Note de l'auteur : Je vous souhaite à tous de bonnes fêtes de fin d'année. Un dernier chapitre avant la nouvelle année, j'espère qu'il vous plaira. ;)


Chapitre 12 : La roue tourne


UN PROFESSEUR CONDAMNÉ A 10 ANS DE PRISON !

Severus Rogue, professeur à l'Ecole de Sorcellerie Poudlard depuis seize ans vient d'être condamné à une peine de dix ans d'emprisonnement à Azkaban au terme de son audience devant le Magenmagot. Défendu par Albus Dumbledore, l'enseignant a été notamment reconnu coupable d'harcèlement moral sur ses élèves mais pire encore, il aurait fait usage de légilimancie pour torturer mentalement un de ses élèves à de nombreuses reprises.

Pour ceux qui ignoreraient ce qu'est cet art assez obscur, la légilimancie est une branche peu connue de la magie qui permet à son utilisateur d'accéder aux souvenirs et aux émotions de leur cible, et parfois même de les utiliser contre elle. C'est une discipline rigoureusement contrôlée par le Ministère de la Magie, au point que son enseignement comme son apprentissage doivent faire l'objet d'une demande préalable auprès du Département de la Justice Magique.

D'après nos sources, Rogue n'aurait toutefois pas agi de son propre chef. Il semblerait que ses services aient été sollicités par nul autre qu'Albus Dumbledore en personne. Le directeur de Poudlard, qui a récemment été démis de ses fonctions de Manitou Suprême de la Confédération Internationale des Mages et Sorciers et de Président-Sorcier pourrait bien avoir à répondre de ses actes devant le Magenmagot, non seulement dans le cadre de cette affaire mais aussi par rapport aux accusations portées à son encontre par Lord Potter lors d'une interview accordée au Républicain sorcier.

Le professeur Dumbledore n'a pas souhaité répondre à nos questions. L'actuel Président-Sorcier du Magenmagot, Amos Diggory, a déclaré qu'une enquête allait être ouverte pour déterminer la responsabilité du directeur dans les différentes affaires où il serait impliqué…

Dès l'instant où les premiers exemplaires de la Gazette du Sorcier étaient parvenus aux élèves par les hiboux du matin, la nouvelle s'était répandue comme une traînée de poudre dans la Grande Salle. Les Gryffondor n'avaient même pas essayé de cacher leur joie en apprenant la nouvelle, contrairement aux Serdaigle et aux Poufsouffle qui avaient eu des réactions plus modérées.

A la table des Serpentard, les avis étaient partagés. Certains regrettaient ce qui était arrivé à leur directeur de maison, notamment parce qu'il ne serait plus là pour les favoriser par rapport aux autres maisons mais d'autres considéraient au contraire que c'était peut-être l'occasion de pouvoir enfin prouver qu'ils étaient capables de remporter des points et à terme la coupe des maisons, par leurs seuls mérites.

Daphné devait reconnaître qu'elle se préoccupait peu du sort du professeur Rogue. En effet, une lettre lui avait été apportée par hibou ce matin même mais elle avait longuement hésité avant de l'ouvrir, ne reconnaissant pas l'écriture. Sa curiosité prenant le pas sur sa prudence, elle la décacheta malgré tout avant de la lire.

Mlle Greengrass,

Nous n'avons pas eu l'occasion de nous parler jusqu'ici mais j'ai de bonnes raisons de penser que nous partageons des intérêts en commun. Je sais que votre famille ne soutient pas la cause du Seigneur des Ténèbres et que votre père est l'un des rares sorciers de sang-pur à avoir refusé de rejoindre ses rangs lors de la dernière guerre. Je voudrais vous proposer de discuter des bases d'une possible alliance entre nos maisons dans mes appartements, situés au sixième étage, près de la statue de Boris le Hagard à 17h. Vous reconnaîtrez l'entrée par un tableau représentant un chevalier dont l'écu représente de trois fleurs de lys.

Sachez que ceci n'est pas un piège ou une farce de quelque nature que ce soit. En gage de bonne foi, vous pouvez amener avec vous deux personnes de confiance, en qui vous devez toutefois posséder une confiance absolue parce que ce dont nous allons parler ne devra pas quitter ces murs.

Amicalement,

H. J. Potter

Lord Potter Black

En dépit des assurances du Survivant, Daphné avait conscience qu'il pouvait très bien s'agir d'un piège. Cependant, la jeune Greengrass devait reconnaître qu'il pouvait aussi s'agir d'une opportunité, voire peut-être même de la réponse à ses prières. Après tout, si Harry Potter avait été en mesure de survivre à plusieurs confrontations avec Vous-Savez-Qui, et de mettre Fudge sur la touche, c'était qu'il possédait un certain pouvoir, tant sur le plan magique que politique. Dans le pire des cas, elle pourrait prendre connaissance d'informations utiles à son père et puis au fond, qu'avait-elle réellement à perdre ?


