyen de me ré-acclimater au monde… à m'acclimater tout court en fait. Il faut que tu comprennes, ce jour là, quand je me suis réveillé, c'est un peu comme une deuxième naissance. Je connaissais tout sans jamais l'avoir vu. L'odeur de l'iode à l'océan, je m'en rappelais sans en avoir aucun souvenir. J'avais le sentiment d'avoir déjà toucher du sable. Pire encore… je connaissais des livres, des films, comme s'il faisait parti intégrante de mon cerveau. Sans jamais me rappeler du moment ou je les avais vu…

Je me suis mis à dessiner. La seule chose qui ne m'était pas acquise. J'ai commencé tout doucement, j'ai progressé, je me suis révélé plutôt doué, mais plus que tout, j'adorais ça. Je voulais en faire ma vie, parce qu'il me semblait que c'était la seule chose que j'avais découvert par moi-même, depuis ma… « Renaissance ». J'avais l'impression que le dessin m'aidait à voir le monde par moi-même, à me faire ma propre idée des choses. Le dessin a été mon salut…

J'ai enchaîné les petits boulots pour pouvoir me payer l'école d'art. En tant qu'orphelin, j'avais le droit à une bourse, qui n'était pas suffisante, vu le prix de l'école. Tout y est passé… j'ai distribuer des journaux, j'ai été serveur, j'ai été larbin dans un bibliothèque de quartier et puis, j'ai posé nu, ça paye bien, mais tu le sais déjà ! Jusqu'à ce que j'ai assez pour me payer ma première année…

- Tu peux être fier de toi. Regarde où tu en es.

- Hmm…

Je gardai mes yeux fixés sur son profil divin. Je me sentis ridicule. Ridicule d'avoir pu douter de son honnêteté. Son passé avait été bien moins rose que le mien. Si on pouvait appelé ça un passé, puisqu'il n'en avait pas véritablement un, à part celui qu'il venait de me conter.

Tu as de la chance qu'il ne soit pas rancunier, après la scène que tu lui as faite !

- Je suis désolée de t'avoir imposé ça, Ed.

- Peu importe, il fallait bien que je t'en parle un jour ou l'autre…

J'étais délestée d'un poids, mais pas soulagée. Edward demeurait un mystère. S'il m'avait dévoilé une grande partie de ce que je souhaitais savoir, il avait omis, intentionnellement ou non, d'évoquer les fameux dessins. Ceux qui m'ont fait découvrir une facette de sa personnalité que je ne lui connaissais pas. Il me cachait quelque chose. Sans parler de son expédition à la bibliothèque…

Je brûlai de lui en demander plus. Et je sentais qu'il n'en avait pas encore fini. Il fixait désespérément le ciel, comme s'il était à la recherche d'un réponse que l'obscurité l'empêchait de voir.

- Tout ce que je viens de t'annoncer semble sous-entendre qu'il n'y a pas d'explication à tout ça. Pendant longtemps, j'ai cru que je devrais m'y faire. Que telle serait ma vie. Pourtant, je suis persuadé… Non, je suis convaincu qu'il y a une explication. Il a des signes. Je sais que je ne suis pas seul. Je sais que quelqu'un me surveille de loin.

-Qu'est ce que tu veux dire, le questionnais-je en fronçant les sourcils. Nous y arrivons…

Il tourna encore la tête vers moi pour river ses prunelles aux miennes.

-Ce que je veux dire, c'est que ça ne s'est pas terminé comme ça, Bella. Je n'ai pas simplement continué à travailler pour payer mes études.

-Comme je te l'ai dit. Je suis arrivé à un moment où j'ai eu suffisamment d'argent de côté pour payer ma première année d'école d'Art. Mais je ne m'en sortais pas. J'avais mon loyer à payer, les cours à suivre, les petits boulots pour subvenir à mes besoins, etc. Au bout de 3 mois de cette vie là, j'étais à bout, épuisé et je n'avais pas beaucoup d'économies. Je savais pertinemment que je n'aurais pas suffisamment pour continuer mon cursus malgré les bourses. Jusqu'au jours ou l'on ma envoyé de l'argent. Une grosse somme d'argent. Un don anonyme, dans une enveloppe, en liquide. J'avais honte. Dans un premier temps, j'ai refusé de toucher à ce fric, qui m'aurait pourtant largement permis de payer ma deuxième année à l'école tout en me laissant pas mal d'économies pour gérer le reste sans me tuer au travail pendant un petit moment, si je faisais attention.

Edward déglutit encore puis se détourna vers le cieux, je sentis qu'il peinait à contrôler sa voix. Au loin, nous entendions la circulation et des sirènes d'ambulances qui semblaient nous parvenir d'un univers parallèle. Chaque cellule de nos corps devait être concentrée sur des sons beaucoup plus faibles qui nous grisaient, qui nous déconnectaient du monde réel. Le bruissement des feuilles d'un arbre sous la brise, la rumeur sourde de pas sur le gravier, plus loin. La respiration de l'un et de l'autre.

