A/N :

Que dire…

D'abords et surtout, merci pour vos reviews, vos encouragements et votre patience. Certaines lectrices parlent de « bouleversement de leur vie », « de leur vision du monde » à la lecture de mon histoire… Jamais je n'avais cru avoir un impact pareil, ça me renverse totalement… Je n'ai pas d'autre mot pour vous à part un grand merci.

La première lectrice à avoir trouvé l'identité de Carlie est Kadronya (d'autres personnes l'ont découvert mais fallait bien trancher sur quelque chose donc j'ai opté objectivement sur la rapidité de la réponse...) Et évidemment, ce qu'elle m'a demandé d'insérer sur le chapitre 20 a compliqué mes plans… Mais voilà, j'aime le défi ;-)

Les liens pour les bannières de ce chapitre sont sur mon profil comme d'habitude.

Et enfin, j'ai ouvert un compte Facebook à la demande de certaines lectrices donc si ça vous tente, vous êtes les bienvenues : c'est simplement Camilia HK.

Voilà, bonne lecture++

Rappel : Rated M.

[L'univers de Twilight appartient à S. Meyer]

….

Chapitre 19

Did you ever see a light inside your mind?
Did you ever stop to look what it makes you blind?
You should feel the love from my skin to my bones,

It's a feeling that's making me high...

Blackbox Revelation - I Think I Like You

Flash Back Pdv Bella.

Je pouvais lire la peur dans chacun de ses gestes.

Je voulais tellement lui dire de prendre la fuite.

Mais ni elle, ni moi avions le choix.

« Entre. » était tout ce qui sortit de ma bouche.

Une invitation à pénétrer en Enfer.

Elle resta debout, figée devant la table et les deux chaises, à serrer contre sa poitrine un vieux sac à main.

« Installe toi. » fis-je en me dirigeant vers une des chaises et en allumant une clope.

Je ne pourrais jamais être aussi dure qu'Irina l'avait été avec moi il y a un an.

Mais fumer m'aiderait peut-être à approcher le niveau.

Je vis sa main descendre vers son genou et le frotter discrètement.

« Elle t'as blessé ? » demandai-je.

Bree n'était qu'une garce qui se faisait tellement chier qu'elle devait occuper son temps en faisant chier le monde.

Tout ce que j'ai gagné à vivre dans une boite pareille était ma capacité à me défendre contre toutes ces connes. Le Crystal m'avait tellement endurci que les filles préféraient ne pas m'approcher. Et Bree avait fait l'erreur stupide de tenter une démonstration de force le jour où j'étais défoncée, énervée et dégoutée. Si Jane n'avait pas été là, j'aurais eu les cheveux ou le sang de cette vipère entre les ongles.

« ça va… » murmura la nouvelle sans oser me regarder.

Oh chérie… si t'es ici, c'est que rien ne va…

« Bree est une fille comme les autres, elle n'a pas de pouvoir magique et elle n'a pas Jane comme bouclier. Alors quand elle te prend la tête, dis lui d'aller se faire foutre. »

Ses yeux s'élargirent.

« T'auras pas toujours quelqu'un pour te sortir de la merde. D'ailleurs, tu seras, la plupart du temps, seule à te battre pour tes intérêts. » expliquai-je, « C'est la putain de vie. »

Elle cligna des yeux.

Et je me demandais pourquoi je m'emmerdais à faire la pédagogue.

« Peu importe. » Je pris une grosse bouffée de fumée « J'veux rien savoir de la personne que tu es, ni de ce qui t'amènes ici, ni de ce que tu cherches. Avant que je n'explique quoi que ce soit, tu dois parfaitement intégrer que beaucoup de choses ici se font dans un art qui dépasse la loi. Rien ne doit sortir. Jamais. Jamais. C'est pourquoi la règle ultime à suivre ici est celle de l'anonymat. Tout ce que tu as, et tout ce que tu es, reste à l'extérieur du Crystal une fois que tu y mets un pied. C'est clair ? »

Elle agita sa tête dans l'affirmative.

« Bon… » fis-je appréhensive, je ne voulais pas que ça mène là où ça mènera forcement. Je pris une énorme bouffée de clope avant de poser ma question.

« Comment tu t'appelles ? »

« Charlotte. »

Sa réponse sortit trop naturellement de sa bouche.

Elle n'avait rien comprit.

« Qu'est ce que tu saisis pas ? » lâchai-je en la faisant sursauter, « J'te dis que j'en ai rien à foutre de qui tu es ! »

Je ne voulais pas être dure envers la gamine mais j'étais tellement sous tension – comment ne pouvais-je pas l'être ? Le privé affreux avec Cullen – l'état affreux de Nathan – l'état affreux de Rose – la surprise affreuse de trouver Cullen en face du bureau de Jane – le destin s'acharnait sur moi… Aucune autre explication… Je pris une bouffée de fumée qui me calma à peine.

« Il faut… un… surnom, c'est ça ? » demanda-t-elle pleine d'innocence… pleine de naïveté…

Je voulais tellement vomir.

Je comprenais mieux Irina maintenant.

Celle qui avait été assise à ma place quand je fus assise à la place de la gamine.

Celle qui m'avait tout apprit sur le Crystal, et probablement sur la vie.