Assis derrière son bureau, Albus Dumbledore laissa échapper un soupir de lassitude après avoir reposé son exemplaire de la Gazette du Sorcier. Le directeur de Poudlard avait espéré que la presse n'apprenne pas immédiatement pour l'audience, ou tout du moins les détails le concernant mais cela n'avait pas été le cas. C'était à se demander si la situation ne pouvait qu'aller de mal en pis…

En l'espace de quelques semaines, il avait perdu plusieurs membres clés de l'Ordre du Phénix. Cela avait commencé par l'arrestation de Bill, qui avait accepté à son procès de ne plus s'immiscer dans les affaires d'Harry. Son départ ainsi que celui de sa fiancée, Fleur Delacour, l'avaient privé de ses deux seuls agents au sein de Gringotts. Si cela ne suffisait pas, l'arrestation de Kingsley lui enlevait non seulement toute possibilité d'obtenir un contrôle indirect sur le bureau des Aurors mais aussi toute information sur les Aurors puisque suite au départ de Tonks, Shacklebolt était devenu le seul Auror en activité faisant encore partie de l'Ordre.

Et maintenant, c'était son atout majeur, le seul espion dont il disposait dans les rangs de Voldemort, qui venait de lui être retiré. Pire encore, une enquête avait été ouverte à son sujet et il paraissait évident que la Ministre autant que Scrimgeour allaient creuser aussi profondément que possible pour déterrer le moindre petit délit qu'il aurait pu commettre. Le plus triste dans cette histoire, c'était qu'il avait peut-être perdu le soutien d'Amos Diggory alors qu'il avait usé de toute l'influence qui lui restait pour le faire élire au poste de Président-Sorcier du Magenmagot.

Tous ces problèmes avaient bien évidemment une origine commune : Harry Potter. Depuis sa sortie de prison, le Survivant s'était mis en travers de sa route à chaque tournant, lui faisant notamment perdre ses responsabilités à la CIMS et au Magenmagot. C'était comme s'il était devenu un ennemi aussi infâme que Tom aux yeux de l'adolescent.

Malheureusement, Albus ne pouvait même pas le convoquer dans son bureau pour tenter de renouer le dialogue avec Harry. En effet, le jeune homme était parvenu à mettre Minerva au pied du mur, au point de la forcer à accepter que des privilèges soient octroyés au Gryffondor, parmi lesquels il demandait à ce qu'aucune entrevue entre le directeur et lui n'ait lieu sans la présence d'un Auror…

Faute de pouvoir parler au fils de James et Lily, Dumbledore s'était employé à rechercher des informations sur ce mystérieux majordome qui avait certainement monté le jeune Potter contre lui. Là encore, il s'était retrouvé dans une impasse. Il n'existait aucun Lucian Hawkins qui corresponde à la description du majordome au Royaume-Uni, ou en tout cas aucun qui ne soit enregistré auprès du Ministère. A une autre époque, il aurait pu enquêter sur le plan international mais il apparaissait que dès l'instant où il avait perdu son poste de Manitou Suprême, ses contacts d'outre-Manche et d'outre-Atlantique n'avaient plus donné de signe de vie.

Au moins, Harry était à Poudlard. Il s'agissait bien sûr d'une maigre consolation mais il fallait accepter les petites victoires autant que les défaites. Avec un peu de chance, le directeur parviendrait à se débarrasser de ce satané majordome d'ici peu et dès que ce serait chose faite, il pourrait s'employer à ramener l'adolescent sous son aile.

Mais pour l'heure, il lui fallait focaliser son attention sur un problème plus urgent, dont il fut rappelé lorsqu'on frappa à la porte de son bureau.

- Entrez ! S'exclama-t-il d'une voix forte.

Le vieux sorcier avait préparé une table et cinq confortables fauteuils en vue de la petite réunion qui était prévue ce matin et qui allait désormais pouvoir commencer puisque les quatre personnes qu'il attendait étaient arrivées ensemble.

Minerva portait une de ses robes émeraude qu'elle affectionnait tant mais l'expression de son visage, d'ordinaire énergique et stricte, laissait entrevoir davantage de tristesse et de regret. Elle lui adressa à peine un signe de la tête en guise de salut avant de s'assoir dans l'un des fauteuils.

Pomona paraissait plus joyeuse, comme elle l'était généralement les lendemains de rentrée des classes, parce que certains de ses élèves lui ramenaient souvent des plantes exotiques de leurs voyages, qu'elle s'empressait de mettre en terre et d'étudier. Elle discutait d'ailleurs avec Horace, qui était en train de lui montrer une potion fertilisante qu'un de ses anciens élèves avait mis au point au Brésil quelques mois plus tôt.

