Hey. Après réflexion, ce chapitre sera le dernier. Manque de temps, manque d'idée, manque de motivation, il était temps de terminer cette fic que j'ai trop tardé à compléter. J'espère néanmoins que vous avez appréciez ce long voyage (pour si peu de chapitres !). Malgré tout, je tenais vraiment à la compléter et à vous offrir un épilogue, même s'il passe sur plein de choses qui auraient dû être développées mais qui ne le seront pas. Désolée pour ça. Mais quand on est bloqué, mieux vaut pas trop insister, sinon la fic sera jamais terminée, ou alors très mal terminée !

En tout cas merci de votre soutien et qui sait, peut-être à une prochaine fois dans ce fandom ! (Pour le moment, j'avoue être à court d'idées…)

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Ephémère

Chapitre 7 : Vivre

Plusieurs semaines avaient filé depuis leur départ de Kyoto. Finalement, Minako avait décidé de rester à Tokyo au moins le temps de son traitement. Le fait qu'un appartement contenant une montagne de cartons emplis des affaires de l'idole les attendait déjà lorsqu'elles étaient arrivées en ville restait toujours un mystère pour Rei. Néanmoins elle s'était beaucoup amusée à aider son amie à les déballer. Il ne fallait jamais sous-estimer tout ce qu'on pouvait apprendre d'une personne rien qu'à travers les objets qu'elle avait – ou n'avait pas.

Bien sûr, puisqu'il en serait toujours ainsi avec Minako, l'idole avait tenu à pouvoir être présente lorsque Rei avait déballé ses affaires dans l'appartement que lui avait trouvé son père (le sénateur devait toujours s'interroger sur la raison derrière l'immense sourire de sa fille lorsqu'il lui avait annoncé l'adresse – l'immeuble se situait à quelques rues de celui de son amie). Devoir surveiller Minako et supporter ses taquineries tout en répondant à ses questions avait sérieusement ralenti son emménagement, mais la jeune femme n'en regrettait pas une seconde. Ces journées leur avaient permis de rester un peu davantage dans leur bulle et plus encore de rattraper le temps perdu, d'évoquer les souvenirs de leur adolescence respective. D'apprendre à connaître un peu plus les femmes qu'elles étaient devenues.

Sans parler, bien sûr, du fait que ce temps passé ensemble avait également servi à asseoir leur relation et à en définir un peu plus les contours. Etrangement, l'intimité entre elles semblait naturelle, évidente, alors que Rei se souvenait avoir sans arrêt douté de ses propres gestes lors de sa relation précédente, avoir dû faire avec la maladresse et la nervosité naturelles qu'entraînaient les premiers pas dans une dynamique amoureuse. Peut-être que ce sentiment de surprise face à cette facilité découlait seulement du retour de leurs souvenirs Senshi, des jeunes filles qu'elles avaient alors été. Toutes les deux n'étaient plus si furieuses contre la vie (ou la mort), si gardées, si défiantes. Elles avaient muri, et le cœur de Rei se réchauffait de constater que Minako avait su se libérer de son passé pour réapprendre à vivre libre et heureuse. Il y avait une force en elle, une lumière vibrante qui avait presque chassé les ombres l'ayant avalée entière des années plus tôt. Et dans les yeux de l'idole, la prêtresse pouvait découvrir qu'elle-même avait aussi changé pour le mieux.

Au fil des jours, une routine s'était installée entre elles. Rei se levait, se préparait et rejoignait Minako dans son appartement (lorsque Minako n'avait pas dormi chez elle ou lorsque Rei ne se trouvait pas déjà dans l'appartement en question). Si ce matin-là Minako avait décidé que son réveil représentait son pire ennemi et l'avait ou éteint ou tout simplement jeté contre le mur, Rei préparait le petit-déjeuner tout en l'encourageant à se lever (les encouragements se changeant en menaces au fil des minutes).

Si Minako (pour une raison extraordinaire que Rei ne pouvait comprendre) se trouvait être ce jour-là du matin, elle s'habillait en attendant Rei et elles préparaient ensuite le petit-déjeuner ensemble.

Troisième éventualité, la plus rare et de loin la plus surprenante, Rei arrivait chez Minako pour découvrir que sa petite amie avait préparé leur petit-déjeuner seule (mais cela comportait aussi certains risques, Minako aimant particulièrement prendre des libertés avec les recettes).