Tu apprendras à détester l'innocence …

Tu apprendras à détester la pureté…

Tu apprendras à détester la vie…

Pour apprendre à aimer le vice…

Pour apprendre à n'aimer que le vice…

Tu verras, Marie, t'apprendras à aimer ton nom…

« J'te parle pas de putain de surnom. J'te parle de ton nom. »

(Fin du flash back)

(Lundi 8 Septembre.)

Pdv Bella :

« ça va aller Carlie, calme toi… » suppliai-je en tentant de stopper le saignement qui coulait de son nez, « Merde… » murmurai-je en évaluant l'étendu des dégâts.

« Ahh ! » cria-t-elle quand je tentai de la tourner sur le dos – et sur le canapé du salon de Cullen – mon Dieu… S'il voyait ça…

« Je – Je – Jamais – Marie – plus jamais – Ahh ! » criait-elle entre les sanglots et la douleur dont je n'avais toujours pas trouver l'origine. Son corps entier devait être un Enfer, mais elle semblait se plaindre de quelque chose de particulier au niveau de son dos – où était-ce juste son bassin ?

« Anal ? » demandai-je en ouvrant sa chemise et en découvrant l'empreinte du collier autour de son cou… « Qui était le client, bon sang ? »

Elle se mit directement à vomir.

Pour la troisième fois depuis son arrivée.

Et en plein dans le salon de Cullen.

« Faut que tu te tournes, je dois voir ton dos. »

« Trop mal – je – jamais – ils m'ont – »

« Ils étaient plusieurs ? »

« Vvv – Vo – Vo- Lturi – »

Je me figeai devant la fille.

« Nan… »

Comment Jane avait osé…

Pas une nouvelle…

« Bouge pas, je reviens. »

« Nan, reste ! »

« J'suis juste là, je vais chercher une nouvelle bassine d'eau. »

Elle se mit à pleurer plus fort, et à trembler, et à crier… Je passai nerveusement mes cheveux derrière les oreilles.

« Tu peux pas rester ici de toute façon mon client aura ma peau s'il te voit là. » fis-je en sentant la panique m'envahir tandis que je vidais la première bassine d'eau dans l'évier.

« Je – Je vais où alors ? – Alan peut pas m'voir comme ça – mes parents – nan – j'peux même pas marcher, Marie – »

« – Je sais ! Mais tu peux pas rester là, c'est tout ! » la coupai-je en revenant avec l'eau propre et en constatant sa cheville droite énorme, « Qu'est ce qu'ils t'ont fait, bon sang ? Ta cheville ? »

« A – Attachée… »

Je fixais Carlie dans le dégout… Comme si je n'avais jamais vu ça… Comme si je n'avais jamais connu ça… La peur ne fit que s'aggraver.

« On a toutes été attachées, je comprends quand même pas – ils te l'ont écrasé ou quoi ? »

Elle agita sa tête dans les sanglots – les mots ne voulaient pas sortir – elle s'empara d'un des coussins et le mordit dans la frustration et probablement d'autres sentiments dont le souvenir me foutait les frissons.

« Et j'ai pas d'antalgique sur moi… » La panique crépitait – Irina gérait beaucoup mieux que moi la situation quand j'étais celle qui se tordait de douleur dans un corps brutalisé par le client…

Mais je n'avais jamais débarqué sur un des contrats d'Irina – Cullen allait me détruire…

« Montre moi ton dos, dépêche toi… »

Je l'aidais à retirer la chemise et je découvris progressivement les hématomes… les ecchymoses… partout… Avais-je jamais été comme ça ? Ou mon contrat actuel stérile m'avait-il fait oublier la réalité d'une vraie location ?

« Tourne toi sur le ventre. »

Elle obéît et je découvris avec horreur plusieurs petits morceaux de verres incrustés dans la peau de son dos.

« Il te faut un médecin. » déclarai-je. Impossible que je touche à ça. « Et tu peux pas aller à l'hôpital – pas comme ça – ils sauront. » lâchai-je en comptant les lésions. Quatre d'entres elles étaient centrées par un fin morceau de verre, peut être plusieurs, qui brillaient sous la lumière du lustre au dessus de nous. Le reste était surtout des hématomes et des griffures. « Comment ils ont fait ça ? »

« La table sur laquelle j'étais attachée… Elle – elle était en verre – Aie ! » s'écria-t-elle quand je passai un doigt sur une des plaies, « La table s'est – elle s'est brisée. »

Je m'écartai de son corps pour mieux réfléchir.

Qu'allais-je faire d'elle, bon sang ?

Je m'emparai de mon téléphone.

Contacter Jasper ne servirait à rien, il me ferait seulement une crise, et il ne saurait pas quoi faire de toutes les blessures. Il la droguerait peut être – c'est tout ce qu'il savait faire…

« Ouai, bébé ? »

« Euhm… Peter, salut… j'ai besoin de toi. T'es au studio ? »

« Nan – pourquoi ? Qu'est ce qui s'passe ? » fit-il immédiatement sur le mode sérieux et protecteur, « Où est Jazz ? »

« J'en sais rien… Il répond pas à son téléphone depuis hier après midi… »

« Qu'est ce qu'il fout ? »

« Je – Je sais pas… » Il pouvait faire des tonnes de choses dont aucune ne me rassurait…Mais là, toute de suite, j'avais un autre problème.