Filius paraissait absorbé par la lecture d'un épais ouvrage et lui adressa un hochement de tête absent en guise de salut avant de prendre place dans le fauteuil situé à la droite de celui de Minerva.

S'asseyant en dernier, Albus fit apparaître la théière brûlante, les cinq tasses et l'assiette de biscuits qu'il avait demandé aux elfes de maison de lui apporter quelques minutes plus tôt. Puis il s'éclaircit la gorge avant de prendre la parole.

- Merci à tous d'être venus. Je sais que c'est un peu tôt pour une première réunion mais comme vous le savez, nous nous trouvons dans une situation assez préoccupante suite à la condamnation de Severus. Commença Dumbledore d'un ton affable.

- N'exagérons rien. Ce n'est pas comme si ce cas de figure ne pouvait pas être anticipé. Laisser un ex-Mangemort aussi dépourvu de pédagogie que de morale enseigner à des enfants, et plus particulièrement au fils d'un homme qu'il n'a jamais pu cesser d'haïr, allait bien finir par attirer l'attention du Magenmagot.

Albus manqua de s'étrangler avec son thé lorsqu'il entendit ces paroles, et fut d'autant plus surpris de contacter que c'était Flitwick qui les avait prononcées. Le directeur des Serdaigle avait refermé son livre en prenant soin de marquer la page à laquelle il s'était arrêté, et il lui adressait désormais un regard qui n'était pas particulièrement amical.

- Filius… j'ai conscience que Severus n'a pas toujours été l'enseignant le plus pédagogue mais tout de même…

- L'enseignant le plus pédagogue ? C'est une plaisanterie ! Savez-vous seulement combien de mes élèves de première année sont venus me trouver après leurs premiers cours avec cet homme, souvent en larmes, parce qu'ils se faisaient copieusement insulter et retirer des points sans aucune raison ? Rétorqua le professeur de Sortilèges d'un ton courroucé.

Visiblement, ce n'était pas une information qui devait être arrivée jusqu'aux oreilles de Slughorn puisque le maître des potions observait son collègue avec des yeux ronds et la bouche grande ouverte dans une expression à mi-chemin entre la surprise et l'horreur. Dumbledore était sur le point de lui répondre, dans une tentative de calmer quelque peu l'ancien duelliste mais Filius ne lui en laissa pas le temps.

- Et parlons donc de ses compétences ! Horace ici présent a enseigné les Potions pendant plus de cinquante ans et chaque année, une vingtaine d'étudiants au moins, de toutes les maisons confondues, parvenaient à décrocher leur ASPIC en potions. Pendant les seize années où Severus a travaillé ici, le nombre d'élèves ayant obtenu leur ASPIC dans sa matière se comptait toujours sur les doigts d'une main chaque année et la grande majorité d'entre eux étaient toujours des Serpentard ! Poursuivit le petit sorcier, dont la colère paraissait surprendre ses collègues.

- Est-ce que c'est vrai, Albus ? Demanda Slughorn d'une voix incrédule.

- C'est malheureusement vrai, Horace. Répondit McGonagall avec lassitude. Filius et moi nous sommes plaints auprès d'Albus à ce sujet à de nombreuses reprises ces quinze dernières années mais il s'est toujours fermement opposé à ce que nous informions le Conseil d'Administration.

- Je pense qu'il y a plus urgent à régler que mes possibles erreurs de jugement à l'égard de Severus, ne pensez-vous pas ? Intervint finalement Dumbledore avec force.

Le silence s'installa dans la pièce, Pomona et Horace paraissant visiblement songeurs tandis que Minerva et Filius le défiaient silencieusement du regard. Quelque chose lui disait que cette réunion allait s'avérer plus compliquée que prévue… Pourquoi ne pouvaient-ils pas comprendre que la présence de Severus au château était nécessaire à la fois pour le protéger du courroux des Mangemorts après la chute de Voldemort mais aussi pour disposer de ses talents d'espion le jour où ils seraient de nouveau utiles, comme cela avait fini par être le cas suite à la résurrection de Tom au terme du Tournoi des Trois Sorciers ?

Buvant une nouvelle gorgée de son thé, Albus reposa ensuite sa tasse sur la table avant de s'adresser au maître des potions d'une voix plus mesurée.

- Horace, si tu n'y vois pas d'inconvénient, j'aimerais que tu reprennes le poste de directeur des Serpentard.

- Seulement si le poste est accompagné d'une augmentation, ce point n'est pas négociable. Rétorqua Slughorn en croisant les bras.