Il arrivait aussi que Minako doive rester à jeun, du coup Rei se contentait de l'attendre patiemment (ou moins patiemment) dans le salon en avalant un jus de fruit ou un thé.

Dernièrement elles passaient de plus en plus souvent la nuit ensemble ce qui avait plusieurs avantages, dont celui de s'assurer que Minako ne dépassait pas le quota décent de réveils fracassés (Rei assurait que celui-ci devait être fixé à un par semaine, Minako défendait que le plus juste serait de le fixer à quatre).

Ensuite, leurs journées dépendaient de plusieurs facteurs. Des traitements de Minako, en passant par les paparazzis rencontrés ou non dans la ville, par les visites de Rei à Hikawa et chez son père, par l'état de fatigue de Minako, jusqu'aux éventuels rendez-vous avec des amis ou des proches et leurs envies respectives. L'un dans l'autre, tout se déroulait plutôt bien, et bien que les séances à l'hôpital rendaient Minako malade ou l'épuisaient, les médecins se montraient plutôt optimistes quant à ses chances de rémission – elle avait d'ores et déjà évité la chirurgie ce qui évidemment avait soulagé tout le monde.

Deux mois de ce quotidien plus tard, Minako avait insisté pour que Rei commence à faire des projets pour l'avenir. Après avoir médité et y avoir beaucoup réfléchi, la jeune femme avait opté pour la reprise de ses études de psychologie, comptant bien passer le diplôme lui permettant d'exercer auprès des enfants. L'université avait accepté son dossier et elle devait reprendre les cours au début du prochain semestre. Quant à Minako, à part quelques déclarations officielles à la presse par managers interposés ou par internet concernant sa santé, elle ne souhaitait pas vraiment se pencher sur son avenir professionnel. Rei approuvait ce choix : la jeune femme avait besoin de toutes ses forces pour combattre la maladie dans le présent. L'avenir pouvait très bien attendre.

En tout cas, l'un des souvenirs les plus remarquables composant cette période se trouvait être la rencontre entre Minako et le reste de la bande, quelques semaines auparavant. Rei ne put s'empêcher de sourire en y repensant.

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A peine étaient-elles entrées dans l'appartement de Motoki et Makoto que les deux femmes avaient été submergées par les embrassades. Une fois les cris extatiques un peu taris, Usagi tapa plusieurs fois dans ses mains pour tenter (en vain, bien sûr) de calmer son excitation.

« Je suis si contente que vous soyez là ! Et MINAKO ! »

« Usagi, elle est juste à côté de toi, pas la peine de lui hurler son nom dans les oreilles, et de toute façon, je suis sûre qu'elle le connaît déjà, » lui fit remarquer Rei, dont l'air agacé se trouvait trahi par son sourire amusé.

« Moi je ne lui en veux pas, » nota Makoto, un grand sourire sur son visage, « je suis encore coincée entre 'Oh mon dieu c'est Minako Aino qui est dans mon salon !' et 'Ca fait vraiment chaud au cœur de revoir Vénus !'. Ces double-souvenirs, quelle plaie ! »

« Je vois ce que tu veux dire, » affirma l'intéressée avec un petit rire alors que tous s'installaient dans le salon.

Mamoru aida Motoki et Naboru à amener à boire et hocha la tête.

« Au moins nous sommes tous là. En parlant de ça, quand êtes-vous arrivées en ville ? Vous nous avez appelés avant-hier mais je suppose que vous avez pris le temps de vous installer. »

« Ca va faire deux semaines, » informa Rei tout en se préparant à l'explosion qui…

« QUOI ? »

ne tarda pas.

« Comment ça, deux semaines ? » demanda Makoto en la fusillant du regard. « Tu aurais pu nous prévenir ! Ca fait des semaines qu'on te harcèle pour que tu viennes nous voir ! »

« Tu n'avais qu'à venir à Kyoto me voir. »

« J'y suis allée il y a trois mois ! »

« Et comment est-ce que ça se fait que vous êtes arrivées ensemble ? Je te croyais en Europe depuis ta dernière tournée, Minako, » interrogea Mamoru en attrapant son verre.

« J'étais à Kyoto ces derniers temps. »

« Avec Rei ? » demanda t-il immédiatement comme si ça lui paraissait une évidence, ou comme s'il était en quête d'une confirmation.

« Mais nos souvenirs ne sont revenus qu'il y a peu de temps, » remarqua Makoto.

