Chapitre 9 : Vision


Alors qu'il avait été limpide seulement quelques heures auparavant, le ciel de Theed était désormais obscurci par de lourds nuages gris et menaçants. Une forte pluie s'était mise à tomber depuis plusieurs minutes déjà, détrempant rapidement la pelouse soignée du jardin des Naberrie.

Assis à une table de bois, un adolescent aux cheveux bruns paraissait totalement indifférent aux martèlements de l'averse sur la tonnelle, juste au-dessus de lui. Les yeux fermés, et les mains jointes sur la table, Alan appréciait au contraire ce bruit familier, tandis qu'il était en train de s'ouvrir entièrement à la Force, un exercice qu'il n'avait eu que trop peu l'occasion de faire depuis son exil forcé sur Myrkr.

Il n'y a pas d'émotions, il y a la paix.

Valadiel avait toujours donné l'impression à ses condisciples –et parfois même à ses maîtres - qu'il contrôlait parfaitement ses émotions. Toutefois, cela n'avait été qu'une apparence car le Padawan avait souvent été troublé par les sentiments qui l'habitaient, bien qu'il soit parvenu à relativement bien les dissimuler.

Yoda leur avait enseigné dès l'enfance le véritable sens de ces quelques mots. Un Jedi ne devait pas chercher à réprimer ses émotions car celles-ci étaient aussi naturelles pour un être vivant que de respirer ou de se sustenter. En revanche, il était important pour les Jedi de comprendre ce qu'ils ressentaient, de confronter chacune de leurs pensées, chacun de leurs doutes pour mieux parvenir à les interpréter, ainsi qu'à les résoudre.

En grandissant, Alan avait tenté d'appliquer ce précepte au mieux de ses capacités et, pendant un certain temps, il avait réussi. Avec l'aide de Maître Felder, il était passé de l'élève doué et sûr de lui à un Padawan plus modéré et, d'une certaine manière, assez classique. Il se souvenait qu'à une époque, rien ne lui aurait d'avantage fait plaisir que de marcher dans les pas de son mentor, en devenant un Chevalier Jedi conforme aux attentes du Conseil.

Etrangement, c'était Kol lui-même qui l'avait poussé à remettre graduellement en question toutes ses opinions, notamment concernant l'Ordre Jedi. Bien que n'étant pas un Jedi gris, Felder cultivait la même indépendance d'esprit que certains de ses pairs, comme le défunt Qui-Gon Jinn, même s'il ne les exprimait pas d'une manière aussi exubérante que son vieil ami.

A l'adolescence, il avait commencé à s'interroger sur ses sentiments à l'égard d'Elena. Etant enfant, il était facile de la voir comme une sœur mais avec les années, il lui était devenu plus difficile de nier l'attraction graduelle qu'il nourrissait à son égard. Son maître l'avait alors mis en garde contre l'attachement mais en lui précisant aussi qu'il ne devait pas s'inquiéter outre mesure de ces émotions, inhérentes à la puberté.

Pourtant, lorsqu'il avait revu la jeune Telmak après plus de trois années de séparation, leur lien n'avait guère perdu en intensité. Au contraire, il lui avait semblé qu'ils étaient plus proches qu'ils ne l'avaient jamais été. De la même manière, l'étreinte qu'ils avaient partagée lui avait paru… intense mais juste.

Il n'y a pas d'ignorance, il y a la connaissance.

Malgré leur ancienneté et leur étendue, les Archives du Temple Jedi n'abritaient pas toute la connaissance de l'univers, même si elles constituaient peut-être ce qui s'en rapprochait le plus. Alan avait appris à les utiliser mais aussi à considérer la possibilité qu'elles puissent être incomplètes au regard de certaines informations qu'il recherchait.

En l'occurrence, tout le savoir à sa disposition ne lui était pas d'un grand secours pour obtenir les réponses aux questions qu'il se posait. Certes, les archives lui avaient fourni des pistes mais jusqu'ici, elles s'étaient toutes terminées dans des impasses.