« Peu importe, c'est toi qu'il me faut – »

« – J'suis à Chicago, chérie – ça m'étonnerait que j'puisse t'aider d'ici – »

« – Oh non… merde… »

« Mais c'est quoi le problème ? Tu m'fais flipper. »

« Rien qui me concerne, t'inquiète pas, juste… juste une… connaissance. »

« Bébé, est ce que tu sais pourquoi chaque être humain à son propre trou du cul ? »

« Euh… quoi ? »

« C'est pour que chacun soit responsable de la merde qui en sort. Alors princesse, au nom de tout ce qui reste de moins pourri sur Terre, ne t'occupe pas de la merde des autres. »

J'me mis à rire même si rien n'était marrant dans la situation.

Je ne faisais rien pour m'occuper des problèmes des autres.

Les problèmes me trouvaient de toute façon où que j'aille et quoi que je fasse.

« Okay… Merci… Je dois te laisser – »

« – Ouai, et si j'attrape Jazz, j'lui dirais que c'est qu'un enculé de mauvais frère, compte sur moi. »

« Ouai… Bye Peter. »

Je raccrochai.

« Okay… » murmurai-je, mes mains devenaient moites, ma respiration rapide, mon cœur encore plus rapide… « On est dans la merde. »

« Marie… » implora Carlie, comme si j'avais un pouvoir magique que j'échouais à activer.

« J'ai pas le choix… Il reste une seule solution… » déclarai-je, « Et j'te préviens, c'est seulement la moins pire. »

Pdv Edward.

L'Esal n'avait jamais paru si loin.

J'pouvais pas décrire l'état dans lequel j'étais quand je stationnai en face de la résidence et que je fonçai vers la porte d'entrée.

Une putain d'appréhension et un milliard d'autres choses.

J'ouvris la porte d'entrée.

Elle était directement en face de moi.

« Qu'est ce qui se passe ? » demandai-je immédiatement en cherchant un problème sur elle. En cherchant littéralement – je touchai son visage – j'écartai ses cheveux de mon examen – je palpai ses épaules – ses bras – je l'éloignai de mon regard pour avoir une vision globale.

« Je… »

« – Quoi ? » fis-je en posant mon regard dans le sien. Elle me fixait comme si j'avais trois têtes.

« Je… C'est pas moi… » murmura-t-elle, les yeux larges, comme sidérée par ma réaction, en retirant lentement mes mains de ses épaules.

« Comment ça, c'est pas toi ? T'as dis que t'avais besoin de moi – »

« – Je – oui – j'ai besoin de toi – mais je vais bien, c'est – Edward, avant que tu saches – il faut que – »

Je la virai de mon chemin – elle tenta de me retenir par le bras – mais je me dirigeai directement dans le salon.

« S'il te plait, Edward, j'vais tout t'expliquer – »

J'haletai.

Pendant une minute, j'étais totalement perdu.

Figé…

Choqué…

« – Qu'est ce que c'est que ça ? » lâchai-je finalement comme un abruti.

Je savais exactement ce que c'était.

Les genoux blessés par plusieurs plaies dont une saignait devant mes yeux le long de sa jambe droite jusqu'à sa cheville et jusqu'à mon putain de tapis… Les chevilles comme les poignets cerclés par des ecchymoses dont la très probable origine me donnait envie de gerber… Son cou empreint d'un collier de sang séché… Et sa figure… Sa figure…

Sur le canapé, au milieu de mon salon, était étalée l'incarnation vivante de tout ce qui m'écoeurait.

« T'as ramené une pute chez moi… » sortit de ma bouche tandis que je pinçais l'arrête de mon nez dans la vaine tentative de contrôler ce qui allait inévitablement suivre.

Je me tournai vers la fille pour qui j'avais quitté le service dans la panique.

Elle me regardait les yeux réduits comme si ma réaction n'était pas normale.

Ce qui me rendit brusquement incontrôlable.

« T'as ramené, dans ma putain de baraque, une pute démolie par un de vos fils de pute ! » crachai-je en envoyant le lampadaire valser quelque part vers la salle à manger. La trainée sur le canapé s'écria visiblement flippée par ma réaction.

Mais elle n'a pas eu peur de l'enculé qui venait de la détruire…

Ça me rendait fou.

Et pour être sûre que j'allais exploser, elle s'interposa entre moi et la prostituée.

« Attends – mais tu te fous de ma gueule ! C'est de moi qu'il faut avoir peur ? » lâchai-je sidéré.

« Je l'ai pas ramené, j'te jure – mais elle a nulle part où aller – et – je sais que – »

« – Mais j'en n'ai rien à branler ! »

« – Edward, s'il te plait, il lui faut un médecin – j'te demanderais plus rien – ne me paye même pas pour le contrat – »

Je la regardais avec l'envie subite de vomir.

Est ce que tout devait revenir à une question d'argent dans ce foutu monde ?

« Mais pourquoi tu m'parles de frique, là ? Il est où le putain de rapport ! Tu ramènes une pute dans ma baraque ? T'as cru quoi ? Que c'était un bordel, ici – »

« – Non – jamais – »

« – Aahh ! »

Le cri de la gamine fut suivi d'un craquement.

Elle avait tenté de se lever.

« Carlie ! » s'écria-t-elle, en se baissant pour la ramasser.

« J'reste pas ici – emmène moi à l'hosto – ils peuvent pas me laisser comme ça, Marie… »

Le festival des noms de prostitués se jouait en face de moi tandis que j'étais à la limite de la rupture.

« Mais – » Je reconnus le craquement dans sa voix – quelque chose craquait en moi simultanément, bordel…C'était juste insupportable. « T'auras des problèmes après… » murmura-t-elle en essuyant une larme de son visage.