« En fait, je suis allée à Sakugawa pour des vacances, j'y suis restée plusieurs jours avant que nos souvenirs ne reviennent complètement. »

« Nous nous sommes rencontrées une deuxième fois là-bas, avant de nous souvenir, » termina Rei.

« Sans rire ? Tu parles d'une coïncidence ! »

Ami se tourna vers Motoki avec un air curieux.

« Ce n'est pas plus étrange que toutes nos rencontres. Nous avons tous été amis pendant des années avant le retour de nos souvenirs, nos rencontres étaient fortuites elles aussi. »

« Ou alors c'était le destin, » contredit Makoto, ses mains liées ensemble sur ses genoux. « Je ne crois pas franchement aux coïncidences. Mais que Minako aille en vacances pile dans le temple où est Rei alors que Rei aurait dû revenir à Tokyo il y a des mois, je trouve ça trop fort. Au fait, t'avais pas plus excitant comme lieu de vacances, Minako ? »

« Hé ! Surveille tes paroles sur les temples ! »

Avec un sourire amusé montrant qu'elle avait recherché exactement cette réaction de la part de Rei, Makoto fit un clin d'œil à son amie et haussa les épaules.

« Moi je dis ça… »

« Pourquoi vous avez mis deux semaines avant de nous appeler, » bouda Usagi, toujours coincée sur ce fait.

« C'est vrai, ça. Qu'est-ce que vous avez fabriqué pendant deux semaines ? »

« Des affaires à régler avec mon temple et mon père. »

« Des affaires à régler pour le travail et l'installation. »

« Installation ? »

« Je vais rester quelques temps à Tokyo, » sourit Minako.

Rei avait déjà commencé à s'écarter en prévision de l'assaut, et elle secoua la tête lorsqu'Usagi, comme prévu, se jeta sur l'idole avec un cri aigu.

« Tu restes ! »

« Usagi… » rappela Mamoru avec un air amusé. « Lâche-la. »

« Désolée, » s'excusa la jeune femme en se redressant avec une élégance étonnante. Minako lui sourit brillamment, montrant que malgré sa surprise elle ne lui en voulait aucunement. « Ca m'arrive encore parfois, » plaisanta Usagi.

« C'est rien, princesse. »

« Je n'ai pas entendu ça depuis longtemps ! Mais restons-en aux Usagi, s'il te plait. »

« Désolée, l'habitude. »

« Alors, vous vous êtes disputées combien de fois pour cette nouvelle rencontre ? » demanda Makoto.

Rei et Minako échangèrent un regard aussi confus qu'amusé.

« En fait, pas une fois. »

« Quoi ? Je suis déçue. »

« Moi aussi, » renchérit Naboru l'air de rien.

« On ne se connaissait pas, » rappela Rei. « Je travaillais et elle était une visiteuse. Je ne vois pas pourquoi on se serait disputées. »

« Par contre, Reiko ne m'a pas reconnue tout de suite. De nouveau, » confia Minako avec un sourire lumineux.

Leurs amis rirent, mais difficile de savoir dans quelle proportion l'information en elle-même et la joie de voir l'idole si ouverte et détendue intervenaient dans cette heureuse réaction.

« Oh, ça va, » grogna Rei.

« T'es vraiment un cas, » s'amusa Motoki. « Les filles t'ont pourtant mis assez d'images de Minako sous les yeux toutes ces années. »

« Comme si j'y avais prêté attention. »

« Merci, » remarqua Minako en lui jetant un regard sans réelle colère.

« De rien. »

« Donc vous vous êtes rencontrées là-bas et… ? »

« Et quoi, Usa ? »

« Ben j'en sais rien, moi. Vous êtes devenues amies avant le retour de vos souvenirs ? »

« Oui, » répondit Minako. « Mais il a fallu que j'y travaille. »

« Dis, ça suffit ! » reprocha Rei.

« Quoi ? C'est vrai. »

« N'importe quoi ! On passait plusieurs heures par jour ensemble. »

« Parce que je suis allée te trouver ces premiers jours. »

« Excuse-moi si je travaillais ! »

« C'est un détail. »

« En aucun cas ! Et tu ne venais pas me trouver, tu me suivais partout ! »

« C'est faux ! »

« Tu tournais tellement en rond que tu ne me lâchais plus ! »

« Je n'ai jamais entendu de plainte ! »

Rei s'empêcha de continuer cette petite joute verbale en remarquant les regards amusés que leur lançaient leurs amis. Et elle capta aisément le regard que Ami posait sur elle.