D'après ce qu'il avait pu glaner comme informations depuis son départ du Temple, c'était comme si Jango Fett avait disparu de l'espace connu. Certains le prétendaient mort, tandis que d'autres insinuaient qu'il avait dégotté un contrat bien juteux auprès d'un peuple de la Bordure Extérieure. Bref, de nombreuses rumeurs couraient à son sujet mais il était impossible de discerner le vrai du faux, surtout qu'aucune n'ouvrait sur une piste tangible.

Il n'y a pas de passion, il y a la sérénité.

Voilà un précepte qui s'était avéré difficile - voire impossible - à appliquer sur Myrkr. Privé de la Force peu de temps après son arrivée, à cause de la présence abondante des Ysalamiri, Alan avait dû laisser de côté toute notion de plénitude ou de sérénité pour survivre. Le Padawan n'avait pas été particulièrement fier de son comportement mais il lui avait paru vital d'éliminer les petites créatures - le plus souvent en les donnant en pâture aux Vornskrs – afin de retrouver un semblant de contact avec la Force.

Encore maintenant, il évaluait chaque situation comme s'il pouvait être attaqué à tout moment. Cela avait certes sauvé la vie de la Reine Amidala au Palais mais cela n'excusait en rien ses actions pour autant. Avec le temps, il espérait retrouver la sérénité qui l'habitait jadis mais il en doutait. L'entraînement Mandalorien lui avait laissé une impression durable, autant par son aspect très pragmatique que par sa philosophie sous-jacente. Ceux qui prenaient les Mandos pour des brutes épaisses n'auraient pas pu être plus éloignés de la vérité.

Il n'y a pas de chaos, il y a l'harmonie.

L'environnement au milieu duquel il se trouvait était une parfaite illustration de ce précepte. Qu'il s'agisse de l'eau qui permettait aux plantes de vivre, des forces gravitationnelles qui maintenaient le système solaire de Naboo en place, ou même de la Force, qui liait toutes choses entre elles, on pouvait trouver une harmonie, une raison, à tout ou presque.

Etant résolument pragmatique, Valadiel considérait cette phrase comme l'une des plus exactes du Code Jedi, même si elle n'était pas forcément la plus facile à accepter. En effet, elle impliquait que chaque événement, même les plus tragiques, arrivait pour une raison et qu'il fallait que le Jedi soit en mesure de l'interpréter et de le comprendre.

Il n'y a pas de mort, il y a la Force.

Se mordant inconsciemment la lèvre inférieure, Alan lutta intérieurement pour ne pas revoir les images de la mort de son ancien maître défiler dans son esprit. Comment se persuader que la mort n'était rien de plus que le passage d'un état à un autre, alors qu'il ressentait encore aussi clairement la souffrance causée par la disparition de Felder ? Un Jedi était censé se vouer à établir un équilibre, entre la lumière et l'obscurité, le bien et le mal, la vie et la mort… mais cela signifiait-il pour autant qu'il devait accepter les actions d'Aurra Sing comme normales ? La vengeance n'était certes pas la voie du Jedi mais était-ce une raison suffisante pour tomber dans l'inaction ?

Il ne faut jamais avoir honte de ce que tu ressens, Al'ika. Ce sont tes sentiments, autant que tes choix, qui déterminent qui tu es.

Un sourire fleurit sur ses lèvres tandis que ces paroles lui revenaient en mémoire, telle une caresse sur son esprit agité. Se focalisant sur le semblant de sérénité qu'il avait atteint, le Padawan plongea au cœur de la Force, là où le passé, le présent et le futur se mêlaient pour ne faire plus qu'un.

Comme il s'y était attendu, le voile du Côté Obscur recouvrait tout. Son opacité empêchait les Jedi d'entrevoir l'avenir aussi nettement qu'ils l'auraient fait d'ordinaire. Toutefois, ce n'était pas ce qui allait arrêter Alan. Plongeant telle une lame de lumière dans les ombres, son esprit s'aventura plus loin, jusqu'à finalement traverser une partie du voile…

… et apercevoir quelque chose qu'il ne s'était pas du tout attendu à trouver.