Insupportable.

« Putain… » lâchai-je en me mettant à leur niveau, « C'est bon, laisse moi faire. »

« Nan – ne me touchez pas – Marie – » commença à paniquer la gamine au sol.

« Comment tu crois te lever avec cette cheville pétée, bon sang ? » lançai-je tandis que je cherchais un endroit par où la porter sans lui faire davantage mal. Mes mains frôlèrent les siennes. Elle les esquiva rapidement. Je ramenai mon regard sur elle. « C'est pas de moi que tu dois avoir peur. » lançai-je.

Elle ne dit rien. Je lâchai la gamine parce qu'au fond, c'était pas elle mon problème. Je soulevai par le menton le visage de la seule fille qui m'importait. Je me retrouvai noyé dans ses putains de grands yeux… Douloureux et captivants, comment était-ce possible ?

« C'est à cause de moi que tu pleures ? »

Je la vis avaler.

« C'est à cause de moi, ça ?! » insistai-je en montrant d'un signe de tête l'état de la prostituée par terre.

Elle retira son visage de mon emprise.

« Aide moi à la soulever s'il te plait… » fuis-t-elle, pour ne pas changer… Je soupirai dans la frustration avant de glisser mes bras sous les aisselles de la gamine et de la soulever.

« Aïe ! » haleta-t-elle.

« Pose pas ton pied droit au sol. » ordonnai-je, « Vous attendez quoi de moi toutes les deux ? » fis-je en dirigeant la fille vers le canapé sans qu'elle perde la seule foutue serviette qui la couvrait, « Vous pensez que j'ai un regard laser qui permet de dire si c'est cassé ou pas ? – Il lui faut des radios – et si c'est pété, il lui faudra un bloc. » lâchai-je en installant la gamine assise sur le canapé.

« Nan – pas assise – trop mal – » fit-la trainée en s'agrippant sur elle

« Pourquoi elle peut pas s'asseoir ? » demandai-je.

« Allonge toi sur le coté… » fit-elle calmement quand je perdais à nouveau mon calme…

« Pourquoi elle peut pas s'asseoir ? » répétai-je parce que je devais être un connard masochiste.

« On fera les radios plus tard – quand elle sera moins… – quand elle sera mieux, tant pis – C'est son dos qui m'inquiète – »

« Pourquoi elle peut pas se poser sur son cul, putain de merde ! »

« A ton avis ! » lâcha-elle en me regardant enfin, les yeux pleins de larmes retenues « A ton avis, Edward ? Tu veux que j'te fasse un dessin ? »

Je sais pas pourquoi j'étais choqué.

Evidemment qu'un type avait baisé cette gamine de toutes les façons possibles – je le savais – mais qu'est ce que j'attendais ? Qu'est ce qui me paralysa subitement ?

« Carlie, montre ton dos… » fit-elle en m'ignorant totalement, « Là… » murmura-t-elle en retirant la serviette du dos meurtris de la fille comme on retirerait les rideaux d'une putain d'œuvre d'art…

Et je me souvins brusquement de son dos, à elle.

Les hématomes sur les roses bleues…

Elle ?

Elle ?

Et un nombre incalculable de souvenirs percutèrent mon esprit…

…La boiterie… Sa main bandée… Son visage défiguré…

Par son caractère sauvage…renfermé…inaccessible…Marie relève de l'incontrôlable… …N'est ce pas purement extatique de contrôler l'incontrôlable ?...

J'aime lire les tragédies. Elles reposent sur la conscience de la fatalité contre laquelle se brisent inéluctablement les entreprises humaines. Ces histoires me donnent l'impression d'être moins seule…

Je ne suis pas originale, Cullen…

Si je me mets à genoux et que je vous supplie d'annuler, vous le ferez ?...

Tu crois que le fait de graver sur ta peau ce que ton cerveau n'intègre pas aidera à vivre avec…

Le prélude en Mi Mineur, opus 28, numéro 4…

Les rosiers ne produisent pas le pigment végétal primaire qui est à l'origine des vraies fleurs bleues. Les roses bleues n'existent pas dans la nature. A défaut de ne pas être comme elles, je les ai gravées sur ma peau…

Non…Nooon… criait-elle dans les pleurs, à genoux, devant la porte de la chambre de sa sœur…

Parfois, je sens mes os craquer sous le poids de la vie que je ne vis pas…

J'ai un seau à remplir….Le même que le type des cours de latin. Avec le trou…Je le rempli…Il se vide…rempli…vide…tout le temps…pour toujours…

Je vois un point blanc noyé dans l'immensité de ce monde… Je me vois, moi, fondue dans la masse… transparente… inutile et submergée…

Tu es mon meilleur ennemi…

« J'ai peur que tout ça s'infecte… »

Je me retrouvais noyé dans ses yeux inquiets pour la gamine tandis que ses mots résonnaient encore dans ma tête.

Tu es mon meilleur ennemi…

Et un nombre démesuré de sentiments filtrèrent ma peau et au delà…

Tellement au delà…

Tu es mon meilleur ennemi…

ça ne me suffira pas…

Je ramenai mon regard sur le dos bousillé de la gamine.

Et c'était comme si je la voyais, elle, sur le canapé.

Et c'était comme si on broyait mon putain de cœur.

