Tout ce qu'il pouvait ressentir à cet instant n'avait aucun sens. Son corps tétanisé par la douleur, son esprit embrumé par le désespoir d'un geste qu'il n'aurait jamais pu imaginer, ses pensées désorganisées dans le tumulte de questions qui se succédaient sans trouver la moindre réponse censée ou cohérente. Son souffle haletant, essayant vainement de faire rentrer dans ses poumons un air qui s'était tuméfié et raréfié.

La raideur de son dos contre un sol poussiéreux, la douleur et l'incompréhension devant ce geste inconsidéré, la solitude qu'il ressentait de se savoir trahi et délaissé par l'homme qu'il aime, cette suffocation intense s'engouffrant en lui comme le vent dans les arbres.

L'appréhension de se sentir partir, de LE sentir se détourner. La peur de rester en arrière, de ne plus pouvoir profiter de cette vie qu'ils s'étaient créés. L'envie, enfin, de pouvoir continuer à vivre, tout simplement, et de ne pas fermer définitivement les yeux sur ce qui pourrait être.

La volonté d'avancer et de continuer, de survivre et de l'aider, malgré tout.

Mais tout espoir s'envola lorsque ses yeux azurs entrèrent en contact avec ceux, émeraude, de son mari. Ces deux magnifiques yeux verts, qui d'habitude le désiraient tant, ne reflétaient rien d'autre qu'une rage sourde, une froideur glaciale à lui geler son corps et son être tout entier ; alimentés d'un feu bouillonnant qu'il ne lui connaissait pas. Etait-ce de la colère ? De la peur ? De l'incompréhension ?

Cette incompréhension qui le saisit de nouveau, alors que son corps succombait enfin, et lorsque le regard de braise se détourna de son être à l'agonie, avant qu'il ne cesse une fois pour toute de lutter contre cet autre monde qui l'appelait à cri et à sang, ses paupières mis closes se posèrent une dernière fois sur les courbes qui l'avaient fait succomber au premier regard. C'est lorsqu'il lui tourna le dos et le vit s'en aller lentement, que Kévin poussa un gémissement de détresse et d'horreur. Ses paupières se fermèrent sur l'éternel dans une pensée hors de toute proportion : Yann, son homme, son mari, venait de lui tirer dessus !

Tbc…