Coruscant.

Par l'immense verrière qui lui faisait face, le Padawan pouvait voir les hautes tours de la capitale galactique se dresser dans le ciel nocturne, l'éclairant de ses innombrables lumières artificielles. Pour une raison qui lui échappait, ce paysage d'ordinaire accueillant lui semblait étrangement froid, presque glacé.

Détournant son regard de la fenêtre, il prit conscience qu'il se trouvait dans un endroit qu'il ne connaissait pas. A première vue, il s'agissait d'un appartement des plus luxueux, s'il en jugeait par son mobilier et surtout par son emplacement très élevé. Toutefois, la décoration lui paraissait quelque peu familière. Oui, les diverses sculptures et autres œuvres d'art qui occupaient les tables basses et le reste du mobilier étaient clairement semblables à celles qu'il avait pu admirer au palais royal de Theed.

Son attention se porta alors sur la silhouette d'un droïde doré qui se trouvait à l'autre bout de la pièce. Avec sa forme humanoïde caractéristique, on reconnaissait facilement qu'il s'agissait d'un 3PO, un droïde protocolaire assez en vogue auprès des diplomates depuis plusieurs décennies, notamment pour ses capacités de traducteur et sa faculté d'adaptation lorsqu'il rencontrait de nouveaux langages.

Se dirigeant vers l'endroit par où était venu le droïde, Alan aperçut une silhouette se tenant seule dans l'obscurité. Bien que se trouvant derrière elle, il put reconnaître qu'il s'agissait d'une femme aux longs cheveux bruns. Ce ne fut qu'après s'être positionné à côté d'elle qu'il put reconnaître son visage.

Amidala.

La reine de Naboo se tenait juste à côté de lui, vêtue d'une longue robe de soie bleue qui lui allait à merveille. Elle lui paraissait un peu plus âgée, comme si les années avaient laissé une empreinte sur son visage, par les responsabilités qu'elle avait eu à porter. Néanmoins, cela n'avait en rien altéré sa beauté, bien au contraire. Cela n'expliquait toutefois pas l'inquiétude et l'infinie tristesse qu'il pouvait lire sur ses traits et dans la Force. Ses émotions étaient si puissantes qu'elles menaçaient presque de l'engloutir.

C'est à cet instant qu'elle éclata en sanglots, les larmes s'écoulant librement telles des perles sur ses joues diaphanes. Ne comprenant pas ce qui pouvait susciter tant de chagrin chez la jeune femme, il porta son regard dans la direction qu'elle avait fixé quelques instants auparavant.

Son cœur manqua un battement face à l'horrible spectacle dont il était témoin.

Le Temple Jedi était en feu. Il pouvait voir l'épaisse cheminée de fumée qui s'en échappait tandis que l'édifice millénaire était illuminé par la teinte rouge-orangée des flammes qui léchaient les cinq tours qui culminaient au sommet du Temple.

C'était impossible, absolument inconcevable et pourtant, il n'arrivait pas à détourner son regard de cette effroyable réalité. Concentrant ses perceptions, il put enfin ressentir l'origine de son malaise antérieur : un vide. Un vide laissé par les morts des centaines, peut-être même des milliers de Jedi qui se trouvaient au Temple. Il arrivait cependant à ressentir la terreur des jeunes initiés et un sentiment de trahison qui émanait des chevaliers mais pas le moindre souffle de vie…

La destruction d'un tel monument Jedi, à laquelle nul ne semblait s'opposer, ainsi que l'élimination systématique de ses occupants ne pouvait signifier qu'une seule chose : la fin de l'Ordre. Cela voulait dire que dans un futur plus ou moins proche, les Jedi allaient peut-être disparaître, ou tout du moins être exterminés de la surface de Coruscant.

Peut-être était-ce la signification de ce voile du côté obscur sur l'avenir? Tel un ciel dépourvu de la moindre étoile pour l'éclairer, ce futur ressemblait à une nuit éternelle, où les Jedi ne seraient plus là pour y ramener un semblant de lumière. Une galaxie entière se livrant aux Sith, avec le sang des Jedi comme sacrifice…


- Alan !