Pas ça…

Pas elle…

Je me tournai à nouveau vers elle – comme pour m'assurer que ce n'était pas elle qui était détruite à coté.

Le regard implorant qu'elle me renvoyait mettait le feu à mon putain de cerveau.

Que voulait-elle de moi ?

Je fis un pas en arrière quand l'évidence me frappa.

« Tu… Tu pourrais traiter ça, s'il te plait ? »

La vraie question était là… Que n'aurait-elle pas de moi ?

« Je… Je… » J'étais bloqué. « Je… J'vais chercher le matériel en haut. »

Je devais quitter cette pièce.

Pdv Bella.

Carlie sursauta au bruit du claquement de porte au premier étage avant de me fixer les yeux larges.

« ça va aller… » tentai-je de la rassurer.

Mais les larmes coulaient déjà sur ma figure.

T'as ramené une pute chez moi…

Que croyait-il ? Il en avait déjà une chez lui, et il avait payé 60000$ pour l'avoir !

J'entendis brusquement d'autres bruits au premier étage. C'est moi qui sursautai cette fois ci.

Des claquements d'objets…

« Merde… »

« – J'm'en vais, Marie – il m'fout les j'tons – »

« T'en aller où ? » m'énervai-je en chuchotant comme s'il pouvait m'entendre d'en haut, « T'en aller comment ? »

Je passai nerveusement une main autour de mon cou après avoir essuyer mon visage.

« J'suis désolée, Marie… » commença Carlie à pleurer alors que le bruit du vacarme en haut s'était arrêté.

« J'vais monter le voir. » ignorai-je ses excuses, « Tu bouges pas d'ici, c'est clair ? »

Elle avala avant d'acquiescer.

Je montais l'escalier avec une appréhension qui dépassait tout ce que je connaissais… Une fois en face de la porte de sa chambre, je restai simplement figée. Mon cœur qui frappait dans ma poitrine était tout ce que j'entendais à l'étage.

Je toquai une fois pas de réponse.

Une deuxième fois pas de réponse.

J'inspirai profondément.

« E – Edward ? » appelai-je en toquant pour la troisième fois.

Aucune réponse.

Je fis un pas en arrière en fixant la porte dans une défaite que je ne comprenais pas. Mon réel problème ne semblait pas être en bas, sur un canapé…

Il était derrière cette porte.

Je me dirigeai vers l'escalier quand la porte s'ouvrit brusquement.

Je restai figée, dos à lui, quelque secondes avant de trouver le courage de me tourner vers lui.

Hésitante…

Et si le dégout que j'avais lu dans son visage quand il avait découvert Carlie – quand il avait enfin réalisé ce que j'étais – m'avait bouleversé… Je savais que la vue en face de moi, maintenant, rongera mon esprit pendant longtemps…

Edward Cullen semblait…

Il semblait…

Défait.

Dressé à l'entrée de sa pièce une main sur la porte, l'autre sur le chambranle ses cheveux, une explosion de rage et son regard… une détonation de tristesse… et de reproche… et de peur…

J'avais tellement mal.

« Désolée… » sortit spontanément de ma bouche.

Le reproche devint brusquement plus fort – partout sur son visage.

« T'es désolée… » répétâ-t-il mes mots qui semblèrent subitement futiles. « On est avancé maintenant, non ? » lança-t-il ensuite avant de se tourner vers l'intérieur de sa pièce, « Elle est désolée… » lâcha-t-il en frappant un fauteuil qui était déjà renversé par terre.

Je fermai fort les yeux comme si ça m'aiderait à avoir moins mal. Puis je le suivis à l'intérieur parce qu'il semblait que je n'avais plus de contrôle sur mes jambes.

Je découvris une pièce tout autant défaite que son possesseur… Plusieurs objets étaient éparpillés au sol… Certains cassés… Les rideaux arrachés…

Je fermai à nouveaux les yeux.

C'était trop.

« Tu peux pas m'faire ça… » murmurai-je tandis qu'une vague de frissons s'emparait de moi, « T'as pas le droit… »

Il se tourna brusquement vers moi, la furie peinte sur son visage… Son regard passa sur mon corps plusieurs fois comme si ce qu'il avait en face de lui relevait d'une hallucination.

Mais tout ça était bien réel…

Il avait dépassé les limites…

Nous avions dépassé les limites…

« Je – Tu – Pourquoi t'es aussi investi ? » commençai-je en montrant des mains le désordre qui nous entourait, « Tu peux pas – c'est juste – t'es trop – j'comprends pas – » Je ne trouvais pas les mots tandis qu'il continuait à me regarder comme si je délirais. Je sentais les boules dans ma gorge et les larmes dans mes yeux. « T'as pas le droit – merde, tu m'impliques au delà du possible – tu nous impliques alors que c'est juste un putain de contrat – j'suis rien – »

« – Ferme là ! » lança-t-il subitement.

Je passai nerveusement ma main – mes ongles – sur mon cou.

« Comment tu fais pour te voiler autant la face ? » demanda-t-il finalement, « J'ai pas le droit de t'impliquer ? Attends, mais tu fais quoi, toi, quand tu m'appelles pour soigner une des trainées de ta foutue boite ? » cria-t-il en faisant de grands gestes des bras « Tu m'impliques pas, là ? »

J'avalai douloureusement ma salive tandis que la première larme coulait déjà sur mon visage trop coupable...

« J'suis désolée… » sortit de ma bouche dans un craquement de regret.