-J'ai réfléchis. Reprit-il plus doucement. A m'en donner la migraine. J'ai réfléchis à ce que j'allais devenir. Et puis, j'en suis arrivé au point de non retour. Celui ou j'étais à deux doigts de toucher le fond, de me faire virer de mon minuscule appartement. J'ai utilisé cet argent pour payer quelques mois de loyer à l'avance, pour me poser. Peser le pour et le contre. Faire un point sur ce début de vie. J'avais tout l'air d'un adulte, mais j'étais apeuré, ignorant de ce qu'était la vie, la vraie vie, pas celle dont je me faisais l'idée à mon réveil le jour de mes 17 ans, j'étais juste un pauvre gosse orphelin sans expérience.

J'ai arrêté les petits boulots pendant un mois. Puis j'ai repris, de peur de me reposer sur de l'argent que j'aurais vite fait de dilapider, je ne voulais pas compter sur un hypothétique futur don anonyme.

Il se stoppa encore une fois dans son récit. Peut-être parce qu'il sentait que j'avais besoin d'encaisser tout ce qu'il me disait. Et peut-être aussi parce que se souvenir de ses années de vie n'était pas une tâche des plus aisées.

-J'ai eu 19 ans. A la fin de ma première année d'étude. Je n'étais plus dans le besoin. J'avais gardé assez d'argent pour me payer ma deuxième année, alors j'ai continué.

-Tu n'as aucune idée d'où vient cet argent.

-Non…

-Ca ne vient pas d'un de tes éducateurs ? A l'orphelinat ?

-J'aurais pu le penser s'ils en avaient eu les moyens. Ils sont loin de posséder une telle somme d'argent, Bella. J'ai continué à travailler. Pendant mes 4 années de cursus. J'ai eu des hauts et des bas. Et à chaque fois que j'étais au bord du gouffre, à l'extrême limite. Une grosse somme d'argent arrivait. De plus en plus importante en fait. . Parfois virée directement sur mon compte, anonymement.

Ce que je ne croyais pas possible, pour un virement, tu dois forcément donner ton identité à la banque. Là, pas moyen de savoir. Comme si tout le monde avait été payé pour garder le silence C'est arrivé deux autres fois. A chaque fois, ça me rendait mal à l'aise. J'avais l'impression de tricher. J'avais l'impression d'être un enfant dont on surveille les arrières constamment. Bon sang, je devenais paranoïaque. Je ne me sentais pas autonome, et j'avais le sentiment que je devrais rendre des comptes à quelqu'un, un jour au l'autre. Ca n'est pas arrivé.

A 23 ans, j'ai été diplômé. Un des meilleurs étudiants. J'avais besoin de me poser, parce que ces années avaient été épuisantes, bien qu'enrichissantes. En école, tu ne te contenteras pas de faire du dessin… Tu feras beaucoup de peinture, différentes techniques, différents matériaux, différentes époques. Bien sûr, de la sculpture, on t'apprendra à travailler par informatique. Tu peux participé à autant d'ateliers que tu veux.

Je sortais tout juste de l'école, je n'avais aucune expérience professionnelle. Ils m'ont engagé comme professeur de dessin. Seulement quelques heures par ci par là au début, puis un peu plus. Cela fait trois ans, à présent.

-On a tous besoin de coup de pouce, dans la vie, Ed'.

-A ce niveau là, ça ne s'appelle plus un coup de pouce… C'est un gros coup de poker. A l'orphelinat, on fait tout pour que tu te réintègres le mieux possible à la vie. J'ai eu la chance d'être accueilli l'année de mes 18 ans pour finir ma dernière année de lycée. Beaucoup d'enfants en orphelinat n'ont pas ma chance. Certains deviennent sans-abri le jour de leurs 18 ans. Moi, on m'a accueilli, aidé, aiguillé. Et même avec ça, j'ai été dépassé par les évènements. Je ne sais pas qui m'a envoyé cet argent, mais il m'a sauvé la mise. Et pour je ne sais quelle raison, cette personne ne veut pas se montrer. Alors, oui, je me pose des questions. Je n'arrête pas de m'en poser. J'y pense sans arrêt.

-Je suis tellement désolée, Edward…

Celui ci se tourna sur le flanc, me faisant face et m'affrontant de ces yeux si verts, et si expressifs. Son souffle calme vint tout doucement glisser sur mon visage et fit frémir une mèche de mes cheveux. Edward leva sa main et la posa sur ma joue, caressant du pouce ma pommette, à l'endroit exact où mes rougeurs apparaissaient lorsque j'étais gênée comme à ce moment là. Il esquissa un sourire attendri, puis ses doigts effleurèrent ma joue jusqu'à ce que son index trace le contour de mes lèvres dans un touché aussi léger que possible. Je ne pus m'empêcher d'admirer ses lèvres, à lui, légèrement entrouvertes, que j'avais envie de saisir entre les miennes comme avec un fruit mûr.

Au lieu de ça, je me contentai d'un baiser à la commissure de ses lèvres, et enfouit mon visage dans son cou, emprisonné par sa main qui me pressait la nuque et son bras qui entourait ma taille.

-Et… et la bibliothèque ? Pourquoi tout ça ? Pourquoi les vampires ?

-Pour rien, Bella. C'est rien…

Et mes interrogations s'envolèrent, juste pour quelques heures.