Le Padawan rouvrit brusquement les yeux mais il lui fallut plusieurs secondes pour se souvenir de l'endroit où il se trouvait. Jamais auparavant il n'avait expérimenté une vision avec une telle clarté, et surtout avec une telle intensité. C'était presque comme s'il s'était vraiment trouvé là-bas, et qu'il avait assisté de ses yeux à la destruction de son ordre.

Redressant lentement la tête, il croisa le regard inquiet de Padmé, qui se trouvait juste à côté de lui. Une de ses mains était posée sur son épaule, comme si elle avait essayé sans succès de le secouer pour le réveiller.

- Majesté ? Parvint-il à articuler d'une voix rauque.

- Vous m'avez fait peur ! Vous étiez comme… tétanisé et puis, vous vous êtes mis à pleurer.

Valadiel haussa un sourcil en signe de curiosité en entendant ces derniers mots avant de porter une main à son visage. A sa grande surprise, il sentit effectivement le tracé des larmes sur ses joues. C'était vraiment étrange, surtout lorsqu'on savait que le Padawan n'avait pas versé la moindre larme depuis la mort de son ancien maître.

Ce n'est qu'en abaissant son regard sur la main en question qu'il se rendit compte qu'elle tremblait. Etait-ce de peur ? Une peur intrinsèque que l'Ordre Jedi vienne à s'éteindre et qu'il ignore comment l'en empêcher ? Ce n'était pas la première fois qu'il avait une vision du futur mais jamais il n'en avait vu d'aussi… catastrophique.

Reprenant le contrôle sur ses émotions, il porta son regard sur son interlocutrice.

- La vision que j'ai eue a été très… troublante. Lui expliqua-t-il enfin, tout en essayant de faire cesser le tremblement.

- Une vision ? Qu'avez-vous vu ?

Il ouvrit la bouche pour lui répondre mais se ravisa avant qu'aucun son n'ait pu franchir ses lèvres. Comme Yoda le leur avait souvent répété : Toujours en mouvement, est l'avenir. Ce n'était après tout que l'un des futurs possibles mais il y avait malgré tout une certaine probabilité qu'il se réalise. Or, Amidala se trouvait dans la vision, ce qui signifiait qu'elle aurait peut-être un rôle important à jouer par la suite… et qu'il ne pouvait donc pas se permettre de lui révéler des informations qui pourraient altérer ce futur.

- Je n'en suis pas certain mais en tout cas, cela ne concernait pas le futur proche.

Sois attentif au futur mais pas au détriment de l'instant présent.

Tels avaient été les mots prononcés par Qui-Gon Jinn lorsque le Padawan l'avait occasionnellement interrogé sur les impressions du futur qu'il ressentait parfois. Au vu de la situation actuelle et du danger imminent que courrait la reine, il lui paraissait plus que recommandé de suivre ce conseil.

- Que puis-je faire pour vous, votre altesse ?

- Mes parents viennent tout juste de rentrer et ils souhaiteraient beaucoup faire votre connaissance.

La souveraine lui avait dit que ses parents rentreraient finalement assez tard, après la tombée de la nuit en tout cas, en raison d'une visite que les époux Naberrie devaient faire à l'un des anciens étudiants du père de Padmé. Ce n'est qu'en levant la tête qu'il s'aperçut que le soleil s'était couché depuis longtemps et que les nuages s'étaient dispersés, cédant la place à un ciel peuplé d'étoiles. Le Padawan réprima un frisson en se souvenant de la voûte céleste de Coruscant, et du temple en flammes.

Il fut heureusement arraché à ces sombres pensées lorsqu'Amidala reprit la parole.

- Le dîner sera prêt d'ici quelques minutes. Ils espèrent que vous vous joindrez à nous.

Valadiel avait pris soin d'emporter suffisamment de rations pour tenir un siège de plusieurs jours mais cela ne voulait pas dire qu'il souhaitait substituer de la vraie nourriture à ces barres protéinées au goût infect. Après plusieurs années où il n'avait mangé que des fruits et de la viande, un repas traditionnel ne lui ferait sans doute pas de mal.