- Cela ne devrait poser aucun problème. Répondit Dumbledore d'un ton conciliant. Maintenant que ce problème est réglé, je vous propose de discuter de candidats potentiels pour l'enseignement de la Défense Contre les Forces du…

Il n'eut pas le temps de terminer sa phrase que quelqu'un frappait à nouveau à sa porte. Haussant un sourcil, le directeur invita le nouveau venu à entrer.

L'homme qui apparût dans l'encadrement de la porte était âgé même s'il était sans doute plus proche de la génération de Minerva que de celle d'Albus. Vêtu de robes de sorcier anthracite, il avait des cheveux argentés coiffés avec une raie sur le côté et possédait une fine moustache soigneusement taillée. Il arborait un sourire poli mais ses yeux noisette ne laissaient pas apparaître la moindre chaleur lorsqu'ils se posèrent sur le directeur de Poudlard.

- Algie ? S'exclama McGonagall d'une voix étonnée.

- Bonjour, Minie. Répondit-il en se tournant vers elle, lui adressant un sourire sincère et chaleureux. Pardonnez-moi d'interrompre cette réunion mais compte-tenu du scandale causé par Severus Rogue, le Conseil d'Administration a décidé de prendre part à vos délibérations quant à la nomination de son successeur.

- Vos intentions sont louables, M. Gamp mais je pense que votre assistance n'est pas nécessaire… S'exclama Albus d'un ton faussement aimable.

- Je suis convaincu du contraire, Albus. L'interrompit Filius, qui s'était levé pour serrer la main de Gamp et avait pris soin de conjurer un fauteuil à son attention. M. Gamp nous sera certainement d'une aide précieuse pour éviter que l'histoire ne se répète. Après tout, les vies et carrières de suffisamment d'élèves ont été gâchées à cause d'un manque d'écoute de votre part, ne croyez-vous pas ?

Dumbledore dut faire appel à toute sa maîtrise de l'occlumancie pour garder son calme et se contenter d'acquiescer aux paroles de Flitwick. Depuis qu'il avait été choisi pour succéder à Armando Dippet comme directeur de cet établissement, il y a plus de quarante ans de cela, aucun professeur n'avait osé remettre en question son jugement ou son autorité de la sorte. Si la situation s'aggravait davantage, il perdrait bientôt tout contrôle de ce qui se passait dans sa propre école.

C'était dans ces moments là qu'il regrettait l'époque où le Ministre de la Magie était un homme incompétent et malléable, où le Comité d'Administration de Poudlard le laissait relativement tranquille si l'on excluait les frasques de Lucius Malefoy, et surtout où Harry Potter faisait tout pour trouver grâce à ses yeux plutôt que pour le détruire…


Assis à la table des Gryffondor dans la Grande Salle, Ronald Weasley avait à peine touché à son petit-déjeuner tant ses pensées étaient tournées vers le Quidditch. Comme il s'y était attendu, tous les membres de l'équipe de l'année précédente avaient accepté de jouer de nouveau pour Gryffondor même s'ils étaient également prêts à se soumettre aux épreuves de sélection qui auraient lieu d'ici quelques jours. Après tout, on ne savait jamais quand de nouveaux talents pouvaient émerger et Ron préférait laisser la porte ouverte aux opportunités.

Le seul problème qui se posait à lui, c'était qu'une de ses poursuiveuses n'était plus là. En effet, Katie Bell avait passé ses ASPIC en juin dernier, ce qui laissait un vide à remplir dans l'équipe. D'un côté, il avait toutes les chances de trouver un poursuiveur acceptable cette année, surtout si Seamus s'était amélioré depuis la sélection précédente.

D'un autre côté, il entrevoyait une possibilité encore plus favorable. En effet, le retour d'Harry représentait une opportunité en or pour Gryffondor. Même si Ginny était une attrapeuse qualifiée, elle était une poursuiveuse plus redoutable encore et Harry était sans aucun doute le meilleur attrapeur que Poudlard ait connu depuis son grand frère Charlie, alors s'il arrivait à le persuader de rejoindre l'équipe à nouveau…

Son estomac se rappelant à son bon souvenir en gargouillant, le jeune Weasley s'empressa de manger ses toasts et son bacon, buvant ensuite un grand verre de jus de citrouille pour tout faire descendre. Une fois rassasié, il chercha Harry du regard le long de la table mais il ne s'y trouvait pas.

Il posa alors son regard sur sa petite amie pour lui demander si elle savait où il était quand il remarqua finalement que quelque chose clochait. Des cernes étaient visibles sous les yeux de la jeune femme et ses cheveux paraissaient plus ébouriffés que d'ordinaire. Elle triturait ses œufs au plat avec sa fourchette mais n'en avait visiblement pas mangé une bouchée et ses yeux paraissaient perdus dans le vague.