Bien sûr, elle était la seule (à part si elle en avait parlé à Naboru) à connaître les détails. Minako et Rei avaient décidé d'un commun accord d'attendre un peu avant de dévoiler l'évolution de leur relation toute jeune. D'une part parce qu'il était un peu tôt pour ça, ensuite parce que Minako avait été visiblement réticente à l'idée de partager cette information sur sa vie privée (Rei n'était pas certaine de savoir si c'était une déformation professionnelle, de la timidité ou de la nervosité).

Bien que Rei appréciait pouvoir garder ce détail privé encore un temps, elle savait qu'elle n'aurait aucun problème à en parler à leurs amis. Mais elle les connaissait bien mieux que Minako ne les connaissait, et ce ne serait pas la première fois qu'elle leur présentait une petite amie. Cela aussi pourrait s'avérer un problème. Même si Minako ne l'avait pas clairement exprimé, Rei avait compris que les relations amoureuses n'avaient en rien été dans ses priorités jusqu'à maintenant, et qu'elle n'avait sans doute encore jamais exploré ce côté de sa sexualité.

Et il était clair qu'une relation homosexuelle aurait des conséquences importantes sur sa carrière – et sans doute sur celles de Rei et de son père. Même si la question ne se poserait que dans le futur, Rei ne pouvait pas dire que l'idée de faire face à des homophobes et des ignorants potentiellement violents et sûrement blessants ne l'effrayait pas.

« Et donc vous êtes revenues ensemble ? » demanda Makoto avec un sourire en coin.

« C'était le plus logique. Venir sur Tokyo séparément aurait été étrange, non ? »

« Effectivement, vu comme ça… »

« Des projets ? » demanda Mamoru.

« Pas pour le moment, » répondit Rei qui s'était attendue à la question. « Je vais voir mon père et d'anciens amis, et sans doute passé un peu de temps à Hikawa. »

« Comme vous le savez sans doute, j'ai annoncé il y a quelques temps une pause dans ma carrière. Je suis en vacances, donc. »

« On va pouvoir se voir souvent alors ? » s'extasia Usagi.

« Sans doute, » répondit Minako avec un sourire un peu forcé aux lèvres.

Se retenir de lui prendre la main en notant son appréhension à l'idée du combat qui l'attendait fut difficile pour Rei, mais Minako souhaitait attendre une semaine ou deux avant d'annoncer sa maladie à leurs amis et ce geste trahirait trop de choses. Pourtant la manière dont Ami l'étudiait du regard depuis quelques minutes montrait que le médecin avait sans doute noté plusieurs signes inquiétants à ses yeux.

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Depuis, Minako avait confié son état de santé à leurs amis, puis tout récemment son équipe avait dû faire une déclaration officielle suite à plusieurs rumeurs. Et depuis, bien sûr, Rei et Minako avaient informé les Senshi et leurs conjoints de la nature de leur relation– mais seulement eux.

Cela leur avait permis de se réjouir malgré leur inquiétude pour l'idole, et Usagi avait même tenu à les inviter tous à dîner pour fêter ça (au plus grand embarras des deux femmes concernées). Ils ne cessaient de s'extasier à la moindre occasion. Apparemment les deux femmes étaient adorables ensemble (Rei ne doutait pas de la beauté de leur couple), même si Minako et la prêtresse ne manifestaient que très rarement des signes d'affection lorsqu'elles n'étaient pas seules.

Et malgré toute la joie que lui procurait la présence de ses amis dans sa vie, Rei avouait volontiers que le bonheur chaud et tout simple qui l'envahissait quand elle pouvait partager des instants calmes en la seule compagnie de sa petite amie avait sa préférence. Son regard passa du livre sur ses genoux à la jeune femme assise à l'autre bout du canapé, les jambes repliées sous elle, les yeux attirés par la télé en dépit de l'IPad dans ses mains.

L'appartement de Minako, plus grand et avec une meilleure vue sur la ville, se trouvait être rarement le cadre de leurs instants de détente. Lorsqu'elles parvenaient à avoir du temps toutes les deux pour se reposer ou être ensemble, Minako insistait pour qu'elles le passent chez Rei. La prêtresse ne discutait jamais ce fait, surtout lorsque l'idole semblait si contente et détendue dans son salon.