« T'es pas désolée – T'es hypocrite. Putain de nuance… »

Le vert de ses yeux, toujours aussi passionné, semblait altéré par l'épuisement… et d'autres choses trop difficile à voir. Je baissai mon regard par terre, vers les objets brisés au sol…

« Je – J'ai – J'ai jamais voulu te… » Je ne trouvais pas les mots et les larmes n'aidaient en rien. « ça fait mal. » sortit simplement de ma bouche, « Te voir… comme ça… » ajoutai-je en le montrant vaguement de la main, lui et sa chambre, « ça fait mal… »

« Tant mieux si t'as mal. On sera deux. » fit-il toujours furieux. Il se dirigea ensuite vers le balcon en me laissant seule au milieu de sa chambre.

Je le suivis encore une fois en essuyant mon visage. Il était blessé. C'était évidemment de ma faute. Il fallait que je règle ça.

Il était accoudé sur le rebord du balcon, la tète affaissée dans une sorte de défaite qui n'allait tellement pas avec lui. Comment une fille aussi misérable que moi pouvait mettre un homme tel que lui dans cet état ? La situation me dépassait…

Je restai derrière lui, silencieuse à réfléchir sur ce que je pouvais dire ou faire…

La scène ressemblait étrangement à un déjà vu…

« Est ce qu'on t'a déjà fait ça ? » demanda-t-il finalement sans se retourner.

La crainte dans sa voix était palpable.

En miroir de tout ce que j'ai toujours craint…

Il se retourna lentement et je jure que mon cœur se tournait en même temps dans ma poitrine…

Je me retrouvai noyée dans un vert qui me défiait de mentir.

Je baissai le regard.

« Putain… » entendis-je en même temps que le bruit de son poing contre le rebord du balcon.

Je me rapprochai de lui instinctivement.

Et à nouveau l'impression de déjà vu…

… ''De quelle maladie souffrez vous, M. Cullen ? ''…

Je passai une main nerveuse autour de mon cou tandis que le souvenir de se rêve refit surface.

… ''Je souffre de toi ''…

« Hey… » murmurai-je en posant une main sur son bras.

« Arrête. » fit-il brusquement. Je retirai immédiatement ma main.

Il se tourna vers moi, tout en suivant mon geste du regard.

« Arrête de bosser pour eux. » fit-il en se rapprochant de moi.

« Qu – Quoi ? » demandai-je en faisant un pas en arrière.

« J'veux plus que tu bosses – »

« – Et alors ? » le coupai-je tandis que les signes de la panique se faisaient brusquement sentir. « Tu peux pas – J'peux pas – »

« – Tu peux, putain de merde – »

« – Non, il y a les soins pour ma sœur que j'dois payer – »

« – Ta sœur est gérée par ma mère – »

« – Je vais devoir payer ta mère ! »

« – Tu lui dois absolument rien ! – »

« – J'ai des dettes à rembourser ! – »

« – Il y a aucune putain d'urgence à les rembourser ! T'as la paye de ce contrat elle te suffira le temps que tu trouves un vrai job ! »

J'étais coincée entre un mur derrière moi et le corps de Cullen en face moi – au dessus de moi – partout.

J'aurais ris à la figure d'un autre client qui m'aurait sortis d'arrêter avec la boite… Mais là, j'étais à expliquer…discuter… négocier… Qu'est ce que je foutais, bon sang ?

Je ne danserais pour vous que si vous jouez pour moi… tentai-je le jeu tandis que je savais qu'il aura tout de moi… Je lui donnerai tout…

Je fermai les yeux comme si ça m'aiderait à bloquer les souvenirs de ce foutu rêve.

« Qui es tu pour me demander ça ? » demandai-je dans un murmure qui traduisait si bien ma peur…

Sa tête, à peine à quelques centimètres de moi, s'affaissa vers le sol.

Et le silence.

La plus claire des réponses.

Nous étions là…

Là où je n'ai jamais voulu finir…

Il souleva à nouveau son visage vers moi. Et lentement, son regard passa de ma bouche au reste de mon visage pour finir dans mes yeux. Il devait me persuader de les ouvrir grands – de cesser l'hypocrisie.

Il ne voyait pas que tout était ouvert.

Mes yeux… Mon cœur…Mon âme – Seigneur…Tout était atrocement ouvert.

La main qui était appuyée contre le mur derrière moi se dirigea vers mon visage il essuya les larmes qui coulaient à nouveau sans retenu.

« Tu dois arrêter. C'est tout. » dit-il avant de me laisser sur le balcon.

Pdv Carlie :

« Je suis désolée… »

Je n'étais pas sure que Marie m'écoute. Elle semblait noyée dans un autre monde tandis qu'elle tentait vainement d'effacer les taches de sang sur le tapis.

Elle essuya finalement son front en soupirant.

« Je devrais te forcer à nettoyer ce tapis. » fit-elle. Je me redressai mais les vertiges m'immobilisèrent. Elle souleva son regard sur moi, « Je plaisante. » ajouta-t-elle avec un sourire à peine rassurant, « Essaye de te reposer t'es encore shootée… »

Je reposai ma tête contre le bras du canapé en fermant les yeux. Les douleurs avaient quasiment disparus depuis l'injection de morphine que m'avait fait le client de Marie avant qu'il ne suture les plaies. Mais maintenant je me sentais tellement… flottante…

« Tu vas avoir des problèmes ? » demandai-je. Je n'eu aucune réponse, tout ce que j'entendais était le bruit du chiffon qui frottait le tapis à coté de moi.