- Hermione, est-ce que ça va ? Lui demanda-t-il, son inquiétude perceptible dans sa voix.

- Hm ? Oh, ça va… j'ai juste eu un peu de mal à dormir.

- D'accord. Est-ce que tu sais où est Harry par hasard ?

La fourchette percuta l'assiette dans un bruit sonore lorsque la sorcière la laissa tomber mais elle n'y fit pas particulièrement attention. Ses yeux noisette se remplirent de larmes avant qu'elle ne se contente de secouer la tête en signe de réponse négative. Perplexe, Ron supposa que c'était peut-être le stress de la rentrée ou bien la mauvaise semaine du mois et se contenta de hausser les épaules avant de quitter la table.


Hermione l'ignorait mais elle n'était pas la seule à avoir attendu Harry la veille au soir. Ginny s'était cachée dans les escaliers menant aux dortoirs des filles et c'est ainsi qu'elle avait surpris la conversation de Neville et Hermione dans la salle commune. Contrairement à la Préfète-en-chef, l'attrapeuse de Gryffondor était décidée à ne pas se laisser décourager par les paroles du jeune Londubat. De son point de vue, Neville faisait sans doute son possible pour écarter les anciens amis d'Harry pour qu'il passe le plus clair de son temps avec Luna et lui.

Cela peinait la jeune Weasley mais elle n'était plus aussi proche de la Serdaigle qu'auparavant. Lorsque Luna avait choisi de défendre l'innocence d'Harry envers et contre tout, Ginny avait préféré croire les témoignages de Ron et d'Hermione. C'était un choix qu'elle regrettait amèrement aujourd'hui bien sûr mais on ne pouvait pas changer le passé.

L'avantage qu'elle possédait sur son frère et Hermione résidait dans le fait qu'Harry était désormais un élève de son année plutôt que de la leur, ce qui signifiait qu'elle partageait donc tous ses cours en commun avec lui. Cela lui donnerait autant d'opportunités de lui parler sans que son majordome ne puisse s'interposer.

Sachant qu'ils commençaient par un cours d'histoire de la Magie, il s'agissait de l'opportunité parfaite pour elle de discuter avec lui. Après tout, ce n'était pas comme si quelqu'un s'intéressait aux cours de Binns puisque le professeur était le plus ennuyeux de tous, et sa mort n'avait visiblement rien fait pour arranger cet aspect de sa personnalité. Parfois, elle se demandait si Dumbledore l'avait gardé pour éviter d'avoir à payer un professeur à sa place ou bien simplement pour permettre aux élèves de se reposer en dormant pendant ses cours…

Les élèves commencèrent à arriver dans la salle mais à sa grande surprise, Harry ne figurait pas parmi eux. Même Neville était présent pourtant, assis quelques sièges devant elle mais il ne paraissait pas non plus intéressé par la guerre entre géants dont Binns avait commencé à parler. Même si Harry était un cas particulier, n'allait-il pas s'attirer des ennuis en séchant aussi délibérément un cours ?

Décidant de prendre son mal en patience, Ginny sortit son livre de Sortilèges et commença à lire un chapitre sur les sorts affectant la mémoire, comme le sortilège d'amnésie. Puisqu'elle était en cours, autant s'instruire mais elle ne ressentait pas l'envie de prêter attention à Binns quand elle pouvait apprendre quelque chose de plus utile.


Narcissa Malefoy devait reconnaître qu'elle s'était attendue à beaucoup de choses lorsqu'elle avait demandé de l'aide à sa sœur aînée, Andromeda mais certainement pas à ça.

L'aînée des sœurs Black l'avait fait venir dans une chambre du Chaudron Baveur où elles avaient discuté pendant plusieurs heures. Si Bellatrix avait toujours été persuadée que son mariage avec un moldu avait dû ramollir Meda, un avis que Narcissa partageait d'ailleurs à l'époque, la veuve de Lucius Malefoy s'était vite rendue compte que tel n'était pas du tout le cas.

Andromeda s'était montrée particulièrement précise dans les questions qu'elle lui avait posées, s'intéressant spécifiquement à sa situation actuelle et à ses liens avec les Mangemorts sans jamais lui poser de question sur sa santé ou sur son deuil. Par sa posture droite, son visage inexpressif et son regard sévère, elle lui rappelait étrangement leur mère.

Une fois satisfaite de ses réponses, l'épouse de Ted Tonks avait sorti une petite boîte à musique de son sac à main avant de la lui tendre. La trouvant familière, Narcissa ne s'était pas réellement méfiée et cela avait été son erreur. Dès l'instant où elle l'avait touchée, le portoloin s'était activé et les deux sœurs s'étaient retrouvées transportées loin du Chaudron Baveur.