« Est-ce que tu pourrais arrêter de me fixer ? » demanda doucement Minako, un petit sourire aux lèvres, ses yeux toujours sur la télé de Rei (et télé que Rei n'avait en aucun cas acheté).

« Je ne te fixe pas, je te regarde. »

« Tu m'empêches de me concentrer. »

Un petit sourire amusé étira les lèvres de la jeune femme.

« Si le fait qu'on te regarde te met si mal à l'aise, tu devrais penser à changer de métier. »

Des yeux caramel rencontrèrent les siens et son sourire se fit plus doux.

« C'est différent quand c'est toi, » indiqua Minako, une lueur chaude au fond des yeux. « Surtout quand tu as quelque chose à l'esprit que j'ignore. Qu'est-ce qu'il y a ? »

« Rien de bien important, » informa Rei en secouant un peu la tête. Ses doigts jouèrent avec son marque-page un moment, son ton se fit plus doux. « Je pensais juste à l'avenir. »

Minako fronça un peu le nez à la manière d'un enfant, une expression adorable que Rei se trouvait être la seule à lui connaître.

« J'espère juste qu'il sera plus clément et bien moins compliqué que le passé. Tous les passés. »

Ne pouvant qu'acquiescer à ses paroles, Rei joua un instant avec les mots dans son esprit avant de les formuler.

« Maintenant que tu vas mieux, est-ce que tu as décidé ce que tu voulais faire ? »

« Rester ici avec toi jusqu'au siècle prochain ? »

« Un projet très ambitieux. »

« J'aime les difficultés. »

« Surtout que je reprends les cours la semaine prochaine. »

Avec une petite moue boudeuse et un regard bien plus sombre, Minako attrapa la télécommande pour couper le son de la télé. Rei ne pouvait être sûre de la raison. Ça pouvait être parce que le clip de ce chanteur qu'elle détestait passait à cet instant, ou parce qu'elle estimait que la conversation méritait le silence. (Décrypter chaque action de Minako était tout simplement impossible).

« Les journées vont être longues. »

« Je vais te manquer à ce point ? »

« Non. »

« Tu n'as jamais su mentir. »

« Tu sais bien que c'est faux. »

Un silence. Rei ne reposa pas sa première question. Elle savait qu'elle tournait toujours dans l'esprit de Minako, et que la jeune femme y répondrait en son temps. Durant ces derniers mois, il y avait peu de choses qu'elles ne s'étaient pas dites ou qu'elles n'avaient pas découvertes l'une sur l'autre. Peu d'expressions, de tons, d'habitudes ou de gestes qu'elles ne savaient lire. L'honnêteté qui régissait à présent leur relation terrorisait Rei parfois, avant qu'elle ne se souvienne qu'il n'existait pas de plus beau cadeau ni de plus belle assurance.

« Il faudrait des mois, » murmura Minako finalement. « Pour que je retrouve la forme que j'avais avant, pour pouvoir vraiment reprendre ma carrière et les shows, il me faudrait des mois. »

« Tu pourrais commencer doucement. »

« Rien ne dit que je parviendrais à mon ancien niveau. Je commence seulement à pouvoir reprendre du poids, et je ne te parle pas des muscles. Je ne peux même pas supporter une demi-journée de shopping, alors un show de deux ou trois heures… Et maintenant que j'ai été à ce niveau-là, je ne pourrais jamais me contenter de faire des petits concerts. Et puis, rien ne dit non plus que j'arriverais à retrouver ma puissance vocale, même avec les meilleurs coaches. Je peux toujours chanter, et très bien, mais plus avec la même facilité ni avec la même endurance qu'avant. »

« Tu en as parlé à Sugao ? »

« Un peu. On a discuté de l'éventualité de produire juste un album, sans tournée, sans réelle promo, juste pour me permettre de chanter. Mais ce serait un peu faire le travail à moitié, tu sais ? Je ne sais pas si je veux de ça. C'est me produire sur scène que j'aimais surtout. Chanter, je peux le faire seule. On a aussi abordé l'idée de co-manager des jeunes artistes. »

« Ca te plairait ? » interrogea Rei, curieuse de connaître la réponse.