« Marie ? » insistai-je.

« Oui ? »

« Dis moi – est ce que tu vas avoir des problèmes ? » répétai-je. L'idée que son client se venge sur elle à cause de moi me rendait malade…

« L'univers a des problèmes, pourquoi je n'en aurais pas ? » fit-elle sur un ton lassé. Je tournai ma tête vers elle elle était à genoux au sol, toujours fixée sur ce tapis.

« J'veux dire… A cause de moi – est ce que… »

« Non. » me coupa-t-elle en ramenant son regard sur moi, « Je n'aurais pas de problème à cause de toi. »

Je me demandai si elle disait ça juste pour me rassurer.

« Il semblait tellement enragé avant… » murmurai-je.

« C'est sa tendance habituelle… » fit-elle en essuyant à nouveau son front.

Les nausées et les frissons revinrent au souvenir des Volturi…

« Comment – Comment fais tu ? » réussis-je à craquer alors que ma gorge se tordis à nouveau je n'arrivais plus à pleurer.

Elle stoppa ses gestes.

« Je… Je sais pas… La balance des peurs, j'imagine… Perdre mon corps, mon honneur, ma dignité fait moins peur que perdre d'autres choses… »

Le visage d'Alan, tordu de douleur et de besoin que je ne pouvais pas guérir, revint à la surface de ma conscience altérée. Le lancinement qui me traversa ne pourrait pas être calmée par une tonne de morphine.

« Je… Je ne le ferais plus, Marie… » chuchotai-je.

Elle ne dit rien.

Je voulais lui raconter mon problème, lui demander ce qu'elle en pensait, ce qu'elle aurait fait à ma place. Je voulais qu'elle m'aide.

Mais je savais qu'elle ne voulait rien savoir.

Un claquement de porte retentit au premier étage. Je me rigidifiai instantanément, ce qui réveilla les douleurs au niveau du dos. Marie souleva la tête vers le plafond avant de prendre une grande inspiration et de commencer à ranger les chiffons et les bassines d'eau à coté d'elle.

« Qu'est ce que tu fous ? » lança-t-il en entrant dans le séjour. Je me redressai immédiatement pour tenter de lui expliquer que je voulais partir mais que les vertiges m'empêchaient de me déplacer.

Je me rendis compte que la question n'était pas pour moi. Le regard du client était directement planté sur Marie encore agenouillée au sol.

« Je n'ai pas réussi à tout enlever, désolée, je – »

Elle n'avait pas fini sa phrase qu'il avait déjà agrippé son bras pour la soulever du sol.

« Arrête ça, bordel… »

Je regardais la scène les yeux larges.

Il ne la tenait pas comme on m'avait tenu la nuit dernière.

Il ne la tenait pas comme un client devait tenir sa location.

Il cherchait son regard tandis qu'elle évitait le sien.

« C'est bon, je vais juste ranger tout ça… » entendis-je Marie lui répondre. Il lâcha son bras sans la quitter du regard elle ramassait les deux bassines d'eau et les ramenait à la cuisine. Il passa une main dans ses cheveux mouillés en baissant son regard sur moi. Je me mis assise en grimaçant de douleur une fois installée.

« L'oedème rectale, c'est ce qui te fait mal. Tu devrais t'asseoir sur un sac de glaçons. »

Je clignai des yeux avant de baisser ma tête et de commencer à balancer nerveusement ma jambe de haut en bas.

« J'me souviens de toi, maintenant… » murmura-t-il. Je soulevai mon regard sur lui, il fixait ma jambe anxieuse. « T'es la gamine qui était à coté de moi dans la salle d'attente du Crystal, stressée comme pas possible parce qu'elle allait débuter cette merde… Une des garces là bas t'avait fait un croche pied… »

Je jetai un coup d'œil sur Marie qui nous regarda quelques secondes avant de se tourner vers le lavabo et de laver les chiffons.

« Comme on se retrouve… On devrait ouvrir une bouteille pour fêter ce foutu destin… » lança-t-il en s'installant sur le canapé à ma droite. « Alors, comment tu te sens maintenant ? T'as apprécié le voyage ? » fit-il d'un ton bourré de sarcasme.

« Edward, s'il te plait – » intervint Marie.

« S'il te plait, quoi ? » lança-t-il en la fixant plein de colère et de défi.

Je ne comprenais rien. A qui en voulait-il ? A moi ? Ou à elle ?

« J'ai vu cette fille au Crystal – j'lui ai dit de se barrer – elle m'a pas écouté. Et là, elle est chez moi, fracassée par son putain de choix ! Alors, ouais, j'veux qu'on m'explique – c'est trop demandé ? »

« Je n'avais pas le choix… » murmurai-je en réponse pour tenter de calmer l'ambiance qui régnait subitement.

« Carlie, t'es pas obligée – »

« – Si, elle est obligée – et d'ailleurs, toi, tu vas lâcher ces putains de chiffons et t'asseoir ici. » lâcha-t-il en montrant d'une main le canapé sur ma gauche, en face de lui, « On va essayer de comprendre tous ensemble en quoi une fille n'a pas le putain de choix de se prostituer ou pas. » ajouta-t-il.

J'avalai ma salive tandis que Marie se rapprochait dans le séjour, cent fois plus appréhensive que moi.

