CHAPITRE 13 :

Mais alors que le sourire de Georgio se figeait dans la victoire qu'il s'octroyait, des cris, des hurlements et des coups de feu éclatèrent et retentirent de toute part. Le corps de Georgio tomba comme au ralenti, et Yann vit entrer en trombe Mercier, Duval, Franchard, Alex, Laura, Lyès, Nadia, et pleins de collègues, ceux de la BAC, mais aussi d'autres en uniformes, pour ainsi dire tout le commissariat. Tous, armes aux poings, hurlant à tout rompre, courant, et une liberté oubliée lui tomba alors sur les épaules.

Libéré de toutes ses tensions, de tous ces sentiments à bâton rompu dans lesquels il s'était enfoncé et corrompu, sa culpabilité disparue, il put enfin respirer comme il ne l'avait plus fait depuis le début de ce calvaire. Il sentit ses poumons se gonfler, son amour le redompter, et son regard se saisir à nouveau de celui de Kévin, le fixant toujours. Et ses larmes se transformèrent en joie inavouée. Joie d'avoir retrouvé son amant, joie d'être pardonné, d'être débarrassé de tout ce poids sous lequel il s'était inondé.

Yann : Ca va aller, c'est fini, c'est fini.

Continuant à caresser le front de Kévin, il vit un sourire franc étirer ses lèvres.

Kévin : Moi aussi je t'aime, connard !

Cette phrase qui résonna aux oreilles de Yann comme une mémoire si peu lointaine et à laquelle il ouvrit ses bras.

Franchard et Alex s'agenouillèrent auprès d'eux, les autres maîtrisant les trois frères, Georgio une balle dans l'épaule mais se débattant, Mercier au téléphone, demandant une ambulance.

Franchard : Ca va vous deux ?

Yann : Mieux. Beaucoup mieux.

Le regard d'Alex faisait des va-et-vient entre son visage et celui de Kévin, avant que son propre visage se durcisse, ce qui fit, presque, peur à Yann.

Alex : Non mais c'est quoi ce bordel là ? Ça vous amuse de nous faire courir comme des dératés ? Je rêve ! J'avais promis à monsieur muscle, là, de venir te chercher, je me pointe à ton appart, t'étais pas là. Je retourne à l'hôpital pour apprendre que ton keum c'est fait la malle ! Et ce sans que personne ne l'ai vu partir en plus, ce qui, vu son état est un miracle en soit. Et en passant, bonjour le service public, c'est moi qui vous le dis ! Je retourne au commissariat pour apprendre que ces trois connards se sont échappés, on essaye de vous joindre l'un comme l'autre, mais non, évidemment, messieurs les abrutis ne répondent pas à leurs portables, ça aurait été trop facile, hein ! Non mais vous vous croyez ou ? Heureusement qu'on commence à vous décrypter, sinon on ne serait jamais arrivé à temps.

Yann sourit devant le monologue d'Alex. Il s'était inquiété, était encore inquiet d'ailleurs, mais le regard qu'il lui lança eut raison de son sourire.

Alex : Ça te fait marrer en plus ? T'es qu'une tête de con. Rectification, vous êtes tous les deux des têtes de con ! J'ai qu'un cœur, moi. Et il va pas supporter vos conneries encore bien longtemps. Alors que ce soit bien clair. Si jamais un jour, ou tiens, ne serait-ce qu'une minute, vous pensez à me refaire un coup pareil, je vous fou mon poing dans la gueule, c'est clair là ? Supérieur ou ami, rien à carrer ! Non mais, c'est pas possible d'avoir deux abrutis pareils !

Puis tournant le regard vers Kévin…

Alex : Et toi, là. La prochaine fois que tu décides de te tirer façon Fort Boyard, je te jure que je te sangle à ton lit, que je verrouille la porte ; et que je te fou une seringue dans le cul pour que tu te tiennes tranquille ! Putain de Roméo et Juliette à la con, va ! Ils font vraiment pas le poids.

Puis sans autre mot, il se leva sous le regard amusé de Franchard, tandis que Yann reportait le sien sur celui de Kévin.

Yann : OK… Je le pensais pas comme ça. Il est flippant quand il veut… Roméo et Juliette ? Tu m'expliques ?

Kévin : C'est rien, il est juste flippé c'est tout.

Ils virent alors Mercier et les autres bleus se diriger vers eux, les asséner de questions, mais devant ce bonheur retrouvé, d'être à deux, d'être de nouveau heureux, les questions passèrent au-dessus d'eux, et ils s'étreignirent dans cette sphère qui n'appartenait qu'à eux.