« Aucune idée. Oui, pour beaucoup de choses, l'organisation, l'industrie, l'excitation. Mais faire tout ça sans pouvoir chanter ou être sur scène ? Je ne sais pas. Je ne sais pas si je pourrais. Quant à écrire et composer pour d'autres artistes, c'est le même problème... »

Rei lui tendit la main et Minako accepta l'invitation avec un petit sourire un peu triste. Elle posa l'IPad sur la table basse, attrapa la main de Rei et se laissa guider jusque dans ses bras sans faire l'effort de bouger avec élégance, ce qui fit sourire Rei. Une fois lovée dans ses bras, Minako posa sa tête au creux de son cou et soupira doucement.

« Sinon, il y a bien une autre solution, » proposa t-elle doucement. « Tu finis tes études, tu deviens l'excellent psy pour enfants que tu seras bientôt, et tu m'entretiens. »

Rei ne put empêcher le petit rire qui lui vint alors qu'elle jouait avec les doigts de la main droite de Minako. Toutes les deux savaient bien qu'aucune d'entre elles ne supporterait l'inactivité.

« Je suis plutôt certaine que la paie qui m'attend est très loin de pouvoir combler tes désirs. »

« Tu aurais dû te lancer dans le show-business, tu vois que j'avais raison. Et… tu combles mes désirs parfaitement, Reiko, » ajouta Minako avec ce quelque chose de rauque et de joueur dans la voix que Rei était définitivement la seule personne au monde à entendre.

L'idole ponctua sa remarque d'un baiser sous l'oreille de Rei. Et celle-ci fut heureuse que la position de sa petite amie l'empêche de noter son rougissement.

« Ceux-là ne demandent pas d'argent, » réussit-elle à contrer d'une voix presque inaffectée, la chaleur de son ton adoucissant ses mots.

Un petit son outré s'échappa de la gorge de Minako.

« Je ne suis pas si dépensière. »

« J'ai vu ta garde-robe, tes bijoux, tes produits de beauté, tes chaussures et je ne te parle pas de tes goûts en matière de restauration. »

« Ca fait partie de la déformation professionnelle due à mon métier, je n'y suis pour rien ! Et j'ai été en partie élevée par Sugao Saitou, souviens-toi. »

« Tu as définitivement des circonstances atténuantes, » consentit Rei avec un sourire amusé.

« Merci à toi de le noter. Je prendrais aussi compte de ton enfance dans les temples pour justifier ton manque de culture concernant la musique et le cinéma. »

« Adorable de ta part. »

« Oh, Reiko, je suis toujours adorable. »

Le silence suivant s'étendit sur plusieurs minutes. La respiration de Minako était régulière et calme, mais pas assez profonde pour suggérer le sommeil. Rei en savait quelque chose, elle avait passé des heures à étudier ce son. Les instants comme celui-ci, si ordinaires, si tranquilles, étaient parmi les préférés de Rei. Parce qu'elle se sentait bien, aimée et en sécurité, et qu'elle savait que Minako ressentait cela aussi. Il n'y avait pas meilleure sensation.

Elle ferma les yeux un moment, respira l'odeur de Minako dans ses bras et se serait volontiers assoupie si seulement elle ne savait pas que d'autres choses préoccupaient l'autre femme.

« Est-ce que tu y penses encore parfois ? » demanda t-elle dans un murmure, ses lèvres contre les cheveux de Minako.

« Parfois, » avoua la jeune femme, n'ayant pas besoin que Rei précise qu'elle parlait du Silver Millenium et de tout ce qui y était rattaché.

L'inutilité des mots entre elles pouvait parfois paraître effrayante, mais Rei adorait ce lien qui les unissait.

« Est-ce que ça te manque toujours ? »

Un petit soupir chatouilla son cou.

« Non. Pas vraiment. Plus maintenant. C'est juste… juste un besoin fantôme. Juste de lointains souvenirs qui s'estompent lorsque je les laisse tranquilles. Ils ne s'estompaient pas, avant. Jamais. »

« Vraiment ? »

« Mmh. »

« Je suis heureuse que tu ne fasses plus de cauchemar. »

« Moi aussi. »

« Et que tout ça soit derrière nous. »

« Oui. Même si je me demande encore parfois si c'est vraiment la fin. »

« Comment ça ? »

« Pas pour nous. Je ne pense pas que les Senshi soient rappelées dans cette vie. Mais qui sait ? Dans l'avenir, peut-être. De nouvelles incarnations. »

« Je leur souhaite bien du courage, » soupira Rei. Elle hésita, puis parla finalement, parce qu'elles évitaient le sujet depuis trop longtemps. « Tu penses à lui tout le temps, n'est-ce pas ? »

Minako se tendit, et les mots qu'elle souffla contre le cou de Rei portaient tous ses sentiments.