Voilà comment elle était arrivée dans cette pièce, dont toutes les fenêtres étaient dissimulées par d'épais rideaux pourpres mais qui était malgré tout bien éclairée, grâce à un grand nombre de chandeliers et notamment par le lustre qui était accroché au plafond.

Meublée de façon assez spartiate, le salon – ou tout du moins supposait-elle qu'il s'agissait d'un salon – comportait cinq sièges, dont trois étaient déjà occupés, une table basse où se trouvaient disposées cinq tasses et une théière fumante.

Son regard se posa en premier sur l'homme assis en face d'elle. Il ne lui fut pas difficile de reconnaître Remus Lupin. En effet, Lucius avait été hors de lui lorsqu'il avait appris qu'un loup-garou avait été autorisé à enseigner à Poudlard, surtout à la classe dans laquelle se trouvait son propre fils et unique héritier. Loin de s'inquiéter du sort des autres élèves, son mari avait été horrifié à l'idée que Drago ait pu devenir une créature aussi vile, et qui l'aurait contraint à le déshériter.

Narcissa ne possédait pas une opinion aussi arrêtée à son sujet. Certes, elle n'aimait pas que son enfant soit laissé à la merci d'un lycanthrope mais Severus l'avait assurée par la suite que Lupin prenait toujours sa potion tue-loup et n'enseignait pas les jours proches de la pleine lune.

Néanmoins, elle était surprise de le voir si… vigoureux, faute d'un meilleur terme. Elle avait le souvenir d'un adolescent puis d'un homme au visage fatigué, comme s'il venait de passer plusieurs nuits blanches. Le sorcier qui la fixait de ses yeux bleu gris paraissait au sommet de sa forme, et c'était à peine si l'on remarquait les quelques mèches de cheveux grisonnantes au niveau de ses tempes au milieu de sa chevelure châtain.

A sa droite se trouvait une jeune femme d'environ vingt-cinq ans dont les traits lui paraissaient étrangement familiers mais qu'elle n'arrivait cependant pas à reconnaître. Elle possédait un joli visage assez pâle, en forme de cœur, encadré par des cheveux d'un blond vénitien, mi-longs. Ses yeux sombres, remplis d'affection lorsqu'ils se posèrent sur Remus, se firent glacés lorsqu'ils se posèrent sur la veuve de Lucius Malefoy.

- J'imagine que ce n'est pas tout à fait ce à quoi vous vous attendiez, n'est-ce pas ?

La voix qui prononça ces mots la prit quelque peu par surprise, notamment parce qu'elle émanait de la troisième et dernière personne qui était assise à son arrivée. Avec ses cheveux noirs et son visage mince, il était véritablement le portrait craché de son père, à ceci près qu'il ne montrait pas une once de la joie et de la bonne humeur qui avaient caractérisé James Potter de son vivant.

Le plus terrible résidait sans doute dans ses yeux verts, hérités de sa mère, qui la dévisageaient sans la moindre chaleur, sans même la moindre émotion, au point qu'elle se demandait si ce garçon pouvait réellement être le fils de Lily Evans.

- Je dois reconnaître que je m'attendais à me retrouver en face de Dumbledore plutôt qu'en votre compagnie. Reconnut-elle malgré tout, en cherchant à dissimuler son dépit.

Le sourire qui naquit sur les lèvres de l'adolescent ne fit rien pour la rassurer. Il y avait tellement de mépris, non, de haine dans son expression qu'elle avait l'impression d'être plus bas que terre. Toutefois, il lui paraissait encore plus étrange qu'il s'agisse d'une colère si froide. Elle se serait attendue à ce que le garçon s'insurge, qu'il l'insulte en criant et cherche même à la menacer avec sa baguette. Etait-il vraiment l'enfant impulsif et téméraire que Drago lui avait dépeint dans ses lettres ?

- Oh mais j'en oublie mes manières. Des présentations s'imposent, Mme Malefoy. Je pense que vous connaissez déjà Remus Lupin, ancien professeur de Poudlard. A sa droite se trouve Nymphadora Lupin, née Tonks, son épouse.

Narcissa manqua de laisser tomber son masque de neutralité tant elle fut surprise par la nouvelle. Cette femme était donc la fille de Meda, sa propre nièce… et elle était déjà une femme. C'est peut-être à cet instant qu'elle réalisa à quel point elle avait été absente de la vie de sa sœur.

Bellatrix aurait sûrement une attaque si elle apprenait qu'une femme de la Maison Black, fusse-t-elle une sang-mêlée, avait épousé un loup-garou. La mère de Drago préféra feindre l'indifférence, sachant que toute réaction négative serait mal perçue de la part de ses hôtes, et elle hocha donc la tête à l'attention du couple.

