Le ciel assombri par la nuit naissante se reflétait dans ses yeux océans, voilés par la douleur. Douleur d'une existence gâchée, douleur d'une faute avouée et non pardonnée, douleur d'un gâchis dont il était la cause. Mais plus que tout, Douleur d'un cœur déchiré et torturé qui ne lui laissait plus aucun répit.

Il l'avait aimé, inconditionnel. Il l'avait désiré, passionné. Il l'avait trahi autant qu'il l'avait chéri.

Le soleil s'était éteint dans la pénombre des brumes d'hiver comme son cœur s'était brisé dans ses méandres. Il ne lui avait même pas demandé de le pardonner. Il ne pourrait pas se le pardonner lui-même

Des paroles blessantes : « nous deux ça ne pourra pas reprendre comme avant » un bout de papier sur lequel avait été griffonné à la va vite quelques mots s'alignant sans aucun sens. Et puis cette rencontre à laquelle il lui avait tourné le dos avec un « j'ai besoin de liberté ». Et, sans se retourner, il l'avait laissé, seul, dans cette rue, dans cette vie, dans ce cœur.

Yann était indépendant, dur, sanguin, solitaire apparemment, et il ne l'avait compris que trop tard.

Il avait voulu être là pour lui, il avait cogné ces types, sans vergogne inconscient des conséquences, seulement de sa douleur, de son effroi et de sa peine. Il avait voulu continuer, encore et encore, jusqu'à ce que Louis arrive et ne l'arrête avant qu'il puisse commettre l'irréparable. Mais il n'en avait pas eu émoi, il fallait qu'il le venge, lui, l'homme qu'il aimait plus que tout et qui, par sa propre faute, s'était retrouvé dans cet hôpital. A cause d'un moment de fierté, d'un égo blessé, il l'avait laissé face à ses agresseurs, face à cette vie de merde qui vous tombe dessus sans prévenir, il l'avait envoyé à ce qui se rapprochait au plus près de la mort. Et même si ses sentiments étaient meurtris par les mots, la culpabilité qu'il ressentait était bien au-delà. Au-delà de la rupture, au-delà de son corps, mais dans son être entier. Elle lui pesait plus lourd que l'horreur qu'il avait vécu les 6 jours de coma de Yann. Et il ne pouvait plus lutter, il ne pouvait plus aller à son encontre, il ne le supportait plus.

Il aurait aimé revoir l'homme qui l'avait conquis au moins une dernière fois, mais il n'en avait pas eu le courage. Alors après presque cinq jours de solitude, la fatigue, la peine, la douleur de cet esprit meurtri avaient enfin pris le dessus. Il l'avait regardé comme un miroir, souriant de nouveau pour la première fois depuis le début du cauchemar, il l'avait chéri comme un objet précieux, cet objet qui allait lui apporter la délivrance. Il n'avait pas son arme, cela aurait été beaucoup plus rapide, beaucoup plus simple aussi. Mais sa suspension ne lui avait pas permis de la récupérer.

Après tout, il méritait la douleur une dernière fois. Douleur qui comme un purgatoire lui ferait expier enfin ses fautes, cette culpabilité redondante et acerbe, ce mal-être qui le tiraillait depuis cette soirée qu'il ne voulait pas se rappeler.

Joignant ses gestes à ses pensées, il s'était alors laissé aller à cet acte auquel jamais il n'aurait pensé avoir recourt, et au rythme de son sang s'écoulant de ses veines, il revit ses yeux émeraudes dans lesquels il s'était noyé dès leur premier regard. Il revit ses mains qui lui avaient donné tant de plaisir et de frissons, sa tête qui resterait gravée à jamais dans son cœur, et son être tout entier qu'il emportait avec lui. Et enfin, depuis ce soir fatidique, un sourire apaisé étira ses lèvres à la mémoire de Yann, qui l'avait fait sien, qui l'avait ensuite jeté comme s'il n'était rien, mais qui avait su lui faire connaître l'Amour. Il comprenait sa réaction, et ne lui en voulait pas. Il ne pourrait jamais lui en vouloir.

Sa dernière image fut celle d'un visage ténébreux rempli de passion, et ses yeux se fermèrent enfin sur la béatitude au rythme de sa vie qui, enfin, s'enfuyait.