Et lui… Il ne la lâchait pas du regard. Il semblait…obsédé par elle.

Elle s'installa au milieu du canapé en se recroquevillant, les jambes fléchies contre son sa poitrine.

« Bien… » fit-il en ramenant difficilement son regard vers moi, « Explique moi ce qui t'a poussé à accepter ça ? » demanda-t-il en montrant d'un signe de tête mon état actuel.

Je me tournai vers Marie qui fixait la table de verre entre nous trois.

« Je… J'avais besoin d'argent rapidement. »

« Pourquoi rapidement ? Pourquoi tu peux pas faire d'empreint ? Chez quelqu'un – n'importe qui – la banque ? »

« J'ai déjà fait des empreints chez des amis – j'ai pris de l'argent à mes parents – j'ai – »

« – Pourquoi un p'tit job de serveuse – de femme de ménage – de caissière ne suffirait pas ? »

« Il me faut une certaine somme dans un délai rapide et – »

« – Mais pourquoi t'as besoin de cet argent ? »

« Je… »

Je me tournai à nouveau vers Marie, en quête d'une forme d'aide, mais elle était figée dans la même position qu'avant.

« Je… » commençai-je mais j'avais tellement peur… « Je… C'est pour… De l'héroïne. » réussis-je à murmurer.

Je sentis le mouvement sur ma gauche ma déclaration devait avoir ranimé Marie.

« Je reconnais les héroïnomanes. Et toi, t'en n'ai pas une – alors te fous pas de moi. » fit le client sûr de lui.

« C'est pas pour moi… »

C'est moi qui fixais maintenant le verre de la table, celle ci semblait renvoyer l'image torturée d'Alan… Ou était-ce la morphine qui me jouait de mauvais tour ?

« Donc quoi ? On te force à dealer, c'est ça ? Ton corps contre de l'héro ? »

« Noon… Personne ne me force… » Je ne suis forcée que par les sentiments… Mais comment l'expliquer ? Il y a des choses qui ne s'expliquent pas, c'est tout…

Je me tournai vers Marie, qui me regardait, inquiète.

« C'est pas pour moi, Marie, et personne ne me force… »

« Alors quoi, bon sang ? Qu'est ce qui fait que t'as pas le choix ? » s'énerva le client.

Ma gorge se noua.

« Je… C'est tellement difficile – insupportable de le voir dans cet état – quand – quand il est en manque – je – j'ai – » Les larmes coulaient à l'idée de ne plus savoir comment l'aider, « C'est – c'est comme s'il est en train de mourir en face de moi… Et que je le regarde impuissante et inutile. »

Un silence qui dura trop longtemps m'imposa de soulever le regard vers le client de Marie. Il avait les yeux réduits sur moi comme s'il ne comprenait toujours pas, comme si je délirais…

« Donc… Tu te prostitues pour obtenir de quoi acheter l'héroïne pour le toxicomane dont t'es ridiculement tombée amoureuse ? »

C'est moi qui réduis mon regard sur le type en face de moi.

Que pouvais-je lui répondre ?

« Son erreur est d'être tomber amoureuse. »

Je me tournai vers Marie qui nous surpris en se décidant, enfin, à intervenir.

Son regard était planté sur son client dans une sorte de défi que j'avais du mal à saisir

« Que ce soit du président des Etats Unis ou du toxicomane, ça ne change rien. » ajouta-t-elle.

« Je sais très bien que ta vie est baisée dés le moment où ton putain de cœur craque pour quelqu'un. Mais je suis sûr qu'un toxicomane pourrira ta vie encore plus rapidement. »

« Qu'est ce que tu peux en savoir ? »

« La foutue traduction se trouve entre nous. » lança-t-il en me montrant d'une main, « Et toi, qu'est ce que tu peux en savoir ? » lui renvoya-t-il satisfait.

« Je le sais, c'est tout. » fit-elle en évitant son regard. Mais sa voix craqua de façon à peine perceptible. « Tomber amoureux est la plus grosse erreur dans une vie. Tu perds la raison. Et sans raison, t'es détruit. »

Je voulais leur dire qu'ils n'avaient, tous les deux, rien compris. Ils parlaient d'aimer comme si ça relevait d'une décision qu'on pouvait prendre, d'un choix entre oui ou non…

Mais je gardais mes commentaires pour moi parce que j'étais scotchée à la scène en face de moi.

Marie essayait de convaincre son client…

Le client essayait de convaincre Marie…

Mais de quoi ?

Je me tournai vers lui. Sa mâchoire était contractée aux explications robotisées de Marie.

Il me regarda ensuite.

Il n'y avait plus le dégout…

Il n'y avait plus la pitié…

Il n'y avait que la peur.

Et je percutai.

« Alors c'est ça… » murmura-t-il en serra un de ses poings

Je me tournai à nouveau vers Marie qui fixait son client avec cette même peur…

J'eu subitement l'impression d'être le miroir entre ces deux personnes.

Le miroir qui renvoyait à chacun l'image de l'autre.

Image que chacun refusait d'accepter.

Mais c'était trop tard...

Le client était ridiculement tombé amoureux d'une prostituée.

Et Marie tentait ridiculement de résister.

La mort peut se choisir.

Pas l'amour.

(Camiliahk)

A/N :

Chapitre 20 à peaufiner…

Je me permets, cette fois ci, de dire que le retard est surtout de la faute à Kadronya ;-)