- Mme Malefoy, loin de moi l'idée de me montrer irrespectueux mais… votre façade ne trompe personne ici. Toutes les personnes présentes ici connaissent vos opinions, que votre défunt époux partageait, et toutes ont manqué de mourir ou de perdre un être cher par votre faute ou par celle de Lucius. Déclara Harry, un sourire aimable aux lèvres, que démentait le ton tranchant qu'il avait employé pour prononcer ces mots.

Il était évident qu'aucune des personnes présentes ne lèverait le petit doigt en sa faveur. Andromeda était allée s'asseoir à côté de sa fille et avait posé délicatement une main sur son bras dans un signe d'apaisement. Narcissa fut presque bouleversée par l'échange de regards qui s'en suivit entre mère et fille, ce dernier exprimant une tendresse qu'elle n'avait jamais eu la chance de connaître avec son propre enfant.

Elle fut néanmoins rapidement ramenée à l'instant présent lorsque Potter reprit la parole d'une voix neutre.

- Je peux aisément faire effacer votre mémoire et vous envoyer à Dumbledore si c'est ce que vous souhaitez. Si tel n'est pas le cas et que vous désirez mon aide, exprimez clairement ce que vous voulez.

Prenant son courage à deux mains, Narcissa décida d'ignorer les exigences de celui qu'elle voyait avant tout comme un enfant et d'exposer ses arguments. Avec un peu de chance, elle pourrait susciter de la sympathie chez sa sœur, qui serait sans doute en mesure de persuader Potter de lui venir en aide.

- Bien qu'étant effectivement l'épouse de Lucius, ses actions ne peuvent pas m'être reprochées. Je ne suis pas une Mangemort et je ne porte pas la Marque des Ténèbres. Je n'ai pas non plus combattu l'Ordre du Phénix dans le Département des Mystères. Je reconnais que j'aurais dû davantage m'opposer à ses actions mais je ne suis qu'une simple femme.

Narcissa ne s'était pas attendue à ce que ses paroles suscitent l'émotion des autres personnes présentes mais elle espérait au moins déclencher une réaction, ne serait-ce que chez sa sœur. A la place, la seule réaction à laquelle elle eut droit, ce fut aux applaudissements, lents et presque moqueurs, de Potter.

- Excellente performance, Mme Malefoy. Je suis sûr que Dumbledore aurait été subjugué par votre plaidoyer. Hélas pour vous, je ne suis pas Dumbledore.

Sans laisser à la veuve le temps de répliquer, le jeune Potter claqua des doigts et deux « pop » sonores se firent entendre. Tous deux vêtus d'élégants uniformes, portant respectivement les armoiries des Maisons Potter et Black, Dobby et Kreattur se tenaient désormais de chaque côté du fauteuil d'Harry, leurs regards posés sur Narcissa exprimant un mélange de méfiance et d'hostilité.

La plus jeune des sœurs Black sentit un frisson lui parcourir l'échine lorsqu'elle réalisa ce que la présence des elfes aux côtés de Potter signifiait. Un elfe ne pouvait rien cacher à son maître, et ces deux là obéissaient visiblement au Survivant avec ferveur.

- Grâce à Dobby, je connais un certain nombre des secrets les plus noirs de la famille Malefoy mais c'est Kreattur qui m'a révélé le rôle que votre sœur Bellatrix et vous-même avez joué dans la conception du piège tendu spécialement à mon attention au département des Mystères et qui a mené à la mort de mon parrain.

Sur ces mots, Potter se leva de son fauteuil et leva une main. Il fallut un instant à Narcissa pour comprendre que ce qu'il lui montrait n'était rien de moins que l'anneau porté par le chef de famille de la Maison Black. Plus encore que les sanctions financières prises à son encontre par l'intermédiaire de Gringotts, c'est à cet instant que la veuve réalisa qui Potter était devenu.

Les personnes présentes n'avaient pas été choisies au hasard. Sa sœur Andromeda, sa nièce Nymphadora, l'époux de sa nièce… et Potter lui-même. Tous étaient des membres directs ou indirects de la Maison Black, même les deux elfes qui servaient désormais le Survivant.

Ce dernier s'avança vers elle, s'arrêtant à quelques mètres tout en ne cessant pas de la fixer de ce regard émeraude qui lui paraissait si sombre, si insondable qu'elle regretta un instant de ne jamais avoir appris la légilimancie.