- J'en serais honoré, majesté. Répondit-il d'une voix neutre, en acquiesçant de la tête.


- Vous n'avez donc trouvé aucun Jym Lang dans vos registres ?

Jaden n'était pas particulièrement surpris par ce que venait de lui apprendre le Capitaine Panaka. Après tout, le chasseur de primes n'était sans doute pas stupide au point d'utiliser sa véritable identité pour se rendre sur un monde où il avait un contrat à mener à bien. Malheureusement, une autre explication possible quant à son absence des registres d'émigration résidait aussi dans le fait que les Naboo étaient peu regardants envers les personnes qu'ils accueillaient.

Même si le Jedi trouvait leur générosité à recueillir toute la misère de la bordure médiane assez remarquable, leur manque de rigueur vis-à-vis de l'identification des personnes constituant leurs flux migratoires lui compliquait beaucoup la tâche. Sur un monde comme Coruscant ou Kuat, tout vaisseau entrant ou sortant était catalogué par son code de transpondeur, sa cargaison et ses passagers.

- Non, en effet. J'ai toutefois lancé une recherche avec les critères que vous m'avez fournis concernant le Rodien au centre de statistique de Theed.

Le maître Jedi haussa un sourcil en signe de curiosité, enjoignant le chef des Forces Royales de Sécurité à poursuivre son explication.

- Le Conseil Consultatif a toujours formellement interdit une maîtrise même relative de l'immigration mais… j'ai réussi à proposer une loi permettant de recenser les nouveaux arrivants selon leur espèce, leur âge et leur motif pour venir ici.

- Comment êtes-vous parvenu à la faire voter ? L'interrogea Damas, sincèrement curieux quant à la façon dont Panaka avait persuadé les personnes assez obtuses qui constituaient le Conseil.

Le capitaine esquissa un sourire malicieux avant de lui répondre avec entrain.

- Je leur ai dit que le centre de statistique de la capitale se plaignait de ne pas avoir d'informations suffisantes pour faire des études plus exactes sur les habitants de Theed et que ce manque de données faussait complètement les rapports exigés par le Sénat, comme celui portant sur la démographie planétaire de Naboo.

- Puisque c'est la vérité, j'imagine qu'ils n'avaient pas grand-chose à redire à ce sujet ?

- Sio Bibble a quand même tenté de s'y opposer mais sa majesté a apposé son veto, rétorquant que la même remarque lui avait déjà été faite par le Sénateur Vancil.

Entrant une carte de données dans le terminal, le projecteur holographique ne tarda pas à afficher une liste de tous les Rodiens ayant mis les pieds sur Naboo ces six derniers mois. Par chance, ce nombre n'était pas très élevé. Ce n'était guère surprenant lorsqu'on savait que la plupart des Rodiens qui quittaient leur planète natale étaient des mercenaires ou des chasseurs de primes. Même les quelques artistes qui partaient de Rodia préféraient se rendre sur les mondes du noyau, afin d'y accroître leur notoriété.

En affinant un peu la recherche en laissant de côté les Rodiennes, les enfants et les personnes âgées, le nombre de suspects potentiels ne comptait plus qu'une douzaine d'individus.

- Hm… la moitié d'entre eux sont déjà repartis de Naboo. Ce qui nous en laisse six. Déclara Panaka.

- En effet. Je suppose que vous n'avez pas leur adresse ?

Le capitaine secoua la tête en signe de réponse négative. Même si la liste des assassins potentiels s'était largement réduite, ils n'avaient aucun moyen de savoir où ils se trouvaient. Laissant échapper un soupir, le maître Jedi passa une main sur sa courte barbe tout en cherchant un moyen de localiser Jym Lang. Le nombre de Rodiens sur Naboo était très peu élevé donc ils devaient se remarquer assez facilement mais s'ils faisaient l'erreur de communiquer sa description de manière publique, le chasseur de primes saurait instantanément qu'il était recherché et chercherait à disparaître. Pire encore, il pourrait essayer de faire diversion en organisant des attentats aléatoires dans la capitale, causant la mort d'innombrables innocents…

C'est alors qu'une étincelle s'alluma dans ses yeux gris et il reporta immédiatement son attention sur Panaka.