15 jours plus tard

Ils étaient de nouveau chez eux, ensemble. Kévin venait de sortir de l'hôpital, la présence de Yann ayant fait des miracles sur son état et sur son moral.

L'enquête de l'I.G.S avait mis en cause les supérieurs haut placés de Mercier pour agissements à l'encontre du bien moral. Bien que le procès des frères Mancorri ne soit pas prévu avant plusieurs mois, la sentence s'avérerait lourde et exemplaire. Yann n'avait pas été inquiété. Raoul et Marco seraient condamnés à perpétuité pour divers meurtres et trafics, quant à Georgio, sa peine serait assortie à la peine de sûreté maximale de 22 ans, et à sa condamnation venait se rajouter non seulement diverses plaintes pour trafic en tous genres, mais aussi des actes de barbarie, dont le premier reconnu était celui à l'encontre de Yann, Georgio ayant reconnu le fait de l'avoir obligé à tirer sur son propre mari. Et à la vue de leurs dossiers, le juge, révolté, bien conscient que la justice française n'accordait pas le cumul de peine, jura tout de même à Yann et Kévin l'impossibilité aux trois frères de faire des requêtes et demandes de libération. Il leur promis aussi, par mots détournés, que les trois frères ne seraient sans doute pas à l'abri d'un acte malheureux et irréfléchi. Le calvaire de ces deux maris avait atteint beaucoup de monde, ces mêmes personnes qui s'étaient désormais jurées de les protéger.

Et dans cette atmosphère de protection et de légèreté, ils se retrouvaient assis dans leur canapé, savourant ce nouveau départ qui s'offrait à eux. Malgré tout, bien que soulagé, Yann gardait les séquelles de ses tourments infligés.

Kévin l'enlaça alors et vint se blottir contre lui.

Kévin : Mon amour, arrête de te harceler. S'il te plaît, je sais que c'est dur, mais tourne la page, tu n'aurais rien pu faire d'autre.

Yann : Je ne pourrais jamais oublier, Kévin.

Kévin : Je le sais mon Yann, je le sais. Moi non plus je ne pourrais jamais effacer ce moment de ma mémoire, mais tu sais quoi ? J'en suis heureux.

Yann se redressa.

Yann : Quoi ?

Kévin : Oui. Car ce soir-là, j'ai compris. J'ai compris que tu tenais à moi, que tu m'aimes, même si tu ne me le dis jamais assez ; que quoi qu'il se passe, tu continueras de me protéger car je suis plus que ton mari à tes yeux, que pour moi tu serais capable de n'importe quoi, tant que je reste en vie.

Yann : Je t'ai fait mal. C'est pas franchement… romantique comme déclaration.

Kévin : Yann ; l'amour ce n'est pas seulement de la joie, c'est aussi des souffrances, et si pour continuer à tes côtés je dois souffrir, alors je le ferais. Et je chérirais chacune des blessures par lesquelles je dois passer si cela veut dire t'aimer. Car il n'y a rien de plus cher pour moi que de finir ma vie auprès de toi, avec toi. Je sais bien que cette histoire reviendra nous hanter, mais ta présence, ton amour, ta passion m'ont permis de me relever, tu m'as guéri Yann, tu m'as aidé, alors laisse-moi te guérir à mon tour, laisse-moi t'aimer, te le prouver, laisse-moi te guider, laisse-moi te relever. Car je t'aime, mon Yann, mon mari, mon époux. Et je veux continuer avec toi, juste avec toi et seulement avec toi.

Les paroles de Kévin vinrent remplir son être encore chancelant, et l'enlaçant comme pour la première fois, il chérit cet instant de plénitude, dans lequel il se retrouvait enfin. Car il sut, à ce moment-là, que dans ses bras, il ne risquait plus rien. Que se noyant dans ses yeux, il trouverait toujours cet amour fougueux, et qu'auprès de son époux, il n'aurait plus besoin de se sentir coupable, honteux, mais seulement heureux. Alors dans cette nouvelle page qui se tournait et les accueillait, il se surprit à avancer, et porté par la passion qui les unissait, sachant qu'elle le guérirait de ses maux; il serra Kévin contre son corps et quitta cette turpitude pour enfin se sentir chanceux, profiter du futur, de leur amour, simplement pour profiter d'eux, du bonheur d'être à deux.

FIN.