- Contrairement à Dumbledore, je ne vais pas vous accueillir à bras ouverts parce que vous feignez d'éprouver du remord, Mme Malefoy. J'aimais Sirius, comme le père que je n'ai jamais eu. Il s'est échappé d'Azkaban pour moi, il a mené une existence de fugitif, traqué sans relâche par les Aurors et les Détraqueurs, pour me prévenir du danger qui me menaçait. Il a risqué sa vie, et même son âme pour me secourir. C'est le genre d'amour que les gens de l'espèce de Lucius ne peuvent pas comprendre parce qu'ils n'aiment que leur petite personne…

Il fit une pause, et c'est à cet instant qu'elle réalisa que Remus s'était levé et avait posé une main réconfortante sur l'épaule du Survivant. Ses yeux bleu gris étaient remplis de tristesse et de colère refoulée mais il ne prononça pas un mot, se contentant de rester là.

- Vous ne pouvez même pas imaginer l'étendue de ma haine, Mme Malefoy et les actions que j'ai entreprises et que je vais continuer d'entreprendre pour que justice soit faite. Vous craignez Voldemort et vous avez raison… mais qui craint le petit « bébé Potter » ? Le garçon qui a survécu par un mélange de chance et d'appuis à toutes les épreuves qui se sont mises sur sa route ?

Lorsqu'il se pencha pour lui murmurer les prochains mots à l'oreille, Narcissa était si nerveuse qu'elle arrivait à entendre son cœur tambouriner dans sa poitrine.

- Qui pourrait donc imaginer que pendant que le petit Survivant s'exhibait dans un bal mondain en France, des Mangemorts comme Lucius Malefoy étaient assassinés sur son ordre en tentant de quitter la Prison d'Azkaban ? Lui susurra-t-il avec une pointe d'ironie.

Cette fois-ci, Narcissa ne put retenir l'expression d'horreur qui s'afficha clairement sur ses traits. Elle s'était attendue à beaucoup de choses de la part de Potter mais que le petit protégé de Dumbledore soit capable de commanditer des assassinats ? Ou était donc passé le garçon si droit qui n'aurait attaqué quelqu'un qu'en cas de légitime défense ?

La veuve eut le mauvais réflexe d'essayer de prendre sa baguette dans la poche de sa robe mais elle en fut empêchée lorsqu'on lui tordit le bras par derrière, lui arrachant un cri de douleur tandis qu'elle tombait à genoux.

- Voilà de bien mauvaises manières, Mme Malefoy. Mon maître vous offre l'hospitalité et tout ce que vous trouvez à faire, c'est d'essayer de l'attaquer ? Même votre époux s'est montré plus courtois lorsque j'ai mis un terme à ses souffrances.

Sortant de sa torpeur, Narcissa releva la tête tant bien que mal pour voir le visage de l'homme qui avait tué Lucius. A sa grande surprise, non seulement elle ne le connaissait pas mais il n'avait pas non plus l'air très dangereux. Agé de vingt-cinq ans tout au plus, il portait un costume élégant mais qui lui donnait davantage des airs de majordome que de gentleman. Des mèches de ses cheveux noirs retombaient sur son front mais elles ne suffisaient pas à dissimuler son regard ambré, qui paraissait virer au rouge sous la lumière des flammes.

- Oh, Lucian est si discret que j'en ai oublié de le présenter. Voici mon majordome, Lucian Hawkins. Comme vous l'aurez compris, c'est un homme aux multiples talents, ce dont votre défunt mari et ses infortunés compagnons pourraient témoigner s'ils étaient encore de ce monde. Il serait bien dommage que dans votre colère, il doive priver également votre fils de sa mère, ne croyez-vous pas ? Intervint Potter, d'un ton léger.

Narcissa n'avait jamais été ainsi humiliée de sa vie, même lors des pires disputes qu'elle avait pu avoir avec Lucius. D'ordinaire, elle aurait sûrement manifesté sa fureur de la manière la plus douloureuse qui soit envers le jeune Potter mais en cet instant, la veuve avait découvert une émotion plus forte que sa colère.

En effet, elle avait peur, ou plus exactement elle était terrorisée comme elle ne l'avait jamais été auparavant, même en présence du Seigneur des Ténèbres, parce qu'elle voyait sa mort dans les yeux étincelants du majordome. Plus que toute autre chose, c'est cela qui la fit céder.

- Je veux vivre, déclara-t-elle d'une voix rauque, je veux vivre, et être libre, quel qu'en soit le prix…

- Voilà qui est mieux. Vous allez vivre, Mme Malefoy mais avant que nous ne discutions les conditions de votre future existence, j'ai besoin de quelques signatures.

Narcissa se contenta d'acquiescer. Vu la situation dans laquelle elle se trouvait, elle aurait été jusqu'à signer l'arrêt de mort de Drago s'il le fallait.

Bellatrix avait raison finalement. Des trois sœurs Black, elle avait toujours été la plus faible…