- Combien y a-t-il de spatioports à Theed ?

Le Capitaine des Forces Royales de Sécurité parut réfléchir à la question avant de pianoter sur son datapad. L'écran afficha alors une courte liste de noms, correspondant à de petits points rouges clignotants sur la carte de Theed.

- Hormis le spatioport principal de Theed, déjà opérationnel mais dont la reconstruction ne sera achevée que d'ici plusieurs mois, il existe un petit nombre de spatioports privés, réservés à l'usage de certains dignitaires et de quelques commerçants très fortunés.

- Y a-t-il d'autres spatioports en dehors de ceux de Theed ?

- Un seul à ma connaissance, celui de Keren.

S'il en croyait les données qui s'affichaient sous ses yeux, cela faisait un total de huit spatioports dans la capitale de Naboo, et un autre dans la ville de Keren. Jaden avait rapidement réalisé qu'une planète relativement peu industrielle comme Naboo ne devait pas avoir un trafic particulièrement dense, ce qui limitait aussi les possibilités pour l'assassin d'Amidala.

Profitant du manque flagrant de régulation migratoire de la planète, le Rodien était probablement venu à bord de son propre vaisseau. Or, même si Damas ignorait exactement quel type d'appareil il possédait, il y avait de grandes chances pour que le vaisseau en question soit lourdement modifié, ne serait-ce qu'en matière d'armement. Il leur suffisait donc de passer les différents spatioports au peigne fin, et ce le plus discrètement possible, et ils auraient ainsi de grandes chances d'attraper Lang.

- Trouvez-moi le maximum d'informations sur les propriétaires des spatioports privés de Theed ainsi que sur toutes les personnes capables d'autoriser un atterrissage discret dans les spatioports publics de Theed et de Keren. Lorsque ce sera fait, assemblez vos hommes en neuf groupes, de préférence lourdement armés et rejoignez-moi au hangar principal.

Panaka acquiesça de la tête et partit immédiatement avec son datapad sous le bras, laissant Damas méditer dans les quartiers qui lui avaient été alloués. En réalité, Jaden n'avait pas l'intention d'ouvrir son esprit à la Force. Non, il se demandait plutôt s'il devait mettre son Padawan au courant de l'avancée de l'enquête ou bien le laisser mariner encore un peu, dans l'espoir qu'il se mette enfin à table...

Bizarrement, son instinct lui soufflait qu'il pourrait attendre longtemps avant qu'Alan ne se décide à lui confier ses secrets.


Alan ne se sentait pas véritablement à l'aise au milieu de la petite famille même s'il tentait de le cacher tandis qu'il lançait un regard circulaire autour de lui. A l'extrémité de la table siégeait Ruwee Naberrie, le père d'Amidala ainsi que le patriarche de la famille. Visiblement âgé d'une cinquantaine d'années, l'homme aux cheveux bruns coupés court était large d'épaules et dégageait une présence assez imposante mais aussi très sereine. Le Padawan ne put s'empêcher de penser qu'il se serait remarquablement bien fondu dans le décor au milieu d'un cortège de maîtres Jedi s'il avait été en mesure de maîtriser la Force.

A sa droite se trouvait un jeune homme aux cheveux châtains et dont les yeux noisette étaient en partie dissimulés par une paire de lunettes. Il s'agissait de Darred Janren Naberrie, l'époux de Sola ainsi que le père de l'enfant qu'elle attendait. D'après ce qu'il avait glané de la conversation entre la reine et sa sœur ainée, Darred travaillait comme architecte au Palais, en l'occurrence sous la supervision du Conseiller Hugo Eckener, l'Architecte en chef.

A la gauche du beau-frère d'Amidala se trouvait Sola, qui passait distraitement une main sur son ventre rond, un sourire paisible sur le visage tandis qu'elle paraissait absorbée dans ses pensées.