« Tous les jours. »

« Je suis désolée. »

« Je sais que c'est idiot, mais je m'en veux tellement de l'avoir oublié pendant tout ce temps. »

« Ce n'était pas de ta faute. »

« Mais je me suis toujours souvenue du Silver Millenium et de Vénus, alors pourquoi pas de lui ? Pendant tout ce temps il avait disparu, et personne ne l'a pleuré. »

« Jamais Artémis ne t'en aurait voulu pour ça. Et tu le sais. »

« Il m'a appris à me battre, il m'a raconté le passé, il était à mes côtés pour tant de combats et d'épreuves. Il a été mon meilleur ami et ma famille et il m'a sauvée, et j'ai du mal à comprendre qu'il n'est plus là depuis des années, et qu'il ne reviendra pas. »

« Usagi a dit qu'elle avait senti son essence et celle de Luna dans ses rêves. »

« Ca ne veut rien dire. Lorsque son cristal a été détruit, l'énergie qui les maintenait en vie a disparu aussi. On le sait toutes les deux. »

Rei la serra un peu plus contre elle quand elle sentit une larme humide rouler de la joue de Minako à son cou.

« Il y a une chose que je sais, une chose dont je suis sûre. C'est qu'il aurait été très fier de la femme que tu es devenue, Mina. »

Avec un petit sanglot qu'elle étouffa rapidement, Minako se blottit un peu plus contre Rei le temps de maîtriser ses larmes. Puis un petit rire lui échappa, entrecoupé d'un autre sanglot. Elle renifla, redressa la tête et passa une main sur ses joues humides, avant de reprendre sa position initiale, des larmes silencieuses roulant toujours de sa peau à celle de Rei.

« Je suis sûre qu'il aurait été extatique de nous voir ensemble, » offrit-elle enfin, d'une voix douce et trop rauque mais emplie d'affection pour son ami absent.

« Sans doute. »

« Je sais qu'au-delà de notre mission et de ses devoirs, il m'aimait comme je l'aimais. Maintenant jamais je ne l'oublierai. J'aime penser qu'il est heureux où qu'il soit, parce qu'il aurait voulu que je sois protégée et aimée et heureuse. Et je le suis, Rei. Avec toi. »

Rei la poussa gentiment à se redresser un peu et l'embrassa alors, tendrement mais longuement, parce qu'à cet instant aucun mot n'aurait pu exprimer aussi bien ce qu'elle ressentait. Le sourire qui illumina les yeux de Minako lorsqu'elles se séparèrent chassa presque la douleur dans ses iris. Elle posa son front contre celui de Rei, une main caressant toujours sa joue.

Le murmure caressa les lèvres de la prêtresse dans un doux souffle.

« Je t'aime aussi. »

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A quelques rues de là, dans une ruelle isolée, un chat gris miaulait pour attirer l'attention d'un autre animal, tout aussi sale et tout aussi perdu. Le second, blanc, agile, rejoignit l'autre félin rapidement et ils reprirent leur chemin sous le regard indifférent des passants, trop habitués à ces bestioles abandonnées à leur sort dans la rue.

D'un bond un peu trop puissant pour un chat commun, le gris se hissa sur un muret pour éviter le flot des humains sans attendre plus longtemps son compagnon. Le blanc le rejoignit finalement, maladroitement mais avec la même allure, fière mais hésitante. Leur progression fut rapide et ils arrivèrent enfin à ce quartier qu'ils connaissaient bien. L'un des restaurateurs leur laissait toujours quelques restes près des poubelles, à l'arrière. En quête de nourriture, ils ne firent pas attention au soir qui tombait et à la pleine Lune qui se levait.

Ses rayons pâles accrochèrent les deux petits félins et l'atmosphère sembla se figer un instant. Les feuilles dans le parc plus loin, les rats dans la ruelle, même le bruit provenant du petit établissement, plus rien ne s'animait. Plus un son, plus un mouvement. Sur le front des chats, deux bijoux brillèrent, leurs silhouettes illuminées par la lumière sélénite. Leurs yeux, émeraude pour l'un et bleus pour l'autre, se tournèrent vers l'astre à l'unisson.

Un souffle. Une seconde.

Et la vie reprit son cours.

Mais dans la ruelle, plus aucune trace des deux chats ne demeurait.

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Fin