CHAPITRE 2 :

Le cœur serré, l'âme en peine, il vagabondait au rythme de sa douleur là ou ses pas l'amenaient. Et comme chaque soir depuis 5 jours, il revenait toujours à ce même tournant, ce même pavé qu'il creusait encore un peu plus de son pied, pendant des heures, ne tenant pas en place, ne pouvant se décider à y aller, ne pouvant se décider à partir.

Alors, chaque nuit, dans le but d'apercevoir ne serait-ce que son ombre à défaut de son visage, de son corps qu'il avait apprivoisé, de ses yeux qui l'avaient bouleversé à la première seconde, il restait là, debout, ses jambes jouant en contre-pieds, espérant le voir, avoir un signe lui signifiant que tout n'était pas trop tard, que cette rupture sans véritable fondement n'avait pas tout gâchée, que leur histoire pourrait reprendre. Pas comme avant, non, la douleur dans ses yeux, dans ses gestes, le hantait depuis sa sortie d'hôpital. Depuis ses propres mots, depuis cette lettre insensée écrite sur un coup de tête.

Mais nuit après nuit, aucun signe ne lui était parvenu, aucun bruit, aucune ombre. Alors ce soir, il s'était enfin décidé à combler ce manque acerbe qui se faisait ressentir dans tout son être avec une telle violence que cela en devenait insupportable. Il avait mal, mal d'être loin de lui, mal de ne pas l'avoir chéri, mal que sa moitié lui ait été enlevée. Une grande inspiration, mené plus par la peur que le courage, il se décida enfin à monter.

Il frappa, doucement d'abord, pour ne pas l'effrayer, pour ne pas paraître le mec paumé et en manque qu'il était devenu loin de lui. Mais aucune réponse ne se fit entendre. Il était là, assurément, il avait vu la lumière de sa chambre étinceler comme un appel à travers cette nuit d'encre. Alors il la sortie. Cette si petite chose qui avait le témoin de leurs ébats décousus, de ses allées et venues saccadées, cette petite chose qui allait le fixer sur la suite de sa vie, de leur relation, de son amour pour lui.

Il inséra la clef dans la serrure, et pénétra discrètement dans ce studio qu'il lui avait trouvé. Comme un voleur, il se sentit mal de violer son nid privé dans lequel il n'avait plus, du moins seulement pour l'heure l'espérait-il, le droit de nicher.

Un bref coup d'œil dans la pièce principale, et une gêne vint, en lui, s'installer. Trop calme. Trop propre. Trop rangé. Trop tout, mais pas assez de Kévin. Il s'avança alors vers la chambre, dont la porte était entre-ouverte, et s'arrêta un instant, pour reprendre contenance, pour se répéter une fois de plus les mots qu'il désirait tant lui dévoiler, mais qu'il n'avait jusqu'alors jamais osé. Ces mots qu'il s'était répété ces cinq derniers jours, si simples mais pourtant si difficiles à dire. C'est lorsqu'il avait compris que Kévin était prêt à tout pour lui, de lui offrir son cœur jusqu'à sa vie, qu'il avait réalisé. Réalisé qu'il pouvait enfin avoir confiance et se livrer, aimer et l'être en retour, vivre sans être hanté par la peur d'être jugé ou trahi.

Un dernier souffle prolongé, et il poussa la porte. Son cœur sursauta, ses poumons se contractèrent, ses pupilles se rétractèrent et se figèrent devant cette image qui s'offrait à lui, et qui le poursuivrait à jamais.

Une seconde d'hésitation, comme tétanisé, et il se précipita vers le corps de Kévin, sautant sur le lit à ses côtés. Il le saisit par le col de la chemise froissée, dernier vestige de sa déperdition, et le secoua vivement, sa panique et sa peur lui éclatant au visage.

Yann : Kévin… Putain Kévin mais qu'est-ce que t'as foutu bordel ! Regarde-moi ! Réveille-toi ! KEVIN.

Mais aucune réaction pour le rassurer. Il déposa ses doigts tremblants sur la carotide si calme, et sa respiration se fit enfin un peu plus aisée. Un pouls, faible certes, mais présent. Il déposa délicatement la tête de son amant sur les oreillers, et évaluant les dégâts au combien sanglants, il se précipita dans la salle de bain, le portable à la main, prévenant les secours.

Il revint aussi vite qu'il était parti, lâchant son téléphone, éloignant cette lame disposée négligemment en côté de Kévin, témoin des turpitudes de cet être qui lui était devenu indispensable, coupable d'avoir voulu le lui enlever, et commença à enserrer fermement un poignet dans une serviette, avant de s'occuper de l'autre. Une de ses mains entra en contact avec la joue froide de Kévin, et ses doigts caressèrent tendrement les traces de larmes encore présentes sur son visage d'ange.

Et dans sa peur, dans ses doutes, il n'entendit pas les pas extérieurs, il ne vit pas le sang sur ses doigts se mélanger aux traces des pleures de son amant, ni ses larmes se joindre à ce filet mortuaire.

Une seule question hantait ses lèvres.

Pourquoi ?