Alan se trouvait quant à lui en face de Darred, c'est-à-dire à la droite du patriarche et donc à côté de la souveraine. La seule absente n'était autre que la mère d'Amidala, qui ne tarderait pas à venir les rejoindre à table s'il en croyait la délicieuse odeur de nourriture qui provenait de la cuisine.

- Sola nous a dit que vous étiez un Jedi ? Demanda finalement Ruwee en se tournant vers Alan.

Valadiel repensa à la question que lui avait posée la sœur d'Amidala quelques heures plus tôt et la manière dont il avait utilisé la Force pour faire voler un fruit shuura jusqu'à lui avant de déclarer qu'il était formellement interdit aux Jedi d'éprouver ce genre de sentiment pour quelqu'un. Il aurait dû se douter que sa petite démonstration n'aurait pas suffi à satisfaire sa curiosité.

Toutefois, avant qu'il n'ait eu le temps de répondre, Amidala prit la parole à sa place.

- Non, il n'est encore qu'un Padawan. Un apprenti Jedi. Expliqua-t-elle devant le regard interrogatif de son père.

Loin de s'en offusquer, Alan profita de l'intervention de la reine pour consulter son comlink et vérifier que l'appareil sonnerait bien en cas d'appel. En effet, il avait programmé le droïde astromecano avec la fréquence de son comlink pour être en mesure de communiquer avec lui à tout moment, et tout particulièrement si R2-D2 percevait une menace potentielle grâce à ses senseurs.

- N'est-il pas imprudent de confier la protection de Padmé à un simple apprenti ? Intervint le jeune architecte, clairement perplexe.

Valadiel se contenta de lui adresser un sourire qui donna à Darren l'impression que son interlocuteur le considérait comme un insecte avant que le Padawan ne prenne la parole d'un ton particulièrement condescendant.

- Rassurez-vous, je ne me suis pas porté volontaire pour faire du baby-sitting mais je n'ai pas vraiment eu le choix en la matière.

Tous les autres occupants de la pièce parurent choqués par les paroles qu'il venait de prononcer, comme l'avait d'ailleurs espéré le Padawan mais ce dernier ne s'arrêta pas là, focalisant son attention sur l'architecte.

- Quant à mes compétences… pourquoi ne pas vous en montrer un échantillon ? Cela permettra peut-être de passer outre tout malentendu.

Il leva alors légèrement sa main droite avant de murmurer d'une voix douce.

- Vous avez vraiment sommeil. Pourquoi ne pas vous reposer quelques instants dans la chambre d'amis à l'étage ? Le Conseiller Eckener serait déçu que son subordonné le plus prometteur ne soit pas à la hauteur de ses devoirs à cause du manque de sommeil.

Les yeux du jeune homme se voilèrent tandis qu'il se levait lentement de la table avant de déposer un baiser sur la joue de son épouse.

- Sola, il faut vraiment que je dorme. Le Grand Architecte sera mécontent si je ne parviens pas à finaliser les derniers plans de la nouvelle tour d'ici les prochains jours…

Et sans rien ajouter d'autre, il se dirigea vers l'escalier et monta à l'étage, laissant Ruwee et ses deux filles complètement éberlués par ce qu'il venait de faire. Alan se contenta de porter un verre d'eau jusqu'à ses lèvres et eut le temps de boire quelques gorgées avant que Sola ne prenne la parole d'un ton inquiet.

- Que lui avez-vous fait ?

- Juste un peu de persuasion avec l'aide de la Force. Rassurez-vous, vous ne risquez pas grand-chose. Cela ne marche que sur les esprits faibles. Répondit simplement le Padawan en adressant un regard appuyé à Amidala.

Les joues de la souveraine rougirent mais l'apprenti de Damas aurait bien été en peine de déterminer si c'était parce qu'elle ressentait de la colère ou bien de la honte, ou encore un subtile mélange des deux. Bien sûr, ce n'était pas comme s'il le souciait réellement de ce qu'Amidala pouvait bien penser de lui. Cependant, il préféra mettre les choses en clair en reprenant la parole d'une voix calme et absolue dépourvue de l'humour qu'elle comportait précédemment.

- Bien que n'étant pas encore un Chevalier Jedi, je ne suis pas un simple novice. J'ai été assigné à cette mission parce que je suis en mesure de me défendre dans des environnements particulièrement hostiles, et aussi parce qu'aucun de vous, y compris la Reine ici présente, n'est en mesure de tenir tête à un véritable assassin. Si vous avez des plaintes à formuler, vous pouvez bien évidemment les adresser à mon maître au Palais.

Aucun des trois Naberrie ne sut quoi répondre, et ils n'eurent finalement pas à le faire car c'est cet instant que choisit la mère de Padmé, Jobal, pour arriver avec deux plats chargés de nourriture et un grand sourire aux lèvres.

- J'imagine que vous devez avoir faim. Régalez-vous !

Le Padawan n'eut pas besoin qu'on le lui dise deux fois. Attrapant récipient sur récipient, il prit un peu de tout et commença à déguster les différents mets, qu'il ne connaissait pas pour la plupart. A peine eut-il enfourné la première bouchée qu'il laissa échapper un soupir de contentement. Jobal laissa échapper un petit rire avant de s'asseoir, son époux et ses deux filles étant toujours stupéfiés par son brusque changement de comportement.

- La nourriture est-elle si terrible au Temple Jedi ? L'interrogea Jobal, un sourire amusé flottant sur ses lèvres.

Alan avala plusieurs gorgées d'eau avant de finalement lui répondre, son visage lui aussi éclairé d'un sourire appréciateur.

- Disons qu'elle n'est pas si mal mais je n'ai pas eu beaucoup l'occasion d'y goûter. Avant la semaine dernière, je n'y étais pas retourné depuis trois ans.

- Oh… et où vous trouviez-vous ?

Le Padawan prit en bouche un morceau de viande particulièrement savoureux et l'ingéra avant de se lancer dans son explication.

- Sur une planète jungle où mon vaisseau s'était écrasé. J'ai passé tout mon temps là-bas à échapper aux prédateurs… ou à les tuer. N'étant pas vraiment équipé d'appareils culinaires, je devais me débrouiller avec des baies et les viandes de quelques animaux comestibles que je découpais avec mon sabre laser avant de les faire cuire brièvement au feu de bois. Si je m'attardais trop, il y avait de grandes chances pour que les Vornskrs retrouvent ma trace rapidement…

Il préféra ne pas en dire plus, laissant le silence retomber sur la table tandis qu'il continuait de manger avec un bel appétit. Ce fut le père de Padmé qui finit par poser la question fatidique :

- Notre fille est-elle en grand danger ?

Alan ne répondit pas immédiatement. Posant ses couverts avec délicatesse avant de s'essuyer les coins des lèvres avec sa serviette, son assiette étant complètement vide, il tourna la tête vers Ruwee et joignit ses mains d'un air pensif, comme s'il réfléchissait à la réponse la plus appropriée. Lorsqu'il finit par répondre, ce fut avec une voix des plus posées et des plus sérieuses.

- Elle a au moins un assassin à ses trousses, et il n'est pas passé loin de la tuer au palais. Je dirais donc que oui, le danger est sérieux. Toutefois, je ferai mon possible pour qu'il ne lui arrive rien, même si je dois y laisser ma vie. Veuillez simplement ne pas ébruiter le fait que votre fille cadette réside chez vous en ce moment. Même si les gens connaissent davantage le nom « Amidala » que Naberrie au regard de la souveraine, il n'est pas impossible que le ou les commanditaires soient au courant de l'identité d'origine de votre fille.

Un nouveau silence s'installa à la table et il ne fut interrompu que par un bâillement qui se fit entendre derrière Jobal. Se frottant les yeux d'un air clairement distrait, Darren observa les expressions sérieuses et tendues des personnes attablées avant de les interroger à voix haute :

- J'ai raté quelque chose ?